James Hansen



[Julie Le Bolzer – Siné Hebdo – n°83 – 07/04/2010 ]
Une requête sur un moteur de recherche laisse une empreinte carbone colossale. Bientôt, on émettra moins de C02 en allant chercher l’info sur place en avion.

Une recherche Google représente 7 grammes de dioxyde de carbone, soit une ampoule allumée pendant une heure. Deux requêtes équivalent à 15 gramme-s de C02, soit l’énergie nécessaire pour porter à ébullition le contenu d’une bouilloire.

Un constat alarmant, fruit d’une étude d’Alex Wissner-Gross, physicien à l’université de Harvard. Selon lui, un seul clic depuis un ordinateur personnel met en branle une foule d’appareils électriques: la demande est acheminée vers un serveur, puis vers un autre, et encore un autre… jusqu’au « data center » final, gigantesque terminal informatique. Au nombre de 45 millions dans le monde, ces « data centers » ont doublé leur consommation électrique en cinq ans, avec une facture énergétique atteignant près de 5 milliards d’euros pour la seule Europe de l’Ouest.

Pour certains, cette voracité énergétique relève de la légende urbaine au vu de la difficulté de calculer l’énergie utilisée par un seul consommateur sur des équipements partagés par des millions d’individus. Un argument qui s’est quelque peu effrité le mois dernier, lorsque le ministre américain de l’Énergie, Steven Chu, déclarait son inquiétude face à « ces centres de données qui consomment 3 % de l’électricité du pays ».

À ce rythme, d’ici deux ans, outre-Atlantique, les « data centers » émettront autant de C02 que la flotte aéronautique américaine. Il sera alors plus écolo de prendre un avion en direction ·de Tahiti plutôt que de faire une recherche sur les tikis (statues et masques tribaux) polynésiens.

Publicités

Histoire d’équilibrer cet article quelque peu orienté, vous pouvez lire la réfutation du martyre de James Hansen, sur le site « Climat-sceptique » : James Hansen, un prophète censuré ?.

Mais l’article du Monde est intéressant par sa description de la machine politique qui, de par les fonds qu’elle verse aux institutions de recherche, exerce un très fort contrôle sur les milieux scientifiques aux USA et ailleurs. Ce n’est pas la première fois que les autorités, sous la pression des lobbies, censurent, caviardent ou mettent au placard des rapports scientifiques « inconvenants »…

Et dans le domaine de l’écologie, les manipulations sont légion… souvenvez vous de l’affaire Stewart Dimmock

Un climat très politique

[Le Monde 21/01/2008]

Un été caniculaire et l’audace d’un scientifique. C’est ce qu’il aura fallu pour que le changement climatique, le 23 juin 1988, sorte des laboratoires, pour qu’il entre dans le débat public. Ce jour-là, presque partout aux Etats-Unis, on étouffe déjà sous une chaleur accablante. On redoute un été interminable, brûlant et sec – il le sera, comme jamais de mémoire d’homme. Les pénuries d’eau ont commencé ; dans les Etats céréaliers, les fermiers savent qu’ils vont à la catastrophe ; les médias égrènent les records de température et comptent les départs d’incendies.

Ce jour-là, à Washington, un grand bonhomme timide est auditionné par une commission du Sénat. Il s’appelle James Hansen ; il est directeur du Goddard Institute for Space Studies (GISS), un laboratoire de la NASA. Que déclare-t-il devant ces parlementaires, inquiets de transpirer autant un mois de juin ? Que les températures anormalement élevées, la sécheresse qui dure, tout cela ne relève pas de la variabilité naturelle du climat mais des activités humaines. Et qu’avec le temps, cette tendance va immanquablement s’accentuer. Jim Hansen ajoute qu’il est sûr de lui « à 99 % », l’affirmation défraie la chronique.

Vingt ans plus tard, Jim Hansen est toujours directeur du GISS. Il étudie toujours le climat de la Terre. Son discours est toujours un peu plus inquiétant que celui de ses pairs. Deux ou trois choses qui lui ont valu d’être l’un des scientifiques les plus surveillés d’Amérique, comme le raconte Censoring Science, le livre-enquête de l’essayiste Mark Bowen qui vient de paraître aux Etats-Unis (éd. Dutton Books).

Cela ne date pas d’hier. Ni même de la seule administration Bush. Un an après avoir donné l’alarme, le voilà, à nouveau cravaté, le 8 mai 1989, devant une commission sénatoriale présidée par un certain Albert Gore. Le jeune sénateur démocrate interroge le scientifique ; le scientifique répond. Soudain, une de ses réponses provoque chez le parlementaire un haussement de sourcil. Il attaque : « Pourquoi contredisez-vous votre témoignage écrit ? » Le chercheur peut répliquer : « Parce que je n’ai pas écrit le dernier paragraphe de cette section. Il a été « ajouté » à ma déposition. » Pour qui visionne la scène, c’est presque une évidence : le ping-pong auquel se livrent les deux hommes est une comédie où peu de répliques sont laissées à l’improvisation. « Quelques jours auparavant, j’avais faxé à Al Gore les passages dont je savais qu’ils avaient été modifiés et sur lesquels je souhaitais qu’il m’interroge », raconte aujourd’hui, dans un sourire, le directeur du GISS. Avant de témoigner oralement, Jim Hansen avait dû soumettre sa déposition écrite au quartier général de la NASA qui, à la demande de l’Office of Management and Budget (OMB) – une dépendance de la Maison Blanche -, l’avait sérieusement amendée… (suite…)


Une nouvelle étude scientifique estime que nous avons grandement sous-estimé la rapidité et l’impact des changements climatiques… et que les réponses proposées sont totalement inadéquates.

Mise à jour du 18/10/2007 : le lobby industriel et les ultralibéraux s’agitent pour discréditer la théorie du réchauffement climatique afin de défendre leurs marges bénéficiaires. Ils le font d’autant plus violemment depuis l’attribution du Prix Nobel à Al Gore et au GIEC. Si encore il le faisaient dans le cadre d’un débat scientifique ouvert et honnète, pas de problème. Mais ils préferrent user des stratégies manipulatrices des « communiquants » en fabricant de faux experts et en avancant à visage masqué. Le cas Stewart Dimmock est fort instructif à cet égard.

[George Monbiot. The Guardian – 03/07/2007 – Trad. Grégoire Seither]

Ce week-end, alors que je lisais un article dans une revue scientifique dans le train qui me ramenait chez moi, j’ai soudain constaté avec surprise que mes mains s’étaient mises à trembler. Cela ne m’était jamais arrivé jusqu’ici, mais d’un autre côté je n’avais non plus jamais lu d’article similaire. Publié par l’équipe dirigée par James Hansen, expert climatique à la Nasa, le rapport dit sans détours que l’analyse – pourtant déjà très noire – du Comité Intergouvernemental sur le Changement Climatique (Intergovernmental Panel on Climate Change – IPCC) est encore bien trop optimiste (1). (suite…)