Hé, on va pas reprocher aux journaux de vouloir vendre du papier, hein ? En tout cas, cela confirme encore une fois la maxime de Henri L. Mencken, que l’on devrait tatouer sur la main de tous les étudiants en journalisme : « Même si c’est ta maman qui te dit qu’elle t’aime, vérifie quand même l’information ».

[Arrêt sur Images – 28/11/2011]

C’est Noël, avec un mois d’avance ! A l’instant où l’intrigue du Carlton commençait à faiblir, voici que le super-méga-modèle économique 2011 de la presse française (l’affaire DSK) s’invente une nouvelle saison. Bonjour les clics, les ventes, et l’audimat. On ne sait plus comment la numéroter. 1? 2? 3? DSK, le complot: la presse n’osait en rêver, M. Epstein l’a fait. Petit papa Epstein, quand tu descendras du ciel, avec ta hotte pleine de coïncidences-qui-ne-prouvent-rien-en-elles-même-mais-qu’on-est-tout-de-même-très-troublés, n’oublie pas nos petits journaux !

Et chacun d’y aller. En tête de meute, Rue89, qui sort le premier le résumé de l’article de la New York Revue of Books. Le lendemain, le site semble pris d’un doute. Est-il bien sérieux, ce M. Epstein, qui estime qu’Al Qaida n’est pas seule responsable des attents du 11 Septembre, et qu’une piste « mène en Irak » ? Oui sans doute, puisqu’il a « collaboré au Wall Street Journal ». Vérification faite par notre Gilles Klein, on ne trouve sous sa plume, que quatre articles remontant aux années 80, et deux libres opinions sur l’industrie du spectacle à Hollywood, mais qu’importe. Ah oui, il a décroché un prix, aussi. Re-vérification faite, ce prix a été décerné par un consultant en intelligence économique dont nous ne savons rien, mais on ne va pas s’arrêter à ces détails. Et le lendemain encore, le site de publier une chronologie joliment interactive qui, de l’aveu même du site, « en dit beaucoup mais pas tout » (titre à étudier dans les écoles de journalisme), mais qui fait tout de même très chic.

Que dit M. Epstein ? Beaucoup de choses (questions sans réponse, hypothèses prudemment soulevées, déplacements de focale, savants changements de pied) qui rappellent la rhétorique complotiste habituelle, ce dont il faut se garder de tirer toute conclusion que ce soit. Prenez-en connaissance à tête reposée: il a passé son week-end à accorder des interviews à la presse française (à lire notamment ce matin, l’Obs et Slate). En substance, non, l’affaire du Sofitel n’est pas un complot, mais le personnel du Sofitel était tout de même mobilisé par la surveillance de DSK. La fameuse « danse de la victoire » de deux employés de l’hôtel (tête de gondole de l’article) est importante, mais « pas centrale », tout bien pesé. Epstein, enfin, ne connait si bien que cela le biographe officiel de DSK, Michel Taubmann, lequel (comme le remarque Slate) le décrivait pourtant en août comme « son ami ». Bref, noir et blanc, fromage et dessert, tout et son contraire. Dans l’estimable corporation des pères Noël, c’est plutôt une qualité professionnelle.