STIC



[Ariane Beky, SILICON.FR – 13 octobre 2016]

Des clés de chiffrement de 1024 bits utilisées pour sécuriser les sites Web, les VPN et les serveurs Internet peuvent inclure des « trappes » indétectables, selon des chercheurs.

Des clés de chiffrement de 1024 bits utilisées pour sécuriser les échanges et les communications sur Internet (sites Web, VPN et serveurs), peuvent utiliser des nombres premiers munis de « trappes »indétectables. L’exploit permettrait à des pirates de déchiffrer plusieurs millions de communications chiffrées, et d’identifier les propriétaires des clés. C’est ce qui ressort des travaux d’une équipe de chercheurs : Joshua Fried et Nadia Heninger, de l’Université de Pennsylvanie, Emmanuel Thomé et Pierrick Gaudry, de l’équipe projet CARAMBA (Inria-CNRS-Université de Lorraine).

« Nous démontrons dans nos travaux que la création et l’exploitation de trappes des nombres premiers (trapdoored primes) pour les standards d’échange de clés Diffie-Hellman et du DSA (Digital Signature Algorithm) est faisable pour les clés de 1024 bits avec des ressources informatiques universitaires modernes », déclarent les chercheurs dans leur article technique. Ils disent avoir « effectué un calcul de logarithmes discrets dans une trappe des nombres premiers, en deux mois sur un cluster académique ».

Traffic HTTPS et VPN déchiffrés

Les standards internationaux de cryptographie reposent sur des nombres premiers dont l’origine devrait être vérifiable. Mais, aujourd’hui, trop de serveurs communiquent en s’appuyant sur des nombres premiers dont l’origine est invérifiable : 37% des sites en HTTPS (parmi le million de sites les plus visités du top Alexa) et 13% des VPN IPsec, rappelle Inria.

Pour son propriétaire, une clé de chiffrement dotée d’une trappe ressemble à toute autre clé fiable. Pour les attaquants qui exploiteraient la trappe, en revanche, la sécurité de la clé peut être brisée à travers la résolution plus rapide du problème du logarithme discret. Selon les chercheurs, l’échelle de difficulté pour un pirate deviendrait « très facile » pour une clé de 768 bits, « facile » pour une clé de 1024 bits, mais hors de portée pour du 2048 bits…. pour le moment.

Chaque échange sécurisé par le standard Diffie-Hellman, qui utiliserait le nombre premier p, par exemple, pourrait être déchiffré par un attaquant ayant résolu le logarithme discret pour p. Des documents exfiltrés par Edward Snowden ont montré que la NSA américaine a utilisé cette approche.

http://www.silicon.fr/trappes-millions-cles-chiffrement-160064.html

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[Yves Eudes – Le Monde.fr | 27.10.2014]

Dans les smartphones saisis au cours de leurs enquêtes, les gendarmes ont appris à exploiter une nouvelle mine de renseignements : les données techniques des photos prises par les suspects et leur entourage.

Lorsque vous prenez une photo avec un téléphone, vous créez, sans le savoir, un fichier technique en mode texte qui s’intègre à l’image. Ces métadonnées, écrites dans un format baptisé EXIF (Exchangeable Image File Format), sont invisibles et inaccessibles pour l’utilisateur de base, mais il est possible de les extraire, par exemple grâce à un logiciel baptisé EXIFTool, téléchargeable gratuitement.

Le résultat est spectaculaire : le fichier EXIF d’une photo prise par un Samsung Galaxy S comporte 104 lignes, celui d’un iPhone 4S d’Apple 160 lignes. Tout y est, notamment les codes d’identification de votre appareil et ses réglages (vitesse d’obturation, longueur de focale, sensibilité, etc.). Avec en prime, en bas du tableau, le jour et l’heure, à la seconde près, où la photo a été prise, ainsi que le lieu, exprimé en coordonnées GPS (longitude, latitude et altitude), avec une précision de quelques centimètres. Ces fonctions sont activées par défaut sur tous les téléphones, et peu de gens prennent la peine de s’aventurer dans le menu « Réglages » pour les bloquer. A noter que les appareils photo numériques haut de gamme génèrent le même type de métadonnées.

