Spécial Vaseline



Goldman-Sachs est l’illustration archétypique de ce que l’on appelle la « Synarchie » – mais gare à vous si vous osez le dire. On va vous traîter de tous les noms, « conspirationiste » étant le plus gentil, « confusioniste » le moins méchant, voire carrément vous accuser d’être antisémite…  car bon, le nombre de détenteurs de passeports israéliens ou de membres du Likoud au sein du Top-Management de Goldman-Sachs est assez ahurissant… mais chut !   Et c’est rigolo de voir les capitalistes boursicoteurs des Publications Agora se réveiller soudain et entonner des trompettes Marxistes…

GOLDMAN-SACHS VOUS DIT MERCI !

[Philipe Béchade – Publications Agora – Février 2014]

Vous savez ce que vous êtes, cher lecteur ? Un « guignol ». Un pantin, une marionnette à qui l’on refile « les actions et autres produits dont on essaie de se débarrasser parce qu’on considère qu’ils ne présentent pas beaucoup de potentiel de profit ».  Un « éléphant » qu’il faut « chasser » — en le persuadant de faire des trades inutiles et inadaptés… mais qui rapportent gros à celui qui vous les a conseillés.

Mais après tout, pourquoi pas ?

  • Quand on est l’une des cinq plus grosses banques des Etats-Unis…
  • Qu’on compte, comme nous le verrons dans quelques lignes, des amis dans les principaux gouvernements et autorités financières de la planète…
  • Qu’on a le pouvoir de gonfler des bulles mondiales puis de les faire exploser — et de s’en mettre plein les poches dans les deux sens…
  • Quand on prétend — avec le plus grand sérieux — faire « le travail de Dieu »…

… Pourquoi se fatiguer à prendre des gants ?

On ne présente plus Goldman Sachs, que vous aurez reconnu sans peine dans cette édifiante description.

« Mais », me direz-vous, « je ne suis pas client de Goldman Sachs. En quoi est-ce que tout ça me concerne ? »

Eh bien… vous êtes sur le point de découvrir la réponse à cette question. Je préfère vous avertir : préparez-vous à en apprendre un peu plus que vous le souhaiteriez sur le « linge sale » de la haute finance.

Avec Goldman Sachs (comme avec pas mal d’autres grandes institutions boursières, bancaires et financières), on n’est jamais au bout de ses surprises.

  • Des surprises pas très reluisantes.
  • Des surprises dans lesquelles sont mouillés un nombre ahurissant de grands intervenants politiques et économiques de la planète.
  • Des surprises qui vous ont coûté cher, comme nous allons le voir dans quelques lignes.

Vous pensiez tout savoir sur « GS » ? (Autant l’appeler par son petit nom, puisque nous sommes sur le point d’aller regarder d’un peu plus près ce qui se passe dans les cuisines…)  Vous vous trompiez. Mais avant d’aller plus loin… (…) : vous allez voir que même sans être client de GS… les opérations de la firme ont déjà coûté une somme considérable aux contribuables du monde entier — dont vous. (suite…)


Pourquoi protège-t-on les banques ? Quelle est leur contribution au marché de l’emploi ? A la richesse sociale ? Quelle fonction remplissent-elles qu’une « Banque Nationale des PME » ne pourrait remplir vis à vis du tissu économique ?

Paul Samuelson, Simon Kuznets, Friedrich Von Hayek, Arthur Lewis, Theodore Schultz… tous Prix Nobels d’économie, ont montré dans leurs travaux que la Banque est une activité régalienne qui montre sa véritable utilité sociale quand elle est gérée par la collectivité nationale. Il n’y a qu’à voir, lors de la dernière crise économique, les pays ultra-capitalistes ont tous quasi nationalisés leurs banques…

[Boulevard Voltaire – 05/01/2013]

Fin décembre, au micro d’Europe 1, dans l’émission « Médiapolis », Michel Rocard fut l’auteur de déclarations on ne peut plus intéressantes qui, malheureusement, ne furent pas l’objet de reprises dans les autres médias. Le propos de Michel Rocard est le suivant : la réforme de la Banque de France de 1973 a interdit que celle-ci prête à l’État à taux zéro.

L’État est donc allé emprunter avec intérêt sur les marchés privés. Si nous en étions restés au système précédant, qui permettait, répétons-le, à la Banque de France de prêter à l’État à taux zéro, notre dette serait de 16 ou 17 % du PIB, soit bénigne.Les deux journalistes chargés de l’interviewer ne réagirent pas, comme si Rocard avait dit là une banalité. Pourtant, il venait de leur dire que tous les fameux« sacrifices », prétendument inéluctables, auxquels le peuple français devait consentir, ou encore la rigueur imposée par le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), n’étaient pas une fatalité mais la résultante d’un choix de politique de dette.

Et d’ajouter que, contrairement à ce qui est véhiculé depuis des années dans les grands médias, la France n’avait pas vécu « au-dessus de ses moyens » mais qu’elle avait dû débourser, au titre d’un simple jeu d’écriture, alors qu’aucune nécessité économique ne l’exigeait, des centaines de milliards d’euros constants au profit des marchés financiers. Il leur disait encore que la crise des dettes souveraines était parfaitement artificielle et qu’il suffirait de revenir à la création monétaire publique pour qu’elle soit réglée sans heurt. Mais nos journalistes, disions-nous, ne bronchèrent pas.

Michel Rocard, en revanche, se moque un peu du monde quand il affirme que la loi de 1973 fut simplement adoptée pour « imiter les Allemands », comme si l’objet de cette loi était de limiter l’inflation. Non. Cette loi a simplement permis de créer un marché interbancaire des obligations d’État. Contrairement aux thèses libérales vieillottes, les marchés ne naissent jamais « spontanément ». Ils sont des créations politiques ad hoc, comme, par exemple, le marché des devises, résultant de la mise en place du système de change flottant.

On peut également déplorer que Michel Rocard ne nous ait pas dit pourquoi il ne tenta pas, du temps où il était Premier ministre, d’abroger cette loi « stupéfiante » selon ses propres dires et pourquoi le sujet est aujourd’hui encore tabou. Mais ne soyons pas trop dur avec Michel Rocard. Reconnaissons-lui d’avoir mis un terme à la conspiration de silence et de l’ignorance qui sévit depuis des décennies dans la classe politique française.

http://globalpresse.wordpress.com/2013/01/05/quand-michel-rocard-devoile-le-pot-aux-roses/


[Bakchich – Lucie Delaporte – 19/01/2011]

En rupture avec le Medef, qu’il représentait au sein de différents organismes paritaire, Eric Verhaeghe publie un livre détonnant. Très instructif sur le prêt-à-penser patronal. [ Jusqu’ici tout va bien, de Eric Verhaeghe, Editions Jacob-Duvernet, 190 pages, 19,90 euros.]

Il a claqué la porte du Medef la semaine dernière, avec un sens incontestable de la mise en scène. Eric Verhaeghe, directeur de l’APEC et représentant du Medef dans plusieurs organismes paritaires, convoquait la presse pour annoncer qu’il renonçait à tous ses mandats tout en annonçant la sortie le jour même d’un livre : Jusqu’ici tout va bien sous-titré « énarque, membre du Medef, président de l’APEC, je jette l’éponge ». Un livre en forme de coup de gueule contre le prêt à penser patronal en matière économique qui est aussi celui, bien souvent, des élites politiques et administratives.

Pour lui, la crise financière de 2008 a été une révélation, un tremblement de terre faisant s’écrouler l’édifice de certitudes patiemment acquises des bancs l’ENA aux salons feutrés du Medef. Au départ, il faut bien le dire, on est pourtant surpris, voire déçu, par la déconcertante naïveté de ses découvertes. Ah bon, la libéralisation forcenée de nos économies n’aurait pas apporté un mieux-être pour tous ? Comment, les inégalités n’ont cessé de se développer depuis vingt ans et tout sacrifier au dogme de la croissance est un non-sens ? Quoi, «  loin du romantisme entrepreneurial », « les grandes fortunes ne sont pas entre les mains d’acteurs isolés mus par un individualisme aventureux » … Bienvenue sur Terre !

A moins que le plus intéressant ne tienne peut-être justement à ce que, dans les cercles patronaux, dans les hautes sphères de l’administration où il a navigué, ces vérités sont donc toujours aussi difficilement audibles.

L’EMPLOI ? LE MEDEF N’EN A CURE

Eric Verhaeghe décrit ainsi un monde patronal « tout entier guidé par des certitudes acquises sur le tas : refaisons partir les affaires, ce qu’on appelle la croissance, et pour cela diminuons les charges et les contraintes, et tout le reste suivra ». Et tant pis si, dans les faits, « la croissance se traduit pas un regain de pauvreté et un approfondissement du fossé entre de moins en moins de gens de plus en plus riches, d’une part, et de plus en plus de gens de moins en moins riches d’autre part » note-t-il en citant la très peu gauchiste OCDE.

L’emploi ? le Medef n’en a cure, explique-t-il. « Certes, il existe bien une commission des relations du travail mais son positionnement est essentiellement tourné vers une négociation du droit du travail. Les enjeux économiques de la création d’emploi sont pour le reste très peu traités avenue Bosquet voire complètement ignorés, sauf sous la litanie de l’allègement des charges » Au bout de six mois, le Medef enterrera cette commission fantoche.

Candide au pays des merveilles patronales, Verhaeghe décrit une caste coupée du monde, ressassant ses lubies : « Très vite, j’identifiai dans ce monde étrange un code implicite que je mis longtemps à déchiffrer : la critique de l’Etat et des fonctionnaires. Elle est un passage obligé de toute réunion au Medef. Pour y être reconnu il faut sacrifier à la litanie de l’Etat incapable, des fonctionnaires fainéants et incompétents » Pourtant quand il propose, à l’allemande, la neutralité de l’Etat dans les négociations paritaires, les patrons haussent les épaules et notre Candide découvre alors le «  lien congénital entre le patronat français et l’Etat » le premier ayant trop besoin du second pour maintenir ses avantages.

UNE ARISTOCRATIE JAMAIS ASSEZ RÉMUNÉRÉE

La démonstration qu’il propose à titre d’exemple sur la question de la baisse du coût du travail est, sur ce point, extrêmement convaincante. A force de brandir le spectre du chômage et des délocalisations, avec une récurrente mauvaise foi, explique-t-il, « la conviction s’est faite avec une telle force auprès de l’opinion, concernant le coût du travail, que les pouvoirs publics ont cru nécessaire de prendre des mesures fortes pour répondre à la question posée par les détenteurs du capital. » En réalité, « le travail ne coûte pas trop cher mais l’aristocratie ne s’estime pas assez rémunérée », écrit celui qui a décidément rompu avec la langue diplomatico-technocratique des énarques. Qu’importe si tout porte à croire que l’impact sur l’emploi de ces allègements de charge a été quasi nul, il a représenté un colossal cadeau aux entreprises. Et il serait donc idiot de la part du Medef de ne pas continuer à entonner ce sempiternel refrain, puisque cela « prend » si bien.

Les passages sur le fonctionnement des organisations paritaires où il siège sont aussi assez savoureux. A la CNAV (caisse nationale d’assurance vieillesse), que le Medef réintègre en 2008 pour « participer au débat sur les retraites », les partenaires sociaux ne seront bien sûr jamais d’accord. « En attendant il fallait siéger. …Il fallait trancher sur différents problèmes de communication ; La partie syndicale s’est étripée pendant deux heures sur la musique d’accueil du standard téléphonique de la caisse. Certains la trouvait trop longue, d’autres trop chargée de notes… On mesure la farce que constitue la présence des partenaires sociaux dans cette instance ».

Depuis la sortie de son livre, la FFSA, la puissante fédération des assurances où il détenait encore un mandat, a entamé une «  procédure disciplinaire » contre lui. Mais Eric Verhaeghe n’a, semble-t-il, pas l’intention de se taire.

http://www.bakchich.info/Medef-confession-d-un-repenti,12826.html


En route vers le précipice

[Bill Bonner – Chronique Agora – 06/12/2010]

▪ Le problème, avec le système financier actuel, avons-nous dit à un reporter de Bloomberg, c’est qu’il est basé sur la fraude.

A la base, on y trouve la devise papier — qui est elle-même une forme de tromperie. Elle fait semblant d’être de l’argent réel. Ce qui est vrai — dans le sens où on peut l’utiliser pour acheter des choses. Mais elle a tendance à mentir. Tout ce que les autorités ont à faire, c’est d’actionner la planche à billets : elle vous dira que vous êtes bien plus riche que ce que vous êtes vraiment.

Cette sorte de sottise dure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les autorités américaines, entre autres, ont systématiquement augmenté la quantité de devise papier… menant les gens à croire qu’ils avaient plus de pouvoir d’achat qu’ils n’en avaient vraiment. Aujourd’hui, un dollar ne vaut plus que 3% de ce qu’il valait il y a 100 ans.

Mais ce n’est que le début de l’escroquerie. Les autorités ont également systématiquement sous-valorisé le crédit — convaincues que la clé de la prospérité réside dans le crédit et les dépenses de consommation, plutôt que dans l’épargne et la production.

Le système a ses architectes et ses opérateurs — tous des escrocs et des charlatans. Ils font semblant de pouvoir gérer la devise et l’économie. Pourtant, ils ne comprennent pas comment fonctionnent les éléments les plus basiques d’une vraie économie. La richesse ne naît pas de la consommation… elle naît de la production.

Les gestionnaires affirment pouvoir manipuler si bien l’économie qu’ils peuvent améliorer ses performances… En d’autres termes, selon eux, ils peuvent faire en sorte que l’économie se comporte mieux qu’elle ne le ferait seule… mieux qu’elle a fonctionné naturellement ces 2000 dernières années. En éliminant les retournements cycliques, les autorités nous ont dit que nous serions tous plus riches… et libres de la volatilité qui nous affligeait jusqu’à maintenant.

▪ Les dirigeants bidouillent et simulent donc… improvisant… et inventant au fil des événements. Ils augmentent les taux… puis les baissent. Ils introduisent plus de devise papier quand ça leur convient, et changent les règles bancaires selon ce que suggèrent leurs théories.

Quand il se passe quelque chose de « mauvais » — défini comme une chose qu’ils n’apprécient pas, ils se précipitent pour régler le problème. Mais avec quoi peuvent-ils le faire ? Un peu de sparadrap monétaire. Un peu de fil de fer budgétaire, aussi.

Leurs remèdes ne sont pas entièrement aléatoires ou hasardeux. Ils sont biaisés — vers plus de crédit, plus de dépense, plus de liquidités et plus de spéculation. S’ils resserrent les taux un mois, ils les desserrent ensuite pendant deux mois. S’ils enregistrent un surplus dans les comptes de la nation une année, ils enregistrent des déficits durant les cinq suivantes.

Peu à peu, de plus en plus de dette, d’erreurs, de mauvais jugements et de spéculations insensées s’accumulent. Puis les autorités se retrouvent sous pression… passant d’une crise à une autre… fournissant du crédit à un zombie… un renflouage à un autre… et de la viande crue à un troisième.

Puis, soudain, la discipline et les contraintes qu’elles s’imposaient cèdent comme une corde usée. Les banques centrales et les autorités financières prennent alors le mors aux dents… s’abandonnant aux trucages et à la fraude inhérents à leur profession. La Banque centrale européenne annonce qu’elle fournira « des liquidités illimitées » à ceux qui en ont besoin pour lutter contre une crise de la dette sur le Vieux Continent. Dans le Nouveau Monde, la Banque de Ben Bernanke renfloue déjà des grandes banques en Amérique du Nord en plus de celles de l’Europe. Et partout, les autorités sont prêtes à se soutenir les unes les autres… et à financer le FMI… avec encore plus de monnaie papier et de crédit…

… tous tentant désespérément de maintenir l’intégrité du système.

Et les voilà bras dessus-bras dessous — la Fed, la BCE, l’Europe et les Etats-Unis… sans oublier le Japon et la Bank of Japan. En route… vers le précipice.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html


Dans le même esprit, encore plus fulgurant, il faut lire (et relire) « L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes » (Ed. Climats, 1999)  de Jean-Claude Michéa…

Vous avez, messieurs, parfaitement raison sur un point : les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents. Mais vous avez patiemment, minutieusement, laborieusement transformé l’école de la république en un immense tube digestif. Une machine à bouffer de l’humain.

D’un tube digestif il ne peut sortir que de la merde. C’est pas du management, c’est de la biologie.

[Affordance.info – reprise sur OWNI – 15/10/2010]

Elle s’appelle Laurence. Comme 16 000 autres enseignants, elle est la génération “master”. Elle s’est retrouvée en septembre devant une classe pour faire cours. Et elle n’y est pas arrivé. On ne le lui avait tout simplement pas appris. Depuis elle est sous anxiolytiques. Des histoires comme celle de Laurence, des histoires de jeunes profs en dépression après quelques semaines d’enseignement, il y en avait déjà plein, bien avant la réforme de la masterisation.

Et puis, il n’y a pas que des Laurence dans la vie. Il y a aussi des Claire, Claire qui n’est pas tombée dans un lycée difficile, qui n’est pas en face d’enfants difficiles, qui, pour différentes raisons, a peut être plus de facilités que Laurence avec la gestion d’un groupe, avec la discipline, avec le rapport aux autres. Bien sûr qu’enseigner est un métier qui s’apprend. Mais l’on sait également que chacun fera des choses différentes de l’enseignement reçu, en fonction de ses capacités personnelles, de son milieu social et culturel, des classes et des élèves en face desquels il finira par se retrouver.

Oui mais voilà. Laurence a reçu une lettre. Une lettre de l’inspecteur d’académie. Dans sa lettre l’inspecteur lui écrit:

Laurence, si vous ne vous sentez pas capable de faire ce métier, il faut démissionner.

C’est vrai quoi, les places sont chères, et il y a sûrement plein de Claire qui attendent un poste. Dans sa lettre l’inspecteur lui écrit aussi :

Laurence, les elèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents.

C’est vrai quoi, surtout quand il s’agit d’élèves difficiles.

Oui mais voilà. Laurence, elle avait envie et tout aussi certainement besoin de faire ce métier. Apprendre le programme d’histoire ou de mathématiques ou de français, ça Laurence y est très bien arrivée. C’est une partie du métier qu’elle avait choisi. Mais apprendre comment on fait passer un programme d’histoire, de mathématiques ou de français à une classe de 32 élèves de 13 ou 14 ans, ça, on ne le lui apprend plus à Laurence. On la met devant les élèves, on lui colle un “tuteur” enseignant – qui n’est souvent même pas dans le même lycée ou collège qu’elle – et on lui dit débrouille-toi Laurence.

Messieurs.

–Monsieur l’inspecteur d’académie dont je ne connais pas le nom,
–Monsieur Luc Châtel, ministre du management national et de l’éradication nationale des psychologues scolaires**,
–Monsieur Xavier Darcos, ancien ministre de l’éradication nationale de la formation des enseignants,

Vous avez tous les trois des métiers qui doivent certains jours vous paraître aussi difficiles que celui de Laurence. J’ignore si vous êtes ou si vous avez été sous anxiolytique. Que vous portiez tous les trois l’écrasante responsabilité de l’effondrement programmé d’un système, celui de l’instruction publique, passe encore. Que vous ou votre mentor, vous réclamiez régulièrement de l’héritage de Jaurès ou de Jules Ferry, passe encore. Vous pouvez “jouir pleinement de la supériorité reconnue que les chiens vivants ont sur les lions morts” (Jean-Paul Sartre). Après tout, vous êtes nommés ministres ou inspecteur, vous êtes convaincus que le secteur privé peut assurer des missions qui incombaient jusqu’ici aux services publics, dans l’éducation comme ailleurs, et vous mettez en oeuvre le programme permettant de faire aboutir vos idées. Donc acte. “C’est le jeu”. Mais la lettre que vous venez tous les trois d’envoyer à Laurence signe la fin de la partie.

Avec cette lettre cesse le jeu et commence l’indéfendable. Supprimer la formation des maîtres, placer ces nouveaux maîtres “dans des classes”, attendre que certains d’entre eux s’effondrent, et leur signifier par courier hiérarchique que “les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents” et que le cas échéant ils feraient mieux “de démissionner”, est une stratégie managériale ayant effectivement déjà fait ses preuves, et dont l’avantage est de révéler à ceux qui l’ignoreraient encore l’étymologie du mot “cynisme”. Comme des chiens. Vous avez, “messieurs qu’on nomme grands”, merveilleusement contribué à l’enrichissement de l’horizon sémantique du cynisme : ce qui était au départ le seul mépris des convenances sociales, désignera désormais également le total et absolu mépris de l’humain.

Un nouveau cynisme dont l’alpha et l’oméga est constitué de la seule doctrine managériale. Une machinerie implacable, chez France Télécom comme dans l’éducation nationale désormais, qui fabrique des Laurence dans le seul but de les broyer, pour s’économiser l’annonce d’un énième plan social, pour accélérer encore un peu le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Vous avez, messieurs, parfaitement raison sur un point : les élèves ont le droit d’avoir devant eux des enseignants compétents. Mais vous avez patiemment, minutieusement, laborieusement transformé l’école de la république en un immense tube digestif. Une machine à bouffer de l’humain.

D’un tube digestif il ne peut sortir que de la merde. C’est pas du management, c’est de la biologie.

J’ai souvenir d’une école de la république d’où sortaient des citoyens.

http://owni.fr/2010/10/14/lettre-a-laurence


[La revue de presse de Pierre Jovanovic – 15/08/2010]
Paul Krugman, le prix nobel et éditorialiste du NYTimes a publié un article qui aurait dû être repris par toute la presse européenne. Rien. A la une du journal, il explique que les Etats sont en train d’éteindre leurs lumières et de fermer les routes qu’ils ne peuvent plus entretenir faute de moyens:

« The lights are going out all over America — literally. Colorado Springs has made headlines with its desperate attempt to save money by turning off a third of its streetlights, but similar things are either happening or being contemplated across the nation, from Philadelphia to Fresno« . Pendant que les vampires des banques se mettent des millions dans leur portefeuille, le système urbain part en c… selon l’expression populaire.

Kruggman insiste sur que le fait que certaines routes sont même « dépavées »: « Meanwhile, a country that once amazed the world with its visionary investments in transportation, from the Erie Canal to the Interstate Highway System, is now in the process of unpaving itself: in a number of states, local governments are breaking up roads they can no longer afford to maintain, and returning them to gravel« .

Vous voyez à quel point notre presse nationale est muselée, ou aveugle, au choix. « Teachers are being laid off; programs are being canceled; in Hawaii, the school year itself is being drastically shortened. And all signs point to even more cuts ahead« .

