Cerberus Capital



Les Vampires existent, ils vivent à Wall Street et ont engrangé 2 milliards de dollars en 2009 en rachetant à bas prix du sang à des donneurs pauvres et en manipulant ensuite le marché afin de créer une pénurie de plasma qui a fait monter les prix… au détriment des malades. Ces produits dérivés du plasma sont devenus tellement chers (deux fois le prix de l’Or pour certains) que les assurances médicales refusent de les rembourser, mettant en danger la vie des personnes.

[Gregor Seither – IES News Service – 06/01/2010]
Dans les films, les vampires ont le look sexy de Brad Pitt ou de Taylor Lautner. Dans la réalité, ils ressemblent à CERBERUS CAPITAL. C’est la seule différence. Dans les deux cas, les vampires vivent dans des tours, attirent de pauvres humains dans leurs antres où ils sucent littéralement leur sang. Dans le cas de Cerberus Capital ils prélèvent le sang pour le revendre et se faire des millions de dollars de profit.

Cerberus Capital est une importante société de capital investissement LBO à Wall Street. Ils s’étaient déjà illustrés en rachetant le constructeur automobile Chrysler pour le dépecer – mettant 30 000 personnes au chomage malgré les importantes aides gouvernementales qu’ils avaient empochées (cf. article de Greg Palast).

En 2009 la fortune leur a souri de nouveau, à travers leur entreprise TALECRIS, qui vient d’annoncer près de 2 milliards de dollars de résultat pour son activité de vente de plasma sanguin. Cerberus avait acheté l’entreprise il y a 4 ans pour 83 millions de dollars – soit un bénéfice multiplié par 23.

Les profits de Cerberus sont dans la droite ligne de la barbarie habituelle du capitalisme, et cette fois ce n’est pas une métaphore. Cerberus suce littéralement le sang des pauvres pour le revendre très cher aux malades. A travers un réseau de collecte, Talecris collecte du sang – généralement auprès de personnes pauvres, notamment dans les villes frontalières du Mexique. Elle paye ces donneurs sous forme de bons de nourriture ou de bons d’achat, généralement pour des sommes très faibles, entre 8 et 25 dollars, selon le centre.Ce n’est pas un hasard si un des plus grands « centres de collecte de sang » se trouve à Brownsville, au Texas, la ville des Etats-Unis qui a le taux de pauvreté le plus élevé du pays.

Sur la frontière US-Mexique, la société Talecris a couvert les murs – y compris côté mexicain, alors que la loi mexicaine interdit le don du sang payant – avec des affiches promettant des dollars contre du sang. Talecris dispose même de plusieurs « Bus de collecte » qui sont garés sur les parkings à quelques mètres du passage frontière. A El Paso, un collectif de citoyens a documenté des « rabatteurs » pour Talecris qui vont faire de la retape dans les files d’attente devant le poste frontière. Avec la complicité de médecins d’une clinique de Villaverde, une autre entreprise PLASPRO – dont on pense qu’elle revendait ses poches à Talecris, mais cela reste à prouver – avait même mis en place un centre de collecte directement à Tijuana, au Mexique. Il a fini par être fermé après des années de fonctionnement.

A noter que les donneurs remplissent des déclarations « sur l’honneur » qu’ils sont en bonne santé, sans plus de contrôle. C’est la raison pour laquelle la Croix Rouge dénonce ce procédé et impose un marquage spécifique des poches de sang obtenues contre paiement (http://www.bloodbook.com/donr-requir.html). Dans la plupart des pays du monde, le don du sang payant est interdit.

Les poches de plasma sont ensuite traîtées pour des usages divers (médicaux, extraction de diverses protéines). Les produits obtenus à partir de ce plasma sanguin sont revendus aux malades souffrant de pathologies graves comme l’hémophilie, des brulures au 3è degré, la sclérose en plaques, ou encore des maladies immunitaires.

Les prix sont maintenus artificiellement élevés à travers une pénurie sciemment organisée. La commission anti-trust Federal Trade Commission a d’ailleurs entrepris une action en justice contre Cerberus Plasma Holdings en les accusant d’avoir crée un marché oligopolistique. L’un des produits,le IVIG (immunoglobuline interaveineuse) vaut deux fois le prix de l’Or !

Le prix de ces produits est tellement élevé que les assurances médicales aux Etats-unis refusent de plus en plus de les rembourser, mettant ainsi en danger des centaines de milliers de malades. Mais pour Tom Asher, PDG, « le sang est une ressource comme le blé ou la viande, elle se vend et s’achète normalement. C’est le marché qui fixe les prix, pas nous... » La FTC n’est pas vraiment de son avis.