Des dizaines de détails

A lui seul, le contenu visuel de vos photos raconte un peu de votre vie (vacances, travail, sorties, et fréquentations sociales, familiales, intimes…). Quand on y ajoute la date et le lieu de chaque cliché, on obtient un début de reconstitution de vos itinéraires et de votre emploi du temps.

Pour les enquêteurs de la gendarmerie nationale, les albums photo des suspects constituent un nouveau trésor. (suite…)


[Jacques Cheminat – Silicon.fr – 4 juillet 2014]

Un média allemand a découvert que la NSA surveillait les utilisateurs du réseau d’anonymisation Tor et Tails en s’appuyant sur Xkeyscore. L’analyse du code source de l’outil d’espionnage amène à penser qu’il existe un autre Edward Snowden.

La NSA a, comme toute agence de renseignements, horreur d’avoir des services qui lui résistent. Et c’est bien le cas de Tor et de l’OS Tails. Le premier, « The Onion Router », est un réseau informatique distribué mondial et décentralisé avec des milliers de serveurs à travers le monde. Il a été promu par le Département d’Etat pour aider les dissidents politiques à éviter la censure dans leurs pays. Il sert également de repères pour les cybercriminels. Tails de son côté est une distribution Linux qui a pour but de préserver l’anonymat.

A la fin de l’année dernière, The Guardian évoquait déjà, d’après les documents d’Edward Snowden, une tentative d’espionnage du réseau d’anonymisation en passant non par le réseau lui-même, mais par des failles des navigateurs. L’objectif ne semble pas avoir été complétement couronné de succès, puisqu’une enquête des médias allemands ARD et WRD montre quel’agence américaine continue sa surveillance active du réseau Tor, mais également de l’OS Tails. (suite…)


[Etienne Wery – Droit & Technologies – 08/04/2014]

C’est un vrai coup de tonnerre. La directive qui constitue le pilier pour tout ce qui touche aux enquêtes judiciaires et à la lutte contre le terrorisme est invalidée : elle comporte une ingérence d’une vaste ampleur et d’une gravité particulière dans les droits fondamentaux au respect de la vie privée. Le système s’écroule.

Nous nous étions fait l’écho de l’avis très critique de l’avocat général ; l’arrêt rendu ce jour est de la même veine.

La directive en cause

La directive sur la conservation des données a pour objectif principal d’harmoniser les dispositions des États membres sur la conservation de certaines données générées ou traitées par les fournisseurs de services de communications électroniques accessibles au public ou de réseaux publics de communication. Elle vise ainsi à garantir la disponibilité de ces données à des fins de prévention, de recherche, de détection et de poursuite des infractions graves, comme notamment les infractions liées à la criminalité organisée et au terrorisme.

Ainsi, la directive prévoit que les fournisseurs précités doivent conserver les données relatives au trafic, les données de localisation ainsi que les données connexes nécessaires pour identifier l’abonné ou l’utilisateur. En revanche, elle n’autorise pas la conservation du contenu de la communication et des informations consultées.

Cette directive est ancienne (2006) et a depuis lors été transposée dans les Etats membres ou la loi est en vigueur depuis longtemps. En vigueur mais contestée. (suite…)


Quand on est au pouvoir, on nomme des juges « copains » qui ensuite se chargent de vous protéger… ça marche comme ça la politique !

Placé sur écoute, Nicolas Sarkozy menacé par une nouvelle affaire

[Gérard Davet  – Fabrice Lhomme  – LE MONDE | 07.03.2014]

L’affaire est sans précédent. Un ex-président de la République et deux de ses anciens ministres de l’intérieur placés sur écoutes téléphoniques. Gilbert Azibert, l’un des plus hauts magistrats français, suspecté de renseigner discrètement Nicolas Sarkozy sur l’affaire Bettencourt, en échange d’une sinécure à Monaco. La Cour de cassation, plus haute juridiction de l’ordre judiciaire, accusée d’être sous influence, ses principaux membres susceptibles d’être interrogés par les policiers. Tous les ingrédients d’un scandale d’Etat sont réunis.

