Necro-carburants



[Cécile Chevré – Croissance & Opportunités – 13/05/2013]

Tout d’abord dans le conflit entre l’Ukraine et la Crimée. Kiev a en effet décidé le 26 avril dernier de couper les vannes du canal de Crimée du Nord, un canal qui assure à lui seul 85% des besoins en eau de la Crimée. Exemple frappant de l’utilisation de l’eau dans le cadre des conflits géopolitiques.

Comme je vous le disais quand nous nous sommes intéressés au sujet il y a quelques mois (vous pouvez retrouver l’article en question ici), il n’y a pour l’instant aucun exemple historique de guerre déclenchée à cause et uniquement à cause de l’eau. Seules les révoltes sociales, appelées justement « la Guerre de l’eau », qui ont frappé la Bolivie en 2000 pourraient constituer l’exception à cette règle.

Mais cette ressource indispensable, non seulement aux hommes mais aussi à l’agriculture, l’élevage sans oublier l’industrie, est de plus en plus utilisée comme un moyen de pression dans des conflits géopolitiques ou économiques entre pays. L’exemple de la Crimée nous le rappelle.

La composante hydrique des conflits devrait d’autant plus s’accentuer dans les années qui viennent que, selon un récent rapport de l’Unesco, deux tiers de la population mondiale souffrira de la pénurie d’eau d’ici à 2025.

La Californie se déshydrate à vue d’oeil
Si le terme de guerre de l’eau a refait surface ces dernières semaines, c’est aussi à cause des tensions grandissantes autour des réserves hydriques en Californie. L’Etat connaît une sécheresse qui concourt pour le titre peu envié de pire sécheresse de l’histoire californienne. Depuis trois ans, l’Etat est effectivement dans une situation préoccupante entre précipitations au plus bas et températures excessives. (suite…)


Claude Bourguignon, est un ingénieur agronome français, réputé pour ses travaux et expériences sur la microbiologie des sols. Fondateur du LAMS : Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols, il travaille en France, mais aussi en Europe, en Amérique et en Afrique.

Il est parmi les premiers, dans les années 1970, a avoir alerté sur la dégradation rapide de la biomasse et de la richesse des sols en micro-organismes (bactéries et champignons microscopiques), ainsi que sur la perte d’humus et de capacité de productivité des sols agricoles européens, ou des sols auxquels on appliquait les mêmes méthodes en climat tropical ou subtropical. Il a contribué à développer des techniques alternatives qui se sont avérées très efficaces, mais qui demandent une bonne technicité et connaissance du fonctionnement écologique des sols.

Vidéo extraite du film  » Alerte à Babylone  » de Jean Druon au éditions Voir et Agir : http://www.voiretagir.com/ (film en vente sur le site)
Beaucoup plus sur le film http://deconstruire.babylone.over-blog.org/article-5965674.html

Le film est visible en entier sur Youtube : http://www.youtube.com/results?search_query=Alerte+%C3%A0+Babylone&search_type=&aq=f

Interview de Claude Bourguignon: http://divergences.be/spip.php?article509


[Tim Carr – IES News Service – 08/05/2008]
Le prix de l’essence à la pompe approchant les 4 dollars le gallon, de plus en plus de travailleurs aux Etats-unis laissent leur voiture au garage et optent pour les transports en commun, bus, métros, trains…

Pour William W. Millar, président de la American Public Transportation Association : « A travers tout le pays, les entreprises de transport en commun voient le nombre d’usagers augmenter considérablement, au point que les rames et bus sont bondés et que les utilisateurs doivent souvent en laisser passer plusieurs avant de pouvoir entrer. Même les lignes habituellement peu fréquentées sont désormais bondées.

Les parkings a proximité des stations intermodales sont désormais pleins dès 7h du matin… et les automobilistes prennent même le risque de se faire mettre en fourrière en occupant le moindre espace libre pour y garer leur voiture en journée. En Californie, de nombreuses villes ont ouvert des parkings supplémentaires et embauche des gardiens pour les surveiller en journée.

Pour certains usagers, convertis du « tout bagnole », prendre le bus est une expérience culturelle révolutionnaire, les systèmes de transport publics aux Etats-unis étant souvent concentrés dans les zones « pauvres et noires » des zones urbaines et attirant avant tout des usagers des classes défavorisées.

Le célèbre présentateur radio de Chicago,  J. Reynolds s’est récemment émerveillé de la « variété » des gens qu’il rencontre désormais lors de son trajet pour aller au travail (c’est vrai qu’avant, il circulait tout seul dans sa Lexus et ne devait pas voir grand monde)… Il a même décidé d’en faire une émission radio quotidienne « Les voix des gens dans le bus »… La crise du pétrole comme stimulant de la démocratie populaire, qui l’eut cru ?


Bon, d’accord, d’accord… j’arrête d’acheter des barquettes de fraises chez ED…

Qui a envie de manger des fraises d’Espagne ?

[Claude-Marie Vadrot – Politis – jeudi 12 avril 2007]

D’ici à la mi-juin, la France aura importé d’Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler « fraises » ces gros trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d’être mûrs, et ressemblant à des tomates. Avec d’ailleurs à peu près le goût des tomates…

Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d’avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d’échappement.

Car la quasi-totalité de ces fruits poussent dans le sud de l’Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l’une des plus fabuleuses réserves d’oiseaux migrateurs et nicheurs d’Europe. Il aura fallu qu’une équipe d’enquêteurs du WWF-France s’intéresse à la marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l’aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d’ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques). Ce qu’ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché. (suite…)


[Le Figaro – 08/04/2008]
Le député UMP François Grosdidier ferraille contre le lobby pro-OGM à l’Assemblée. Il détaille pour lefigaro.fr les raisons de son combat, qui l’amène à s’opposer à des parlementaires de son parti.

