MEDEF



Pourquoi protège-t-on les banques ? Quelle est leur contribution au marché de l’emploi ? A la richesse sociale ? Quelle fonction remplissent-elles qu’une « Banque Nationale des PME » ne pourrait remplir vis à vis du tissu économique ?

Paul Samuelson, Simon Kuznets, Friedrich Von Hayek, Arthur Lewis, Theodore Schultz… tous Prix Nobels d’économie, ont montré dans leurs travaux que la Banque est une activité régalienne qui montre sa véritable utilité sociale quand elle est gérée par la collectivité nationale. Il n’y a qu’à voir, lors de la dernière crise économique, les pays ultra-capitalistes ont tous quasi nationalisés leurs banques…

[Boulevard Voltaire – 05/01/2013]

Fin décembre, au micro d’Europe 1, dans l’émission « Médiapolis », Michel Rocard fut l’auteur de déclarations on ne peut plus intéressantes qui, malheureusement, ne furent pas l’objet de reprises dans les autres médias. Le propos de Michel Rocard est le suivant : la réforme de la Banque de France de 1973 a interdit que celle-ci prête à l’État à taux zéro.

L’État est donc allé emprunter avec intérêt sur les marchés privés. Si nous en étions restés au système précédant, qui permettait, répétons-le, à la Banque de France de prêter à l’État à taux zéro, notre dette serait de 16 ou 17 % du PIB, soit bénigne.Les deux journalistes chargés de l’interviewer ne réagirent pas, comme si Rocard avait dit là une banalité. Pourtant, il venait de leur dire que tous les fameux« sacrifices », prétendument inéluctables, auxquels le peuple français devait consentir, ou encore la rigueur imposée par le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), n’étaient pas une fatalité mais la résultante d’un choix de politique de dette.

Et d’ajouter que, contrairement à ce qui est véhiculé depuis des années dans les grands médias, la France n’avait pas vécu « au-dessus de ses moyens » mais qu’elle avait dû débourser, au titre d’un simple jeu d’écriture, alors qu’aucune nécessité économique ne l’exigeait, des centaines de milliards d’euros constants au profit des marchés financiers. Il leur disait encore que la crise des dettes souveraines était parfaitement artificielle et qu’il suffirait de revenir à la création monétaire publique pour qu’elle soit réglée sans heurt. Mais nos journalistes, disions-nous, ne bronchèrent pas.

Michel Rocard, en revanche, se moque un peu du monde quand il affirme que la loi de 1973 fut simplement adoptée pour « imiter les Allemands », comme si l’objet de cette loi était de limiter l’inflation. Non. Cette loi a simplement permis de créer un marché interbancaire des obligations d’État. Contrairement aux thèses libérales vieillottes, les marchés ne naissent jamais « spontanément ». Ils sont des créations politiques ad hoc, comme, par exemple, le marché des devises, résultant de la mise en place du système de change flottant.

On peut également déplorer que Michel Rocard ne nous ait pas dit pourquoi il ne tenta pas, du temps où il était Premier ministre, d’abroger cette loi « stupéfiante » selon ses propres dires et pourquoi le sujet est aujourd’hui encore tabou. Mais ne soyons pas trop dur avec Michel Rocard. Reconnaissons-lui d’avoir mis un terme à la conspiration de silence et de l’ignorance qui sévit depuis des décennies dans la classe politique française.

http://globalpresse.wordpress.com/2013/01/05/quand-michel-rocard-devoile-le-pot-aux-roses/


[Bakchich – Lucie Delaporte – 19/01/2011]

En rupture avec le Medef, qu’il représentait au sein de différents organismes paritaire, Eric Verhaeghe publie un livre détonnant. Très instructif sur le prêt-à-penser patronal. [ Jusqu’ici tout va bien, de Eric Verhaeghe, Editions Jacob-Duvernet, 190 pages, 19,90 euros.]

Il a claqué la porte du Medef la semaine dernière, avec un sens incontestable de la mise en scène. Eric Verhaeghe, directeur de l’APEC et représentant du Medef dans plusieurs organismes paritaires, convoquait la presse pour annoncer qu’il renonçait à tous ses mandats tout en annonçant la sortie le jour même d’un livre : Jusqu’ici tout va bien sous-titré « énarque, membre du Medef, président de l’APEC, je jette l’éponge ». Un livre en forme de coup de gueule contre le prêt à penser patronal en matière économique qui est aussi celui, bien souvent, des élites politiques et administratives.

Pour lui, la crise financière de 2008 a été une révélation, un tremblement de terre faisant s’écrouler l’édifice de certitudes patiemment acquises des bancs l’ENA aux salons feutrés du Medef. Au départ, il faut bien le dire, on est pourtant surpris, voire déçu, par la déconcertante naïveté de ses découvertes. Ah bon, la libéralisation forcenée de nos économies n’aurait pas apporté un mieux-être pour tous ? Comment, les inégalités n’ont cessé de se développer depuis vingt ans et tout sacrifier au dogme de la croissance est un non-sens ? Quoi, «  loin du romantisme entrepreneurial », « les grandes fortunes ne sont pas entre les mains d’acteurs isolés mus par un individualisme aventureux » … Bienvenue sur Terre !

A moins que le plus intéressant ne tienne peut-être justement à ce que, dans les cercles patronaux, dans les hautes sphères de l’administration où il a navigué, ces vérités sont donc toujours aussi difficilement audibles.

L’EMPLOI ? LE MEDEF N’EN A CURE

Eric Verhaeghe décrit ainsi un monde patronal « tout entier guidé par des certitudes acquises sur le tas : refaisons partir les affaires, ce qu’on appelle la croissance, et pour cela diminuons les charges et les contraintes, et tout le reste suivra ». Et tant pis si, dans les faits, « la croissance se traduit pas un regain de pauvreté et un approfondissement du fossé entre de moins en moins de gens de plus en plus riches, d’une part, et de plus en plus de gens de moins en moins riches d’autre part » note-t-il en citant la très peu gauchiste OCDE.

L’emploi ? le Medef n’en a cure, explique-t-il. « Certes, il existe bien une commission des relations du travail mais son positionnement est essentiellement tourné vers une négociation du droit du travail. Les enjeux économiques de la création d’emploi sont pour le reste très peu traités avenue Bosquet voire complètement ignorés, sauf sous la litanie de l’allègement des charges » Au bout de six mois, le Medef enterrera cette commission fantoche.

Candide au pays des merveilles patronales, Verhaeghe décrit une caste coupée du monde, ressassant ses lubies : « Très vite, j’identifiai dans ce monde étrange un code implicite que je mis longtemps à déchiffrer : la critique de l’Etat et des fonctionnaires. Elle est un passage obligé de toute réunion au Medef. Pour y être reconnu il faut sacrifier à la litanie de l’Etat incapable, des fonctionnaires fainéants et incompétents » Pourtant quand il propose, à l’allemande, la neutralité de l’Etat dans les négociations paritaires, les patrons haussent les épaules et notre Candide découvre alors le «  lien congénital entre le patronat français et l’Etat » le premier ayant trop besoin du second pour maintenir ses avantages.

UNE ARISTOCRATIE JAMAIS ASSEZ RÉMUNÉRÉE

La démonstration qu’il propose à titre d’exemple sur la question de la baisse du coût du travail est, sur ce point, extrêmement convaincante. A force de brandir le spectre du chômage et des délocalisations, avec une récurrente mauvaise foi, explique-t-il, « la conviction s’est faite avec une telle force auprès de l’opinion, concernant le coût du travail, que les pouvoirs publics ont cru nécessaire de prendre des mesures fortes pour répondre à la question posée par les détenteurs du capital. » En réalité, « le travail ne coûte pas trop cher mais l’aristocratie ne s’estime pas assez rémunérée », écrit celui qui a décidément rompu avec la langue diplomatico-technocratique des énarques. Qu’importe si tout porte à croire que l’impact sur l’emploi de ces allègements de charge a été quasi nul, il a représenté un colossal cadeau aux entreprises. Et il serait donc idiot de la part du Medef de ne pas continuer à entonner ce sempiternel refrain, puisque cela « prend » si bien.

Les passages sur le fonctionnement des organisations paritaires où il siège sont aussi assez savoureux. A la CNAV (caisse nationale d’assurance vieillesse), que le Medef réintègre en 2008 pour « participer au débat sur les retraites », les partenaires sociaux ne seront bien sûr jamais d’accord. « En attendant il fallait siéger. …Il fallait trancher sur différents problèmes de communication ; La partie syndicale s’est étripée pendant deux heures sur la musique d’accueil du standard téléphonique de la caisse. Certains la trouvait trop longue, d’autres trop chargée de notes… On mesure la farce que constitue la présence des partenaires sociaux dans cette instance ».

Depuis la sortie de son livre, la FFSA, la puissante fédération des assurances où il détenait encore un mandat, a entamé une «  procédure disciplinaire » contre lui. Mais Eric Verhaeghe n’a, semble-t-il, pas l’intention de se taire.

http://www.bakchich.info/Medef-confession-d-un-repenti,12826.html


En route vers le précipice

[Bill Bonner – Chronique Agora – 06/12/2010]

▪ Le problème, avec le système financier actuel, avons-nous dit à un reporter de Bloomberg, c’est qu’il est basé sur la fraude.

A la base, on y trouve la devise papier — qui est elle-même une forme de tromperie. Elle fait semblant d’être de l’argent réel. Ce qui est vrai — dans le sens où on peut l’utiliser pour acheter des choses. Mais elle a tendance à mentir. Tout ce que les autorités ont à faire, c’est d’actionner la planche à billets : elle vous dira que vous êtes bien plus riche que ce que vous êtes vraiment.

Cette sorte de sottise dure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les autorités américaines, entre autres, ont systématiquement augmenté la quantité de devise papier… menant les gens à croire qu’ils avaient plus de pouvoir d’achat qu’ils n’en avaient vraiment. Aujourd’hui, un dollar ne vaut plus que 3% de ce qu’il valait il y a 100 ans.

Mais ce n’est que le début de l’escroquerie. Les autorités ont également systématiquement sous-valorisé le crédit — convaincues que la clé de la prospérité réside dans le crédit et les dépenses de consommation, plutôt que dans l’épargne et la production.

Le système a ses architectes et ses opérateurs — tous des escrocs et des charlatans. Ils font semblant de pouvoir gérer la devise et l’économie. Pourtant, ils ne comprennent pas comment fonctionnent les éléments les plus basiques d’une vraie économie. La richesse ne naît pas de la consommation… elle naît de la production.

Les gestionnaires affirment pouvoir manipuler si bien l’économie qu’ils peuvent améliorer ses performances… En d’autres termes, selon eux, ils peuvent faire en sorte que l’économie se comporte mieux qu’elle ne le ferait seule… mieux qu’elle a fonctionné naturellement ces 2000 dernières années. En éliminant les retournements cycliques, les autorités nous ont dit que nous serions tous plus riches… et libres de la volatilité qui nous affligeait jusqu’à maintenant.

▪ Les dirigeants bidouillent et simulent donc… improvisant… et inventant au fil des événements. Ils augmentent les taux… puis les baissent. Ils introduisent plus de devise papier quand ça leur convient, et changent les règles bancaires selon ce que suggèrent leurs théories.

Quand il se passe quelque chose de « mauvais » — défini comme une chose qu’ils n’apprécient pas, ils se précipitent pour régler le problème. Mais avec quoi peuvent-ils le faire ? Un peu de sparadrap monétaire. Un peu de fil de fer budgétaire, aussi.

Leurs remèdes ne sont pas entièrement aléatoires ou hasardeux. Ils sont biaisés — vers plus de crédit, plus de dépense, plus de liquidités et plus de spéculation. S’ils resserrent les taux un mois, ils les desserrent ensuite pendant deux mois. S’ils enregistrent un surplus dans les comptes de la nation une année, ils enregistrent des déficits durant les cinq suivantes.

Peu à peu, de plus en plus de dette, d’erreurs, de mauvais jugements et de spéculations insensées s’accumulent. Puis les autorités se retrouvent sous pression… passant d’une crise à une autre… fournissant du crédit à un zombie… un renflouage à un autre… et de la viande crue à un troisième.

Puis, soudain, la discipline et les contraintes qu’elles s’imposaient cèdent comme une corde usée. Les banques centrales et les autorités financières prennent alors le mors aux dents… s’abandonnant aux trucages et à la fraude inhérents à leur profession. La Banque centrale européenne annonce qu’elle fournira « des liquidités illimitées » à ceux qui en ont besoin pour lutter contre une crise de la dette sur le Vieux Continent. Dans le Nouveau Monde, la Banque de Ben Bernanke renfloue déjà des grandes banques en Amérique du Nord en plus de celles de l’Europe. Et partout, les autorités sont prêtes à se soutenir les unes les autres… et à financer le FMI… avec encore plus de monnaie papier et de crédit…

… tous tentant désespérément de maintenir l’intégrité du système.

Et les voilà bras dessus-bras dessous — la Fed, la BCE, l’Europe et les Etats-Unis… sans oublier le Japon et la Bank of Japan. En route… vers le précipice.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html


Dans le même esprit, encore plus fulgurant, il faut lire (et relire) « L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes » (Ed. Climats, 1999)  de Jean-Claude Michéa…

Vous avez, messieurs, parfaitement raison sur un point : les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents. Mais vous avez patiemment, minutieusement, laborieusement transformé l’école de la république en un immense tube digestif. Une machine à bouffer de l’humain.

D’un tube digestif il ne peut sortir que de la merde. C’est pas du management, c’est de la biologie.

[Affordance.info – reprise sur OWNI – 15/10/2010]

Elle s’appelle Laurence. Comme 16 000 autres enseignants, elle est la génération “master”. Elle s’est retrouvée en septembre devant une classe pour faire cours. Et elle n’y est pas arrivé. On ne le lui avait tout simplement pas appris. Depuis elle est sous anxiolytiques. Des histoires comme celle de Laurence, des histoires de jeunes profs en dépression après quelques semaines d’enseignement, il y en avait déjà plein, bien avant la réforme de la masterisation.

Et puis, il n’y a pas que des Laurence dans la vie. Il y a aussi des Claire, Claire qui n’est pas tombée dans un lycée difficile, qui n’est pas en face d’enfants difficiles, qui, pour différentes raisons, a peut être plus de facilités que Laurence avec la gestion d’un groupe, avec la discipline, avec le rapport aux autres. Bien sûr qu’enseigner est un métier qui s’apprend. Mais l’on sait également que chacun fera des choses différentes de l’enseignement reçu, en fonction de ses capacités personnelles, de son milieu social et culturel, des classes et des élèves en face desquels il finira par se retrouver.

Oui mais voilà. Laurence a reçu une lettre. Une lettre de l’inspecteur d’académie. Dans sa lettre l’inspecteur lui écrit:

Laurence, si vous ne vous sentez pas capable de faire ce métier, il faut démissionner.

C’est vrai quoi, les places sont chères, et il y a sûrement plein de Claire qui attendent un poste. Dans sa lettre l’inspecteur lui écrit aussi :

Laurence, les elèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents.

C’est vrai quoi, surtout quand il s’agit d’élèves difficiles.

Oui mais voilà. Laurence, elle avait envie et tout aussi certainement besoin de faire ce métier. Apprendre le programme d’histoire ou de mathématiques ou de français, ça Laurence y est très bien arrivée. C’est une partie du métier qu’elle avait choisi. Mais apprendre comment on fait passer un programme d’histoire, de mathématiques ou de français à une classe de 32 élèves de 13 ou 14 ans, ça, on ne le lui apprend plus à Laurence. On la met devant les élèves, on lui colle un “tuteur” enseignant – qui n’est souvent même pas dans le même lycée ou collège qu’elle – et on lui dit débrouille-toi Laurence.

Messieurs.

–Monsieur l’inspecteur d’académie dont je ne connais pas le nom,
–Monsieur Luc Châtel, ministre du management national et de l’éradication nationale des psychologues scolaires**,
–Monsieur Xavier Darcos, ancien ministre de l’éradication nationale de la formation des enseignants,

Vous avez tous les trois des métiers qui doivent certains jours vous paraître aussi difficiles que celui de Laurence. J’ignore si vous êtes ou si vous avez été sous anxiolytique. Que vous portiez tous les trois l’écrasante responsabilité de l’effondrement programmé d’un système, celui de l’instruction publique, passe encore. Que vous ou votre mentor, vous réclamiez régulièrement de l’héritage de Jaurès ou de Jules Ferry, passe encore. Vous pouvez “jouir pleinement de la supériorité reconnue que les chiens vivants ont sur les lions morts” (Jean-Paul Sartre). Après tout, vous êtes nommés ministres ou inspecteur, vous êtes convaincus que le secteur privé peut assurer des missions qui incombaient jusqu’ici aux services publics, dans l’éducation comme ailleurs, et vous mettez en oeuvre le programme permettant de faire aboutir vos idées. Donc acte. “C’est le jeu”. Mais la lettre que vous venez tous les trois d’envoyer à Laurence signe la fin de la partie.

Avec cette lettre cesse le jeu et commence l’indéfendable. Supprimer la formation des maîtres, placer ces nouveaux maîtres “dans des classes”, attendre que certains d’entre eux s’effondrent, et leur signifier par courier hiérarchique que “les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents” et que le cas échéant ils feraient mieux “de démissionner”, est une stratégie managériale ayant effectivement déjà fait ses preuves, et dont l’avantage est de révéler à ceux qui l’ignoreraient encore l’étymologie du mot “cynisme”. Comme des chiens. Vous avez, “messieurs qu’on nomme grands”, merveilleusement contribué à l’enrichissement de l’horizon sémantique du cynisme : ce qui était au départ le seul mépris des convenances sociales, désignera désormais également le total et absolu mépris de l’humain.

