Abu Ghraib



Souvenez vous, quand la presse vous parle de « opération anti-terroriste ayant permis l’arrestation de… » que 90% des « complots terroristes » découverts aux USA ces 10 dernières années ont été « suscités » voire fabriqués de toutes pièces par la police… la « Guerre à la terreur » est un juteux marché qui permet de justifier le flicage et la répression contre toutes les formes de dissidence.

[Oumma.com – 03/05/2014]

Quand on peut fabriquer des peurs, qui frappent l’imaginaire, pour mieux les exacerber, pourquoi ne pourrait-on pas créer des terroristes de toutes pièces, histoire de crédibiliser les plus dantesques des scénarios catastrophes ?  A ce petit jeu de la manipulation, foncièrement immoral, qui brise des vies sans état d’âme au nom d’une lutte anti-terroriste qui a bon dos, les Etats-Unis font figure d’experts, même si parfois leur mystification leur explose en pleine face, comme c’est le cas de l’affaire du « terroriste du siècle », une afffaire à faire monter l’adrénaline dans les chaumières…

Derrière le portrait effrayant du « terroriste » patibulaire, qui était sur le point de laisser son empreinte sanglante dans l’Histoire en tant que plus grand criminel de tous les temps, se dissimulait Ahmed Abbassi, un malheureux étudiant tunisien de l’Université de Laval, au Canada, odieusement trahi dans sa confiance et piégé par la sombre machination orchestrée par un agent du FBI.

Au portrait-robot affreusement caricatural se sont ajoutées cent heures de conversations enregistrées, entièrement trafiquées, qui ont achevé de convaincre la police américaine de tenir là l’ennemi public n°1, l’Attila des temps modernes… Pour forcer un peu plus le trait, l’agent du FBI avait réussi à faire passer Ahmed Abbassi, ce coupable idéal, à qui il avait promis de réaliser son rêve américain et obtenu un visa en 2013, pour un dangereux meneur qui aurait «radicalisé» Chiheb Esseghaier, un autre étudiant tunisien, arrêté à Montréal en avril 2013, au motif qu’il aurait planifié le déraillement d’ un train de VIA Rail entre Toronto et New York.

«Ils ont basé leurs affaires sur rien! Mon frère voulait venir s’installer avec sa femme à Québec pour étudier et faire sa vie. Les gens doivent savoir qu’il n’a jamais été impliqué dans quoi que ce soit d’illégal», avait alors dénoncé sa soeur, comme le rapporte le site Kapitalis.  Interpellé le 22 avril, Ahmed Abbassi, s’est retrouvé pris dans une véritable souricière, accusé de terrorisme, de préparation d’actes terroristes, et de vouloir anéantir 100 000 personnes, avant d’être jeté en prison où il était menacé de croupir pendant 50 ans.

Depuis mardi dernier, date de sa comparution devant la Cour Fédérale, cette perspective cauchemardesque semble n’être plus qu’un mauvais souvenir, grâce à la plaidoirie imparable de son avocate Sabrina Shroff, qui a su démonter le mécanisme bien huilé d’un complot ourdi par un agent du FBI, réhabilitant l’honneur d’un homme et le sauvant in extremis de l’enfer.

Pour recouvrer la liberté, Ahmed Abbassi devra cependant plaider coupable mais uniquement pour la falsification d’une déclaration en vue d’obtenir une carte verte et un visa de travail. Un aveu qui le condamnera peut-être à une courte peine de prison, tout au plus six mois, puis il tentera de reprendre le cours normal de son existence, là où il l’avait laissée, avant de voir ce piège terrifiant se refermer sur lui. Le « terroriste du siècle » était un leurre grossier, mais la réalité du drame vécu par Ahmed Abbassi a dépassé la fiction…

http://oumma.com/202149/tunisien-accuse-detre-terroriste-siecle-usa-victime-d


La CIA et la Pentagone ont lourdement investi dans Hollywood pour défendeur la thèse que la torture permet de sauver des vies (cf. la participation logistique et financière à des séries comme « 24 heures » ou « Homeland »)… le rapport du Sénat confirme ce que nous disions depuis plus de 10 ans : la torture est contre-productive

[Iris Deroeux – Mediapart –  04/05/2014]

Le rapport fait près de 6 300 pages. S’il était rendu public, il constituerait certainement l’argumentaire le plus complet et le plus accablant contre les méthodes d’emprisonnement et d’interrogatoire de la CIA, dans les prisons secrètes mises en place sous l’administration Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Certaines de ses conclusions ont déjà fuité : les méthodes dites « d’interrogatoires renforcés », assimilées à de la torture, ont été plus systématiques et plus violentes que cela n’avait été précédemment exposé ; elles se sont avérées inutiles pour collecter des renseignements, notamment lors de la traque d’Oussama Ben Laden ; et la CIA a menti pour en justifier l’usage.

De telles conclusions ne laissent personne indifférent à Washington, encore moins à la CIA. Depuis 2009 – date à laquelle la commission du renseignement du Sénat a entrepris ce travail monumental –, l’agence du renseignement s’oppose à la rédaction d’un tel document. L’agence et la commission sont de fait entrées dans une bataille qui occupe pour le moment bien plus l’espace médiatique que le contenu du rapport.

John Brennan, l’actuel directeur et vétéran de la CIA, l’a déjà présenté comme « truffé d’erreurs factuelles ». Il accuse en outre la commission d’être allée fouiller dans des dossiers censés rester confidentiels. La présidente de la commission du Sénat, la démocrate Dianne Feinstein, réfute et accuse à son tour la CIA de faits graves : l’agence se serait introduite dans les ordinateurs des assistants parlementaires chargés du rapport pour y faire disparaître des documents compromettants. L’affaire est désormais entre les mains du département de la Justice.

Mais cette guerre larvée ne devrait pas empêcher le public d’avoir un aperçu du rapport, dans le mois à venir. La majorité des quinze élus siégeant à la commission du renseignement du Sénat a en effet voté le mois dernier en faveur de sa déclassification partielle. Un résumé de quelque 400 pages doit ainsi être publié.

Reste à voir ce que ce résumé contiendra vraiment : il appartient ces jours-ci à Barack Obama de valider la déclassification de ces « morceaux choisis », et de les confier éventuellement à la CIA pour une relecture. Dianne Feinstein s’est de nouveau exprimée pour demander à Obama de ne pas confier le résumé à l’agence, auquel cas le public risquerait d’avoir droit à une version expurgée. (suite…)


Ce qui est amusant, dans cette paranoia fabriquée à partir du « cyber-djihad » c’est que tout le monde semble ignorer (ou feint de l’ignorer) que les islamistes radicaux ne font qu’utiliser des méthodes déjà largement utilisées dans les mouvements révolutionnaires depuis 300 ans.

« Documenter par l’image les atrocités de l’ennemi » ou bien « sensibiliser une population radicale » afin de « créer des sphères de sympathisants » (du temps du Ministre de l’Intérieur Marcellin, on parlait de « mouvance »), pendant la Guerre d’Espagne, Robert Capa ne faisait rien d’autre. Ce sont les théories de Gramsci bien appliquées… voire du Karl Rove, le spin doctor de la Maison Blanche sous G.W. Bush. La seule chose qui change c’est la medium de diffusion massive qui est à leur disposition.

Tout le monde s’excite sur les sites djihadistes alors que les médias néo-cons nous livrent chaque jour, dans nos lucarnes, une propagande pur jus cent fois plus efficace… et nettement plus meurtrière ! Combien de gens ont été tués à cause de Ben-Laden ? Combien de gens ont été tués à cause de George Bush ? (greg)

[Owni – Pierre ALONSO – 30/05/2012]

22 mars. Mohamed Merah abattu par les hommes du Raid, Nicolas Sarkozy fait une déclaration depuis l’Elysée : la consultation de “sites internet qui font l’apologie du terrorisme” sera dorénavant sanctionnée. Un projet de loi a depuis été déposé au Sénat. Le cyberjihadisme fait une entrée fracassante dans l’agenda politique et médiatique.  Owni a voulu recueillir l’analyse d’un magistrat familier de ces affaires. Marc Trévidic est juge d’instruction au pôle antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris, seule juridiction compétente en matière terroriste. Il s’est spécialisé sur les dossiers jihadistes en plus de quelques autres gros dossiers (Karachi, Rwanda, moines de Tibéhirine). Il revient ici sur l’utilisation d’Internet par les jihadistes, le cyberjihadisme ou “jihad médiatique”, nouvel avatar de la menace terroriste selon les acteurs politiques.

Comment a émergé le cyberjihad ? Est-ce, comme certains l’analysent, lié à la perte du territoire afghan en 2001 qui a entraîné un repli des jihadistes sur une autre base arrière ?
Le conflit irakien a surtout servi de déclencheur, plus que la perte de l’Afghanistan en 2001. Les jihadistes ont très vu perçu le profit qu’ils pouvaient tirer du réseau. D’abord, l’intervention anglo-américaine était illégitime du point de vue du droit international public. Ensuite, ils ont pu utiliser les exactions commises par l’armée américaine, comme àAbou Ghraïb par exemple. Des brigades, armées de caméra, cherchaient à obtenir ce genre d’images pour les diffuser ensuite sur Internet. Le début du cyberjihad commence donc plus avec l’Irak qu’après la chute du régime Taliban. En Irak, le djihad était mené à 100%, dans les villes et sur Internet.
Quel est le rôle du cyberjihad ?

Le principal objectif est la diffusion de la propagande, puis le recrutement. Lors du conflit irakien, les jihadistes menaient un double conflit majeur, à la fois contre les soldats de la coalition anglo-américaine et contre les chiites. Ils avaient donc besoin de beaucoup de troupes et de chairs fraiches.

Dominique Thomas, chercheur spécialisé sur les mouvements islamistes radicaux, parle de la volonté de créer des sphères de sympathisants, plutôt que de recrutement. L’idée est de sensibiliser une population radicale. Au sein de cette population peut émerger un candidat au jihad. C’est une guerre de l’information, les cyberjihadistes parlent souvent de“réinformation”. Le volet recrutement existe aussi, pour envoyer des gens sur le terrain faire le jihad.
“Les loups solitaires”, entièrement isolés, formés sur Internet, existent-ils ?

Dans toutes les affaires que je connais, les protagonistes sont toujours en contact avec d’autres. Ils rencontrent d’autres jihadistes, se connaissent entre personnes de la même mouvance. Je n’ai pas connaissance de cas de terroriste islamiste entièrement isolé. C’est un petit milieu ! Tout le monde se connait.

Cyberjiadhistes et jihadistes sont-ils les mêmes personnes ? Ont-ils des profils différents ?

Tous sont cyberjihadistes. Le passage à l’acte, les départs sur zones sont extrêmement minoritaires. La radicalisation est progressive : la radicalité des jihadistes varie selon leur situation. Ils ne tiennent pas les mêmes discours avant le départ, pendant leur séjour sur zones et à leur retour. Le jihad n’a pas attendu Internet. Dans les années 1990, les filières d’acheminement de combattants en Afghanistan se développaient sans utiliser Internet.

Le milieu des années 2000 semble être l’apogée des sites liés au jihad. Certains étaient très connus, comme Minbar ou Ribaat, et des figures proéminentes s’en occupaient, notamment Malika El Aroud et son mari Moez Garsallaoui. 
Le nombre de sites a explosé après la guerre en Irak. L’utilisation d’Internet s’est codifiée. Le Global Islamic Media Front est chargé de contrôler et d’authentifier le contenu diffusé sur les sites avec le label d’Al-Qaida. Mais la vivacité des sites dépend du contenu qui arrive du terrain. La concurrence entre les sites crée de l’émulation. C’est la loi de la concurrence ! De cette émulation naît de la radicalité. Les sites apparaissent, se multiplient avec le conflit irakien et deviennent de plus en plus radicaux dans la propagande qu’ils diffusent.

Internet apparaît dans presque toutes les affaires, comme moyen de communication entre les jihadistes. Jusqu’à maintenant, un caractère opérationnel était toujours observé dans ces échanges. L’aide matérielle est présente dans toutes les affaires.

Le projet de loi présenté par l’ex gouvernement [Fillon], changerait ce principe en pénalisant la consultation de sites terroristes.

Il faudra définir la liste des sites terroristes, ceux qui posent certains problèmes. La définition repose sur le trouble grave à l’ordre public à même de semer la terreur [Définition des actes terroristes dans le code pénal français, NDLR]. Il faudrait plus généralement poser la question de l’influence des images violentes diffusées à la télévision ou sur Internet. Ce n’est pas parce qu’une personne joue à Call of Duty 4 ou 5 qu’elle va devenir folle et tuer des gens ! Le passage à l’acte à cause de jeux vidéo violents est marginal, si marginal qu’aucun enseignement ne peut être tiré à cette marge.

