Alan Greenspan



Goldman-Sachs est l’illustration archétypique de ce que l’on appelle la « Synarchie » – mais gare à vous si vous osez le dire. On va vous traîter de tous les noms, « conspirationiste » étant le plus gentil, « confusioniste » le moins méchant, voire carrément vous accuser d’être antisémite…  car bon, le nombre de détenteurs de passeports israéliens ou de membres du Likoud au sein du Top-Management de Goldman-Sachs est assez ahurissant… mais chut !   Et c’est rigolo de voir les capitalistes boursicoteurs des Publications Agora se réveiller soudain et entonner des trompettes Marxistes…

GOLDMAN-SACHS VOUS DIT MERCI !

[Philipe Béchade – Publications Agora – Février 2014]

Vous savez ce que vous êtes, cher lecteur ? Un « guignol ». Un pantin, une marionnette à qui l’on refile « les actions et autres produits dont on essaie de se débarrasser parce qu’on considère qu’ils ne présentent pas beaucoup de potentiel de profit ».  Un « éléphant » qu’il faut « chasser » — en le persuadant de faire des trades inutiles et inadaptés… mais qui rapportent gros à celui qui vous les a conseillés.

Mais après tout, pourquoi pas ?

  • Quand on est l’une des cinq plus grosses banques des Etats-Unis…
  • Qu’on compte, comme nous le verrons dans quelques lignes, des amis dans les principaux gouvernements et autorités financières de la planète…
  • Qu’on a le pouvoir de gonfler des bulles mondiales puis de les faire exploser — et de s’en mettre plein les poches dans les deux sens…
  • Quand on prétend — avec le plus grand sérieux — faire « le travail de Dieu »…

… Pourquoi se fatiguer à prendre des gants ?

On ne présente plus Goldman Sachs, que vous aurez reconnu sans peine dans cette édifiante description.

« Mais », me direz-vous, « je ne suis pas client de Goldman Sachs. En quoi est-ce que tout ça me concerne ? »

Eh bien… vous êtes sur le point de découvrir la réponse à cette question. Je préfère vous avertir : préparez-vous à en apprendre un peu plus que vous le souhaiteriez sur le « linge sale » de la haute finance.

Avec Goldman Sachs (comme avec pas mal d’autres grandes institutions boursières, bancaires et financières), on n’est jamais au bout de ses surprises.

  • Des surprises pas très reluisantes.
  • Des surprises dans lesquelles sont mouillés un nombre ahurissant de grands intervenants politiques et économiques de la planète.
  • Des surprises qui vous ont coûté cher, comme nous allons le voir dans quelques lignes.

Vous pensiez tout savoir sur « GS » ? (Autant l’appeler par son petit nom, puisque nous sommes sur le point d’aller regarder d’un peu plus près ce qui se passe dans les cuisines…)  Vous vous trompiez. Mais avant d’aller plus loin… (…) : vous allez voir que même sans être client de GS… les opérations de la firme ont déjà coûté une somme considérable aux contribuables du monde entier — dont vous. (suite…)


Pourquoi protège-t-on les banques ? Quelle est leur contribution au marché de l’emploi ? A la richesse sociale ? Quelle fonction remplissent-elles qu’une « Banque Nationale des PME » ne pourrait remplir vis à vis du tissu économique ?

Paul Samuelson, Simon Kuznets, Friedrich Von Hayek, Arthur Lewis, Theodore Schultz… tous Prix Nobels d’économie, ont montré dans leurs travaux que la Banque est une activité régalienne qui montre sa véritable utilité sociale quand elle est gérée par la collectivité nationale. Il n’y a qu’à voir, lors de la dernière crise économique, les pays ultra-capitalistes ont tous quasi nationalisés leurs banques…

[Boulevard Voltaire – 05/01/2013]

Fin décembre, au micro d’Europe 1, dans l’émission « Médiapolis », Michel Rocard fut l’auteur de déclarations on ne peut plus intéressantes qui, malheureusement, ne furent pas l’objet de reprises dans les autres médias. Le propos de Michel Rocard est le suivant : la réforme de la Banque de France de 1973 a interdit que celle-ci prête à l’État à taux zéro.

L’État est donc allé emprunter avec intérêt sur les marchés privés. Si nous en étions restés au système précédant, qui permettait, répétons-le, à la Banque de France de prêter à l’État à taux zéro, notre dette serait de 16 ou 17 % du PIB, soit bénigne.Les deux journalistes chargés de l’interviewer ne réagirent pas, comme si Rocard avait dit là une banalité. Pourtant, il venait de leur dire que tous les fameux« sacrifices », prétendument inéluctables, auxquels le peuple français devait consentir, ou encore la rigueur imposée par le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), n’étaient pas une fatalité mais la résultante d’un choix de politique de dette.

Et d’ajouter que, contrairement à ce qui est véhiculé depuis des années dans les grands médias, la France n’avait pas vécu « au-dessus de ses moyens » mais qu’elle avait dû débourser, au titre d’un simple jeu d’écriture, alors qu’aucune nécessité économique ne l’exigeait, des centaines de milliards d’euros constants au profit des marchés financiers. Il leur disait encore que la crise des dettes souveraines était parfaitement artificielle et qu’il suffirait de revenir à la création monétaire publique pour qu’elle soit réglée sans heurt. Mais nos journalistes, disions-nous, ne bronchèrent pas.

Michel Rocard, en revanche, se moque un peu du monde quand il affirme que la loi de 1973 fut simplement adoptée pour « imiter les Allemands », comme si l’objet de cette loi était de limiter l’inflation. Non. Cette loi a simplement permis de créer un marché interbancaire des obligations d’État. Contrairement aux thèses libérales vieillottes, les marchés ne naissent jamais « spontanément ». Ils sont des créations politiques ad hoc, comme, par exemple, le marché des devises, résultant de la mise en place du système de change flottant.

On peut également déplorer que Michel Rocard ne nous ait pas dit pourquoi il ne tenta pas, du temps où il était Premier ministre, d’abroger cette loi « stupéfiante » selon ses propres dires et pourquoi le sujet est aujourd’hui encore tabou. Mais ne soyons pas trop dur avec Michel Rocard. Reconnaissons-lui d’avoir mis un terme à la conspiration de silence et de l’ignorance qui sévit depuis des décennies dans la classe politique française.

http://globalpresse.wordpress.com/2013/01/05/quand-michel-rocard-devoile-le-pot-aux-roses/


En route vers le précipice

[Bill Bonner – Chronique Agora – 06/12/2010]

▪ Le problème, avec le système financier actuel, avons-nous dit à un reporter de Bloomberg, c’est qu’il est basé sur la fraude.

A la base, on y trouve la devise papier — qui est elle-même une forme de tromperie. Elle fait semblant d’être de l’argent réel. Ce qui est vrai — dans le sens où on peut l’utiliser pour acheter des choses. Mais elle a tendance à mentir. Tout ce que les autorités ont à faire, c’est d’actionner la planche à billets : elle vous dira que vous êtes bien plus riche que ce que vous êtes vraiment.

Cette sorte de sottise dure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les autorités américaines, entre autres, ont systématiquement augmenté la quantité de devise papier… menant les gens à croire qu’ils avaient plus de pouvoir d’achat qu’ils n’en avaient vraiment. Aujourd’hui, un dollar ne vaut plus que 3% de ce qu’il valait il y a 100 ans.

Mais ce n’est que le début de l’escroquerie. Les autorités ont également systématiquement sous-valorisé le crédit — convaincues que la clé de la prospérité réside dans le crédit et les dépenses de consommation, plutôt que dans l’épargne et la production.

Le système a ses architectes et ses opérateurs — tous des escrocs et des charlatans. Ils font semblant de pouvoir gérer la devise et l’économie. Pourtant, ils ne comprennent pas comment fonctionnent les éléments les plus basiques d’une vraie économie. La richesse ne naît pas de la consommation… elle naît de la production.

Les gestionnaires affirment pouvoir manipuler si bien l’économie qu’ils peuvent améliorer ses performances… En d’autres termes, selon eux, ils peuvent faire en sorte que l’économie se comporte mieux qu’elle ne le ferait seule… mieux qu’elle a fonctionné naturellement ces 2000 dernières années. En éliminant les retournements cycliques, les autorités nous ont dit que nous serions tous plus riches… et libres de la volatilité qui nous affligeait jusqu’à maintenant.

▪ Les dirigeants bidouillent et simulent donc… improvisant… et inventant au fil des événements. Ils augmentent les taux… puis les baissent. Ils introduisent plus de devise papier quand ça leur convient, et changent les règles bancaires selon ce que suggèrent leurs théories.

Quand il se passe quelque chose de « mauvais » — défini comme une chose qu’ils n’apprécient pas, ils se précipitent pour régler le problème. Mais avec quoi peuvent-ils le faire ? Un peu de sparadrap monétaire. Un peu de fil de fer budgétaire, aussi.

Leurs remèdes ne sont pas entièrement aléatoires ou hasardeux. Ils sont biaisés — vers plus de crédit, plus de dépense, plus de liquidités et plus de spéculation. S’ils resserrent les taux un mois, ils les desserrent ensuite pendant deux mois. S’ils enregistrent un surplus dans les comptes de la nation une année, ils enregistrent des déficits durant les cinq suivantes.

Peu à peu, de plus en plus de dette, d’erreurs, de mauvais jugements et de spéculations insensées s’accumulent. Puis les autorités se retrouvent sous pression… passant d’une crise à une autre… fournissant du crédit à un zombie… un renflouage à un autre… et de la viande crue à un troisième.

Puis, soudain, la discipline et les contraintes qu’elles s’imposaient cèdent comme une corde usée. Les banques centrales et les autorités financières prennent alors le mors aux dents… s’abandonnant aux trucages et à la fraude inhérents à leur profession. La Banque centrale européenne annonce qu’elle fournira « des liquidités illimitées » à ceux qui en ont besoin pour lutter contre une crise de la dette sur le Vieux Continent. Dans le Nouveau Monde, la Banque de Ben Bernanke renfloue déjà des grandes banques en Amérique du Nord en plus de celles de l’Europe. Et partout, les autorités sont prêtes à se soutenir les unes les autres… et à financer le FMI… avec encore plus de monnaie papier et de crédit…

… tous tentant désespérément de maintenir l’intégrité du système.

Et les voilà bras dessus-bras dessous — la Fed, la BCE, l’Europe et les Etats-Unis… sans oublier le Japon et la Bank of Japan. En route… vers le précipice.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

A partir des années 1980, et de façon plus marquée à partir de 1990, la proportion de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté dans le monde a commencé à régresser. Si l’on calcule le PIB moyen par habitant (exprimé en parité de pouvoir d’achat) de chaque pays, et qu’on le multiplie par le nombre d’habitants de ce pays, il s’avère que l’écart entre les pays les plus pauvres et les pays les plus riches régresse sur la période. Cette donnée est souvent présentée comme un des succès majeurs de l’économie ouverte de marché : des millions de Latino-Américains, de Chinois, d’Indiens et d’autres Asiatiques ont pu constituer une classe moyenne dont le niveau de vie se rapproche de celle de l’Occident. Cela prouverait que le marché est l’instrument de création de richesse et d’allocation des ressources le plus efficace.