Un nouveau cynisme dont l’alpha et l’oméga est constitué de la seule doctrine managériale. Une machinerie implacable, chez France Télécom comme dans l’éducation nationale désormais, qui fabrique des Laurence dans le seul but de les broyer, pour s’économiser l’annonce d’un énième plan social, pour accélérer encore un peu le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Vous avez, messieurs, parfaitement raison sur un point : les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents. Mais vous avez patiemment, minutieusement, laborieusement transformé l’école de la république en un immense tube digestif. Une machine à bouffer de l’humain.

D’un tube digestif il ne peut sortir que de la merde. C’est pas du management, c’est de la biologie.

J’ai souvenir d’une école de la république d’où sortaient des citoyens.

http://owni.fr/2010/10/14/lettre-a-laurence


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

A partir des années 1980, et de façon plus marquée à partir de 1990, la proportion de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté dans le monde a commencé à régresser. Si l’on calcule le PIB moyen par habitant (exprimé en parité de pouvoir d’achat) de chaque pays, et qu’on le multiplie par le nombre d’habitants de ce pays, il s’avère que l’écart entre les pays les plus pauvres et les pays les plus riches régresse sur la période. Cette donnée est souvent présentée comme un des succès majeurs de l’économie ouverte de marché : des millions de Latino-Américains, de Chinois, d’Indiens et d’autres Asiatiques ont pu constituer une classe moyenne dont le niveau de vie se rapproche de celle de l’Occident. Cela prouverait que le marché est l’instrument de création de richesse et d’allocation des ressources le plus efficace.

A Cambridge, Branko Milanovic (université de Maryland), qui dirige un programme de recherche de la Banque mondiale sur les inégalités, a proposé deux autres lectures de ces statistiques. Dans la première, si l’on se limite à comparer les PIB moyens par habitant de chaque pays (donc sans multiplier par sa population), il s’avère que c’est au contraire un phénomène de divergence entre pays riches et pauvres que l’on observe entre 1980 et 2000. Cela manifesterait le fait que, dans l’économie mondialisée, les inégalités de revenus tiennent moins à l’appartenance à une classe sociale qu’au pays de naissance, selon la place que celui-ci occupe dans la chaîne mondiale de la production. Comme l’indiquait le financier George Soros, « la rigueur et l’austérité économique sont imposées à la périphérie, mais les bulles spéculatives bénéficient au centre ». Du moins jusqu’à ce qu’elles éclatent.

Cependant, à partir de 2000, cet indice des inégalités entre pays tend à diminuer, confirmant la convergence. Intervient alors un troisième mode de calcul, qui répartit la totalité de la population mondiale sur l’échelle des revenus. La divergence est alors encore plus forte. Ainsi, le niveau de revenu des 1 % de Brésiliens les plus riches est équivalent à celui des 10 % des Américains les plus riches, mais celui des 5 % de Brésiliens les plus pauvres est équivalent à celui des 5 % d’Indiens les plus pauvres. Ou encore, les bonus versés par Goldman Sachs équivalent aux revenus des 224 millions de Terriens les plus pauvres, et les revenus des 1 % de Terriens les plus riches à ceux des 4,275 milliards les plus pauvres. Or les travaux présentés par Kate Pickett (université de York) montrent que la quantité de personnes rencontrant des problèmes sociaux ou de santé dans un pays donné n’est pas corrélée au revenu moyen de ce pays, mais aux écarts entre les revenus.

« La peur d’avoir à partager »

Pour James K. Galbraith, qui dirige l’University of Texas Inequality Project, « les inégalités ne sont pas les conséquences microéconomiques des déséquilibres ; elles en sont la cause macroéconomique ». En effet, le gonflement des bulles de crédit dans les pays riches, la course aux exportations menées par les émergents – et l’accumulation de liquidités qui en résulte dans les deux cas – correspondent à des tentatives de réduire des inégalités devenues insoutenables, sans passer par la simple redistribution des revenus. Car, comme le dit M. Milanovic, « lorsqu’il s’agit de combattre la pauvreté, tout le monde est d’accord. Mais si l’on parle de réduire les inégalités, c’est la peur d’avoir à partager qui l’emporte ! ». C’est pourquoi la question de la fiscalité et des financements sociaux doit être remise, selon les économistes réunis à Cambridge, au centre des politiques économiques.


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

En 1958, l’économiste néo-zélandais Alban Phillips théorise la relation entre taux d’inflation et taux de chômage : lorsque le taux de chômage diminue, les salaires montent, et les entreprises haussent les prix pour rétablir leurs marges ; inversement, les prix baissent quand le chômage augmente. Cette relation, la « courbe de Phillips », servit aux économistes monétaristes (Milton Friedman et Robert Lucas) pour démontrer l’existence d’un « taux de chômage naturel » : les prix reflétant selon eux un équilibre optimum de marché, le taux de chômage qui en découle est incompressible, et la courbe de Phillips doit donc être verticale.

Une politique économique devient inflationniste (elle entraîne les prix au-delà de leur valeur réelle du marché, souvent en raison de fortes dépenses publiques) si elle cherche à faire baisser le chômage en deçà de son taux « naturel ». Juguler l’inflation en ajustant les taux d’intérêt deviendra donc l’alpha et l’oméga des politiques économiques, inscrites dans les statuts mêmes des banques centrales, quitte à baisser les dépenses de l’Etat visant à soutenir l’emploi.

De même, toute hausse du taux de chômage au-delà de son taux « naturel » apparaît comme le signe d’un manque de flexibilité du marché de l’emploi et de l’incapacité des institutions à fournir la main-d’oeuvre nécessaire aux entreprises pour atteindre l’équilibre des prix. Les politiques de l’emploi doivent donc chercher à lever les obstacles au bon fonctionnement du marché du travail, et rapprocher le taux de chômage effectif du taux de chômage « naturel ».

Malheureusement, observait, graphiques à l’appui, Anatole Kaletsky, éditorialiste économique du Times lors de la conférence inaugurale de l’Institute for New Economic Thinking à Cambridge (Grande-Bretagne) le 9 avril, la courbe de Phillips est devenue, au Royaume-Uni en tout cas, horizontale depuis 1992, le taux de chômage variant fortement, indépendamment de celui de l’inflation. (suite…)


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

Selon la théorie des marchés efficients, développée par l’économiste Eugène Fama dans les années 1960, comme pour celle des anticipations rationnelles, lancée par John Muth, puis développée par Robert Lucas (Nobel d’économie 1995) dans les années 1970, les acteurs économiques adoptent un comportement rationnel afin de maximiser leurs intérêts. Leur interaction aboutit spontanément à un équilibre optimal, exprimé par le prix d’échange sur les marchés. Ces comportements, modélisés, deviennent prédictibles. L’industrie financière a ainsi bâti des produits toujours plus complexes, usant des mathématiques pour calculer le risque inhérent aux comportements des acteurs.

Il convient par conséquent de libérer les marchés des limitations réglementaires existantes, afin de leur permettre de parvenir à leur équilibre naturel sans distorsion ni contrainte.

Les crises financières depuis les années 1980 ont montré que le comportement des acteurs pouvait être irrationnel, voire aller contre leurs intérêts. L’analyse de ces divergences à la théorie a ouvert la voie à l’économie « comportementale » (Gary Becker, université de Chicago, Nobel 1992 ; Daniel Kahneman, Princeton, Nobel 2002 ; George Akerlof, Berkeley, Nobel 2001), ou aux concepts de « marchés imparfaits » et d’« asymétrie d’information » (Joseph Stiglitz, Columbia, Nobel 2001). Elle a aussi guidé les politiques de régulation, y compris celles proposées aujourd’hui : le bon fonctionnement des marchés exige la transparence de l’information afin que les acteurs puissent agir rationnellement.

Le fait que les crises précédentes aient été surmontées a semblé valider la théorie : ce sont les distorsions par rapport à la théorie, et non la théorie elle-même, qui en étaient responsables.

Mais, aujourd’hui, l’ampleur de ces distorsions amène certains économistes à changer d’approche. Pour Roman Frydman (université de New York) et Michael Goldberg (New Hampshire), auteurs d’ Imperfect Knowledge Economics (2007, Princeton University Press), le processus de fixation des prix par le marché est par essence irrationnel et le comportement des acteurs intrinsèquement contingent. C’est cette double incertitude qui permet d’ailleurs le profit, c’est-à-dire le gain des uns au détriment des autres. (suite…)


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

Réunis à Cambridge, des chercheurs hétérodoxes plaident pour une révolution théorique, seule capable d’engendrer une vraie réforme

Le feuilleton de la régulation financière a connu une brusque accélération. Les 16 et 17 avril, les ministres européens des finances se sont réunis à Madrid pour discuter d’une taxation des risques bancaires. Le 16 avril, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, a porté plainte contre la banque Goldman Sachs, préparant le terrain aux débats du Sénat prévus cette semaine sur le projet de loi visant à réguler les activités des banques. Les 22 et 23 avril, les ministres des finances du G20 ont étudié à Washington la taxation des banques proposé par le Fonds monétaire international (FMI), qui tient justement les 24 et 25 avril, avec la Banque mondiale, sa session annuelle de printemps… sur le même sujet. Enfin, les 26 et 27 juin, le sommet du G20 à Toronto devrait arbitrer entre les différentes propositions de régulation placées sur la table.

Mais pour nombre d’économistes – comme ceux que le financier George Soros a réunis au sein de l’Institute for New Economic Thinking (INET), qui tenait sa conférence inaugurale du 8 au 11 avril à Cambridge (Royaume-Uni) -, les politiques ont déjà raté l’occasion offerte par la chute de Lehman Brothers d’écarter le risque que le fonctionnement du système financier fait courir à l’économie mondiale.

Non seulement en raison de l’intense lobbying mené par les grands établissements bancaires pour échapper à toute régulation, non seulement en raison du choc des égoïsmes nationaux – chaque Etat cherchant à protéger sa propre industrie financière plutôt que de coopérer -, mais encore et surtout en raison de l’incapacité des décideurs politiques et économiques à échapper à certains dogmes issus de la théorie économique établie, alors même que la crise a démontré leur faillite. En bref, la crise n’est pas seulement financière et économique, elle est aussi intellectuelle.

Comme celle de 1929, la crise actuelle appelle une refondation de la théorie économique sous de nouveaux auspices, qui passent d’abord par le passage des dogmes établis au tamis de la critique.

Trois d’entre eux ont été particulièrement étrillés par les économistes réunis à Cambridge. Primo, les marchés peuvent s’autoréguler parce que le comportement des acteurs économiques est rationnel, puisqu’il vise à maximiser leur intérêt. Secundo, les politiques économiques doivent par conséquent laisser les marchés parvenir à un équilibre naturel optimum, exprimé par le niveau des prix et du chômage. Tertio, la meilleure allocation des ressources étant spontanément réalisée par les équilibres de marché, le libre fonctionnement de ce dernier permet d’accroître la richesse de tous et de chacun.

Instabilité et déséquilibre

Grosso modo, les propositions de régulation avancées par les Etats et les institutions internationales ne s’affranchissent pas suffisamment, selon les économistes de l’INET, de ces dogmes, surtout en ceci qu’elles visent à rétablir des fonctionnements et des équilibres « naturels » dont l’observation empirique montre qu’ils n’existent simplement pas, et que ce sont au contraire l’instabilité et les déséquilibres qui caractérisent le comportement spontané des marchés.

La mobilisation actuelle sur la régulation est proportionnelle à l’inquiétude suscitée par la tendance du système financier à renouer avec les errements qui ont conduit à la crise de septembre 2008. Politiques et économistes tendent à rejoindre le sentiment manifeste depuis longtemps dans l’opinion : l’argent public utilisé pour sauver les banques a été si efficace qu’il a créé parmi celles-ci un sentiment d’impunité – l’« aléa moral » du too big to fail (les banques sont trop importantes pour qu’on les laisse faire faillite) – qui leur a permis de reconstituer une bulle spéculative encore plus grosse que la précédente. D’autant que les difficultés de certains établissements ont rendu encore plus gigantesque et incontrôlable la taille des survivants. Or, ce comportement fait courir un risque de défaillance de l’un ou l’autre maillon faible de la planète finance, que les Etats n’auraient plus les moyens d’éponger.

La reprise si souvent annoncée serait alors emportée comme fétu de paille, et la Grande Dépression à nouveau à l’ordre du jour. C’est le scénario redouté du double dip, ou double plongeon.

Comment éviter une réédition de la chute de Lehman Brothers ? Pour Franklin Allen (Wharton School,université de Pennsylvanie), le poids excessif de la finance dans l’économie est dû à la capacité des banques à monopoliser la rente de la création de valeur par l’économie réelle. Il faut donc rétablir la concurrence au sein de l’industrie financière.

Pour Simon Johnson (Sloan School of Management, Massachussets Institute of Technology), la crise est surtout due à la concentration du secteur de la finance entre les mains de quelques établissements assez puissants pour imposer leurs vues aux régulateurs. La crise a encore accru cette concentration. Une véritable régulation consisterait à imiter, pour le secteur bancaire, ce que fit le président américain Théodore Roosevelt au début du XXe siècle en démantelant les cartels de l’acier, du pétrole et des chemins de fer.


CRISE FINANCIÈRE, LES SIX ÉTAPES D’UN DÉSASTRE

[Pierre Rimbert – Le Monde Diplomatique – 01/05/2010]

L’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?

Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur permettrait pas d’acquitter leurs engagements. Mais quels facteurs assombrissent ainsi leur horizon économique ? On peut facilement identifier l’un d’entre eux : les coupes budgétaires mises en œuvre sous la pression… des investisseurs et des agences de notation.

La boucle est ainsi bouclée. Avec le recul, les pièces éparses des krachs économiques à répétition survenus ces trois dernières années composent peu à peu le thème d’un puzzle bien connu. Son cadre : la vague de déréglementation financière des années 1980. Son nom : à crise de marché, remèdes de marché.

Première étape : en 2007 les ménages américains, dont les revenus stagnent, notamment sous l’effet de la concurrence internationale, se trouvent dans l’incapacité de rembourser des prêts immobiliers attribués sans souci de garantie par les banques saisies d’ivresse. Depuis l’éclatement de la « bulle Internet » en 2000, la Réserve fédérale américaine maintient en effet des taux d’intérêts très bas, favorisant l’aventurisme des investisseurs.

Deuxième étape : en septembre 2008, la crise des subprime dégénère en crise bancaire, les bilans des établissements financiers se révélant farcis de crédits immobiliers insolvables ventilés aux quatre coins de la planète dans des produits financiers sophistiqués. Lehman Brothers chute ; la panique gagne ; les banques cessent d’accorder du crédit : l’économie est au bord de l’asphyxie.

Troisième étape : plutôt que de placer l’intégralité d’un secteur financier failli sous contrôle public, les gouvernements acceptent de le renflouer en l’état. Les Etats s’endettent hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie. Mais, après vingt ans de baisse continue de la fiscalité, les recettes ne suivent pas. Entre la fin de l’année 2008 et le milieu de l’année 2009, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. Dans les pays occidentaux, le chômage grimpe en flèche.

Quatrième étape : Requinqués par l’afflux d’argent public et la remontée des Bourses, stimulés par des taux d’intérêts quasi-nuls, banques et fonds d’investissements reprennent leurs affaires ordinaires. Pendant la tourmente boursière, beaucoup ont reporté leurs avoirs du marché actions (perçu comme incertain) vers celui des dettes publiques (réputé sûr). Mais celles-ci enflent dangereusement et ne servent qu’un faible taux d’intérêt. Le faire monter : telle est la conséquence de « l’attaque » spéculative sur la dette souveraine des pays « périphériques » de l’Europe entamée après la révélation du maquillage des déficits grecs – carambouille effectuée avec l’aide de la banque d’affaires Goldman Sachs.

Cinquième étape : Dès lors que les puissances publiques se refusent à stopper la spéculation par la loi et par une aide immédiate à la Grèce, un cercle vicieux s’enclenche : il faut emprunter pour payer la dette ; réduire ses déficits pour emprunter ; tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits ; abaisser les salaires, les prestations sociales et « réformer » les retraites pour réduire les dépenses publiques. Autant de mesures qui appauvrissent les ménages, obscurcissent les perspectives économiques et incitent les agences de notation à dégrader les titres de la dette souveraine…

D’abord présentée aux Etats, la facture adressée par les banques pour le prix de leur propre impéritie échoit alors à son destinataire final : les salariés.

Sixième étape : L’effondrement des dominos européens. Nous y sommes. Miroir de la désunion européenne, le plan d’aide à la Grèce entériné le 11 avril tente tardivement de concilier tous les antagonismes : l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) avec le sauvetage des apparences communautaires ; la mise sous tutelle d’Athènes et le principe de souveraineté nationale ; l’intérêt bien compris des banques françaises et allemandes, lourdement exposées à la dette grecque, et le Traité de fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit la solidarité financière avec un Etat membre (articles 123 et 125) ; le montant des prêts initialement prévus (45 milliards d’euros, dont 15 par le FMI) et les sommes désormais jugées nécessaires pour endiguer l’activité spéculative (deux, voire trois fois supérieures) ; le modèle économique rhénan qui comprime les salaires pour dilater les exportations, et les balances commerciales négatives de ses voisins ; l’agenda politique de la chancelière allemande Angela Merkel, confrontée à un important scrutin régional le 9 mai, et celui des dirigeants des pays les plus endettés qui voient l’orage spéculatif aborder leurs rivages.

