André et Dorine Gorz



[Metro – 14-04-2008]
« Ardoise » est mis en cause dans l’établissement des profils des citoyens  A l’origine, il s’agit d’un nouveau logiciel de renseignement policiers, prévu pour remplacer un logiciel « bureautique vieillot » utilisé par les enquêteurs.

Baptisé Ardoise, pour « Application de recueil de la documentation opérationnelle et d’informations statistiques sur les enquêtes » ; ce logiciel permettrait  de rentrer des renseignements personnels sur toute personne ayant un contact avec la police ou la gendarmerie dans une procédure, qu’elle soit entendue comme victime, témoin ou auteur. Une nouvelle qui a « outrée » le Collectif contre l’Homophobie (CCH), qui à saisi hier la Halde et la Cnil afin de s’opposer à sa mise en œuvre par le ministère de l’intérieur. « Etat de la personne »

En clair, un policier qui entend une victime, un suspect ou un témoin pourrait préciser dans la rubrique « état de la personne » ; les informations suivantes : homosexuel, transsexuel, handicapé, sans domicile fixe, personne se livrant à la prostitution, personne atteinte de troubles psychologiques, permanent syndical, fréquente assidument la mosquée… (NdL&I : ils n’ont pas osé ajouter une rubrique « juif » mais c’est tout comme)

Pour Hussein Bourgi, président du CCH joint hier, « l’inquiétude est énorme. Nous assistons à une rupture philosophique de l’approche pénale des infractions en France. On glisse vers une société à l’américaine ou chaque citoyen à sa fiche, avec ses orientations sexuelles surlignées. De plus, ce logiciel peu donner lieu à des dérives de sinistre mémoires ».

Beauvau tient bon Alors que l’affaire provoque l’effervescence au sein de plusieurs syndicats de police, le ministère de l’intérieur se veut compréhensif sur l’émotion suscitée par ce logiciel, mais rassurant quant à son utilisation.

Pour Gérard Maubé, adjoint au chef de service centrale de documentation criminelle « à partir du moment ou l’infraction à un lien avec le statut de la personne, il y a un intérêt policier à renseigner, car derrière on améliore les élucidations de l’enquête. On ne pourra questionner la victime uniquement quand l’infraction a un lien avec son statut, dans le cas contraire, ce sera une faute professionnelle ».

« Nous sommes scandalisés par ce logiciel, dont l’utilisation –en l’état- va à l’encontre des valeurs républicaines » estime David Barbas, porte-parole du Syndicat national des officiers de Police.

http://www.metrofrance.com/x/metro/2008/04/14/K1Pea5HSh3m76/index.xml


Les Suisses repus et confortables se suicident, les Palestiniens de Gaza et les Irakiens bombardés de Bagdad se cramponnent…Souvenez-vous de « Soleil Vert » et des « Portes du Départ »… ou des « Grands Voyages » dans « Les Enfants de l’Homme »… quand une société ne sait plus répondre aux attentes de ses citoyens devenus inutiles, elle les incite à prendre la porte.

[24 heures – Suisses – 26/09/2007]

La plupart des médias ont fort justement loué la mémoire du philosophe André Gorz et celle de sa femme Dorine – atteinte d’un mal irréversible – qui ont décidé lundi de terminer ensemble leur vie. L’écrivain et journaliste Jean Daniel – qui a fondé l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur avec Gorz – a résumé cette émotion générale en évoquant «l’écrasante beauté d’une communion dans le suicide de deux amoureux octogénaires.»

Cet amour absolu, André Gorz, comme l’a souligné Libération hier, en avait dévoilé l’intense lumière à la fin de son livre ultime, Lettres à D., une ode à Dorine: Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.

La Suisse particulièrement concernée

Il y a une semaine à peine, un autre suicide retenait l’attention des médias: celui de Maïa Simon. Frappée par une maladie incurable, l’actrice française a décidé de mettre fin à ses jours à Zurich. A cette occasion également, son courage a été salué.