Le plus sidérant avec les Américains est qu’ils ne se révoltent pas de voir leur pays détruit par le plus grand hold up jamais réalisé sur le peuple par une poignée d’oligarques.

http://jovanovic.com/blog.htm


Rappelez vous que – depuis la suppression de la pub – RADIO FRANCE vous appartient, puisque c’est VOUS QUI LA PAYEZ… un petit rappel vis à vis du pouvoir serait opportun…

[Daniel Schneiderman – Arrêt sur Images – 23/06/2010]

Cette fois c’est fait, c’est clair, c’est net : virés ! Virés sans ménagements, les humoristes de France Inter, Stéphane Guillon et Didier Porte. Virés en étant traités de « petits tyrans » par leur désormais ex-patron, Jean-Luc Hees, nommé à la présidence de Radio France par le bon vouloir de Sarkozy. Mince consolation : ce double licenciement a été vécu en direct par les auditeurs.

Parce que cette journée du 23 juin, par sa brutalité, restera dans les annales de l’audiovisuel public et de la liberté d’expression, nous avons voulu que vous puissiez en voir et écouter les principaux moments. Regardez donc Stéphane Guillon dans sa dernière chronique matinale, traiter France Inter de « station de gauche qui licencie comme la pire entreprise de droite »; écoutez Didier Porte annoncer en direct au Fou du Ro i qu’il a reçu sa lettre de licenciement ; écoutez Stéphane Bern, sous le choc, prévenir qu’il prend ce vidage comme un « désaveu personnel », et annoncer qu’il en « tirera les conséquences »; écoutez enfin Jean-Luc Hees expliquer sa décision, et renvoyer Bern dans ses cordes, sur le mode « ça ne coûte pas cher de se déclarer solidaire trente secondes ».

Notre enquête complète est ici.http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3111>  (1)


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

A partir des années 1980, et de façon plus marquée à partir de 1990, la proportion de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté dans le monde a commencé à régresser. Si l’on calcule le PIB moyen par habitant (exprimé en parité de pouvoir d’achat) de chaque pays, et qu’on le multiplie par le nombre d’habitants de ce pays, il s’avère que l’écart entre les pays les plus pauvres et les pays les plus riches régresse sur la période. Cette donnée est souvent présentée comme un des succès majeurs de l’économie ouverte de marché : des millions de Latino-Américains, de Chinois, d’Indiens et d’autres Asiatiques ont pu constituer une classe moyenne dont le niveau de vie se rapproche de celle de l’Occident. Cela prouverait que le marché est l’instrument de création de richesse et d’allocation des ressources le plus efficace.

A Cambridge, Branko Milanovic (université de Maryland), qui dirige un programme de recherche de la Banque mondiale sur les inégalités, a proposé deux autres lectures de ces statistiques. Dans la première, si l’on se limite à comparer les PIB moyens par habitant de chaque pays (donc sans multiplier par sa population), il s’avère que c’est au contraire un phénomène de divergence entre pays riches et pauvres que l’on observe entre 1980 et 2000. Cela manifesterait le fait que, dans l’économie mondialisée, les inégalités de revenus tiennent moins à l’appartenance à une classe sociale qu’au pays de naissance, selon la place que celui-ci occupe dans la chaîne mondiale de la production. Comme l’indiquait le financier George Soros, « la rigueur et l’austérité économique sont imposées à la périphérie, mais les bulles spéculatives bénéficient au centre ». Du moins jusqu’à ce qu’elles éclatent.

Cependant, à partir de 2000, cet indice des inégalités entre pays tend à diminuer, confirmant la convergence. Intervient alors un troisième mode de calcul, qui répartit la totalité de la population mondiale sur l’échelle des revenus. La divergence est alors encore plus forte. Ainsi, le niveau de revenu des 1 % de Brésiliens les plus riches est équivalent à celui des 10 % des Américains les plus riches, mais celui des 5 % de Brésiliens les plus pauvres est équivalent à celui des 5 % d’Indiens les plus pauvres. Ou encore, les bonus versés par Goldman Sachs équivalent aux revenus des 224 millions de Terriens les plus pauvres, et les revenus des 1 % de Terriens les plus riches à ceux des 4,275 milliards les plus pauvres. Or les travaux présentés par Kate Pickett (université de York) montrent que la quantité de personnes rencontrant des problèmes sociaux ou de santé dans un pays donné n’est pas corrélée au revenu moyen de ce pays, mais aux écarts entre les revenus.

« La peur d’avoir à partager »

Pour James K. Galbraith, qui dirige l’University of Texas Inequality Project, « les inégalités ne sont pas les conséquences microéconomiques des déséquilibres ; elles en sont la cause macroéconomique ». En effet, le gonflement des bulles de crédit dans les pays riches, la course aux exportations menées par les émergents – et l’accumulation de liquidités qui en résulte dans les deux cas – correspondent à des tentatives de réduire des inégalités devenues insoutenables, sans passer par la simple redistribution des revenus. Car, comme le dit M. Milanovic, « lorsqu’il s’agit de combattre la pauvreté, tout le monde est d’accord. Mais si l’on parle de réduire les inégalités, c’est la peur d’avoir à partager qui l’emporte ! ». C’est pourquoi la question de la fiscalité et des financements sociaux doit être remise, selon les économistes réunis à Cambridge, au centre des politiques économiques.


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

En 1958, l’économiste néo-zélandais Alban Phillips théorise la relation entre taux d’inflation et taux de chômage : lorsque le taux de chômage diminue, les salaires montent, et les entreprises haussent les prix pour rétablir leurs marges ; inversement, les prix baissent quand le chômage augmente. Cette relation, la « courbe de Phillips », servit aux économistes monétaristes (Milton Friedman et Robert Lucas) pour démontrer l’existence d’un « taux de chômage naturel » : les prix reflétant selon eux un équilibre optimum de marché, le taux de chômage qui en découle est incompressible, et la courbe de Phillips doit donc être verticale.

Une politique économique devient inflationniste (elle entraîne les prix au-delà de leur valeur réelle du marché, souvent en raison de fortes dépenses publiques) si elle cherche à faire baisser le chômage en deçà de son taux « naturel ». Juguler l’inflation en ajustant les taux d’intérêt deviendra donc l’alpha et l’oméga des politiques économiques, inscrites dans les statuts mêmes des banques centrales, quitte à baisser les dépenses de l’Etat visant à soutenir l’emploi.

De même, toute hausse du taux de chômage au-delà de son taux « naturel » apparaît comme le signe d’un manque de flexibilité du marché de l’emploi et de l’incapacité des institutions à fournir la main-d’oeuvre nécessaire aux entreprises pour atteindre l’équilibre des prix. Les politiques de l’emploi doivent donc chercher à lever les obstacles au bon fonctionnement du marché du travail, et rapprocher le taux de chômage effectif du taux de chômage « naturel ».

Malheureusement, observait, graphiques à l’appui, Anatole Kaletsky, éditorialiste économique du Times lors de la conférence inaugurale de l’Institute for New Economic Thinking à Cambridge (Grande-Bretagne) le 9 avril, la courbe de Phillips est devenue, au Royaume-Uni en tout cas, horizontale depuis 1992, le taux de chômage variant fortement, indépendamment de celui de l’inflation. (suite…)


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

Selon la théorie des marchés efficients, développée par l’économiste Eugène Fama dans les années 1960, comme pour celle des anticipations rationnelles, lancée par John Muth, puis développée par Robert Lucas (Nobel d’économie 1995) dans les années 1970, les acteurs économiques adoptent un comportement rationnel afin de maximiser leurs intérêts. Leur interaction aboutit spontanément à un équilibre optimal, exprimé par le prix d’échange sur les marchés. Ces comportements, modélisés, deviennent prédictibles. L’industrie financière a ainsi bâti des produits toujours plus complexes, usant des mathématiques pour calculer le risque inhérent aux comportements des acteurs.

Il convient par conséquent de libérer les marchés des limitations réglementaires existantes, afin de leur permettre de parvenir à leur équilibre naturel sans distorsion ni contrainte.

Les crises financières depuis les années 1980 ont montré que le comportement des acteurs pouvait être irrationnel, voire aller contre leurs intérêts. L’analyse de ces divergences à la théorie a ouvert la voie à l’économie « comportementale » (Gary Becker, université de Chicago, Nobel 1992 ; Daniel Kahneman, Princeton, Nobel 2002 ; George Akerlof, Berkeley, Nobel 2001), ou aux concepts de « marchés imparfaits » et d’« asymétrie d’information » (Joseph Stiglitz, Columbia, Nobel 2001). Elle a aussi guidé les politiques de régulation, y compris celles proposées aujourd’hui : le bon fonctionnement des marchés exige la transparence de l’information afin que les acteurs puissent agir rationnellement.

Le fait que les crises précédentes aient été surmontées a semblé valider la théorie : ce sont les distorsions par rapport à la théorie, et non la théorie elle-même, qui en étaient responsables.

Mais, aujourd’hui, l’ampleur de ces distorsions amène certains économistes à changer d’approche. Pour Roman Frydman (université de New York) et Michael Goldberg (New Hampshire), auteurs d’ Imperfect Knowledge Economics (2007, Princeton University Press), le processus de fixation des prix par le marché est par essence irrationnel et le comportement des acteurs intrinsèquement contingent. C’est cette double incertitude qui permet d’ailleurs le profit, c’est-à-dire le gain des uns au détriment des autres. (suite…)


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

Réunis à Cambridge, des chercheurs hétérodoxes plaident pour une révolution théorique, seule capable d’engendrer une vraie réforme

Le feuilleton de la régulation financière a connu une brusque accélération. Les 16 et 17 avril, les ministres européens des finances se sont réunis à Madrid pour discuter d’une taxation des risques bancaires. Le 16 avril, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, a porté plainte contre la banque Goldman Sachs, préparant le terrain aux débats du Sénat prévus cette semaine sur le projet de loi visant à réguler les activités des banques. Les 22 et 23 avril, les ministres des finances du G20 ont étudié à Washington la taxation des banques proposé par le Fonds monétaire international (FMI), qui tient justement les 24 et 25 avril, avec la Banque mondiale, sa session annuelle de printemps… sur le même sujet. Enfin, les 26 et 27 juin, le sommet du G20 à Toronto devrait arbitrer entre les différentes propositions de régulation placées sur la table.

Mais pour nombre d’économistes – comme ceux que le financier George Soros a réunis au sein de l’Institute for New Economic Thinking (INET), qui tenait sa conférence inaugurale du 8 au 11 avril à Cambridge (Royaume-Uni) -, les politiques ont déjà raté l’occasion offerte par la chute de Lehman Brothers d’écarter le risque que le fonctionnement du système financier fait courir à l’économie mondiale.

Non seulement en raison de l’intense lobbying mené par les grands établissements bancaires pour échapper à toute régulation, non seulement en raison du choc des égoïsmes nationaux – chaque Etat cherchant à protéger sa propre industrie financière plutôt que de coopérer -, mais encore et surtout en raison de l’incapacité des décideurs politiques et économiques à échapper à certains dogmes issus de la théorie économique établie, alors même que la crise a démontré leur faillite. En bref, la crise n’est pas seulement financière et économique, elle est aussi intellectuelle.

Comme celle de 1929, la crise actuelle appelle une refondation de la théorie économique sous de nouveaux auspices, qui passent d’abord par le passage des dogmes établis au tamis de la critique.

Trois d’entre eux ont été particulièrement étrillés par les économistes réunis à Cambridge. Primo, les marchés peuvent s’autoréguler parce que le comportement des acteurs économiques est rationnel, puisqu’il vise à maximiser leur intérêt. Secundo, les politiques économiques doivent par conséquent laisser les marchés parvenir à un équilibre naturel optimum, exprimé par le niveau des prix et du chômage. Tertio, la meilleure allocation des ressources étant spontanément réalisée par les équilibres de marché, le libre fonctionnement de ce dernier permet d’accroître la richesse de tous et de chacun.

Instabilité et déséquilibre

Grosso modo, les propositions de régulation avancées par les Etats et les institutions internationales ne s’affranchissent pas suffisamment, selon les économistes de l’INET, de ces dogmes, surtout en ceci qu’elles visent à rétablir des fonctionnements et des équilibres « naturels » dont l’observation empirique montre qu’ils n’existent simplement pas, et que ce sont au contraire l’instabilité et les déséquilibres qui caractérisent le comportement spontané des marchés.

La mobilisation actuelle sur la régulation est proportionnelle à l’inquiétude suscitée par la tendance du système financier à renouer avec les errements qui ont conduit à la crise de septembre 2008. Politiques et économistes tendent à rejoindre le sentiment manifeste depuis longtemps dans l’opinion : l’argent public utilisé pour sauver les banques a été si efficace qu’il a créé parmi celles-ci un sentiment d’impunité – l’« aléa moral » du too big to fail (les banques sont trop importantes pour qu’on les laisse faire faillite) – qui leur a permis de reconstituer une bulle spéculative encore plus grosse que la précédente. D’autant que les difficultés de certains établissements ont rendu encore plus gigantesque et incontrôlable la taille des survivants. Or, ce comportement fait courir un risque de défaillance de l’un ou l’autre maillon faible de la planète finance, que les Etats n’auraient plus les moyens d’éponger.

La reprise si souvent annoncée serait alors emportée comme fétu de paille, et la Grande Dépression à nouveau à l’ordre du jour. C’est le scénario redouté du double dip, ou double plongeon.

Comment éviter une réédition de la chute de Lehman Brothers ? Pour Franklin Allen (Wharton School,université de Pennsylvanie), le poids excessif de la finance dans l’économie est dû à la capacité des banques à monopoliser la rente de la création de valeur par l’économie réelle. Il faut donc rétablir la concurrence au sein de l’industrie financière.

Pour Simon Johnson (Sloan School of Management, Massachussets Institute of Technology), la crise est surtout due à la concentration du secteur de la finance entre les mains de quelques établissements assez puissants pour imposer leurs vues aux régulateurs. La crise a encore accru cette concentration. Une véritable régulation consisterait à imiter, pour le secteur bancaire, ce que fit le président américain Théodore Roosevelt au début du XXe siècle en démantelant les cartels de l’acier, du pétrole et des chemins de fer.


CRISE FINANCIÈRE, LES SIX ÉTAPES D’UN DÉSASTRE

[Pierre Rimbert – Le Monde Diplomatique – 01/05/2010]

L’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé, mardi 27 avril, la dette souveraine grecque au rang d’obligation douteuse, et abaissé celle du Portugal. Le lendemain, l’Espagne entrait dans le collimateur – à qui le tour ?

Dans les trois cas, l’agence dit fonder son appréciation sur les perspectives macroéconomique des pays concernés : une croissance faible ne leur permettrait pas d’acquitter leurs engagements. Mais quels facteurs assombrissent ainsi leur horizon économique ? On peut facilement identifier l’un d’entre eux : les coupes budgétaires mises en œuvre sous la pression… des investisseurs et des agences de notation.

La boucle est ainsi bouclée. Avec le recul, les pièces éparses des krachs économiques à répétition survenus ces trois dernières années composent peu à peu le thème d’un puzzle bien connu. Son cadre : la vague de déréglementation financière des années 1980. Son nom : à crise de marché, remèdes de marché.

Première étape : en 2007 les ménages américains, dont les revenus stagnent, notamment sous l’effet de la concurrence internationale, se trouvent dans l’incapacité de rembourser des prêts immobiliers attribués sans souci de garantie par les banques saisies d’ivresse. Depuis l’éclatement de la « bulle Internet » en 2000, la Réserve fédérale américaine maintient en effet des taux d’intérêts très bas, favorisant l’aventurisme des investisseurs.

Deuxième étape : en septembre 2008, la crise des subprime dégénère en crise bancaire, les bilans des établissements financiers se révélant farcis de crédits immobiliers insolvables ventilés aux quatre coins de la planète dans des produits financiers sophistiqués. Lehman Brothers chute ; la panique gagne ; les banques cessent d’accorder du crédit : l’économie est au bord de l’asphyxie.

Troisième étape : plutôt que de placer l’intégralité d’un secteur financier failli sous contrôle public, les gouvernements acceptent de le renflouer en l’état. Les Etats s’endettent hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie. Mais, après vingt ans de baisse continue de la fiscalité, les recettes ne suivent pas. Entre la fin de l’année 2008 et le milieu de l’année 2009, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. Dans les pays occidentaux, le chômage grimpe en flèche.

Quatrième étape : Requinqués par l’afflux d’argent public et la remontée des Bourses, stimulés par des taux d’intérêts quasi-nuls, banques et fonds d’investissements reprennent leurs affaires ordinaires. Pendant la tourmente boursière, beaucoup ont reporté leurs avoirs du marché actions (perçu comme incertain) vers celui des dettes publiques (réputé sûr). Mais celles-ci enflent dangereusement et ne servent qu’un faible taux d’intérêt. Le faire monter : telle est la conséquence de « l’attaque » spéculative sur la dette souveraine des pays « périphériques » de l’Europe entamée après la révélation du maquillage des déficits grecs – carambouille effectuée avec l’aide de la banque d’affaires Goldman Sachs.

Cinquième étape : Dès lors que les puissances publiques se refusent à stopper la spéculation par la loi et par une aide immédiate à la Grèce, un cercle vicieux s’enclenche : il faut emprunter pour payer la dette ; réduire ses déficits pour emprunter ; tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits ; abaisser les salaires, les prestations sociales et « réformer » les retraites pour réduire les dépenses publiques. Autant de mesures qui appauvrissent les ménages, obscurcissent les perspectives économiques et incitent les agences de notation à dégrader les titres de la dette souveraine…

D’abord présentée aux Etats, la facture adressée par les banques pour le prix de leur propre impéritie échoit alors à son destinataire final : les salariés.

Sixième étape : L’effondrement des dominos européens. Nous y sommes. Miroir de la désunion européenne, le plan d’aide à la Grèce entériné le 11 avril tente tardivement de concilier tous les antagonismes : l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) avec le sauvetage des apparences communautaires ; la mise sous tutelle d’Athènes et le principe de souveraineté nationale ; l’intérêt bien compris des banques françaises et allemandes, lourdement exposées à la dette grecque, et le Traité de fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit la solidarité financière avec un Etat membre (articles 123 et 125) ; le montant des prêts initialement prévus (45 milliards d’euros, dont 15 par le FMI) et les sommes désormais jugées nécessaires pour endiguer l’activité spéculative (deux, voire trois fois supérieures) ; le modèle économique rhénan qui comprime les salaires pour dilater les exportations, et les balances commerciales négatives de ses voisins ; l’agenda politique de la chancelière allemande Angela Merkel, confrontée à un important scrutin régional le 9 mai, et celui des dirigeants des pays les plus endettés qui voient l’orage spéculatif aborder leurs rivages.

En vertu de cet arrangement, la Grèce pourra emprunter à des taux moins élevés que ceux du marché (mais infiniment plus que ceux, pratiquement nuls, associés aux sommes débloquées sans limite par la Banque centrale européenne en faveur d’établissements privés en 2008 et 2009). Elle devra en contrepartie réduire de 5, voire de 6 points, un déficit budgétaire estimé à 14 % du produit intérieur brut. Une saignée violente, opérée prioritairement dans les budgets sociaux, mais déjà insuffisante aux yeux Berlin. Moins de dix jours après son annonce, les cortèges hostiles se succédaient dans les rues d’Athènes, le spectre du défaut de paiement planait sur l’Acropole, la crise de la dette souveraine gagnait la péninsule ibérique et les rumeurs d’éclatement de la zone euro se propageaient.

Faite d’improvisation, de crainte et de résignation face aux impositions de la finance, la réaction des Etats, des institutions européennes et du FMI se caractérise par l’absence de stratégie d’ensemble : on se contente de répercuter la contrainte des marchés tout en jurant d’y résister. Elle incite les pays membres à se démarquer mutuellement dans l’espoir d’échapper aux paris des investisseurs. Une fois les « partenaires » placés en situation de concurrence, c’est à qui exhibera le plan d’austérité le plus drastique. A Lisbonne comme à Athènes, à Dublin comme à Madrid, résonne un mot d’ordre unique : « rassurer les marchés » – un an auparavant, les dirigeants du G20 promettaient de les dompter. Au fond, la dynamique réfracte involontairement la logique réelle de l’Union européenne, promise à tous comme un espace de solidarité et finalement livrée au dumping social, salarial, fiscal et maintenant spéculatif… D’autres solutions s’offraient pourtant au choix des gouvernants.

Comme la mer qui se retire, la crise découvre la fragilité d’une construction qui, depuis son origine, repose sur un pari : l’union douanière et monétaire entraînera l’union politique et populaire. C’est peu dire qu’il est perdu.

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-04-30-Crise-financiere


Même les plus libéraux des capitalistes (comme ici la Bible des Investisseurs) ne croient plus à  la Grèce, à l’Espagne, au Portugal ou aux Pays Baltes. Ils vont se faire un max de blé possible sur la victime du « plan d’ajustement » et se tirer en laissant les os du cadavre….Cela s’appelle « mettre son portefeuille à l’abri ».

Et si vous croyez que cela ne peut arriver qu’aux bougnoules… vous risquez un réveil brutal. Si vous avez des chasseurs dans votre famille, il est grand temps d’aller cambrioler leur armoire à fusil et de réviser vos recettes de cocktail Molotov. Trouvez vous un correspondant argentin et faites vous expliquer les « piqueteros »… et allez voir le film de Fernando Solanas « Memoria del Saqueo ».

Parce que le capitalisme ne vous fera pas de cadeaux quand il s’agira de « rembourser la dette ». Demandez aux pays du Sud, eux cela fait 50 ans qu’on leur fait le coup… La prochaine fois que vous croisez un banquier dans la rue, pendez-le  à un réverbère, ça sera toujours ça de gagné…

CE QUI ATTEND LA GRECE

[Cécile Chevré – La Quotidienne de MoneyWeek – 29/04/2010]

Ce que nous apprennent la Lettonie et l’Argentine sur l’avenir de la Grèce…

« Athènes vers une nouvelle cure d’austérité, les marchés soulagés« , nous apprend Reuters. Le plan d’aide à la Grèce devrait être annoncé avant la fin de la semaine. La Grèce n’est pas le premier pays – et de loin – à être mis au régime sec par le FMI. Par le passé, l’Argentine (en 2000) et la Lettonie (en 2008) avaient déjà découvert le menu « pain sec et eau fraîche » imposé par le Fonds en échange de son aide financière. Deux précédents dont la Grèce pourrait tirer quelques – inquiétants – enseignements…

L’Argentine, moins malade et toujours pas en convalescence…
Au début des années 2000, l’Argentine va mal, très mal même. Sa dette publique atteint 62% du PIB et son déficit public se chiffre à 6,4%. Le pays est en faillite et demande l’aide du FMI. En échange de plusieurs milliards de dollars d’aide, le FMI impose une réduction drastique des dépenses publiques.

La situation argentine de l’époque nous paraît presque brillante comparée à celle de la Grèce aujourd’hui. La Grèce affiche une dette publique atteignant les 114% du PIB et un déficit révisé à 13,6% du PIB. Soit une situation deux fois plus inquiétante que celle de l’Argentine au début des années 2000.

L’Argentine tout comme la Grèce ne sont pas libres de manipuler à leur gré leur monnaie. L’Argentine à cause de la parité fixe entre le peso et le dollar, et la Grèce à cause de l’euro.