A Cambridge, Branko Milanovic (université de Maryland), qui dirige un programme de recherche de la Banque mondiale sur les inégalités, a proposé deux autres lectures de ces statistiques. Dans la première, si l’on se limite à comparer les PIB moyens par habitant de chaque pays (donc sans multiplier par sa population), il s’avère que c’est au contraire un phénomène de divergence entre pays riches et pauvres que l’on observe entre 1980 et 2000. Cela manifesterait le fait que, dans l’économie mondialisée, les inégalités de revenus tiennent moins à l’appartenance à une classe sociale qu’au pays de naissance, selon la place que celui-ci occupe dans la chaîne mondiale de la production. Comme l’indiquait le financier George Soros, « la rigueur et l’austérité économique sont imposées à la périphérie, mais les bulles spéculatives bénéficient au centre ». Du moins jusqu’à ce qu’elles éclatent.

Cependant, à partir de 2000, cet indice des inégalités entre pays tend à diminuer, confirmant la convergence. Intervient alors un troisième mode de calcul, qui répartit la totalité de la population mondiale sur l’échelle des revenus. La divergence est alors encore plus forte. Ainsi, le niveau de revenu des 1 % de Brésiliens les plus riches est équivalent à celui des 10 % des Américains les plus riches, mais celui des 5 % de Brésiliens les plus pauvres est équivalent à celui des 5 % d’Indiens les plus pauvres. Ou encore, les bonus versés par Goldman Sachs équivalent aux revenus des 224 millions de Terriens les plus pauvres, et les revenus des 1 % de Terriens les plus riches à ceux des 4,275 milliards les plus pauvres. Or les travaux présentés par Kate Pickett (université de York) montrent que la quantité de personnes rencontrant des problèmes sociaux ou de santé dans un pays donné n’est pas corrélée au revenu moyen de ce pays, mais aux écarts entre les revenus.

« La peur d’avoir à partager »

Pour James K. Galbraith, qui dirige l’University of Texas Inequality Project, « les inégalités ne sont pas les conséquences microéconomiques des déséquilibres ; elles en sont la cause macroéconomique ». En effet, le gonflement des bulles de crédit dans les pays riches, la course aux exportations menées par les émergents – et l’accumulation de liquidités qui en résulte dans les deux cas – correspondent à des tentatives de réduire des inégalités devenues insoutenables, sans passer par la simple redistribution des revenus. Car, comme le dit M. Milanovic, « lorsqu’il s’agit de combattre la pauvreté, tout le monde est d’accord. Mais si l’on parle de réduire les inégalités, c’est la peur d’avoir à partager qui l’emporte ! ». C’est pourquoi la question de la fiscalité et des financements sociaux doit être remise, selon les économistes réunis à Cambridge, au centre des politiques économiques.


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

En 1958, l’économiste néo-zélandais Alban Phillips théorise la relation entre taux d’inflation et taux de chômage : lorsque le taux de chômage diminue, les salaires montent, et les entreprises haussent les prix pour rétablir leurs marges ; inversement, les prix baissent quand le chômage augmente. Cette relation, la « courbe de Phillips », servit aux économistes monétaristes (Milton Friedman et Robert Lucas) pour démontrer l’existence d’un « taux de chômage naturel » : les prix reflétant selon eux un équilibre optimum de marché, le taux de chômage qui en découle est incompressible, et la courbe de Phillips doit donc être verticale.

Une politique économique devient inflationniste (elle entraîne les prix au-delà de leur valeur réelle du marché, souvent en raison de fortes dépenses publiques) si elle cherche à faire baisser le chômage en deçà de son taux « naturel ». Juguler l’inflation en ajustant les taux d’intérêt deviendra donc l’alpha et l’oméga des politiques économiques, inscrites dans les statuts mêmes des banques centrales, quitte à baisser les dépenses de l’Etat visant à soutenir l’emploi.

De même, toute hausse du taux de chômage au-delà de son taux « naturel » apparaît comme le signe d’un manque de flexibilité du marché de l’emploi et de l’incapacité des institutions à fournir la main-d’oeuvre nécessaire aux entreprises pour atteindre l’équilibre des prix. Les politiques de l’emploi doivent donc chercher à lever les obstacles au bon fonctionnement du marché du travail, et rapprocher le taux de chômage effectif du taux de chômage « naturel ».

Malheureusement, observait, graphiques à l’appui, Anatole Kaletsky, éditorialiste économique du Times lors de la conférence inaugurale de l’Institute for New Economic Thinking à Cambridge (Grande-Bretagne) le 9 avril, la courbe de Phillips est devenue, au Royaume-Uni en tout cas, horizontale depuis 1992, le taux de chômage variant fortement, indépendamment de celui de l’inflation. (suite…)


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

Selon la théorie des marchés efficients, développée par l’économiste Eugène Fama dans les années 1960, comme pour celle des anticipations rationnelles, lancée par John Muth, puis développée par Robert Lucas (Nobel d’économie 1995) dans les années 1970, les acteurs économiques adoptent un comportement rationnel afin de maximiser leurs intérêts. Leur interaction aboutit spontanément à un équilibre optimal, exprimé par le prix d’échange sur les marchés. Ces comportements, modélisés, deviennent prédictibles. L’industrie financière a ainsi bâti des produits toujours plus complexes, usant des mathématiques pour calculer le risque inhérent aux comportements des acteurs.

Il convient par conséquent de libérer les marchés des limitations réglementaires existantes, afin de leur permettre de parvenir à leur équilibre naturel sans distorsion ni contrainte.

Les crises financières depuis les années 1980 ont montré que le comportement des acteurs pouvait être irrationnel, voire aller contre leurs intérêts. L’analyse de ces divergences à la théorie a ouvert la voie à l’économie « comportementale » (Gary Becker, université de Chicago, Nobel 1992 ; Daniel Kahneman, Princeton, Nobel 2002 ; George Akerlof, Berkeley, Nobel 2001), ou aux concepts de « marchés imparfaits » et d’« asymétrie d’information » (Joseph Stiglitz, Columbia, Nobel 2001). Elle a aussi guidé les politiques de régulation, y compris celles proposées aujourd’hui : le bon fonctionnement des marchés exige la transparence de l’information afin que les acteurs puissent agir rationnellement.

Le fait que les crises précédentes aient été surmontées a semblé valider la théorie : ce sont les distorsions par rapport à la théorie, et non la théorie elle-même, qui en étaient responsables.

Mais, aujourd’hui, l’ampleur de ces distorsions amène certains économistes à changer d’approche. Pour Roman Frydman (université de New York) et Michael Goldberg (New Hampshire), auteurs d’ Imperfect Knowledge Economics (2007, Princeton University Press), le processus de fixation des prix par le marché est par essence irrationnel et le comportement des acteurs intrinsèquement contingent. C’est cette double incertitude qui permet d’ailleurs le profit, c’est-à-dire le gain des uns au détriment des autres. (suite…)


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

Réunis à Cambridge, des chercheurs hétérodoxes plaident pour une révolution théorique, seule capable d’engendrer une vraie réforme

Le feuilleton de la régulation financière a connu une brusque accélération. Les 16 et 17 avril, les ministres européens des finances se sont réunis à Madrid pour discuter d’une taxation des risques bancaires. Le 16 avril, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, a porté plainte contre la banque Goldman Sachs, préparant le terrain aux débats du Sénat prévus cette semaine sur le projet de loi visant à réguler les activités des banques. Les 22 et 23 avril, les ministres des finances du G20 ont étudié à Washington la taxation des banques proposé par le Fonds monétaire international (FMI), qui tient justement les 24 et 25 avril, avec la Banque mondiale, sa session annuelle de printemps… sur le même sujet. Enfin, les 26 et 27 juin, le sommet du G20 à Toronto devrait arbitrer entre les différentes propositions de régulation placées sur la table.

Mais pour nombre d’économistes – comme ceux que le financier George Soros a réunis au sein de l’Institute for New Economic Thinking (INET), qui tenait sa conférence inaugurale du 8 au 11 avril à Cambridge (Royaume-Uni) -, les politiques ont déjà raté l’occasion offerte par la chute de Lehman Brothers d’écarter le risque que le fonctionnement du système financier fait courir à l’économie mondiale.

Non seulement en raison de l’intense lobbying mené par les grands établissements bancaires pour échapper à toute régulation, non seulement en raison du choc des égoïsmes nationaux – chaque Etat cherchant à protéger sa propre industrie financière plutôt que de coopérer -, mais encore et surtout en raison de l’incapacité des décideurs politiques et économiques à échapper à certains dogmes issus de la théorie économique établie, alors même que la crise a démontré leur faillite. En bref, la crise n’est pas seulement financière et économique, elle est aussi intellectuelle.

Comme celle de 1929, la crise actuelle appelle une refondation de la théorie économique sous de nouveaux auspices, qui passent d’abord par le passage des dogmes établis au tamis de la critique.

Trois d’entre eux ont été particulièrement étrillés par les économistes réunis à Cambridge. Primo, les marchés peuvent s’autoréguler parce que le comportement des acteurs économiques est rationnel, puisqu’il vise à maximiser leur intérêt. Secundo, les politiques économiques doivent par conséquent laisser les marchés parvenir à un équilibre naturel optimum, exprimé par le niveau des prix et du chômage. Tertio, la meilleure allocation des ressources étant spontanément réalisée par les équilibres de marché, le libre fonctionnement de ce dernier permet d’accroître la richesse de tous et de chacun.

Instabilité et déséquilibre

Grosso modo, les propositions de régulation avancées par les Etats et les institutions internationales ne s’affranchissent pas suffisamment, selon les économistes de l’INET, de ces dogmes, surtout en ceci qu’elles visent à rétablir des fonctionnements et des équilibres « naturels » dont l’observation empirique montre qu’ils n’existent simplement pas, et que ce sont au contraire l’instabilité et les déséquilibres qui caractérisent le comportement spontané des marchés.

La mobilisation actuelle sur la régulation est proportionnelle à l’inquiétude suscitée par la tendance du système financier à renouer avec les errements qui ont conduit à la crise de septembre 2008. Politiques et économistes tendent à rejoindre le sentiment manifeste depuis longtemps dans l’opinion : l’argent public utilisé pour sauver les banques a été si efficace qu’il a créé parmi celles-ci un sentiment d’impunité – l’« aléa moral » du too big to fail (les banques sont trop importantes pour qu’on les laisse faire faillite) – qui leur a permis de reconstituer une bulle spéculative encore plus grosse que la précédente. D’autant que les difficultés de certains établissements ont rendu encore plus gigantesque et incontrôlable la taille des survivants. Or, ce comportement fait courir un risque de défaillance de l’un ou l’autre maillon faible de la planète finance, que les Etats n’auraient plus les moyens d’éponger.

La reprise si souvent annoncée serait alors emportée comme fétu de paille, et la Grande Dépression à nouveau à l’ordre du jour. C’est le scénario redouté du double dip, ou double plongeon.

Comment éviter une réédition de la chute de Lehman Brothers ? Pour Franklin Allen (Wharton School,université de Pennsylvanie), le poids excessif de la finance dans l’économie est dû à la capacité des banques à monopoliser la rente de la création de valeur par l’économie réelle. Il faut donc rétablir la concurrence au sein de l’industrie financière.

Pour Simon Johnson (Sloan School of Management, Massachussets Institute of Technology), la crise est surtout due à la concentration du secteur de la finance entre les mains de quelques établissements assez puissants pour imposer leurs vues aux régulateurs. La crise a encore accru cette concentration. Une véritable régulation consisterait à imiter, pour le secteur bancaire, ce que fit le président américain Théodore Roosevelt au début du XXe siècle en démantelant les cartels de l’acier, du pétrole et des chemins de fer.


