[Gregoire Seither – IES News Service – 14/12/2007]

Le magazine SALON publie le témoignage du jordanien Mohamed Farag Ahmad Bashmilah. Agé de 38 ans, il vivait en Indonésie où il tenait un magasin de vètements « ethniques ». En octobre 2003, s’étant rendu en Jordanie avec sa femme pour visiter sa mère mourrante, il fut interrogé à son arrivée par la police jordanienne qui l’arreta quand il leur dit s’être rendu en Afghanistan en 2000 pour y acheter de la marchandise.

A sa sortie de l’interrogatoire, alors qu’on lui avait dit qu’il n’y avait aucune charge contre lui, il fut remis à des agents américains qui le menottèrent, lui mirent une cagoule sur la tête et le droguèrent avant de le kidnapper vers un « site noir » de la CIA, la base militaire de Baghran en Afghanistan. Pendant six mois il fut maintenu en isolation totale, nu dans une cellule en béton, personne ne sachant ce qu’il était devenu étant donné que la police jordanienne affirmait l’avoir laissé partir après interrogatoire.

La CIA a maintenu Mohamed Farag Ahmad Bashmilah emprisoné pendant pres de trois ans, sans jamais l’accuser de quoi que ce soit. Il fut libéré à minuit, le 5 mai 2005 et abandonné sur un parking au Yemen, sans un mot d’explication avec pour seule instruction « Tu n’as rien à voir avec tout ça, alors fous le camp« .

Bashmilah a été emprisonné dans plusieurs « sites noirs » en Jordanie, en Egypte, au Yemen et probablement sur un bateau de la marine US – tous faisant partie du réseau de prisons secrètes de la CIA participant au programme de « renditions extraordinaires ».

Les cellules étaient toutes construites sur le même modèle, un rectangle en béton de 2 mètres sur 3, sans aucun aménagement, avec juste un trou pour les latrines ou bien simplement un seau. La plupart du temps il était nu, simplement doté d’une couverture qu’on lui confisquait parfois.

Parfois on lui passait les menottes pendant des semaines entières, dans une autre cellule il y avait un anneau ancré au sol qui permettait de l’enchaîner par le mollet. Chaque cellule était sous la surveillance constante d’une caméra vidéo et les lumières n’étaient jamais éteintes. Il était impossible de savoir si on était le jour ou la nuit. Cette désorientation était encore renforcée par quatre hauts-parleurs au plafond qui diffusaient en permanence, 24 h sur 24, et à plein volume, soit du « bruit blanc » soit de la musique Rap.

Les gardiens étaient tous vétus de combinaisons noires et cagoulés. Quand ils venaient chercher Bashmilah pour les interrogatoires, ils ne lui parlaient jamais — durant les 19 mois de sa captivité, mis à part les interrogatoires, il n’a jamais échangé de paroles avec un autre être humain. Personne ne lui a jamais dit où il était, pourquoi il était là ni s’il avait le moindre espoir d’en ressortir un jour.

Au bout de huit mois de ce traitement, se sentant devenir fou, Bashmilah tenta de s’ouvrir les veines avec un éclat de métal, barbouillant les mots en anglais « I am innocent » avec son sang sur les murs de sa cellule. Les agents de la CIA le frappèrent, lavèrent les murs et lui mirent des pansements, avant de le menotter pour qu’il ne recommence pas.

Bashmilah décida alors de cesser de s’alimenter. Chaque jour un médecin venait l’examiner et le peser. Quand son poids tomba à 40 Kilos, on le traîna dans une salle d’interrogation où on l’immobilisa sur un des fauteils de torture avant de lui enfoncer un tube dans l’estomac afin de le nourrir de force. L’un des interrogateurs-tortionnaires lui dit « Tu n’iras nulle part, tu ne pourras pas nous échapper en te tuant ».

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