Le cyberjihadisme, dans son volet de propagande, doit-il sortir du champ de l’antiterrorisme ?

Comme je l’ai signalé à l’occasion de mon audition au Sénat, l’utilisation de la qualification terroriste, et des moyens afférents, a explosé, souvent à mauvais escient. Il y a deux problèmes différents : sensibiliser la population au risque de la violence diffusée notamment sur Internet d’une part, et lutter contre les actes terroristes d’autre part.

http://owni.fr/2012/05/30/marc-trevidic-le-jihad-na-pas-attendu-internet/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+Owni+%28Owni%29


[Gregor Seither – IES News Service – 12/05/2010]

Selon le journaliste Seymour Hersh – qui avait déjà révélé à l’opinion publique les tortures de détenus dans la prison irakienne d’Abou Ghraib par des soldats U.S.- les soldats occidentaux engagés en Afghanistan commettent régulièrement des crimes de guerre en assassinant des prisonniers de guerre désarmés sur le champ de bataille.

A la conférence Global Investigative Journalism qui s’est tenue à Genève, le mois dernier, Seymour Hersh a critiqué l’indifférence du président Barack Obama, face à la question des « corvées de bois » pratiquées par l’Armée U.S.

« Laissez moi vous dire, l’une des grandes tragédies de mon pays c’est que le président Obama ferme les yeux là dessus, parce que des choses tout aussi horribles arrivent aux prisonniers que nous faisons, ceux que nous capturons en Afghanistan, » a déclaré Hersh. « Ces prisonniers, on les exécute directement sur place. Il se passe des choses incroyables là-bas et bien sûr, personne n’en parle. C’est toujours la même chose. »

« La consigne, sur le champ de bataille désormais, c’est qu’ils disent aux soldats, c’est vous qui devez décider, rapidement, en un jour ou deux, si le prisonnier que vous avez fait, si le détenu, est un Taliban. » a expliqué Hersh. « Les soldats ont pour consigne d’extraire le maximum d’informations tactiques immédiates du détenu – contrairement au renseignement stratégique, sur le long terme – et vous devez extraire cette information du prisonnier sans tarder. Et si vous ne pouvez être certain qu’il s’agit d’un Taliban, alors vous devez relacher ce prisonnier. »

Ce que cela signifie, et cela m’a été confirmé par cinq ou six personnes, c’est que les soldats, s’ils n’arrivent pas à prouver que le prisonnier est un Taliban, alors, plutôt que de le laisser repartir, ils préfèrent encore lui tirer une balle, bam ! Et si nous n’avons pas envie de nous salir les mains, il nous suffit de remettre les prisonnier aux soldats Afghans qui sont nos auxiliaires. Généralement, nous n’avons pas le temps de nous éloigner de plus de cinq mètres avant que ne retentissent les coups de feu. Et cela se passe de nos jours, en ce moment même.

La vidéo de la conférence de Seymour Hersh a été mise en ligne sur le compte YouTube de  Michael Moore.

Hersh a une longue carrière de journaliste d’investigation derrière lui, ayant travaillé de nombreuses années pour The New York Times. En 1969, c’est lui qui a révélé  le massacre de My Lai au Vietnam.


Enfermer des gens pendant des années dans des cages, les torturer, les maltraiter… tout cela malgré le fait qu’on sait parfaitement qu’ils sont innocents ? Ce n’est pas un crime contre l’humanité ? Ahhh, oui, mais c’est vrai… c’est les USA qui font cela, alors nos néo-cons à la française, les Adler, Bruckner, les Kouchner, les BHL, les Glucksman… tous ces grands défenseur de la « liberté » regardent ailleurs. Et puis, de toute façon, ce ne sont que des basanés, musulmans en plus… ils sont coupables par nature, n’est-ce pas Monsieur Alexandre Adler ?

Les révélations de Wilkerson soulignent encore le scandale que fut l’Administration Bush et le fascisme dans lequel s’est enfoncé le peuple US, sous les vivats de leurs admirateurs inconditionnels, comme Sarkozy, Lellouch ou Bauer…

Le « pays de la liberté » a de sérieuses questions à se poser…

[AFP – 09/04/2010]

L’ex-président américain George Bush savait que la majorité des détenus de la prison de Guantanamo étaient innocents mais les a maintenus en détention pour des raisons politiques, affirme l’ex-bras droit de Colin Powell dans un document dont l’AFP s’est procuré copie vendredi.

Lawrence Wilkerson, directeur de cabinet de l’ancien secrétaire d’Etat américain entre 2002 et 2005, raconte dans une déclaration jointe à la plainte d’un ancien prisonnier de Guantanamo comment il a découvert que les détenus de Guantanamo avaient en majorité été arrêtés par erreur.

Dans cette déclaration datée du 24 mars et révélée par le quotidien britannique The Times vendredi, M. Wilkerson affirme que l’ancien vice-président Dick Cheney et l’ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld savaient que la majorité des personnes détenues en 2002 sur la base étaient innocentes mais qu’il était « impossible politiquement de les relâcher ».

« J’ai parlé au secrétaire Powell des détenus de Guantanamo. J’ai appris qu’il était d’avis que ce n’était pas seulement le vice-président Cheney et le secrétaire Rumsfeld, mais également le président Bush qui était impliqué dans tout le processus de décision concernant Guantanamo », écrit-il.

Parmi les 742 détenus que le camp de détention accueillait en 2002, « la plupart n’avaient pas été arrêtés par les forces américaines » mais vendus 5.000 dollars par tête aux Etats-Unis, assure M. Wilkerson.

En revanche, « aucun élément à charge n’accompagnait le prisonnier » et « il n’y avait pas vraiment de moyen de savoir pour quelle raison il avait été arrêté au départ ».

La déclaration du colonel a reçu l’appui du général Powell, qui a quitté l’administration Bush en 2005, selon le Times.

MM. Cheney et Rumsfeld ne voulaient pas relâcher les « innocents » car cela aurait « révélé la confusion incroyable » qui entourait les conditions de détention à Guantanamo, ajoute-t-il. Le maintien « d’innocents se morfondant à Guantanamo pendant des années était justifié par la guerre contre le terrorisme et le petit nombre de terroristes responsables des attentats du 11 septembre 2001 ».

M. Wilkerson raconte également combien M. Powell était soucieux de constater que certains détenus de Guantanamo avaient été arrêtés « à 12 ou 13 ans », ou « à 92 ou 93 ans ». (suite…)



Un témoignage percutant du Vétéran d’Irak – Mike Prysner… à voir.

« Notre ennemi ne se trouve pas à 10 000 Km d’ici, il est ici, chez nous, il se nomme racisme, exploitation, avidité capitaliste, profiteurs de guerre. C’est contre lui que nous devons nous unir, pas contre un ennemi fantôme que l’on a fabriqué pour nous faire tenir tranquilles… »


Samer Lahmar avait été reconnu innocent par un tribunal. Les Etats-Unis se le sont quand même fait livrer et l’ont torturé pendant HUIT ANS à Guantanamo juste histoire de pouvoir faire croire que leur Guerre Antiterroriste obtenait des résultats. Reconnu a nouveau innocent, par un juge US cette fois-ci, il a encore du attendre UN AN DE PLUS avant d’être enfin libéré. Et ce déni de justice ne sera jamais puni, puisque le gouvernement US peut agir en toute impunité…

Et on se permet de donner des leçons de justice, de démocratie et d’Etat de droit à des pays comme l’Iran et la Chine ? Que l’Occident Civilisé commence donc par balayer devant sa propre porte avant d’aller jouer au chevalier blanc chez les barbares…

[Radio France Internationale – 01/12/2009]

Après huit ans de détention à Guantanamo, l’Algérien Saber Lahmar a été libéré lundi et transféré vers la France. Pour son avocat, les «fortes relations» entre la France et les Etats-Unis expliquent le transfert de l’ancien prisonnier vers l’hexagone.

Ces huit ans de détention faisaient de Samer Lahmar l’un des plus anciens prisonniers de Guantanamo. Il avait été arrêté en Bosnie en 2001, accusé d’avoir projeté un attentat contre l’ambassade américaine de Sarajevo. Reconnu innocent par un tribunal bosniaque, il avait tout de même été livré aux Etats-Unis à la suite de fortes pressions diplomatiques.

Depuis 2004, ses avocats américains ont contesté jusqu’à la Cour suprême la légalité de la détention de leur client. L’un des avocats, Robert Kirsh, joint par RFI s’est félicité qu’un juge fédéral pourtant nommé par le président Bush ait finalement ordonné, il y a un an, la libération de son client. Il souligne qu’il appartient désormais à Saber Lahmar de décider s’il entend poursuivre le gouvernement américain afin d’obtenir des compensations financières pour son emprisonnement illégal. L’avocat souligne que les chances de remporter un jugement face au gouvernement américain sont minces. Mais, ajoute-t-il, mon client a été traité de manière inhumaine pendant huit ans et emprisonné illégalement. C’est donc un cas exceptionnel.

Pour l’heure, cet Algérien de 39 ans a fait savoir qu’il souhaitait trouver du travail et reprendre une vie normale. Son avocat américain espère, lui, que son gouvernement va définitivement fermer Guantanamo et effacer ainsi la «souillure» que représente ce camp dans l’histoire des Etats-Unis.

http://www.rfi.fr/contenu/20091201-algerien-libere-guantanamo-route-france?ns_campaign=nl_monde011209&ns_mchannel=newsletter&ns_source=emailvision&ns_linkname=lire-2&ns_fee=0


[Veilleur de Jour – 06 novembre 2009]

Camp Bucca, camp de concentration US en Irak

Le Soir de Bruxelles (voir le 2 novembre sur ce blog) et Le Temps de Genève viennent de publier un article d’Alain Lallemand sur le Camp Bucca de l’armée américaine en Irak. Lorsque ce site a été contraint de fermer ses portes le 17 septembre dernier, l’événement a reçu peu d’écho sauf sur quelques sites comme le Huffington Post. Pourtant, il s’agissait, dans l’histoire contemporaine, du plus vaste centre de rétention géré par l’armée américaine. “Sans jugement, sans avocat, sans même un mandat d’arrêt, quelque 2000 à 3000 personnes y étaient retenues en 2005″, écrit Alain Lallemand qui précise : “elles étaient 9.000 début 2006. Et début 2008, un record de 28 000 personnes y a été atteint: un authentique camp de concentration, au plein sens du terme.”

L’article repose sur le témoignage d’un contractant extérieur qui y a traCamp Buccavaillé de manière régulière durant des années. En plein territoire chiite, entouré d’un désert qui éteignait tout projet d’évasion, une population à 80% sunnite s’est retrouvée logée sous tentes, en conteneurs maritimes, puis en conteneurs de chantier. « Ici, la température atteint les 60º centigrades en été, – 10º C en hiver », note la source.
Tous les internés ne sont pas égaux : ils sont triés en trois niveaux de dangerosité. « Pour les “hauts risques”, ceux qu’ils appellent les “salafistes”, soit 7 à 800 détenus, a été constitué un “quartier rouge”. Ceux-là vivent par groupes de dix à quinze, logés à chaque fois dans deux conteneurs maritimes de 40 pieds (12 mètres) mis côte à côte, soudés l’un à l’autre et dans lesquels ont été ouverts à la meule des fenêtres et aérations. Les soldats meulent aussi la cloison intérieure, pour former un seul espace. En gros, l’équivalent d’un conteneur permet aux dix à quinze prisonniers de dormir, l’autre conteneur abritant une arrivée d’eau avec lavabo et, derrière un rideau, un WC à la turque. Et c’est là-dedans que certains ont vécu plus de 4 ans, ne pouvant en sortir qu’une heure par jour… »

“DuraCamp Buccant quatre ans, les délégués du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont régulièrement visité le Camp Bucca pour en vérifier les conditions de détention et le respect des garanties judiciaires”, indique Frédéric Koller dans Le Temps . Au nom de la clause de confidentialité qui lui ouvre les portes à de tels camps, le CICR se refuse toutefois à tout commentaire. Dorothea Krimitsas du CICR souligne cependant que le camp a été le théâtre de grèves et de révoltes à plusieurs reprises.


Le récent incident avec le Professeur Gates, ami de Barack Obama, qui s’est fait tabasser par la police dans sa propre maison a soulevé la question du racisme… mais ce n’était pas une question de racisme. C’était une question d’autorité.

Blanc ou Noir, peu importe : ce qui importe c’est que le policier attend de vous une soumission totale et un abandon de tous vos droits civiques. Vous n’avez aucun droit tant que vous n’aurez pas reconnu que le policier a tous les droits. Si vous dites « Non », si vous l’ignorez, si vous ne faites pas ce qu’il vous dit de faire, ou si vous n’êtes pas en mesure de faire ce qu’il vous dit de faire, ou si vous êtes une tierce personne innocente qui se met en travers de son trip de pouvoir…  et bien il décidera de vous punir. « If you don’t do what we ask you to do, we will taze you ».