Crise politique et morne plaine

La politique de rigueur a entraîné une récession, avec une chute vertigineuse du PIB de 4% en 1999. En 2002, l’Argentine s’est même retrouvée en situation de défaut de paiement. Conséquence immédiate de cette politique, le pays est entré dans une quasi-révolte. En 2001, quatre présidents se sont succédé à la tête du pays en moins de deux semaines… Depuis, l’économie argentine ne s’est jamais vraiment remise.

La Lettonie, un pays trop petit, un régime sans effet

Fin 2008, la Lettonie a fait appel au FMI pour faire face aux conséquences de la crise financière. Le FMI, qui a décidément ses petites marottes, lui a imposé une politique de rigueur particulièrement sévère. Le Fonds, lui-même, a reconnu que ces mesures constituaient la plus sévère politique de rigueur imposée depuis les années 70. Réduction de 20 à 40% des salaires du secteur public, augmentation vertigineuse des impôts, réduction drastique des aides aux chômeurs et suppression des budgets de la défense. Evidemment, les troubles sociaux se sont multipliés et le Premier ministre y a perdu son poste. Malgré tous ces efforts, le déficit letton ne s’est pas vraiment résorbé et continue de frôler les 8% du PIB.

Pourquoi ? Parce que l’économie lettone est trop petite pour pouvoir se sortir toute seule de la récession. Pour qu’elle sorte la tête de l’eau, il faudrait que l’Europe en entier reprenne fermement le chemin de la croissance. Ce qui n’est pas pour tout de suite…

L’équation à laquelle est confrontée la Lettonie est la suivante : effondrement de la production de richesse, donc baisse des rentrées fiscales, donc maintien du déficit à un niveau record. La Lettonie reste donc, de fait, sous le contrôle du FMI.

Et pour la Grèce ?
En acceptant l’aide de l’UE et du FMI, la Grèce fait un choix. Celui de perdre une grande partie son indépendance.

Dans tous les cas, qu’elle accepte ou pas de mettre en oeuvre les réformes voulues par le FMI, le risque de défaut de paiement sera toujours présent. Et, comme pour la Lettonie, rien ne dit qu’une politique d’austérité suffira à résorber le déficit. Certes, l’économie grecque est plus importante que celle de la Lettonie mais, comme elle, elle est extrêmement dépendante de l’étranger – via les exportations et le tourisme… Deux pans de l’économie qui souffrent d’une récession aggravée et prolongée au niveau européen et mondial.

La seule solution pour la Grèce : espérer que l’Europe continuera à fournir des aides. Mais nous savons tous que cette manne ne sera pas éternelle… Je suis prête à prendre le pari que nous n’avons pas fini d’entendre parler de défaut de paiement, de déficit ou de krach obligataire dans les mois qui viennent. N’attendez plus pour mettre votre portefeuille à l’abri.

http://www.moneyweek.fr/20100429111/actualites/actu-economie/grece-plan-sauvetage-euro/


Et puis… avec le flicage par RFID, le pass NAVIGO, la carte médicale, les réseaux sociaux, les fichiers de police consultables par quiconque sait à qui s’adresser… ça va être un jeu d’enfant pour les sociétés d’assurance d’établir des profils de chaque client et de le virer (ou bien de lui refuser des remboursements) sur la base des infos collectées. « On vous voit entrain de picoler sur votre photo Facebook, allez hop, augmentation de 30% de la prime de risque cardio-vasculaire et de 50% du malus de votre voiture »

Quand les assureurs virent leurs clients

[Kitetoa – 24/03/2010]

Sociétaire depuis neuf ans à la MACIF, Gérard reçois une lettre recommandée : « notre rôle d’assureur est bien sûr de tenir nos engagements en réglant les sinistres. Cependant, nous devons aussi veiller à offrir le meilleur tarif et préserver l’équilibre de la mutuelle dans l’intérêt de l’ensemble de ses sociétaires ». Du coup, lui explique sa mutuelle, il ne sera plus assuré pour ses deux voitures d’ici trois mois.

En fait, en tant que patron de la MACIF, ce que Robert ne sait pas, c’est qu’il s’est viré lui-même. La MACIF se définit en effet comme ceci: « les adhérents de la Mutuelle sont à la fois individuellement ses clients et collectivement ses patrons ».

On pourrait penser que Robert est une plaie en matière de sinistres. En fait, il n’est responsable que de 3 sinistres sur deux ans. Dont un qui est une perte de contrôle sur la glace lorsqu’il a neigé ces derniers mois.

Le président de la MACIF (celui qui a le titre, pas Robert), Gérard Andreck, a du oublier ce qu’il a écrit dans son message aux mutualistes sur son site Web : « Tout ce chemin, la Macif l’a fait en préservant son modèle d’origine, celui de l’économie sociale. Un modèle qui, dans un monde où le profit est souvent mauvais conseiller, démontre plus que jamais sa pertinence ». Le profit est peut-être mauvais conseiller, mais la MACIF n’oublie pas de proposer à Robert un nouveau contrat avec une filiale pour mauvais clients. Un contrat beaucoup plus cher, bien sûr.

Les banquiers, cousins des assureurs… ou l’inverse

Avec la crise des subprimes, la presse a beaucoup gaussé sur les banquiers, qui gagneraient à tous les coups. Ils gagneraient tant que la bulle croît. Mais aussi après son éclatement, en faisant payer à leurs clients et aux Etats leurs propres erreurs. Que dire des assureurs ? Robert paye plein pot une assurance tous risques et lorsque qu’il a trois sinistres en deux ans sur un véhicule, on le jette. Lui, sa conjointe et son deuxième véhicule pour lequel il n’y a aucun sinistre dont il serait résponsable.

C’est ce que l’on appelle un contrat « gagnant-gagnant ». Pour l’assureur bien entendu. Bêtement, on pourrait penser que le métier des assureurs, est de prendre un risque. En fait, le code des assurances leur permet d’échapper à ce risque. Un client devient une source de dépenses trop importantes ? Ou bien risque de le devenir ? Simple : on résilie son contrat. Et si l’on est concurrents entre sociétés d’assurances, on sait partager les bonnes infos. Impossible de trouver un autre assureur à un coût normal après avoir été éjecté de chez l’un d’entre eux. (suite…)


[Faits et Documents – n° 289]

En novembre dernier, le groupe Agrica, gestionnaire des retraites complémentaires de certains salariés agricoles (via la Caisse de prévoyance des cadres d’entreprises agricoles), se voyait décerner le prix 2009 de l’Investissement responsable. Le Point (17 décembre) révélait peu après que cette institution avait perdu 12,9 millions d’euros dans les produits miracles de l’escroc Bernard Madoff. On apprenait ainsi qu’Agrica, tout comme la Caisse autonome de retraite des anciens combattants (15 millions d’euros de pertes), avait soigneusement omis d’informer ses cotisants de ces pertes…


Les Vampires existent, ils vivent à Wall Street et ont engrangé 2 milliards de dollars en 2009 en rachetant à bas prix du sang à des donneurs pauvres et en manipulant ensuite le marché afin de créer une pénurie de plasma qui a fait monter les prix… au détriment des malades. Ces produits dérivés du plasma sont devenus tellement chers (deux fois le prix de l’Or pour certains) que les assurances médicales refusent de les rembourser, mettant en danger la vie des personnes.

[Gregor Seither – IES News Service – 06/01/2010]
Dans les films, les vampires ont le look sexy de Brad Pitt ou de Taylor Lautner. Dans la réalité, ils ressemblent à CERBERUS CAPITAL. C’est la seule différence. Dans les deux cas, les vampires vivent dans des tours, attirent de pauvres humains dans leurs antres où ils sucent littéralement leur sang. Dans le cas de Cerberus Capital ils prélèvent le sang pour le revendre et se faire des millions de dollars de profit.

Cerberus Capital est une importante société de capital investissement LBO à Wall Street. Ils s’étaient déjà illustrés en rachetant le constructeur automobile Chrysler pour le dépecer – mettant 30 000 personnes au chomage malgré les importantes aides gouvernementales qu’ils avaient empochées (cf. article de Greg Palast).

En 2009 la fortune leur a souri de nouveau, à travers leur entreprise TALECRIS, qui vient d’annoncer près de 2 milliards de dollars de résultat pour son activité de vente de plasma sanguin. Cerberus avait acheté l’entreprise il y a 4 ans pour 83 millions de dollars – soit un bénéfice multiplié par 23.

Les profits de Cerberus sont dans la droite ligne de la barbarie habituelle du capitalisme, et cette fois ce n’est pas une métaphore. Cerberus suce littéralement le sang des pauvres pour le revendre très cher aux malades. A travers un réseau de collecte, Talecris collecte du sang – généralement auprès de personnes pauvres, notamment dans les villes frontalières du Mexique. Elle paye ces donneurs sous forme de bons de nourriture ou de bons d’achat, généralement pour des sommes très faibles, entre 8 et 25 dollars, selon le centre.Ce n’est pas un hasard si un des plus grands « centres de collecte de sang » se trouve à Brownsville, au Texas, la ville des Etats-Unis qui a le taux de pauvreté le plus élevé du pays.

Sur la frontière US-Mexique, la société Talecris a couvert les murs – y compris côté mexicain, alors que la loi mexicaine interdit le don du sang payant – avec des affiches promettant des dollars contre du sang. Talecris dispose même de plusieurs « Bus de collecte » qui sont garés sur les parkings à quelques mètres du passage frontière. A El Paso, un collectif de citoyens a documenté des « rabatteurs » pour Talecris qui vont faire de la retape dans les files d’attente devant le poste frontière. Avec la complicité de médecins d’une clinique de Villaverde, une autre entreprise PLASPRO – dont on pense qu’elle revendait ses poches à Talecris, mais cela reste à prouver – avait même mis en place un centre de collecte directement à Tijuana, au Mexique. Il a fini par être fermé après des années de fonctionnement.

A noter que les donneurs remplissent des déclarations « sur l’honneur » qu’ils sont en bonne santé, sans plus de contrôle. C’est la raison pour laquelle la Croix Rouge dénonce ce procédé et impose un marquage spécifique des poches de sang obtenues contre paiement (http://www.bloodbook.com/donr-requir.html). Dans la plupart des pays du monde, le don du sang payant est interdit.

Les poches de plasma sont ensuite traîtées pour des usages divers (médicaux, extraction de diverses protéines). Les produits obtenus à partir de ce plasma sanguin sont revendus aux malades souffrant de pathologies graves comme l’hémophilie, des brulures au 3è degré, la sclérose en plaques, ou encore des maladies immunitaires.

Les prix sont maintenus artificiellement élevés à travers une pénurie sciemment organisée. La commission anti-trust Federal Trade Commission a d’ailleurs entrepris une action en justice contre Cerberus Plasma Holdings en les accusant d’avoir crée un marché oligopolistique. L’un des produits,le IVIG (immunoglobuline interaveineuse) vaut deux fois le prix de l’Or !

Le prix de ces produits est tellement élevé que les assurances médicales aux Etats-unis refusent de plus en plus de les rembourser, mettant ainsi en danger des centaines de milliers de malades. Mais pour Tom Asher, PDG, « le sang est une ressource comme le blé ou la viande, elle se vend et s’achète normalement. C’est le marché qui fixe les prix, pas nous... » La FTC n’est pas vraiment de son avis.

(…)

Cerberus n’est pas un inconnu à Wall Street. En 2007, il avaient racheté Chrysler Motors et GMAC. Ils s’étaient empressés d’empocher les millions de subventions d’Etat accordées « pour sauver l’emploi » avant de dépecer tous les atouts de l’entreprise, de mettre 30 000 personnes au chomage puis de jeter l’éponge deux ans plus tard en accusant les syndicats d’avoir saboté l’entreprise.  Comme toujours, c’est le contribuable américain qui avait payé la facture, épongé la dette et payé les indemnités.

Le Conseil d’administration de Cerberus comporte plusieurs sommités du Parti Républicain, tous thuriféraires virulents en faveur du « Laisser faire » et du marché non régulé… qui ne se privent pas d’aller réclamer l’aide de l’État quand les choses se gâtent.

Le président du CA est l’ancien Secrétaire d’Etat au Trésor de George Bush,  John Snow. Celui là même qui a supervisé la course vers l’abîme des subprimes, refusant de réglementer les activités des banques et se frottait les mains publiquement en déclarant, en 2007: « L’économie américaine est la plus forte de la planète. Tout le monde nous envie. » Deux ans plus tard tout s’effondrait.

Il y aussi Stephen Feinberg, très gros donateur du Parti Républicain et dirigeant du plus gros lobby industriel des armes à feu. D’extrême droite, il finance les milices anti-immigrants sur la frontière. Que les « wetbacks » viennent se faire sucer le sang chez nous, d’accord, mais surtout qu’ils ne viennent pas s’installer chez nous…

On y trouve aussi l’ancien Vice-Président Républicain Dan Quayle (vous vous souvenez de lui ? C’était le fils à papa qui n’arrivait pas à aligner deux mots correctement et est surtout célèbre pour sa prestation télévisée où il a démontré qu’il ne savait pas comment on écrit « potato »).

En 2007, quand Cerberus avait repris Chrysler, John Snow y avait vu une grande victoire du capitalisme : “Il y a 25 ans,  Chrysler a déjà été confronté à la menace de faillite, à l’époque ils s’étaient tournés vers le gouvernement des Etats-unis pour se faire aider. Aujourd’hui Chrysler est à nouveau dans la tourmente financière, mais aujourd’hui c’est le marché qui vient à son secours. Au lieu de faire appel à l’argent du contribuable, ce sont des investissements privés qui lui injectent les fonds dont il a besoin pour se développer et ainsi créer des emplois.

A Paris, des propagandistes du marché comme Jean-Marc Sylvestre, Nicolas Baverez ou encore Denis Kessler applaudissaient des deux mains.

« Le rachat de Chrysler, c’est vraiment un parfait symbole de l’évolution de notre époque. En 1979, c’est sous le Démocrate Carter qu’on a sauvé Chrysler. A l’époque il semblait normal que ce soit l’Etat qui intervienne dans l’économie pour tenter de sauver une entreprise. Cela marche parfois mais cela échoue souvent, on l’a vu chez nous en France. Aujourd’hui Chrysler a de nouveau besoin d’argent, mais entre temps les mentalités ont changé. Entre temps le président Reagan a fait comprendre aux politiques que l’Etat n’est pas là pour intervenir dans l’économie, qu’il faut laisser faire le marché. C’est ce qui se passe aujourd’hui, avec Chrysler, qui se tourne vers une entreprise d’investissement privée plutôt que d’aller pleurer pour obtenir des subventions du gouvernement américain. » (Le Carnet Eco – 16/05/2007)

Même pas un an plus tard, 30 000 salariés de Chrysler étaient à la rue et Snow passait à la télé pour dire que le gouvernement (le fameux argent du contribuable) devait absolument aider financièrement Chrysler. On attend encore la réaction de Sylvestre, Baverez et consorts.

(…)

Les Vampires ne vivent pas dans des châteaux en Transylvanie. Ils ne dorment pas dans des cercueils. Ce sont des hommes politiques influents à Washington et à New York. Ils nous sucent notre argent  et ils nous sucent notre sang… littéralement.


Et le nom du banquier qui est de si bon conseil, on peut l’avoir ? Histoire qu’il n’aille pas vendre ses bons services ailleurs…

[Géraldine Meignan et Franck Dedieu – L’Expansion – 06/01/2010]

Comment HSBC Banque Privée fourguait du Madoff

L’affaire Madoff n’a pas fini de révéler ses secrets. L’Expansion.com s’est procuré en exclusivité la conversation entre un client souscripteur de Madoff via le fonds Kingate et son banquier de HSBC Banque Privée,  le 1er décembre 2008, soit seulement 11 jours avant la révélation en France de la gigantesque escroquerie portant sur quelque 50 milliards de dollars. Elle met au grand jour les pratiques de certains gestionnaires de fortune qui ont pendant des années, sans scrupules, vendu du Madoff. En direct : un banquier pris sur le fait, un épargnant pris au piège.

Le Lundi 1er décembre 2008 : 13h14

Le client : Tu m’as fait faire deux bonnes affaires, c’est le contrat d’assurance qui quand même est vraiment bien et deuxièmement c’est Kingate (1)

(1) Fonds Kingate. C’est un des nombreux « fonds nourriciers » basés aux îles Vierges britanniques, qui alimentaient la société d’investissement de Bernard Madoff.

Le banquier : C’est la Rolls Royce !

Le client : C’est impressionnant, c’est fou il a fait trois semaines de petites performances négatives et puis là il s’est repris 1%,  clac d’un coup.

Le banquier : Oui, voilà, le gérant d’abord il a une technique de gestion qui est très relatée dans la volatilité actuelle, et puis ils ont tellement d’actifs qu’ils peuvent mettre en place des procédures de contrôle, il y a toute une équipe qui fait ça.

Le client : ah oui ?

Le banquier : oui, ils sont plusieurs centaines en fait (2)

(2) Jusqu’à preuve du contraire, Maddof a agit seul. L’enquête n’a pas démontré l’implication d’autres personnes dans la fraude.

Le client : ah oui, ils gèrent combien, on sait ça ?

Le banquier : Oui, ils gèrent à peu près, je crois, 700 millions sur le compartiment euros et deux milliards sur la partie dollars, je pense.

Le client : ah, d’accord …

Le banquier : C’est un fonds qui est fermé normalement.

Le client : ah, oui ?.

Le banquier : Oui, nous on arrive à rentrer mais le fonds est fermé.

Le client : ah, je ne savais pas, comment ça se fait que vous arriviez à rentrer ?

Le banquier : moi, j’ai un contact qui est un des administrateurs du fonds (3).

(3) Un grand classique des fonds Madoff pour attirer des investisseurs : faire croire à l’épargnant qu’il dispose d’un accès privilégié au fond.

Le client : ah, d’accord…

Le banquier : Et oui. Et c’est pour ça, si tu as des amis qui ont un gros potentiel à qui on veut rendre service, on peut faire rentrer (4).

(4) Le fonds Kingate n’était pas autorisé par l’AMF (gendarme boursier) à être commercialisé. En théorie, le banquier ne peut vendre ce fonds qu’à la demande expresse de son client. Il ne peut pas faire de démarchage.

Le client : ah d’accord, c’est intéressant à savoir, parce que moi j’en parle mais à chaque fois les gens me disent :  « oh les hedge funds ! » et je leur dis regarde la performance sur l’année : +8%. (5).

(5) C’est le génie de Madoff, ne pas promettre des rendements délirants pour ne pas éveiller les soupçons.

Le banquier : Et il y a un moment donné on avait même accès tu vois au compartiment luxembourgeois de Kingate qui cote tous les quinze jours, un peu plus liquide.

Le client : Oui, bon moi, je suis content, j’ai fait quand même 20 000 euros de bénéfice en six ans. C’est pas mal.

Le banquier : C’est sympa.

Le client : C’est un paquebot.

Le banquier : On peut difficilement trouver mieux.

Le client : Oui, on peut difficilement trouver mieux, oui quoi que regarde là les plus values sont fiscalisées, mais regarde l’assurance-vie, l’un dans l’autre ça se joue à 2%.

Le vendredi 12 décembre 2008, 11h35 quelques heures après que l’escroquerie a été révélée au grand jour. Extraits.

Le client : Tu m’as appelé….

Le banquier : Oui, on a appris une mauvaise nouvelle sur le fond Kingate, il paraît que son gérant Bernard Madoff avait commis une fraude de l’ampleur d’Enron. On l’a appris ce matin, alors je voulais tout de suite t’en informer, on conseille aux clients de sortir.

Le client : Il s’appelle comment le gérant ?

Le banquier : Madoff

Le client : tu écris ça comment ?

Le banquier : (…) moi, je l’ai appris ce matin (…), on ne connaît pas les conséquences (…), on conseille aux clients de donner des ordres de vente (…), c’est un truc de fou, c’est un fonds qui a plus de quinze ans d’existence. Vas sur Google.

Le client : je tape quoi ? Ah c’est un ancien directeur du Nasdaq, c’est ça ?

Le banquier : oui, c’est ça, exactement. On ne sait pas quelle est la position du fonds (…) c’est un des rares fonds qui a fait une performance positive, c’est ça qui heu…

Le client : mais il n’est pas contrôlé, il n’y a pas des auditeurs ?

Le banquier : il y a 350 personnes qui travaillaient pour ce fonds, quand tu regardes la fiche, nous on suivait ce fonds, on savait que c’était un market maker, il connaissait bien le marché sur lequel il intervenait, mais personne ne pensait qu’il avait utilisé les capitaux (…) pour donner la performance aux autres.

Post-scriptum :

Un recours au civil a été déposé par le client devant le Tribunal de Grande Instance de Paris contre HSBC Banque Privée. « Non respect du devoir d’information et du devoir de conseil, commercialisation interdite de fonds, non respect du plancher de souscription, et non respect de l’obligation de diligence » énumère Maître Deniau, l’avocat du client de la victime de Madoff, via HSBC. Ce dernier demande 80.000 euros de dommages et intérêts pour préjudice financier, soit la somme des montants investis (61.000 euros) et des intérêts qu’il aurait pu tirer d’un autre placement sans risques. L’affaire est en cours d’instruction. HSBC se refuse à tout commentaire. La banque s’est fendue d’une lettre informant le client que « son interlocuteur privilégié avait souhaité donner un nouvelle orientation à sa carrière ».

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/revelation-comment-hsbc-banque-privee-fourguait-du-madoff_223389.html?XTOR=EPR-175


Trois caissières de chez Ed licenciées… Et l’UMP qui parlait de volontariat et de liberté !

[Olivier Bonnet -Plumes de Presse – 17/010/2009]

« On a profité d’un contexte économique difficile pour nous mettre le couteau sous la gorge. Je travaille déjà le samedi toute la journée. J’ai refusé de travailler aussi le dimanche parce que c’est le seul jour où je peux voir mon fils de 16 ans, qui est en sport études. Donc, en fait, il fallait choisir entre mon travail et ma famille. Nous sommes trois caissières en tout à avoir été licenciées pour refus du travail dominical. Aujourd’hui, on demande notre réintégration » : Etelvina Fernandes, caissière depuis 5 ans chez Ed à Oyonnax, sur l’antenne de RMC, citée par Le Post.

Rions un peu, très jaune, en relisant la déclaration du ministre du Travail, Xavier Darcos, défendant la loi UMPiste sur le travail dominical : « Je suis certain que votre assemblée (…) ne remettra pas en cause les équilibres de ce texte qui protège les salariés, soutient les entreprises qui les emploient et répond aux attentes de la très grande majorité des Français« . En tout cas pas à celles des caissières d’Ed qui voulaient juste avoir un (seul) jour pour leur famille – il faut voir pour quel salaire, en plus ! Et sur le coup, les infortunées salariées ont dû se sentir assez peu protégées par cette loi…

Elles croyaient pourtant avoir le choix (voir la vidéo chez Peuples). De ne pas accepter les « mesures volontaires de travail le dimanche » – on se pince ! – que souhaitait leur imposer leur direction… pour 5 euros de plus. Mais qui a pu leur faire croire qu’elles avaient encore le droit de choisir ? Les menteurs UMPistes avec une belle constance. En tête Xavier Bertrand, actuel Secrétaire général mais alors ministre du Travail, en octobre 2008 (sur 20 minutes) : « Xavier Bertrand, a réaffirmé être favorable à l’assouplissement des règles du travail du dimanche, à condition que cela reste sur « la base du volontariat » et que « cela soit payé double », ce dimanche sur France 2″.