CRISE FINANCIÈRE, LES SIX ÉTAPES D’UN DÉSASTRE

[Pierre Rimbert – Le Monde Diplomatique – 01/05/2010]

L’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?

Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur permettrait pas d’acquitter leurs engagements. Mais quels facteurs assombrissent ainsi leur horizon économique ? On peut facilement identifier l’un d’entre eux : les coupes budgétaires mises en œuvre sous la pression… des investisseurs et des agences de notation.

La boucle est ainsi bouclée. Avec le recul, les pièces éparses des krachs économiques à répétition survenus ces trois dernières années composent peu à peu le thème d’un puzzle bien connu. Son cadre : la vague de déréglementation financière des années 1980. Son nom : à crise de marché, remèdes de marché.

Première étape : en 2007 les ménages américains, dont les revenus stagnent, notamment sous l’effet de la concurrence internationale, se trouvent dans l’incapacité de rembourser des prêts immobiliers attribués sans souci de garantie par les banques saisies d’ivresse. Depuis l’éclatement de la « bulle Internet » en 2000, la Réserve fédérale américaine maintient en effet des taux d’intérêts très bas, favorisant l’aventurisme des investisseurs.

Deuxième étape : en septembre 2008, la crise des subprime dégénère en crise bancaire, les bilans des établissements financiers se révélant farcis de crédits immobiliers insolvables ventilés aux quatre coins de la planète dans des produits financiers sophistiqués. Lehman Brothers chute ; la panique gagne ; les banques cessent d’accorder du crédit : l’économie est au bord de l’asphyxie.

Troisième étape : plutôt que de placer l’intégralité d’un secteur financier failli sous contrôle public, les gouvernements acceptent de le renflouer en l’état. Les Etats s’endettent hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie. Mais, après vingt ans de baisse continue de la fiscalité, les recettes ne suivent pas. Entre la fin de l’année 2008 et le milieu de l’année 2009, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. Dans les pays occidentaux, le chômage grimpe en flèche.

Quatrième étape : Requinqués par l’afflux d’argent public et la remontée des Bourses, stimulés par des taux d’intérêts quasi-nuls, banques et fonds d’investissements reprennent leurs affaires ordinaires. Pendant la tourmente boursière, beaucoup ont reporté leurs avoirs du marché actions (perçu comme incertain) vers celui des dettes publiques (réputé sûr). Mais celles-ci enflent dangereusement et ne servent qu’un faible taux d’intérêt. Le faire monter : telle est la conséquence de « l’attaque » spéculative sur la dette souveraine des pays « périphériques » de l’Europe entamée après la révélation du maquillage des déficits grecs – carambouille effectuée avec l’aide de la banque d’affaires Goldman Sachs.

Cinquième étape : Dès lors que les puissances publiques se refusent à stopper la spéculation par la loi et par une aide immédiate à la Grèce, un cercle vicieux s’enclenche : il faut emprunter pour payer la dette ; réduire ses déficits pour emprunter ; tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits ; abaisser les salaires, les prestations sociales et « réformer » les retraites pour réduire les dépenses publiques. Autant de mesures qui appauvrissent les ménages, obscurcissent les perspectives économiques et incitent les agences de notation à dégrader les titres de la dette souveraine…

D’abord présentée aux Etats, la facture adressée par les banques pour le prix de leur propre impéritie échoit alors à son destinataire final : les salariés.

Sixième étape : L’effondrement des dominos européens. Nous y sommes. Miroir de la désunion européenne, le plan d’aide à la Grèce entériné le 11 avril tente tardivement de concilier tous les antagonismes : l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) avec le sauvetage des apparences communautaires ; la mise sous tutelle d’Athènes et le principe de souveraineté nationale ; l’intérêt bien compris des banques françaises et allemandes, lourdement exposées à la dette grecque, et le Traité de fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit la solidarité financière avec un Etat membre (articles 123 et 125) ; le montant des prêts initialement prévus (45 milliards d’euros, dont 15 par le FMI) et les sommes désormais jugées nécessaires pour endiguer l’activité spéculative (deux, voire trois fois supérieures) ; le modèle économique rhénan qui comprime les salaires pour dilater les exportations, et les balances commerciales négatives de ses voisins ; l’agenda politique de la chancelière allemande Angela Merkel, confrontée à un important scrutin régional le 9 mai, et celui des dirigeants des pays les plus endettés qui voient l’orage spéculatif aborder leurs rivages.

En vertu de cet arrangement, la Grèce pourra emprunter à des taux moins élevés que ceux du marché (mais infiniment plus que ceux, pratiquement nuls, associés aux sommes débloquées sans limite par la Banque centrale européenne en faveur d’établissements privés en 2008 et 2009). Elle devra en contrepartie réduire de 5, voire de 6 points, un déficit budgétaire estimé à 14 % du produit intérieur brut. Une saignée violente, opérée prioritairement dans les budgets sociaux, mais déjà insuffisante aux yeux Berlin. Moins de dix jours après son annonce, les cortèges hostiles se succédaient dans les rues d’Athènes, le spectre du défaut de paiement planait sur l’Acropole, la crise de la dette souveraine gagnait la péninsule ibérique et les rumeurs d’éclatement de la zone euro se propageaient.

Faite d’improvisation, de crainte et de résignation face aux impositions de la finance, la réaction des Etats, des institutions européennes et du FMI se caractérise par l’absence de stratégie d’ensemble : on se contente de répercuter la contrainte des marchés tout en jurant d’y résister. Elle incite les pays membres à se démarquer mutuellement dans l’espoir d’échapper aux paris des investisseurs. Une fois les « partenaires » placés en situation de concurrence, c’est à qui exhibera le plan d’austérité le plus drastique. A Lisbonne comme à Athènes, à Dublin comme à Madrid, résonne un mot d’ordre unique : « rassurer les marchés » – un an auparavant, les dirigeants du G20 promettaient de les dompter. Au fond, la dynamique réfracte involontairement la logique réelle de l’Union européenne, promise à tous comme un espace de solidarité et finalement livrée au dumping social, salarial, fiscal et maintenant spéculatif… D’autres solutions s’offraient pourtant au choix des gouvernants.

Comme la mer qui se retire, la crise découvre la fragilité d’une construction qui, depuis son origine, repose sur un pari : l’union douanière et monétaire entraînera l’union politique et populaire. C’est peu dire qu’il est perdu.

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-30-Crise-financiere


Cette crise aura eu un effet positif : elle a mis en lumière évidente, indéniable pour tous, l’absolue avidité et absence totale de sens social des financiers. Ils s’en foutent que la bête crève sous eux,  ce qu’ils veulent c’est leur marge de profit et leurs dividendes… tout le reste, ils s’en foutent.

GRAND THEFT AUTO : L’ARNAQUE D’OBAMA SUR LES RETRAITES
[Greg Palast – 01/06/2009 – Trad. Grégoire Seither]
Tout le monde verse une larme sur la banqueroute de General Motors. Mais pour Jamie Dinon, il y a du bonheur dans la peine…. Et ce ne sont pas les 40 000 emplois contractuels (sur 60 000) jetés à la fosse commune qui vont lui gâcher sa journée.

Jamie Dimon est le PDG de la banque JP Morgan Chase. Il fait partie d’un petit groupe de privilégiés – en premier lieu Morgan et Citi – qui vont se faire rembourser 100% de l’argent qu’ils ont prêté à GM, soit la coquette somme de 6 milliards de dollars US.

Pendant ce temps là, les ouvriers de GM ont perdu leur emploi ainsi que leurs plans d’assurance maladie et retraite, ils voient s’évanouir les économies de toute une vie… Idem pour les actionnaires qui ne toucheront que dalle. Ou encore les nombreux créditeurs et sous-traîtants qui vont se retrouver le bec dans l’eau, assis sur des factures impayées; (…)

Les banques par contre, s’en tirent plus que bien !

Normalement, quand une entreprise fait faillite, tout le monde encaisse le coup : injuste ou pas, les ouvriers perdent leurs salaires, les actionnaires sont rincés et les créditeurs se répartissent les dépouilles. C’est ce que prévoit la Loi.

Mais la Loi dit aussi que les ouvriers ne peuvent se voir privés des sommes déjà versées (ou retenues sur leur salaire) au titre de leur retraite ou de leur assurance médicale post-retraite. Ces fonds ont été prélevés sur leur salaire et sont retenus en leur nom. Ils n’appartiennent plus à l’entreprise et ne peuvent donc pas être saisis lors de la procédure de faillite.

Et bien, cette fois ci, ça ne se passera pas comme ça. Steve Rattner, le « Monsieur Sauvetage Automobile » de Barack Obama a un autre plan : il veut s’accaparer la cagnotte du fonds de pension et s’en servir pour payer les dettes de JP Morgan et Citibank.

Voilà le plan: Rattner exige du tribunal des faillites qu’il autorise GM à taper dans la caisse de retraite c’est à dire l’argent que GM doit à ses ouvriers pour leur assurance médicale de retraite.

Ce fonds est constitué de liquidités, c’est à dire de l’argent sonnant et trébuchant. L’idée est de prendre cet argent et de le remplacer par de la monnaie de singe, ou tout comme : des actions GM. Le pourcentage d’actions GM pourra être de 17%… ou de 25%. Peu importe, 17% ou 25% d’actions, cela équivaut à…, euuh . . . ouais… dans tous les cas, je vous souhaite bonne chance le jour où vous voudrez payer votre dialyse ou votre hopital avec une poignée d’actions d’un constructeur automobile en faillite.

Par contre, selon Rattner, les banquiers de Citibank et de Morgan sont en droit, eux, d’exiger (et d’obtenir) le remboursement de l’intégralité de leur mise en bon argent, pas en monnaie de singe : 6 milliards de dollars, ici, maintenant et en cash… Et cela de la part d’une entreprise qui n’est même plus en mesure de payer ses sous-traitants, sans parler des factures médicales de ses employés.

Quel est le problème avec le fait de s’accaparer les fonds de retraite des ouvriers quand l’entreprise est en faillite ? Vous devriez le savoir, M. Obama, après tout, vous avez jadis donné des cours de droit : le problème c’est que c’est tout simplement illégal.

En 1974, sous la présidence Nixon, après une série de scandales et de faillites retentissantes de fonds de pension et de retraite, le Congrès des Etats-unis a passé la loi ERISA « Employee Retirement Income Security Act ». ERISA interdit aux entreprises ou aux repreneurs de saisir les fonds de pension des ouvriers – qu’il s’agisse de l’argent accumulé par retenues sur salaire ou bien les sommes collectées au titre de l’assurance médicale ainsi que les bénéfices de ces plans. Ce n’est pas de l’argent « en plus », c’est une partie des salaires de l’ouvrier qui a été prélevée et mise de côté en prévision de sa retraite et ses dépenses de santé.

Cet argent n’appartient plus à l’entreprise, il appartient en nom propre aux ouvriers… au même titre que l’argent que l’ouvrier a sur son compte en banque. Ce n’est pas parce que votre banque a des problèmes de sous qu’elle a pour autant le droit de venir taper dans votre compte.  (…).

En 1974, le Congrès savait très bien ce qu’il faisait. Il n’y a pas une entreprise aux Etats-unis qui n’ait pas eu envie un jour de se refaire une santé financière en tapant dans la cagnotte des retraites. A chaque fois ils se sont fait rappeler à l’ordre : cet argent ne leur appartient pas. Les ressources de ces plans de prévoyance appartiennent à la personne détentrice du plan, ce n’est pas l’argent de M. Dimon ou de M. Rubin. . .