Et depuis que les policiers sont équipés de Tazer, ils n’ont même plus besoin d’avoir d’appréhensions. Et dans 99% des cas, ils  savent qu’ils agissent en totale impunité, car il y aura toujours une autorité pour les défendre, un Fox News pour dire que la victime l’avait bien cherché… voire un témoignage mensonger pour inventer une accusation. Et l’Omerta maffieuse – « Code of Silence » – de la police les protégera.

Et au pire, on vous bouclera pour « Failing to comply », « Resisting arrest ou « Failing to identify »… des accusations qui permettent à n’importe quel policier de vous boucler pour avoir osé l’importuner en mettant en doute son autorité.  Pour avoir osé être un tant soit peu autre chose qu’un mouton qui passe son chemin en baissant les yeux…

Ce film dérangeant, intitulé « LE PLUS IMPORTANT GANG DE RUE EN AMÉRIQUE » illustre parfaitement cette maxime à travers de nombreux témoignages et preuves vidéo filmées.

Les violences de Abu Ghraib, les tortures de Guantanamo, l’inhumanité des traitements des prisonniers ne sont rien d’exceptionnel. C’est le traitement accordé chaque jour à des citoyens ordinaires (et souvent innocents) par des officiers de la force publique.

Parce que eux ont le pouvoir de vous faire chier, de vous faire mal et de vous tuer… en toute impunité.

…tandis que vous n’avez aucun droit face à eux. Et que vous n’oserez jamais les affronter… ou ne pourrez jamais le faire.

Exactement comme les prisonniers d’Abu Ghraib, de Guantanamo et de Baghran.

The Largest Street Gang in America

[Boiling Frogs – Myspace – 16/03/2009]

http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoid=54162036


Seymour Hersh parle même de vidéos dans lesquelles on entend « le cri d’enfants violés et torturés devant leurs parents »…

Et si tout cela vous paraît incroyable, si vous vous dites « Ce n’est pas possible, les Etats-unis ne font pas cela », allez donc interroger un survivant de My Lai au Vietnam ou bien un paysan Salvadorien des années 1980…

[Gregor Seither – IES News Service – 27/05/2009]

(…) Antonio Taguba, l’officier de l’Armée U.S. qui a mêne l’enquête sur les actes de torture et de maltraitance commmis sur les prisonniers d’Abou Ghraib à Bagdad par des soldats U.S, a confirmé, dans un interview à la presse britannique, que parmi les photos saisies chez les geoliers tortionnaires, figurent en effet des images de soldats U.S. entrain de violer des prisonnières et de commetre des abus sexuels sur des prisonniers. Sur au moins une photo on pourrait voir un soldat U.S. entrain de violer une prisonnière irakienne et sur une autre, un soldat interprète entrain de sodomiser un prisonnier.

D’autres photos montrent les soldats entrain d’introduire des objets divers dans l’anus ou le vagin de prisonniers/ères, comme par exemple une matraque, des fils électriques ou encore un tube de néon. Une autre photo montrerait un géolier entrain d’arrcher les vètements d’une prisonnière, exposant sa poitrine.

Le Major General Taguba a précisé, dans son interview accordé au Daily Telegraph, que ces photos figuraient déjà dans son rapport de 2004 et qu’à l’époque il avait déjà signalé les nombreux témoignages de viols et d’abus sexuels commis par les soldats U.S. à Abou Ghraib.  L’Administration U.S. avait volontairement empéché la publication de ces photos.

Aujourd’hui encore, le nouveau président U.S. Barack Obama tente d’empécher la divulgation de ces 2 000 photos, affirmant qu’elles risquaient de provoquer la colère du monde arabe et donc mettre en danger les troupes U.S. à travers le monde. Les photos ne documentent pas seulement les abus et actes de torture commis à Abou Ghraib mais également des atrocités commises en Afghanistan et en Irak, de 2001 à nos jours.

Le Maj Gen Taguba, qui a demandé sa mise à la retraite de l’armée en 2007, a déclaré qu’il approuvait la décision d’Obama de ne pas publier ces photos :

“Ces images montrent des cas de torture, de viol et d’actes incroyablement indécents. Je ne vois pas l’utilité de les révélér au public à moins de les verser à un dossier légal. La seule conséquence d’une telle publication serait de mettre nos troupes en danger, les seuls défenseurs de notre politique étrangère, à un moment où nous avons le plus besoin d’eux.

Il n’est pas nécessaire de montrer ces images, leur seule description dans mon rapport est déjà suffisante pour se faire dresser les cheveux sur la tête. Vous pouvez me croire. »

En avril dernier, l’administration Obama avait déclaré qu’elle était prête à révéler ces photos, suite à un jugement en faveur de la American Civil Liberties Union (ACLU) qui en avait exigé la publication. Mais c’était sans compter avec le puissant lobby militaire à Washington qui a mené une campagne tenace pour faire disparaître ses photos en usant de l’argument de la « sécurité de nos troupes ».

Début mai, Barack Obama a donc fait volte face en déclarant : “A mon avis, l’unique conséquence directe de leur publication, sera d’enflamer l’opinion publique anti-Américaine et exposer nos troupes à un grand danger.”


[A.J. Langguth – Los Angeles Times – revu par l’auteur pour PLN – 03/05/2009 – Trad. Gregor Seither]

Le débat médiatique autour des méthodes de torture pratiquées par des agents des services secrets U.S. pourrait laisser croire qu’il s’agit d’un dérapage incontrôlé et que la torture est étrangère aux pratiques policières de ce pays. C’est en tout cas ce que répètent les commentateurs de presse et les journalistes sur toutes les chaînes U.S…. quelle ironie ! Les Etats-unis non seulement pratiquent la torture depuis deux siècles, mais l’ont perfectionnée « scientifiquement » et ont fondé non moins de 5 académies où elle est activement théorisée et enseignée. Et la nomination du chef des « Opérations Spéciales » comme commandant en chef en Afghanistan prouve que l’Administration Obama reste convaincue de l’efficacité de ces méthodes pour écraser un mouvement de résistance.

A. J. Langluth connait bien le sujet, il a étudié en détail les stratégies « anti-insurrectionnelles » mises en oeuvre par les Etats-unis dans les années 1960-1970 pour soutenir les différentes dictatures militaires dans la région.

Pour lui, « la seule différence entre la participation américaine aux atrocités commises en Amérique du Sud dans les années 1960 et les « techniques poussées d’interrogation » employées aujourd’hui est que, de nos jours, les officiels semblent être fiers de ce qu’ils font, alors qu’à l’époque on s’efforçait de nier ce secret honteux. « 

A.J. Langguth est l’auteur du livre « Hidden Terrors: The Truth About U.S. Police Operations in Latin America. »

A l’heure où le President Obama se débat avec les accusations de torture portées contre des agents des services secrets U.S., je lui conseille d’aller en parler avec l’ancien chef du groupe majoritaire au Sénat U.S., Tom Daschle.

J’ai rencontré Daschle pour la première fois en 1975, quand il était l’assistant du Sen. James Abourezk du South Dakota, qui menait une campagne assez solitaire contre les abus de le CIA.

A l’époque, je menais une enquête dans le but d’écrire un livre sur le rôle joué par les Etats-unis dans l’extension des dictatures militaires en Amérique latine. Dashle m’avait autorisé à consulter les dossiers du Sénateur et j’ai passé une soirée à compulser des rapports relatant la complicité des U.S. dans des actes de torture et d’atrocités contre des civils. Les rapports venaient d’Iran, de Taiwan, de Grèce ainsi que, depuis 1960, du Brésil et de quasiment tous les pays du continent sud-américain.

Malgré le fait que j’avais vu pas mal de choses peu ragoutantes au Sud-Vietnam, j’étais encore suffisamment naïf à l’époque pour être surpris, puis scandalisé par le degré d’implication de mon pays dans le renversement de gouvernements démocratiquement élus en Amérique latine.

Nos interférences dans la vie politique de ces pays n’étaient pas dépendantes du parti qui occupait la Maison Blanche. Ainsi, notre intervention au Brésil a commencé tout au début des années 1960, sous un président Démocrate.

A l’époque, l’obsession de Washington vis à vis de Cuba était l’équivalent de la panique qui a saisi l’administration U.S. après les attentats du 11 septembre 2001. L’équipe autour de Kennedy à la Maison Blanche était décidée à empêcher à tout prix l’émergence d’un autre régime socialisant dans cette partie du monde. Robert Kennedy, qui était ministre de la justice, s’intéressait beaucoup aux méthodes de lutte anti-communiste, y compris le fameux Office of Public Safety (OPS).

L’OPS avait été crée sous le President Eisenhower, avec une mission directement inspirée de l’après guerre en Europe et dans le Pacifique, notamment l’administration américaine de territoires sinistrés par la guerre — il s’agissait d’aider les pays à professionnaliser leurs forces de police, en Asie, en Afrique mais aussi – tout particulièrement – en Amérique latine. L’intention était louable, mais Byron Engle, le génial directeur de l’OPS avait fait toute sa carrière dans la CIA et son programme faisait partie d’une opération plus large pour identifier des recrues potentielles dans les populations locales afin d’établir un réseau d’agents.

Malgré le fait que Engle se donnait beaucoup de mal pour ne pas apparaître comme une antenne de la CIA, l’opinion publique ne s’y trompa jamais. Ainsi, quand Dan Mitrione, un employé de l’OPS envoyé en Uruguay pour former la police locale, fut assassiné par la guerilla gauchiste des Tupamaros à cause de son implication dans la torture d’opposants politiques, toute la presse souligna son appartenance… à la CIA.

Au Brésil, après l’élection du Président Joao Goulart, la participation de quelques « socialistes » au cabinet présidentiel et deux ou trois allusions à une possible réforme agraire mirent les Etats-unis en alerte.  Robert Kennedy fit le voyage au Brésil pour intimer l’ordre à Goulart de se débarasser de deux membres de son équipe, considérés comme trop « rouges ». Pendant ce temps là, le bureau de Lincoln Gordon, ambassadeur au Brésil nommé par J.F. Kennedy, devint la plateforme centrale de tous les efforts orchestrés par la CIA pour déstabiliser le gouvernement Goudard.

Le 31 mars 1964, avec l’aide directe de l’attaché militaire U.S. Vernon Walters qui lui fournit assistance financière et logistique, le général brésilien Humberto Castelo Branco organisa un coup d’état militaire contre Goulard. Craignant de déclencher une guerre civile, Goulart accepta de quitter ses fonctions et s’enfuit à Montevideo, Uruguay.

L’ambassadeur Gordon retourna à Washington sous les vivats de ses collègues de Langley. Il fut convoqué par Robert Kennedy, qui portait encore le deuil de son frère, assassiné en Novembre dernier et qui lui parla du président déchu Goulart en ces termes  : « Eh bien, il a eu ce qu’il méritait. Je suis allé personnellement le prévenir de ce qui l’attendait s’il ne suivait pas nos conseils. Ca lui apprendra. »

On ignore si le peuple brésilien méritait ce qu’il a eu, mais la décennie suivante fut sanglante et répressive au Brésil. Obsédés par la « subversion rouge », les généraux écrasèrent les syndicats, la presse libre et les associations d’étudiants. La nouvelle police brésilienne, mettent en application les méthodes efficaces apprises dans les formations de l’OPS, se mit a pratiquer la torture de manière systématique contre les opposants politiques, faisant même fabriquer des appareils spécialement conçus pour l’opération. Au bout d’un an, l’Académie militaire ouvrit un « Centre technique d’interrogatoires » dans la banlieue de Rio de Janeiro, une école de formation aux techniques de torture et de contre-insurrection. Un des stagiaires se souvient notamment d’un cours où l’on apprenait aux sergents de police à infliger le maximum de douleur à un prisonnier en laissant le moins de traces possibles. Des anciens officiers français de la guerre d’Algérie participaient à ses « stages » de formation… ainsi que des invités argentins, chiliens et paraguayens qui n’allaient pas tarder à mettre en pratique ces enseignements.

L’une des victimes de ces « stages de torture » est Fernando Gabeira, un jeune journaliste du Jornal do Brasil qui avait soutenu la résistance à la dictature et fournit un soutien logistique dans l’enlèvement, en 1969, de l’ambassadeur des Etats-unis Charles Burke Elbrick – qui fut relâché après 4 jours de captivité. Quand je l’interviewais, Gabeira me raconta qu’il avait été plusieurs fois torturé avec des décharges électriques sur ses testicules. Un autre prisonnier avait eu ses testicules clouées sur une table. D’autres étaient battus à mort. La technique du « waterboarding » était déjà largement pratiquée… selon la légende, ce seraient les français qui l’auraient inventée, lors de la guerre d’Algérie et exportée à travers le monde. Les tortionnaires de Gabeira, quand ils se laissaient aller aux confidences, se vantaient d’avoir été formés aux méthodes « scientifiques » de torture aux Etats-unis.