Rendre hommage à ces belles figures humaines et à leur lucidité ne doit pas pour autant occulter la détresse insondable qui atteint la plupart des femmes et des hommes qui décident «d’en finir». La mise en valeur médiatique de la «beauté» de ce geste cache la douleur qui l’a provoqué. Et la Suisse est particulièrement touchée, puisqu’elle figure au sixième rang dans les statistiques mondiales du suicide. Selon l’Office fédéral de la santé publique, 1300 à 1400 personnes se donnent la mort chaque année dans notre pays. Le suicide est devenu la première cause de mortalité pour les hommes âgés de 15 à 44 ans.

Dans un domaine qui touche au tréfonds de l’être humain, il est malaisé de savoir ce qui induit un individu à se supprimer. Mais le poids de la solitude, le sentiment d’abandon, l’absence de relations denses, l’impression que plus aucune alternative ne s’offre, font parties des explications, comme le suggère cette autre statistique de l’Office fédéral de la santé publique. En effet, les femmes et hommes n’ayant ni compagne, ni compagnon présentent un risque de suicide 1,5 à 2 fois supérieur à celui des personnes vivant en couple.

http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/monde/monde_detail/(contenu)/136784


André Gorz se suicide avec sa femme
[AFP 24 septembre 2007 ]
Le philosophe André Gorz, âgé de 84 ans, qui avait fondé le Nouvel Observateur avec Jean Daniel, s’est suicidé avec sa femme à leur domicile de Vosnon (Aube), a-t-on appris auprès de ses proches.

Dans « Le Monde » du 26.10.2006 :

Arrivé à un âge où il ne se sent plus la force d’entreprendre un livre de longue haleine, André Gorz se retourne sur sa vie, se rend compte qu’il n’en a jamais écrit l’essentiel, sa relation avec sa femme, et il commence à lui écrire, à elle, directement : « Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. »

Et pour une fois je vais citer Cécile Duflot (t’as vu ce que tu réussis à me faire faire, André ?) :

Gardons André et Dorine Gorz vivants

André et Dorine sont morts, ensemble, ce week-end. Il est important de se souvenir à cet instant de leur histoire puisque, comme il l’a lui-même écrit, l’œuvre philosophique d’André Gorz doit pour nous maintenant être perçue comme un long dialogue à deux, une réflexion politique nourrie de l’amour de deux personnes aussi attentives à leurs vies qu’à leur travail.

Les livres et les articles d’André Gorz ont marqué nombre d’écologistes. Parfois, ils ont suscité leur engagement. Ils ont en tout cas nourri fortement la réflexion des Verts, en plaçant au cœur de son travail la question de l’autonomie de l’individu qu’André Gorz considérait comme la condition indispensable de la transformation de la société.

C’est un des penseurs les plus clairs de l’outil de transformation sociale qu’est l’écologie politique. Même s’il est évidemment difficile de synthétiser sa pensée, il a expliqué avec beaucoup de netteté qu’il est impossible de délier la crise écologique et la crise du capitalisme liée à la suraccumulation.

Aucun Vert n’oubliera André Gorz, sa pensée, actuelle, vivante et revigorante.

Nous pouvons tous être tristes car André va nous manquer, il écrivait avec une vivacité toujours intacte sur notre époque.

Je voudrais aussi dire qu’au-delà de la secrétaire nationale, c’est la femme que je suis qui est touchée comme chacun d’entre nous, profondément émue par la leçon de vie, d’amour, de politique que nous laisse leur vie côte à côte et ensemble.

Puissent-ils, tous les deux, en ayant si peu voulu nous donner de leçon, nous permettre de suivre une route faite d’honnêteté, d’engagement et de douceur.

Cécile Duflot – Secrétaire Nationale des Verts

http://lesverts.fr/article.php3?id_article=3418