En vertu de cet arrangement, la Grèce pourra emprunter à des taux moins élevés que ceux du marché (mais infiniment plus que ceux, pratiquement nuls, associés aux sommes débloquées sans limite par la Banque centrale européenne en faveur d’établissements privés en 2008 et 2009). Elle devra en contrepartie réduire de 5, voire de 6 points, un déficit budgétaire estimé à 14 % du produit intérieur brut. Une saignée violente, opérée prioritairement dans les budgets sociaux, mais déjà insuffisante aux yeux Berlin. Moins de dix jours après son annonce, les cortèges hostiles se succédaient dans les rues d’Athènes, le spectre du défaut de paiement planait sur l’Acropole, la crise de la dette souveraine gagnait la péninsule ibérique et les rumeurs d’éclatement de la zone euro se propageaient.

Faite d’improvisation, de crainte et de résignation face aux impositions de la finance, la réaction des Etats, des institutions européennes et du FMI se caractérise par l’absence de stratégie d’ensemble : on se contente de répercuter la contrainte des marchés tout en jurant d’y résister. Elle incite les pays membres à se démarquer mutuellement dans l’espoir d’échapper aux paris des investisseurs. Une fois les « partenaires » placés en situation de concurrence, c’est à qui exhibera le plan d’austérité le plus drastique. A Lisbonne comme à Athènes, à Dublin comme à Madrid, résonne un mot d’ordre unique : « rassurer les marchés » – un an auparavant, les dirigeants du G20 promettaient de les dompter. Au fond, la dynamique réfracte involontairement la logique réelle de l’Union européenne, promise à tous comme un espace de solidarité et finalement livrée au dumping social, salarial, fiscal et maintenant spéculatif… D’autres solutions s’offraient pourtant au choix des gouvernants.

Comme la mer qui se retire, la crise découvre la fragilité d’une construction qui, depuis son origine, repose sur un pari : l’union douanière et monétaire entraînera l’union politique et populaire. C’est peu dire qu’il est perdu.

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-30-Crise-financiere


Même les plus libéraux des capitalistes (comme ici la Bible des Investisseurs) ne croient plus à  la Grèce, à l’Espagne, au Portugal ou aux Pays Baltes. Ils vont se faire un max de blé possible sur la victime du « plan d’ajustement » et se tirer en laissant les os du cadavre….Cela s’appelle « mettre son portefeuille à l’abri ».

Et si vous croyez que cela ne peut arriver qu’aux bougnoules… vous risquez un réveil brutal. Si vous avez des chasseurs dans votre famille, il est grand temps d’aller cambrioler leur armoire à fusil et de réviser vos recettes de cocktail Molotov. Trouvez vous un correspondant argentin et faites vous expliquer les « piqueteros »… et allez voir le film de Fernando Solanas « Memoria del Saqueo ».

Parce que le capitalisme ne vous fera pas de cadeaux quand il s’agira de « rembourser la dette ». Demandez aux pays du Sud, eux cela fait 50 ans qu’on leur fait le coup… La prochaine fois que vous croisez un banquier dans la rue, pendez-le  à un réverbère, ça sera toujours ça de gagné…

CE QUI ATTEND LA GRECE

[Cécile Chevré – La Quotidienne de MoneyWeek – 29/04/2010]

Ce que nous apprennent la Lettonie et l’Argentine sur l’avenir de la Grèce…

« Athènes vers une nouvelle cure d’austérité, les marchés soulagés« , nous apprend Reuters. Le plan d’aide à la Grèce devrait être annoncé avant la fin de la semaine. La Grèce n’est pas le premier pays – et de loin – à être mis au régime sec par le FMI. Par le passé, l’Argentine (en 2000) et la Lettonie (en 2008) avaient déjà découvert le menu « pain sec et eau fraîche » imposé par le Fonds en échange de son aide financière. Deux précédents dont la Grèce pourrait tirer quelques – inquiétants – enseignements…

L’Argentine, moins malade et toujours pas en convalescence…
Au début des années 2000, l’Argentine va mal, très mal même. Sa dette publique atteint 62% du PIB et son déficit public se chiffre à 6,4%. Le pays est en faillite et demande l’aide du FMI. En échange de plusieurs milliards de dollars d’aide, le FMI impose une réduction drastique des dépenses publiques.

La situation argentine de l’époque nous paraît presque brillante comparée à celle de la Grèce aujourd’hui. La Grèce affiche une dette publique atteignant les 114% du PIB et un déficit révisé à 13,6% du PIB. Soit une situation deux fois plus inquiétante que celle de l’Argentine au début des années 2000.

L’Argentine tout comme la Grèce ne sont pas libres de manipuler à leur gré leur monnaie. L’Argentine à cause de la parité fixe entre le peso et le dollar, et la Grèce à cause de l’euro.

Crise politique et morne plaine

La politique de rigueur a entraîné une récession, avec une chute vertigineuse du PIB de 4% en 1999. En 2002, l’Argentine s’est même retrouvée en situation de défaut de paiement. Conséquence immédiate de cette politique, le pays est entré dans une quasi-révolte. En 2001, quatre présidents se sont succédé à la tête du pays en moins de deux semaines… Depuis, l’économie argentine ne s’est jamais vraiment remise.

La Lettonie, un pays trop petit, un régime sans effet

Fin 2008, la Lettonie a fait appel au FMI pour faire face aux conséquences de la crise financière. Le FMI, qui a décidément ses petites marottes, lui a imposé une politique de rigueur particulièrement sévère. Le Fonds, lui-même, a reconnu que ces mesures constituaient la plus sévère politique de rigueur imposée depuis les années 70. Réduction de 20 à 40% des salaires du secteur public, augmentation vertigineuse des impôts, réduction drastique des aides aux chômeurs et suppression des budgets de la défense. Evidemment, les troubles sociaux se sont multipliés et le Premier ministre y a perdu son poste. Malgré tous ces efforts, le déficit letton ne s’est pas vraiment résorbé et continue de frôler les 8% du PIB.

Pourquoi ? Parce que l’économie lettone est trop petite pour pouvoir se sortir toute seule de la récession. Pour qu’elle sorte la tête de l’eau, il faudrait que l’Europe en entier reprenne fermement le chemin de la croissance. Ce qui n’est pas pour tout de suite…

L’équation à laquelle est confrontée la Lettonie est la suivante : effondrement de la production de richesse, donc baisse des rentrées fiscales, donc maintien du déficit à un niveau record. La Lettonie reste donc, de fait, sous le contrôle du FMI.

Et pour la Grèce ?
En acceptant l’aide de l’UE et du FMI, la Grèce fait un choix. Celui de perdre une grande partie son indépendance.

Dans tous les cas, qu’elle accepte ou pas de mettre en oeuvre les réformes voulues par le FMI, le risque de défaut de paiement sera toujours présent. Et, comme pour la Lettonie, rien ne dit qu’une politique d’austérité suffira à résorber le déficit. Certes, l’économie grecque est plus importante que celle de la Lettonie mais, comme elle, elle est extrêmement dépendante de l’étranger – via les exportations et le tourisme… Deux pans de l’économie qui souffrent d’une récession aggravée et prolongée au niveau européen et mondial.

La seule solution pour la Grèce : espérer que l’Europe continuera à fournir des aides. Mais nous savons tous que cette manne ne sera pas éternelle… Je suis prête à prendre le pari que nous n’avons pas fini d’entendre parler de défaut de paiement, de déficit ou de krach obligataire dans les mois qui viennent. N’attendez plus pour mettre votre portefeuille à l’abri.

http://www.moneyweek.fr/20100429111/actualites/actu-economie/grece-plan-sauvetage-euro/


Les Vampires existent, ils vivent à Wall Street et ont engrangé 2 milliards de dollars en 2009 en rachetant à bas prix du sang à des donneurs pauvres et en manipulant ensuite le marché afin de créer une pénurie de plasma qui a fait monter les prix… au détriment des malades. Ces produits dérivés du plasma sont devenus tellement chers (deux fois le prix de l’Or pour certains) que les assurances médicales refusent de les rembourser, mettant en danger la vie des personnes.

[Gregor Seither – IES News Service – 06/01/2010]
Dans les films, les vampires ont le look sexy de Brad Pitt ou de Taylor Lautner. Dans la réalité, ils ressemblent à CERBERUS CAPITAL. C’est la seule différence. Dans les deux cas, les vampires vivent dans des tours, attirent de pauvres humains dans leurs antres où ils sucent littéralement leur sang. Dans le cas de Cerberus Capital ils prélèvent le sang pour le revendre et se faire des millions de dollars de profit.

Cerberus Capital est une importante société de capital investissement LBO à Wall Street. Ils s’étaient déjà illustrés en rachetant le constructeur automobile Chrysler pour le dépecer – mettant 30 000 personnes au chomage malgré les importantes aides gouvernementales qu’ils avaient empochées (cf. article de Greg Palast).

En 2009 la fortune leur a souri de nouveau, à travers leur entreprise TALECRIS, qui vient d’annoncer près de 2 milliards de dollars de résultat pour son activité de vente de plasma sanguin. Cerberus avait acheté l’entreprise il y a 4 ans pour 83 millions de dollars – soit un bénéfice multiplié par 23.

Les profits de Cerberus sont dans la droite ligne de la barbarie habituelle du capitalisme, et cette fois ce n’est pas une métaphore. Cerberus suce littéralement le sang des pauvres pour le revendre très cher aux malades. A travers un réseau de collecte, Talecris collecte du sang – généralement auprès de personnes pauvres, notamment dans les villes frontalières du Mexique. Elle paye ces donneurs sous forme de bons de nourriture ou de bons d’achat, généralement pour des sommes très faibles, entre 8 et 25 dollars, selon le centre.Ce n’est pas un hasard si un des plus grands « centres de collecte de sang » se trouve à Brownsville, au Texas, la ville des Etats-Unis qui a le taux de pauvreté le plus élevé du pays.

Sur la frontière US-Mexique, la société Talecris a couvert les murs – y compris côté mexicain, alors que la loi mexicaine interdit le don du sang payant – avec des affiches promettant des dollars contre du sang. Talecris dispose même de plusieurs « Bus de collecte » qui sont garés sur les parkings à quelques mètres du passage frontière. A El Paso, un collectif de citoyens a documenté des « rabatteurs » pour Talecris qui vont faire de la retape dans les files d’attente devant le poste frontière. Avec la complicité de médecins d’une clinique de Villaverde, une autre entreprise PLASPRO – dont on pense qu’elle revendait ses poches à Talecris, mais cela reste à prouver – avait même mis en place un centre de collecte directement à Tijuana, au Mexique. Il a fini par être fermé après des années de fonctionnement.

A noter que les donneurs remplissent des déclarations « sur l’honneur » qu’ils sont en bonne santé, sans plus de contrôle. C’est la raison pour laquelle la Croix Rouge dénonce ce procédé et impose un marquage spécifique des poches de sang obtenues contre paiement (http://www.bloodbook.com/donr-requir.html). Dans la plupart des pays du monde, le don du sang payant est interdit.

Les poches de plasma sont ensuite traîtées pour des usages divers (médicaux, extraction de diverses protéines). Les produits obtenus à partir de ce plasma sanguin sont revendus aux malades souffrant de pathologies graves comme l’hémophilie, des brulures au 3è degré, la sclérose en plaques, ou encore des maladies immunitaires.

Les prix sont maintenus artificiellement élevés à travers une pénurie sciemment organisée. La commission anti-trust Federal Trade Commission a d’ailleurs entrepris une action en justice contre Cerberus Plasma Holdings en les accusant d’avoir crée un marché oligopolistique. L’un des produits,le IVIG (immunoglobuline interaveineuse) vaut deux fois le prix de l’Or !

Le prix de ces produits est tellement élevé que les assurances médicales aux Etats-unis refusent de plus en plus de les rembourser, mettant ainsi en danger des centaines de milliers de malades. Mais pour Tom Asher, PDG, « le sang est une ressource comme le blé ou la viande, elle se vend et s’achète normalement. C’est le marché qui fixe les prix, pas nous... » La FTC n’est pas vraiment de son avis.

(…)

Cerberus n’est pas un inconnu à Wall Street. En 2007, il avaient racheté Chrysler Motors et GMAC. Ils s’étaient empressés d’empocher les millions de subventions d’Etat accordées « pour sauver l’emploi » avant de dépecer tous les atouts de l’entreprise, de mettre 30 000 personnes au chomage puis de jeter l’éponge deux ans plus tard en accusant les syndicats d’avoir saboté l’entreprise.  Comme toujours, c’est le contribuable américain qui avait payé la facture, épongé la dette et payé les indemnités.

Le Conseil d’administration de Cerberus comporte plusieurs sommités du Parti Républicain, tous thuriféraires virulents en faveur du « Laisser faire » et du marché non régulé… qui ne se privent pas d’aller réclamer l’aide de l’État quand les choses se gâtent.

Le président du CA est l’ancien Secrétaire d’Etat au Trésor de George Bush,  John Snow. Celui là même qui a supervisé la course vers l’abîme des subprimes, refusant de réglementer les activités des banques et se frottait les mains publiquement en déclarant, en 2007: « L’économie américaine est la plus forte de la planète. Tout le monde nous envie. » Deux ans plus tard tout s’effondrait.

Il y aussi Stephen Feinberg, très gros donateur du Parti Républicain et dirigeant du plus gros lobby industriel des armes à feu. D’extrême droite, il finance les milices anti-immigrants sur la frontière. Que les « wetbacks » viennent se faire sucer le sang chez nous, d’accord, mais surtout qu’ils ne viennent pas s’installer chez nous…

On y trouve aussi l’ancien Vice-Président Républicain Dan Quayle (vous vous souvenez de lui ? C’était le fils à papa qui n’arrivait pas à aligner deux mots correctement et est surtout célèbre pour sa prestation télévisée où il a démontré qu’il ne savait pas comment on écrit « potato »).

En 2007, quand Cerberus avait repris Chrysler, John Snow y avait vu une grande victoire du capitalisme : “Il y a 25 ans,  Chrysler a déjà été confronté à la menace de faillite, à l’époque ils s’étaient tournés vers le gouvernement des Etats-unis pour se faire aider. Aujourd’hui Chrysler est à nouveau dans la tourmente financière, mais aujourd’hui c’est le marché qui vient à son secours. Au lieu de faire appel à l’argent du contribuable, ce sont des investissements privés qui lui injectent les fonds dont il a besoin pour se développer et ainsi créer des emplois.

A Paris, des propagandistes du marché comme Jean-Marc Sylvestre, Nicolas Baverez ou encore Denis Kessler applaudissaient des deux mains.

« Le rachat de Chrysler, c’est vraiment un parfait symbole de l’évolution de notre époque. En 1979, c’est sous le Démocrate Carter qu’on a sauvé Chrysler. A l’époque il semblait normal que ce soit l’Etat qui intervienne dans l’économie pour tenter de sauver une entreprise. Cela marche parfois mais cela échoue souvent, on l’a vu chez nous en France. Aujourd’hui Chrysler a de nouveau besoin d’argent, mais entre temps les mentalités ont changé. Entre temps le président Reagan a fait comprendre aux politiques que l’Etat n’est pas là pour intervenir dans l’économie, qu’il faut laisser faire le marché. C’est ce qui se passe aujourd’hui, avec Chrysler, qui se tourne vers une entreprise d’investissement privée plutôt que d’aller pleurer pour obtenir des subventions du gouvernement américain. » (Le Carnet Eco – 16/05/2007)

Même pas un an plus tard, 30 000 salariés de Chrysler étaient à la rue et Snow passait à la télé pour dire que le gouvernement (le fameux argent du contribuable) devait absolument aider financièrement Chrysler. On attend encore la réaction de Sylvestre, Baverez et consorts.

(…)

Les Vampires ne vivent pas dans des châteaux en Transylvanie. Ils ne dorment pas dans des cercueils. Ce sont des hommes politiques influents à Washington et à New York. Ils nous sucent notre argent  et ils nous sucent notre sang… littéralement.


Trois caissières de chez Ed licenciées… Et l’UMP qui parlait de volontariat et de liberté !

[Olivier Bonnet -Plumes de Presse – 17/010/2009]

« On a profité d’un contexte économique difficile pour nous mettre le couteau sous la gorge. Je travaille déjà le samedi toute la journée. J’ai refusé de travailler aussi le dimanche parce que c’est le seul jour où je peux voir mon fils de 16 ans, qui est en sport études. Donc, en fait, il fallait choisir entre mon travail et ma famille. Nous sommes trois caissières en tout à avoir été licenciées pour refus du travail dominical. Aujourd’hui, on demande notre réintégration » : Etelvina Fernandes, caissière depuis 5 ans chez Ed à Oyonnax, sur l’antenne de RMC, citée par Le Post.