Dans les sept années qui suivirent le coup d’état de Castelo Branco, l’OPS forma 100,000 officiers de police brésiliens, y compris 600 qui furent envoyés aux Etats-unis. Les cours qu’ils reçurent étaient de nature variée. Tous les instructeurs n’étaient pas des adeptes de la gégenne, certains dénonçaient même la torture comme étant inhumaine et inefficace. Mais d’autres diffusaient un autre message. Le Van An, un étudiant de la police Sud-vietnamienne, a décrit plus tard ce qu’on lui avait appris à l’académie : « Ils disaient que, malgré le fait que les méthodes d’interrogation brutales sont fortement critiquées par les moralistes, leur importance ne peut être niée si nous voulons garantir l’ordre et la sécurité dans nos vies de tous les jours. »

Les prisonniers politiques n’ont jamais douté du fait que des Etats-uniens participaient aux actions de torture qui proliféraient dans leur pays. Ceux qui furent libérés ont raconté avoir souvent entendu des hommes parlant anglais dans leurs prisons. Au début, ces étrangers sortaient de la pièce quand la torture avait lieu, mais, avec le temps – comme le racontent d’autres prisonniers – ils ont fini par assister de temps en temps aux interrogatoires.

Une étudiante opposante à la dictature, Angela Camargo Seixas, m’a raconté comme elle était frappée, suspendue par les bras et comment on la torturait à l’électricité, avec des fils insérés dans son vagin. Lors de ses interrogatoires, elle a réalisé que le plus fort de sa haine était dirigé non pas contre ses compatriotes tortionnaires mais contre les Nord-américains qui supervisaient la torture. Elle s’est jurée de ne jamais pardonner aux Etats-unis son soutien à la dictature et son entrainement des forces de police répressives.

Flavio Tavares Freitas, un journaliste et militant d’une église chrétienne, partage cette colère. Lors d’une séance de torture, on lui avait inséré des fils électriques dans les oreilles, entre ses dents et dans son anus.. à un moment il a réalisé le petit générateur électrique gris qui produisait les décharges de courant affichait, sur l’une des ses faces, le logo bleu et blanc de l’agence d’aide au développement USAID.

Un autre leader de la contestation étudiante, Jean Marc Von der Weid, raconte comment on avait branché son penis sur un téléphone militaire alimenté par une manivelle. Von der Weid, qui était un réserviste de la marine se souvient avoir reconnu le téléphone, c’était le même modèle que ceux fournis par les Etats-unis dans le cadre de leur programme d’assistance militaire.

Les victimes disent souvent qu’au début elles reprenaient espoir quand elles voyaient surgir la blouse blanche d’un médecin, lors des séances de torture. Sûrement le médecin allait demander l’arrêt des violences. Mais ils découvraient très vite que l’unique fonction du médecin était de s’assurer qu’ils étaient encore en suffisamment bon état pour survivre une nouvelle séance de chocs électriques.

Le directeur de la CIA, Richard Helms, a tenté une fois de rejetter des accusations contre son agence en déclarant que la nation américaine devait toujours partir du principe que la CIA est composée d’hommes « honorables« .
Cette affirmation s’est vite envolée quand, en 1975, le Sénateur Frank Church a dirigé une commission d’enquête du Sénat et dont les auditions publiques d’agents de la CIA ont démontré à quel point le comportement de la CIA était à des années lumières d’une quelconque « honorabilité« .

Mais revenons à Tom Dashle et le Sénateur Abourezk… avant même le retour à a démocratie au Brésil, en 1985, il avait réussi à faire fermer une base militaire au Texas réputée pour ses formations aux « techniques subversives » y compris la fabrication de bombes et la planification d’attentats. Dans la foulée, l’OPS se vit accuser d’être le chef d’orchestre de la répression policière et la CIA se rendit compte qu’elle ne pouvait plus maintenir la façade de cette antenne. Les fonds furent coupés et l’OPS disparut… pour être remplacé par des actions ponctuelles, menées par des « sous-traitants » privés ou bien des milices de pays amis, formées au titre de la coopération militaire.

Si on regarde en arrière, qu’est-ce qui a changé depuis 1975 ? Au Brésil, une commission Vérité et Réconciliation a été mise en place et elle a identifié 339 cas d’assassinats politiques commandités par le gouvernement militaire. En 2002, un ancien leader syndical, ex-prisonnier politique sous la dictature, du nom de Luiz Inacio Lula da Silva à été élu président du Brésil. Il sert aujourd’hui son deuxième mandat.

Fernando Gabeira est rentré au Brésil et a écrit un livre où il raconte l’enlèvement de l’ambassadeur des Etats-unis, son arrestation et son séjour en prison. Le livre est devenu un best-seller au Brésil. Gabeira est devenu député et, en octobre dernier, a failli, à 1,4% près, devenir le maire de Rio de Janeiro.

Et aux Etats-unis, qu’est ce qui a changé ? En 1975, les officiels U.S. se voyaient encore obligés de cacher le fait qu’ils pratiquaient la torture. Ils niaient et avaient honte de ce qu’ils faisaient. Aujourd’hui, tant les théoriciens que les praticiens de la torture donnent l’impression de légitimer ce qu’ils font, voire même d’en être fiers.

Source originale : http://www.latimes.com/news/opinion/commentary/la-oe-langguth3-2009may03,0,6987276.story


Qu’est ce qu’on aurait aimé y être, à cette conférence de presse de George W. Bush quand le courageux Mountazer al Zaïdi, reporter de la chaîne Al Bagdadia, s’est levé a eu un geste historique…

Pour ceux qui n’y étaient pas… une séance de rattrapage :

Comme  Mountazer al Zaïdi, reporter de la chaîne Al Bagdadia, jetez vos chaussures dans la gueule de George W; Bush

Comme Mountazer al Zaïdi, reporter de la chaîne Al Bagdadia, jetez vos chaussures dans la gueule de George W; Bush

http://www.sockandawe.com/


[Tim Carr – IES News Service – 17/04/2008]

La venue du Pape Benoit XVI aux Etats-unis a donné lieu à de grandes manifestations médiatiques, le thème général de la visite ayant été décrit comme « une défense des valeurs de la vie et de l’humanité ». Le président George W. Bush s’est déclaré « en accord avec sa Sainteté » dans la lutte pour la défense des valeurs familiales et le respect de la vie.

Bien sûr, le président et le pape ont eu d’autant moins de mal à ne pas être en accord que « sa Sainteté » a évité d’aborder les choses qui fachent, comme la légalistation de la torture, Abou Ghraib, l’invasion de l’Irak… « Respect de la vie« , mais pas en Irak, ni en Afghanistan, ni à Gaza… il est plus urgent d’empécher des garçons d’embrasser d’autres garçons que de mettre fin à une guerre qui a tué plus d’un million de personnes…

Le même jour où le chef des catholiques a rencontré le président U.S., le juge de la Cour Suprème Chief Justice John G. Roberts a pondu une note juridique rejetant la plainte d’un groupe de militants contre la peine de mort.

Ce n’est pas parceque une méthode d’éxecution capitale peut générer de la douleur, soit par accident soit par la conséquence inescapable de la mort, que cette situation crée pour autant « un risque avéré de souffrance » qui constituerait un « chatiment cruel et inhabituel » tel que l’interdit la loi en matière d’exécutions capitales. »

Que est le rapport entre Roberts et Benoit XVI ? John Roberts est un catholique militant, membre d’un groupe conservateur qui défend « le respect de la vie » et les « valeurs familiales »

John Roberts n’est pas une exception, 5 des 9 juges de la Cour Suprème sont également catholiques et militent dans des organisations proches de leur église pour défendre « les valeurs humaines » si chères à Benoit XVI. C’est probablement pour défendre ces valeurs humaines que la totalité d’entre eux (et 2 de leurs collègues) ont voté que les Etats pratiquant la peine de mort pouvaient continuer à utiliser un mélange de trois poisons pour exécuter leurs condamnés.

Les critiques de ce mode d’exécution soulignent le fort taux d’échec de ce cocktail : « si la première composante du cocktail ne fonctionne pas, la deuxième composante provoque une paralysie consciente terrifiante tandis que la troisième composante provoque un sentiment de brûlure insupportable dans les veines. Le condamné va souffrir horriblement et longuement, parfois pendant 6 à 8 minutes not work, tmais il est incapable de crier ou de bouger. Son agonie est horrible. »

Le jour où le pape est venu à Washington, il aurait pu mentionner au président Bush que – le jour même – la Cour Suprème devait se prononcer sur le moratoire qui avait été imposé aux Etats concernant la peine de mort. Malgré le fait que l’église catholique est opposée à la peine de mort, les 5 juges catholiques de la Cour Suprème ont voté pour que le moratoire soit levé et que les Etats puissent recommencer à exécuter les criminels par injection.

Tout ceci s’est passé le jour même où le pape est venu à Washington… pour parler des « valeurs humaines » et tonner contre « la pornographie ».

Pornographie indeed…


[Mother Jones – 20/03/2008]

Grace à l’excellent travail fait par les journalistes voici l’intégralité de la chaîne de commandement de la prison d’Abou Ghraib… dans l’espoir (on peut toujours réver), qu’un jour un tribunal se charge de l’affaire de la torture dans ce camp de concentration étatsunien… (Allez sur la page d’origine, le document est interactif). (suite…)


Et comme par hasard cette base militaire se trouve à une centaine de kilomètres seulement de la zone d’action de « Al Qaïda au Maghreb ».

Et comme par hasard, au moment où le public pose des questions génantes sur cette base secrète, les braves petits gars d’Al Qaïda viennent nous faire une « piqure de rappel » en enlevant des touristes occidentaux… la peur du « terroriste », ça marche toujours pour faire taire les critiques…

Et comme par hasard la base militaire est tenue par des mercenaires qui ont déjà trempé dans des sales coups en Afrique (Executive Outcomes) ainsi que par certains des officiers qui ont trempé dans la sale guerre algérienne des années 1990 (cf. Qui a tué à Benthala de Yous Nesroulah et Salima Mellah)

Comme par hasard…

La base américaine en Algérie précisément localisée

[Mecanopolis – 26/03/2008]

Différentes source d’informations se recoupant permettent maintenant de localiser précisément cette base américaine.

Elle est située à côté de l’oasis d’Ihérir, à 110 km nord-ouest de Djanet, et à 220 km de la frontière libyenne dans le Tassili des Adjer. A 120 km au nord, se trouve la bourgade d’Illizi, l’endroit exact où les touristes, allemands, suisses et autrichiens avaient été enlevé le 18 août 2003.

Deux généraux algériens jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement de cette base :

– Le général Kamel Abderrahmane, ancien colonel à la DRS du CPMI. Il dirige aujourd’hui la deuxième région militaire, celle d’Oranie. Il a été chargé de la couverture médiatique de l’affaire des otages et de celle de l’installation de la base américaine. Il aurait acheté le “Quotidien d’Oran” en se servant d’un prête-nom. Ceci expliquerait les “révélations” faites par ce journal sur le prétendu plan anterroriste américain.

– Le général Abdelmajid Saheb, qui dirige depuis 1999 la 4ème région militaire, comprenant Ouargla et Djanet. Il a reçu pour mission d’assurer la coordination du transport des engins et équipements nécessaires à l’installation de la base. Chef de la région depuis quatre ans, il la connaît bien pour avoir été l’adjoint du commandant précédent. Il a en outre effectué plusieurs déplacements aux Etats-Unis pour recevoir des instructions.

Mais il y a encore plus surprenant. L’armée américaine ne peut suffire à la tâche, assignée par le commandement, de quadrillage de la planète. Ceci explique le recours à une entreprise, fournissant des mercenaires, pour assurer la sécurité de la base.

Il s’agit “d’Executive Outcomes,” ou du moins de ses héritiers. Cette société jouit d’une unité de travail à la caserne algéroise de Ben Aknoun, là où se tient la DRS. Elle dispose aussi d’un bureau de liaison à Ouargla, siège de la 4ème région militaire dirigée par le général Abdelmajid Saheb.

Nous avons obtenu quelques noms des cadres oeuvrant en Algérie dans le cadre de cette opération :

Le commandant Emanuel Damink. Ancien des renseignements sud-africains sous le régime de l’apartheid, il a la charge du recrutement et de la collecte des renseignements sur les réseaux islamistes dans le monde. Entre autres missions, il a lui-même assuré l’évacuation vers les États-Unis de pièces d’équipements nucléaires entreposées par l’Irak sur le sol algérien. Ce transfert était une condition impérative au maintien des bonnes relations entre Alger et Washington.