Une magnifique et généreuse affirmation de principe déjà tempérée en juillet dernier par Frédéric Lefebvre, cocasse porte-parole du parti majoritaire, qui avait magnifiquement résumé, en substance, que « le volontariat, d’accord, mais bon, quand même, faut pas pousser » : on lit sur le site de l’UMP qu’il « a réaffirmé que cette proposition de loi était « basée sur un compromis entre le volontariat et la nécessité d’adapter les exceptions à la réalité d’aujourd’hui ». Il fallait donc « adapter » ce fichu droit du travail pour ne pas contrarier les désidératas patronaux : si une direction a le droit d’ouvrir son magasin, il lui faut des volontaires coûte que coûte, pas question que de maudits salariés, en refusant de travailler, l’empêchent d’ouvrir les tiroir-caisses aussi le dimanche. Mais à part ça, ils invoquaient la liberté !

Terminons ainsi ce tour d’horizon des têtes-à-claques gouvernementales avec Luc Chatel, actuel ministre de l’Education nationale, qui fit cette déclaration en janvier, alors qu’il était encore Secrétaire d’Etat à la Consommation : « Je suis venu vous dire que le gouvernement défendait le travail du dimanche. (…) Le gouvernement soutient cette proposition de loi parce que nous considérons qu’il faut donner au salarié la liberté de travailler le dimanche comme il le souhaite« . Et la liberté de disposer du repos dominical ? Liberté pour qui ? La morale de l’histoire vaut pour les trois caissières d’Ed mais aussi pour tout citoyen : il ne faut jamais croire Darcos, Bertrand, Lefebvre et Chatel. (*) Ni Sarkozy, ni Fillon, ni Bachelot, ni Hortefeux, ni Besson… Mais si vous êtes un fidèle plumonaute, il ne s’agit évidemment pas d’un scoop.

http://plumedepresse.com/spip.php?article1254


Cette crise aura eu un effet positif : elle a mis en lumière évidente, indéniable pour tous, l’absolue avidité et absence totale de sens social des financiers. Ils s’en foutent que la bête crève sous eux,  ce qu’ils veulent c’est leur marge de profit et leurs dividendes… tout le reste, ils s’en foutent.

GRAND THEFT AUTO : L’ARNAQUE D’OBAMA SUR LES RETRAITES
[Greg Palast – 01/06/2009 – Trad. Grégoire Seither]
Tout le monde verse une larme sur la banqueroute de General Motors. Mais pour Jamie Dinon, il y a du bonheur dans la peine…. Et ce ne sont pas les 40 000 emplois contractuels (sur 60 000) jetés à la fosse commune qui vont lui gâcher sa journée.

Jamie Dimon est le PDG de la banque JP Morgan Chase. Il fait partie d’un petit groupe de privilégiés – en premier lieu Morgan et Citi – qui vont se faire rembourser 100% de l’argent qu’ils ont prêté à GM, soit la coquette somme de 6 milliards de dollars US.

Pendant ce temps là, les ouvriers de GM ont perdu leur emploi ainsi que leurs plans d’assurance maladie et retraite, ils voient s’évanouir les économies de toute une vie… Idem pour les actionnaires qui ne toucheront que dalle. Ou encore les nombreux créditeurs et sous-traîtants qui vont se retrouver le bec dans l’eau, assis sur des factures impayées; (…)

Les banques par contre, s’en tirent plus que bien !

Normalement, quand une entreprise fait faillite, tout le monde encaisse le coup : injuste ou pas, les ouvriers perdent leurs salaires, les actionnaires sont rincés et les créditeurs se répartissent les dépouilles. C’est ce que prévoit la Loi.

Mais la Loi dit aussi que les ouvriers ne peuvent se voir privés des sommes déjà versées (ou retenues sur leur salaire) au titre de leur retraite ou de leur assurance médicale post-retraite. Ces fonds ont été prélevés sur leur salaire et sont retenus en leur nom. Ils n’appartiennent plus à l’entreprise et ne peuvent donc pas être saisis lors de la procédure de faillite.

Et bien, cette fois ci, ça ne se passera pas comme ça. Steve Rattner, le « Monsieur Sauvetage Automobile » de Barack Obama a un autre plan : il veut s’accaparer la cagnotte du fonds de pension et s’en servir pour payer les dettes de JP Morgan et Citibank.

Voilà le plan: Rattner exige du tribunal des faillites qu’il autorise GM à taper dans la caisse de retraite c’est à dire l’argent que GM doit à ses ouvriers pour leur assurance médicale de retraite.

Ce fonds est constitué de liquidités, c’est à dire de l’argent sonnant et trébuchant. L’idée est de prendre cet argent et de le remplacer par de la monnaie de singe, ou tout comme : des actions GM. Le pourcentage d’actions GM pourra être de 17%… ou de 25%. Peu importe, 17% ou 25% d’actions, cela équivaut à…, euuh . . . ouais… dans tous les cas, je vous souhaite bonne chance le jour où vous voudrez payer votre dialyse ou votre hopital avec une poignée d’actions d’un constructeur automobile en faillite.

Par contre, selon Rattner, les banquiers de Citibank et de Morgan sont en droit, eux, d’exiger (et d’obtenir) le remboursement de l’intégralité de leur mise en bon argent, pas en monnaie de singe : 6 milliards de dollars, ici, maintenant et en cash… Et cela de la part d’une entreprise qui n’est même plus en mesure de payer ses sous-traitants, sans parler des factures médicales de ses employés.

Quel est le problème avec le fait de s’accaparer les fonds de retraite des ouvriers quand l’entreprise est en faillite ? Vous devriez le savoir, M. Obama, après tout, vous avez jadis donné des cours de droit : le problème c’est que c’est tout simplement illégal.

En 1974, sous la présidence Nixon, après une série de scandales et de faillites retentissantes de fonds de pension et de retraite, le Congrès des Etats-unis a passé la loi ERISA « Employee Retirement Income Security Act ». ERISA interdit aux entreprises ou aux repreneurs de saisir les fonds de pension des ouvriers – qu’il s’agisse de l’argent accumulé par retenues sur salaire ou bien les sommes collectées au titre de l’assurance médicale ainsi que les bénéfices de ces plans. Ce n’est pas de l’argent « en plus », c’est une partie des salaires de l’ouvrier qui a été prélevée et mise de côté en prévision de sa retraite et ses dépenses de santé.

Cet argent n’appartient plus à l’entreprise, il appartient en nom propre aux ouvriers… au même titre que l’argent que l’ouvrier a sur son compte en banque. Ce n’est pas parce que votre banque a des problèmes de sous qu’elle a pour autant le droit de venir taper dans votre compte.  (…).

En 1974, le Congrès savait très bien ce qu’il faisait. Il n’y a pas une entreprise aux Etats-unis qui n’ait pas eu envie un jour de se refaire une santé financière en tapant dans la cagnotte des retraites. A chaque fois ils se sont fait rappeler à l’ordre : cet argent ne leur appartient pas. Les ressources de ces plans de prévoyance appartiennent à la personne détentrice du plan, ce n’est pas l’argent de M. Dimon ou de M. Rubin. . .

Le Congrès avait également prévu la petite manip proposée par Rattner pour faire passer son pillage du fonds de pension de GM : ce n’est pas parce qu’il propose de remplacer les liquidités du fonds par des actions GM que la manoeuvre devient pour autant légale. Dans leur loi, les députés ont clairement prévu ce cas de figure en insistant sur le fait que les entreprises, en tant que garantes du fond, sont dans l’obligation de « gérer les sommes qui leur sont confiées de manière prudente et diversifiée afin de réduire les risques de pertes importantes pouvant mettre en péril la pérennité du fonds » »

Demandez à n’importe quel conseiller financier : « diversifier » et « éviter les risques » cela ne veut pas dire mettre tous ses oeufs dans le même panier et placer 100 % des retraites des ouvriers dans des actions d’une entreprise en faillite.

Si Rattner réussit son coup, cela créera un précédent qui permettra à n’importe quelle entreprise politiquement bien connectée ou bien en mal de liquidités d’aller taper dans la cagnotte des ouvriers pour jouer leur argent à la roulette.

Il n’est pas surprenant que les premiers bénéficiaires de ce plan seront les banques JP Morgan et Citibank. Ces deux établissements se sont déjà goinfrés plus d’un tiers des mille milliards de dollars d’argent du contribuable distribués sous forme d’assistance par le Trésor US et la Réserve Fédérale. Et ce n’est pas une coïncidence si Citi, le grand vainqueur, a versé plus de 100 millions de dollars à Robert Rubin, l’ancien Secrétaire au Trésor. Dans l’équipe de campagne de Barack Obama, Robert Rubin était « Monsieur Banques », chargé d’obtenir le soutien financier des grands groupes financiers U.S. Peu de gens ont remarqué que les plus grands contributeurs à la campagne de Barack Obama ont été les banques comme Morgan, Citi ou Goldmann-Sachs.

Jamie Dimon a de quoi être content : il récupère sa mise intégralement, il aura réussi à se mettre dans la poche non seulement les derniers vestiges de GM mais également le Secrétariat au Trésor de l’Administration Obama. Pas étonnant qu’il ait déclaré récemment au WSJ que ces douze derniers mois ont été « la meilleure année jamais vue chez Morgan ».

Ces derniers mois n’ont pas été mauvais non plus pour Monsieur Rattner. Quand il a été nommé au Trésor, les communicants autour d’Obama ont tenté de le présenter comme un « fils du peuple », un « militant ouvrier » ayant commencé sa carrière comme permanent syndical dans la sidérurgie.

On s’est bien gardés de vous raconter la suite de sa carrière : Rattner fait partie du tout petit cénacle d’investisseurs regroupé dans »Cerberus Capital », le fonds d’investissement qui avait « racheté » Chrysler. Enfin… « racheté » n’est pas vraiment le mot correct . Cerberus avait « racheté » Chrysler au même titre qu’un cannibale vous « invite » à dîner.

Cerberus n’a pas payé un seul centime pour s’approprier Chrysler – bien au contraire ! Les allemands de  Daimler Corporation ont payé des millions à Cerberus pour qu’ils les débarrassent de Chrysler. Cerberus a encaissé les millions, à désossé Chrysler pour vendre tout ce qui pouvait générer du profit… puis ils se sont débarrassés du cadavre détroussé de Chrysler en le refilant aux contribuables U.S..

Aujourd’hui, « l’homme de la rue » de l’administration Obama déclare une fortune personnelle d’environ un demi-milliards de dollars. Pas mal pour un « militant ouvrier ».

Economiste et journaliste, ancien négociateur syndical, Greg Palast est l’auteur de deux livres classés parmi les meilleures ventes du New York Times : « The Best Democracy Money Can Buy » et « Armed Madhouse ». Il est actionnaire GM et syndiqué depuis près de 30 ans chez UAW (United Automobile Workers).

http://www.gregpalast.com/grand-theft-auto-how-stevie-the-rat-bankrupted-gm/


La phrase qui tue :« Mais je vous rappelle qu’un non-lieu ne préjuge en rien de l’absence de réalité des faits », précise Me Many, conseil de Bartholome. Ca c’est du beau sophisme d’avocat…

[Bakchich 129 – 08/05/2009]

Licencier c’est facile. Il suffit d’avoir la bonne méthode, et d’être un peu inventif. Petit exemple illustré avec un maître fort de 33 procédures devant les prud’hommes.

Peu de justice pour les pauvres petits patrons… Surtout en ces temps de crise, où l’actualité ne pointe que les voyous. Et timides, bien peu paradent et pérorent de leurs hauts faits. Heureusement, restent Bakchich et Siné Hebdo pour les vanter et chanter leurs exploits. D’aucuns sont de véritables orfèvres du droit du travail, des magiciens du management, des horlogers de la gestion humaine.

À l’instar de Patrick Bartholomé, président fondateur de SCIGMA, une boîte de création de services internet/ intranet pour les entreprises… et dont le site est planté depuis trois jours. Bah, après tout, les cordonniers s’avèrent souvent les plus mal chaussés. Mais au moins la boîte rayonne, surtout aux prud’hommes. Depuis 4 ans, pas moins de 33 procédures devant six conseils différents. Paris, Créteil, Bobigny, Boulogne-Billancourt, Toulouse, Bordeaux. Une sorte de tour de France du droit social pour Bartholomé.

Un fan de Johnny Halliday souvent sur la route, mais que Bakchich et Siné ont eu le temps d’intercepter. « Peut-être que nous avons beaucoup de procédure, mais nous avons aussi un taux de recrutement des plus élevés, 30% » parade Bartholomé. Logique, quand on vire, à un moment donné mieux vaut recruter. CQFD.

« Avec toutes les entreprises que nous rachetons à la barre des tribunaux, nous conservons plus d’emplois que nous en détruisons. Et nous n’avons jamais procédé à des licenciements économiques ». Élémentaire.

Habitué depuis 2002 à racheter des entreprises en délicatesse à la barre des tribunaux de commerce, Bartholomé a aussi pris le parti d’en virer les anciens salariés. « Ils ne supportaient pas de voir leurs entreprises rachetées, c’est pour cela qu’ils m’attaquent. La plupart étaient les gérants qui ont amené ces boîtes à la faillite ».

Certes, mais dans le lot se sont aussi glissé bien des salariés protégés. Selon une savante méthode, sorte de licencier pour les nuls.

  • Petit 1, invoquer la faute grave et/ou lourde pour licencier. « C’est à dire l’intention de nuire à l’employeur de la part du salarié, des cas rarissimes normalement aux prud’hommes », décrypte une avocate qui a eu affaire au fan de Johnny.
  • Petit 2, très important, produire des attestations de tiers… mais pas trop éloignées pour charger le salarié. Le motif est tout trouvé pour la boîte d’informatique dont les ingénieurs vont souvent chez le client : « refus de mission ». Au hasard, les même attestataires reviennent souvent. Le bras droit de Bartholomé, Arnaud Lerondeau. ou mieux, son ex-femme et mère de son enfant, qui travaille pour une société cliente.
  • Et, cerise sur le gâteau, si l’employé est un brin trop bravache, déposer une plainte au pénal. À l’envie, pour vols, menaces ou escroqueries, contre les salariés licenciés. « Ce sont des méthodes de voyous mais c’est très malin. En droit français, le pénal tient le civil. Donc tant que le pénal n’aboutit pas, il y a peu de chance que les prud’hommes décident de statuer ». Ce qui permet d’étrangler financièrement le vilain salarié, qui a eu l’heur de se rebeller… et de le pousser à transiger. Du travail d’orfèvre.

Cinq plaintes au pénal ont ainsi permis de geler pendant des années des procédures prud’hommales en cours.

Avant d’être classées sans suite. « Mais je vous rappelle qu’un non-lieu ne préjuge en rien de l’absence de réalité des faits », précise Me Many, conseil de Bartholomé. Avant d’ajouter que « six procédures sont encore en cours, et nous avons gagné la dernière. Mon client a récupéré 1 000 euros dans l’affaire ». En temps de crise, il n’est pas de petite victoire.

http://www.bakchich.info


Machiavel – qui savait de quoi il parlait – a écrit que « les citoyens peuvent s’accomoder de beaucoup de choses. Catastrophes, guerres, famines, épidémies… la majorité sert les dents, râle, soupire, mais tient bon. Par contre, l’Histoire nous montre que chaque fois qu’un souverain a touché à l’épargne du peuple, sa tête a fini brandie au bout d’une pique par une foule d’émeutiers chauffés à blanc. L’épargne, c’est le petit espoir d’un jour meilleur qui rend docile la majorité des citoyens, seuls les despérés qui n’ont plus rien sont enragés. Dilapider l’épargne, c’est dilapider le soutien du peuple. »

Si la CDC prend la route de Fanny Mae et Freddy Mac, ça va flamber dans les rues de France et de Navarre…

[L’Expansion –  Julie de la Brosse 09/04/2009]

Les comptes de la Caisse des dépôts sont passés dans le rouge pour la première fois depuis 1816. Soit une perte de 1,5 milliard, selon Les Echos, pour l’institution qui gère les milliards de l’épargne des Français. Faut-il s’inquiéter?

Gestion de quelque 200 milliards d’euros d’épargne des Français, soutien aux banques, aux collectivités, à l’investissement, la Caisse des dépôts et des Consignations est volontiers présentée comme le « bras armé de l’Etat »… Problème, pour la première fois depuis sa création en 1816, elle va enregistrer des pertes pour son exercice 2008, chiffrées jeudi à 1,5 milliard d’euros par le quotidien Les Echos. A comparer avec un bénéfice de 2,5 milliards d’euros en 2007. S’il faut attendre la publication des résultats le 16 avril pour avoir confirmation de ce montant, on peut d’ores et déjà s’interroger sur les causes et les conséquences d’une telle contre-performance pour un établissement aussi crucial. Les réponses de L’Expansion.com

Quelles sont les missions de la Caisse des dépôts ?

Historiquement, la Caisse des dépôts avait pour mission d’investir sur du long terme et de façon sécurisée l’épargne des Français (le Livret A et l’épargne logement actuellement). Mais avec le temps ce super gestionnaire s’est vu imposer diverses autres missions. Banquier de la sécurité sociale, gestionnaire des régimes de retraites des fonctionnaires, elle est également chargée de financer les programmes de rénovation urbaines et des logements sociaux. Par l’intermédiaire de ses filiales, elle gère aussi un certain nombre d’activités concurrentielles : l’assurances des personnes, le développement des PME. Par exemple, elle détient à 100% le première société au monde de remonte-pentes : la Compagnie des Alpes.

Mais depuis quelques années, la Caisse a encore accentué ses interventions en tant qu’investisseur institutionnel. Qualifiée de véritable fonds souverain de l’Etat français par les opposants à cette transformation, la Caisse des dépôts n’est plus restreinte aux simples missions d’intérêt général.  Elle est ainsi présente dans de nombreuses entreprises du CAC 40. D’Alcatel-Lucent à PSA Peugeot Citroen en passant par Michelin ou encore Dexia (la liste est loin d’être exhaustive), la Caisse des dépôts serait le premier ou deuxième actionnaire d’une entreprise du CAC 40 sur 3.

Comment expliquer ces pertes ?

C’est justement la chute vertigineuse des cours boursiers en 2008 qui serait à l’origine de ces pertes historiques. Des moins values chiffrées à un milliard d’euros par le journal Les Echos. « Si l’on avait appliqué par le passé les normes comptables actuelles, la Caisse aurait assurément été en pertes certaines années, notamment dans les années 1930 », se défend cependant un cadre de l’établissement au quotidien. Et en effet, avec l’obligation comptable de s’en tenir à la valeur actuelle de l’action alors même qu’aucun titre n’a encore été vendu, ces pertes potentielles ne pouvaient être que colossales. (suite…)


Aaaarghh ! Et dire qu’on s’excite à cause de EDVIGE, du STIC ou de la Base-Elèves….

Ca va encore plus vitte que prévu ! Je sens que la puce géolocalisatrice implantée sous la peau avec profil détaillé de l’individu et historique des 20 dernières années de connexions, réseaux sociaux, fréquentations et achats réalisés dans les magasins… n’est pas loin !!!  Même plus besoin de miradors, un gros ordinateur et un réseau Bluetooth suffisent… Et ce truc est un rève pour les obsédés…

Je vous garantis que peu de temps après, des journalistes comme Christophe Cornevin écriront : « Les membres du groupe terroriste ont été repérés par leur comportement suspect. Ils n’avaient pas de puce implantée sous la peu et n’étaient pas inscrits à Aka-Aki…. probablement parce qu’ils avaient des choses inavouables à cacher. »

A quand la création d’un Front de libération de la vie privée qui fera sauter les antennes relais pour créer des « zones non pistées » ?

Mise à jour  #1 : Il y a pire que Aka-Aki… il y a les bricoleurs dans leur garage qui s’amusent à capter et identifier les appareils Bluetooth et à en localiser les déplacements dans la ville. C’est « fun » et ça ouvre la voie à toutes sortes d’utilisations… et de chantages. Lisez par vous même…

MISE A JOUR #2 : Les utilisateurs de Aka-Aki étant virulents dans la défense de leur gadget qui est si cool, nous avons pondu une réponse. A lire ici.

TOUS AMIS, TOUS PISTÉS

[Yves Eudes – Le Monde – 06/04/2009]
Un quartier animé de Berlin, par un soir printanier. Thomas, 31 ans, artiste peintre encore méconnu, s’installe dans son bar habituel et sort son téléphone mobile, un « smartphone » connecté à Internet. Aussitôt, son mini-écran affiche la page d’accueil de Aka-Aki, le nouveau réseau social « géolocalisé » permettant à ses membres de détecter tous les autres membres se trouvant dans les parages, et de communiquer avec eux en temps réel.
D’un coup d’oeil, Thomas constate que des centaines de Berlinois inscrits sur Aka-Aki sont connectés en ce moment, dont dix-sept à moins de dix minutes de marche. Leur nom et leur photo défilent automatiquement. D’un geste, il peut consulter leur profil, contenant toutes sortes de renseignements : ils habitent le quartier, ou y travaillent, ou sont venus pour dîner. Presque tous ont pris l’habitude de coller sur leur profil des stickers (étiquettes) pour expliquer en images leurs goûts et leurs préférences dans tous les domaines. Même ceux qui ne font que passer près du bar, à pied ou en tramway, sont recensés et archivés.

Le système précise que, sur les dix-sept personnes présentes dans le quartier, trois se trouvent à quelques dizaines de mètres de Thomas. La première s’appelle Zina, une jolie brune. Sans hésiter, Thomas lui envoie un message. Zina répond qu’elle habite en face du bar, mais qu’elle n’a pas le temps de venir boire un verre, car elle révise un examen : « Pas grave, se console Thomas, je la retrouverai facilement. » Aka-Aki a enregistré la date et l’heure de la rencontre entre les mobiles de Thomas et de Zina, et a inscrit l’événement sur leurs profils respectifs. S’ils se croisent à nouveau, dans un jour ou dans un an, ils recevront un message d’alerte.

Thomas affirme qu’il a fait plusieurs rencontres grâce à Aka-Aki : « La première fois, je me suis fait draguer par un homosexuel qui ne l’avait pas indiqué sur son profil. Moi, je suis hétéro, dès le lendemain, je l’ai mentionné sur le mien. » Il a aussi fait connaissance avec un autre jeune artiste : « Un matin de bonne heure, j’ai remarqué que son profil était apparu près de chez moi. Même chose les jours suivants, alors je lui ai demandé s’il venait d’emménager dans le secteur. C’était le cas, nous avons très vite sympathisé. »

Soudain, le smartphone de Thomas émet un jingle indiquant qu’un nouveau membre vient de pénétrer dans sa zone de proximité : « C’est un ami à qui j’avais donné rendez-vous plus tard, pour dîner. Lui aussi a vu que j’étais ici plus tôt que prévu, il arrive. »

Thomas et sa bande ont adopté Aka-Aki comme mode de communication principal. Quand deux membres signalent au système qu’ils sont officiellement « amis », chacun est mis au courant en temps réel de tout ce que fait l’autre. Et lorsque deux membres qui ne se connaissent pas encore se croisent par hasard, le système leur envoie la liste de leurs amis communs, directs et indirects – un premier sujet de conversation possible.