Rions un peu, très jaune, en relisant la déclaration du ministre du Travail, Xavier Darcos, défendant la loi UMPiste sur le travail dominical : « Je suis certain que votre assemblée (…) ne remettra pas en cause les équilibres de ce texte qui protège les salariés, soutient les entreprises qui les emploient et répond aux attentes de la très grande majorité des Français« . En tout cas pas à celles des caissières d’Ed qui voulaient juste avoir un (seul) jour pour leur famille – il faut voir pour quel salaire, en plus ! Et sur le coup, les infortunées salariées ont dû se sentir assez peu protégées par cette loi…

Elles croyaient pourtant avoir le choix (voir la vidéo chez Peuples). De ne pas accepter les « mesures volontaires de travail le dimanche » – on se pince ! – que souhaitait leur imposer leur direction… pour 5 euros de plus. Mais qui a pu leur faire croire qu’elles avaient encore le droit de choisir ? Les menteurs UMPistes avec une belle constance. En tête Xavier Bertrand, actuel Secrétaire général mais alors ministre du Travail, en octobre 2008 (sur 20 minutes) : « Xavier Bertrand, a réaffirmé être favorable à l’assouplissement des règles du travail du dimanche, à condition que cela reste sur « la base du volontariat » et que « cela soit payé double », ce dimanche sur France 2″.

Une magnifique et généreuse affirmation de principe déjà tempérée en juillet dernier par Frédéric Lefebvre, cocasse porte-parole du parti majoritaire, qui avait magnifiquement résumé, en substance, que « le volontariat, d’accord, mais bon, quand même, faut pas pousser » : on lit sur le site de l’UMP qu’il « a réaffirmé que cette proposition de loi était « basée sur un compromis entre le volontariat et la nécessité d’adapter les exceptions à la réalité d’aujourd’hui ». Il fallait donc « adapter » ce fichu droit du travail pour ne pas contrarier les désidératas patronaux : si une direction a le droit d’ouvrir son magasin, il lui faut des volontaires coûte que coûte, pas question que de maudits salariés, en refusant de travailler, l’empêchent d’ouvrir les tiroir-caisses aussi le dimanche. Mais à part ça, ils invoquaient la liberté !

Terminons ainsi ce tour d’horizon des têtes-à-claques gouvernementales avec Luc Chatel, actuel ministre de l’Education nationale, qui fit cette déclaration en janvier, alors qu’il était encore Secrétaire d’Etat à la Consommation : « Je suis venu vous dire que le gouvernement défendait le travail du dimanche. (…) Le gouvernement soutient cette proposition de loi parce que nous considérons qu’il faut donner au salarié la liberté de travailler le dimanche comme il le souhaite« . Et la liberté de disposer du repos dominical ? Liberté pour qui ? La morale de l’histoire vaut pour les trois caissières d’Ed mais aussi pour tout citoyen : il ne faut jamais croire Darcos, Bertrand, Lefebvre et Chatel. (*) Ni Sarkozy, ni Fillon, ni Bachelot, ni Hortefeux, ni Besson… Mais si vous êtes un fidèle plumonaute, il ne s’agit évidemment pas d’un scoop.

http://plumedepresse.com/spip.php?article1254


Cette crise aura eu un effet positif : elle a mis en lumière évidente, indéniable pour tous, l’absolue avidité et absence totale de sens social des financiers. Ils s’en foutent que la bête crève sous eux,  ce qu’ils veulent c’est leur marge de profit et leurs dividendes… tout le reste, ils s’en foutent.

GRAND THEFT AUTO : L’ARNAQUE D’OBAMA SUR LES RETRAITES
[Greg Palast – 01/06/2009 – Trad. Grégoire Seither]
Tout le monde verse une larme sur la banqueroute de General Motors. Mais pour Jamie Dinon, il y a du bonheur dans la peine…. Et ce ne sont pas les 40 000 emplois contractuels (sur 60 000) jetés à la fosse commune qui vont lui gâcher sa journée.

Jamie Dimon est le PDG de la banque JP Morgan Chase. Il fait partie d’un petit groupe de privilégiés – en premier lieu Morgan et Citi – qui vont se faire rembourser 100% de l’argent qu’ils ont prêté à GM, soit la coquette somme de 6 milliards de dollars US.

Pendant ce temps là, les ouvriers de GM ont perdu leur emploi ainsi que leurs plans d’assurance maladie et retraite, ils voient s’évanouir les économies de toute une vie… Idem pour les actionnaires qui ne toucheront que dalle. Ou encore les nombreux créditeurs et sous-traîtants qui vont se retrouver le bec dans l’eau, assis sur des factures impayées; (…)

Les banques par contre, s’en tirent plus que bien !

Normalement, quand une entreprise fait faillite, tout le monde encaisse le coup : injuste ou pas, les ouvriers perdent leurs salaires, les actionnaires sont rincés et les créditeurs se répartissent les dépouilles. C’est ce que prévoit la Loi.

Mais la Loi dit aussi que les ouvriers ne peuvent se voir privés des sommes déjà versées (ou retenues sur leur salaire) au titre de leur retraite ou de leur assurance médicale post-retraite. Ces fonds ont été prélevés sur leur salaire et sont retenus en leur nom. Ils n’appartiennent plus à l’entreprise et ne peuvent donc pas être saisis lors de la procédure de faillite.

Et bien, cette fois ci, ça ne se passera pas comme ça. Steve Rattner, le « Monsieur Sauvetage Automobile » de Barack Obama a un autre plan : il veut s’accaparer la cagnotte du fonds de pension et s’en servir pour payer les dettes de JP Morgan et Citibank.

Voilà le plan: Rattner exige du tribunal des faillites qu’il autorise GM à taper dans la caisse de retraite c’est à dire l’argent que GM doit à ses ouvriers pour leur assurance médicale de retraite.

Ce fonds est constitué de liquidités, c’est à dire de l’argent sonnant et trébuchant. L’idée est de prendre cet argent et de le remplacer par de la monnaie de singe, ou tout comme : des actions GM. Le pourcentage d’actions GM pourra être de 17%… ou de 25%. Peu importe, 17% ou 25% d’actions, cela équivaut à…, euuh . . . ouais… dans tous les cas, je vous souhaite bonne chance le jour où vous voudrez payer votre dialyse ou votre hopital avec une poignée d’actions d’un constructeur automobile en faillite.

Par contre, selon Rattner, les banquiers de Citibank et de Morgan sont en droit, eux, d’exiger (et d’obtenir) le remboursement de l’intégralité de leur mise en bon argent, pas en monnaie de singe : 6 milliards de dollars, ici, maintenant et en cash… Et cela de la part d’une entreprise qui n’est même plus en mesure de payer ses sous-traitants, sans parler des factures médicales de ses employés.

Quel est le problème avec le fait de s’accaparer les fonds de retraite des ouvriers quand l’entreprise est en faillite ? Vous devriez le savoir, M. Obama, après tout, vous avez jadis donné des cours de droit : le problème c’est que c’est tout simplement illégal.

En 1974, sous la présidence Nixon, après une série de scandales et de faillites retentissantes de fonds de pension et de retraite, le Congrès des Etats-unis a passé la loi ERISA « Employee Retirement Income Security Act ». ERISA interdit aux entreprises ou aux repreneurs de saisir les fonds de pension des ouvriers – qu’il s’agisse de l’argent accumulé par retenues sur salaire ou bien les sommes collectées au titre de l’assurance médicale ainsi que les bénéfices de ces plans. Ce n’est pas de l’argent « en plus », c’est une partie des salaires de l’ouvrier qui a été prélevée et mise de côté en prévision de sa retraite et ses dépenses de santé.

Cet argent n’appartient plus à l’entreprise, il appartient en nom propre aux ouvriers… au même titre que l’argent que l’ouvrier a sur son compte en banque. Ce n’est pas parce que votre banque a des problèmes de sous qu’elle a pour autant le droit de venir taper dans votre compte.  (…).

En 1974, le Congrès savait très bien ce qu’il faisait. Il n’y a pas une entreprise aux Etats-unis qui n’ait pas eu envie un jour de se refaire une santé financière en tapant dans la cagnotte des retraites. A chaque fois ils se sont fait rappeler à l’ordre : cet argent ne leur appartient pas. Les ressources de ces plans de prévoyance appartiennent à la personne détentrice du plan, ce n’est pas l’argent de M. Dimon ou de M. Rubin. . .

Le Congrès avait également prévu la petite manip proposée par Rattner pour faire passer son pillage du fonds de pension de GM : ce n’est pas parce qu’il propose de remplacer les liquidités du fonds par des actions GM que la manoeuvre devient pour autant légale. Dans leur loi, les députés ont clairement prévu ce cas de figure en insistant sur le fait que les entreprises, en tant que garantes du fond, sont dans l’obligation de « gérer les sommes qui leur sont confiées de manière prudente et diversifiée afin de réduire les risques de pertes importantes pouvant mettre en péril la pérennité du fonds » »

Demandez à n’importe quel conseiller financier : « diversifier » et « éviter les risques » cela ne veut pas dire mettre tous ses oeufs dans le même panier et placer 100 % des retraites des ouvriers dans des actions d’une entreprise en faillite.

Si Rattner réussit son coup, cela créera un précédent qui permettra à n’importe quelle entreprise politiquement bien connectée ou bien en mal de liquidités d’aller taper dans la cagnotte des ouvriers pour jouer leur argent à la roulette.

Il n’est pas surprenant que les premiers bénéficiaires de ce plan seront les banques JP Morgan et Citibank. Ces deux établissements se sont déjà goinfrés plus d’un tiers des mille milliards de dollars d’argent du contribuable distribués sous forme d’assistance par le Trésor US et la Réserve Fédérale. Et ce n’est pas une coïncidence si Citi, le grand vainqueur, a versé plus de 100 millions de dollars à Robert Rubin, l’ancien Secrétaire au Trésor. Dans l’équipe de campagne de Barack Obama, Robert Rubin était « Monsieur Banques », chargé d’obtenir le soutien financier des grands groupes financiers U.S. Peu de gens ont remarqué que les plus grands contributeurs à la campagne de Barack Obama ont été les banques comme Morgan, Citi ou Goldmann-Sachs.

Jamie Dimon a de quoi être content : il récupère sa mise intégralement, il aura réussi à se mettre dans la poche non seulement les derniers vestiges de GM mais également le Secrétariat au Trésor de l’Administration Obama. Pas étonnant qu’il ait déclaré récemment au WSJ que ces douze derniers mois ont été « la meilleure année jamais vue chez Morgan ».

Ces derniers mois n’ont pas été mauvais non plus pour Monsieur Rattner. Quand il a été nommé au Trésor, les communicants autour d’Obama ont tenté de le présenter comme un « fils du peuple », un « militant ouvrier » ayant commencé sa carrière comme permanent syndical dans la sidérurgie.

On s’est bien gardés de vous raconter la suite de sa carrière : Rattner fait partie du tout petit cénacle d’investisseurs regroupé dans »Cerberus Capital », le fonds d’investissement qui avait « racheté » Chrysler. Enfin… « racheté » n’est pas vraiment le mot correct . Cerberus avait « racheté » Chrysler au même titre qu’un cannibale vous « invite » à dîner.

Cerberus n’a pas payé un seul centime pour s’approprier Chrysler – bien au contraire ! Les allemands de  Daimler Corporation ont payé des millions à Cerberus pour qu’ils les débarrassent de Chrysler. Cerberus a encaissé les millions, à désossé Chrysler pour vendre tout ce qui pouvait générer du profit… puis ils se sont débarrassés du cadavre détroussé de Chrysler en le refilant aux contribuables U.S..

Aujourd’hui, « l’homme de la rue » de l’administration Obama déclare une fortune personnelle d’environ un demi-milliards de dollars. Pas mal pour un « militant ouvrier ».

Economiste et journaliste, ancien négociateur syndical, Greg Palast est l’auteur de deux livres classés parmi les meilleures ventes du New York Times : « The Best Democracy Money Can Buy » et « Armed Madhouse ». Il est actionnaire GM et syndiqué depuis près de 30 ans chez UAW (United Automobile Workers).

http://www.gregpalast.com/grand-theft-auto-how-stevie-the-rat-bankrupted-gm/


La phrase qui tue :« Mais je vous rappelle qu’un non-lieu ne préjuge en rien de l’absence de réalité des faits », précise Me Many, conseil de Bartholome. Ca c’est du beau sophisme d’avocat…

[Bakchich 129 – 08/05/2009]

Licencier c’est facile. Il suffit d’avoir la bonne méthode, et d’être un peu inventif. Petit exemple illustré avec un maître fort de 33 procédures devant les prud’hommes.

Peu de justice pour les pauvres petits patrons… Surtout en ces temps de crise, où l’actualité ne pointe que les voyous. Et timides, bien peu paradent et pérorent de leurs hauts faits. Heureusement, restent Bakchich et Siné Hebdo pour les vanter et chanter leurs exploits. D’aucuns sont de véritables orfèvres du droit du travail, des magiciens du management, des horlogers de la gestion humaine.

À l’instar de Patrick Bartholomé, président fondateur de SCIGMA, une boîte de création de services internet/ intranet pour les entreprises… et dont le site est planté depuis trois jours. Bah, après tout, les cordonniers s’avèrent souvent les plus mal chaussés. Mais au moins la boîte rayonne, surtout aux prud’hommes. Depuis 4 ans, pas moins de 33 procédures devant six conseils différents. Paris, Créteil, Bobigny, Boulogne-Billancourt, Toulouse, Bordeaux. Une sorte de tour de France du droit social pour Bartholomé.

Un fan de Johnny Halliday souvent sur la route, mais que Bakchich et Siné ont eu le temps d’intercepter. « Peut-être que nous avons beaucoup de procédure, mais nous avons aussi un taux de recrutement des plus élevés, 30% » parade Bartholomé. Logique, quand on vire, à un moment donné mieux vaut recruter. CQFD.

« Avec toutes les entreprises que nous rachetons à la barre des tribunaux, nous conservons plus d’emplois que nous en détruisons. Et nous n’avons jamais procédé à des licenciements économiques ». Élémentaire.

Habitué depuis 2002 à racheter des entreprises en délicatesse à la barre des tribunaux de commerce, Bartholomé a aussi pris le parti d’en virer les anciens salariés. « Ils ne supportaient pas de voir leurs entreprises rachetées, c’est pour cela qu’ils m’attaquent. La plupart étaient les gérants qui ont amené ces boîtes à la faillite ».

Certes, mais dans le lot se sont aussi glissé bien des salariés protégés. Selon une savante méthode, sorte de licencier pour les nuls.

  • Petit 1, invoquer la faute grave et/ou lourde pour licencier. « C’est à dire l’intention de nuire à l’employeur de la part du salarié, des cas rarissimes normalement aux prud’hommes », décrypte une avocate qui a eu affaire au fan de Johnny.
  • Petit 2, très important, produire des attestations de tiers… mais pas trop éloignées pour charger le salarié. Le motif est tout trouvé pour la boîte d’informatique dont les ingénieurs vont souvent chez le client : « refus de mission ». Au hasard, les même attestataires reviennent souvent. Le bras droit de Bartholomé, Arnaud Lerondeau. ou mieux, son ex-femme et mère de son enfant, qui travaille pour une société cliente.
  • Et, cerise sur le gâteau, si l’employé est un brin trop bravache, déposer une plainte au pénal. À l’envie, pour vols, menaces ou escroqueries, contre les salariés licenciés. « Ce sont des méthodes de voyous mais c’est très malin. En droit français, le pénal tient le civil. Donc tant que le pénal n’aboutit pas, il y a peu de chance que les prud’hommes décident de statuer ». Ce qui permet d’étrangler financièrement le vilain salarié, qui a eu l’heur de se rebeller… et de le pousser à transiger. Du travail d’orfèvre.

Cinq plaintes au pénal ont ainsi permis de geler pendant des années des procédures prud’hommales en cours.

Avant d’être classées sans suite. « Mais je vous rappelle qu’un non-lieu ne préjuge en rien de l’absence de réalité des faits », précise Me Many, conseil de Bartholomé. Avant d’ajouter que « six procédures sont encore en cours, et nous avons gagné la dernière. Mon client a récupéré 1 000 euros dans l’affaire ». En temps de crise, il n’est pas de petite victoire.

http://www.bakchich.info


Machiavel – qui savait de quoi il parlait – a écrit que « les citoyens peuvent s’accomoder de beaucoup de choses. Catastrophes, guerres, famines, épidémies… la majorité sert les dents, râle, soupire, mais tient bon. Par contre, l’Histoire nous montre que chaque fois qu’un souverain a touché à l’épargne du peuple, sa tête a fini brandie au bout d’une pique par une foule d’émeutiers chauffés à blanc. L’épargne, c’est le petit espoir d’un jour meilleur qui rend docile la majorité des citoyens, seuls les despérés qui n’ont plus rien sont enragés. Dilapider l’épargne, c’est dilapider le soutien du peuple. »

Si la CDC prend la route de Fanny Mae et Freddy Mac, ça va flamber dans les rues de France et de Navarre…

[L’Expansion –  Julie de la Brosse 09/04/2009]

Les comptes de la Caisse des dépôts sont passés dans le rouge pour la première fois depuis 1816. Soit une perte de 1,5 milliard, selon Les Echos, pour l’institution qui gère les milliards de l’épargne des Français. Faut-il s’inquiéter?

Gestion de quelque 200 milliards d’euros d’épargne des Français, soutien aux banques, aux collectivités, à l’investissement, la Caisse des dépôts et des Consignations est volontiers présentée comme le « bras armé de l’Etat »… Problème, pour la première fois depuis sa création en 1816, elle va enregistrer des pertes pour son exercice 2008, chiffrées jeudi à 1,5 milliard d’euros par le quotidien Les Echos. A comparer avec un bénéfice de 2,5 milliards d’euros en 2007. S’il faut attendre la publication des résultats le 16 avril pour avoir confirmation de ce montant, on peut d’ores et déjà s’interroger sur les causes et les conséquences d’une telle contre-performance pour un établissement aussi crucial. Les réponses de L’Expansion.com

Quelles sont les missions de la Caisse des dépôts ?