Le capitaine Stefan Desmond. Ancien officier du contre-espionnage sud-africain. Expert en armes chimiques et en explosifs, il aurait supervisé le largage de gaz de combat sur des maquis islamistes en Algérie. Chargé de la sécurité intérieure d’Executive Outcomes, on le présente aussi comme un spécialiste de la torture dite “scientifique.”

Les Français ont quelques raisons de lui en vouloir car il a monté des mises en scène macabres de prétendus charniers de l’armée française. Les squelettes, supposés remonter à l’époque coloniale, avaient les mains attachées dans le dos par du fil de fer. Étrangement, et en dépit des années, aucune piqûre de rouille ne marquait le métal.

Desmond est très proche du colonel Othman Tartag, dit Bachir, le chef du CPMI (3) et successeur à ce poste du général Kamel Abderrahamane (voir plus haut). Très brun et les cheveux frisés, Desmond se fait passer pour un Égyptien quand il doit se fondre dans l’environnement.

Le commandant Uri Barsony. Il met en valeur une autre facette de la politique algérienne: les liens tissés entre Alger et les Israéliens. Si Barsony est un ancien officier supérieur sud-africain, il a aussi la nationalité israélienne. Il supervise l’entraînement des hommes d’Executive Outcomes et celui des Forces spéciales algériennes à Biskra. Mais, surtout, c’est lui qui effectue les achats d’armement sur le marché israélien, en particulier les lunettes de vision nocturne, autrefois fournies par les Français, et le napalm, plusieurs fois utilisé dans les montagnes de Kabylie. Barsony travaille en étroites relations avec le Shin Beth, le contre-espionnage israélien. Il s’est rendu à de nombreuses reprises sur l’île de Jerba (Tunisie), afin d’y enquêter,  après l’attentat commis contre la synagogue (avril 2001, 21 morts).

En outre, Barsony apparaît comme l’un des principaux responsables des liens nouvellement tissés entre l’Algérie et Israël. Très proche du général Sadek Kitouni, ancien ambassadeur d’Algérie en Afrique du Sud, il a travaillé avec lui à la création d’une “Association d’amitié et de solidarité économique Algérie-Israël,” installée à Alger.

Barsony n’est pas seul à s’activer en faveur du rapprochement entre Israël et l’Algérie. Déjà cité, son collègue Damink a organisé un voyage en Italie au cours duquel Abdelaziz Bouteflika, le Président de la République, a rencontré Dany Yatom, l’ancien patron du Mossad (5). Il a aussi mis sur pied des stages de formation d’officiers de la DRS (2) au centre du Mossad basé dans la banlieue de Tel-Aviv.

On mesure l’importance prise par les mercenaires sud-africains en Algérie. On se demande cependant la raison de leur présence autour d’une base perdue dans le désert.

Uri Barsony donne, à qui veut l’entendre, trois raisons: La lutte contre l’islamisme, la protection des champs de pétrole, et celle des gisements d’uranium.

Manque de chance. L’affaire d’otages est sans doute montée par les services algériens dans la région de la base d’Ihérir, et quant aux champs de pétrole, ils sont à plus de 300 km et les mines d’uranium sont dans un autre pays, le Niger, à 700 km.

http://mecanopolis.wordpress.com/2008/03/25/la-base-americaine-en-algerie-precisement-localisee/


The Power of Nightmares. Al-Qaïda, pure création des services secrets américains

http://aucoursdureel.blogspot.com/2008/03/en-qute-de-donnes.html

Pour ceux qui douteraient que les vrais articles de fond sur le monde mondialisé se trouvent davantage sur Internet que dans la presse écrite formatée et alignée au Nouvel Ordre Mondial, voici un exemple. Cet article est d’un certain Morice, rédigé le jeudi 13 mars 2008.

Que j’aimerais retrouver ces débats de fond et ces informations véritables à des heures de grande écoute sur une chaîne hertzienne!(…)

LE TERRORISME A BON DOS

[Agoravox – 13/03/2008]

J’ai mis en ligne récemment dans un post lors d’une conversation sur le forum Agoravox une référence qui en a étonné plus d’un, et que j’imaginais plus connu que cela : celle d’un remarquable reportage de la BBC, intitule « The Power of Nightmares », signé Adam Curtis, qui détonne plutôt dans le paysage audiovisuel ( http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/3755686.stm ) .

Et pourtant, il n’est pas tout récent, date de 2004, a été diffusé pour la première fois par la BBC le 18 janvier 2005, et affirme sans ambages… qu’Al-Qaïda n’existe pas, tout simplement.

Evidemment ça peut en choquer certains, même trois ans après la sortie du film. Les plus incrédules d’entre nous, qui depuis 2001 gobent tout ce que la propagande gouvernementale américaine veut bien leur faire gober (il y en a, et pas mal ici même chez Agoravox !).

Dans ce remarquable reportage , les auteurs, qui ne sont pourtant ni islamistes ni illuminés, arrivent à démontrer avec brio que la « guerre au terrorisme » n’est qu’une création de l’esprit, et que son outil principal s’appelle Al-Qaïda, pure création des services secrets américains.

A voir les marchés ensanglantés de Bagdad ou les attentats revendiqués, on est en droit de crier au fou. Et pourtant. A bien y regarder, nos journalistes sont plus que crédibles dans leurs assertions, Curtis étant une sommité reconnue, et rejoignent directement des thèses comme celle développées par Webster G.Tarpley, dans sa bible de La Terreur fabriquée  (aux Editions demi-lune) dont on ne saurait trop recommander la lecture.

Dans le reportage, un ancien gradé de la CIA n’y va pas par quatre chemins : “Al Qaeda is not an organization. Al Qaeda is a way of working … but this has the hallmark of that approach.” Voilà c’est dit une bonne fois pour toutes.

Vous vous dites que ça ne tient pas debout, comme théorie ? Et pourtant. Il faut revenir aux sources de la fondation d’Al-Quaïda pour s’apercevoir du décalage énorme entre ce qui en a été dit ou ce qu’on peut encore en dire aujourd’hui, et la réalité. (suite…)


[Agoravox – 13/03/2008]

(…)

Un journaliste plus curieux que la moyenne va plus loin, beaucoup plus loin encore dans cette quête de la vérité sur ces actions horribles. Il est pourtant de la BBC, radio et télévision d’Etat, et affirme lui que des « escadrons de la mort » circulent librement à Bagdad.

On en connaît le principe : pour rejeter la faute d’un groupe sur un autre, on fait exploser quelque part une bombe qui laisse suffisamment de traces accusant l’un des deux groupes. Il ne reste plus qu’à attendre les représailles et à compter les points bien au chaud. Tout gouvernement corrompu a pratiqué un jour ce genre de sport. Un ministre irakien en place l’a même avoué « Iraq’s interior minister has admitted death squads and other unauthorised armed groups have been carrying out sectarian killings in the country. »

L’auteur apportant d’autres précisions : « The ministry of the interior in Baghdad, which is run by the CIA, directs the principal death squads. Their members are not exclusively Shia, as the myth goes. The most brutal are the Sunni-led Special Police Commandos, headed by former senior officers in Saddam’s Ba’ath Party. This was formed and trained by CIA« , dit John Pilger, qui évoque clairement une collusion entre d’anciens partisans de Saddam Hussein et les Américains !

Un comble, et bien le contraire en tout cas du langage officiel ! A deux étages, la collusion : non seulement c’est un ancien Baassiste qui aide les soldats américains, mais aussi les troupes de la mort sont sunnites et non chiites ! Une accusation gravissime !

Qui accuse des vétérans d’une bonne vieille méthode inaugurée il y a bien longtemps déjà : « According to the investigative writer Max Fuller (National Review Online), the key CIA manager of the interior ministry death squads ’cut his teeth in Vietnam before’ in Vietnam before moving on to direct the US military mission in El Salvador« … Du Vietnam à l’Irak, en passant par le Salvador. Le terrorisme a décidément souvent bon dos au pays de la liberté… A vous de vérifier davantage désormais ces informations qui fleurent tant la propagande éhontée. (suite…)


[Agoravox – 13/03/2008]
(…) Un autre phénomène de désinformation choquante est celle des attentats de début d’année à Bagdad, (…) L’explosion fait alors mauvais genre car elle tombe mal question relations publiques.

Qu’à cela ne tienne, dans la journée on va lui rajouter une dimension ignominieuse, censée provoquer encore plus de dégoût chez des gens comme vous et moi, dans le but de démontrer que l’horreur est telle… que n’importe quelle répression pourrait être acceptée. Du genre… admettre et surtout ne pas condamner la torture de prisonniers, par n’importe quel supplice, peu importe… pourvu qu’on puisse démontrer qu’un seul aveu éviterait une tuerie de ce genre.

Souvenez-vous : un officiel, quelques heures après les attentats, annonce que les deux kamikazes sont des femmes, et qu’elles sont… trisomiques. Le terme, édulcoré dans les traductions françaises de l’annonce des attentats, est bien présent dans les originaux.

C’est d’abord un général américain qui s’y colle pour dénoncer l’odieux attentat : « a U.S. military spokesman for the Baghdad area, Lt. Col. Steve Stover, also said at the time that medical experts with his division had examined the photos and agreed the women probably suffered from the genetic disorder. « They were both females and they both looked like they had Down syndrome. »

Puis c’est à un chef de la police irakienne, aux ordres, on le sait, des Américains : « Lt. Gen. Abboud Qanbar, the chief Iraqi military commander in Baghdad, said soon after the attacks that photos of the women’s heads showed they had Down syndrome, but he did not offer any other proof« .

Un autre insiste encore pour la thèse déjà évoquée « We found the mobiles used to detonate the women, Major-General Qassim Moussawi, an Iraqi military spokesman, said. He said that both women had Down’s syndrome. »

Mais très vite, déjà, les conclusions bien hâtives des militaires sont mises en doute par les journalistes sur place « A cell phone image of one of the heads viewed by The Associated Press was inconclusive. » « There was speculation that the heads could have been distorted by the blast, leading police initially to believe they had Down syndrome. »

Cela n’empêche un intervenant de poids d’affirmer que ce sont bien des femmes atteintes de trisomie 21, en insistant sur le fait que c’est donc encore plus horrible que d’habitude, si tenté que l’on puisse parler d’habitude « Iraqi and American officials blamed al-Qaeda, and accused the terrorist organisation of plumbing new depths of depravity. » C’est obligatoirement Al-Quaïda , puisque c’est pire que la « normale ». Dont acte. (suite…)


[Foreign Policy Magazine – 10/03/2008 – Trad. Grégoire Seither]

Samedi dernier, le président George W. Bush a tranquillement mis son veto à une loi qui aurait obligé la CIA a revenir dans le droit chemin. Si la loi avait été votée, les méthodes d’interrogation les plus dures  – simulacre de noyade (waterboarding), températures extrèmes, chocs électriques (gégène) – seraient devenues illégales.

Dans ce numéro spécial de FP, nous sommes allés interroger plus de 3 500 militaires pour connaître leur opinion sur la torture et pour savoir si, d’après eux, « ça marche ».

Nous avons également parlé avec le célèbre officier Nagl, spécialiste mondialement connu de la lutte anti-insurectionnelle, qui nous a dit que Jack Bauer avait tout faux dans la série « 24 h chrono ».

Enfin  Jack Cloonan, spécialiste en interrogatoires pour le FBI, nous a livré quelques secrets pour faire chanter un terroriste comme s’il était un canari.

VIDEO : LT. COL. JOHN NAGL « L’EFFET JACK BAUER »
Le célèbre officier de l’armée U.S. est un expert mondialement reconnu en lutte anti-insurrectionnelle. Ses ouvrages sur la question sont enseignés dans toutes les académies militaires. Il nous parle de la série télévisée « 24 h chrono », de son influence sur les esprits des soldats U.S. quand à la torture et des conséquence que cela à pour la lutte contre le terrorisme. (Vidéo en anglais) :

http://foreignpolicy.com/story/cms.php?story_id=4223

COMMENT BRISER LA VOLONTÉ D’UN TERRORISTE ET LE FAIRE PARLER ?
Comment réussir à faire parler un terroriste ? Jack Cloonan, expert en interrogatoires au FBI a réussi à faire « mettre à table » certains des agents les plus coriaces d’Al Qaïda. Dans cette interview, il nous explique quelques unes des méthodes employées pour faire parler un terroriste. (Interview en anglais) :

http://www.foreignpolicy.com/story/cms.php?story_id=4193

LES ANCIENNES CONVENTIONS DE GUERRE SONT ENCORE LES MEILLEURS
Les Conventions de Genève permettent de protéger les civils et les militaires en temps de guerre. Mais ces règles durement acquises sont attaquées de toutes parts : les terroristes les ignorent et les gouvernements sont de plus en plus nombreux à les trouver obsolètes et inadaptées à la guerre moderne. Mais avec chaque violation de ces conventions, la guerre devient plus meutrière pour tout le monde. (Article en anglais) :

http://www.foreignpolicy.com/users/login.php?story_id=4167&URL=http://www.foreignpolicy.com/story/cms.php?story_id=4167

LA POSITION AMBIGUE DES MILITAIRES VIS A VIS DE LA TORTURE
Foreign Policy et le Center for a New American Security ont récemment interrogé plus 3,400 officiers de l’armée, en service ou à la retraite, ayant tous officié aux plus hauts niveaux de commandement. Nous leur avons demandé si, selon eux, la “Torture n’est jamais justifiable” et leurs réponses révèlent une profonde ambiguité vis à vis des méthodes d’interrogation brutales. (Article en anglais) :

http://www.foreignpolicy.com/story/cms.php?story_id=4198


Afghanistan : Une guerre brutale et inutile sur laquelle les medias restent silencieux

[Joshua Holland – Alternet – Traduit par Mondialisation.ca, le 19 mars 2008]

C’est facile d’oublier que la route pour Guantanamo a commencé dans des endroits comme Kandahar et Jalalabad.