Peter, 28 ans, l’un des copains d’enfance de Thomas, aujourd’hui instituteur en maternelle, est devenu un inconditionnel d’Aka-Aki : « Je mets mon profil à jour aussi souvent que possible, toutes les dix minutes parfois. Quand je fais quelque chose d’intéressant, j’aime bien partager avec mes potes. » Récemment, Peter faisait la queue devant une discothèque, quand il a vu sur son mobile que deux de ses amis étaient déjà à l’intérieur : « Ils m’ont dit que l’ambiance était nulle et la bière trop chère. Nous nous sommes donné rendez-vous ailleurs. Ce qui est vraiment nouveau, c’est qu’on se retrouve spontanément sans être obligés de planifier ni de prendre des rendez-vous contraignants. »

Pour les utilisateurs, Aka-Aki est simple et instinctif, mais en coulisses le système est complexe. Les téléphones se trouvant à moins de 30 m les uns des autres se repèrent grâce à leurs émetteurs Bluetooth – installés pour faire fonctionner les oreillettes sans fil et échanger des photos. Au-delà de 30 mètres, Aka-Aki localise les appareils en interrogeant les nombreux réseaux Wi-Fi qui quadrillent la ville. Il peut aussi capter les signaux GPS, indiquant la longitude et la latitude des smartphones qui en sont dotés. Quand aucun autre système n’est disponible, Aka-Aki repère les mobiles connectés au même relais de téléphone GSM, ce qui fournit une localisation approximative. Si un membre se promène avec un vieux mobile non connecté à Internet, il est quand même inclus dans le réseau : à chaque fois qu’il croise un autre membre, il reçoit un SMS d’alerte.

Après des débuts incertains, Aka-Aki comptait plus de 100 000 membres en mars, surtout en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Mais rien n’empêche le reste du monde de se connecter : l’interface est en partie en anglais, et des versions en diverses langues sont en préparation. L’idée est née en 2006 : il s’agissait au départ d’un projet de fin d’études imaginé par cinq étudiants du département publicité de l’Ecole des beaux-arts de Berlin. Le succès de leur invention fut tel auprès de leur entourage qu’ils décidèrent d’interrompre leurs études et de créer une start-up.

Aujourd’hui, la société Aka-Aki, un nom facile à retenir, qui ne veut rien dire (¡joder, chico ! en espagnol, ça veut dire « ici et là » et ça se dit aussi d’un gamin qui a la bougeotte) , compte 17 salariés, tous jeunes et branchés, installés dans un immeuble agréable au centre de Berlin. Son avenir à court terme est assuré grâce à une société allemande de capital-risque. Cela dit, son business model reste flou. Ses jeunes patrons essaient d’imaginer plusieurs scénarios : publicités géolocalisées ultraciblées, promotion d’événements, partage des recettes avec les opérateurs Internet… Ils ont déjà passé un accord avec la compagnie de télécom allemande E-Plus, pour que le trafic Aka-Aki reste gratuit. Aka-Aki pourrait aussi devenir un outil de travail. Roman Haensler, 29 ans, l’un des cofondateurs, lance une piste : « Dans un Salon professionnel, tous les téléphones vont s’échanger des cartes de visite et des CV numériques, ça va décupler le maillage. »

La puissance de Aka-Aki semble illimitée, car un mobile doté de son logiciel ne repère pas seulement les autres membres, il recense tous les appareils émettant un signal Bluetooth : téléphones mobiles ordinaires, ordinateurs, imprimantes, GPS de voiture… Till, 29 ans, chercheur en biologie, fait une démonstration dans un café fréquenté par des étudiants. Dès qu’il entre, son mobile affiche une liste de 22 mobiles, 1 GPS et 7 ordinateurs portables. Le plus souvent, le signal Bluetooth diffuse simplement la marque et le modèle de l’appareil, mais parfois, le propriétaire a entré un pseudo, ou même son vrai nom. Le serveur central de Aka-Aki crée un profil pour chaque appareil et note qu’ils ont été « découverts » par Till en indiquant le jour et l’heure : « C’est comme un jeu de piste, tous mes amis savent que je suis passé par ici, puis par là, et combien de fois. C’est étrange, mais sur Aka-Aki, les objets acquièrent une vie propre. » L’ordinateur du gérant du bar, installé dans une arrière-salle, possède bien sûr son profil depuis longtemps. Il affiche la liste de tous les membres de Aka-Aki ayant fréquenté le lieu, avec pour chacun d’eux le nombre de visites et la date du dernier passage. (suite…)


[Le Monde Diplomatique – Avril 2009]
Le mal qui ronge la finance dévore à présent l’économie mondiale dont elle a tiré sa substance. Quand une banque s’écroule, une autre la rachète, garantissant ainsi que l’Etat devra la sauver, elle, puisqu’elle devient « too big to fail » (« trop grosse pour faire faillite »). Un peu partout, dans la précipitation et le couteau sur la gorge, le contribuable paie des milliers de milliards de dollars pour secourir les plus grandes institutions financières. Or nul ne sait combien d’« actifs toxiques » demeurent dans leurs entrailles, ni combien il va falloir encore payer pour acquérir la pile montante de leurs créances avariées. Le bilan de la déréglementation financière, le voilà.

Autrefois, le travail de banquier paraissait facile. On évoquait la règle américaine du « 3-6-3 ». Emprunter à 3 %, prêter à 6 %, partir jouer au golf à 3 heures. Maîtriser un tel exercice ne réclamait pas un bataillon de mathématiciens armés de modèles économétriques. Puis vient le tournant des années 1980. La « diversification » s’impose, la « prise de risque », le « décloisonnement », aussi. La loi américaine Glass Steagall de 1933 interdisait aux banques d’investir en Bourse. Semblable vieillerie héritée du New Deal est abolie dans l’allégresse de la nouvelle économie. Modernité oblige, les banques cessent de dépendre de la confiance de leurs épargnants (1).

Sans tarder, elles investissent dans de nouveaux placements — des « dérivés » de produits panachés à partir de créances qu’elles ont elles-mêmes un jour « titrisées »… Autant dire que les banquiers eux-mêmes comprennent à peine de quoi il retourne (un manuel de 150 pages serait parfois requis pour y parvenir), tout en appréciant ce que tant d’innovation leur rapporte. Prêter toujours davantage, dans l’opacité et avec toujours moins de fonds propres, voilà qui est risqué. Mais on vivait alors le temps des bulles, des expansions sans fin, des pyramides financières, des salaires de pharaon, ce qui encourageait de nouvelles fuites en avant (2). Fin 2007, des banques prêtèrent jusqu’à trente fois le montant qu’elles détenaient dans leurs soutes. Des assureurs comme American International Group (AIG) protégeaient leurs parcours de funambules…

Un jour, c’est-à-dire hier, la corde a cassé ; certains débiteurs des banques, ruinés et ne pouvant s’endetter davantage, ont cessé de les rembourser. Or ces dernières étaient fragiles puisqu’il suffisait qu’une fraction infime des emprunts qu’elles avaient consentis deviennent insolvables pour qu’elles fassent elles aussi faillite. Et leurs assureurs avec elles. Dégringolade de l’immobilier, chute de l’activité économique, flambée du chômage : comment les établissements financiers peuvent-ils à présent imaginer qu’ils vont se refaire ? Réponse : l’Etat — dont les commandes ont été parfois livrées à des petits génies en transit entre deux banques — veille sur leur sort.

Il est temps qu’il prenne carrément la direction des opérations. De toute manière, le salut de la finance ne dépend plus d’actionnaires privés, lesquels ne retrouvent des couleurs que quand un gouvernement leur annonce une nouvelle injection de fonds. Hérétique hier, quand même les socialistes français déréglementaient la finance (lire pages 6-7), la solution de la nationalisation des banques devient à ce point évidente — ou la calamité qu’elle empêcherait à ce point menaçante — que des parlementaires républicains la préconisent aux Etats-Unis. Des journaux aussi libéraux que The Economist s’y sont également ralliés (3).

Il paraît toutefois que, sitôt les banques purgées avec l’argent des contribuables, il faudrait les rendre à leurs actionnaires. Faire le ménage, en somme, puis restituer l’appartement à ceux qui l’ont saccagé. Mais pourquoi ? Des systèmes bancaires nationalisés ont impulsé à bon compte des décennies d’expansion. De quel bilan comparable les banques privées peuvent-elles encore se prévaloir ?

Serge Halimi.

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/HALIMI/16971

(1) Lire Ibrahim Warde, « Les assises du système bancaire détruites par la déréglementation », Le Monde diplomatique, janvier 1991 (disponible dans le cédérom du Monde diplomatique.

(2) En 2008, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Lehman Brothers et Bear Stearns ont distribué 20 milliards de dollars de bonus à leurs employés alors qu’elles venaient de perdre 26 milliards de dollars et faisaient appel à l’Etat pour les sauver. A Goldman Sachs, chaque employé reçut une moyenne de 362 000 dollars, salaire compris (The Wall Street Journal, New York, 20 mars 2009.)

(3) Editorial « In knots over nationalisation », The Economist, 28 février 2009


[Rationalité limitée – 24/03/2009]

La blogosphère économique américaine est en effervescence suite à l’annonce du plan proposé par Timothy Geithner consistant en un partenariat public/privé pour racheter les actifs toxiques qui plombent les bilans des banques américaines. La tonalité générale est plutôt au scepticisme mais avec quelques exceptions notables comme Brad De Long ou James Surowiecki. Pour bien comprendre ce plan et en quoi il se différencie du plan Paulson et de la nationalisation partielle des banques, il faut absolument lire ce billet de Mark Thoma et son exemple des “voitures toxiques”. Le même Mark Thoma, qui était a priori partisan d’une nationalisation partielle, ne condamne pas par ailleurs le plan Geithner et le crédite de certains aspects positifs.

Comme je l’ai dit, la plupart des économistes américains (du moins sur la blogosphère) restent sceptiques. Voir notamment ce que raconte Paul Krugman (ici, ici, , ou encore ). Sandeep Baliga souligne quant à lui le fait qu’il existe, quoiqu’il arrive, un problème irréductible de sélection adverse : quelque soit le mode de rachat des actifs toxiques (de ce point de vue, le plan Geithner et le plan Paulson reviennent au même), les banques sont de toutes façons incitées à sur-évaluer leurs actifs toxiques avec l’idée que, étant “too big to fail”, si elles ne parviennent pas à se débarraser de tous ces actifs toxiques, on les aidera d’une manière ou d’une autre plus tard. De ce point de vue, la nationalisation a l’avantage d’évacuer ce problème. On pourra rétorquer deux choses : nationaliser, même partiellement, les banques (comme la Suède en 1992) a quelques inconvénients, notamment de mettre aux manettes les agents qui ne sont pas forcément les plus compétents pour cela. D’autre part, comme l’indique Mark Thoma, le coût pour le contribuable est une chose à prendre en compte certes, mais il faut aussi voir que l’objectif de ce plan de rachat est avant tout de remettre en marche le système bancaire. Sur le long terme, cela veut dire un gain net pour tout le monde.

En tout cas, la ligne de fracture entre les Etats-Unis et l’Europe se confirme. Que ce soit sur la question des banques ou du plan de relance, il se dégage clairement deux philosophies : la philosophie “activiste” américaine, qui n’hésite pas à engager des milliards de dollars dans les politiques de relance et dans le sauvetage des banques ; la philosophie “attentiste” des européens, qui ne font pas grand chose, tant sur le plan monétaire que budgétaire. Pire, en France, on a réussi à trouver une solution bâtarde pour les banques dans laquelle il leur a été fournie une aide publique sans réelles contreparties. On a là une énigme intéressante en terme d’économie politique : la passivité européenne s’explique-t-elle par la difficulté à coordonner les actions des différents Etats ? Par le fait qu’il n’y a vraisemblablement pas d’économistes à proximiter du pouvoir sarkozien ? On peut aussi arguer, comme le font le gouvernement et Jean-Claude Trichet que la plus grande importance des stabilisateurs automatiques en Europe fait qu’une relance de moins grande ampleur est nécessaire. Ce dernier argument est partiellement (seulement partiellement) valable. En revanche, le problème du système bancaire n’est pas véritablement résolu.

Edit : Arnold Kling est contre le plan Geithner et explique pourquoi de manière métaphorique par le biais du tournoi final du championnat américain de basket universitaire (c’est ce qui a attiré mon attention).


Depuis 2007, ce n’est guère que la sixième fois que les experts financiers nous serinent que ouf, on peut respirer, la crise est passée… Cette fois-ci c’est Emmanuel Lechypre qui s’y colle… il disait déjà la même chose l’an dernier.

C’est bien pour cela qu’il y a le mot CON, dans consommateur…

Trois signes encourageants pour une sortie de crise

[L’Expansion.com – 17/02/2009]La récession n’est pas terminée, mais il semble que le plus fort de la tempête est passé, explique Emmanuel Lechypre, responsable du Centre de prévision de L’Expansion.

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/trois-signes-encourageants-pour-une-sortie-de-crise_174954.html?XTOR=EPR-177


Le mot d’ordre cette année c’est : « ne dites surtout pas à Klaus Schwab (le fondateur du Forum économique) que je brasse de l’argent, il me croit militant alter-mondialiste ou sympathisant de l’ultra gauche allemande ».

[Philippe Béchade -La Chronique Agora – 27/01/2009]

A l’image des étoiles filantes, il n’aura fallu que quelques dixièmes de secondes (à l’échelle du capitalisme post-révolution industrielle, soit environ 250 ans) aux stars de la finance mondiale pour tomber du firmament vers les zones les plus obscures de l’horizon.

Oui, à un an de distance, c’est comme si une épidémie de virus « subprimo-dépresseur » avait frappé une typologie bien précise de participants au Forum de Davos : la majorité des financiers ayant basé leur expansion et leur munificence sur la spéculation et les effets de levier ont disparu de la liste des Maîtres du Monde.

Parmi les grands noms qui brillent… par leur absence, citons des habitués du Forum tels Richard Fuld Jr., ex-patron de Lehman Brothers, John Thain, ex-CEO de Merrill Lynch et directeur démissionnaire de Bank of America (jeudi dernier).

Parmi les survivants de la tempête d’octobre qui ont décliné l’invitation des organisateurs, nous notons la défection de Vikram Pandit et Lloyd Blankfein, les patrons de Goldman Sachs. Il y a aussi Sir Win Bischoff, le président de Citigroup, qui fera représenter la firme par Richard Parsons, l’ancien CEO du groupe Time Warner Inc.

Nous ajouterons à cette liste des absents de marque quelques milliardaires rapidement enrichis comme Ramalinga Raju, l’ex-patron de Satyam Computer (pour cause d’emprisonnement) ou Edgar de Picciotto, président de l’Union bancaire privée. Ce dernier a fait investir ses clients à hauteur de 700 milliards de dollars dans les fonds Madoff — autre figure éminente de l’élite capitaliste qui attend son placement imminent derrière les barreaux.
Le mot d’ordre cette année c’est : « ne dites surtout pas à Klaus Schwab (le fondateur du Forum économique) que je brasse de l’argent, il me croit militant alter-mondialiste ou sympathisant de l’ultra gauche allemande ».


[Philippe Béchade – Chronique Agora – 06/01/2008]
Les pressions baissières qui s’exercent sur les marchés actions depuis 15 mois semblent avoir été gelées par la chute des températures dans l’hémisphère Nord… mais les investisseurs ne savent pas trop s’il faut s’enthousiasmer pour le plan de relance sur lequel planche Barack Obama — une promesse d’avenir à 800 ou 1 000 milliards de dollars, voire plus si les prêteurs réitèrent leur confiance dans le dollar ? — ou se passionner pour l’audition de Bernard Madoff.

Les investisseurs du monde entier vont suivre les auditions de celui qui est devenu la référence millénaire en matière de carambouille financière comme s’il s’agissait de la cérémonie d’enterrement des années de brassage d’argent virtuel et de création de fausse valeur à partir de simples manipulations de fichiers informatiques.

La légende voudrait qu’un trader solitaire — appelons-le Jérôme Kerviel — puisse faire apparaître ou disparaître à volonté des milliards d’euros de gains ou de pertes en tapotant à la dérobée quelques lignes de programme sur un misérable clavier en matière plastique, au nez et à la barbe de l’élite de la sécurité informatique et des meilleurs cerveaux recrutés par les instances de régulation internationales.

Mais Bernard Madoff a fait beaucoup plus fort. Il a ridiculisé les dirigeants d’Enron, lesquels étaient parvenus à faisander Wall Street durant une demi-douzaine d’années à coup de fausse comptabilité, de filiales offshore, de cabinets d’audit marrons et de chantage exercé sur les analystes les plus intègres.

Il a même réussi à démentir le postulat d’Abraham Lincoln qui estimait que l’on peut parvenir à tromper un grand nombre de personnes durant peu de temps, ou bien tromper un tout petit nombre de personnes durant très longtemps… mais jamais réussir à combiner les deux à la fois.

Pendant plus de 20 ans, l’élite intellectuelle et financière de la côte Est, de la Floride et de la Californie s’est prosternée devant Bernard Madoff. La SEC n’avait pas à proprement parler embrassé sa cause face aux détracteurs de Madoff, mais l’un de ses plus éminents inspecteurs avait tellement embrassé sa nièce qu’il avait fini par l’épouser.

En moins de 12 mois, quelques baudruches en col blanc « bien sous tous rapports » — et notamment ceux des agences de notations qui attribuaient des triple A aussi bien à Northern Rock qu’à Lehman Brothers, UBS, Hypo Real, Fortis ou Bear Stearns — ont fait vaciller deux siècles de capitalisme et de révolution industrielle. Les plus pessimistes envisagent même comme conséquence ultime une désintégration des démocraties occidentales, tant l’influence des lobbies a pesé lourd dans le processus de dérégulation de l’industrie du crédit avec, comme corollaire, l’explosion des opérations financières impliquant des paradis fiscaux.

–>Etes-vous prêts à prendre le pari que la leçon de la crise née du « laisser-faire » a été bien apprise par ceux qui tirent depuis si longtemps les ficelles dans les coulisses du Congrès américain, de l’OMC, de la Commission de Bruxelles ou du parlement de Strasbourg ? Nous entendons déjà l’objection nous opposant la théorie du complot…

–> Croyez-vous que le personnel politique, devenu soudain incorruptible de Washington à Tokyo, en passant par Londres et Berlin, décrètera le bannissement des paradis fiscaux ? Ou encore qu’il lancera une traque impitoyable visant tous les fraudeurs de type Madoff qui sévissent dans les eaux troubles de Wall Street et du Nasdaq… ou chassent leurs proies des îles Caïmans aux Antilles néerlandaises ?

–> Croyez-vous que les centaines de milliards de dollars fraîchement imprimés par simple décret du Congrès sur proposition de la Fed et du Trésor US vont être confiés à une nouvelle génération de banquiers et de politiciens formés à l’école de l’intérêt du « peuple souverain » et des millions d’individus enfermés dans le piège de la dette ?

–> Croyez-vous que Barack Obama, en dépit des formidables espoirs qu’il incarne, a le pouvoir de préserver la crédibilité du dollar papier ? Ou encore celui de modifier radicalement le partage des fruits du travail entre salariés (qui devraient enfin payer un peu moins d’impôts dès 2009) et actionnaires (qui bien souvent n’en payent plus depuis des lustres, parce que fiscalement apatrides) ?

Si vous avez répondu oui à chacune des questions qui précèdent, alors dépêchez-vous de récupérer toutes les liquidités déposées sur votre livret A avant que sa rémunération ne chute de 150 points d’ici fin janvier. Puis réinvestissez les yeux fermés sur toutes les valeurs qui ont chuté de 60% ou plus en 2008 avec le secret espoir de décupler votre mise d’ici 2028. C’est ce qu’ont fait ceux qui ont placé leur épargne en Bourse au début des années 80… pour prendre leurs bénéfices avec le basculement des Etats-Unis sous administration républicaine à l’automne 2000.

Vous nous imaginez peut-être plus cynique que nous ne le sommes mais nous parions que le prochain piège haussier fera un plus grand nombre de victimes encore. L’homme est ainsi fait qu’il préfère s’accrocher au moindre espoir de se refaire et d’effacer une partie des pertes qu’il a subies plutôt que de remettre en cause la structure de son épargne, convaincu que les moins-values boursières ne sont qu’un bref orage ponctuel dans un ciel d’un vert (la couleur de la hausse) immaculé…

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/PhilippeBechade.html


[Arrêt sur images – 19/12/2008]

Pour lui, il ne s’agissait que d’une blague de potache entre collègues. Mais aujourd’hui, l’ouvrier de Michelin qui a été licencié pour avoir critiqué son entreprise et son travail sur internet ne comprend pas ce qui lui arrive. D’autant plus que l’affaire trouve son origine sur un CV en ligne que l’intéressé…n’avait même pas rempli lui-même.

L’affaire soulève de nouvelles questions sur la maîtrise des données personnelles confiées aux réseaux sociaux.

Le 8 décembre, un salarié de l’usine Michelin de Cholet a été licencié et un autre mis à pied pour avoir critiqué leurs conditions de travail sur un site internet. Qu’est-ce qui a pu pousser l’employeur à de telles sanctions ?

Pour l’ouvrier licencié, que nous appellerons Jackie, il s’agit en fait de cette page, que l’on trouve encore en cache dans Google. Selon un représentant CGT, le « Journal du Net-Réseau » était cité nommément dans la lettre de licenciement. On peut lire, dans son parcours professionnel : Boulot de bagnard !! et encore je parle pas des lèche-culs de merdes avec qui on bosse !!! mdr. Michelin EXPLOITATEUR !!!! 😀

Journal du Net réseau, aussi appelé JDN-réseau, est un réseau social à vocation professionnelle. C’est très utile aux personnes qui cherchent du travail ou qui veulent recruter : on peut y retrouver facilement une personne par branche d’activité ou par entreprise. Il en existe d’autres comme Linkedin ou Viadeo.

Mais quelle idée est donc passée par la tête de cet employé de Michelin, pour aller écrire sur un CV en ligne qu’il fait un « boulot de bagnard » ?

En fait, ce n’est pas si simple. Cet employé n’avait aucune idée de ce qu’il faisait. Il a été pris au piège du fonctionnement du site en question et de Google. Explications.

Au départ, Jackie s’inscrit sur le site copainsdavant.com pour y retrouver des collègues de travail, « pour délirer entre nous », confie-t-il à @si.