Le Congrès avait également prévu la petite manip proposée par Rattner pour faire passer son pillage du fonds de pension de GM : ce n’est pas parce qu’il propose de remplacer les liquidités du fonds par des actions GM que la manoeuvre devient pour autant légale. Dans leur loi, les députés ont clairement prévu ce cas de figure en insistant sur le fait que les entreprises, en tant que garantes du fond, sont dans l’obligation de « gérer les sommes qui leur sont confiées de manière prudente et diversifiée afin de réduire les risques de pertes importantes pouvant mettre en péril la pérennité du fonds » »

Demandez à n’importe quel conseiller financier : « diversifier » et « éviter les risques » cela ne veut pas dire mettre tous ses oeufs dans le même panier et placer 100 % des retraites des ouvriers dans des actions d’une entreprise en faillite.

Si Rattner réussit son coup, cela créera un précédent qui permettra à n’importe quelle entreprise politiquement bien connectée ou bien en mal de liquidités d’aller taper dans la cagnotte des ouvriers pour jouer leur argent à la roulette.

Il n’est pas surprenant que les premiers bénéficiaires de ce plan seront les banques JP Morgan et Citibank. Ces deux établissements se sont déjà goinfrés plus d’un tiers des mille milliards de dollars d’argent du contribuable distribués sous forme d’assistance par le Trésor US et la Réserve Fédérale. Et ce n’est pas une coïncidence si Citi, le grand vainqueur, a versé plus de 100 millions de dollars à Robert Rubin, l’ancien Secrétaire au Trésor. Dans l’équipe de campagne de Barack Obama, Robert Rubin était « Monsieur Banques », chargé d’obtenir le soutien financier des grands groupes financiers U.S. Peu de gens ont remarqué que les plus grands contributeurs à la campagne de Barack Obama ont été les banques comme Morgan, Citi ou Goldmann-Sachs.

Jamie Dimon a de quoi être content : il récupère sa mise intégralement, il aura réussi à se mettre dans la poche non seulement les derniers vestiges de GM mais également le Secrétariat au Trésor de l’Administration Obama. Pas étonnant qu’il ait déclaré récemment au WSJ que ces douze derniers mois ont été « la meilleure année jamais vue chez Morgan ».

Ces derniers mois n’ont pas été mauvais non plus pour Monsieur Rattner. Quand il a été nommé au Trésor, les communicants autour d’Obama ont tenté de le présenter comme un « fils du peuple », un « militant ouvrier » ayant commencé sa carrière comme permanent syndical dans la sidérurgie.

On s’est bien gardés de vous raconter la suite de sa carrière : Rattner fait partie du tout petit cénacle d’investisseurs regroupé dans »Cerberus Capital », le fonds d’investissement qui avait « racheté » Chrysler. Enfin… « racheté » n’est pas vraiment le mot correct . Cerberus avait « racheté » Chrysler au même titre qu’un cannibale vous « invite » à dîner.

Cerberus n’a pas payé un seul centime pour s’approprier Chrysler – bien au contraire ! Les allemands de  Daimler Corporation ont payé des millions à Cerberus pour qu’ils les débarrassent de Chrysler. Cerberus a encaissé les millions, à désossé Chrysler pour vendre tout ce qui pouvait générer du profit… puis ils se sont débarrassés du cadavre détroussé de Chrysler en le refilant aux contribuables U.S..

Aujourd’hui, « l’homme de la rue » de l’administration Obama déclare une fortune personnelle d’environ un demi-milliards de dollars. Pas mal pour un « militant ouvrier ».

Economiste et journaliste, ancien négociateur syndical, Greg Palast est l’auteur de deux livres classés parmi les meilleures ventes du New York Times : « The Best Democracy Money Can Buy » et « Armed Madhouse ». Il est actionnaire GM et syndiqué depuis près de 30 ans chez UAW (United Automobile Workers).

http://www.gregpalast.com/grand-theft-auto-how-stevie-the-rat-bankrupted-gm/


[Le Monde Diplomatique – Avril 2009]
Le mal qui ronge la finance dévore à présent l’économie mondiale dont elle a tiré sa substance. Quand une banque s’écroule, une autre la rachète, garantissant ainsi que l’Etat devra la sauver, elle, puisqu’elle devient « too big to fail » (« trop grosse pour faire faillite »). Un peu partout, dans la précipitation et le couteau sur la gorge, le contribuable paie des milliers de milliards de dollars pour secourir les plus grandes institutions financières. Or nul ne sait combien d’« actifs toxiques » demeurent dans leurs entrailles, ni combien il va falloir encore payer pour acquérir la pile montante de leurs créances avariées. Le bilan de la déréglementation financière, le voilà.

Autrefois, le travail de banquier paraissait facile. On évoquait la règle américaine du « 3-6-3 ». Emprunter à 3 %, prêter à 6 %, partir jouer au golf à 3 heures. Maîtriser un tel exercice ne réclamait pas un bataillon de mathématiciens armés de modèles économétriques. Puis vient le tournant des années 1980. La « diversification » s’impose, la « prise de risque », le « décloisonnement », aussi. La loi américaine Glass Steagall de 1933 interdisait aux banques d’investir en Bourse. Semblable vieillerie héritée du New Deal est abolie dans l’allégresse de la nouvelle économie. Modernité oblige, les banques cessent de dépendre de la confiance de leurs épargnants (1).

Sans tarder, elles investissent dans de nouveaux placements — des « dérivés » de produits panachés à partir de créances qu’elles ont elles-mêmes un jour « titrisées »… Autant dire que les banquiers eux-mêmes comprennent à peine de quoi il retourne (un manuel de 150 pages serait parfois requis pour y parvenir), tout en appréciant ce que tant d’innovation leur rapporte. Prêter toujours davantage, dans l’opacité et avec toujours moins de fonds propres, voilà qui est risqué. Mais on vivait alors le temps des bulles, des expansions sans fin, des pyramides financières, des salaires de pharaon, ce qui encourageait de nouvelles fuites en avant (2). Fin 2007, des banques prêtèrent jusqu’à trente fois le montant qu’elles détenaient dans leurs soutes. Des assureurs comme American International Group (AIG) protégeaient leurs parcours de funambules…

Un jour, c’est-à-dire hier, la corde a cassé ; certains débiteurs des banques, ruinés et ne pouvant s’endetter davantage, ont cessé de les rembourser. Or ces dernières étaient fragiles puisqu’il suffisait qu’une fraction infime des emprunts qu’elles avaient consentis deviennent insolvables pour qu’elles fassent elles aussi faillite. Et leurs assureurs avec elles. Dégringolade de l’immobilier, chute de l’activité économique, flambée du chômage : comment les établissements financiers peuvent-ils à présent imaginer qu’ils vont se refaire ? Réponse : l’Etat — dont les commandes ont été parfois livrées à des petits génies en transit entre deux banques — veille sur leur sort.

Il est temps qu’il prenne carrément la direction des opérations. De toute manière, le salut de la finance ne dépend plus d’actionnaires privés, lesquels ne retrouvent des couleurs que quand un gouvernement leur annonce une nouvelle injection de fonds. Hérétique hier, quand même les socialistes français déréglementaient la finance (lire pages 6-7), la solution de la nationalisation des banques devient à ce point évidente — ou la calamité qu’elle empêcherait à ce point menaçante — que des parlementaires républicains la préconisent aux Etats-Unis. Des journaux aussi libéraux que The Economist s’y sont également ralliés (3).

Il paraît toutefois que, sitôt les banques purgées avec l’argent des contribuables, il faudrait les rendre à leurs actionnaires. Faire le ménage, en somme, puis restituer l’appartement à ceux qui l’ont saccagé. Mais pourquoi ? Des systèmes bancaires nationalisés ont impulsé à bon compte des décennies d’expansion. De quel bilan comparable les banques privées peuvent-elles encore se prévaloir ?

Serge Halimi.

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/HALIMI/16971

(1) Lire Ibrahim Warde, « Les assises du système bancaire détruites par la déréglementation », Le Monde diplomatique, janvier 1991 (disponible dans le cédérom du Monde diplomatique.

(2) En 2008, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Lehman Brothers et Bear Stearns ont distribué 20 milliards de dollars de bonus à leurs employés alors qu’elles venaient de perdre 26 milliards de dollars et faisaient appel à l’Etat pour les sauver. A Goldman Sachs, chaque employé reçut une moyenne de 362 000 dollars, salaire compris (The Wall Street Journal, New York, 20 mars 2009.)

(3) Editorial « In knots over nationalisation », The Economist, 28 février 2009


[Gregor Seither – IES Media Cooperative – 12/12/2008]

Mercredi dernier, dans la ville d’Oklahoma City, Thomas Wayne Garrett devait aller chercher sa femme à l’hopital où elle avait passé dix jours. Mais ce même jour, le facteur lui avait apporté un courrier de son propriétaire, à qui il louait la maison. Ruiné par la crise des « subprime », celui-ci avait été obligé de vendre la maison et lui ordonnait de quitter les lieux sous 48 heures. Comme des millions d’autres Américains, Tom Garrett était « evicted », jetté à la rue à l’àge de 60 ans,  le jour même où il devait ramener à la maison sa femme malade.

« Je suis allé chercher Cynthia à l’hôpital et j’ai fait le tour de la ville avec elle, a expliqué M. Garrett à la police. « Je ne savais pas comment lui dire, à sa sortie d’hôpital, que nous n’avions plus de maison où aller, que nous étions des sans-abri. Je ne savais pas comment lui annoncer la nouvelle, alors à un moment, je me suis garé sur le bas-côté, j’ai pris le calibre 38 dans la boite à gants et je l’ai abattue. »

Garrett a ensuite déposé sa femme grièvement blessé aux urgences puis a pris la fuite, avant d’être rattrapé par la police. Sa femme est dans le coma, avec très peu de chances de survie.


[Ayad Singh -IES Media Cooperative – 2/11/2008]
Ces cinq dernières années, sur les télévision US (Fox, CNN, CBS, PBS…), l’économiste Peter Schiff, président de la société d’investissements EURO PACIFIC CAPITAL, n’a cessé de tirere la sonette d’alarme, d’alerter sur les dangers de la bulle des « subprime », sur les « actions toxiques », sur l’avidité meurtrière des marchés, sur l’absence de garde-fous… A chaque fois les grosses têtes de la bourse se moquaient de lui, disaient « mais où va t’ils chercher tout ça, tout va bien, tout ira encore mieux demain »…

Dans cette compilation retraçant certaines de ses interventions à la télévision, entre 2005 et 2007, il affronte parmi les plus importants conseillers financiers de Wall Street (y compris Ben Stein) qui n’écoutent pas, le tournent en ridicule… tandis que les journalistes, éblouis par la célébrité des « Dieux de la Bourse » tournent Schiff en ridicule et le font paraître comme une cassandre imbécile qui gâche le plaisir des golden boys.

Avec le recul, le visionnement de ces séquences est incroyable: ces trois dernières années, Schiff annonce avec précision tout ce qui s’est produit depuis, montre les tendances, énonce les chiffres, sonne l’alarme… et tout le monde le regarde avec un sourire moqueur et lui dit « mais non, mais non ». On se croirait sur le « Titanic » le matin du 14 avril… .

http://uk.youtube.com/watch?v=2I0QN-FYkpw


[Michael Moore, Common Dreams, 29 septembre 2008 – Trad. Contreinfo]

Permettez-moi d’aller droit au but. Le plus grand holp-up de l’histoire de ce pays se déroule au moment même ou vous lisez ces lignes. Aucune arme à feu n’est utilisée, mais 300 millions de personnes ont été prises en otages.

