Ce ne serait pas la première fois que la CIA pousse les généraux pour faire revenir l’ordre dans un petit pays du Sud… c’est même un classique du genre. En 1972 déjà, Kissinger avait carrément menacé le président d’un pays qu’il serait éliminé par un coup d’état si celui-ci ne faisait pas ce que les USA lui dictaient de faire…

[Peter Schwarz – World Socialist News – 03/11/2011]

Grèce: Craintes de menace d’un coup d’Etat militaire suite au projet de referendum

Le premier ministre George Papandreou a congédié mardi l’état-major des armées grecques. Cette mesure a été prise dans le contexte d’une grande colère de la part des gouvernements du monde et des marchés financiers internationaux face à sa proposition de soumettre à un referendum populaire le plan de sauvetage de l’Union européenne qui représente des années d’austérité punitive pour les travailleurs grecs.

Le ministère de la Défense a fait une déclaration laconique par e-mail annonçant que Papandreou avait congédié le chef d’état-major des armées, les chefs d’état-major de l’armée de Terre, de la Marine et de l’Armée de l’air, et déchargé de leurs fonctions une douzaine d’officiers de l’Armée et de la Marine.

Cette annonce a attisé en Grèce des rumeurs sur l’imminence d’un coup d’Etat militaire. Ces craintes sont fondées sur la compréhension qu’il est impossible d’imposer, par des moyens démocratiques, les coupes draconiennes dans l’emploi, le niveau de vie et les services sociaux de base, exigées par les élites dirigeantes de l’Europe afin de payer le prix de l’annulation partielle du fardeau de la dette du pays.

S’il y a une menace de coup, il ne fait aucun doute que les causes ne proviennent pas uniquement des tensions existant à l’intérieur du pays. Cela provient plutôt des décisions prises à Berlin, Paris, Washington et l’OTAN, selon lesquelles les intérêts du capital financier requièrent une solution de style Pinochet devant les problèmes rencontrés pour imposer les décisions de l’UE à la classe ouvrière grecque qui résiste.

Tout juste sorti de son succès sanglant en Libye, l’OTAN pourrait bien être en train de préparer un nouvel exercice de « changement de régime », cette fois dans l’un de ses Etats membres.

La réaction des gouvernements du monde à l’annonce par Papandreou d’un referendum s’est caractérisée par une colère et une consternation non dissimulées. Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont convoqué Papandreou à Cannes pour des pourparlers d’urgence avant le sommet du G20 qui s’y tiendra.

Le Financial Times de Londres de mardi citait un ancien ministre du gouvernement PASOK en guise d’avertissement concernant les pourparlers de Cannes, « Cela pourrait être une absence dangereuse de la part du premier ministre. »

Le grand-père de Papandreou, Georgios Papandreou, qui était aussi premier ministre, avait été évincé de son poste puis était décédé alors qu’il était assigné à résidence suite au coup militaire de 1967. Ce coup militaire avait porté au pouvoir une junte répressive qui avait gouverné le pays jusqu’en 1974, appliquant une répression massive, interdisant les partis politiques et les syndicats et perpétrant des arrestations de masse et la torture systématique.

La crise grecque s’est aggravée lundi soir après l’annonce par Papandreou de sa proposition de referendum sur le soi-disant plan de sauvetage financier adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement européens à Bruxelles le 26 octobre. Son annonce a pris par surprise la population grecque tout comme les gouvernements des autres pays de l’Union européenne.

Ce referendum remet en question les décisions prises par le sommet de Bruxelles après des semaines de conflits féroces. Ces décisions comprennent une décote (« haircut ») ou suppression de 50 pour cent de la dette grecque des banques européennes, des mesures d’austérité draconiennes soutenues et un contrôle strict du budget de la Grèce par l’UE.

Si l’électorat grec décidait de s’opposer aux décisions du sommet, cela conduirait très probablement à la sortie de la Grèce de la monnaie unique et probablement à l’effondrement de l’euro.

La perspective même que les Grecs aient leur mot à dire sur les décisions du sommet et l’austérité brutale que ces mesures vont engendrer pour eux a provoqué une chute brutale des marchés financiers mondiaux mardi. Les cours de la bourse étaient à la baisse partout en Europe. Le DAX allemand a chuté de 5 pour cent et quelques banques européennes majeures ont perdu plus de 10 pour cent de leur valeur. L’euro aussi baissé. Aux Etats-Unis l’indice Dow Jones a chuté de près de 300 points.

Pour justifier sa décision, Papandreou a dit mardi: « Les citoyens sont la source de notre force. Les citoyens seront appelés à dire un grand ‘oui’ ou un grand ‘non’ au nouvel accord de prêt. C’est un acte suprême de démocratie et de patriotisme pour que le peuple prenne ses propre décisions. Nous avons confiance dans le peuple. Nous croyons en la participation démocratique. Nous n’en avons pas peur. »

http://www.wsws.org/francais/News/2011/nov2011/grec-n03.shtml