Historiquement, la Caisse des dépôts avait pour mission d’investir sur du long terme et de façon sécurisée l’épargne des Français (le Livret A et l’épargne logement actuellement). Mais avec le temps ce super gestionnaire s’est vu imposer diverses autres missions. Banquier de la sécurité sociale, gestionnaire des régimes de retraites des fonctionnaires, elle est également chargée de financer les programmes de rénovation urbaines et des logements sociaux. Par l’intermédiaire de ses filiales, elle gère aussi un certain nombre d’activités concurrentielles : l’assurances des personnes, le développement des PME. Par exemple, elle détient à 100% le première société au monde de remonte-pentes : la Compagnie des Alpes.

Mais depuis quelques années, la Caisse a encore accentué ses interventions en tant qu’investisseur institutionnel. Qualifiée de véritable fonds souverain de l’Etat français par les opposants à cette transformation, la Caisse des dépôts n’est plus restreinte aux simples missions d’intérêt général.  Elle est ainsi présente dans de nombreuses entreprises du CAC 40. D’Alcatel-Lucent à PSA Peugeot Citroen en passant par Michelin ou encore Dexia (la liste est loin d’être exhaustive), la Caisse des dépôts serait le premier ou deuxième actionnaire d’une entreprise du CAC 40 sur 3.

Comment expliquer ces pertes ?

C’est justement la chute vertigineuse des cours boursiers en 2008 qui serait à l’origine de ces pertes historiques. Des moins values chiffrées à un milliard d’euros par le journal Les Echos. « Si l’on avait appliqué par le passé les normes comptables actuelles, la Caisse aurait assurément été en pertes certaines années, notamment dans les années 1930 », se défend cependant un cadre de l’établissement au quotidien. Et en effet, avec l’obligation comptable de s’en tenir à la valeur actuelle de l’action alors même qu’aucun titre n’a encore été vendu, ces pertes potentielles ne pouvaient être que colossales. (suite…)


[Le Monde Diplomatique – Avril 2009]
Le mal qui ronge la finance dévore à présent l’économie mondiale dont elle a tiré sa substance. Quand une banque s’écroule, une autre la rachète, garantissant ainsi que l’Etat devra la sauver, elle, puisqu’elle devient « too big to fail » (« trop grosse pour faire faillite »). Un peu partout, dans la précipitation et le couteau sur la gorge, le contribuable paie des milliers de milliards de dollars pour secourir les plus grandes institutions financières. Or nul ne sait combien d’« actifs toxiques » demeurent dans leurs entrailles, ni combien il va falloir encore payer pour acquérir la pile montante de leurs créances avariées. Le bilan de la déréglementation financière, le voilà.

Autrefois, le travail de banquier paraissait facile. On évoquait la règle américaine du « 3-6-3 ». Emprunter à 3 %, prêter à 6 %, partir jouer au golf à 3 heures. Maîtriser un tel exercice ne réclamait pas un bataillon de mathématiciens armés de modèles économétriques. Puis vient le tournant des années 1980. La « diversification » s’impose, la « prise de risque », le « décloisonnement », aussi. La loi américaine Glass Steagall de 1933 interdisait aux banques d’investir en Bourse. Semblable vieillerie héritée du New Deal est abolie dans l’allégresse de la nouvelle économie. Modernité oblige, les banques cessent de dépendre de la confiance de leurs épargnants (1).

Sans tarder, elles investissent dans de nouveaux placements — des « dérivés » de produits panachés à partir de créances qu’elles ont elles-mêmes un jour « titrisées »… Autant dire que les banquiers eux-mêmes comprennent à peine de quoi il retourne (un manuel de 150 pages serait parfois requis pour y parvenir), tout en appréciant ce que tant d’innovation leur rapporte. Prêter toujours davantage, dans l’opacité et avec toujours moins de fonds propres, voilà qui est risqué. Mais on vivait alors le temps des bulles, des expansions sans fin, des pyramides financières, des salaires de pharaon, ce qui encourageait de nouvelles fuites en avant (2). Fin 2007, des banques prêtèrent jusqu’à trente fois le montant qu’elles détenaient dans leurs soutes. Des assureurs comme American International Group (AIG) protégeaient leurs parcours de funambules…

Un jour, c’est-à-dire hier, la corde a cassé ; certains débiteurs des banques, ruinés et ne pouvant s’endetter davantage, ont cessé de les rembourser. Or ces dernières étaient fragiles puisqu’il suffisait qu’une fraction infime des emprunts qu’elles avaient consentis deviennent insolvables pour qu’elles fassent elles aussi faillite. Et leurs assureurs avec elles. Dégringolade de l’immobilier, chute de l’activité économique, flambée du chômage : comment les établissements financiers peuvent-ils à présent imaginer qu’ils vont se refaire ? Réponse : l’Etat — dont les commandes ont été parfois livrées à des petits génies en transit entre deux banques — veille sur leur sort.

Il est temps qu’il prenne carrément la direction des opérations. De toute manière, le salut de la finance ne dépend plus d’actionnaires privés, lesquels ne retrouvent des couleurs que quand un gouvernement leur annonce une nouvelle injection de fonds. Hérétique hier, quand même les socialistes français déréglementaient la finance (lire pages 6-7), la solution de la nationalisation des banques devient à ce point évidente — ou la calamité qu’elle empêcherait à ce point menaçante — que des parlementaires républicains la préconisent aux Etats-Unis. Des journaux aussi libéraux que The Economist s’y sont également ralliés (3).

Il paraît toutefois que, sitôt les banques purgées avec l’argent des contribuables, il faudrait les rendre à leurs actionnaires. Faire le ménage, en somme, puis restituer l’appartement à ceux qui l’ont saccagé. Mais pourquoi ? Des systèmes bancaires nationalisés ont impulsé à bon compte des décennies d’expansion. De quel bilan comparable les banques privées peuvent-elles encore se prévaloir ?

Serge Halimi.

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/HALIMI/16971

(1) Lire Ibrahim Warde, « Les assises du système bancaire détruites par la déréglementation », Le Monde diplomatique, janvier 1991 (disponible dans le cédérom du Monde diplomatique.

(2) En 2008, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Lehman Brothers et Bear Stearns ont distribué 20 milliards de dollars de bonus à leurs employés alors qu’elles venaient de perdre 26 milliards de dollars et faisaient appel à l’Etat pour les sauver. A Goldman Sachs, chaque employé reçut une moyenne de 362 000 dollars, salaire compris (The Wall Street Journal, New York, 20 mars 2009.)

(3) Editorial « In knots over nationalisation », The Economist, 28 février 2009


[Gregor Seither – IES Media Service Cooperative – 10.10.2008]
La semaine dernière, Ann Woolner, analyste chez Bloomberg, a fait une déclaration surprenante pour une employée d’un service d’information habituellement fort complaisant avec le capitalisme. Pour un peu, on aurait cru entendre Arlette Laguiller :

Dans cette crise financière, le plan de sauvetage proposé par l’équipe Bush est un véritable coup de pied dans les dents… les cadres de ces institutions financières, ceux qui ont provoqué cette crise, ceux qui ont poussé à la roue avec leur spéculation sans bornes, ceux qui, au minimum, n’ont pas fait leur travail et n’ont rien vu venir… tous ces gens là vont s’en mettre plein les poches avec l’argent du contribuable. Le plan de sauvetage, financé avec notre argent, va leur permettre de se sortir d’affaire et d’emporter avec eux des centaines de millions de dollars. Pendant ce temps là, nous – les pauvres petits contribuables – devons racler le fond de nos poches, mettre en péril nos plans d’avenir, et ceux de nos enfants.. simplement pour réparer leurs erreurs de jugements spectaculaires.

Tous ces champions de la finance, ces génies du capitalisme se sont bien gavés avec l’argent public… en contradiction totale avec leur idéologie « moins d’Etat » affichée toutes ces années.

Ainsi, Stanley O’Neal a reçu un « bonus de départ » de 161 millions de dollars quand il a quitté Merrill Lynch & Co. (vous vous souvenez de Merrill Lynch?), et ce n’était même pas un « parachute doré », juste une « rémunération exceptionnelle ». La société a fait faillitte un mois plus tard.

Angelo Mozilo, qui a mené Countrywide Financial Corp. à la faillite, a engrangé un bénéfice de 122 millions de dollars pour l’année 2007, rien qu’en stock options.

Embauché pendant trois mois à la tête de American International Group Inc., le PDG Robert Willumstad a reçu un « bonus » de 7 millions de dollars quand l’entreprise a mis la clé sous la porte. Pas mal pour trois mois de ‘travail’.

Bien sûr, avec la crise, la valeur du portefeuille de Richard Fuld, chez Lehman Brothers Holdings Inc. a perdu environ 1 milliard de dollars, mais – si l’on en croit un calcul de Fortune magazine – cela ne l’a pas empéché de faire un profit personnel de près de 500 millions de dollars à travers la vente d’actions.

Toujours selon Ann Woolmer, de Bloomberg :

Nous savons aujourd’hui que le prix de vente de ces actions était incroyablement surévalué, vu qu’il reposait sur des contrats subprime. Est-ce qu’il ne faudrait pas demander à Monsieur Fuld de restituer une partie de cet argent ? Ou la totalité de ces profits mal acquis ?

Au moins le gouvernement a t’il bloqué les 24 millions de dollars de « prime de départ » que les PDG de Fannie Mae et Freddie Mac, s’étaient votés juste avant que le gouvernement les nationalise, le mois dernier. « 

Faire cracher aux capitalistes leur argent mal acquis ? Quand on vous disait que Bloomberg s’était converti au bolchevisme pur et dur !!!!

En règle générale, il n’est pas facile de reprendre de l’argent ou des primes octroyées dans le cadre d’un contrat de travail, à moins qu’on ne puisse prouver que, d’une manière ou d’une autre, l’employé n’a pas respecté les termes de son contrat.

Mais cela vaudrait le coup d’essayer, au moins. Voici les options disponibles.

Jetons-les en prison. Si une enquête criminelle est dilligentée, le gouvernement peut saisir les sommes mal-acquises. Coupons les sangles des parachutes dorés et attrapons ces spéculateurs qui ont volé notre argent. Saisissons leurs comptes en banque, leurs investissements, leurs résidences secondaires, leurs avions privés et leurs yachts.

En juin dernier, la police fédérale a lancé un certain nombre de mandats d’arrêt contre des cadres de Bear Stearns Cos. et de gestionnaires de « hedge funds ». Fin octobre, le directeur du FBI, Robert Mueller a déclaré devant le Congrès des USA que son agence poursuiverait les responsables de cette débacle « aussi haut que nécessaire dans la hiérarchie ». Le problème est qu’il n’est jamais facile d’établir la preuve que les cadres supérieurs ont menti sciemment… les exemples Enron et WorldCom sont là pour nous le rappeler.

Bien sûr, il y a toujours la possibilité d’actions en justice de la part des actionnaires individuels.

Dans le cas de la faillite de WorldCom, les actionnaires ont gagné en justice contre la direction de l’entreprise et obtenu le remboursement de 18 millions de dollars de primes et bonus que les PDG s’étaient octroyés avant la chute. La direction de WorldCom a été obligée de réserver 20% de sa valeur nette pour le remboursement des actionnaires floués. A l’époque, les assurances des différents directeurs ont également dû verser un total de 36 millions de dollars en dédommagement aux actionnaires. Bon, de nos jours, bien sûr, demander à un assureur de payer le dédommagement n’est pas une très bonne idée. D’autant plus que, si c’est l’assureur AIG qui gérait ces contrats, ce serait encore une fois le contribuable qui paierait la note.

Chez UnitedHealth Group Inc., William McGuire, ancien PDG, a du prélever 30 millions de dollars sur ses fonds propres pour dédommager des actionnaires floués par une opération d’anti-datage de stock-options. Ce n’est qu’une partie des remboursements : dans un autre procès, McGuire a été obligé de restituer 600 millions de profits en stock options obtenues de manière frauduleuse. (…)


[Bill Bonner – Chronique Agora – 24/08/2008]

DES GENS RAISONNABLES PEUVENT-ILS CHANGER LE COURS DE L’HISTOIRE ?

Nous sommes sur le point d’assister à un drame gigantesque — un drame qui déterminera, en fin de compte, le destin des Etats-Unis d’Amérique… et de toute la race humaine.

Devant nous se trouve un danger clair et présent. Cela ne fait aucun doute. Quiconque se donne la peine de regarder le verra. Si nous ne faisons rien pour nous en protéger, les résultats seront soit désastreux soit fatals… nous ne savons pas lequel.

Cette semaine, le film d’Addison WIGGEN, I.O.U.S.A., sort en salles aux Etats-Unis. Ce n’est pas simplement un documentaire… c’est aussi une expression de l’espoir que nous plaçons dans l’espèce humaine. La question posée — le véritable thème de ce drame monumental — c’est de savoir si un groupe de gens peut changer le cours de l’histoire.

Vous voyez, cher lecteur, les Etats-Unis sont dans le pétrin. Rien d’inhabituel à ça — les pays se transforment en empires (quand ils n’ont pas de chance)… puis ils s’endettent trop… ils dépensent trop… ils en font trop. Selon l’ancien président de la cour des comptes américaine — et la star d’I.O.U.S.A — David Walker, les Etats-Unis étaient sous l’eau à hauteur de plus de 50 000 milliards de dollars en 2007. A moins d’agir rapidement, le pays va faire faillite.

Tout le monde sait que c’est vrai. Mais jusqu’à présent, rien n’a été fait pour corriger la situation. Trop de gens occupent trop de position au pouvoir — y compris le lumpen-électeur lui-même — et ont trop de raisons de vouloir que le système ne change pas. Ces gens obtiennent quelque chose en l’échange de rien — et espèrent reporter les coûts sur la génération qui les suit. Mais si les dépenses continuent de s’accumuler… toute la montagne de dettes va s’écrouler.

* Votre correspondant est fier d’avoir contribué à ce film. A l’origine, il était basé sur un livre que nous avons écrit avec Addison, L’Empire des Dettes. (…) Dans le film, nous soulignons que les empires en font toujours trop… et s’effondrent toujours. En regardant l’histoire, nous voyons que les choses se déroulent généralement sous forme de tragédie — souvent accompagnée par la défaite sur le champ de bataille et la faillite nationale. Néanmoins, la Fondation Peterson dépense un milliard de dollars, selon les articles de presse, pour donner la version Made in USA de cette antique fable, avec un happy end. Si on peut faire comprendre le problème aux gens, ils feront ce que qu’il faut… ou du moins c’est ce qu’on croit.

* Et voilà donc la question : est-ce que des gens doués de bon sens et pleins de bonnes intentions peuvent vraiment changer le cours de l’histoire ? Est-ce ainsi que les choses fonctionnent ?…

* Nous verrons, cher lecteur… nous verrons.

** Pendant ce temps à Lindau, en Allemagne, un groupe de 14 lauréats du Prix Nobel s’est rassemblé pour discuter des problèmes de la planète. Myron Scholes, qui a gagné son Nobel pour son travail sur l’évaluation des produits dérivés, a déclaré que la crise financière « n’est pas terminée, et je ne suis pas certain exactement du moment où elle prendra fin ». Il y aura « beaucoup de faillites d’entreprises », a-t-il continué.

* Joseph Stieglitz a décrit la cause du problème comme « une défaillance massive des cerveaux de l’économie ».

* Personne n’a été assez impoli pour mentionner que bon nombre des plus grands cerveaux étaient dans la pièce… et qu’ils avaient créé bon nombre des plus grandes folies de la bulle.


Le Wall Street Journal, bible des néo-cons, anti-Etat, anti-Impots, fanatique de la privatisation, du risque, de la « Main Invisible » découvre soudain les bons côtés du « Socialisme Honnète »…

Chers __tribuables, on vous prend vraiment pour des cons…

[Le Monde – 14/07/2008]

(…)

Après l’intervention de la Fed, en mars, destinée à empêcher la banqueroute de la banque d’affaires Bear Stearns, et les décisions annoncées dimanche par le Trésor américain concernant Fannie et Freddie, un débat s’engage maintenant aux Etats-Unis sur une réévaluation du rôle de l’Etat dans l’économie. Dès vendredi soir, Jan Hatzius, économiste en chef de Goldman Sachs, laissait entendre qu’une nationalisation en dernier recours n’aurait rien d’effrayant.

Samedi, dans un éditorial très remarqué et inhabituel, le quotidien new-yorkais des affaires The Wall Street Journal appelait lui aussi l’Etat à injecter des fonds et se porter au secours de Fannie Mae et Freddie Mac. Ces organismes se trouvent depuis longtemps au centre de vives critiques de la part des médias américains et des parlementaires. Pour l’opacité de leur gestion, d’abord. Pour, aussi, les relations très proches qu’ils entretiennent avec les plus hautes sphères de l’Etat, républicains et démocrates confondus, dont ils ont embauché régulièrement nombre de figures. Ainsi Frederic Malek, un ami de longue date de la famille Bush et ancien partenaire en affaires de l’actuel président, est-il membre du conseil d’administration de Fannie Mae.