Sarkozy placé sur écoutes
Le point de départ de l’affaire remonte au 19 avril 2013, lorsqu’une information judiciaire pour « corruption » est ouverte à Paris. Confiée aux juges Serge Tournaire et René Grouman, elle vise un éventuel soutien financier de la Libye à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007. Discrètement, les magistrats prennent une décision forte : ils mettent l’ancien président sur écoute ainsi que deux de ses anciens ministres de l’intérieur, Claude Guéant et Brice Hortefeux.

En décembre 2013, plusieurs conversations enregistrées entre M. Hortefeux et l’ancien patron de la police judiciaire de Paris, Christian Flaesch, fuitent dans Le Monde. Elles révèlent une proximité gênante entre l’homme politique et l’enquêteur, entraînant la mise à l’écart du policier. L’épisode inquiète les sarkozystes. M. Sarkozy lui-même devient laconique sur son téléphone « officiel ». Les juges s’interrogent, et finissent par découvrir que l’ex-chef de l’Etat dispose d’un second portable, enregistré sous un nom fictif. A son tour, cet appareil est placé sous surveillance. Les écoutes révèlent des échanges avec un autre téléphone mobile acquis avec une identité d’emprunt: il s’agit du portable acheté par Me Herzog pour échanger en toute confidentialité avec son client. (suite…)


five_stages_NSA

NSA_Scandal(adaptation française – Gregor Seither – IES News Service)


La majorité des photos grand public prises avec un appareil numérique et que l’on trouve aujourd’hui sur Internet contiennent des données de géolocalisation…. trop pratique pour les services de renseignement ! Et avec EXIF Viewer, c’est aussi simple qu’un clic-droit !

[Read-Write-Web – 27 juillet 2010 par Fabrice Epelboin et Sarah Perez]

L’International Computer Science Institute (ICSI), une orga­ni­sa­tion sans but lucra­tif rat­ta­chée à l’université de Berkeley en Californie, devrait publier sous peu ses der­niers tra­vaux concer­nant le «cyber­ca­sing», un terme uti­lisé par les cher­cheurs pour dési­gner la façon dont les textes, pho­tos et vidéos conte­nant des don­nées de géo­lo­ca­li­sa­tion peuvent être uti­li­sées à des fins criminelles.

En uti­li­sant des sites tes que Craigslist, Twitter et Youtube, les cher­cheurs ont été en mesure de croi­ser des infor­ma­tions conte­nus dans des conte­nus acces­sibles à tous en ligne pour déter­mi­ner avec pré­ci­sion l’adresse pos­tale de vic­times poten­tielles, dont celles d’individus ayant publié leurs conte­nus de façon ano­nyme. L’expérience n’a pas duré des semaines, ni même quelques jours ou quelques heures, les adresses ont toutes été obte­nues avec une pré­ci­sion redou­table en quelques minutes.

Les consom­ma­teurs ne réa­lisent pas à quel point il est facile de les localiser

La pre­mière étude de l’ISCU, «Cybercasing the Joint: On the Privacy Implications of Geotagging», écrite par Gerald Friedland et Robin Sommer, a été publiée en mai der­nier et sera pré­sen­tée en aout au work­shop de l’USNIX dans le cadre d’une thé­ma­tique dédiée aux sujets bru­lants concer­nant la sécu­rité.

L’étude passe en revue la rapide popu­la­ri­sa­tion des ser­vices en ligne uti­li­sant la géo­lo­ca­li­sa­tion, liée à l’explosion du mar­ché des smart­phones. Les objets numé­riques nomades d’aujourd’hui font un usage inten­sif des sys­tèmes GPS embarqués ou de la tri­an­gu­la­tion par WiFi pour ajou­ter des don­nées de géo­lo­ca­li­sa­tion aux conte­nus qu’ils aident à pro­duire et à dif­fu­ser, que ce soit un sta­tut sur Twitter, une photo pla­cée sur Flickr ou une vidéo envoyée sur YouTube.