(…)

Cerberus n’est pas un inconnu à Wall Street. En 2007, il avaient racheté Chrysler Motors et GMAC. Ils s’étaient empressés d’empocher les millions de subventions d’Etat accordées « pour sauver l’emploi » avant de dépecer tous les atouts de l’entreprise, de mettre 30 000 personnes au chomage puis de jeter l’éponge deux ans plus tard en accusant les syndicats d’avoir saboté l’entreprise.  Comme toujours, c’est le contribuable américain qui avait payé la facture, épongé la dette et payé les indemnités.

Le Conseil d’administration de Cerberus comporte plusieurs sommités du Parti Républicain, tous thuriféraires virulents en faveur du « Laisser faire » et du marché non régulé… qui ne se privent pas d’aller réclamer l’aide de l’État quand les choses se gâtent.

Le président du CA est l’ancien Secrétaire d’Etat au Trésor de George Bush,  John Snow. Celui là même qui a supervisé la course vers l’abîme des subprimes, refusant de réglementer les activités des banques et se frottait les mains publiquement en déclarant, en 2007: « L’économie américaine est la plus forte de la planète. Tout le monde nous envie. » Deux ans plus tard tout s’effondrait.

Il y aussi Stephen Feinberg, très gros donateur du Parti Républicain et dirigeant du plus gros lobby industriel des armes à feu. D’extrême droite, il finance les milices anti-immigrants sur la frontière. Que les « wetbacks » viennent se faire sucer le sang chez nous, d’accord, mais surtout qu’ils ne viennent pas s’installer chez nous…

On y trouve aussi l’ancien Vice-Président Républicain Dan Quayle (vous vous souvenez de lui ? C’était le fils à papa qui n’arrivait pas à aligner deux mots correctement et est surtout célèbre pour sa prestation télévisée où il a démontré qu’il ne savait pas comment on écrit « potato »).

En 2007, quand Cerberus avait repris Chrysler, John Snow y avait vu une grande victoire du capitalisme : “Il y a 25 ans,  Chrysler a déjà été confronté à la menace de faillite, à l’époque ils s’étaient tournés vers le gouvernement des Etats-unis pour se faire aider. Aujourd’hui Chrysler est à nouveau dans la tourmente financière, mais aujourd’hui c’est le marché qui vient à son secours. Au lieu de faire appel à l’argent du contribuable, ce sont des investissements privés qui lui injectent les fonds dont il a besoin pour se développer et ainsi créer des emplois.

A Paris, des propagandistes du marché comme Jean-Marc Sylvestre, Nicolas Baverez ou encore Denis Kessler applaudissaient des deux mains.

« Le rachat de Chrysler, c’est vraiment un parfait symbole de l’évolution de notre époque. En 1979, c’est sous le Démocrate Carter qu’on a sauvé Chrysler. A l’époque il semblait normal que ce soit l’Etat qui intervienne dans l’économie pour tenter de sauver une entreprise. Cela marche parfois mais cela échoue souvent, on l’a vu chez nous en France. Aujourd’hui Chrysler a de nouveau besoin d’argent, mais entre temps les mentalités ont changé. Entre temps le président Reagan a fait comprendre aux politiques que l’Etat n’est pas là pour intervenir dans l’économie, qu’il faut laisser faire le marché. C’est ce qui se passe aujourd’hui, avec Chrysler, qui se tourne vers une entreprise d’investissement privée plutôt que d’aller pleurer pour obtenir des subventions du gouvernement américain. » (Le Carnet Eco – 16/05/2007)

Même pas un an plus tard, 30 000 salariés de Chrysler étaient à la rue et Snow passait à la télé pour dire que le gouvernement (le fameux argent du contribuable) devait absolument aider financièrement Chrysler. On attend encore la réaction de Sylvestre, Baverez et consorts.

(…)

Les Vampires ne vivent pas dans des châteaux en Transylvanie. Ils ne dorment pas dans des cercueils. Ce sont des hommes politiques influents à Washington et à New York. Ils nous sucent notre argent  et ils nous sucent notre sang… littéralement.


Cette crise aura eu un effet positif : elle a mis en lumière évidente, indéniable pour tous, l’absolue avidité et absence totale de sens social des financiers. Ils s’en foutent que la bête crève sous eux,  ce qu’ils veulent c’est leur marge de profit et leurs dividendes… tout le reste, ils s’en foutent.