On dit que les journalistes ont fourni la première version de l’histoire. Avec l’invasion de l’Afghanistan menée par les US, cette version a conduit à un consensus presque universel, au moins parmi les américains, que l’attaque était un acte d’auto défense justifié. L’action contre l’Afghanistan est de même communément perçue comme étant un conflit « propre » – une guerre menée avec un minimum de perte en vies humaines, et le type de guerre qui n’a pas provoqué un tollé internationale contre les US, comme la fait celle menée contre l’Irak un an plus tard.

Ces points de vue sont également ceux d’un grand nombre d’américains qui critiquent les excès de l’administration Bush concernant la « guerre contre le terrorisme ». Mais il y a là une coupure d’avec la réalité. Tout ce qui a suivi – emprisonnements secrets, torture, l’invasion de l’Irak, l’assaut mené contre les protestations sur la scène nationale – sont inévitablement la conséquence de l’échec à contester l’affirmation de Bush qu’un acte de terrorisme nécessite une réponse militaire. Les Etats-Unis ont une riche histoire en ce qui concerne l’abandon de leurs valeurs libérales en temps de guerre, et c’est notre acceptation de la façon dont Bush a présenté la guerre qui a conduit aux abus qui ont secoué le statut moral des US sur la scène mondiale.

Dans son livre The Guantanamo files, l’historien et journaliste Andy Worthington offre une correction particulièrement nécessaire à la vision du conflit en Afghanistan projetée dans les infos le soir devant la plupart des américains. Worthington est le premier à détailler les histoires de tous les 774 prisonniers qui sont passés par le « trou noir légal » de l’administration Bush à Guantanamo Bay, Cuba. M ais son livre démarre en Afghanistan et montre précisément que la route pour Guantanamo – sans mentionner Abu Graib – a commencé dans des endroits comme Kandahar.

Alternet a récemment demandé à Worthington comment se présentait ce parcours à son point d’origine. (…)

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=HOL20080319&articleId=8391


[Nouvel Observateur – 14/03/2008]
Un Yéménite, qui dit avoir séjourné près de trois ans dans des prisons secrètes de la CIA en Afghanistan, en Europe de l’Est puis au Yémen, rapporte à Amnesty International les diverses formes de torture qu’il y a subi.

Un Yéménite accuse des agents américains de l’avoir torturé pendant les trois années qu’il a passées dans les prisons secrètes de la CIA, selon un témoignage présenté jeudi 13 mars par Amnesty International. Khaled Abdou Ahmed Saleh al-Maqtari, 31 ans, avait été arrêté par des soldats américains à Falloujah en Irak en janvier 2004, avec une soixantaine d’autres personnes, selon son récit à l’organisation de défense des droits de l’Homme, dont le siège est à Londres. Transféré à la prison irakienne d’Abou Ghraïb, parmi les « détenus fantômes », Al-Maqtari décrit à Amnesty les violences, les privations de sommeil, les positions de stress, les séances d’intimidation par des chiens, les hypothermies provoquées et autres formes de torture.

9 jours à Abou Ghraïb

Il raconte, qu’une fois, il a été battu par trois hommes dans une petite pièce, après avoir été forcé de se tenir debout, nu, sur une chaise devant une puissante climatisation, avec une caisse remplie de bouteilles d’eau dans les mains. Selon son témoignage, il était régulièrement plongé dans l’eau froide, tremblant tellement qu’il pouvait à peine tenir debout. On le suspendait la tête en bas, les mains menottées dans le dos, avec un système de poulie pour le faire aller et venir dans l’eau.
Après neuf jours d’interrogatoire à Abou Ghraïb, Al-Maqtari a été transféré en Afghanistan dans un vol secret de la CIA, poursuit Amnesty, qui assure avoir retrouvé les traces d’un plan de vol corroborant ses dires.
Là, il a subi d’autres mauvais traitements : isolement, privation de sommeil, exposition au froid ou à la chaleur, port prolongé de chaînes, perte de sens provoqué par des lumières ou des bruits.

Violation des obligations internationales

Fin avril 2004, Al-Maqtari a été transféré vers un autre site secret de la CIA, peut-être en Europe de l’Est, selon Amnesty. Il a été détenu là pendant 28 mois, avant d’être renvoyé vers le Yémen, où il est resté emprisonné jusqu’en mai 2007.
« A aucun moment pendant ses 32 mois d’emprisonnement, on n’a dit à Khaled al-Maqtari où il était ni pourquoi », a expliqué Anne Fitzgerald, conseiller spécial d’Amnesty. « Il n’avait d’accès ni à des avocats, ni à sa famille, ni au Comité international de la Croix-Rouge, ni à toute personne autre que le personnel impliqué dans ses interrogatoires, sa détention ou son transfert. C’est clairement une violation des obligations internationales des Etats-Unis », a-t-elle estimé.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20080314.OBS4994/prisons_secretes__un_yemenite_decrit_ses_tortures.html?idfx=RSS_notr 


[Amnesty International – 29/02/2008]

Maher Rafat al-Quwari est un Palestinien apatride. Il a été arrêté en Afghanistan par des soldats U.S. qui – du fait de son origine – l’ont soupçonné d’être un « combattant djihadiste ».  Il a été envoyé à Guantanamo à cause de cela… mais les autorités U.S. ont vite réalisé qu’ils avaient fait une erreur.

Cela fait plus d’un an que Maher a appris par son avocat qu’il est libérable de Guantánamo – où il est maintenu prisonier pendant 22-23 heures par jour dans une cellule au murs en acier, sans fenêtre. IL n’a presque pas de contact avec l’extérieur.

Mais voilà, Maher n’a pas de nationalité et pas de papiers attestant sa résidence dans un pays – alors les U.S. argumentent qu’ils n’ont pas de pays où le renvoyer pour continuer à le garder emprisonné – il est dans une situation kafkaienne.

« Je suis palestinien, j’ai une femme et deux enfants et nous n’avons pas de papiers d’identité officiels. Je voulais m’adresser à l’ONU pour régler ce problème. C’est pour cela que nous sommes allés vivre dans un pays où il n’était pas important si vous n’aviez pas de papiers d’identité en règle. C’est pour cela que nous sommes allé vivre en Afghanistan. »

Cette décision, Maher l’a chèrement payée. Trop chèrement. Et nous vous demandons de prendre dix minutes de votre temps et d’écrire une lettre aux autorités US afin de demander la libération le plus rapidement possible de Maher ainsi que son renvoi dans un pays où lui et sa famille pourront vivre en sécurité. Les U.S. ont le devoir de réparer leur erreur et d’assurer la sécurité de Maher, c’est un devoir qu’ils ont négligé jusqu’à présent.

Pour vous aider dans la rédaction de cette lettre, nous avons mis en ligne une page explicative avec toutes les informations nécessaires à cette adresse :

http://www.unsubscribe-me.org/nonuk.php? 


[Par Debbie Nathan – Counter Punch – 26 février 2008 – Trad. Contre Info]

Un psychiatre ayant eu pour patients d’anciens gardes du camp de détention de Guantanamo, a recueilli les confessions de ces hommes hantés pas leurs actes et les scènes auxquelles ils ont assisté. Aujourd’hui, il a décidé de rompre le silence en rendant publics ces récits de séances de torture et en décrivant l’angoisse qui habite aujourd’hui les anciens tortionnaires.

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1754


[Tim Carr – IES News Service – 02/02/2008]

Thomas Warziniack est né dans le Minnesota et a grandi dans l’état de Géorgie… mais cela n’a pas empéché les agents de l’immigration U.S. de l’arrêter et de le garder en prison pendant plusieurs semaines, l’accusant d’être un immigré clandestin russe.

Arrêté sur son lieu de travail, Warziniack a été placé dans un centre de rétention de l’Arizona, en attendant son expulsion vers un pays qu’il n’a jamais vu de sa vie. Les geoliers ont refusé de le croire quand il leur disait qu’il était un citoyen U.S. , alors qu’ils auraient pu vérifier son acte de naissance au Minnesota en moins de dix minutes. L’année auparavant Warziniack avait déjà été informé par les services d’immigration qu’il allait être expulsé vers la Russie… il avait du aller en justice au Colorado pour faire confirmer sa citoyenneté états-unienne.

Finalement, en décembre dernier, les autorités ont annoncé à Warziniack qu’ils avaient pu vérifier son statutc et qu’il pouvait donc être relaché .

En 2006, une étude de  l’ONG Vera Institute of Justice, à New York  a identifié au moins 125 personnes détenteurs de la citoyenneté américaine et néanmoins emprisonnés dans des centres de rétention, accusés sur la base d’une homophonie ou d’une erreur de fichiers, d’être des clandestins.

L’ONG Vera a commencé son enquête dans six centres de rétention avant d’étendre son terrain d’enquête à 12 Etats  – elle prévoit à terme de couvrir la totalité des centres et d’enquêter sur tous les cas de citoyens faussement expulsés.

Nina Siulc, qui dirige l’enquête, pense que chaque année des centaines de citoyens U.S. sont arrêtés et déportés par erreur… sans qu’on en entende parler. « Notre enquête n’a porté que sur un petit nombre de détenus, mais chaque année les services d’immigration des Etats-Unis arrêtent environ 280 000 people, détenus dans 15 centres de rétention féderaux ainsi que plus de 400 centres locaux, tenus par les administrations locales et des entreprises privées. »


Mustapha pose (en juin 2004) avec l’une des photos qui ont déclenché le scandale, où figure son père mort en détention provisoire

Ignominie. Mustapha pose (en juin 2004) avec l’une des photos qui ont déclenché le scandale, où figure son père mort en détention provisoire. Les clichés, insupportables, montrent des détenus encagoulés, menacés par des chiens, tenus en laisse, nus … [Photo Karim Ben Khelifa]

[Le Monde 2 – Semaine du 19/01/2008 – Frédéric Joignot]

28 avril 2004. La chaîne CSS diffuse des photos de soldats américains torturant des prisonniers d’Abou Ghraib, en Irak. Dans la foulée, Janis Karpinski, qui dirigeait les prisons irakiennes, est rétrogradée, lâchée par ses supérieurs. Aujourd’hui retraitée, elle témoigne contre ses responsables de l’époque. En exclusivité, elle nous raconte sa descente aux enfers.

Son regard bleu ne vous lâche pas. Elle se tient droite. Martiale. Janis Karpinski a passé vingt-cinq ans dans l’armée américaine. Elle fut la première femme générale  » une étoile  » à exercer en zone de combat. C’était pendant la seconde guerre d’Irak. Elle y a connu l’enfer. Puis le déshonneur.

Elle nous reçoit chez elle, dans un lotissement du New Jersey. Aujourd’hui à la retraite, Janis Karpinski tente de faire le bilan de ces années de guerre – comme beaucoup d’Américains à l’approche de la présidentielle. Ses premiers mots:  » Mes voisins me demandent ce que les Irakiens pensent de nous. Je leur réponds: « Qu’est-ce que vous penseriez si, du jour au lendemain, des chars occupaient votre quartier, des bataillons de soldats patrouillaient dans les rues, arrêtaient les gens ? ». « 

La nuit tombe, Janis Karpinski raconte l’Irak. Aucun bruit dans la maison. Elle vit seule. Son mari, un ancien colonel, est décédé l’an dernier. Ils n’ont pas voulu d’enfant. L’ancienne générale a sacrifié la vie de famille à sa carrière de soldat. Elle voulait s’imposer dans ce monde d’hommes où, dit -elle,  » la simple présence d’une femme officier a longtemps été ressentie comme une insulte « . Elle a réussi. Elle a été la commandante en chef de la 800e brigade de police militaire, responsable des 40 000 prisonniers enfermés dans les prisons irakiennes au début de la guerre.