« Nous ne sommes pas devenus socialistes, écrivait le quotidien financier. Mais le contribuable doit comprendre que Fannie et Freddie pratiquent déjà le socialisme, et le plus malhonnête qui soit. Leurs profits sont privatisés et leurs risques socialisés. Nous proposons une forme plus honnête de socialisme, avec une perspective de réforme de long terme. »

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/14/washington-vole-au-secours-du-systeme-financier_1073067_0.html


NOUVEL AVIS DE CATASTROPHE… PAS NATURELLE ?

[La Chronique Agora – 25/06/2008]

(…) Un an plus tard, il ne se passe pas une semaine sans que des rumeurs de fermeture de fonds ou de reprises d’actifs dans les bilans — comprenez, le remboursement d’une partie de leur argent à de gros clients qui sans cela auraient tout perdu — ne circulent dans les salles de marché.

Aujourd’hui, ce sont les fonds souverains qui détiennent les cordons de la bourse planétaire. Et eux, ils n’ont pas besoin de s’endetter pour prendre possession — comme on assemble patiemment un puzzle — des vaisseaux amiraux de la finance internationale et pour décider du destin de millions de clients probablement pour des décennies.

Il leur suffit d’attendre la prochaine vague de dépréciations d’actifs et surtout l’éclatement au grand jour de la bulle des CDS. A ce propos, selon le Financial Times, généralement bien informé, les monoliners Ambac, FGIC et MBIA seraient en train de négocier rien moins que l’annulation de 125 milliards de dollars de contrats d’assurance (CDS) couvrant des CDO (paquets de dettes synthétiques constitués de tous les dérivés de crédit à haut risque imaginables).

Pour rendre cette affaire plus parlante, imaginez qu’au lendemain du passage de l’ouragan Katrina fin août 2006, les principaux assureurs de la Nouvelle-Orléans aient demandé aux habitants des quartiers inondés de renoncer volontairement au versement des primes prévues en cas de rupture des digues, au motif que si chacun réclame son dû, les rehausseurs de crédit devront mettre la clé sous la porte… et si un tel cas de figure survenait, plus personne ne toucherait un seul centime dans tout le pays en cas d’accident de voiture, de vol ou d’incendie.

Les Etats-Unis — et de nombreux pays — disposent d’une parade pour sauver les réassureurs et, par ricochet, la confiance dans le système : elle consiste à décréter l’état de catastrophe naturelle dans les zones les plus gravement sinistrées.  C’est la solidarité nationale — le budget de la nation — qui se substitue aux entreprises privées… et personne n’y trouve rien à redire car il y va du salut de dizaines, voir de centaines de milliers d’individus.

Dans le cas de négociations visant à soulager les monoliners du fardeau des CDS, il s’agirait d’épargner à de richissimes institutions financières — ayant mal calculé leurs risques — la pénible obligation de verser des sommes colossales à leurs richissimes clients. Clients qui auraient abusé leur confiance avec la complicité des agences de rating qui notaient triple A des lingots de plomb recouverts d’une mince pellicule d’or fin.

De nombreux observateurs s’étonnent que les monoliners n’aient pas eu la tentation de gratter un peu la surface alors que les masses d’or qu’ils s’engageaient à couvrir représentaient symboliquement plusieurs fois la quantité extraite sur la planète Terre depuis les premiers pharaons d’Egypte. Ils ont assuré des pyramides de dettes plus imposantes que celle de Kheops alors que la totalité des stocks d’or connus représenterait l’équivalent des 15 derniers mètres de l’édifice !

Faut-il leur pardonner un tel aveuglement au nom de l’aléa moral sous prétexte que leur faillite entraînera celle d’une cascade d’autres institutions financières, dans le cadre d’une spirale qui ne serait pas sans rappeler la crise de 1929 ?

Pensez-vous que la Fed puisse sortir de son chapeau un nouveau décret de « catastrophe pas naturelle » sur le modèle de Bear Stearns ou de Northern Rock ? Pourra-t-elle faire jouer la solidarité, c’est-à-dire en appeler au contribuable ? N’oublions pas que nombre d’entre eux sont sous le coup d’une expulsion ou d’une saisie — sans état d’âme — ordonnée par ceux-là même qui les appelleraient maintenant à la rescousse…

Et tout ceci au nom de la sauvegarde du libéralisme et de la prétendue capacité des marchés à déterminer la juste valeur des actifs ainsi que la meilleure estimation des risques !

Beaucoup doutent à présent de la possibilité d’une telle issue… et il serait imprudent de miser sur l’altruisme des fonds souverains. Les choses pourraient donc rapidement mal tourner et cela se paye cash.

http://www.la-chronique-agora.com

 


[La chronique Agora – 27/05/2008]

Le Financial Times rapportait hier que selon Greenspan, il « y a toujours plus de 50% de probabilité de récession ».   Warren Buffett, de son côté, affirme que la récession est déjà une réalité. Et selon lui, elle sera « plus longue et plus profonde que le pensent les gens ».

* Pour les anciens, la définition d’une récession, c’était « quand votre voisin perd son emploi ». Lorsque vous perdez votre emploi, c’est une dépression. Combien de gens ont perdu leur poste dans le ralentissement actuel ? Pour une réponse à cette question, nous nous tournons vers ceux qui nous donnent les chiffres officiels de l’inflation — les apparatchiks du département du Travail US. C’est toute une histoire… et nous laissons Dana Samuelson, de Danagold, la raconter :

L’individu moyen juge une récession essentiellement par l’emploi. Si des postes sont disponibles, l’économie se tient. Si les emplois sont rares, l’économie va mal. Selon ce critère, l’économie américaine lutte vraiment, la main d’oeuvre étant en baisse sur chacun des quatre premiers mois de l’année.

Mais les gros titres, une fois encore, ne reflètent pas la réalité vécue par les Américains. A 5,0% en avril, en baisse par rapport à 5,1% en mars, le taux de chômage du Bureau US des statistiques de l’emploi est relativement bas selon les standards historiques.

Cependant, le nombre d’Américains sans emploi mais en âge de travailler — c’est-à-dire d’hommes âgés de 24 à 54 ans — est historiquement haut, à 13,1%. La plupart de ces gens ne sont pas qualifiés de chômeurs ; pourtant, ils sont sans emploi ».

« Pourquoi ces travailleurs potentiels n’apparaissent-ils pas dans les statistiques officielles ? En grande partie parce que la définition gouvernementale du chômage ne comprend que les gens qui n’ont pas d’emploi, ont cherché activement un poste durant les quatre semaines précédant l’enquête et sont actuellement disponibles.

Elle ne tient pas compte des personnes travaillant en indépendant et ne trouvant pas assez de contrats, des personnes qui travaillent à temps partiel ou seulement à la commission, et des personnes sous-employées (comme les agents immobiliers travaillant comme serveurs ou les courtiers en prêts hypothécaires transformés en caissiers de supermarchés).

Elle ne compte pas non plus ceux qui ont simplement abandonné la recherche d’emploi — une catégorie connue sous le nom de ‘travailleurs découragés’, que l’on définit comme des gens qui ne cherchent pas pour l’instant spécifiquement parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas d’emploi disponible pour eux.

Certains analystes affirment que cette catégorie bien particulière de chômeurs américains — qui pensent que leurs perspectives sont de plus en plus moroses, mais qui ne figurent même pas dans les calculs du taux de chômage — représente la triste situation de la main d’oeuvre du pays.

Selon les statistiques calculées par John Williams — une des principales sources de données économiques objectives — si l’on tenait compte des ‘travailleurs découragés’, le véritable taux de chômage d’avril est passé à 13,1%, en hausse par rapport aux 13,0% de mars. Voilà qui est récessionniste ! »

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html


[Addison Wiggin – Chronique Agora – 27/05/2008]

(Extrait du livre d’Addison Wiggin, Le Déclin du Dollar)

Une récession est un recul, un déclin du PIB, de l’emploi et du commerce. Il n’est pas étonnant de voir que la plupart des gens considèrent de telles forces économiques en termes de pertes d’emploi, ce qui n’est qu’un seul aspect de l’ensemble du tableau. Mais tout comme la récession a une signification large, il en va de même pour la reprise.

Par le passé, les récessions américaines résultaient d’une politique monétaire et de crédit stricte. Cela se traduisait par des difficultés à obtenir des prêts (surtout pour les propriétaires immobiliers et les petites entreprises). Un des symptômes d’une récession, c’était qu’on entendait les gens dire que leurs finances étaient « un peu justes ».

On entend rarement ce genre de choses actuellement. Pourquoi ? Parce que l’argent n’est plus « juste » de nos jours ; il a simplement de moins en moins de valeur. Les récessions à l’ancienne, et la politique monétaire stricte qui allait avec, forçaient les consommateurs et les entreprises à réduire leurs excès d’emprunts et de dépenses — ils devaient se serrer la ceinture. Ce changement de comportement finissait par rééquilibrer l’économie et le système financier. Moins recourir au crédit lors d’une récession est une forme de diète économique. Il faut maigrir, suite au resserrement monétaire, de manière à ce que l’économie puisse à nouveau entrer dans les pantalons moulants qu’elle portait l’été précédent. La plupart d’entre nous savent exactement ce que c’est, et ce que cela signifie.

Quelque chose a changé aux Etats-Unis. L’économie du pays est frappée d’obésité morbide, et ses citoyens ont abandonné depuis longtemps tout désir de perdre du poids. Ils achètent simplement des espérances de plus en plus grosses. Ils vivent dans une bulle.

Lorsque nous intervenons lors de conférences et parlons aux gens un peu partout aux Etats-Unis, nous sommes souvent surpris par le peu de connaissance qu’ils ont sur l’argent qu’ils mettent dans leur portefeuille. Depuis 1913 et l’approbation du Federal Reserve Act, le gouvernement fédéral a cédé à des intérêts privés le pouvoir sur l’argent qui lui a été expressément attribué par la Constitution. L’article I de la Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de battre monnaie et d’en réguler la valeur. Mais ce pouvoir a été délégué à la Fed, qui est, dans les faits, un cartel bancaire et ne fait pas partie du Congrès. Il ne s’agit pas là de politique ou d’économie ennuyeuse. En permettant à la Fed d’avoir ce pouvoir, les citoyens n’ont plus voix directe sur la manière dont la politique monétaire est décidée — non que cela soit très utile, de toute façon. La perte de l’argent sain — de l’argent adossé à un actif tangible, plutôt qu’à un procédé gouvernemental — est le déséquilibre principal affligeant le dollar.

Les passages du pic au gouffre constatés lors de récessions passées prouvent cet argument : les Etats-Unis ont modifié leur manière de prendre et perdre du poids économique, et ils ne retrouvent pas la santé comme avant ; quelque chose a radicalement changé et — comme dans des sables mouvants — le pays s’enfonce peu à peu.

Voilà pourquoi la crise du dollar est invisible. Personne ne veut vraiment s’y intéresser, et la Fed permet de l’ignorer en déclarant que tout va bien. Tant que les sociétés de cartes de crédit continuent de distribuer leurs rectangles de plastique et d’augmenter les plafonds des cartes, pourquoi s’inquiéter ? Voilà qui définit en une phrase le problème économique qui sous-tend l’effondrement du billet vert.

Un économiste balaierait ces changements d’un revers de la main, décrétant qu’ils sont cycliques, ou qu’il s’agit tout simplement du signe que, lors de la dernière reprise, la balance a penché du côté de la consommation — ce qui affecte l’issue du problème. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Si nous ne sommes plus prêts à accepter un resserrement monétaire comme une réalité indissociable de la partie baissière du cycle économique, comment pouvons-nous maintenir une croissance économique ? Combien en faudra-t-il ? Et que se passera-t-il lorsque les excès de dettes et de crédit, apparemment infinis, finiront par rattraper les Etats-Unis ?

(*) Addison Wiggin est le Directeur du Daily Reckoning, l’équivalent américain de La Chronique Agora. Mr Wiggin étudie, commente et écrit sur les marchés depuis plus de dix ans. Avec un master de philosophie de l’université de St John, il adopte un point de vue global et contrarien sur les marchés américains et mondiaux.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/AddisonWiggin.html


[La Chronique Agora – 20/05/2008]

Les derniers vendeurs sont en train de se faire lessiver — voilà une des rumeurs récurrentes depuis la publication des faux chiffres de l’inflation aux Etats-Unis mercredi dernier. Il s’agit de l’une des plus stupéfiantes opérations de falsification de l’indice des prix et de travestissement — à la soviétique — de la réalité économique de ces dernières années. Ce mensonge va cependant faire économiser des centaines de milliards de dollars à l’administration Bush d’ici les élections de novembre puisque ni les salaires ni les pensions de retraite ne seront revalorisés pour compenser l’effondrement bien réel du pouvoir d’achat.

Wall Street se réjouit bruyamment, avec en filigrane le même souci de véracité qui prévalait lors de la parution des comptes trafiqués d’Enron ou de Worldcom au début du XXIème siècle. Les initiés savaient que tout était faux mais ils savaient que les non-initiés — qui se ruaient vers la bourse les yeux fermés et le portefeuille grand ouvert — n’attendaient qu’un prétexte pour miser sur un avenir radieux.

Et ceux qui, hier, se préparaient à terminer les baissiers à coups de talon rageurs ont profité d’une statistique parfaitement anodine pour leur administrer le coup de grâce !

Ils ont feint de s’enthousiasmer sans retenue pour le rebond de 0,1% l’indice avancé des indicateurs économiques américains publié par le Conference Board. Compte tenu de la marge d’incertitude des modes de calculs hédonistes, ce tout petit 0,1% aurait aussi bien pu ne pas exister ou se transformer en -0,1% — qui aurait entériné un sixième mois consécutif de repli.

Vous nous objecterez que la marge d’incertitude aurait pu jouer à la hausse et déboucher sur une avance de 0,3%… soit ! Mais certains auraient eu des doutes — « trop beau pour être vrai » — et, de toute façon, il était prévu que Wall Street grimperait fortement hier alors que le week-end ne s’était achevé sur aucune mauvaise surprise géopolitique.

Nous sommes convaincus qu’en l’état actuel du rapport de force — totalement déséquilibré au profit des bulls, au détriment des bears — et deux mois jour pour jour après les planchers indiciels des 17 et 20 mars derniers, n’importe quelle justification saugrenue incitant à acheter du papier pouvait faire l’affaire. Le moment de tondre le troupeau, devenu majoritairement haussier, ne devrait plus tarder.

(…)

A tous ceux qui se laisseraient séduire par le climat de béatitude boursière actuelle, nous rappelons que la crise des subprime aux Etats-Unis est certes due à des excès d’avidité et d’aveuglement de nombreux intermédiaires financiers mais que cela ne retire rien au fait que l’épine qui a provoqué l’éclatement de la bulle immobilière à l’automne 2006, est l’envol du prix des carburants. Cet envol a eu une double conséquence destructrice : le début du cycle de resserrement des taux initié début 2005 — qui a renchéri le coût du crédit immobilier sans freiner la hausse des carburants — et l’érosion de plus en plus douloureuse du pouvoir d’achat des ménages américains. (suite…)


Le coût de la crise financière proche de 1 000 milliards de dollars, selon le FMI

[Le Monde – 08/04/2008]

Le Fonds monétaire international (FMI) a chiffré, mardi 8 avril, à 945 milliards de dollars (plus de 600 milliards d’euros) le coût de la crise financière actuelle pour le système financier mondial, dont 565 milliards générés par l’exposition des banques au secteur des « subprimes » (prêts immobiliers à risque).

« La crise a dépassé les confins du marché américain du subprime, pour toucher concrètement les principaux marchés immobiliers d’entreprise et d’habitation, le crédit à la consommation et le crédit aux entreprises« , a expliqué le FMI, dans son rapport semestriel sur la stabilité financière dans le monde.

C’est la première fois que l’institution financière internationale livre officiellement une estimation chiffrée des pertes globales des banques et autres établissements financiers dans cette crise née aux Etats-Unis. Mi-février, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, avait fait état d’estimations du Fonds évaluant à 400 milliards de dollars les pertes liées à la crise du crédit hypothécaire à risque américain. C’est ce chiffre qui ressort aujourd’hui, actualisé à 565 milliards de dollars. Le montant de 945 milliards de dollars inclut « d’autres catégories de prêts et de titres initiés ou émis aux Etats-Unis et se rapportant à l’immobilier commercial et au crédit à la consommation et aux entreprises », a précisé le Fonds dans ce rapport inhabituellement précis et sévère.

Le FMI et la Banque mondiale tiennent leurs assemblées de printemps les 12 et 13 avril à Washington, où ils examineront les développements de la crise financière. Lors de sa dernière assemblée, en octobre, le Fonds avait essuyé les critiques de plusieurs pays émergents, qui lui avaient reproché de n’avoir pas su anticiper la crise du crédit, apparue dans un pays riche, et d’en traiter les effets avec complaisance. « Le Fonds n’a pas eu grand chose à dire de constructif sur cette crise et a été très prudent dans ses recommandations et justifie cette prudence en arguant du caractère inédit des problèmes », avait notamment jugé le ministre des finances brésilien, Guido Mantega.