Le pro­blème cen­tral avec ce type d’application, selon les cher­cheurs, repose sur le fait que la plu­part des uti­li­sa­teurs ne sont pas conscients que de telles infor­ma­tions sont par­ta­gées, en par­ti­cu­lier auprès d’un public aussi large, voir du monde entier. L’iPhone, par exemple, inclue une geo­lo­ca­li­sa­tion par­fois supé­rieure en pré­ci­sion à ce qu’un GPS ordi­naire est en mesure de faire, à toutes les pho­tos qu’il prend, pré­viennent les scien­ti­fiques, une pré­ci­sion qui peut même être de l’ordre du mètre quand les condi­tions sont favo­rables, révé­lant ainsi l’adresse pos­tale d’une pho­to­gra­phie prise en intérieure.

Mais le fait de publier sur le web des don­nées géo­lo­ca­li­sées aussi pré­cises dans des textes, des pho­tos et des vidéos par­ta­gées n’est qu’une par­tie du pro­blème. La dis­po­ni­bi­lité auprès du grand public d’outils de recherche dédiés à la géo­lo­ca­li­sa­tion est tout aussi trou­blant. Il est aisé pour qui­conque désor­mais de lan­cer des recherches de façon auto­ma­ti­sées pou­vant mener à une fuite de don­nées per­son­nelles, et fai­sant pla­ner un réel risque en matière de vie pri­vée. Qui plus est, des ser­vices comme Google Street View et d’autres «cartes anno­tées» aident à sim­pli­fier le tra­vail en per­met­tant de croi­ser les don­nées issues de dif­fé­rentes ressources.

A titre d’exemple, lors de l’enquête que nous avions effec­tué concer­nant les pseudo-islamistes sur Facebook, c’est à par­tir d’une vidéo publiée sur Youtube – et se vou­lant ano­nyme – du chef de l’un de ces groupes isla­mistes, que nous avions pu le loca­li­ser à Oakland, avec une pré­ci­sion telle que nous avions pu obte­nir son adresse pos­tale pré­cise en uti­li­sant Google Street View, et du coup, son iden­tité à l’aide d’un simple annuaire, puis à tra­vers d’autres outils, celle de son asso­ciée, de ses entre­prises, ainsi qu’une mul­ti­tude de détails sur sa vie pri­vée nous per­met­tant d’affirmer que son mode de vie était en telle contra­dic­tion avec l’islam radi­cal qu’il prê­chait qu’il ne pou­vait s’agir que d’une opé­ra­tion d’intox, ce qui fut confirmé par la suite.

En d’autres termes, le fait que des don­nées géo­lo­ca­li­sées soient dis­po­nibles en ligne n’est que la par­tie émer­gée de l’iceberg, sous la sur­face, il existe une mul­ti­tude d’outils qui per­mettent de les ana­ly­ser avec une pré­ci­sion redoutable.

Des exemples de Cybercasing via Craiglist, Twitter et Youtube

Pour démon­trer à quel point il est facile de déter­mi­ner l’adresse pos­tale d’un inconnu, Friedland et Sommer ont com­mencé par une visite sur Craigslist, un site de petites annonces très popu­laire aux Etats-Unis. Ils y ont trouvé des pho­tos geo­tag­gées qu’ils ont com­paré à l’aide de Google Street View, ce qui leur a per­mit de déter­mi­ner l’adresse pos­tale de celui qui avait publié l’annonce. Plus utile encore, dans le cas d’une uti­li­sa­tion cri­mi­nelle de tels outils, la men­tion au sein de l’annonce d’horaires durant lesquels le ven­deur pré­fé­rait qu’on l’appelle, révé­lant les heures auxquelles sont domi­cile avait toutes les chances d’être inoccupé.