Ne nous méprenons pas : Après avoir dérobé 500 000 milliards de dollars qui ont été empochés depuis 5 ans par leurs soutiens les profiteurs de guerre, après avoir garni de plus d’une centaine de milliards de dollars les poches de leurs amis les pétroliers depuis deux ans, Bush et ses potes – qui doivent bientôt quitter la Maison Blanche – sont en train de piller le Trésor américain de chaque dollar qu’ils peuvent récupérer. Ils prennent dans le coffre autant qu’ils pourront en emporter en se dirigeant vers la sortie.

Peu importe ce qu’ils disent, peu importe les mots terrifiants qu’ils emploient. Ils recourent encore une fois à leurs vieux trucs consistant à créer la peur et la confusion afin de rester parmi les 1% les plus riche. Il suffit de lire les quatre premiers paragraphes de l’article de la une lundi dernier dans le New York Times, pour comprendre la réalité du contrat proposé :

« Au moment même où les responsables politiques travaillent sur les détails d’un plan de sauvetage du secteur financier de 700 milliards, Wall Street commence à chercher le moyen d’en tirer profit.

Les entreprises financières ont exercé un lobbying afin que toutes sortes d’investissements en détresse y soient inclus, en plus de ceux qui sont liés aux prêts hypothécaires.

Dans le même temps, les firmes de gestion d’investissement intriguaient pour que leur soient confiés les actifs que le Trésor prévoit de sortir du bilan des établissements financiers, un rôle qui pourrait leur faire gagner des centaines de millions de dollars par an.

Personne ne veut rester à l’écart de la proposition du Trésor pour acheter les actifs douteux des établissements financiers.

Incroyable ! Wall Street et ses soutiens ont créé ce gâchis, et maintenant, ils prétendent faire le ménage en s’en mettant plein les poches. Même Rudy Giuliani fait pression pour que son entreprise soit retenue (et payée) pour « consulter » durant le sauvetage.

Le problème, c’est que personne ne sait vraiment ce que cet « effondrement » signifie. Le secrétaire au Trésor Paulson a admis lui-même qu’il ne connaît pas le montant exact nécessaire (il tout simplement sorti ce chiffre de 700 milliards de sa tête !). Le responsable du Congressional Budget Office a déclaré n’avoir pas trouvé de raison à ce montant et ne pouvoir l’expliquer à quiconque.

Pour autant, ils crient que la fin est proche ! Panique ! Récession ! La grande dépression ! Le bug de l’an 2000 ! La grippe aviaire ! Il faut voter le projet de loi sur le sauvetage aujourd’hui ! Le ciel nous tombe sur la tête ! Le ciel nous tombe sur la tête !

Il tombe pour qui ? RIEN dans ce plan de « sauvetage » ne fera baisser le prix de l’essence que vous mettez dans votre voiture pour aller travailler. RIEN dans ce projet de loi ne vous protégera contre la perte de votre maison. RIEN dans ce projet de loi ne vous donnera une assurance maladie.

L’assurance maladie ? Mike, pourquoi en parler ? Qu’est-ce que cela a à voir avec l’effondrement de Wall Street ?

Cela a tout à voir. Ce soi-disant « effondrement » a été déclenché par les défaillances massives et les saisies provoquées par les crédits hypothécaires. Savez-vous pourquoi tant d’Américains sont en train de perdre leurs maisons ? A en croire les Républicains, c’est parce que trop d’idiots de la classe ouvrière ont souscrit des prêts qu’ils ne pouvaient pas assumer.

Voici la vérité : La raison numéro un pour laquelle les gens sont ruinés c’est à cause des dépense de santé . Permettez-moi de l’exprimer clairement : Si nous avions eu une assurance santé universelle, cette « crise » des crédits hypothécaires pourrait n’avoir jamais eu lieu.

Ce renflouement a pour mission de protéger la masse obscène de richesses qui ont été accumulées au cours des huit dernières années. C’est pour protéger l’élite des actionnaires qui possèdent et contrôlent l’entreprise Amérique. C’est pour s’assurer que leurs demeures, leurs yachts et leur « style de vie » ne soient pas remis en causes tandis que le reste de l’Amérique souffre et se bat pour payer ses factures. Laissez les riches souffrir, pour une fois. Laissez-les payer pour ce sauvetage. Nous dépensons 400 millions de dollars par jour pour la guerre en Irak. Qu’ils mettre fin à la guerre immédiatement et nous fassent économiser 500 milliards de dollars supplémentaires !

Je dois arrêter d’écrire et vous devez arrêter de me lire. Ils organisent ce matin un « coup » dans notre pays. Ils espèrent que le Congrès agisse vite avant qu’il ne prenne le temps de réfléchir, avant que nous ayons une chance de les arrêter nous-mêmes. Alors, arrêtez de lire et faites quelque chose et faites le MAINTENANT !

http://socio13.wordpress.com/2008/10/01/par-michael-moore-le-plus-grand-hold-up-de-lhistoire-extraits/


[Gregor Seither – IES Media Services Cooperative – 10.10.2008]
Une petite poignée de collaborateurs de Lehman Brothers à New York – qui ont contribué à créer la plus grande faillite d’entreprise au monde – vont pouvoir se partager un paquet bonus de 2,5 milliards de dollars. Ce bonus, que d’autres membres de l’équipe Lehman à Londres ont traîté de « scandaleux », a été promis par le repreneur, Barclays Capital, la banque d’affaires britannique, qui a repris les opérations U.S. de Lehman Brothers et notamment les 10 000 salariés des bureaux de New York. (…)

Le document de reprise de faillite (Chapter 11 bankruptcy document) déposé par Lehman Brothers Holdings Inc précise que le repreneur, Barclays, a identifié HUIT individus parmi les 10 000 salariés de l’équipe de New York dont la présence est considérée comme « vitale pour la poursuites des opérations » ainsi que 200 autres « collaborateurs clés ». Les huit directeurs se sont vus proposer des contrats de deux ans dotés de salaires oscillant en 10 et 25 millions de dollars annuels. (…) Au total, cela représente une masse salariale approchant les 2, 5 milliards de dollars.

Interrogé par le quotidien The Independent, un des employés londoniens de Lehman a laissé libre cours à sa colère : « C’est un scandale sans nom. A l’avenir, je refuserais de travailler pour une entreprise américaine. Quand les choses vont mal, ils vous laissent tomber comme une vieille chaussette. De toute évidence, ils ont décidé de nous jeter à la poubelle. Aucune personne de l’équipe U.S. ne s’est manifesté auprès de nous depuis que nous avons déposé le bilan, lundi dernier. Et nous pouvons toujours courir pour toucher nos salaires »

Un autre employé a déclaré : « Cela fait 8 ans que nous travaillons pour Lehman, sans compter notre temps, les week-ends, les soirées, presque jamais de congés. Aujourd’hui, aux USA, toutes les grandes institutions financières ont été sauvées par le gouvernement et même Lehman Brother à New York va recevoir de l’argent… mais par contre, pour les employés en Europe, c’est une autre histoire. En ce qui nous concerne, on nous dit qu’il n’y a même pas assez d’argent pour payer nos salaires des deux derniers mois. »

Price Waterhouse Coopers, l’administrateur des opérations de Lehman en Europe a exigé de la maison mère qu’elle restitue la somme de 4,4 milliards de livres qui ont été transférés depuis les comptes britanniques de la société vers ceux de la Lehman Holdings U.S., quelques heures seulement avant que la société ne s’effondre.

Ce brutal retrait de liquidités avait mis la branche anglaise de Lehman dans l’impossibilité de payer les salaires de ses employés.


[Gregor Seither – IES Media Service Cooperative – 10.10.2008]
La semaine dernière, Ann Woolner, analyste chez Bloomberg, a fait une déclaration surprenante pour une employée d’un service d’information habituellement fort complaisant avec le capitalisme. Pour un peu, on aurait cru entendre Arlette Laguiller :

Dans cette crise financière, le plan de sauvetage proposé par l’équipe Bush est un véritable coup de pied dans les dents… les cadres de ces institutions financières, ceux qui ont provoqué cette crise, ceux qui ont poussé à la roue avec leur spéculation sans bornes, ceux qui, au minimum, n’ont pas fait leur travail et n’ont rien vu venir… tous ces gens là vont s’en mettre plein les poches avec l’argent du contribuable. Le plan de sauvetage, financé avec notre argent, va leur permettre de se sortir d’affaire et d’emporter avec eux des centaines de millions de dollars. Pendant ce temps là, nous – les pauvres petits contribuables – devons racler le fond de nos poches, mettre en péril nos plans d’avenir, et ceux de nos enfants.. simplement pour réparer leurs erreurs de jugements spectaculaires.

Tous ces champions de la finance, ces génies du capitalisme se sont bien gavés avec l’argent public… en contradiction totale avec leur idéologie « moins d’Etat » affichée toutes ces années.

Ainsi, Stanley O’Neal a reçu un « bonus de départ » de 161 millions de dollars quand il a quitté Merrill Lynch & Co. (vous vous souvenez de Merrill Lynch?), et ce n’était même pas un « parachute doré », juste une « rémunération exceptionnelle ». La société a fait faillitte un mois plus tard.

Angelo Mozilo, qui a mené Countrywide Financial Corp. à la faillite, a engrangé un bénéfice de 122 millions de dollars pour l’année 2007, rien qu’en stock options.

Embauché pendant trois mois à la tête de American International Group Inc., le PDG Robert Willumstad a reçu un « bonus » de 7 millions de dollars quand l’entreprise a mis la clé sous la porte. Pas mal pour trois mois de ‘travail’.

Bien sûr, avec la crise, la valeur du portefeuille de Richard Fuld, chez Lehman Brothers Holdings Inc. a perdu environ 1 milliard de dollars, mais – si l’on en croit un calcul de Fortune magazine – cela ne l’a pas empéché de faire un profit personnel de près de 500 millions de dollars à travers la vente d’actions.

Toujours selon Ann Woolmer, de Bloomberg :

Nous savons aujourd’hui que le prix de vente de ces actions était incroyablement surévalué, vu qu’il reposait sur des contrats subprime. Est-ce qu’il ne faudrait pas demander à Monsieur Fuld de restituer une partie de cet argent ? Ou la totalité de ces profits mal acquis ?

Au moins le gouvernement a t’il bloqué les 24 millions de dollars de « prime de départ » que les PDG de Fannie Mae et Freddie Mac, s’étaient votés juste avant que le gouvernement les nationalise, le mois dernier. « 

Faire cracher aux capitalistes leur argent mal acquis ? Quand on vous disait que Bloomberg s’était converti au bolchevisme pur et dur !!!!

En règle générale, il n’est pas facile de reprendre de l’argent ou des primes octroyées dans le cadre d’un contrat de travail, à moins qu’on ne puisse prouver que, d’une manière ou d’une autre, l’employé n’a pas respecté les termes de son contrat.

Mais cela vaudrait le coup d’essayer, au moins. Voici les options disponibles.