Mi-décembre, le nouveau directeur général de l’institution, Dominique Strauss-Kahn, avait annoncé une reprise en main du dossier. « Les événements survenus récemment sur le marché du crédit des pays développés ont montré que la stabilité financière nationale et internationale ne devait pas être considérée comme acquise », expliquait alors le FMI dans un nouveau programme de travail, dont l’échéance correspond à l’assemblée de printemps.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/04/08/le-cout-de-la-crise-financiere-se-rapproche-des-1-000-milliards-de-dollars-selon-le-fmi_1032439_3234.html


Et oui, comme toutes les croyances religieuses (et le mythe de la « main invisible du marché » n’est pas moins religieux que l’immaculée conception ou la réincarnation du Buddha), le capitalisme jette sa foi aux orties quand la crise survient, et court se réfugier dans les jupes de son vieil ennemi, l’Etat.

La prochaine fois qu’un néo-libéral vous chantera les louanges du marché, répondez-lui « subprime »…

[Check List du « Monde » – 08/04/2008]
Il faut agir. Agir avec force. Etre déterminé… Tous les analystes sont d’accord sur ce point et les exhortations se multiplient. Dans le FT (http://www.ft.com/cms/s/0/5196933c-0410-11dd-b28b-000077b07658.html) hier, M. Strauss-Khan souhaitait une action globale des gouvernement dans le secteur bancaire, l’immobilier et celui des marchés d’actions, en appui des politiques monétaires et fiscales.

Aujourd’hui, c’est un conseiller économique de l’UBS, George Magnus, qui demande une vaste intervention publique (FT) (http://www.ft.com/cms/s/0/ea24116c-04ae-11dd-a2f0-000077b07658.html). Cet appel à l’action publique est inhabituel.

En temps normal, les acteurs financiers préfèrent que les pouvoirs publics évitent de légiférer pour encadrer leur activité et préfèrent laisser « la main invisible » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Main_invisible) s’occuper de rétablir l’ordre sur les marchés. Mais cette fois, les répercussions de la crise se feront sentir longtemps.

El Pais (http://www.elpais.com/articulo/economia/Banco/Espana/augura/problemas/banca/crisis/prolonga/elpepueco/20080408elpepieco_2/Tes) rapporte ainsi que, selon l’institut d’émission et la banque BBVA, le secteur financier espagnol, ceux de la construction et de l’emploi vont pâtir de la crise des subprimes en 2009.

Certaines voix dissonantes se font toutefois entendre et mettent en garde contre un interventionnisme trop important des banques centrales (The Guardian) (http://www.guardian.co.uk/business/2008/apr/08/creditcrunch.globaleconomy).


Quiconque a connu les années 1970 ne s’étonnera pas de cette information. Les groupuscules d’extrème droite étaient les enfants chéris du CNPF, qui voyait des bolcheviques partout… Occident et Ordre Nouveau ratonnaient régulièrement des syndicalistes. Et « seuls quelques naifs » croient que les choses ont changé.

L’UIMM aurait financé l’extrême droite étudiante en 1974

[NOUVELOBS.COM | 04.03.2008]

L’organisation patronale aurait notamment versé des fonds en liquide aux colleurs d’affiches du GUD dans le cadre de la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing, en 1974. Les groupuscules Occident et Ordre Nouveau seraient également concernés.

Selon une information révélée par le Figaro, mardi 4 mars, une partie des fonds secrets de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) pourrait avoir transité, dans les années 70, par des mouvements étudiants d’extrême droite, Occident, Ordre Nouveau et le GUD (Groupe Union Droit devenu Groupe Union Défense). Le quotidien révèle que ce dernier aurait notamment reçu des enveloppes d’argent liquide pour payer des colleurs d’affiches durant la campagne de 1974, ce qui aurait indirectement servi l’élection de Valéry Giscard d’Estaing.

Cette théorie est née le 13 février dernier lors de l’audition du délégué général adjoint de l’UIMM, Dominique de Calan, mis en examen dans le cadre de l’enquête sur les caisses noires de l’organisation patronale. Face aux enquêteurs de la brigade financière, Dominique de Calan avait évoqué des « organismes universitaires » qui auraient bénéficié des fonds en liquide distribués par l’UIMM.

« Seuls quelques naïfs… »

Le juge Roger Le Loire, en charge de l’instruction, a donc décidé de convoquer, à titre de témoin, Yves Bertrand, directeur central des Renseignements généraux (RG) entre 1992 et 2004, explique le Figaro.

Dans son livre « Je ne sais rien mais je dirai presque tout », sorti à la rentrée 2007, cet ancien policier affirme que « seuls quelques naïfs croient encore que Giscard a pu mener campagne, en 1974, avec les maigres moyens des Républicains indépendants : sa logistique, son service d’ordre, ce sont les “petits gars” d’Ordre nouveau qui les ont assurés, grâce aux enveloppes en liquide de l’Union des industries métallurgiques et minières, la fameuse UIMM, dont la gauche ne s’est jamais privée de rappeler qu’elle descendait de l’ancien Comité des forges, le bastion des 200 familles ».

Interrogé lundi soir par le Figaro, l’ancien directeur des RG va encore plus loin. « Ce que j’ai écrit pour VGE est valable pour toute la classe politique. Le patronat saupoudrait tous ceux qui pouvaient avoir une responsabilité locale ou nationale », assure-t-il.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/economie/20080304.OBS3380/luimm_aurait_finance_lextreme_droite_etudiante_en_1974.html


Dites donc, les électeurs de l’UMP, là. Vous êtes contents de votre mec ? Vous qui avez toujours à la bouche les mots « grandeur » et « France », ça vous plait d’être représentés par un psychopathe complexé, tout droit sorti de « La Vérité Si Je Mens » ?

« Regarde Maman, j’ai un grosse Rolex en or ! », « Regarde Maman, je suis sur la photo avec George Bush ! », « Regarde Maman, je suis le Président ! », « Regarde Maman, je fais des fêtes au Fouquets avec les riches ! », « Regarde Maman, je me tape des top-models ! », « Regarde Maman, je suis entré dans le club mondial des grands séducteurs »…. ça y est, la France ressemble enfin à sa caricature !

Pour citer le journaliste Mikael Levinstein : « C’est ça le vrai bling-bling de Sarkozy. Il n’a pas envie « d’être », il lui suffit de « paraître »… et malheureusement, un an après son élection, la politique de Sarkozy relève du même accabit. Une politique en toc, du faux plaqué or comme les bijoux qu’on te vend à Barbès, de la réussite par procuration, de la célébrité par association, de l’agitation, pas de l’action… voilà le gouvernement de la France d’aujourd’hui. Il y a déjà eu des gouvernements comme ça en France… sous Louis-Philippe. On sait comment cela s’est terminé. »

[Emmanuel Ratier – Faits et Documents n° 248 – Janvier 2008 ]

Du Fouquet’s à Disneyland, des vacances chypriotes sur un yacht de Vincent Bolloré à la fin d’année égyptienne (avec un avion toujours fourni par Bolloré), de Rachida Dati à Rama Yade, de Cécilia Sarközy à Carla Bruni, des Rolex ostentatoires aux Rayban, c’est la sous-culture « bling bling » (luxe, marques, paillettes), popularisée par les rappeurs américains, qui triomphe au sommet de l’Etat. Un Etat au service de la finance internationale et cosmopolite. Carla Bruni, nouvelle compagne du chef de l’Etat, en est le parfait exemple. Cette riche héritière, n’ayant ni morale ni valeurs, a collectionné les hommes qu’elle jette ensuite comme des Kleenex. Egérie de la gauche-caviar, elle signait encore tout dernièrement la pétition contre le pseudo « fichage ADN ». Le mariage serait prévu le 9 février (selon Le Journal du dimanche, 6 janvier 2008). Une dangereuse dérive qui illustre parfaitement la décadence française.

« Vous avez adoré Grâce Kelly à Monaco, vous adorerez Carla Bruni à l’Elysée (Le Journal du dimanche, 6 janvier 2008). » Nicolas Sarközy a rencontré Carla Bruni, un soir, le 17 novembre, chez Jacques Séguela, le publicitaire qui soufflait aux oreilles de François Mitterrand. Elle y était arrivée avec Denis Olivennes, patron de la Fnac et animateur des réseaux fabiusiens.

Depuis, les tourtereaux ne se quittent plus, avec une première escapade quasi-officielle à Disneyland, immortalisée par des paparazzi complices convoqués pour l’événement. Suivie d’un réveillon à Louxor, toujours avec les photographes. Pour la presse britannique, moins soumise aux pressions que la presse française, le président l’aurait déjà demandée en mariage. Et Gala d’évoquer un futur possible « mariage de la décennie » et d’ajouter que Nicolas Sarközy « a l’impression d’entrer dans le club mondial des grands séducteurs ». Il lui aurait offert un portable à usage unique, étant le seul à l’appeler dessus.

Carla Bruni-Tedeschi est née le 23 décembre 1968 à Turin. Elle a une soeur, Valéria Bruni- Tedeschi, qui est actrice et réalisatrice (Il est plus facile pour un chameau…, Actrices, sorti ces jours derniers et où joue son compagnon, Louis Garrel).

Interrogée par ITV, cette dernière déclare : « J’ai eu une éducation catholique, mais Tedeschi est un nom juif d’Italie du Nord. Mon grand-père paternel s’est converti pendant la guerre, a épousé une catholique, ce qui lui a valu d’être mis au ban par la communauté juive de Turin. J’ai mis très longtemps à l’accepter, comme si j’avais hérité de sa faute. Même si ma famille n’a pas été déportée, je me sens très proche du désarroi de cette communauté. Aussi, mon personnage de Sarah (dans un film qu’elle tournait) résonne-t-il par rapport à mon histoire, comme si moi aussi je portais un passé trop lourd pour moi. »

La famille Tedeschi, que Le Parisien (30 décembre 2007) ose qualifier de « famille de la Vieille Europe », s’est donc convertie à la grande époque du fascisme dans l’Italie de Benito Mussolini. Ce qui rapproche son histoire de celle de Cécilia Ciganer-Albeniz (cf F&D 243 et 244). Son frère, Virginio, un marin réputé (trois tours du monde dans les deux sens), est décédé le 4 juillet 2006 à 46 ans des suites d’une longue maladie. Une fondation (dotée d’environ 20 millions d’euros) a été créée pour honorer sa mémoire. Son père, Alberto Bruni-Tedeschi (décédé en 1996) avait repris l’affaire familiale, le groupe turinois CEAT, spécialisé dans les câbles électriques et les pneus, tout en étant, à ses moments perdus, un compositeur dodécaphonique respecté (encore un point de ressemblance avec Cécilia ex-Sarközy). Il développa largement l’entreprise et en fera l’un des fleurons de l’industrie italienne.

Son père cumulait donc une profession honorable et une passion extrême pour la musique, ayant été élevé dans le culte de Richard Wagner et d’Alban Berg. Son premier opéra, Villon, composé à 25 ans, sera joué par les plus grands chefs. Il sera même un temps directeur artistique du Théâtre Regio de Turin entre 1959 et 1971.

Sa mère, Marisa Borini, est pianiste professionnelle. « Les plus grands artistes fréquentent leur palais. La Callas et Karajan dînent au Castagnetto, leur résidence du Piémont (Le Parisien, 30 décembre 2007). » Elle accompagnera Nicolas Sarközy en décembre lors de sa rencontre avec Benoît XVI mais n’obtiendra pas, comme elle l’espérait, le droit de le rencontrer.

Mais, c’est le grand père, Virginio Tedeschi, juif piémontais (lui aussi très grand mélomane, comme ancien élève d’Edgar Varèse), qui est bien à l’origine de la fortune de la famille, l’entreprise n’ayant jamais eu de problème durant le Ventennio et ayant participé efficacement à l’effort de guerre italien à partir de 1940. Un épisode peu souligné aujourd’hui. (suite…)


La crise est dans la capitalisme comme l’orage est dans la nuée (pour paraphraser Jaurès)… A ce titre la caricature ci-dessous résume à merveille toute l’affaire…

Le plus grand désastre depuis 1929

[Steven Pearlstein, Washington Post, 5 décembre 2007 – traduction ContreInfo]

« Si tout ceci ressemble à un château de cartes, c’est bien parce que c’en est un. Et il va s’effondrer, avec de sérieuses conséquences non seulement pour les banques et les investisseurs, mais aussi pour l’économie dans son ensemble. »

Selon le journaliste écossais Charles Mackay, les hommes deviennent fous en masse, mais retrouvent la raison un par un.

Nous en sommes seulement au début du processus qui verra le monde financier retrouver la raison après l’éclatement de la plus grande bulle du crédit que le monde ait connue.

Tout le monde semble admettre maintenant qu’il y aura de nombreux emprunts impayés et que le prix des logements va chuter nationalement pour la première fois depuis la grande dépression. Des prêteurs et des fonds d’investissement sont en faillite, et les banques ont procédé à de douloureuses dépréciations et viré leurs directeurs. Il y a également un large consensus sur le fait qu’une récession est à l’horizon.

Mais croyez moi, nous n’avons encore rien vu.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que, contrairement à ce que vous avez entendu le président Bush déclarer, il ne s’agit pas uniquement d’une crise de l’immobilier et des emprunts hypothécaires. Les géants financiers qui ont créé, packagé, noté et assuré tous ces emprunts subprimes, sont les mêmes, administrés par les mêmes dirigeants, touchant les mêmes primes, utilisant les mêmes techniques financières et de gestion du risque, que ceux qui ont créé, packagé, noté et assuré les emprunts du secteur de l’immobilier d’entreprise, des crédits de cartes de paiement et des crédits finançant le rachat d’entreprises.

Il est très peu vraisemblable que ces établissements aient fait un meilleur travail dans ces autres secteurs que dans celui des emprunts hypothécaires. Mais l’étendue de leurs erreurs de jugement ne sera révélée que lorsque l’économie ralentira – ce qu’elle va sûrement faire.

Au cœur de ce désastre en cours, se trouvent les Collateralized Debt Obligation (CDO) (produits obligataires structurés) qui ont été à l’origine du boom dans l’immobilier et le crédit au début des années 2000. Durant les dernières années, le marché des CDO a explosé, donnant lieu non seulement à des prêts hypothécaires, mais à une expansion de toutes les formes de crédit. Selon certaines estimations, l’en cours des CDO serait de près de 2 000 milliards.

(suite…)


Mort de rire ! L’illustration parfaite du « faites ce que je dis, pas ce que je fais… » Dans la réalité Lamy dirige une organisation qui pille les pays pauvres, Lamy est le principal promoteur de l’inique Accord Multilatéral sur les Investissements, Lamy est à 100% pour le « laissez-faire » économique… mais voilà soudain qu’il se paye un petit frisson en s’affirmant « social démocrate ».

Les vrais sociaux démocrates doivent se retourner dans leur tombe…

[Magazine Challenges | 06.12.2007 ]

Directeur de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, un des fins observateurs de la mondialisation, réhabilite la critique marxiste du capitalisme.

Homme de gauche, directeur général de l’OMC, Pascal Lamy est au coeur de la mondialisation. Son sentiment ? Le marxisme, comme outil d’analyse du capitalisme moderne, reste pertinent. Sa conviction ? Il faut chercher des alternatives à ce même capitalisme.

Challenges. Comme l’ont écrit un certain nombre d’auteurs récents, Marx reste-t-il le meilleur penseur du capitalisme contemporain ?
Pascal Lamy. Le meilleur, non, parce que l’histoire nous a montré qu’il n’était pas le prophète que certains ont vanté. Mais il n’existe rien de comparable du point de vue de la puissance explicative sinon prédictive. Si l’on veut analyser le capitalisme de marché mondialisé d’aujourd’hui, l’essentiel de la boîte à outils intellectuelle réside dans ce que Marx et un certain nombre de ses inspirateurs ont écrit. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y a des tas de critiques à faire sur Marx, et il a été probablement meilleur philosophe et meilleur théoricien de l’économie qu’il n’a été penseur politique…

Que retenez-vous de Marx ?

Avant tout l’idée que le capitalisme de marché est un système reposant sur une certaine théorie de la valeur et sur la dynamique et les dérives qu’il peut générer. Un système où il y a des propriétaires du capital qui achètent le travail et des détenteurs de leur force de travail qui la vendent. Cette relation implique une théorie du profit qui découle d’une aliénation : le système a tendance à ce que les riches deviennent plus riches dès lors qu’ils accumulent du capital et les pauvres plus pauvres dès lors qu’ils ne sont détenteurs que de leur travail. Tout cela reste en gros vrai. Personne depuis n’a inventé une analyse de la même importance. Même la globalisation n’est qu’une étape historique du capitalisme de marché telle que Marx l’avait imaginée.

Mais à quoi bon critiquer le capitalisme. N’est-il pas admis par tous ?

Le capitalisme de marché est un système qui possède des vertus et des travers : efficience, inégalités, innovation, court-termisme… Sa financiarisation récente a brutalement changé l’équilibre laborieusement élaboré entre le capital et le travail. Les institutions développées pour protéger les travailleurs se sont trouvées de plus en plus inadaptées et inefficaces. D’où la priorité que j’ai donnée à l’objectif de maîtrise de la mondialisation lors de mon mandat de commissaire européen au Commerce. A l’époque, en 1999, cela avait surpris. Il faut écouter ceux qui parlent de modes de croissance alternatifs, ceux qui s’inscrivent contre cet énorme poids consumériste qui fait que tout est matérialisé, marchandise, contre ce système qui fait que les gens entrent en relation avec des symboles qu’on leur vend grâce aux médias et à Internet, mais n’achètent au fond que leur propre image à longueur de journée. Il y a une espèce de cannibalisme psychique là-dedans qui provoque des dérèglements. Beaucoup de gens sont malheureux parce qu’on les met constamment en comparaison avec leur voisin, avec une image d’eux-mêmes qu’on leur fabrique et qu’ils ne peuvent pas atteindre. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut continuer à chercher des alternatives et que la politique doit s’impliquer plus dans ces questions.
(suite…)


Rien ne va plus pour les gérants de supérettes Casino

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Ni commerçants indépendants, ni salariés, des gérants de supérettes Petit Casino dénoncent leurs conditions de travail. Plus de 70 heures hebdomadaires pour des revenus inférieurs au SMIC. Comment vivent ces sous-travailleurs de la grande distribution? Enquête de Marie Dupin.