Aujourd’hui, après avoir été dégradée au rang de colonelle, accusée par ses supérieurs d’avoir perdu le contrôle de la prison d’Abou Ghraib où des soldats ont torturé, Janis Karpinski se défend. Elle porte plainte et témoigne contre l’ancien major général du camp de Guantanamo envoyé en Irak, Geoffrey Miller, et Donald Rumsfeld, l’ancien secrétaire d’Etat à la défense. Pour mise en œuvre méthodique de la torture. Son histoire éclaire de façon singulière cet épisode dramatique. Voici sa version des faits.

(suite…)


Fear and PrejudiceL’ancien gouverneur de l’Arkansas, Mike Huckabee (où il avait remplacé Bill Clinton) a surfé sur la vague d’hystérie religieuse et nationaliste qui s’est emparée de l’Amérique et a gagné la bataille de l’investiture Républicaine dans l’Iowa. Le Parti Démocrate a infligé une gifle à Hilary Clinton en lui préférant Barack Obama.

Si Huckabee est élu, un taliban fondamentaliste chrétien entrera à la Maison-Blanche,

  • un homme qui défend le patriarchat et la primauté de la religion chrétienne sur toutes les autres,
  • qui pense que la Terre n’a pas plus de 6 000 ans parce que c’est écrit comme ça dans la bible,
  • qui pense que le Darwinisme et la théorie de l’évolution sont des « thèses satanistes »,
  • qui estime que l’Amérique est un pays donné à dieu et que les athés ne devraient pas jouir des mêmes droits civiques que les autres, bon citoyens qui vont à la messe le dimanche,
  • qui dit que tous les musulmans sont des terroristes en puissance,
  • qui pense que les associations de défense de libertés civiles sont co-responsables des attentats du 11 septembre parce qu’elles encouragent le laxisme,
  • qui veut enfermer les homosexuels dans les asiles et s’est réjoui du SIDA, punition divine contre les homosexuels
  • qui estime que les femmes doivent se soumettre à leur mari
  • qui dit que l’avortement doit être puni de la peine de mort
  • etc. etc.

Un mec comme ça, en France, provoquerait une levée générale des boucliers, n hurlerait au fascisme et à la « bête immonde » comme en 2002… mais là, c’est chez les Américains, alors on dit rien, parce qu’on a peur de passer pour des vilains anti-américains (et donc forcément antisémites) primaires.


Comme il y a de bonne chances pour que les bigots du Parti Démocrate préferrent encore voter pour un Républicain blanc qui brandit la bible plutot que pour un nègre comme Obama, on peut d’ores et déjà se préparer à une présidence Huckabee….

A Tora-Bora, chez Abu-Sayyaf, on débouche le champagne ! De nouvelles croisades en perspective ! A Bhagran, à Abou Ghraib et à Guantanamo on construit déjà de nouvelles cellules…

« The lights are going out all over Europe America and I doubt we will see them go on again in our lifetime «  (Le ministre des affaires étrangères britannique, Sir Edward Grey, le jour de la déclaration de guerre, en 1914)


Affiche censurée de Taxi to the Dark Side[Gregor Seither – IES News Service – 01/01/2008]
L’association des producteurs de cinéma des Etats-unis (MPAA) a refusé de distribuer l’affiche du documentaire d’Alex Gibney « Taxi to the Dark Side » qui enquête sur les centres de torture entretenus par les USA en Afghanistan, à Baghram, en Irak, à Abou Ghraib ou encore à Guantanamo. (…)

L’affiche censurée est une photo de presse qui montre deux soldats U.S. s’éloignant de la caméra emmenant un prisonnier encagoulé entre eux.

Un porte-parole du MPAA a justifié la décision par un souci de préserver la sensibilité des enfants : « Nous traitons tous les films de la même manière. Les affiches de films sont vues par tous les publics, y compris les enfants. Si la publicité d’un film ne peut être vue par tous les publics, alors la commission de classification publicitaire la rejettera. »

Pour Mark Urman, responsable chez ThinkFilm, le distributeur du film, ce qui choque la MPAA dans l’affiche est le fait que le prisonnier porte une cagoule. « La MPAA avait déjà fait changer les affiches des films d’horreur « Saw » et « Hostel » parce qu’on y voyait un personnage encagoulé, chose que le MPAA estime impossible à voir pour un enfant. Ils veulent bien garder la photo, mais la cagoule doit être enlevée, ce qui ôte toute signification à l’image. Nous leur avons dit qu’il s’agissait d’une vraie photo, prise par un journaliste, que c’était la réalité vécué tous les jours par les prisonniers de l’armée américaine. Ils nous ont répondu que justement, c’était la réalité qui les dérangeait. »

Pour le réalisateur du film, Alex Gibney, « Le fait de nous interdire l’utilisation d’une image de presse, tirée du documentaire, sous prétexte que la vision de la réalité pourrait choquer des petits enfants américains, c’est de la censure pure et simple. Je ne sais pas si la MPAA applique des consignes venues d’en haut, mais dans tous les cas leur censure de cette affiche est un acte politique qui vise à interdire la critique légitime de l’Administration Bush. »

« Je suis d’accord que cette image est forte, qu’elle est choquante, mais c’est parce qu’elle est réelle qu’elle choque. Ce n’est pas une fiction, c’est la réalité vécue par des milliers de personnes aux mains des soldats américains. Il est incroyable que la MPAA pense que le public américain n’est pas capable de voir la réalité de cette guerreou bien qu’il ne doit pas la voire. »


[Gregoire Seither – IES News Service – 14/12/2007]

Le magazine SALON publie le témoignage du jordanien Mohamed Farag Ahmad Bashmilah. Agé de 38 ans, il vivait en Indonésie où il tenait un magasin de vètements « ethniques ». En octobre 2003, s’étant rendu en Jordanie avec sa femme pour visiter sa mère mourrante, il fut interrogé à son arrivée par la police jordanienne qui l’arreta quand il leur dit s’être rendu en Afghanistan en 2000 pour y acheter de la marchandise.

A sa sortie de l’interrogatoire, alors qu’on lui avait dit qu’il n’y avait aucune charge contre lui, il fut remis à des agents américains qui le menottèrent, lui mirent une cagoule sur la tête et le droguèrent avant de le kidnapper vers un « site noir » de la CIA, la base militaire de Baghran en Afghanistan. Pendant six mois il fut maintenu en isolation totale, nu dans une cellule en béton, personne ne sachant ce qu’il était devenu étant donné que la police jordanienne affirmait l’avoir laissé partir après interrogatoire.

La CIA a maintenu Mohamed Farag Ahmad Bashmilah emprisoné pendant pres de trois ans, sans jamais l’accuser de quoi que ce soit. Il fut libéré à minuit, le 5 mai 2005 et abandonné sur un parking au Yemen, sans un mot d’explication avec pour seule instruction « Tu n’as rien à voir avec tout ça, alors fous le camp« .

Bashmilah a été emprisonné dans plusieurs « sites noirs » en Jordanie, en Egypte, au Yemen et probablement sur un bateau de la marine US – tous faisant partie du réseau de prisons secrètes de la CIA participant au programme de « renditions extraordinaires ».

Les cellules étaient toutes construites sur le même modèle, un rectangle en béton de 2 mètres sur 3, sans aucun aménagement, avec juste un trou pour les latrines ou bien simplement un seau. La plupart du temps il était nu, simplement doté d’une couverture qu’on lui confisquait parfois.

Parfois on lui passait les menottes pendant des semaines entières, dans une autre cellule il y avait un anneau ancré au sol qui permettait de l’enchaîner par le mollet. Chaque cellule était sous la surveillance constante d’une caméra vidéo et les lumières n’étaient jamais éteintes. Il était impossible de savoir si on était le jour ou la nuit. Cette désorientation était encore renforcée par quatre hauts-parleurs au plafond qui diffusaient en permanence, 24 h sur 24, et à plein volume, soit du « bruit blanc » soit de la musique Rap.

Les gardiens étaient tous vétus de combinaisons noires et cagoulés. Quand ils venaient chercher Bashmilah pour les interrogatoires, ils ne lui parlaient jamais — durant les 19 mois de sa captivité, mis à part les interrogatoires, il n’a jamais échangé de paroles avec un autre être humain. Personne ne lui a jamais dit où il était, pourquoi il était là ni s’il avait le moindre espoir d’en ressortir un jour.

Au bout de huit mois de ce traitement, se sentant devenir fou, Bashmilah tenta de s’ouvrir les veines avec un éclat de métal, barbouillant les mots en anglais « I am innocent » avec son sang sur les murs de sa cellule. Les agents de la CIA le frappèrent, lavèrent les murs et lui mirent des pansements, avant de le menotter pour qu’il ne recommence pas.

Bashmilah décida alors de cesser de s’alimenter. Chaque jour un médecin venait l’examiner et le peser. Quand son poids tomba à 40 Kilos, on le traîna dans une salle d’interrogation où on l’immobilisa sur un des fauteils de torture avant de lui enfoncer un tube dans l’estomac afin de le nourrir de force. L’un des interrogateurs-tortionnaires lui dit « Tu n’iras nulle part, tu ne pourras pas nous échapper en te tuant ».

http://www.salon.com/news/feature/2007/12/14/bashmilah/print.html


[LE MONDE | 20.12.07 ]
Réagissant avec une vigueur très inhabituelle, la Maison Blanche a demandé, mercredi 19 décembre, que le New York Times « corrige le sous-titre » d’un article paru le matin en manchette. Sous le titre « Les juristes de Bush ont discuté du devenir des cassettes de la CIA », on pouvait lire « Le rôle de la Maison Blanche a été plus grand qu’elle ne l’a dit ». Selon le quotidien, quatre conseillers juridiques de la présidence – Alberto Gonzales, David Addington, John Bellinger III et Harriet Miers – ont eu connaissance de la volonté de la CIA de détruire des enregistrements vidéo d’interrogatoires dits « sévères » – incluant des simulations de noyade -, menés en 2002. Le journal cite des « officiels » anonymes selon lesquels « aucun ordre direct de préserver les cassettes ni aucun avis selon lequel les détruire serait illégal » n’est venu de la présidence.
La CIA a détruit ces vidéos en 2005. Dana Perino, porte-parole de la Maison Blanche, a accusé le quotidien de sous-entendus « pernicieux et inquiétants ».

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-991840@51-986883,0.html 


Les « Conventions de Genève » démantelées par les Etats-unis.

Extrait du documentaire « un taxi pou l’enfer ». D’Alex Gibney (Etat-Unis, 2007, 1h45mn)
diffuser sur ARTE le 08 octobre 2007.

http://www.dailymotion.com/video/x3663g_les-barbares-du-21eme-siecle
Alors que les capitalistes ont intégrés les principes des droits de l’homme dans leur idéologie, nous avons tous vu les comportements abjects des soldats américains dans les prisons d’Abou Ghraïb en Irak, de Guantanamo près de Cuba, ou de Bagram en Afghanistan. Si ce ne sont pas des atteintes aux droits de l’homme, que sont donc alors les droits de l’homme ? De quel homme parle-t-on ?
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voir video Road to Guantanamo Version s-titré francaise:
http://www.dailymotion.com/decryptator/video/x28tzc_road-to-guantanamo-sous-titre-franc_news


[Huffington Post 14 Nov 2007]

Elizabeth Holtzman : Au-delà la nomination de Mukasey, se profile la responsabilité pénale de la Maison Blanche

En 1988, Ronald Reagan avait nommé Robert Bork à la Cour Suprême, déclenchant une féroce dispute politique autour des positions ultra réactionnaires de ce juriste conservateur. Bork avait fini par jeter l’éponge et démissionner de son poste.

La même chose va t’il arriver à Michael Mukasey, candidat proposé par Bush au poste de Procureur général, et dont les déclarations évasives sur la question de la torture et de sa définition ont choqué bon nombre de juristes et constitutionalistes aux Etats-unis ?

Mais quel que soit le résultat du débat en cours, les tergiversations de Mukasey ont eu une conséquence involontaire mais néanmoins historique. Elles ont clairement établi que le Président des USA risque fort de tomber sous le coup d’une inculpation pour violation des lois interdisant la torture. La responsabilité pénale de la présente administration US aura plus de retentissement que la nomination de Mukasey comme procureur général. Cette décision aura des conséquences bien au delà de la mandature de G.W. Bush.

(…)

Le  « War Crimes Act » de 1996 considère que le traitement cruel, inhumain et dégradant d’un prisonnier est une violation des Conventions de Genève et constitue un crime fédéral. Par ailleurs, la loi de 1994 [18 USC Section 2340 (a)], établit comme étant un crime fédéral le fait d’entreprendre ces actes de torture en dehors des Etats-unis et étend cette culpabilité à ceux qui conspirent en vue de, planifient, apportent leur soutien ou encouragent l’usage de la torture en dehors des US. Ces deux lois s’appliquent à n’importe quel citoyen des Etats-unis, y compris le Président, le Vice Président et autres officiers supérieurs ou responsables administratifs, mais aussi aux subordonnés comme des agents de la CIA ou des soldats et mercenaires sous contrat US. Si le Président à donne l’ordre, a encourage, incité ou autorisé le « waterboarding » (la torture par simulacre de noyade) ou toute autre forme de torture ou de mauvais traitement, il a violé les lois de 1994 et de 1996. Si la victime de ces mauvais traitements succombe des suites de la torture, la loi prévoit que la punition pour les tortionnaires, leurs complices et leurs commanditaires est la peine de mort. La loi précise clairement que pour ce genre d’offense il n’y a pas de prescription, le Président US pourra donc être poursuivi bien après la fin de son mandat, jusqu’à la fin de sa vie, même.

