[Socio13 – Danièle Bleitrach – 31/01/2009]

Il est important aujourd’hui face à la crise de l’impérialisme qui déferle sur nous de donner à nos luttes un horizon à la mesure du combat anti-impérialiste. Nous l’avons vu lors de la grève et des manifestations du 29 en France, il s’agissait d’un mouvement politique au sens plein du terme. La colère était non seulement dirigée contre le gouvernement de Sarkozy, celui du capital, de ses banquiers et des profiteurs, mais contre le système capitaliste lui-même. Et à ce titre il était irrecupérable par les politiciens de tout poil, contraint au contraire à se rallier à cette montée de la colère populaire. Nous avons bien vu comment la propagande médiatique qui tente d’empêcher ce mouvement fonctionne: premièrement elle tente de lui attribuer la crise du capitalisme, tout va si mal et des “nantis” mettent du désordre. Deuxiémement, elle recommence le coup du referendum sur la Constitution, il n’y a qu’en France qu’on voit ça et pour cela il faut laisser croire que la grève serait un sport national, cacher les révoltes dans le monde. Enfin tout est organisé pour nous laisser croire qu’il n’y aucune relation entre ces luttes et le mouvement de révolte contre ce qui se passe à Gaza, les luttes pour la paix. Il y a des traits communs à toutes ces tactiques, la division, l’isolement, par l’ignorance du contexte réel dans lesquels toutr cela prend du sens, et ce sens ne peut être qu’anti-impérialiste et anti-capitaliste.

Comprendre en quoi les guerres, les massacres font partie de la crise de l’emploi et des difficultés croissantes de la vie quotidienne

Dans ce blog, nous avons commencé à tenter de vous montrer à quel point on vous mentait en inventant une France faisant de la grève un sport national, partout les luttes se développent, partout les foules protestent, que l’on ne vous parle pas de l’Amérique latine, des grêves de la faim avec des prix Nobel en Argentine, des manifestations qui secouent ce continent, de ce qui se passe en Asie, en Egypte passe encore, mais que vous ignoriez de fait la manière dont la Guyane, puis la Guadeloupe sont quasiment en grève insurrectionnelle a un sens.

Comme selon nous à un sens le massacre de Gaza qui étrangement s’arrête le jour de l’intronisation d’Obama. Tandis qu’on nous cache l’autre massacre de civil qui sur ordre du dit Obama a lieu à la frontière Afghan- Pakistan comme pour nous préparer un autre lieu de crime pour la diversion et la division.

Les caisses sont vides pour la santé, l’éducation mais il y en a toujours plus pour les banquiers, les marchands d’armes, les troupes, la planche à billet fonctionne et l’argent perd de sa valeur réelle; il est distribué aux mêmes qui , loin d’aider à la production, investissent dans les secteurs qui font du 14% de profit alors que l’économie “réelle” fait au mieux du 5 à 6%, et prolifèrent les profits versés aux actionnaires, les achats d’armement, voir l’argent de la drogue et du crime de plus en plus lié à la haute finance et à l’armement. On asphyxie des peuples entiers, on les pille et la propagande en fait les coupables de votre chômage et de votre misère.

Pourquoi insister sur la compréhension du contexte – ce n’est pas moi qui le dit mais Poutine qui l’a affirmé avec un certain cynisme au sommet de Davos:  “Ces derniers temps, le monde entier est confronté à une montée sans précédent de l’agressivité, que ce soit le raid armé lancé par l’actuelle administration géorgienne dans le Caucase, les attentats en Inde ou l’escalade des tensions dans la bande de Gaza“, a-t-il constaté. “Il n’y a pas de lien direct entre ces événements, mais leur évolution laisse entrevoir quelques éléments communs, notamment l’incapacité des institutions internationales existantes à proposer des solutions constructives“, a affirmé M. Poutine, sans insister sur le fait que l’impérialisme US et son molosse Israël ne cessaient de détruire la légitimité des dites institutions.Poutine avec son franc parler il a expliqué que beaucoup de conflits régionaux visent simplement à détourner l’attention de l’opinion publique des problèmes économiques et sociaux. “Parlons honnêtement: provoquer de l’instabilité militaire et politique, engendrer des conflits régionaux et autres, c’est aussi un procédé commode de détourner l’attention des gens des problèmes économiques et sociaux rencontrés par leurs pays. Hélas, nul ne peut exclure que de nouvelles tentatives en ce sens aient de nouveau lieu à l’avenir“, a-t-il constaté.

Il est clair que l”impérialisme ne va pas  cesser de tenter de provoquer des guerres régionales qui occuperont les masses et les détourneront de leur colère pour les diriger contre leurs voisins.