Copainsdavant est l’un des premiers réseaux sociaux mis en place en France. L’idée de départ est de retrouver ses copains d’école maternelle ou de lycée, perdus de vue depuis 10 ans en s’inscrivant sur le site (s’ils sont inscrits aussi, bien entendu). Jusqu’en octobre 2007, le site permettait de consulter la « fiche » de ses anciens camarades inscrits, mais il fallait payer pour pouvoir les contacter. Face à la concurrence des autres réseaux et notamment Facebook, Copainsdavant est passé au tout gratuit il y a un an. Les services se sont enrichis : comme sur tout réseau social, on peut préciser à l’intention de ses amis quel sont ses goûts, ses hobbies, mais aussi son activité professionnelle.

Copainsdavant appartient au groupe Benchmark, également éditeur de L’Internaute et… du Journal du Net , à la base ce réseau social professionnel JDN-réseau, sur lequel l’on a pu lire la prose désobligeante pour Michelin.

Du « délire entre copains » au CV, une passerelle directe…

Benchmark a choisi d’établir des passerelles entre ces deux réseaux. Conséquence : quand un utilisateur de Copainsdavant indique ses informations professionnelles, celles-ci sont automatiquement transmises à JDN-réseau. Mais ce sera plus clair avec un exemple.

@si s’est inscrit sur Copainsdavant sous le nom de Jean Bleuzen. Jean Bleuzen travaille dans la même entreprise que Jackie. Pour rigoler avec ses potes et ses collègues, il donne dans le champ « détails de votre fonction » une idée plutôt négative de son travail.

Jean-Bleuzen-Michelin-Copainsdavant

Nous étions bien ici sur une page de copainsdavant, destinée à retrouver d’anciens amis et rester en contact avec d’autres. Mais dès ce moment, notre employé à Michelin a, automatiquement, sans même l’avoir demandé, un CV en ligne sur JDN-réseau, où l’on retrouve évidemment son avis sur la boîte qui l’emploie :

http://www.arretsurimages.net/media/article/s15/id1482/original.10191.plein.jpg

S’il n’est pas possible de refuser cette option « passerelle » à l’inscription (selon les constatations d’@si), il est possible par la suite d’y renoncer. En bas de sa « fiche personnelle », on peut lire « Si vous ne souhaitez pas apparaître sur JDN Réseau, cliquez ici ». Problème: si vous n’avez aucune idée de ce qu’est JDN Réseau et que vous êtes là pour trouver vos anciens amis, vous risquez fort de passer à côté, et d’emprunter la fameuse passerelle à votre insu.

Contacté par @si, l’employé licencié a expliqué avoir été conscient que d’autres personnes de Michelin étaient sur le réseau Copainsdavant, puisqu’il correspondait avec elles. Il est d’ailleurs possible que l’une d’elles ait prévenu la direction, selon lui. Mais avait-il conscience que ce qu’il avait écrit était visible aux yeux de tous ? « Non. On ne se pose même pas la question », avoue-t-il.

Contacté par @si, Benchmark confirme que remplir son profil sur Copains d’avant revient à se voir créer une fiche « JDN Réseau », « où l’on trouve exclusivement le parcours professionnel », précise Julien Barras, directeur associé. N’est-il pas anormal que l’on n’en soit pas informé lors de son inscription ? « Si on donnait tous les mécanismes du site, ce serait rébarbatif », explique-t-il. Il ajoute : « l’utilisateur reçoit des mails pour découvrir les services et lui indiquer la façon de procéder », avant de concéder : « C’est quelque chose qu’on peut améliorer ».

La CGT a saisi le Conseil des Prud’hommes. Elle demandera la réintégration de la personne licenciée ainsi que l’annulation de la mise à pied. Le syndicat revendique le droit à la liberté d’expression des salariés. De son côté, Michelin évoque une « obligation de loyauté » envers l’entreprise.

http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1482


[Gregor Seither – IES Media Cooperative – 12/12/2008]

Mercredi dernier, dans la ville d’Oklahoma City, Thomas Wayne Garrett devait aller chercher sa femme à l’hopital où elle avait passé dix jours. Mais ce même jour, le facteur lui avait apporté un courrier de son propriétaire, à qui il louait la maison. Ruiné par la crise des « subprime », celui-ci avait été obligé de vendre la maison et lui ordonnait de quitter les lieux sous 48 heures. Comme des millions d’autres Américains, Tom Garrett était « evicted », jetté à la rue à l’àge de 60 ans,  le jour même où il devait ramener à la maison sa femme malade.

« Je suis allé chercher Cynthia à l’hôpital et j’ai fait le tour de la ville avec elle, a expliqué M. Garrett à la police. « Je ne savais pas comment lui dire, à sa sortie d’hôpital, que nous n’avions plus de maison où aller, que nous étions des sans-abri. Je ne savais pas comment lui annoncer la nouvelle, alors à un moment, je me suis garé sur le bas-côté, j’ai pris le calibre 38 dans la boite à gants et je l’ai abattue. »

Garrett a ensuite déposé sa femme grièvement blessé aux urgences puis a pris la fuite, avant d’être rattrapé par la police. Sa femme est dans le coma, avec très peu de chances de survie.


[Ayad Singh -IES Media Cooperative – 2/11/2008]
Ces cinq dernières années, sur les télévision US (Fox, CNN, CBS, PBS…), l’économiste Peter Schiff, président de la société d’investissements EURO PACIFIC CAPITAL, n’a cessé de tirere la sonette d’alarme, d’alerter sur les dangers de la bulle des « subprime », sur les « actions toxiques », sur l’avidité meurtrière des marchés, sur l’absence de garde-fous… A chaque fois les grosses têtes de la bourse se moquaient de lui, disaient « mais où va t’ils chercher tout ça, tout va bien, tout ira encore mieux demain »…

Dans cette compilation retraçant certaines de ses interventions à la télévision, entre 2005 et 2007, il affronte parmi les plus importants conseillers financiers de Wall Street (y compris Ben Stein) qui n’écoutent pas, le tournent en ridicule… tandis que les journalistes, éblouis par la célébrité des « Dieux de la Bourse » tournent Schiff en ridicule et le font paraître comme une cassandre imbécile qui gâche le plaisir des golden boys.

Avec le recul, le visionnement de ces séquences est incroyable: ces trois dernières années, Schiff annonce avec précision tout ce qui s’est produit depuis, montre les tendances, énonce les chiffres, sonne l’alarme… et tout le monde le regarde avec un sourire moqueur et lui dit « mais non, mais non ». On se croirait sur le « Titanic » le matin du 14 avril… .

http://uk.youtube.com/watch?v=2I0QN-FYkpw


[Michael Moore, Common Dreams, 29 septembre 2008 – Trad. Contreinfo]

Permettez-moi d’aller droit au but. Le plus grand holp-up de l’histoire de ce pays se déroule au moment même ou vous lisez ces lignes. Aucune arme à feu n’est utilisée, mais 300 millions de personnes ont été prises en otages.

Ne nous méprenons pas : Après avoir dérobé 500 000 milliards de dollars qui ont été empochés depuis 5 ans par leurs soutiens les profiteurs de guerre, après avoir garni de plus d’une centaine de milliards de dollars les poches de leurs amis les pétroliers depuis deux ans, Bush et ses potes – qui doivent bientôt quitter la Maison Blanche – sont en train de piller le Trésor américain de chaque dollar qu’ils peuvent récupérer. Ils prennent dans le coffre autant qu’ils pourront en emporter en se dirigeant vers la sortie.

Peu importe ce qu’ils disent, peu importe les mots terrifiants qu’ils emploient. Ils recourent encore une fois à leurs vieux trucs consistant à créer la peur et la confusion afin de rester parmi les 1% les plus riche. Il suffit de lire les quatre premiers paragraphes de l’article de la une lundi dernier dans le New York Times, pour comprendre la réalité du contrat proposé :

« Au moment même où les responsables politiques travaillent sur les détails d’un plan de sauvetage du secteur financier de 700 milliards, Wall Street commence à chercher le moyen d’en tirer profit.

Les entreprises financières ont exercé un lobbying afin que toutes sortes d’investissements en détresse y soient inclus, en plus de ceux qui sont liés aux prêts hypothécaires.

Dans le même temps, les firmes de gestion d’investissement intriguaient pour que leur soient confiés les actifs que le Trésor prévoit de sortir du bilan des établissements financiers, un rôle qui pourrait leur faire gagner des centaines de millions de dollars par an.

Personne ne veut rester à l’écart de la proposition du Trésor pour acheter les actifs douteux des établissements financiers.

Incroyable ! Wall Street et ses soutiens ont créé ce gâchis, et maintenant, ils prétendent faire le ménage en s’en mettant plein les poches. Même Rudy Giuliani fait pression pour que son entreprise soit retenue (et payée) pour « consulter » durant le sauvetage.

Le problème, c’est que personne ne sait vraiment ce que cet « effondrement » signifie. Le secrétaire au Trésor Paulson a admis lui-même qu’il ne connaît pas le montant exact nécessaire (il tout simplement sorti ce chiffre de 700 milliards de sa tête !). Le responsable du Congressional Budget Office a déclaré n’avoir pas trouvé de raison à ce montant et ne pouvoir l’expliquer à quiconque.

Pour autant, ils crient que la fin est proche ! Panique ! Récession ! La grande dépression ! Le bug de l’an 2000 ! La grippe aviaire ! Il faut voter le projet de loi sur le sauvetage aujourd’hui ! Le ciel nous tombe sur la tête ! Le ciel nous tombe sur la tête !

Il tombe pour qui ? RIEN dans ce plan de « sauvetage » ne fera baisser le prix de l’essence que vous mettez dans votre voiture pour aller travailler. RIEN dans ce projet de loi ne vous protégera contre la perte de votre maison. RIEN dans ce projet de loi ne vous donnera une assurance maladie.

L’assurance maladie ? Mike, pourquoi en parler ? Qu’est-ce que cela a à voir avec l’effondrement de Wall Street ?

Cela a tout à voir. Ce soi-disant « effondrement » a été déclenché par les défaillances massives et les saisies provoquées par les crédits hypothécaires. Savez-vous pourquoi tant d’Américains sont en train de perdre leurs maisons ? A en croire les Républicains, c’est parce que trop d’idiots de la classe ouvrière ont souscrit des prêts qu’ils ne pouvaient pas assumer.

Voici la vérité : La raison numéro un pour laquelle les gens sont ruinés c’est à cause des dépense de santé . Permettez-moi de l’exprimer clairement : Si nous avions eu une assurance santé universelle, cette « crise » des crédits hypothécaires pourrait n’avoir jamais eu lieu.

Ce renflouement a pour mission de protéger la masse obscène de richesses qui ont été accumulées au cours des huit dernières années. C’est pour protéger l’élite des actionnaires qui possèdent et contrôlent l’entreprise Amérique. C’est pour s’assurer que leurs demeures, leurs yachts et leur « style de vie » ne soient pas remis en causes tandis que le reste de l’Amérique souffre et se bat pour payer ses factures. Laissez les riches souffrir, pour une fois. Laissez-les payer pour ce sauvetage. Nous dépensons 400 millions de dollars par jour pour la guerre en Irak. Qu’ils mettre fin à la guerre immédiatement et nous fassent économiser 500 milliards de dollars supplémentaires !

Je dois arrêter d’écrire et vous devez arrêter de me lire. Ils organisent ce matin un « coup » dans notre pays. Ils espèrent que le Congrès agisse vite avant qu’il ne prenne le temps de réfléchir, avant que nous ayons une chance de les arrêter nous-mêmes. Alors, arrêtez de lire et faites quelque chose et faites le MAINTENANT !

http://socio13.wordpress.com/2008/10/01/par-michael-moore-le-plus-grand-hold-up-de-lhistoire-extraits/


[Gregor Seither – IES Media Services Cooperative – 10.10.2008]
Une petite poignée de collaborateurs de Lehman Brothers à New York – qui ont contribué à créer la plus grande faillite d’entreprise au monde – vont pouvoir se partager un paquet bonus de 2,5 milliards de dollars. Ce bonus, que d’autres membres de l’équipe Lehman à Londres ont traîté de « scandaleux », a été promis par le repreneur, Barclays Capital, la banque d’affaires britannique, qui a repris les opérations U.S. de Lehman Brothers et notamment les 10 000 salariés des bureaux de New York. (…)

Le document de reprise de faillite (Chapter 11 bankruptcy document) déposé par Lehman Brothers Holdings Inc précise que le repreneur, Barclays, a identifié HUIT individus parmi les 10 000 salariés de l’équipe de New York dont la présence est considérée comme « vitale pour la poursuites des opérations » ainsi que 200 autres « collaborateurs clés ». Les huit directeurs se sont vus proposer des contrats de deux ans dotés de salaires oscillant en 10 et 25 millions de dollars annuels. (…) Au total, cela représente une masse salariale approchant les 2, 5 milliards de dollars.

Interrogé par le quotidien The Independent, un des employés londoniens de Lehman a laissé libre cours à sa colère : « C’est un scandale sans nom. A l’avenir, je refuserais de travailler pour une entreprise américaine. Quand les choses vont mal, ils vous laissent tomber comme une vieille chaussette. De toute évidence, ils ont décidé de nous jeter à la poubelle. Aucune personne de l’équipe U.S. ne s’est manifesté auprès de nous depuis que nous avons déposé le bilan, lundi dernier. Et nous pouvons toujours courir pour toucher nos salaires »

Un autre employé a déclaré : « Cela fait 8 ans que nous travaillons pour Lehman, sans compter notre temps, les week-ends, les soirées, presque jamais de congés. Aujourd’hui, aux USA, toutes les grandes institutions financières ont été sauvées par le gouvernement et même Lehman Brother à New York va recevoir de l’argent… mais par contre, pour les employés en Europe, c’est une autre histoire. En ce qui nous concerne, on nous dit qu’il n’y a même pas assez d’argent pour payer nos salaires des deux derniers mois. »

Price Waterhouse Coopers, l’administrateur des opérations de Lehman en Europe a exigé de la maison mère qu’elle restitue la somme de 4,4 milliards de livres qui ont été transférés depuis les comptes britanniques de la société vers ceux de la Lehman Holdings U.S., quelques heures seulement avant que la société ne s’effondre.

Ce brutal retrait de liquidités avait mis la branche anglaise de Lehman dans l’impossibilité de payer les salaires de ses employés.


[Gregor Seither – IES Media Service Cooperative – 10.10.2008]
La semaine dernière, Ann Woolner, analyste chez Bloomberg, a fait une déclaration surprenante pour une employée d’un service d’information habituellement fort complaisant avec le capitalisme. Pour un peu, on aurait cru entendre Arlette Laguiller :

Dans cette crise financière, le plan de sauvetage proposé par l’équipe Bush est un véritable coup de pied dans les dents… les cadres de ces institutions financières, ceux qui ont provoqué cette crise, ceux qui ont poussé à la roue avec leur spéculation sans bornes, ceux qui, au minimum, n’ont pas fait leur travail et n’ont rien vu venir… tous ces gens là vont s’en mettre plein les poches avec l’argent du contribuable. Le plan de sauvetage, financé avec notre argent, va leur permettre de se sortir d’affaire et d’emporter avec eux des centaines de millions de dollars. Pendant ce temps là, nous – les pauvres petits contribuables – devons racler le fond de nos poches, mettre en péril nos plans d’avenir, et ceux de nos enfants.. simplement pour réparer leurs erreurs de jugements spectaculaires.

Tous ces champions de la finance, ces génies du capitalisme se sont bien gavés avec l’argent public… en contradiction totale avec leur idéologie « moins d’Etat » affichée toutes ces années.

Ainsi, Stanley O’Neal a reçu un « bonus de départ » de 161 millions de dollars quand il a quitté Merrill Lynch & Co. (vous vous souvenez de Merrill Lynch?), et ce n’était même pas un « parachute doré », juste une « rémunération exceptionnelle ». La société a fait faillitte un mois plus tard.

Angelo Mozilo, qui a mené Countrywide Financial Corp. à la faillite, a engrangé un bénéfice de 122 millions de dollars pour l’année 2007, rien qu’en stock options.

Embauché pendant trois mois à la tête de American International Group Inc., le PDG Robert Willumstad a reçu un « bonus » de 7 millions de dollars quand l’entreprise a mis la clé sous la porte. Pas mal pour trois mois de ‘travail’.

Bien sûr, avec la crise, la valeur du portefeuille de Richard Fuld, chez Lehman Brothers Holdings Inc. a perdu environ 1 milliard de dollars, mais – si l’on en croit un calcul de Fortune magazine – cela ne l’a pas empéché de faire un profit personnel de près de 500 millions de dollars à travers la vente d’actions.

Toujours selon Ann Woolmer, de Bloomberg :

Nous savons aujourd’hui que le prix de vente de ces actions était incroyablement surévalué, vu qu’il reposait sur des contrats subprime. Est-ce qu’il ne faudrait pas demander à Monsieur Fuld de restituer une partie de cet argent ? Ou la totalité de ces profits mal acquis ?

Au moins le gouvernement a t’il bloqué les 24 millions de dollars de « prime de départ » que les PDG de Fannie Mae et Freddie Mac, s’étaient votés juste avant que le gouvernement les nationalise, le mois dernier. « 

Faire cracher aux capitalistes leur argent mal acquis ? Quand on vous disait que Bloomberg s’était converti au bolchevisme pur et dur !!!!

En règle générale, il n’est pas facile de reprendre de l’argent ou des primes octroyées dans le cadre d’un contrat de travail, à moins qu’on ne puisse prouver que, d’une manière ou d’une autre, l’employé n’a pas respecté les termes de son contrat.

Mais cela vaudrait le coup d’essayer, au moins. Voici les options disponibles.

Jetons-les en prison. Si une enquête criminelle est dilligentée, le gouvernement peut saisir les sommes mal-acquises. Coupons les sangles des parachutes dorés et attrapons ces spéculateurs qui ont volé notre argent. Saisissons leurs comptes en banque, leurs investissements, leurs résidences secondaires, leurs avions privés et leurs yachts.

En juin dernier, la police fédérale a lancé un certain nombre de mandats d’arrêt contre des cadres de Bear Stearns Cos. et de gestionnaires de « hedge funds ». Fin octobre, le directeur du FBI, Robert Mueller a déclaré devant le Congrès des USA que son agence poursuiverait les responsables de cette débacle « aussi haut que nécessaire dans la hiérarchie ». Le problème est qu’il n’est jamais facile d’établir la preuve que les cadres supérieurs ont menti sciemment… les exemples Enron et WorldCom sont là pour nous le rappeler.

Bien sûr, il y a toujours la possibilité d’actions en justice de la part des actionnaires individuels.

Dans le cas de la faillite de WorldCom, les actionnaires ont gagné en justice contre la direction de l’entreprise et obtenu le remboursement de 18 millions de dollars de primes et bonus que les PDG s’étaient octroyés avant la chute. La direction de WorldCom a été obligée de réserver 20% de sa valeur nette pour le remboursement des actionnaires floués. A l’époque, les assurances des différents directeurs ont également dû verser un total de 36 millions de dollars en dédommagement aux actionnaires. Bon, de nos jours, bien sûr, demander à un assureur de payer le dédommagement n’est pas une très bonne idée. D’autant plus que, si c’est l’assureur AIG qui gérait ces contrats, ce serait encore une fois le contribuable qui paierait la note.

Chez UnitedHealth Group Inc., William McGuire, ancien PDG, a du prélever 30 millions de dollars sur ses fonds propres pour dédommager des actionnaires floués par une opération d’anti-datage de stock-options. Ce n’est qu’une partie des remboursements : dans un autre procès, McGuire a été obligé de restituer 600 millions de profits en stock options obtenues de manière frauduleuse. (…)


[Bill Bonner – Chronique Agora – 24/08/2008]

DES GENS RAISONNABLES PEUVENT-ILS CHANGER LE COURS DE L’HISTOIRE ?

Nous sommes sur le point d’assister à un drame gigantesque — un drame qui déterminera, en fin de compte, le destin des Etats-Unis d’Amérique… et de toute la race humaine.

Devant nous se trouve un danger clair et présent. Cela ne fait aucun doute. Quiconque se donne la peine de regarder le verra. Si nous ne faisons rien pour nous en protéger, les résultats seront soit désastreux soit fatals… nous ne savons pas lequel.

Cette semaine, le film d’Addison WIGGEN, I.O.U.S.A., sort en salles aux Etats-Unis. Ce n’est pas simplement un documentaire… c’est aussi une expression de l’espoir que nous plaçons dans l’espèce humaine. La question posée — le véritable thème de ce drame monumental — c’est de savoir si un groupe de gens peut changer le cours de l’histoire.

Vous voyez, cher lecteur, les Etats-Unis sont dans le pétrin. Rien d’inhabituel à ça — les pays se transforment en empires (quand ils n’ont pas de chance)… puis ils s’endettent trop… ils dépensent trop… ils en font trop. Selon l’ancien président de la cour des comptes américaine — et la star d’I.O.U.S.A — David Walker, les Etats-Unis étaient sous l’eau à hauteur de plus de 50 000 milliards de dollars en 2007. A moins d’agir rapidement, le pays va faire faillite.

Tout le monde sait que c’est vrai. Mais jusqu’à présent, rien n’a été fait pour corriger la situation. Trop de gens occupent trop de position au pouvoir — y compris le lumpen-électeur lui-même — et ont trop de raisons de vouloir que le système ne change pas. Ces gens obtiennent quelque chose en l’échange de rien — et espèrent reporter les coûts sur la génération qui les suit. Mais si les dépenses continuent de s’accumuler… toute la montagne de dettes va s’écrouler.

* Votre correspondant est fier d’avoir contribué à ce film. A l’origine, il était basé sur un livre que nous avons écrit avec Addison, L’Empire des Dettes. (…) Dans le film, nous soulignons que les empires en font toujours trop… et s’effondrent toujours. En regardant l’histoire, nous voyons que les choses se déroulent généralement sous forme de tragédie — souvent accompagnée par la défaite sur le champ de bataille et la faillite nationale. Néanmoins, la Fondation Peterson dépense un milliard de dollars, selon les articles de presse, pour donner la version Made in USA de cette antique fable, avec un happy end. Si on peut faire comprendre le problème aux gens, ils feront ce que qu’il faut… ou du moins c’est ce qu’on croit.

* Et voilà donc la question : est-ce que des gens doués de bon sens et pleins de bonnes intentions peuvent vraiment changer le cours de l’histoire ? Est-ce ainsi que les choses fonctionnent ?…

* Nous verrons, cher lecteur… nous verrons.

** Pendant ce temps à Lindau, en Allemagne, un groupe de 14 lauréats du Prix Nobel s’est rassemblé pour discuter des problèmes de la planète. Myron Scholes, qui a gagné son Nobel pour son travail sur l’évaluation des produits dérivés, a déclaré que la crise financière « n’est pas terminée, et je ne suis pas certain exactement du moment où elle prendra fin ». Il y aura « beaucoup de faillites d’entreprises », a-t-il continué.

* Joseph Stieglitz a décrit la cause du problème comme « une défaillance massive des cerveaux de l’économie ».