Dans d’autres démons­tra­tions, les cher­cheurs sont par­tis de Twitter, qui per­met à ceux qui l’utilisent depuis un mobile de geo­tag­ger leurs tweets. Des appli­ca­tions tierces uti­li­sées cou­ram­ment en conjonc­tion avec Twitter, comme Twitpic, qui per­met d’y publier des pho­tos, publient égale­ment des don­nées de géo­lo­ca­li­sa­tion. Un simple plu­gin Firefox appelé Exif Viewer per­met en un clic droit sur l’image de révé­ler la loca­li­sa­tion pré­cise de l’endroit d’où a été emis le tweet, placé sur une carte (au cas où vous sou­hai­te­riez vous y rendre).

Une troi­sième expé­rience, pro­ba­ble­ment la plus per­tur­bante, a mon­tré com­bien il était facile d’automatiser ce type d’atteinte à la vie pri­vée. Alors que les expé­ri­men­ta­tions pré­cé­dentes révèlent l’emplacement des uti­li­sa­teurs en quelques minutes, la tâche reste manuelle. Pour Youtube, cepen­dant, les cher­cheurs ont écrit un script très simple qui recon­nait auto­ma­tique­ment les vidéos tour­nées à une cer­taine dis­tance d’un empla­ce­ment ini­tial, en l’occurrence, celle du domi­cile d’une vic­time poten­tielle. Une dis­tance «de vacances», selon leur ter­mi­no­lo­gie, a été fixée à 100km (pour la dis­tin­guer d’une dis­tance de trajet domicile-lieu de tra­vail). Le script a ainsi trouvé 106 cor­res­pon­dances révé­lant qui était en vacances dans une zone de test à Berkeley. En regar­dant de près les résul­tats affi­chés par le script, les cher­cheurs ont trouvé, entre autre, la vidéo d’une per­sonne qui était clai­re­ment dans les Caraïbes avec sa famille, poin­tant ainsi un domi­cile inoc­cupé, cible idéale pour un cambriolage.

Un pro­blème qui va bien au delà des usages criminels

Pour aller au delà du « cyber­ca­sing », qui se foca­lise exclu­si­ve­ment sur les usages à des fins cri­mi­nelles de la géo­lo­ca­li­sa­tion, il convient de poin­ter de poten­tiels usages qu’il serait bon d’appréhender au plus vite si l’on veut pou­voir les abor­der avec un mini­mum de sérénité.

Dans un cadre fami­lial, le télé­phone mobile est déjà lar­ge­ment uti­lisé pour géo­lo­ca­li­ser les enfants, et là encore, il s’agit pour l’instant (sauf dans le cas de cer­taines tech­no­lo­gies dédiées et encore peu répan­dues), d’une pro­cé­dure manuelle, repo­sant la plu­part du temps sur l’appel d’un parent inquiet et le fait que l’adolescent, à l’autre bout du fil, ne men­tira pas quant à son empla­ce­ment. Cela pour­rait chan­ger rapi­de­ment. Des logi­ciels espions per­mettent dès à pré­sent de pla­cer sur une télé­phone mobile un pis­teur, qui peut poten­tiel­le­ment rap­por­ter en temps réel l’emplacement du télé­phone (et par exten­sion de son usa­ger), ainsi que d’en sto­ker un his­to­rique à des fins de consul­ta­tions ulté­rieures par des parents deve­nus surveillants.

Une atteinte à la vie pri­vée des ado­les­cents qui pour­rait avoir des impacts non négli­geables, la mai­trise du men­songe étant – si l’on s’en réfère à Piaget -, une phase cri­tique dans le déve­lop­pe­ment de la per­son­na­lité. La pan­op­tique vir­tuelle pour­rait avoir des conséquences qu’il serait bon d’étudier avec sérieux auprès de spé­cia­listes de la psy­cho­lo­gie de l’enfant avant de se retrou­ver devant le fait accomplit.

