[Sam Smith – Undernews – 14/10/2008]

Quand on est en avance sur son temps, il arrive, de temps en temps, que le temps vous rattrape et que, ce qui hier était encore dénigré comme des divagations extrémistes, devient soudain une opinion courante, voire un cliché conventionnel. Parfois, comme nous venons de le voir, le changement se fait très rapidement. Il n’a fallu que quelques semaines, voire quelques jours pour qu’implose un concept aussi massif que trente ans de dogme hérité des années Reagan, un dogme jusqu’ici défendu avec acharnement par de puissants gardiens du temple,solidement établis dans les médias, dans les universités et dans les têtes de John McCain et Barack Obama.

Si, d’une manière générale c’est toujours une bonne chose quand la réalité reprend enfin ses droits, cette situation comporte néanmoins un certain nombre de problèmes. L’un de ces problèmes est que les gardiens du temple ne changent pas, c’est toujours la même bande qui tient les micros, et elle est toujours aussi mal inspirée, manipulatrice et prisonnière de ses préjugés et idées préconcues.

Par exemple, je n’ai pas encore entendu le moindre des nos faiseurs d’opinion ou commentateurs reconnaître que des gens comme Ralph Nader, Dean Baker ou Dennis Kucinich avaient finalement raison, à la lumière des évènements récents.

Personne n’a encore osé penser ou dire que tous les arguments du gouvernement pour justifier la nationalisation des banques, ces icones de la libre entreprise, s’appliquent également à la mise en place d’un système de couverture médicale nationalisé… une idée moquée, diabolisée ou décriée comme hérétique par la majorité des médias il y a encore trois mois.

Au lieu de cela, l’élite de l’intelligentsia considère les opinions un peu comme du personnel intérimaire. Si la marge bénéficiaire trimestrielle d’une opinion n’est plus intéresante, on fout simplement l’opinion à la porte. Mais on ne touche certainement pas à ceux qui font et diffusent les opinions. En conséquence, la nouvelle réalité est encore une fois contrôlée par les anciennes équipes d’incompétents et se retrouve très vite déformée et dénaturée pour devenir une nouvelle pensée mythique qui dominera les trente années à venir.

Il n’y a pas grand chose que nous pouvons faire à ce sujet, mais nous ne devons pas oublier que nous aussi, à gauche, avons notre provision de préjugés et que nous aussi courons le risque de nous cramponner à de vieux concepts au moment où les temps changent de manière radicale.

Nous vivons un moment exceptionnel qui ne survient que rarement. Si la gauche se contente de resasser les vieux reflexes, alors ils rateront encore une fois le train. Nous devons, sans tarder, analyser la situation et nous demander ce qui a changé et comment nous allons nous adapter à cette nouvelle situation, avec de nouvelles méthodes.

De nouvelles méthodes n’impliquent pas nécessairement de nouvelles idées; cela peut être aussi simple que de farfouiller dans notre mémoire et les archives de nos mouvements pour trouver des idées qui, à l’époque, n’ont pas rencontré le succès mérité. Mais une chose est sûre : être excédé par Sarah Palin ou bien se pâmer devant Barack Obama ne suffit pas.

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