* Personne n’a été assez impoli pour mentionner que bon nombre des plus grands cerveaux étaient dans la pièce… et qu’ils avaient créé bon nombre des plus grandes folies de la bulle.


Le Wall Street Journal, bible des néo-cons, anti-Etat, anti-Impots, fanatique de la privatisation, du risque, de la « Main Invisible » découvre soudain les bons côtés du « Socialisme Honnète »…

Chers __tribuables, on vous prend vraiment pour des cons…

[Le Monde – 14/07/2008]

(…)

Après l’intervention de la Fed, en mars, destinée à empêcher la banqueroute de la banque d’affaires Bear Stearns, et les décisions annoncées dimanche par le Trésor américain concernant Fannie et Freddie, un débat s’engage maintenant aux Etats-Unis sur une réévaluation du rôle de l’Etat dans l’économie. Dès vendredi soir, Jan Hatzius, économiste en chef de Goldman Sachs, laissait entendre qu’une nationalisation en dernier recours n’aurait rien d’effrayant.

Samedi, dans un éditorial très remarqué et inhabituel, le quotidien new-yorkais des affaires The Wall Street Journal appelait lui aussi l’Etat à injecter des fonds et se porter au secours de Fannie Mae et Freddie Mac. Ces organismes se trouvent depuis longtemps au centre de vives critiques de la part des médias américains et des parlementaires. Pour l’opacité de leur gestion, d’abord. Pour, aussi, les relations très proches qu’ils entretiennent avec les plus hautes sphères de l’Etat, républicains et démocrates confondus, dont ils ont embauché régulièrement nombre de figures. Ainsi Frederic Malek, un ami de longue date de la famille Bush et ancien partenaire en affaires de l’actuel président, est-il membre du conseil d’administration de Fannie Mae.

« Nous ne sommes pas devenus socialistes, écrivait le quotidien financier. Mais le contribuable doit comprendre que Fannie et Freddie pratiquent déjà le socialisme, et le plus malhonnête qui soit. Leurs profits sont privatisés et leurs risques socialisés. Nous proposons une forme plus honnête de socialisme, avec une perspective de réforme de long terme. »

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/14/washington-vole-au-secours-du-systeme-financier_1073067_0.html


NOUVEL AVIS DE CATASTROPHE… PAS NATURELLE ?

[La Chronique Agora – 25/06/2008]

(…) Un an plus tard, il ne se passe pas une semaine sans que des rumeurs de fermeture de fonds ou de reprises d’actifs dans les bilans — comprenez, le remboursement d’une partie de leur argent à de gros clients qui sans cela auraient tout perdu — ne circulent dans les salles de marché.

Aujourd’hui, ce sont les fonds souverains qui détiennent les cordons de la bourse planétaire. Et eux, ils n’ont pas besoin de s’endetter pour prendre possession — comme on assemble patiemment un puzzle — des vaisseaux amiraux de la finance internationale et pour décider du destin de millions de clients probablement pour des décennies.

Il leur suffit d’attendre la prochaine vague de dépréciations d’actifs et surtout l’éclatement au grand jour de la bulle des CDS. A ce propos, selon le Financial Times, généralement bien informé, les monoliners Ambac, FGIC et MBIA seraient en train de négocier rien moins que l’annulation de 125 milliards de dollars de contrats d’assurance (CDS) couvrant des CDO (paquets de dettes synthétiques constitués de tous les dérivés de crédit à haut risque imaginables).

Pour rendre cette affaire plus parlante, imaginez qu’au lendemain du passage de l’ouragan Katrina fin août 2006, les principaux assureurs de la Nouvelle-Orléans aient demandé aux habitants des quartiers inondés de renoncer volontairement au versement des primes prévues en cas de rupture des digues, au motif que si chacun réclame son dû, les rehausseurs de crédit devront mettre la clé sous la porte… et si un tel cas de figure survenait, plus personne ne toucherait un seul centime dans tout le pays en cas d’accident de voiture, de vol ou d’incendie.

Les Etats-Unis — et de nombreux pays — disposent d’une parade pour sauver les réassureurs et, par ricochet, la confiance dans le système : elle consiste à décréter l’état de catastrophe naturelle dans les zones les plus gravement sinistrées.  C’est la solidarité nationale — le budget de la nation — qui se substitue aux entreprises privées… et personne n’y trouve rien à redire car il y va du salut de dizaines, voir de centaines de milliers d’individus.

Dans le cas de négociations visant à soulager les monoliners du fardeau des CDS, il s’agirait d’épargner à de richissimes institutions financières — ayant mal calculé leurs risques — la pénible obligation de verser des sommes colossales à leurs richissimes clients. Clients qui auraient abusé leur confiance avec la complicité des agences de rating qui notaient triple A des lingots de plomb recouverts d’une mince pellicule d’or fin.

De nombreux observateurs s’étonnent que les monoliners n’aient pas eu la tentation de gratter un peu la surface alors que les masses d’or qu’ils s’engageaient à couvrir représentaient symboliquement plusieurs fois la quantité extraite sur la planète Terre depuis les premiers pharaons d’Egypte. Ils ont assuré des pyramides de dettes plus imposantes que celle de Kheops alors que la totalité des stocks d’or connus représenterait l’équivalent des 15 derniers mètres de l’édifice !

Faut-il leur pardonner un tel aveuglement au nom de l’aléa moral sous prétexte que leur faillite entraînera celle d’une cascade d’autres institutions financières, dans le cadre d’une spirale qui ne serait pas sans rappeler la crise de 1929 ?

Pensez-vous que la Fed puisse sortir de son chapeau un nouveau décret de « catastrophe pas naturelle » sur le modèle de Bear Stearns ou de Northern Rock ? Pourra-t-elle faire jouer la solidarité, c’est-à-dire en appeler au contribuable ? N’oublions pas que nombre d’entre eux sont sous le coup d’une expulsion ou d’une saisie — sans état d’âme — ordonnée par ceux-là même qui les appelleraient maintenant à la rescousse…

Et tout ceci au nom de la sauvegarde du libéralisme et de la prétendue capacité des marchés à déterminer la juste valeur des actifs ainsi que la meilleure estimation des risques !

Beaucoup doutent à présent de la possibilité d’une telle issue… et il serait imprudent de miser sur l’altruisme des fonds souverains. Les choses pourraient donc rapidement mal tourner et cela se paye cash.

http://www.la-chronique-agora.com

 


[La chronique Agora – 27/05/2008]

Le Financial Times rapportait hier que selon Greenspan, il « y a toujours plus de 50% de probabilité de récession ».   Warren Buffett, de son côté, affirme que la récession est déjà une réalité. Et selon lui, elle sera « plus longue et plus profonde que le pensent les gens ».

* Pour les anciens, la définition d’une récession, c’était « quand votre voisin perd son emploi ». Lorsque vous perdez votre emploi, c’est une dépression. Combien de gens ont perdu leur poste dans le ralentissement actuel ? Pour une réponse à cette question, nous nous tournons vers ceux qui nous donnent les chiffres officiels de l’inflation — les apparatchiks du département du Travail US. C’est toute une histoire… et nous laissons Dana Samuelson, de Danagold, la raconter :

L’individu moyen juge une récession essentiellement par l’emploi. Si des postes sont disponibles, l’économie se tient. Si les emplois sont rares, l’économie va mal. Selon ce critère, l’économie américaine lutte vraiment, la main d’oeuvre étant en baisse sur chacun des quatre premiers mois de l’année.

Mais les gros titres, une fois encore, ne reflètent pas la réalité vécue par les Américains. A 5,0% en avril, en baisse par rapport à 5,1% en mars, le taux de chômage du Bureau US des statistiques de l’emploi est relativement bas selon les standards historiques.

Cependant, le nombre d’Américains sans emploi mais en âge de travailler — c’est-à-dire d’hommes âgés de 24 à 54 ans — est historiquement haut, à 13,1%. La plupart de ces gens ne sont pas qualifiés de chômeurs ; pourtant, ils sont sans emploi ».

« Pourquoi ces travailleurs potentiels n’apparaissent-ils pas dans les statistiques officielles ? En grande partie parce que la définition gouvernementale du chômage ne comprend que les gens qui n’ont pas d’emploi, ont cherché activement un poste durant les quatre semaines précédant l’enquête et sont actuellement disponibles.

Elle ne tient pas compte des personnes travaillant en indépendant et ne trouvant pas assez de contrats, des personnes qui travaillent à temps partiel ou seulement à la commission, et des personnes sous-employées (comme les agents immobiliers travaillant comme serveurs ou les courtiers en prêts hypothécaires transformés en caissiers de supermarchés).

Elle ne compte pas non plus ceux qui ont simplement abandonné la recherche d’emploi — une catégorie connue sous le nom de ‘travailleurs découragés’, que l’on définit comme des gens qui ne cherchent pas pour l’instant spécifiquement parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas d’emploi disponible pour eux.

Certains analystes affirment que cette catégorie bien particulière de chômeurs américains — qui pensent que leurs perspectives sont de plus en plus moroses, mais qui ne figurent même pas dans les calculs du taux de chômage — représente la triste situation de la main d’oeuvre du pays.

Selon les statistiques calculées par John Williams — une des principales sources de données économiques objectives — si l’on tenait compte des ‘travailleurs découragés’, le véritable taux de chômage d’avril est passé à 13,1%, en hausse par rapport aux 13,0% de mars. Voilà qui est récessionniste ! »

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html


[Addison Wiggin – Chronique Agora – 27/05/2008]

(Extrait du livre d’Addison Wiggin, Le Déclin du Dollar)

Une récession est un recul, un déclin du PIB, de l’emploi et du commerce. Il n’est pas étonnant de voir que la plupart des gens considèrent de telles forces économiques en termes de pertes d’emploi, ce qui n’est qu’un seul aspect de l’ensemble du tableau. Mais tout comme la récession a une signification large, il en va de même pour la reprise.

Par le passé, les récessions américaines résultaient d’une politique monétaire et de crédit stricte. Cela se traduisait par des difficultés à obtenir des prêts (surtout pour les propriétaires immobiliers et les petites entreprises). Un des symptômes d’une récession, c’était qu’on entendait les gens dire que leurs finances étaient « un peu justes ».

On entend rarement ce genre de choses actuellement. Pourquoi ? Parce que l’argent n’est plus « juste » de nos jours ; il a simplement de moins en moins de valeur. Les récessions à l’ancienne, et la politique monétaire stricte qui allait avec, forçaient les consommateurs et les entreprises à réduire leurs excès d’emprunts et de dépenses — ils devaient se serrer la ceinture. Ce changement de comportement finissait par rééquilibrer l’économie et le système financier. Moins recourir au crédit lors d’une récession est une forme de diète économique. Il faut maigrir, suite au resserrement monétaire, de manière à ce que l’économie puisse à nouveau entrer dans les pantalons moulants qu’elle portait l’été précédent. La plupart d’entre nous savent exactement ce que c’est, et ce que cela signifie.

Quelque chose a changé aux Etats-Unis. L’économie du pays est frappée d’obésité morbide, et ses citoyens ont abandonné depuis longtemps tout désir de perdre du poids. Ils achètent simplement des espérances de plus en plus grosses. Ils vivent dans une bulle.

Lorsque nous intervenons lors de conférences et parlons aux gens un peu partout aux Etats-Unis, nous sommes souvent surpris par le peu de connaissance qu’ils ont sur l’argent qu’ils mettent dans leur portefeuille. Depuis 1913 et l’approbation du Federal Reserve Act, le gouvernement fédéral a cédé à des intérêts privés le pouvoir sur l’argent qui lui a été expressément attribué par la Constitution. L’article I de la Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de battre monnaie et d’en réguler la valeur. Mais ce pouvoir a été délégué à la Fed, qui est, dans les faits, un cartel bancaire et ne fait pas partie du Congrès. Il ne s’agit pas là de politique ou d’économie ennuyeuse. En permettant à la Fed d’avoir ce pouvoir, les citoyens n’ont plus voix directe sur la manière dont la politique monétaire est décidée — non que cela soit très utile, de toute façon. La perte de l’argent sain — de l’argent adossé à un actif tangible, plutôt qu’à un procédé gouvernemental — est le déséquilibre principal affligeant le dollar.

Les passages du pic au gouffre constatés lors de récessions passées prouvent cet argument : les Etats-Unis ont modifié leur manière de prendre et perdre du poids économique, et ils ne retrouvent pas la santé comme avant ; quelque chose a radicalement changé et — comme dans des sables mouvants — le pays s’enfonce peu à peu.

Voilà pourquoi la crise du dollar est invisible. Personne ne veut vraiment s’y intéresser, et la Fed permet de l’ignorer en déclarant que tout va bien. Tant que les sociétés de cartes de crédit continuent de distribuer leurs rectangles de plastique et d’augmenter les plafonds des cartes, pourquoi s’inquiéter ? Voilà qui définit en une phrase le problème économique qui sous-tend l’effondrement du billet vert.

Un économiste balaierait ces changements d’un revers de la main, décrétant qu’ils sont cycliques, ou qu’il s’agit tout simplement du signe que, lors de la dernière reprise, la balance a penché du côté de la consommation — ce qui affecte l’issue du problème. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Si nous ne sommes plus prêts à accepter un resserrement monétaire comme une réalité indissociable de la partie baissière du cycle économique, comment pouvons-nous maintenir une croissance économique ? Combien en faudra-t-il ? Et que se passera-t-il lorsque les excès de dettes et de crédit, apparemment infinis, finiront par rattraper les Etats-Unis ?

(*) Addison Wiggin est le Directeur du Daily Reckoning, l’équivalent américain de La Chronique Agora. Mr Wiggin étudie, commente et écrit sur les marchés depuis plus de dix ans. Avec un master de philosophie de l’université de St John, il adopte un point de vue global et contrarien sur les marchés américains et mondiaux.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/AddisonWiggin.html


Rapport de la CNIL : les Français face à l’angoisse du fichage

[France Info – 16 mai 2008]

La Commission nationale informatique et libertés (CNIL) a rendu son rapport 2007. Elle constate que les plaintes augmentent de 25% et surtout que les demandes individuelles d’accès aux fichiers des forces de l’ordre, en particulier à celui des Renseignements généraux explosent de 67%. Il s’agirait d’une conséquence de l’affaire Bruno Rebelle.

Nom : Rebelle Prénom : Bruno Date et lieu de naissance : 1 er décembre 1958 à Annecy (74).  Ainsi commence – comme des dizaines de milliers d’autres – la fiche constituée par les Renseignements généraux (RG) sur Bruno Rebelle, ancien président de Greenpeace France, devenu conseiller de Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle. Suit un résumé de sa carrière. Rien de très compromettant.

Mais quand, en février 2007, l’intéressé a demandé à la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) d’avoir accès à cette fiche des RG suite à sa révélation par la presse, il semble avoir fait des émules.

C’est du moins ainsi qu’Alex Turk, président de la CNIL, analyse l’engouement sans précédant pour les “demandes d’accès indirect”. Immédiatement après l’affaire Bruno Rebelle, 500 demandes sont arrivées. “90% d’entre elles étaient inconnues”, indique la commission. La CNIL a du mal à faire face à l’afflux de demandes,

Autre enseignement du rapport 2007, qui va dans le même sens que l’augmentation des demandes d’accès aux fiches, l’explosion des plaintes liées aux atteintes à la vie privée et au croisement des fichiers : plus 25% en 2007, soit 4.445. Les plus visés sont les secteurs de la banque, du crédit, de la prospection commerciale, les lieux de travail et les télécommunications. Sur 164 missions de contrôle effectuées l’an dernier, la CNIL a dû sévir 115 fois, avec neuf sanctions financières de 5.000 à 50.000 euros à la clé.

Alex Turk n’a pas caché son inquiétude face au développement des technologies intrusives qui permettent de croiser les données personnelles (biométrie, vidéosurveillance, cartes téléphoniques ou bancaires, réseaux sociaux et moteurs de recherche sur Internet). “au rythme où nous allons, nos enfants et nous-mêmes, dans quelques années, nous ne bénéficierons pas de la même liberté d’aller et venir que les générations qui nous ont précédé ou actuelles”, prédit-il. “Le traçage dans l’espace et dans le temps” des individus “met en cause les deux libertés les plus fondamentales”,celles du mouvement et d’expression. Il demande donc que le droit à la protection des données individuelles soit inscrit dans la constitution. Et plus précisément, il souhaite que le gouvernement révise le régime juridique de le télésurveillance, “juridiquement obsolette”, à l’heure où la ministre de l’Intérieur veut multiplier les caméras de vidéosurveillance.

Il demande aussi la création d’un pass navigo anonyme dans les transports parisiens. Et regrette l’adoption du passeport biométrique à huit empreintes digitales (les autre pays européens en prélèvent deux) par simple décret, sans même un débat au Parlement.

http://www.france-info.com/spip.php?article136328&theme=9&sous_theme=12


[La Chronique Agora – 20/05/2008]

Les derniers vendeurs sont en train de se faire lessiver — voilà une des rumeurs récurrentes depuis la publication des faux chiffres de l’inflation aux Etats-Unis mercredi dernier. Il s’agit de l’une des plus stupéfiantes opérations de falsification de l’indice des prix et de travestissement — à la soviétique — de la réalité économique de ces dernières années. Ce mensonge va cependant faire économiser des centaines de milliards de dollars à l’administration Bush d’ici les élections de novembre puisque ni les salaires ni les pensions de retraite ne seront revalorisés pour compenser l’effondrement bien réel du pouvoir d’achat.

Wall Street se réjouit bruyamment, avec en filigrane le même souci de véracité qui prévalait lors de la parution des comptes trafiqués d’Enron ou de Worldcom au début du XXIème siècle. Les initiés savaient que tout était faux mais ils savaient que les non-initiés — qui se ruaient vers la bourse les yeux fermés et le portefeuille grand ouvert — n’attendaient qu’un prétexte pour miser sur un avenir radieux.

Et ceux qui, hier, se préparaient à terminer les baissiers à coups de talon rageurs ont profité d’une statistique parfaitement anodine pour leur administrer le coup de grâce !

Ils ont feint de s’enthousiasmer sans retenue pour le rebond de 0,1% l’indice avancé des indicateurs économiques américains publié par le Conference Board. Compte tenu de la marge d’incertitude des modes de calculs hédonistes, ce tout petit 0,1% aurait aussi bien pu ne pas exister ou se transformer en -0,1% — qui aurait entériné un sixième mois consécutif de repli.

Vous nous objecterez que la marge d’incertitude aurait pu jouer à la hausse et déboucher sur une avance de 0,3%… soit ! Mais certains auraient eu des doutes — « trop beau pour être vrai » — et, de toute façon, il était prévu que Wall Street grimperait fortement hier alors que le week-end ne s’était achevé sur aucune mauvaise surprise géopolitique.

Nous sommes convaincus qu’en l’état actuel du rapport de force — totalement déséquilibré au profit des bulls, au détriment des bears — et deux mois jour pour jour après les planchers indiciels des 17 et 20 mars derniers, n’importe quelle justification saugrenue incitant à acheter du papier pouvait faire l’affaire. Le moment de tondre le troupeau, devenu majoritairement haussier, ne devrait plus tarder.

(…)

A tous ceux qui se laisseraient séduire par le climat de béatitude boursière actuelle, nous rappelons que la crise des subprime aux Etats-Unis est certes due à des excès d’avidité et d’aveuglement de nombreux intermédiaires financiers mais que cela ne retire rien au fait que l’épine qui a provoqué l’éclatement de la bulle immobilière à l’automne 2006, est l’envol du prix des carburants. Cet envol a eu une double conséquence destructrice : le début du cycle de resserrement des taux initié début 2005 — qui a renchéri le coût du crédit immobilier sans freiner la hausse des carburants — et l’érosion de plus en plus douloureuse du pouvoir d’achat des ménages américains. (suite…)


Le coût de la crise financière proche de 1 000 milliards de dollars, selon le FMI

[Le Monde – 08/04/2008]

Le Fonds monétaire international (FMI) a chiffré, mardi 8 avril, à 945 milliards de dollars (plus de 600 milliards d’euros) le coût de la crise financière actuelle pour le système financier mondial, dont 565 milliards générés par l’exposition des banques au secteur des « subprimes » (prêts immobiliers à risque).

« La crise a dépassé les confins du marché américain du subprime, pour toucher concrètement les principaux marchés immobiliers d’entreprise et d’habitation, le crédit à la consommation et le crédit aux entreprises« , a expliqué le FMI, dans son rapport semestriel sur la stabilité financière dans le monde.

C’est la première fois que l’institution financière internationale livre officiellement une estimation chiffrée des pertes globales des banques et autres établissements financiers dans cette crise née aux Etats-Unis. Mi-février, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, avait fait état d’estimations du Fonds évaluant à 400 milliards de dollars les pertes liées à la crise du crédit hypothécaire à risque américain. C’est ce chiffre qui ressort aujourd’hui, actualisé à 565 milliards de dollars. Le montant de 945 milliards de dollars inclut « d’autres catégories de prêts et de titres initiés ou émis aux Etats-Unis et se rapportant à l’immobilier commercial et au crédit à la consommation et aux entreprises », a précisé le Fonds dans ce rapport inhabituellement précis et sévère.

Le FMI et la Banque mondiale tiennent leurs assemblées de printemps les 12 et 13 avril à Washington, où ils examineront les développements de la crise financière. Lors de sa dernière assemblée, en octobre, le Fonds avait essuyé les critiques de plusieurs pays émergents, qui lui avaient reproché de n’avoir pas su anticiper la crise du crédit, apparue dans un pays riche, et d’en traiter les effets avec complaisance. « Le Fonds n’a pas eu grand chose à dire de constructif sur cette crise et a été très prudent dans ses recommandations et justifie cette prudence en arguant du caractère inédit des problèmes », avait notamment jugé le ministre des finances brésilien, Guido Mantega.

Mi-décembre, le nouveau directeur général de l’institution, Dominique Strauss-Kahn, avait annoncé une reprise en main du dossier. « Les événements survenus récemment sur le marché du crédit des pays développés ont montré que la stabilité financière nationale et internationale ne devait pas être considérée comme acquise », expliquait alors le FMI dans un nouveau programme de travail, dont l’échéance correspond à l’assemblée de printemps.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/04/08/le-cout-de-la-crise-financiere-se-rapproche-des-1-000-milliards-de-dollars-selon-le-fmi_1032439_3234.html


[Le Figaro – 08/04/2008]
Le député UMP François Grosdidier ferraille contre le lobby pro-OGM à l’Assemblée. Il détaille pour lefigaro.fr les raisons de son combat, qui l’amène à s’opposer à des parlementaires de son parti.

François Grosdidier, député de Moselle, a fait adopter mardi soir avec Yves Cochet et le communiste André Chassaigne un amendement qui torpille celui de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée, et va dans le sens de plus de transparence en matière d’information sur les OGM. Une indépendance qu’il estime justifiée par des considérations avant tout éthiques. Entretien.

Pourquoi vous placer en porte-à-faux avec une partie des parlementaires UMP ?