Dans le monde du tra­vail, où il est cou­rant de voir les employeurs four­nir à leurs sala­riés un équi­pe­ment mobile de type smart­phone, on pour­rait égale­ment assis­ter à de grave dérives, d’autant que la géo­lo­ca­li­sa­tion n’est pas ici une nou­veauté, elle est uti­lisé dans les trans­ports rou­tiers, par exemple, depuis très long­temps, pour pis­ter et sur­veiller, et opti­mi­ser le tra­vail des employés. Mais la géné­ra­li­sa­tion du géo-monitoring à une large part du sala­riat pour­rait, là aussi, poser des pro­blèmes qu’il serait bon de trai­ter de façon pré­ven­tive, le cor­pus légis­la­tif n’étant pas for­cé­ment adapté a cette nou­velle donne technologique.

Quelles solu­tions peut-on imaginer ?

Le but de l’étude n’est pas de pro­po­ser des solu­tions à ce nou­veau pro­blème apporté par l’ère du numé­rique, mais de per­mettre au plus grand nombre de sai­sir l’ampleur du pro­blème. A l’heure où le légis­la­teur se foca­lise sur Google Street View, il est bon d’apporter des éléments de réflexion qui pour­raient per­mettre au moins obtus d’entre eux de réa­li­ser que le pro­blème va bien au delà de Google et que la mise au pilori sys­té­ma­tique d’un bouc émis­saire du numé­rique n’aura comme effet que de lais­ser le pro­blème pros­pé­rer. Street View n’est que l’arbre qui cache la forêt, c’est un écosys­tème tout entier qui est en train de prendre place autour de la géo­lo­ca­li­sa­tion, un écosys­tème qui pour­rait par ailleurs par­fai­te­ment se pas­ser de Google si celui-ci était poussé à s’en retirer.

La régu­la­tion d’un écosys­tème aussi com­plexe ne sera pas chose aisée, mais elle s’avère indis­pen­sable, et deman­dera une étroite col­la­bo­ra­tion entre cher­cheurs, experts, et légis­la­teurs, faute de quoi elle sera inef­fi­cace, au mieux, et atten­ta­toire aux liber­tés numé­riques, au pire.

L’obligation de faire men­tion et de per­mettre un opt-out lors de la trans­mis­sion de don­nées geo­lo­ca­li­sées est une piste à étudier, ainsi que celle d’une pos­si­bi­lité lais­sée à l’utilisateur de mai­tri­ser la pré­ci­sion de la geo­lo­ca­li­sa­tion qu’il publie. Il y a, d’un point de vue tech­nique, pro­ba­ble­ment beau­coup de choses à implé­men­ter au niveau même des APIs, mais dans l’immédiat, la seule chose qu’il soit pos­sible de faire est de sen­si­bi­li­ser le plus grand nombre  à ces enjeux, en pre­nant soin de pré­ci­ser qu’un mou­ve­ment conser­va­teur consis­tant à inter­dire tout sim­ple­ment la géo­lo­ca­li­sa­tion serait un frein consi­dé­rable à l’économie numé­rique liée à l’internet mobile, dont la plu­part des experts s’accordent à dire que son poten­tiel est plus grand encore que celui apporté par le web depuis une quin­zaine d’années.

Dans l’immédiat, et à moins de mai­tri­ser l’outil tech­no­lo­gique que vous avez dans les mains (ce que très peu de gens sont en mesure de faire et que beau­coup s’imaginent être en mesure d’effectuer), il est pru­dent de ne pas publier ses pho­tos de vacances à par­tir de votre lieu de vil­lé­gia­ture, et d’attendre patiem­ment votre retour pour les par­ta­ger avec vos amis. L’alternative consiste à mai­tri­ser l’outil, mais si ce billet vous a appris quoi que ce soit que vous igno­riez jusqu’ici, c’est que vous en êtes loin.

http://fr.readwriteweb.com/2010/07/27/a-la-une/des-chercheurs-mettent-en-garde-sur-les-dangers-du-gotagging/

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