Jetons-les en prison. Si une enquête criminelle est dilligentée, le gouvernement peut saisir les sommes mal-acquises. Coupons les sangles des parachutes dorés et attrapons ces spéculateurs qui ont volé notre argent. Saisissons leurs comptes en banque, leurs investissements, leurs résidences secondaires, leurs avions privés et leurs yachts.

En juin dernier, la police fédérale a lancé un certain nombre de mandats d’arrêt contre des cadres de Bear Stearns Cos. et de gestionnaires de « hedge funds ». Fin octobre, le directeur du FBI, Robert Mueller a déclaré devant le Congrès des USA que son agence poursuiverait les responsables de cette débacle « aussi haut que nécessaire dans la hiérarchie ». Le problème est qu’il n’est jamais facile d’établir la preuve que les cadres supérieurs ont menti sciemment… les exemples Enron et WorldCom sont là pour nous le rappeler.

Bien sûr, il y a toujours la possibilité d’actions en justice de la part des actionnaires individuels.

Dans le cas de la faillite de WorldCom, les actionnaires ont gagné en justice contre la direction de l’entreprise et obtenu le remboursement de 18 millions de dollars de primes et bonus que les PDG s’étaient octroyés avant la chute. La direction de WorldCom a été obligée de réserver 20% de sa valeur nette pour le remboursement des actionnaires floués. A l’époque, les assurances des différents directeurs ont également dû verser un total de 36 millions de dollars en dédommagement aux actionnaires. Bon, de nos jours, bien sûr, demander à un assureur de payer le dédommagement n’est pas une très bonne idée. D’autant plus que, si c’est l’assureur AIG qui gérait ces contrats, ce serait encore une fois le contribuable qui paierait la note.

Chez UnitedHealth Group Inc., William McGuire, ancien PDG, a du prélever 30 millions de dollars sur ses fonds propres pour dédommager des actionnaires floués par une opération d’anti-datage de stock-options. Ce n’est qu’une partie des remboursements : dans un autre procès, McGuire a été obligé de restituer 600 millions de profits en stock options obtenues de manière frauduleuse. (…)


[Bill Bonner – Chronique Agora – 24/08/2008]

DES GENS RAISONNABLES PEUVENT-ILS CHANGER LE COURS DE L’HISTOIRE ?

Nous sommes sur le point d’assister à un drame gigantesque — un drame qui déterminera, en fin de compte, le destin des Etats-Unis d’Amérique… et de toute la race humaine.

Devant nous se trouve un danger clair et présent. Cela ne fait aucun doute. Quiconque se donne la peine de regarder le verra. Si nous ne faisons rien pour nous en protéger, les résultats seront soit désastreux soit fatals… nous ne savons pas lequel.

Cette semaine, le film d’Addison WIGGEN, I.O.U.S.A., sort en salles aux Etats-Unis. Ce n’est pas simplement un documentaire… c’est aussi une expression de l’espoir que nous plaçons dans l’espèce humaine. La question posée — le véritable thème de ce drame monumental — c’est de savoir si un groupe de gens peut changer le cours de l’histoire.

Vous voyez, cher lecteur, les Etats-Unis sont dans le pétrin. Rien d’inhabituel à ça — les pays se transforment en empires (quand ils n’ont pas de chance)… puis ils s’endettent trop… ils dépensent trop… ils en font trop. Selon l’ancien président de la cour des comptes américaine — et la star d’I.O.U.S.A — David Walker, les Etats-Unis étaient sous l’eau à hauteur de plus de 50 000 milliards de dollars en 2007. A moins d’agir rapidement, le pays va faire faillite.

Tout le monde sait que c’est vrai. Mais jusqu’à présent, rien n’a été fait pour corriger la situation. Trop de gens occupent trop de position au pouvoir — y compris le lumpen-électeur lui-même — et ont trop de raisons de vouloir que le système ne change pas. Ces gens obtiennent quelque chose en l’échange de rien — et espèrent reporter les coûts sur la génération qui les suit. Mais si les dépenses continuent de s’accumuler… toute la montagne de dettes va s’écrouler.

* Votre correspondant est fier d’avoir contribué à ce film. A l’origine, il était basé sur un livre que nous avons écrit avec Addison, L’Empire des Dettes. (…) Dans le film, nous soulignons que les empires en font toujours trop… et s’effondrent toujours. En regardant l’histoire, nous voyons que les choses se déroulent généralement sous forme de tragédie — souvent accompagnée par la défaite sur le champ de bataille et la faillite nationale. Néanmoins, la Fondation Peterson dépense un milliard de dollars, selon les articles de presse, pour donner la version Made in USA de cette antique fable, avec un happy end. Si on peut faire comprendre le problème aux gens, ils feront ce que qu’il faut… ou du moins c’est ce qu’on croit.

* Et voilà donc la question : est-ce que des gens doués de bon sens et pleins de bonnes intentions peuvent vraiment changer le cours de l’histoire ? Est-ce ainsi que les choses fonctionnent ?…

* Nous verrons, cher lecteur… nous verrons.

** Pendant ce temps à Lindau, en Allemagne, un groupe de 14 lauréats du Prix Nobel s’est rassemblé pour discuter des problèmes de la planète. Myron Scholes, qui a gagné son Nobel pour son travail sur l’évaluation des produits dérivés, a déclaré que la crise financière « n’est pas terminée, et je ne suis pas certain exactement du moment où elle prendra fin ». Il y aura « beaucoup de faillites d’entreprises », a-t-il continué.

* Joseph Stieglitz a décrit la cause du problème comme « une défaillance massive des cerveaux de l’économie ».

* Personne n’a été assez impoli pour mentionner que bon nombre des plus grands cerveaux étaient dans la pièce… et qu’ils avaient créé bon nombre des plus grandes folies de la bulle.


Le Wall Street Journal, bible des néo-cons, anti-Etat, anti-Impots, fanatique de la privatisation, du risque, de la « Main Invisible » découvre soudain les bons côtés du « Socialisme Honnète »…

Chers __tribuables, on vous prend vraiment pour des cons…

[Le Monde – 14/07/2008]

(…)

Après l’intervention de la Fed, en mars, destinée à empêcher la banqueroute de la banque d’affaires Bear Stearns, et les décisions annoncées dimanche par le Trésor américain concernant Fannie et Freddie, un débat s’engage maintenant aux Etats-Unis sur une réévaluation du rôle de l’Etat dans l’économie. Dès vendredi soir, Jan Hatzius, économiste en chef de Goldman Sachs, laissait entendre qu’une nationalisation en dernier recours n’aurait rien d’effrayant.

Samedi, dans un éditorial très remarqué et inhabituel, le quotidien new-yorkais des affaires The Wall Street Journal appelait lui aussi l’Etat à injecter des fonds et se porter au secours de Fannie Mae et Freddie Mac. Ces organismes se trouvent depuis longtemps au centre de vives critiques de la part des médias américains et des parlementaires. Pour l’opacité de leur gestion, d’abord. Pour, aussi, les relations très proches qu’ils entretiennent avec les plus hautes sphères de l’Etat, républicains et démocrates confondus, dont ils ont embauché régulièrement nombre de figures. Ainsi Frederic Malek, un ami de longue date de la famille Bush et ancien partenaire en affaires de l’actuel président, est-il membre du conseil d’administration de Fannie Mae.

« Nous ne sommes pas devenus socialistes, écrivait le quotidien financier. Mais le contribuable doit comprendre que Fannie et Freddie pratiquent déjà le socialisme, et le plus malhonnête qui soit. Leurs profits sont privatisés et leurs risques socialisés. Nous proposons une forme plus honnête de socialisme, avec une perspective de réforme de long terme. »

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/14/washington-vole-au-secours-du-systeme-financier_1073067_0.html


NOUVEL AVIS DE CATASTROPHE… PAS NATURELLE ?

[La Chronique Agora – 25/06/2008]

(…) Un an plus tard, il ne se passe pas une semaine sans que des rumeurs de fermeture de fonds ou de reprises d’actifs dans les bilans — comprenez, le remboursement d’une partie de leur argent à de gros clients qui sans cela auraient tout perdu — ne circulent dans les salles de marché.

Aujourd’hui, ce sont les fonds souverains qui détiennent les cordons de la bourse planétaire. Et eux, ils n’ont pas besoin de s’endetter pour prendre possession — comme on assemble patiemment un puzzle — des vaisseaux amiraux de la finance internationale et pour décider du destin de millions de clients probablement pour des décennies.

Il leur suffit d’attendre la prochaine vague de dépréciations d’actifs et surtout l’éclatement au grand jour de la bulle des CDS. A ce propos, selon le Financial Times, généralement bien informé, les monoliners Ambac, FGIC et MBIA seraient en train de négocier rien moins que l’annulation de 125 milliards de dollars de contrats d’assurance (CDS) couvrant des CDO (paquets de dettes synthétiques constitués de tous les dérivés de crédit à haut risque imaginables).

Pour rendre cette affaire plus parlante, imaginez qu’au lendemain du passage de l’ouragan Katrina fin août 2006, les principaux assureurs de la Nouvelle-Orléans aient demandé aux habitants des quartiers inondés de renoncer volontairement au versement des primes prévues en cas de rupture des digues, au motif que si chacun réclame son dû, les rehausseurs de crédit devront mettre la clé sous la porte… et si un tel cas de figure survenait, plus personne ne toucherait un seul centime dans tout le pays en cas d’accident de voiture, de vol ou d’incendie.

Les Etats-Unis — et de nombreux pays — disposent d’une parade pour sauver les réassureurs et, par ricochet, la confiance dans le système : elle consiste à décréter l’état de catastrophe naturelle dans les zones les plus gravement sinistrées.  C’est la solidarité nationale — le budget de la nation — qui se substitue aux entreprises privées… et personne n’y trouve rien à redire car il y va du salut de dizaines, voir de centaines de milliers d’individus.

Dans le cas de négociations visant à soulager les monoliners du fardeau des CDS, il s’agirait d’épargner à de richissimes institutions financières — ayant mal calculé leurs risques — la pénible obligation de verser des sommes colossales à leurs richissimes clients. Clients qui auraient abusé leur confiance avec la complicité des agences de rating qui notaient triple A des lingots de plomb recouverts d’une mince pellicule d’or fin.

De nombreux observateurs s’étonnent que les monoliners n’aient pas eu la tentation de gratter un peu la surface alors que les masses d’or qu’ils s’engageaient à couvrir représentaient symboliquement plusieurs fois la quantité extraite sur la planète Terre depuis les premiers pharaons d’Egypte. Ils ont assuré des pyramides de dettes plus imposantes que celle de Kheops alors que la totalité des stocks d’or connus représenterait l’équivalent des 15 derniers mètres de l’édifice !

Faut-il leur pardonner un tel aveuglement au nom de l’aléa moral sous prétexte que leur faillite entraînera celle d’une cascade d’autres institutions financières, dans le cadre d’une spirale qui ne serait pas sans rappeler la crise de 1929 ?

Pensez-vous que la Fed puisse sortir de son chapeau un nouveau décret de « catastrophe pas naturelle » sur le modèle de Bear Stearns ou de Northern Rock ? Pourra-t-elle faire jouer la solidarité, c’est-à-dire en appeler au contribuable ? N’oublions pas que nombre d’entre eux sont sous le coup d’une expulsion ou d’une saisie — sans état d’âme — ordonnée par ceux-là même qui les appelleraient maintenant à la rescousse…

Et tout ceci au nom de la sauvegarde du libéralisme et de la prétendue capacité des marchés à déterminer la juste valeur des actifs ainsi que la meilleure estimation des risques !