J’estime que les enjeux sont énormes et importants. Les amendements adoptés par le Sénat et repris par la Commission des affaires économiques sont en contradiction avec l’esprit du Grenelle de l’environnement et avec les attentes de la société française. Certains voudraient tout faire pour mettre en place un système verrouillé et opaque, dans le but de diffuser rapidement et massivement les cultures OGM. Ce groupe d’élu est en complet décalage culturel et générationnel. Pour moi, le texte qu’ils voulaient faire passer constitue une faute morale. L’humanisme implique à mon avis de faire passer les questions sanitaires et environnementales au-dessus des autres considérations.

http://www.lefigaro.fr/politique/2008/04/08/01002-20080408ARTFIG00446-ogm-un-depute-ump-denonce-les-pressions-des-lobbies.php


Vient de paraître mars 2008
La frénésie sécuritaire : Retour à l’ordre et nouveau contrôle social

Sous la direction de Laurent Mucchielli, avec des contributions de Bruno Aubusson de Cavarlay, Jean Danet, Éric Heilmann, Christine Lazerges, Philip Milburn, Christian Mouhanna, Pierre Piazza, Mathieu Rigouste et Serge Slama.

Les années 1997-2002 furent celles du « tournant sécuritaire », marqué par la surenchère électorale sur ce thème de l’ »insécurité ». Mais, depuis 2002, la France est engagée dans une véritable « frénésie sécuritaire », qui n’a fait que s’aggraver depuis l’élection présidentielle de 2007.

Chasse aux étrangers sans-papiers, internement prolongé d’adultes et d’enfants en zones de rétention, multiplication des infractions et des sanctions, remise en cause de la justice des mineurs, atteinte à certaines libertés au nom de la lutte antiterroriste, pression croissante du pouvoir politique sur les magistrats, explosion de la population carcérale, mais aussi abandon de la police de proximité, recours croissant au fichage, à la vidéosurveillance et à la biométrie, montée en puissance des technologies et des doctrines d’origine militaire.

Les auteurs de ce livre, spécialistes reconnus dans leurs domaines, décryptent les facettes de cette frénésie, ses origines idéologiques et sa mise en scène médiatique. À partir de leurs recherches, études et enquêtes, ils montrent qu’elle ne répond pas à la demande de sécurité des populations et alertent sur l’avènement possible d’une nouvelle « société sécuritaire ».

Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherches au CNRS (CESDIP), est l’auteur de nombreux travaux sur les délinquances, leur traitement pénal et le débat public sur la sécurité. Il a notamment dirigé Les Bandes de jeunes (La Découverte, 2007, avec M. Mohammed) et Gendarmes et voleurs (L’Harmattan, 2007).

http://www.cesdip.org/spip.php?article323


Et oui, comme toutes les croyances religieuses (et le mythe de la « main invisible du marché » n’est pas moins religieux que l’immaculée conception ou la réincarnation du Buddha), le capitalisme jette sa foi aux orties quand la crise survient, et court se réfugier dans les jupes de son vieil ennemi, l’Etat.

La prochaine fois qu’un néo-libéral vous chantera les louanges du marché, répondez-lui « subprime »…

[Check List du « Monde » – 08/04/2008]
Il faut agir. Agir avec force. Etre déterminé… Tous les analystes sont d’accord sur ce point et les exhortations se multiplient. Dans le FT (http://www.ft.com/cms/s/0/5196933c-0410-11dd-b28b-000077b07658.html) hier, M. Strauss-Khan souhaitait une action globale des gouvernement dans le secteur bancaire, l’immobilier et celui des marchés d’actions, en appui des politiques monétaires et fiscales.

Aujourd’hui, c’est un conseiller économique de l’UBS, George Magnus, qui demande une vaste intervention publique (FT) (http://www.ft.com/cms/s/0/ea24116c-04ae-11dd-a2f0-000077b07658.html). Cet appel à l’action publique est inhabituel.

En temps normal, les acteurs financiers préfèrent que les pouvoirs publics évitent de légiférer pour encadrer leur activité et préfèrent laisser « la main invisible » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Main_invisible) s’occuper de rétablir l’ordre sur les marchés. Mais cette fois, les répercussions de la crise se feront sentir longtemps.

El Pais (http://www.elpais.com/articulo/economia/Banco/Espana/augura/problemas/banca/crisis/prolonga/elpepueco/20080408elpepieco_2/Tes) rapporte ainsi que, selon l’institut d’émission et la banque BBVA, le secteur financier espagnol, ceux de la construction et de l’emploi vont pâtir de la crise des subprimes en 2009.

Certaines voix dissonantes se font toutefois entendre et mettent en garde contre un interventionnisme trop important des banques centrales (The Guardian) (http://www.guardian.co.uk/business/2008/apr/08/creditcrunch.globaleconomy).


Le site de Maître Eolas est une mine d’informations toutes plus utiles que les autres, pour les pauvres justiciables que nous sommes. Ce billet en est une démonstration éclatante…

Que faire quand on reçoit un courrier d’avocat ?

[Les leçons de Maître Eolas – 25/03/2008]

Suite du billet précédent : si celui-là posait les bases théoriques, nous allons passer à la pratique : que doit faire un blogueur quand il reçoit une mise en demeure, d’un particulier ou de l’avocat d’icelui ?Retenez bien la formule : c’est la règle des trois P et des deux T :Pas de Panique, Prudence, et une Tasse de Thé.Pas de panique : si une telle lettre ne doit pas être prise à la légère, elle n’est pas synonyme d’Harmaguédon. La première urgence est de ne rien faire : pas de mise hors ligne précipitée, pas de fermeture du site. La personne qui vous envoie une telle lettre expose une demande, fondée sur des griefs. Pour décider de ce que vous allez faire, il vous faut déterminer avec précision les éléments-clefs : qui vous en veut, pourquoi, que veut-il, et est-il déterminé ? Enfin, dernière question : a-t-il raison ? Les réponses aux trois premières questions doivent découler de la lecture de la lettre. Sinon, il vous faudra demander des précisions. La réponse à la quatrième se déduira du courrier lui-même. Enfin, la cinquième question trouvera sa réponse sur mon blog, ou chez un confrère.

http://www.maitre-eolas.fr/2008/03/25/909-que-faire-quand-on-recoit-un-courrier-d-avocat


[Tim Carr – IES News Service – 20/03/2008]

Un tribunal de San Diego en Californie a condamné aujourd’hui la chaîne de cafés Starbucks à rembourser plus de 100 millions de dollars en pourboires à ses employés serveurs de Californie.

Dans les cafés Starbucks, les employés sont obligés de mettre leurs pourboires dans un pot commun qui est ensuite partagé entre les employés mais aussi le chef de service. La juge Patricia Cowett a rappelé que cette pratique est illégale, la loi californienne interdisant aux chefs de service, directeurs et managers de prélever une part sur les avantages gratuits obtenus par les employés, ou bien de les considérer comme faisant partie de la rémunération de l’employé.

La plainte avait été déposée en octobre 2004 par un ancien serveur Starbucks, Jou Chou, qui n’acceptait pas que son chef de service s’attribue d’office un tiers des pourboires « alors qu’il ne participait en rien à l’effort du service pour lequel nous recevions ces pourboires« . En 2006 la plainte avait été reclassée en « class-action », permettant d’y inclure plus de 100 000 serveurs et serveuses, actuels et anciens, des magasins Starbucks en Californie. La chaîne de magasins à fait appel.


Quiconque a connu les années 1970 ne s’étonnera pas de cette information. Les groupuscules d’extrème droite étaient les enfants chéris du CNPF, qui voyait des bolcheviques partout… Occident et Ordre Nouveau ratonnaient régulièrement des syndicalistes. Et « seuls quelques naifs » croient que les choses ont changé.

L’UIMM aurait financé l’extrême droite étudiante en 1974

[NOUVELOBS.COM | 04.03.2008]

L’organisation patronale aurait notamment versé des fonds en liquide aux colleurs d’affiches du GUD dans le cadre de la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing, en 1974. Les groupuscules Occident et Ordre Nouveau seraient également concernés.

Selon une information révélée par le Figaro, mardi 4 mars, une partie des fonds secrets de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) pourrait avoir transité, dans les années 70, par des mouvements étudiants d’extrême droite, Occident, Ordre Nouveau et le GUD (Groupe Union Droit devenu Groupe Union Défense). Le quotidien révèle que ce dernier aurait notamment reçu des enveloppes d’argent liquide pour payer des colleurs d’affiches durant la campagne de 1974, ce qui aurait indirectement servi l’élection de Valéry Giscard d’Estaing.

Cette théorie est née le 13 février dernier lors de l’audition du délégué général adjoint de l’UIMM, Dominique de Calan, mis en examen dans le cadre de l’enquête sur les caisses noires de l’organisation patronale. Face aux enquêteurs de la brigade financière, Dominique de Calan avait évoqué des « organismes universitaires » qui auraient bénéficié des fonds en liquide distribués par l’UIMM.

« Seuls quelques naïfs… »

Le juge Roger Le Loire, en charge de l’instruction, a donc décidé de convoquer, à titre de témoin, Yves Bertrand, directeur central des Renseignements généraux (RG) entre 1992 et 2004, explique le Figaro.

Dans son livre « Je ne sais rien mais je dirai presque tout », sorti à la rentrée 2007, cet ancien policier affirme que « seuls quelques naïfs croient encore que Giscard a pu mener campagne, en 1974, avec les maigres moyens des Républicains indépendants : sa logistique, son service d’ordre, ce sont les “petits gars” d’Ordre nouveau qui les ont assurés, grâce aux enveloppes en liquide de l’Union des industries métallurgiques et minières, la fameuse UIMM, dont la gauche ne s’est jamais privée de rappeler qu’elle descendait de l’ancien Comité des forges, le bastion des 200 familles ».

Interrogé lundi soir par le Figaro, l’ancien directeur des RG va encore plus loin. « Ce que j’ai écrit pour VGE est valable pour toute la classe politique. Le patronat saupoudrait tous ceux qui pouvaient avoir une responsabilité locale ou nationale », assure-t-il.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/economie/20080304.OBS3380/luimm_aurait_finance_lextreme_droite_etudiante_en_1974.html


[Grégoire Seither – IES News Service – 29/02/2008]

Le dirigeant de l’association anti-raciste Jesse Jackson a attiré l’attention sur ce qui semble avoir été une volonté délibérée des courtiers en crédits de pousser les clients Noirs et Latinos  vers des prêts immobiliers dits « à risque » (subprime), c’est à dire consentis à des ménages à la solvabilité fragile mais en échange de taux d’intérêt très élevés.

Quand un client Noir ou Latino se présentait pour un crédit immobilier, on lui vendait du « subprime », indépendamment de sa solvabilité. Alors qu’il aurait pu bénéficier d’un crédit aux taux normaux et aux traites modérées, il se retrouvait à payer un malus élevé, simplement à cause de la couleur de sa peau.

Aujourd’hui ces emprunteurs sont doublement floués  : ils ont payé des traites élevées, parfois pendant des années, et se retrouvent aujourd’hui à la rue, l’établissement préteur saisisant leur maison pour défaut de paiement . . . La banque, elle, est doublement gagnante. Elle a gagné de l’argent sur le dos de ces emprunteurs à travers des taux d’intérêt élevés et elle récupère la maison (même si celle-ci est fortement dévaluée, elle garde néanmoins une certaine valeur marchande).

Selon Jackson :

« Il fut un temps où on pratiquait le « red lining » (profilage) dans certaines banques. Si vous habitiez dans un certain quartiers, on ne vous prêtait pas d’argent. Aujourd’hui nous assistons à un « redlining » à l’envers. Si vous êtes Noir ou Latino, même si vous remplissez les conditions pour pouvoir bénéficier d’un crédit « prime », on va délibérément vous pousser vers des contrats « subprime ». Dans les deux cas, c’est une violation des lois anti-discriminatoires. »

Invité du Sommet économique de la « Rainbow PUSH Coalition » qui s’est tenu à Wall Street, en janvier dernier, Martin Gruenberg, vice-président de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a donné des chiffres qui illustrent cette constatation :

« En 2005 et 2006, plus de 50% de tous les crédits accordés aux Africains-Américain ainsi que plus de 40% des crédits accordés aux Latinos étaient des contrats « subprime » – comparez cela au fait que seulement 19% des crédits accordés aux Blancs étaient « subprime ».

Et quand on analyse les cas individuels des demandeurs de crédit, on se rend compte qu’un sixième seulement de ces contrats a été accordé sur la base de la solvabilité de l’emprunteur. Si vous êtes Noir ou Latino, vous payez automatiquement plus cher que si vous êtes Blanc »

Le New York Times s’est appuyé sur les données obtenues via la loi « Home Mortgage Disclosure Act » (qui permet d’obtenir les détails des crédits immobilier consentis). Son enquête montre que – à salaire et solvabilité égal – dans des villes comme New York, Boston, Washington et Philadelphie, les Africains-Américains et les Latinos sont deux à trois fois plus nombreux à avoir des crédits immobiliers subprime à taux d’intérêts élevés.

Dans un article publié en novembre 2007 , le New York Times a mené l’enquête dans deux quartiers résidentiels de la région de Detroit – l’un avec une population à 97 % blanche et avec un revenu moyen de 51 000 US$, l’autre avec une population à 97 % noire, avec un revenu moyen de 49 000 US$.  En 2006, 17% des crédits accordés dans le quartier Blanc étaient « subprime », tandis que dans le quartier Noir, 70% des crédits  accordés étaient « subprime ».

Le procureur général de l’Illinois Lisa Madigan a enfoncé le clou à l’antenne de la radio publique nationale :

« Un Africain-américain gagnant plus de 100 000 US$ par an avait plus de chances de se retrouver avec un crédit subprime à taux d’intérêt élevé, qu’une personne Blanche gagnant moins de 35 000 US$ par an. Il ne fait aucun doute que nous sommes en face d’une situation clairement discriminatoire« .

Le New York Times indique également que « environ 90 % des crédits subprime accordés entre 2004 et 2006 l’étaient avec des taux variables non cappés. Autrement dit, vous pouvez facilement voir doubler le montant d votre traite mensuelle. Et 70 % des crédit subprime comportent des pénalités en cas de remboursement anticipé – contrairement aux crédits « prime » dont seulement 2% comportent ce type de pénalité. . . « .

Pour Amy Wittman de la Coalition de défense des locataires :

« Non seulement on a floué les pauvres en leur faisant miroiter un statut de propriétaire mais en plus on profitait sur leur dos en leur facturant des taux d’intérêt  deux à trois fois plus chers que la normale.

Les crédits subprime ce n’est rien d’autre qu’un loyer déguisé, et en plus un loyer très cher. Vous n’êtes pas propriétaire de votre maison tant que vous n’avez pas fini de payer… et si vous cessez de payer, vous perdez votre maison, sans récupérer les intérêts très elevés que vous avez payé sur les traites. Quelle est la différence par rapport à un locataire ?

De plus, le locataire est protégé par la loi et ne peut être évincé en cas de faillite personnelle. Mais le « propriétaire » n’a pas cette protection et la banque peut venir lui saisir sa maison quand elle veut. »

A ce jour, plus de 2.2 millions de crédits immobiliser « subprime » sont déjà en défaut de paiement aux Etats-Unis, accompagnés à chaque fois de la saisie de la maison – c’est le plus fort taux de saisie depuis la Grande Depression des années 1930. A ce jour, la valeur totale des pertes est estimée à 164 milliards de dollars. . .

Sources :

THE NATION : Where Did The Water Come In ?  – http://www.thenation.com/blogs/edcut?bid=7&pid=287768

THE NEW YORK TIMES :  What’s Behind The Race Gap ? –  http://www.nytimes.com/2007/11/04/weekinreview/04bajaj.html?scp=1&sq=What%92s+Behind+the+Race+Gap%3F&st=nyt


Une affiche de Courrier international sur Sarkozy refusée par la régie pub de la RATP

[AFP 22/02/2008]
Métrobus, régie publicitaire de la RATP, a refusé une affiche du dernier numéro de Courrier international, où figure le titre « Vue de Madrid : Sarkozy, ce grand malade », a indiqué vendredi à l’AFP le directeur du magazine, confirmant une information du site Rue89, en évoquant des raisons « politiques ».

Contactée par l’AFP, la direction de Métrobus a confirmé avoir refusé cette affiche, invoquant un devoir de neutralité lié à sa mission de service public.

« A la RATP, nous avons des règles spécifiques liées à notre mission de service public. En tant que tel nous devons respecter une stricte neutralité sous peine de poursuites, et nous sommes soumis à une certaine prudence », a expliqué Gérard Unger, le président de Métrobus.

« Nous ne pouvions pas nous permettre de diffuser des propos polémiques comme ceux qui figuraient sur cette affiche, et c’est uniquement pour cela que nous avons été amenés à prendre cette décision », a-t-il ajouté.

L’affiche proposée reproduisait la une du numéro de l’hebdomadaire publié jeudi sur laquelle on pouvait lire en bandeau : « Vue de Madrid : Sarkozy, ce grand malade ». Il s’agissait en fait de la traduction d’un titre du journal espagnol El Pais, le magazine Courrier international étant spécialisé dans la traduction d’articles de la presse étrangère.

Selon le directeur du magazine Philippe Thureau-Dangin, l’affiche n’avait pas été soumise à un contrôle préalable, car le magazine n’y voyait « pas malice ».

M. Thureau-Dangin précise qu’il a proposé « des changements » après avoir essuyé un premier refus, proposant notamment de remplacer « grand malade » par « malade de l’ego ».

« Il y a eu un blocage total, parce que, visiblement, tout le monde était prévenu à Métrobus. Métrobus estimait qu’en tant qu’afficheur, il risquait d’être accusé de diffamation », a expliqué le directeur de Courrier International.

« Mes nouvelles propositions, qui n’étaient absolument pas diffamatoires, ont été rejetées par Métrobus comme partisanes », a-t-il ajouté, estimant qu' »à ce moment-là, on était plus proche de la censure que du respect des usagers ».

« On est dans l’ordre de la censure politique si on ne peut plus critiquer le gouvernement », a encore souligné Philippe Thureau-Dangin, pour qui il n’y aurait eu aucun problème si l’affiche avait porté les mots « Bush, ce grand malade ».


L’Autorité des marchés financiers aimerait faire un rapport sur Attali

[Backchich –  22 janvier 2008 ]

L’AMF voudrait bien entendre le président de la commission pour la relance de la croissance… mais à propos de ses activités personnelles. Attali le consultant pratique-t-il le mélange des genres ?

Diantre, Jacques Attali s’étale partout. Pas un journal, pas un hebdo, du Point au Nouvel Obs, des Echos au Monde qui ne tartine ses pages de ses propositions pour sauver l’économie française… Mais une place résiste au président de la commission pour la relance de la croissance : l’Autorité des marchés financiers. Les enquêteurs de cette noble institution du contrôle boursier ne demandent qu’à lui conter fleurette lors d’une petite audition. au

Ces limiers-là sont bien rancuniers. Ils fouinent dans les petits papiers de l’éminent Attali depuis juillet 2005. À l’époque, une étrange rumeur, née dans les colonnes de Challenges, et relayée par tout le panel des médias français et par le Financial Times, enflamme le monde politico-financier. Danone, le fleuron du capitalisme français, pourrait tomber sous les coups de PepsiCo, le géant américain prêt à lancer une offre publique d’achat (OPA) hostile. Peu cocardiers, les spéculateurs font s’envoler le titre Danone, 27 % en un mois… Juste avant que PepsiCo, via un communiqué, ne nie toute volonté de manger l’empire du yaourt américain.

Mauvaise fille, l’AMF lance une enquête le 26 juillet 2005, histoire de vérifier s’il n’y a entourloupe chez Danone. Du genre : lancer une fausse rumeur pour faire grimper artificiellement le titre et vendre quelques actions avec une jolie plus value.

Conseil de deux sociétés concurrentes, Attali est un vrai précurseur du travailler plus pour gagner plus…

En ligne de mire, déjà l’étrange rôle de Monsieur Jacques, « ami des deux groupes » PepsiCo et Danone, relève fort honnêtement L’Express (01/08/2005), où Attali écrit une chronique hebdomadaire. Via sa société de conseil en stratégie, Attali et Associés, grand Jacques pige officiellement pour Danone. Mais la flicaille de l’AMF subodore qu’il est aussi conseiller de Pepsico. D’où de petits conflits d’intérêts… Bref, un rôle supposé trouble que les enquêteurs du gendarme des marchés financiers tentent de démêler.

Ces calembredaines semblent se calmer bien vite. Après sept mois d’enquête, le 28 février 2006, l’AMF pond un communiqué sur l’affaire : « À la suite des investigations conduites d’août 2005 à janvier dernier, aucun grief n’avait pu être établi au titre d’un manquement au règlement général de l’AMF. » Circulez, rien à voir du côté de Danone. Mais du côté d’Attali, les limiers ont persisté à vouloir prouver la double casquette de l’ex-conseiller de Mitterrand. Auditionné par l’AMF durant l’enquête, ce dernier a nié les faits. Arguant même qu’il ne s’était jamais rendu à Londres pour rencontrer les dirigeants de PepsiCo.

Las, une perquisition à domicile, il y a deux mois, a mis au jour de jolies facturettes de cartes bleues, émises à Londres par Attali, et datées de l’époque où il n’y a pas mis pied. Perfide Albion, jusque dans son réseau bancaire.

Les limiers de l’AMF réclament désormais à corps et à cris une nouvelle audition d’Attali. Et se heurtent à leur hiérarchie qui, c’est bien le moins, cherche à préserver l’homme qui sauvera la France du marasme économique… Bakchich a eu un peu plus de chance. Après de multiples et vains essais hier après midi et ce matin au siège de la commission pour la relance de la croissance, à Attali et Associés ou à Planète Finances, nous avons réussi à joindre M. Jacques ce matin qui nous a renvoyés un fax (voir encadré). Sans doute le temps de peaufiner son rapport sur la libération de la croissance mercredi 23 janvier. Un rapport qui clame haut sa volonté « d’accroître la concurrence pour les professions réglementées, (huissiers, avocats, taxis), sans rogner sur la qualité ».

Pour le conseil en stratégie des grandes entreprises, rien en revanche. Il est vrai qu’un secteur où deux concurrents peuvent avoir le même conseil ne paraît obéir à de strictes lois…

Attali nous répond (reçu le 22 janvier à 12 heures 11)

« J’étais en effet conseil en stratégie des deux sociétés citées, et en aucun cas titulaire d’un quelconque mandat, avec l’accord des deux présidents, ce que j’avais à l’époque confirmé à l’AMF. Je les ai alors évidemment rencontrés à plusieurs reprises.

Je n’ai pas connaissance du PV de l’AMF avec laquelle je n’ai plus aucun contact d’aucune sorte depuis, et j’ai répondu à toutes les questions qui m’ont été posées. J’ignore donc où en est le dossier.

Enfin, je ne sais pas ce que signifie facturette. Pourriez-vous me préciser de quoi il s’agit ?

Cordialement, Jacques Attali »

http://www.bakchich.info/article2409.html 

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