Une nouvelle étude scientifique estime que nous avons grandement sous-estimé la rapidité et l’impact des changements climatiques… et que les réponses proposées sont totalement inadéquates.

Mise à jour du 18/10/2007 : le lobby industriel et les ultralibéraux s’agitent pour discréditer la théorie du réchauffement climatique afin de défendre leurs marges bénéficiaires. Ils le font d’autant plus violemment depuis l’attribution du Prix Nobel à Al Gore et au GIEC. Si encore il le faisaient dans le cadre d’un débat scientifique ouvert et honnète, pas de problème. Mais ils préferrent user des stratégies manipulatrices des « communiquants » en fabricant de faux experts et en avancant à visage masqué. Le cas Stewart Dimmock est fort instructif à cet égard.

[George Monbiot. The Guardian – 03/07/2007 – Trad. Grégoire Seither]

Ce week-end, alors que je lisais un article dans une revue scientifique dans le train qui me ramenait chez moi, j’ai soudain constaté avec surprise que mes mains s’étaient mises à trembler. Cela ne m’était jamais arrivé jusqu’ici, mais d’un autre côté je n’avais non plus jamais lu d’article similaire. Publié par l’équipe dirigée par James Hansen, expert climatique à la Nasa, le rapport dit sans détours que l’analyse – pourtant déjà très noire – du Comité Intergouvernemental sur le Changement Climatique (Intergovernmental Panel on Climate Change – IPCC) est encore bien trop optimiste (1).

Le rapport de IPCC prédit que la fonte des glaces pourrait provoquer une augmentation du niveau des mers d’environ 59 cm d’ici à la fin de ce siècle (2). Mais Hansen conteste l’analyse de l’IPCC qui prévoit une fonte progressive des glaces. Pour lui cette analyse n’est pas fondée par l’analyse géologique. L’histoire géologique montre que la glace aux pôles ne fond pas de manière progressive et linéaire, mais bascule soudain d’un état vers un autre. Il y a 3 à 5 millions d’années, quand la température globale a augmenté de 2-3 degrés par rapport à la température d’aujourd’hui, le niveau des mers n’a pas augmenté de 59 cm mais de 25 mètres. La glace a réagi presque immédiatement aux changements dans la température. (3).

Les experts glaciologues savent depuis longtemps comment un glacier s’éffondre. Les contreforts qui les empèchent de glisser dans la mer se fissurent; l’eau de fonte se fraie un chemin jusqu’à la base du glacier, déclenchant un glissement soudain. Des flaques se forment sur la surface, rendant la glace moins réfléchissante et absorbant donc plus de chaleur. Tous ces phénomènes sont connus, avérés et amplement documentés, ils sont déjà à l’oeuvre au Groenland et en Antartique occidentale.

Alors que les prédictions de l’IPCC tablent sur une fonte progressive des glaces sur une durée de plusieurs centaines d’années, Hansen et son équipe estiment « hautement improbable » que les augmentations de température prévues d’ici à 2100 “permettent à la calotte glacière de l’Antartique occidentale, dans son état actuel, de subsister encore un siècle.”

La fonte de cette calotte ne signifie pas seulement la submersion de gigantesques zones de population humaine, elle aura également pour conséquence un acroissement de la température, étant donné qu’il y aura moins de glace réfléchissant la chaleur vers l’espace. Cette nouvelle étude estime en conséquence que la température pourrait être deux fois plus affectée par l’augmentation des gaz à effet de serrre que les estimations avancées par l’IPCC.

“Notre civilisation,” écrit Hansen, “s’est développée à la faveur d’une période de stabilité climatique hautement exceptionnelle, l’Holocène. Or cette période anormale dans l’histoire climatique de la terre, qui a duré près de 12 000 ans, est maintenant entrain de se terminer.”(4)

J’ai levé les yeux de mon journal, tellement choqué que mes mains en tremblaient, m’attendant presque à voir les foules paniquées courir dans les rues. Le train passait devant des cafés aux terrasses remplies de gens savourant la douceur du soir. Dans le train les autres passagers feuilletaient leurs magazines d’un air distrait ou jouaient avec leurs téléphones portables… Nous n’avons pas conscience des causes qui permettent notre bonne fortune, nous ne prenons pas conscience de leur fin programmée… nous glissons dans la catastrophe sans même nous en rendre compte.

http://www.monbiot.com/archives/2007/07/03/a-sudden-change-of-state/