Beaucoup doutent à présent de la possibilité d’une telle issue… et il serait imprudent de miser sur l’altruisme des fonds souverains. Les choses pourraient donc rapidement mal tourner et cela se paye cash.

http://www.la-chronique-agora.com

 


[La chronique Agora – 27/05/2008]

Le Financial Times rapportait hier que selon Greenspan, il « y a toujours plus de 50% de probabilité de récession ».   Warren Buffett, de son côté, affirme que la récession est déjà une réalité. Et selon lui, elle sera « plus longue et plus profonde que le pensent les gens ».

* Pour les anciens, la définition d’une récession, c’était « quand votre voisin perd son emploi ». Lorsque vous perdez votre emploi, c’est une dépression. Combien de gens ont perdu leur poste dans le ralentissement actuel ? Pour une réponse à cette question, nous nous tournons vers ceux qui nous donnent les chiffres officiels de l’inflation — les apparatchiks du département du Travail US. C’est toute une histoire… et nous laissons Dana Samuelson, de Danagold, la raconter :

L’individu moyen juge une récession essentiellement par l’emploi. Si des postes sont disponibles, l’économie se tient. Si les emplois sont rares, l’économie va mal. Selon ce critère, l’économie américaine lutte vraiment, la main d’oeuvre étant en baisse sur chacun des quatre premiers mois de l’année.

Mais les gros titres, une fois encore, ne reflètent pas la réalité vécue par les Américains. A 5,0% en avril, en baisse par rapport à 5,1% en mars, le taux de chômage du Bureau US des statistiques de l’emploi est relativement bas selon les standards historiques.

Cependant, le nombre d’Américains sans emploi mais en âge de travailler — c’est-à-dire d’hommes âgés de 24 à 54 ans — est historiquement haut, à 13,1%. La plupart de ces gens ne sont pas qualifiés de chômeurs ; pourtant, ils sont sans emploi ».

« Pourquoi ces travailleurs potentiels n’apparaissent-ils pas dans les statistiques officielles ? En grande partie parce que la définition gouvernementale du chômage ne comprend que les gens qui n’ont pas d’emploi, ont cherché activement un poste durant les quatre semaines précédant l’enquête et sont actuellement disponibles.

Elle ne tient pas compte des personnes travaillant en indépendant et ne trouvant pas assez de contrats, des personnes qui travaillent à temps partiel ou seulement à la commission, et des personnes sous-employées (comme les agents immobiliers travaillant comme serveurs ou les courtiers en prêts hypothécaires transformés en caissiers de supermarchés).

Elle ne compte pas non plus ceux qui ont simplement abandonné la recherche d’emploi — une catégorie connue sous le nom de ‘travailleurs découragés’, que l’on définit comme des gens qui ne cherchent pas pour l’instant spécifiquement parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas d’emploi disponible pour eux.

Certains analystes affirment que cette catégorie bien particulière de chômeurs américains — qui pensent que leurs perspectives sont de plus en plus moroses, mais qui ne figurent même pas dans les calculs du taux de chômage — représente la triste situation de la main d’oeuvre du pays.

Selon les statistiques calculées par John Williams — une des principales sources de données économiques objectives — si l’on tenait compte des ‘travailleurs découragés’, le véritable taux de chômage d’avril est passé à 13,1%, en hausse par rapport aux 13,0% de mars. Voilà qui est récessionniste ! »

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html


[Addison Wiggin – Chronique Agora – 27/05/2008]

(Extrait du livre d’Addison Wiggin, Le Déclin du Dollar)

Une récession est un recul, un déclin du PIB, de l’emploi et du commerce. Il n’est pas étonnant de voir que la plupart des gens considèrent de telles forces économiques en termes de pertes d’emploi, ce qui n’est qu’un seul aspect de l’ensemble du tableau. Mais tout comme la récession a une signification large, il en va de même pour la reprise.

Par le passé, les récessions américaines résultaient d’une politique monétaire et de crédit stricte. Cela se traduisait par des difficultés à obtenir des prêts (surtout pour les propriétaires immobiliers et les petites entreprises). Un des symptômes d’une récession, c’était qu’on entendait les gens dire que leurs finances étaient « un peu justes ».

On entend rarement ce genre de choses actuellement. Pourquoi ? Parce que l’argent n’est plus « juste » de nos jours ; il a simplement de moins en moins de valeur. Les récessions à l’ancienne, et la politique monétaire stricte qui allait avec, forçaient les consommateurs et les entreprises à réduire leurs excès d’emprunts et de dépenses — ils devaient se serrer la ceinture. Ce changement de comportement finissait par rééquilibrer l’économie et le système financier. Moins recourir au crédit lors d’une récession est une forme de diète économique. Il faut maigrir, suite au resserrement monétaire, de manière à ce que l’économie puisse à nouveau entrer dans les pantalons moulants qu’elle portait l’été précédent. La plupart d’entre nous savent exactement ce que c’est, et ce que cela signifie.

Quelque chose a changé aux Etats-Unis. L’économie du pays est frappée d’obésité morbide, et ses citoyens ont abandonné depuis longtemps tout désir de perdre du poids. Ils achètent simplement des espérances de plus en plus grosses. Ils vivent dans une bulle.

Lorsque nous intervenons lors de conférences et parlons aux gens un peu partout aux Etats-Unis, nous sommes souvent surpris par le peu de connaissance qu’ils ont sur l’argent qu’ils mettent dans leur portefeuille. Depuis 1913 et l’approbation du Federal Reserve Act, le gouvernement fédéral a cédé à des intérêts privés le pouvoir sur l’argent qui lui a été expressément attribué par la Constitution. L’article I de la Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de battre monnaie et d’en réguler la valeur. Mais ce pouvoir a été délégué à la Fed, qui est, dans les faits, un cartel bancaire et ne fait pas partie du Congrès. Il ne s’agit pas là de politique ou d’économie ennuyeuse. En permettant à la Fed d’avoir ce pouvoir, les citoyens n’ont plus voix directe sur la manière dont la politique monétaire est décidée — non que cela soit très utile, de toute façon. La perte de l’argent sain — de l’argent adossé à un actif tangible, plutôt qu’à un procédé gouvernemental — est le déséquilibre principal affligeant le dollar.

Les passages du pic au gouffre constatés lors de récessions passées prouvent cet argument : les Etats-Unis ont modifié leur manière de prendre et perdre du poids économique, et ils ne retrouvent pas la santé comme avant ; quelque chose a radicalement changé et — comme dans des sables mouvants — le pays s’enfonce peu à peu.

Voilà pourquoi la crise du dollar est invisible. Personne ne veut vraiment s’y intéresser, et la Fed permet de l’ignorer en déclarant que tout va bien. Tant que les sociétés de cartes de crédit continuent de distribuer leurs rectangles de plastique et d’augmenter les plafonds des cartes, pourquoi s’inquiéter ? Voilà qui définit en une phrase le problème économique qui sous-tend l’effondrement du billet vert.

Un économiste balaierait ces changements d’un revers de la main, décrétant qu’ils sont cycliques, ou qu’il s’agit tout simplement du signe que, lors de la dernière reprise, la balance a penché du côté de la consommation — ce qui affecte l’issue du problème. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Si nous ne sommes plus prêts à accepter un resserrement monétaire comme une réalité indissociable de la partie baissière du cycle économique, comment pouvons-nous maintenir une croissance économique ? Combien en faudra-t-il ? Et que se passera-t-il lorsque les excès de dettes et de crédit, apparemment infinis, finiront par rattraper les Etats-Unis ?

(*) Addison Wiggin est le Directeur du Daily Reckoning, l’équivalent américain de La Chronique Agora. Mr Wiggin étudie, commente et écrit sur les marchés depuis plus de dix ans. Avec un master de philosophie de l’université de St John, il adopte un point de vue global et contrarien sur les marchés américains et mondiaux.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/AddisonWiggin.html


[La Chronique Agora – 20/05/2008]

Les derniers vendeurs sont en train de se faire lessiver — voilà une des rumeurs récurrentes depuis la publication des faux chiffres de l’inflation aux Etats-Unis mercredi dernier. Il s’agit de l’une des plus stupéfiantes opérations de falsification de l’indice des prix et de travestissement — à la soviétique — de la réalité économique de ces dernières années. Ce mensonge va cependant faire économiser des centaines de milliards de dollars à l’administration Bush d’ici les élections de novembre puisque ni les salaires ni les pensions de retraite ne seront revalorisés pour compenser l’effondrement bien réel du pouvoir d’achat.

Wall Street se réjouit bruyamment, avec en filigrane le même souci de véracité qui prévalait lors de la parution des comptes trafiqués d’Enron ou de Worldcom au début du XXIème siècle. Les initiés savaient que tout était faux mais ils savaient que les non-initiés — qui se ruaient vers la bourse les yeux fermés et le portefeuille grand ouvert — n’attendaient qu’un prétexte pour miser sur un avenir radieux.

Et ceux qui, hier, se préparaient à terminer les baissiers à coups de talon rageurs ont profité d’une statistique parfaitement anodine pour leur administrer le coup de grâce !

Ils ont feint de s’enthousiasmer sans retenue pour le rebond de 0,1% l’indice avancé des indicateurs économiques américains publié par le Conference Board. Compte tenu de la marge d’incertitude des modes de calculs hédonistes, ce tout petit 0,1% aurait aussi bien pu ne pas exister ou se transformer en -0,1% — qui aurait entériné un sixième mois consécutif de repli.

Vous nous objecterez que la marge d’incertitude aurait pu jouer à la hausse et déboucher sur une avance de 0,3%… soit ! Mais certains auraient eu des doutes — « trop beau pour être vrai » — et, de toute façon, il était prévu que Wall Street grimperait fortement hier alors que le week-end ne s’était achevé sur aucune mauvaise surprise géopolitique.

Nous sommes convaincus qu’en l’état actuel du rapport de force — totalement déséquilibré au profit des bulls, au détriment des bears — et deux mois jour pour jour après les planchers indiciels des 17 et 20 mars derniers, n’importe quelle justification saugrenue incitant à acheter du papier pouvait faire l’affaire. Le moment de tondre le troupeau, devenu majoritairement haussier, ne devrait plus tarder.

(…)

A tous ceux qui se laisseraient séduire par le climat de béatitude boursière actuelle, nous rappelons que la crise des subprime aux Etats-Unis est certes due à des excès d’avidité et d’aveuglement de nombreux intermédiaires financiers mais que cela ne retire rien au fait que l’épine qui a provoqué l’éclatement de la bulle immobilière à l’automne 2006, est l’envol du prix des carburants. Cet envol a eu une double conséquence destructrice : le début du cycle de resserrement des taux initié début 2005 — qui a renchéri le coût du crédit immobilier sans freiner la hausse des carburants — et l’érosion de plus en plus douloureuse du pouvoir d’achat des ménages américains. (suite…)


Le coût de la crise financière proche de 1 000 milliards de dollars, selon le FMI

[Le Monde – 08/04/2008]

Le Fonds monétaire international (FMI) a chiffré, mardi 8 avril, à 945 milliards de dollars (plus de 600 milliards d’euros) le coût de la crise financière actuelle pour le système financier mondial, dont 565 milliards générés par l’exposition des banques au secteur des « subprimes » (prêts immobiliers à risque).

« La crise a dépassé les confins du marché américain du subprime, pour toucher concrètement les principaux marchés immobiliers d’entreprise et d’habitation, le crédit à la consommation et le crédit aux entreprises« , a expliqué le FMI, dans son rapport semestriel sur la stabilité financière dans le monde.