Cela fait bientôt trois ans que Christophe et Katie Léger travaillent pour le groupe Casino, en tant que gérants-mandataires d’un Spar de 300 mètres carrés en plein centre-ville d’Arras, dans le Pas-de-Calais.

Aujourd’hui, ils craquent, et ils ont décidé de raconter. « On travaille six jours sur sept, du mardi au dimanche compris, et le lundi on doit faire le ménage et les papiers », explique Christophe. Au total, 155 heures hebdomadaires pour le couple, pour 1 800 euros net à deux.

Des responsabilités de chef d’entreprise… pour moins que le smic

Des témoignages comme celui-ci affluent sur Internet. De nombreux gérants du groupe Casino (Spar, Casitalia, Petit Casino) décrivent la même situation. Celle de responsables de supérette qui doivent assumer les responsabilités d’un chef d’entreprise sans en avoir aucun avantage. Des horaires impossibles, mais aussi des charges insurmontables. Christophe Léger raconte:

« Non seulement on est payés une misère, mais en plus s’il y a des vols dans le magasin ou des chèques en blanc, c’est à notre charge, les frais bancaires c’est pour nous aussi. Si on veut embaucher quelqu’un, on doit le payer avec notre pauvre même pas smic ». (Voir la vidéo)

Comme Christophe et Katie Léger, la plupart des gérants-mandataires du groupe Casino travaillent en couple. Attirés par l’indépendance du statut, nombreux sont ceux qui signent un contrat de cogérance avec le groupe Casino. Ils sont alors soumis à la convention collective des maisons d’alimentation du 18 juillet 1963. Une convention qui définit un statut hybride: celui de gérants qui ne sont ni indépendants, ni salariés. Leur revenu: 6% du chiffre d’affaires, avec un minimum garanti de 1935 euros brut, à deux.

http://rue89.com/2007/12/03/rien-ne-va-plus-pour-les-gerants-de-superettes-casino


[Reuters – 30/11/2007]

Un employé de Toyota Motor Corp est mort d’épuisement après avoir fait plus de 106 heures supplémentaires en un seul mois. Un tribunal japonais a confirmé que la mort de cet employé était bien due au surmenage – invalidant ainsi une décision du ministère du travail de ne pas payer de compensation à sa veuve. Le ministre ainsi que Toyota avaient jugés qu’il n’existait pas de preuve d’un lien entre le surménage de l’employé et la cause de son décès.

http://links.reuters.com/r/P65EH/4XZ7M/OJPN2/NFIUF/TM27O/YT/t


DESPERATE HOUSEWIVES : Le réalisateur de la série télévisée culte envisage de mettre fin de manière prématurée à la série si la grève des scénaristes n’est pas bientôt résolue.

Les actrices fétiches de la série,  Eva Longoria, Marcia Cross, et Nicollette Sheridan se sont jointes à la manifestation de soutien aux scénaristes de la « Writers Guild Association », brandissant des placards appelant à l’Union Syndicale (Hollywood est devenu un nid de gauchiss’, on se croirait à Oaxaca !).

Le réalisateur de la série, Marc Cherry,  soutient également le mouvement et participe à la grève. Cette semaine il a laché une bombe : si lemouvement se poursuit, il envisage, en accord avec les chaînes partenaires de télévision, de mettre fin de manière prématurée à la série culte. (Si vous entendez un boum derrière vous, c’est votre femme/copine/fille qui vient de s’évanouir).

« Nous avons tout arrêté pour l’instant, et n’avons tourné que deux épisodes de réserve, la 8 et 9, c’est à dire que nous avons de quoi diffuser jusqu’à début décembre. Ensuite c’est fini. Si la grève dure trop longtemps, il est probable que les « networks » voudront récupérer le créneau très favorable que nous occupons à présent… cela signifierait une fin prématurée de la saison… et peut-être même de la série, étant donné que les actrices ont toutes d’autres engagements qui les attendent et que je ne peux pas les payer à ne rien faire. »

Marc Cherry compare une fin prématurée des « Desperate Housewives » à la fin brutale de « Dallas », il y a 25 ans… « Il y a un cyclone qui frappe dans l’épisode 9. Plein de gens vont rester sur leur faim, voulant savoir qui est mort, qui est blessé, qui a perdu sa maison… et ils risquent de ne pas l’apprendre avant longtemps. C’est comme pour l’assassinat de J.R. dans Dallas, quand j’étais adolescent… on a attendu très longtemps avant de savoir ! »

Et dire qu’il y a des gens qui se plaignent parce que la grève leur fait rater leur train de banlieue ! Aux USA la grève met en péril une série culte !  Vite, il faut leur envoyer Cécilia Sarkozy pour négocier….


Vous noterez que la presse compradore a passé sous silence l’info cruciale : cet argent n’a pas servi à financer les syndicats, la petite manip de Sarkozy était un pur mensonge… mais c’est pas grave, le mal est fait.

Les confessions d’un chauffeur de l’UIMM

[Le Parisien – 23/11/2007]

A qui étaient destinés les fonds en liquide – près de 20 millions d’euros – retirés entre 2000 et 2007 par Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), ex-président de l’UIMM ? Un ancien chauffeur nous révèle le fonctionnement de cet organisme.

DE L’ARGENT en liquide pour régler des compléments de salaires, des frais de déplacement ou de représentation sans le moindre justificatif. L’opinion publique découvre aujourd’hui avec stupeur les pratiques d’une autre époque de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) qui ont perduré jusqu’à ces derniers mois.

Pour « fluidifier les relations sociales »

Pour la première fois, un ancien chauffeur de l’UIMM décrit dans le détail et de l’intérieur ce que la cellule antiblanchiment de Bercy avait signalé à la justice en septembre dernier : les retraits massifs entre 2000 et 2007 (environ 20 millions d’euros) effectués par Denis Gautier-Sauvagnac, l’ancien président de l’UIMM, et son administratrice Dominique Renaud.

« Tout le monde savait que les espèces circulaient en grand nombre », raconte Patrick Ciron, ancien chauffeur à l’UIMM. (suite…)


Une interview d’Emmanuel Todd : « Sarkozy ? C’est le respect des forts »

[Le Nouvel Observateur – 22/11/2007 ]

Emmanuel Todd est historien et démographe. Dernier ouvrage paru, en collaboration avec Youssef Courbage : «le Rendez-vous des civilisations» (Seuil. Il estime que «le tempérament agressif» du président «est naturellement dirigé contre les faibles». D’où sa recherche de boucs émissaires…

Le Nouvel Observateur.Comment expliquer cette nouvelle crise sociale ? La France du refus, du refus de l’Europe, de la mondialisation, se cabre-t-elle à nouveau ? Ou faut-il incriminer Nicolas Sarkozy, plus porté à s ‘attaquer aux petits privilèges qu’aux grands ?
Emmanuel Todd. – Pour comprendre ce qui se passe, il faut faire l’histoire du sarkozysme en tant que technique politique. Sarkozy est arrivé au pouvoir grâce à la crise des banlieues. Ministre de l’Intérieur, il y a mis le feu, et le souvenir de cette flambée a été utilement réactivé pendant la campagne par les incidents de la gare du Nord. Il a gagné sur un discours national identitaire. Depuis l’origine, le sarkozysme fonctionne sur la désignation de coupables du mal-être français, de boucs émissaires. Dans les banlieues, ce sont les enfants d’immigrés, aujourd’hui ce sont diverses catégories de fonctionnaires ou assimilés.

N. O.Vous ne portez pas au crédit de Sarkozy d’avoir fait reculer Le Pen à la présidentielle ?
E.Todd. – Sarkozy va plus loin que Le Pen. Le Pen est dans le domaine du verbe. Sarkozy a utilisé l’appareil d’Etat pour enflammer les banlieues. Les débauchages autour de l’ouverture ont masqué la nature profonde du sarkozysme. Pour une part, le FN est désormais au pouvoir. La réalité de Sarkozy, ce sont deux choix : des cadeaux fiscaux aux riches, et des tests ADN pour donner aux pauvres le sentiment qu’il y a encore plus petits qu’eux, sur lesquels on n’hésite pas à taper. C’est classique : l’incapacité à traiter les problèmes économiques conduit à désigner un ennemi à caractère étranger.


N. O.Les cheminots sont les ennemis de l’intérieur ?
E. Todd. – Avec les cheminots, on est dans la désignation d’un autre ennemi, en apparence vulnérable. On active un discours égalitaire sur les petits privilèges inadmissibles, notamment en matière de retraite. On anticipe logiquement un soutien de l’opinion. Mais le problème auquel se heurte Sarkozy, c’est qu’en sortant du registre ethnique identitaire il revient sur le terrain de l’économie et des luttes sociales, sur le terrain de la lutte des classes, diraient les marxistes. Sans approuver les grévistes, les salariés sont renvoyés à leurs propres préoccupations. Ils font le constat de la nullité économique de Sarkozy.

N. O.Nullité ! Vous êtes excessif !
E. Todd. – Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, sont confrontés au même problème : la globalisation, le libre-échange, la pression sur les salaires due à l’émergence de pays comme la Chine ou l’Inde. Aucune politique ne peut réussir sans faire baisser cette pression par une dose de protection aux frontières de l’Europe. Pour y parvenir, il faudrait affronter l’Allemagne, qui s’y refuse. Or l’Allemagne, c’est du gros. Et la logique du sarkozysme, c’est le respect des gros. (suite…)


Le contribuable aura déjà déboursé 1 600 milliards de dollars pour engraisser les marchands de canons et tuer des millions de gens en Irak et en Afghanistan, aujourd’hui il débourse 47 milliards pour sauver les dividendes des banques véreuses…. y a pas à dire, tous ces gouvernements néo-capitalistes qui ne cessent de nous dire qu’il faut faire des économies et qu’il n’y a pas d’argent pour l’éducation ou la sécu savent dépenser l’argent public à bon escient !

[Solidarité et Progrès – (la lettre de la secte larouchiste) 16 novembre 2007]
Suite à l’avalanche de pertes des grandes banques anglaises telles que HSBC et Barclays, et de l’américaine Citigroup (contraint d’emprunter à des taux de 2 % au-dessus du taux du marché), la réserve fédérale (Fed) s’est vue obligée, aujourd’hui, d’injecter quelques 47 milliards de dollars dans le système bancaire pour éviter un krach du système. Les incantations disant que « le pire est derrière nous » se sont révélées une fois de plus dérisoires et incapables de rendre efficaces les interventions de la Fed.
(…)
Selon l’agence Reuters, 47,25 milliards de dollars, est le montant le plus élevé depuis les attentats du 11 septembre 2001, quand les marchés avaient subit un plongeon spectaculaire tandis que les taux à court terme grimpaient vigoureusement.

Reuters constate également que depuis quelques jours les taux repartent à la hausse aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Citicorp a été contraint de payer le taux le plus élevé de son histoire pour émettre une obligation, 6,125 %.

Les grandes banques continuent à afficher des pertes colossales. Pour le troisième trimestre, le géant anglais Barclays a du déprécier 2,7 milliards d’avoirs liés au crédit hypothécaire à haut risque (subprime). HSBC, la plus grande banque d’Europe, fait passer en moyenne, chaque jour, 38 millions de dollars par pertes et profits !
http://www.solidariteetprogres.org/spip/article.php3?id_article=3515


Oh ! Oh ! Pas bète : « Alors que, dans le cadre de la fusion ANPE-UNEDIC, le gouvernement envisage de récupérer dans le giron de l’État le recouvrement des cotisations pour l’assurance chômage en les confiant la mission aux URSSAF, il n’est pas à exclure que Nicolas Sarkozy, soucieux aussi de trouver des moyens de financer sa politique après les cadeaux offerts à travers le « paquet fiscal », lorgne aujourd’hui (…) vers les ressources inespérées que constituent les fonds de la formation professionnelle. « 

[L’Humanité 08/11/2007]
Le président pourrait bien rêver de récupérer la manne financière de la formation professionnelle. C’est l’un des mystères les plus opaques de l’« affaire UIMM » : pourquoi sort-elle aujourd’hui ?

Dès mai 2004, la BNP Paribas, présidée par Michel Pébereau, ex-condisciple de Denis Gautier-Sauvagnac à l’ENA, a saisi le service antiblanchiment du ministère des Finances (Tracfin) pour lui signaler des retraits suspects en espèces sur les comptes de la fédération patronale de la métallurgie.

Directeur de Tracfin depuis juillet 2006, François Werner a détaillé la procédure dans l’hebdomadaire Challenges : « Le cabinet de notre ministère de tutelle – celui de l’Économie et des Finances – en a été informé, explique-t-il. J’ai veillé à mettre au courant régulièrement l’équipe de Thierry Breton. Ce qui est normal pour ce type d’affaire. » Dans ces conditions, il est absolument certain que Nicolas Sarkozy, prédécesseur de Thierry Breton à Bercy, connaissait, lui aussi, tous les détails de l’affaire.

« Je n’ai reçu aucune pression de quiconque, affirme encore aujourd’hui François Werner. Ni pour agir ni pour ne pas agir. Je le répète, c’est moi qui ai choisi de transmettre, et de quand transmettre. » Le dossier a donc été transmis le 24 septembre dernier au parquet de Paris, une enquête préliminaire a été ouverte le 26 et confiée à la brigade financière. Et, quelques jours plus tard, le Figaro, propriété de Serge Dassault, publiait les premières révélations sur les opérations douteuses de l’UIMM.

Le cours normal pour une « affaire » dont on peinera plus encore, quelques semaines plus tard, à mesurer l’ampleur, avec la découverte d’une « caisse noire » antigrève évaluée à 600 millions d’euros ? Voire.

(suite…)


Gautier-Sauvagnac bienfaiteur social?
[Le Canard Enchaîné 31/10/2007]
Renverser la charge de la preuve, détourner l’attention quand les faits vous accusent, c’est le propre de la communication de crise. La technique a marché à plein dans l’affaire Gautier-Sauvagnac (DGS). A peine le baron de la métallurgie est-il soupçonné d’être à la tête d’une caisse noire qu’il est aussitôt transformé en exécuteur de bonnes œuvres. L’argent, expliquent ses défenseurs, viendrait d’une caisse de charité servant à « fluidifier le dialogue social « . Et qui a profité des « largesses » de l’UIMM ? Non pas le patronat mais ses adversaires, les syndicats de … salariés! DGS et consorts étaient mus, en fait, par une incroyable philanthropie.

 » Il était de tradition (. .. ) qu’il y ait une caisse qui alimentait les syndicats « , lance Yvon Gattaz, patron des patrons dans les années 80. Et d’autres anciens ont ainsi été appelés à la rescousse par une agence de comm’ parisienne, Tilder.

Bref, Gautier-Sauvagnac n’est pas un malfaiteur mais un bienfaiteur. S’il a commis quelques irrégularités, c’était pour aider le dialogue social, et non pour « acheter des consciences ».

La police enquête sur de l’argent sorti par un ponte du Medef, et ce sont les syndicats de salariés qui se retrouvent mis en cause, sommés de s’expliquer sur l’opacité de leur comptabilité.
(suite…)


Oooohhhhh, la belle affaire qui se prépare !!!! Qu’est ce que ça veut dire « fluidifier les relations sociales » ? Est-ce que c’est l’équivalent de ce que nous on appelle « Spécial Vaseline » 😉

Quelqu’un a t’il vérifié les comptes en banques de Nicole Notat ? 🙂

Nouvelles découvertes dans le dossier Gautier-Sauvagnac

[Le Monde – 13.10.07]

(…)Cette découverte, effectuée à la banque de Marseille Martin-Maurel, porte à environ 17 millions d’euros les retraits d’espèces suspects effectués entre 2000 et 2007 sur trois comptes par cette organisation patronale présidée par un des plus hauts dirigeants du Medef, son négociateur en chef Denis Gautier-Sauvagnac. Les recherches se poursuivent sur d’autres comptes bancaires de l’UIMM. « Tous les jours, on en découvre un peu plus et ça monte doucement », avait déclaré jeudi un policier à Reuters.

Vendredi, les policiers avaient aussi saisi environ deux millions d’euros dans un coffre loué dans une agence de la BNP par l’UIMM. Précédemment, lors d’une perquisition au siège parisien de l’organisation patronale, une somme de plusieurs centaines de milliers d’euros en espèces a aussi été saisie dans un coffre.

L’enquête n’a pas permis pour l’instant d’identifier la destination des fonds. Denis Gautier-Sauvagnac a parlé initialement du financement des « oeuvres sociales » de l’UIMM, évoquant l’aide aux salariés et retraités nécessiteux, puis il a dit avoir utilisé l’argent pour « fluidifier les relations sociales », sans autres précisions.

L’enquête a en revanche montré que le dirigeant du Medef faisait retirer lui-même les espèces en envoyant dans les banques une collaboratrice de confiance. La piste du financement syndical est démentie par les principaux syndicats de salariés et aucun élément ne l’a confirmée à ce jour.