GRAND THEFT AUTO : L’ARNAQUE D’OBAMA SUR LES RETRAITES
[Greg Palast – 01/06/2009 – Trad. Grégoire Seither]
Tout le monde verse une larme sur la banqueroute de General Motors. Mais pour Jamie Dinon, il y a du bonheur dans la peine…. Et ce ne sont pas les 40 000 emplois contractuels (sur 60 000) jetés à la fosse commune qui vont lui gâcher sa journée.

Jamie Dimon est le PDG de la banque JP Morgan Chase. Il fait partie d’un petit groupe de privilégiés – en premier lieu Morgan et Citi – qui vont se faire rembourser 100% de l’argent qu’ils ont prêté à GM, soit la coquette somme de 6 milliards de dollars US.

Pendant ce temps là, les ouvriers de GM ont perdu leur emploi ainsi que leurs plans d’assurance maladie et retraite, ils voient s’évanouir les économies de toute une vie… Idem pour les actionnaires qui ne toucheront que dalle. Ou encore les nombreux créditeurs et sous-traîtants qui vont se retrouver le bec dans l’eau, assis sur des factures impayées; (…)

Les banques par contre, s’en tirent plus que bien !

Normalement, quand une entreprise fait faillite, tout le monde encaisse le coup : injuste ou pas, les ouvriers perdent leurs salaires, les actionnaires sont rincés et les créditeurs se répartissent les dépouilles. C’est ce que prévoit la Loi.

Mais la Loi dit aussi que les ouvriers ne peuvent se voir privés des sommes déjà versées (ou retenues sur leur salaire) au titre de leur retraite ou de leur assurance médicale post-retraite. Ces fonds ont été prélevés sur leur salaire et sont retenus en leur nom. Ils n’appartiennent plus à l’entreprise et ne peuvent donc pas être saisis lors de la procédure de faillite.

Et bien, cette fois ci, ça ne se passera pas comme ça. Steve Rattner, le « Monsieur Sauvetage Automobile » de Barack Obama a un autre plan : il veut s’accaparer la cagnotte du fonds de pension et s’en servir pour payer les dettes de JP Morgan et Citibank.

Voilà le plan: Rattner exige du tribunal des faillites qu’il autorise GM à taper dans la caisse de retraite c’est à dire l’argent que GM doit à ses ouvriers pour leur assurance médicale de retraite.

Ce fonds est constitué de liquidités, c’est à dire de l’argent sonnant et trébuchant. L’idée est de prendre cet argent et de le remplacer par de la monnaie de singe, ou tout comme : des actions GM. Le pourcentage d’actions GM pourra être de 17%… ou de 25%. Peu importe, 17% ou 25% d’actions, cela équivaut à…, euuh . . . ouais… dans tous les cas, je vous souhaite bonne chance le jour où vous voudrez payer votre dialyse ou votre hopital avec une poignée d’actions d’un constructeur automobile en faillite.

Par contre, selon Rattner, les banquiers de Citibank et de Morgan sont en droit, eux, d’exiger (et d’obtenir) le remboursement de l’intégralité de leur mise en bon argent, pas en monnaie de singe : 6 milliards de dollars, ici, maintenant et en cash… Et cela de la part d’une entreprise qui n’est même plus en mesure de payer ses sous-traitants, sans parler des factures médicales de ses employés.

Quel est le problème avec le fait de s’accaparer les fonds de retraite des ouvriers quand l’entreprise est en faillite ? Vous devriez le savoir, M. Obama, après tout, vous avez jadis donné des cours de droit : le problème c’est que c’est tout simplement illégal.

En 1974, sous la présidence Nixon, après une série de scandales et de faillites retentissantes de fonds de pension et de retraite, le Congrès des Etats-unis a passé la loi ERISA « Employee Retirement Income Security Act ». ERISA interdit aux entreprises ou aux repreneurs de saisir les fonds de pension des ouvriers – qu’il s’agisse de l’argent accumulé par retenues sur salaire ou bien les sommes collectées au titre de l’assurance médicale ainsi que les bénéfices de ces plans. Ce n’est pas de l’argent « en plus », c’est une partie des salaires de l’ouvrier qui a été prélevée et mise de côté en prévision de sa retraite et ses dépenses de santé.

Cet argent n’appartient plus à l’entreprise, il appartient en nom propre aux ouvriers… au même titre que l’argent que l’ouvrier a sur son compte en banque. Ce n’est pas parce que votre banque a des problèmes de sous qu’elle a pour autant le droit de venir taper dans votre compte.  (…).

