Il se dédouane un peu vite, Ibrahima Tioub, en refusant de voir le rôle joué par le tribalisme, par les élites compradores et corrompues, par l’absence de concept d’unité nationale dans la majeure partie des « pays » africains (« pays » issus de l’arbitraire colonial, le Mali ou le Soudan étant des parfaits exemples)…  même si c’est tout à fait vrai que les anciennes puissances coloniales ONT TOUT FAIT POUR QUE LES ELITES CORROMPUES RESTENT AU POUVOIR afin de pouvoir continuer à profiter des richesses..
 
Encore une fois, ceci souligne la lucidité de Jean-Marie Cibao et du FLNKS qui disait, en 1980, dans le préambule de la charte : d‘abord construire un sentiment d’appartenance nationale par delà les ethnies, le nationalisme comme puissant ciment d’union politique, seul moyen de garantir la construction du futur pays et d’un avenir durable
 
… dans tous les cas, un exemple à méditer pour les nationalistes calédo-kanakyiens… (greg)
[LE MONDE CULTURE ET IDEES | 28.02.2014 – Propos recueillis par Charlotte Bozonnet]
 Depuis 2011, l’armée française s’est engagée en Libye et en Côte d’Ivoire, puis au Mali et, en décembre 2013, en République centrafricaine. Le Monde a demandé son analyse des récentes interventions françaises sur le continent à l’historien sénégalais Ibrahima Thioub, spécialiste des systèmes de domination en Afrique, professeur d’histoire à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Sénégal, et chercheur associé à l’Institut d’études avancées de Nantes.

La France est engagée en Centrafrique. Il y a un an, elle intervenait au Mali, une autre de ses ex-colonies. Ces interventions relèvent-elles d’un néocolonialisme ?

Les véritables questions derrière ces interventions seraient plutôt : pourquoi, cinquante ans après les indépendances, l’Afrique n’a-t-elle pas réussi à construire des armées capables de faire face à de tels événements ? Comment expliquer la facilité avec laquelle des rébellions mobilisent de jeunes combattants ? Pourquoi arrive-t-on si aisément à se procurer des armes sur un continent qui ne parvient pas à assurer une couverture universelle en matière de vaccination infantile ou de scolarisation ? Le problème n’est pas l’intervention de la France mais ce qu’elle révèle des Etats africains : des Etats fragiles, inefficaces et incapables de mobiliser les populations pour défendre leur patrie.

Quelles sont les origines de cette fragilité ?

Au moment des indépendances africaines, la France a transféré le pouvoir aux élites les plus favorables à une continuation du système colonial. Aujourd’hui, les groupes au pouvoir restent connectés à la France par la persistance du modèle économique, fondé sur l’extraction des ressources naturelles. Ces ressources, non valorisées localement, sont achetées à un prix très inférieur à celui du marché mondial. En échange, les élites africaines reçoivent une rente réexportée en Europe sous la forme de comptes bancaires ou de biens immobiliers. Pis, ces élites ont un modèle de consommation qui ne favorise pas la production locale. Tout cela laisse la population exsangue, et la jeunesse face à une alternative : rejoindre les rébellions, les mouvements djihadistes ou évangéliques, ou émigrer. (suite…)