(…)

En tant que « Attorney General », M. Mukasey pourra tenter de changer ces lois afin de protéger le Président Bush et ses complices de toute action en justice; il peut biaiser et tenter de gagner du temps en nommant un enquêteur spécial pour enquêter sur la responsabilité de la Maison Blanche.

Mais – comme le montre clairement la note rédigée par l’ancien Procureur Gonzales en 2002 – il ne peut pas lier les mains des procureurs futurs. Quand il y a mort d’homme, nos lois anti-torture ne prévoient pas de date de prescription. Tôt ou tard, ceux qui auront violé les lois U.S. seront poursuivis et traduits devant la justice. Si ce n’est par le procurer Mukasey, ce sera par un Procureur général futur.

Elizabeth Holtzman, ancienne députée au Congrès des Etats-unis, a participé à la commission d’enquête judiciaire qui a mené à la destitution de Richard Nixon. Elle est à l’origine, avec d’autres juristes, du statut d’enquêteur spécial crée en 1973 et à écrit, avec Cynthia L. Cooper,  l’ouvrage « The Impeachment of George W. Bush » (2006).

http://www.huffingtonpost.com/elizabeth-holtzman/beyond-mukaseys-confirma_b_72242.html


En attendant une version française (qui ne viendra peut-être jamais),
vous pouvez voir le documentaire ici :
http://www.mininova.org/tor/953637

[Gregoire Seither – IES News Service – 23/10/2007]

La droite US a relancé sa machine à mobilisation pour empécher la diffusion publique aux Etats-unis du documentaire « Taxi to the Dark Side » (Jigsaw Productions), présenté pour la première fois en Avril dernier au Tribeca Film Festival. Ce film puissant a recu de nombreux prix cet été et est nominé aux Oscars. Rien que la bande annonce vous fait sursauter :

Le film est construit autour du destin d’un chauffeur de taxi Afghan, dont on ne connait que son prénom, Dilawar, complètement innoncent de tout lien avec des terroristes, qui a été torturé à mort dans la prison secrète que les Etats-unis ont installée sur la base aérienne de Bagram en Afghanistan. « Taxi to the Dark Side » documente le parcours des politiques sécuritaires de l’Administration Bush, depuis Bagram (..) jusqu’à Guantánamo (..) et Abu Ghraib.Il montre comment les racines de ces politiques sont a chercher dans les programmes d’expérimentation du comportement humain (privations sensorielles, utilisation de drogues…) qui avaient été mis en place dans les années 1950 par la CIA pour comprendre comment fonctionne la torture.

Le documentaire retrace également l’opposition que ces politiques ont rencontrées au sein de l’administration mais aussi de l’armée et présente quelques officiels hauts-placés qui ont tenté de s’opposer : par exemple l’ancien conseiller légal de la Navy, Alberto Mora, ou encore Lawrence Wilkerson, ancien directeur de cabinet du Secrétaire d’Etat Colin Powell, qui témoignent de la violence des échanges entre pro- et anti-torture. Ou encore John Yoo, un des architectes de la politique des « renditions exceptionnelles » (les prisons secrètes de la CIA dans des pays utilisant la torture) qui justifie les « choix stratégiques » de la Maison Blanche, rejoint en cela par le Vice-Président Dick Cheney.

La dernière partie du documentaire raconte la bataille au congrès des Etats-unis pour tenter de restaurer la norme des Conventions de Genève interdisant la torture (à travers les prises de position et les compromis tragiques de John McCain).

Plus intéressant, les auteurs du documentaire montrent comment la célèbre série télévisée « 24 heures chrono » (qui a été réalisée avec une assistance technique des services de renseignement US) diffusée sur Fox TV a contribué à légitimer la torture auprès de l’opinion publique, en minimisant son impact sur l’intégrité physique des personnes qui y sont soumises (« c’est juste un mauvais moment à passer ») et en martelant aux spectateurs qu’il y a urgence et qu’on ne peut s’embarasser de conventions et de droits de l’homme dans ces cas là (« le faux scénario de la bombe à retardement »).


L’Amérique fasciste, en dix mesures faciles

[Naomi Wolf – Mardi 24 avril 2007 – The Guardian – Traduction française: SOTT]

De Hitler à Pinochet et au delà, l’histoire montre qu’il y a certaines mesures que tout dictateur en puissance doit prendre pour détruire les libertés constitutionnelles. Et selon Noami Wolf, George Bush et son administration semblent toutes les prendre.

L’automne dernier, il y a eu un coup d’état militaire en Thaïlande. Les leaders du coup d’état ont pris un certain nombre de mesures, plutôt systématiquement, comme s’ils avaient une liste d’achats. En un sens, c’est ce qu’ils avaient. En quelques jours, la démocratie a été supprimée : les chefs du coup d’état ont décrété la loi martiale, envoyé des soldats en armes dans les zones résidentielles, pris en main les stations de radio et de télévision, et mis des activistes patentés en détention.

Ils ne comprenaient pas ces choses à mesure qu’elles progressaient. Si vous regardez l’histoire, vous pouvez voir qu’il y a essentiellement un plan pour transformer une société libre en une dictature. Ce plan a été utilisé à maintes reprises en versant plus ou moins de sang, de manières plus ou moins terrifiantes. Mais c’est toujours efficace. Il est très difficile et ardu de créer et maintenir une démocratie – mais l’histoire montre qu’en supprimer une est bien plus simple. Vous n’avez qu’à être disposé à prendre les dix mesures.

Aussi difficile que ce soit à contempler, si vous êtes disposé à le voir, il est clair que chacune de ces 10 mesures a déjà été initiée aujourd’hui aux Etats-Unis par l’administration Bush.

(suite…)


[Sam Smith – Undernews – Août 2007 – Trad. Grégoire Seither]

L’autre jour je lisais une dépéche de l’Associated Press qui disait

« Trois personnes soupçonnées d’être des terroristes islamistes, affiliés à un groupe proche d’Al-Qaïda et ‘nourissant une haine intense vis à vis des ressortissants US’ ont été arrêtées en Allemagne et accusées de préparer des attentats contre des installations US . . .  »

Ma première réaction a été : on dirait que nous avons encore une fois un problème de marketing. Et puis je me suis souvenu que l’objectif marketing des Etats-unis n’était pas d’intégrer les musulmans à notre base de consommateurs. Non, notre but est de les éliminer. Pour ce faire, vous avez besoin d’un bon plan militaire, pas d’un bon plan marketing.

Mais l’armée et le marketing sont deux domaines dans lesquels les Etats-unis se considèrent comme étant les meilleurs au monde.

J’ai donc commencé à gamberger : que ce serait-il passé si, le soir du 11 septembre, nous avions réagi comme une grande entreprise qui serait confrontée à un mouvement de rébellion de la part d’un groupe de consommateurs plutôt que comme une puissance militaire qui tente d’éliminer un ennemi ?

Nous n’avons rien fait pour lutter contre  ‘la haine intense vis à vis des ressortissants US’ qui est ressentie par de nombreux musulmans… au contraire, nous avons tout fait pour aggraver encore cette haine. Tout ça au nom d’une « Guerre contre le terrorisme » qui ne mène nulle part.
(suite…)


ABOU GHRAIB : L’ARMÉE US LAVE PLUS BLANC ET FAIT PORTER LE CHAPEAU AUX LAMPISTES

[The New York Times – 29/08/07 – Trad. Grégoire Seither]
Un jury du tribunal militaire de Fort Meade (Maryland), composé de neuf colonels et d’un brigadier général de la US Army, ont innoncenté le Lt. Col. Steven L. Jordan, 51 ans, de l’accusation d’avoir mal préparé les soldats aux interrogatoires de prisoniers et ensuite d’avoir sinon approuvé, du moins fermé les yeux et couvert les tortures et traitements dégradants qu’ont eu à subir les détenus de la prison d’Abou Ghraib, à Bagdad, après l’invasion US en 2003. Le tribunal militaire a estimé que ces charges ne pouvaient être retenues contre l’officier commandant et que les tortures étaient le fait « d’éléments incontrolés » dans l’armée.

Le Lt. Colonel Jordan était le seul officier supérieur poursuivi dans le scandale d’Abou Ghraib. Le verdict du tribunal signifie que, dans cette affaire, seuls les simples soldats et les sous-officiers seront punis.

Ainsi le Col. Thomas M. Pappas, chargé du renseignement militaire à Abou Ghraib et dirigeant les interrogatoires des prisonniers « préparés » par les soldats tortionnaires, a reçu un blâme administratif, pour avoir « utilisé de manière inappropriée » des chiens militaires afin d’effrayer les prisonniers.

Une seule exception à cette règle : la Brigadière Générale Janis Karpinski, (cf. revue de Web 06.07.2004 – http://www.libertes-internets.net/archives/20040706.html) qui commandait la police militaire à Abu Ghraib, n’avait au départ écopé que d’un simple avertissement. Mais quand elle s’est avisée de parler à la presse et de dénoncer les conditions qui régnaient à Abou Ghraib, et notamment le fait que les officiers des services de renseignement y faisaient ce qu’ils voulaient et que le Shin Beth israélien participait aux interrogatoires, elle a été dégradée et muté à un poste administratif.

http://www.nytimes.com/2007/08/29/world/middleeast/29abuse.html?ex=1346040000&en=285a2e54b3543e34&ei=5088&partner=rssnyt&emc=rss


[Grégoire Seither – IES News Service – 03/08/07]

Joe Darby était un soldat de réserve, servant avec les forces US à la prison de Abou Ghraib, en Irak, quand il est tombé par hasard sur les photos qui circulaient parmi le personnel et qui, lorsqu’elles furent révélées en 2004, choquèrent le monde entier. Aujourd’hui il est obligé de se cacher pour échapper à la vindicte de ceux pour qui il est un traître qui a mis l’armée dans l’embarras.

Son cauchemar a commencé le jour où, assis dans une cantine bondée, au milieu de centaines d’autres soldats, il a vu Donald Rumsfeld à la télévision le remercier personnellement pour avoir communiqué ces photos au Pentagone et ainsi révélé les pratiques barbares qui avaient cours dans cette prison.

« Je ne pense pas que M. Rumsfeld ait prononcé mon nom de manière accidentelle, ce genre d’intervention télévisée est généralement préparée dans les moindres détails. C’est à croire que quelqu’un voulait se venger d’avoir été mis dans l’embarras » explique Joe Darby.

Parmi ses collègues irakiens, la révélation de Rumsfeld n’eut pas de conséquences pour Darby. Plutôt que de se retourner contre lui pour avoir dénoncé ses camarades, la plupart des soldats applaudit Darby, nombreux furent ceux qui vinrent lui secouer la main, le remerciant d’avoir « sauvé l’honneur de l’armée ». Aux Etats-unis, par contre, les choses s’envenimèrent rapidement.

Sa femme ne savait pas que Darby avait envoyé les photos au Pentagone, mais dans la nuit même où Rumsfeld nomma son mari à la télévision, les menaces anonymes commencèrent à déferler, au point qu’elle dut aller se réfugier chez sa soeur. Sa maison fut vandalisée, puis celle de soeur, couverte de graffitis vengeurs. En ville, dans les magasins, dans la rue, on la huait, traitant son mari de traître. Quand Joe Darby revint de son service en Irak, les attaques redoublèrent.

La police se contentant de dire qu’elle ne pouvait rien faire pour identifier les auteurs des menaces, les Darby décidèrent de déménager dans une autre ville et de changer d’emploi. « Je n’en suis pas encore à aller demander au FBI de m’accorder une fausse identité, mais quand je lis ce que les blogs radicaux et pro-armée écrivent sur moi, j’en ai bien envie. Ma femme utilise son nom de jeune fille à son travail et nous avons fait mettre la maison au nom de son père, dans l’annuaire. »

Malgré cela, Joe Darby ne regrette pas ce qu’il a fait en Irak. « J’ai agi comme un soldat doit agir, conformément au règlement. Ni plus, ni moins. Je n’ai aucun regret d’avoir signalé ces exactions à mes supérieurs et si je suis à nouveau témoin de ce genre d’agissements, je ferais pareil. C’est une question de morale, de ne pas céder sur les valeurs en lesquelles je crois. »