C’est la première fois que l’institution financière internationale livre officiellement une estimation chiffrée des pertes globales des banques et autres établissements financiers dans cette crise née aux Etats-Unis. Mi-février, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, avait fait état d’estimations du Fonds évaluant à 400 milliards de dollars les pertes liées à la crise du crédit hypothécaire à risque américain. C’est ce chiffre qui ressort aujourd’hui, actualisé à 565 milliards de dollars. Le montant de 945 milliards de dollars inclut « d’autres catégories de prêts et de titres initiés ou émis aux Etats-Unis et se rapportant à l’immobilier commercial et au crédit à la consommation et aux entreprises », a précisé le Fonds dans ce rapport inhabituellement précis et sévère.

Le FMI et la Banque mondiale tiennent leurs assemblées de printemps les 12 et 13 avril à Washington, où ils examineront les développements de la crise financière. Lors de sa dernière assemblée, en octobre, le Fonds avait essuyé les critiques de plusieurs pays émergents, qui lui avaient reproché de n’avoir pas su anticiper la crise du crédit, apparue dans un pays riche, et d’en traiter les effets avec complaisance. « Le Fonds n’a pas eu grand chose à dire de constructif sur cette crise et a été très prudent dans ses recommandations et justifie cette prudence en arguant du caractère inédit des problèmes », avait notamment jugé le ministre des finances brésilien, Guido Mantega.

Mi-décembre, le nouveau directeur général de l’institution, Dominique Strauss-Kahn, avait annoncé une reprise en main du dossier. « Les événements survenus récemment sur le marché du crédit des pays développés ont montré que la stabilité financière nationale et internationale ne devait pas être considérée comme acquise », expliquait alors le FMI dans un nouveau programme de travail, dont l’échéance correspond à l’assemblée de printemps.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/04/08/le-cout-de-la-crise-financiere-se-rapproche-des-1-000-milliards-de-dollars-selon-le-fmi_1032439_3234.html


Et oui, comme toutes les croyances religieuses (et le mythe de la « main invisible du marché » n’est pas moins religieux que l’immaculée conception ou la réincarnation du Buddha), le capitalisme jette sa foi aux orties quand la crise survient, et court se réfugier dans les jupes de son vieil ennemi, l’Etat.

La prochaine fois qu’un néo-libéral vous chantera les louanges du marché, répondez-lui « subprime »…

[Check List du « Monde » – 08/04/2008]
Il faut agir. Agir avec force. Etre déterminé… Tous les analystes sont d’accord sur ce point et les exhortations se multiplient. Dans le FT (http://www.ft.com/cms/s/0/5196933c-0410-11dd-b28b-000077b07658.html) hier, M. Strauss-Khan souhaitait une action globale des gouvernement dans le secteur bancaire, l’immobilier et celui des marchés d’actions, en appui des politiques monétaires et fiscales.

Aujourd’hui, c’est un conseiller économique de l’UBS, George Magnus, qui demande une vaste intervention publique (FT) (http://www.ft.com/cms/s/0/ea24116c-04ae-11dd-a2f0-000077b07658.html). Cet appel à l’action publique est inhabituel.

En temps normal, les acteurs financiers préfèrent que les pouvoirs publics évitent de légiférer pour encadrer leur activité et préfèrent laisser « la main invisible » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Main_invisible) s’occuper de rétablir l’ordre sur les marchés. Mais cette fois, les répercussions de la crise se feront sentir longtemps.

El Pais (http://www.elpais.com/articulo/economia/Banco/Espana/augura/problemas/banca/crisis/prolonga/elpepueco/20080408elpepieco_2/Tes) rapporte ainsi que, selon l’institut d’émission et la banque BBVA, le secteur financier espagnol, ceux de la construction et de l’emploi vont pâtir de la crise des subprimes en 2009.

Certaines voix dissonantes se font toutefois entendre et mettent en garde contre un interventionnisme trop important des banques centrales (The Guardian) (http://www.guardian.co.uk/business/2008/apr/08/creditcrunch.globaleconomy).


La crise est dans la capitalisme comme l’orage est dans la nuée (pour paraphraser Jaurès)… A ce titre la caricature ci-dessous résume à merveille toute l’affaire…

Le plus grand désastre depuis 1929

[Steven Pearlstein, Washington Post, 5 décembre 2007 – traduction ContreInfo]

« Si tout ceci ressemble à un château de cartes, c’est bien parce que c’en est un. Et il va s’effondrer, avec de sérieuses conséquences non seulement pour les banques et les investisseurs, mais aussi pour l’économie dans son ensemble. »

Selon le journaliste écossais Charles Mackay, les hommes deviennent fous en masse, mais retrouvent la raison un par un.

Nous en sommes seulement au début du processus qui verra le monde financier retrouver la raison après l’éclatement de la plus grande bulle du crédit que le monde ait connue.

Tout le monde semble admettre maintenant qu’il y aura de nombreux emprunts impayés et que le prix des logements va chuter nationalement pour la première fois depuis la grande dépression. Des prêteurs et des fonds d’investissement sont en faillite, et les banques ont procédé à de douloureuses dépréciations et viré leurs directeurs. Il y a également un large consensus sur le fait qu’une récession est à l’horizon.

Mais croyez moi, nous n’avons encore rien vu.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que, contrairement à ce que vous avez entendu le président Bush déclarer, il ne s’agit pas uniquement d’une crise de l’immobilier et des emprunts hypothécaires. Les géants financiers qui ont créé, packagé, noté et assuré tous ces emprunts subprimes, sont les mêmes, administrés par les mêmes dirigeants, touchant les mêmes primes, utilisant les mêmes techniques financières et de gestion du risque, que ceux qui ont créé, packagé, noté et assuré les emprunts du secteur de l’immobilier d’entreprise, des crédits de cartes de paiement et des crédits finançant le rachat d’entreprises.

Il est très peu vraisemblable que ces établissements aient fait un meilleur travail dans ces autres secteurs que dans celui des emprunts hypothécaires. Mais l’étendue de leurs erreurs de jugement ne sera révélée que lorsque l’économie ralentira – ce qu’elle va sûrement faire.

Au cœur de ce désastre en cours, se trouvent les Collateralized Debt Obligation (CDO) (produits obligataires structurés) qui ont été à l’origine du boom dans l’immobilier et le crédit au début des années 2000. Durant les dernières années, le marché des CDO a explosé, donnant lieu non seulement à des prêts hypothécaires, mais à une expansion de toutes les formes de crédit. Selon certaines estimations, l’en cours des CDO serait de près de 2 000 milliards.

(suite…)


Couverture du magazine FORTUNEKrugman : les banques sont devenues folles (traduction)
[Contre-Info – 3 décembre 2007]

Qu’ont-ils fumé ? demande le titre de la dernière couverture du magazine Fortune, au-dessus des visages des dirigeants des grandes banques américaines, et des montants qu’ils ont perdu. La réponse c’est qu’ils étaient sous l’emprise de la drogue habituelle : l’avidité.

par Paul Krugman, New York Times, 24 novembre 2007

« Qu’ont-ils fumé ? » c’est la question qui est posée en couverture du dernier magazine Fortune, accompagnée de photos de dirigeants de grandes banques récemment remerciés, et du montant de leurs énormes pertes. La réponse est, bien sûr, qu’ils étaient sous l’emprise de leur drogue habituelle : l’avidité. Ils ont tous pris des décisions socialement destructrices, encouragés qu’ils étaient par un système de régulation déficient, qui aurait dû être réformé dès les scandales d’Enron et de WorldCom, mais qui ne le fut jamais.

En fait, l’effondrement de Wall Street provient directement du grand plongeon de l’immobilier. Ce plongeon était prévisible et avait été prévu. J’avais écrit dès le mois d’août 2005 « Les américains se logent dans des maisons payées avec de l’argent emprunté aux Chinois. Cela n’est pas viable à terme ».

Alors que les alertes se succédaient, Wall Street a continué d’entasser des titres hypothécaires douteux. La plupart des investissements fautifs qui secouent aujourd’hui le monde financier semblent avoir été fait dans la frénésie finale de la bulle immobilière, ou même après que la bulle ait commencé à se dégonfler. Selon Fortune, Merrill Lynch a effectué ses plus gros achats de créances douteuses au cours de la première moitié de cette année, après que la crise des subprimes ait déjà été connue du public.

Maintenant que la facture arrive, tout le monde va devoir payer – sauf les responsables. Pourtant les pertes subies par les actionnaires de Merrill Lynch, Citigroup, Bear Stearns et autres ne sont pas les pires. En termes humains, bien plus importantes sont les centaines de milliers, peut-être les millions de familles américaines piégées dans des affaires d’hypothèque qu’elles n’ont pas comprises, et qui doivent maintenant faire face aux augmentations vertigineuses de leurs traites, avec dans beaucoup de cas, la perte de leurs maisons.
(suite…)


Le contribuable aura déjà déboursé 1 600 milliards de dollars pour engraisser les marchands de canons et tuer des millions de gens en Irak et en Afghanistan, aujourd’hui il débourse 47 milliards pour sauver les dividendes des banques véreuses…. y a pas à dire, tous ces gouvernements néo-capitalistes qui ne cessent de nous dire qu’il faut faire des économies et qu’il n’y a pas d’argent pour l’éducation ou la sécu savent dépenser l’argent public à bon escient !

[Solidarité et Progrès – (la lettre de la secte larouchiste) 16 novembre 2007]
Suite à l’avalanche de pertes des grandes banques anglaises telles que HSBC et Barclays, et de l’américaine Citigroup (contraint d’emprunter à des taux de 2 % au-dessus du taux du marché), la réserve fédérale (Fed) s’est vue obligée, aujourd’hui, d’injecter quelques 47 milliards de dollars dans le système bancaire pour éviter un krach du système. Les incantations disant que « le pire est derrière nous » se sont révélées une fois de plus dérisoires et incapables de rendre efficaces les interventions de la Fed.
(…)
Selon l’agence Reuters, 47,25 milliards de dollars, est le montant le plus élevé depuis les attentats du 11 septembre 2001, quand les marchés avaient subit un plongeon spectaculaire tandis que les taux à court terme grimpaient vigoureusement.

Reuters constate également que depuis quelques jours les taux repartent à la hausse aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Citicorp a été contraint de payer le taux le plus élevé de son histoire pour émettre une obligation, 6,125 %.

Les grandes banques continuent à afficher des pertes colossales. Pour le troisième trimestre, le géant anglais Barclays a du déprécier 2,7 milliards d’avoirs liés au crédit hypothécaire à haut risque (subprime). HSBC, la plus grande banque d’Europe, fait passer en moyenne, chaque jour, 38 millions de dollars par pertes et profits !
http://www.solidariteetprogres.org/spip/article.php3?id_article=3515


Désolé, mais c’est trop bon de lire des trucs pareils dans « Le Monde » :-)))
(qui nous disait encore la semaine dernière que tout allait mieux)

[Le Monde 07/09/07]
« Les comportements que nous avons observés au cours des sept dernières semaines sont identiques sous bien des aspects à ce que nous avons vu en 1998, dans le krach boursier de 1987, l’effondrement du prix des terres en 1837 et la panique bancaire de 1907. » L’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, a souligné, vendredi 7 septembre, la gravité de la crise financière née de la défaillance des prêts à risque – subprime – aux Etats-Unis.

Gniark !