En 1974, le Congrès savait très bien ce qu’il faisait. Il n’y a pas une entreprise aux Etats-unis qui n’ait pas eu envie un jour de se refaire une santé financière en tapant dans la cagnotte des retraites. A chaque fois ils se sont fait rappeler à l’ordre : cet argent ne leur appartient pas. Les ressources de ces plans de prévoyance appartiennent à la personne détentrice du plan, ce n’est pas l’argent de M. Dimon ou de M. Rubin. . .

Le Congrès avait également prévu la petite manip proposée par Rattner pour faire passer son pillage du fonds de pension de GM : ce n’est pas parce qu’il propose de remplacer les liquidités du fonds par des actions GM que la manoeuvre devient pour autant légale. Dans leur loi, les députés ont clairement prévu ce cas de figure en insistant sur le fait que les entreprises, en tant que garantes du fond, sont dans l’obligation de « gérer les sommes qui leur sont confiées de manière prudente et diversifiée afin de réduire les risques de pertes importantes pouvant mettre en péril la pérennité du fonds » »

Demandez à n’importe quel conseiller financier : « diversifier » et « éviter les risques » cela ne veut pas dire mettre tous ses oeufs dans le même panier et placer 100 % des retraites des ouvriers dans des actions d’une entreprise en faillite.

Si Rattner réussit son coup, cela créera un précédent qui permettra à n’importe quelle entreprise politiquement bien connectée ou bien en mal de liquidités d’aller taper dans la cagnotte des ouvriers pour jouer leur argent à la roulette.

Il n’est pas surprenant que les premiers bénéficiaires de ce plan seront les banques JP Morgan et Citibank. Ces deux établissements se sont déjà goinfrés plus d’un tiers des mille milliards de dollars d’argent du contribuable distribués sous forme d’assistance par le Trésor US et la Réserve Fédérale. Et ce n’est pas une coïncidence si Citi, le grand vainqueur, a versé plus de 100 millions de dollars à Robert Rubin, l’ancien Secrétaire au Trésor. Dans l’équipe de campagne de Barack Obama, Robert Rubin était « Monsieur Banques », chargé d’obtenir le soutien financier des grands groupes financiers U.S. Peu de gens ont remarqué que les plus grands contributeurs à la campagne de Barack Obama ont été les banques comme Morgan, Citi ou Goldmann-Sachs.

Jamie Dimon a de quoi être content : il récupère sa mise intégralement, il aura réussi à se mettre dans la poche non seulement les derniers vestiges de GM mais également le Secrétariat au Trésor de l’Administration Obama. Pas étonnant qu’il ait déclaré récemment au WSJ que ces douze derniers mois ont été « la meilleure année jamais vue chez Morgan ».

Ces derniers mois n’ont pas été mauvais non plus pour Monsieur Rattner. Quand il a été nommé au Trésor, les communicants autour d’Obama ont tenté de le présenter comme un « fils du peuple », un « militant ouvrier » ayant commencé sa carrière comme permanent syndical dans la sidérurgie.

On s’est bien gardés de vous raconter la suite de sa carrière : Rattner fait partie du tout petit cénacle d’investisseurs regroupé dans »Cerberus Capital », le fonds d’investissement qui avait « racheté » Chrysler. Enfin… « racheté » n’est pas vraiment le mot correct . Cerberus avait « racheté » Chrysler au même titre qu’un cannibale vous « invite » à dîner.

Cerberus n’a pas payé un seul centime pour s’approprier Chrysler – bien au contraire ! Les allemands de  Daimler Corporation ont payé des millions à Cerberus pour qu’ils les débarrassent de Chrysler. Cerberus a encaissé les millions, à désossé Chrysler pour vendre tout ce qui pouvait générer du profit… puis ils se sont débarrassés du cadavre détroussé de Chrysler en le refilant aux contribuables U.S..

Aujourd’hui, « l’homme de la rue » de l’administration Obama déclare une fortune personnelle d’environ un demi-milliards de dollars. Pas mal pour un « militant ouvrier ».

Economiste et journaliste, ancien négociateur syndical, Greg Palast est l’auteur de deux livres classés parmi les meilleures ventes du New York Times : « The Best Democracy Money Can Buy » et « Armed Madhouse ». Il est actionnaire GM et syndiqué depuis près de 30 ans chez UAW (United Automobile Workers).

http://www.gregpalast.com/grand-theft-auto-how-stevie-the-rat-bankrupted-gm/