Ainsi, en France avec le retour dans le commandement del’OTAN prévu pour le sommet du 3 et 4 avril, avec une intégration européenn et atlantiste toujours plus poussée nous allons être entraînés toujours plus avant dans des expéditions comme celle d’Afghanistan qui s’étend désormais au Pakistan. Le coût humain de ces guerres est terrible, on l’a vu avec le massacre de Gaza, ce sont les civils qui sont visés, la dépense est énorme alors que l’on veut nous priver d’éducation de santé pour le profit des marchands d’armes, mais on éduque les peuples à la haine, à la recherche de boucs émissaires pour éviter qu’ils se retournent contre le capital. (…)

Pernser le passé pour mieux comprendre l’avenir

Il y a eu un moment historique où ont été proches de converger toutes les forces qui s’étaient mises en mouvement pour changer de système, en finir avec le capitalisme à son stade impérialiste, sont montées les luttes anti-coloniales, les luttes ouvrières, les luttes d’émncipation des individus pour le progrès social, la paix et le refus des racismes, des sexismes. Le communisme a été sous toutes ses formes complétement impliqué dans tous ces mouvements mais il a été temporairement battu. Et nous avons vécu la plus formidable des contre-révolution, celle du capitalisme à son, stade néo-libéral, sous la direction des multi-nationales, liant de plus en plus haute finance, militarisme et crime organisé. Nous sommes aujourd’hui les éclopés de ce massacre généralisé des potentialités humaines à l’échelle mondiale. Nous et la planète elle-même, ce système anéantit.

Ce qu’il faut bien percevoir c’est que cette amère victoire de la contre-révolution a eu lieu non par “l’effondrement sur elle-même” de l’alternative mais par la division , l’assassinat (celui de gens comme le Che, Ben barka, Sankara et tant d’autres), on vous a privé de cette mémoire, parce qu’un individu privé de mémoire ne peut plus agir. On vous a dit que tout cela était “stalinien” alors que le véritable stalinisme, dogmatisme quasi religieux, interdiction de penser, répression de toute forme organisée de revendication, a été celui qui nous a été imposé par les fondamentalistes de l’économie de marché, par les défenseurs du consumérisme, par les cyniques, il s’agissait de nous vider de nous mêmes et de nos espérances en l’être humain. En matière de “totalitarisme”, on a rien fait de mieux que le capitalisme à son stade sénile.

Il ne s’agit pas pour autant de ne pas critiquer les expériences passées, au contraire mais le faire à travers deux principes: premiérement pour construire quelque chose de mieux et non pas s’autoflageller selon les lignes tracées par le capital, privilmégier donc l’autocritique constructive à partir de ce que nous voulons et ce que nous sommes des révolutionnaires.

L’histoire collective est celle de chaque individu

Un mot encore, je suis moi-même le produit de cette histoire, j’ai trop reçu de coups, des ennemis mais plus encore de ceux qui étaient mes camarades, mes compagnons de lutte, il fallait que j’adopte un prêt à penser qui était le leur, si je demandais une marge de réflexion, je devenais aussitôt leur ennemie et les coups pleuvaient, une expérience qui n’a cessé de se reproduire. Je ne céderai plus jamais au confort collectif, à contribuer à créer des fonds de commerce qui ne mènent à rien,et quand je suis convaincue de quelque chose je dois le dire quitte à n’être pas acceptée une fois de plus, dénoncée par des imbéciles. Mais cette expérience toujours renouvelée dans ces années de contre révolution a été terrible. J’ai comme vous tous subi la coalition des médiocrités, des égoismes victorieux, des procès injustes, ce fut une époque, et elle pèse encore de tout son poids. Elle me rend aujourd’hui incapable à toute action collective, j’ai peur des autres… Je sais trop comment se terminent les protestations de camaraderies…  par le lynchage… Si je vous dis cela c’est que je ne suis pas la seule, nous sommes tous dans cet état là, blessés, plein d’amertume et de tristesse. Ils ont tué Ben barka, le Che, sankara et tant d’autres, que croyez-vous qu’ils nous ont fait… Ils nous ont fait oublier que nous étions des révolutionnaires… C’est cela qu’il faut comprendre, notre histoire individuelle est celle d’une contre-révolution. Il vont encore et toujours tenter de nous enfermer dans la nasse, de nous faire nous battre entre nous, il ne faut jamais faire ce que veut l’ennemi, il faut chercher la voie du rassemblement, mais celui-ci ne peut se décréter.

Tenter de surmonter la confusion politique, privilégier les luttes est le seul chemin du rassemblement

Il faut donc que chacun sache réellement le peu qu’il peut faire pour aider sans que pèse ces expériences négatives, mais il est évident que la confusion politique entretient tous ces phénomènes, donc plus la situation politique s’éclaicit, plus montent les luttes, plus on comprend la totalité, plus ces blessures iront s’effaçant. En tout cas il y a toute une jeunesse que l’on tente de détruire, de désespérer, d’empêcher de s’organiser, mais ce que nous sommes devenus peut les aider ou au contraire les enfoncer un peu plus, c’est peut-être ce qui pousse ces jeunes en Algérie, au Maroc à rêver à un autre ailleurs qui est celui de l’esclavage, l’assassinat de l’espérance de la tricontinentale.

Alors je vous propose de contribuer à ce travail en proposant des articles et des analyses sur ce qui s’est passé à Beyrouth mais aussi sur la Tricontinentale et son projet. Il ne s’agit pas de reproduire mais de se donner des objectifs, des perspectives, en inventant en même temps les moyens de les réaliser à partir des obstacles et des potentialités d’aujourd’hui. Mais ceux qui ont l’expérience de la résistance la plus haute, je veux parler des Cubains peuvent nous aider sur ce chemin non tracé. Le choix des textes a un sens.

http://socio13.wordpress.com/2009/01/31/un-week-en-anti-imperialiste-autour-de-la-tricontinentale-et-de-beyrouth-par-danielle-bleitrach/#more-10865