Tete de guerrier maori Mokomokai, exposée en 1998 dans une vitrine de la Gallerie Meyer  
En 1998, l’antiquaire Anthony Meyer proposait à la vente cette tête de guerrier maori dans sa vitrine. Interpellé par des passants maori sur le manque de respect vis a vis de la dépouille humaine, il avait appelé la police et indiqué que si les descendants de ce chef maori voulaient récupérer la tête de leur ancêtre, « il va falloir la payer ». M. Meyer aurait il eu la même réaction s’il s’était agi d’une pièce tatouée provenant d’un ancien gardien d’Auschwitz ?

Rouen n’en fait qu’à sa tête

[Libération – 24/10/2007]
La restitution, organisée hier par la municipalité, d’une momie maorie à la Nouvelle-Zélande est contestée par le ministère de la Culture.

Rien n’a troublé la cérémonie. Le salon Louis-XVI de l’hôtel de ville de Rouen accueillait, hier matin, beaucoup de monde pour assister à l’événement, une première en France : la signature officielle de la restitution à l’Etat de Nouvelle-Zélande d’une tête tatouée et momifiée maorie, conservée au Muséum d’histoire naturelle depuis le XIXe siècle. Le maire (ex-UDF) Pierre Albertini a évoqué «un acte symbolique de la ville, qui s’inscrit dans une démarche éthique». Puis l’ambassadeur de Nouvelle-Zélande, la représentante du comité national de l’Unesco, le leader maori Tumu te Heuheu, chef de la tribu Ngati Tuwharetoa, ont remercié le maire. Le chef a ensuite chanté le waiata, hymne religieux cérémonial.

Pourtant, la veille, coup de théâtre : Christine Albanel, la ministre de la Culture, avait fait saisir le tribunal administratif de Rouen pour suspendre l’initiative, validée, le 19 octobre, par le conseil municipal. Selon elle, le maire ne respecterait pas les procédures légales permettant de «vérifier qu’il n’est pas porté une atteinte injustifiée au patrimoine national». Et le maire de rétorquer : «Nous ne parlons pas le même langage ni de la même loi. Il ne s’agit pas d’un objet mais de restes humains, qui n’appartiennent ni au muséum, ni à la ville, ni à l’Etat, mais au patrimoine de l’humanité.»
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