François Grosdidier, député de Moselle, a fait adopter mardi soir avec Yves Cochet et le communiste André Chassaigne un amendement qui torpille celui de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée, et va dans le sens de plus de transparence en matière d’information sur les OGM. Une indépendance qu’il estime justifiée par des considérations avant tout éthiques. Entretien.

Pourquoi vous placer en porte-à-faux avec une partie des parlementaires UMP ?

J’estime que les enjeux sont énormes et importants. Les amendements adoptés par le Sénat et repris par la Commission des affaires économiques sont en contradiction avec l’esprit du Grenelle de l’environnement et avec les attentes de la société française. Certains voudraient tout faire pour mettre en place un système verrouillé et opaque, dans le but de diffuser rapidement et massivement les cultures OGM. Ce groupe d’élu est en complet décalage culturel et générationnel. Pour moi, le texte qu’ils voulaient faire passer constitue une faute morale. L’humanisme implique à mon avis de faire passer les questions sanitaires et environnementales au-dessus des autres considérations.

http://www.lefigaro.fr/politique/2008/04/08/01002-20080408ARTFIG00446-ogm-un-depute-ump-denonce-les-pressions-des-lobbies.php


LES COURS MONDIAUX DES DENRÉES ALIMENTAIRES AUGMENTENT ET LA FAMINE S’ÉTEND

[Barry Mason – World Socialist Website – 29/03/2008

Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a prévenu que la montée des cours mondiaux des denrées alimentaires réduira sa capacité à ravitailler les personnes affamées et mal nourries.

S’exprimant le mois dernier à Rome, où le PAM est installé, sa directrice exécutive, Josette Sheeran, a déclaré « Notre capacité à accéder aux gens diminue juste au moment où les besoins augmentent… Nous faisons face à un nouvel aspect de la faim, les gens sont exclus du marché de la nourriture parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en acheter… Des situations qui n’étaient pas urgentes par le passé le deviennent maintenant. »

Dans un communiqué de presse, le PAM (…) note également que les personnes les plus pauvres sur Terre devront dépenser une portion croissante de leurs maigres revenus pour la nourriture. Le PAM annonce que ces gens seront contraints d’acheter moins de nourriture, ou des aliments moins nutritifs, ou de dépendre d’une aide extérieure. (suite…)


[Les Sans Culottes – mercredi 2 avril 2008]

On nous a déjà fait le coup avec le nucléaire en 1973, lors du premier choc pétrolier. Plus de trente ans après, pouvoirs en place et lobbies agro-industriels nous servent un autre miracle d’indépendance énergétique et économique : les biocarburants. L’or vert comme solution de substitution à l’or noir. Parlons plutôt de nécrocarburants tellement leurs effets sur la planète et l’humanité sont néfastes…

L’anecdote est savoureuse. Et tellement révélatrice. Elle se déroule le 12 avril 2007 à l’université de Georgetown, Californie (1). Ce jour-là, le gouverneur Arnold Schwarzenegger déclare la guerre au réchauffement climatique en prônant l’utilisation massive des biocarburants.

Moyen s’il en est de ne surtout pas remettre en cause le mode de développement des USA. Notre mode de développement à nous, habitants de l’hémisphère Nord, gaz-pilleurs du Sud de la planète. « Nous n’avons pas à nous débarrasser des 4×4 ou de quoi que ce soit de ce genre, insiste cette sorte de Sarkozy bodybuildé d’outre Atlantique, parce que cette voie est celle de l’échec. Nous devons au contraire rendre ces voitures plus « musclées » sur le plan environnemental. »

Choisir entre l’assiette du pauvre ou le réservoir du riche, voici donc l’alternative réelle des biocarburants. Une agriculture qui, comme Schwarzie, n’a cessé de faire du culturisme lors des dernières décennies. A coup de subventions, de lobbying des agro-industriels, d’ignorance ou de collusion des politiques… « L’agriculture ne sert plus à nourrir les populations, mais à produire des devises »,prophétisait Robert Linhart dans son bouquin, Le sucre et la faim, enquête dans les régions sucrières du nord-Est brésilien, paru en 1980. Le Brésil où la folie de l’éthanol a multiplié par deux le prix de la terre en cinq ans. Provoquant ainsi la disparition des petits paysans. (suite…)


[par Keith Bradsher, New York Times, 29 mars 2008 – Trad. ContreInfo]
Réactions en chaine. L’accroissement de la demande, les déséquilibres du commerce mondial, la baisse du dollar, sans oublier la spéculation – comme aux plus beaux jours de l’Ancien Régime – concourent au renchérissement des aliments de base. Après l’Afrique de l’Ouest, secouée par des émeutes, puis l’Egypte, voici l’Asie à son tour en proie à la violence et aux troubles. La « règle » du marché, loin d’attribuer à chacun sa juste part comme le prétendent ses zélateurs, amplifie et aiguise les tensions mondiales, au gré des déréglements de forces devenues incontrôlables et irrationnelles. Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage, prophétisait en son temps Jaures. Faudra-t-il revivre à nouveau une sanglante catharsis pour que cette leçon redevienne nôtre ?

La hausse des prix et une peur croissante de la disette ont amené certains des premiers producteurs mondiaux de riz à annoncer une limitation drastique de leurs exportations en la matière.

Le prix du riz, qui constitue un des composants de base du régime alimentaire de près de la moitié de la population mondiale, a presque doublé sur les marchés internationaux au cours des trois derniers mois. Le budget de millions de pauvres Asiatiques s’en est trouvé amputé d’autant tandis que grandissent les craintes de désordres civils.

Pénuries et hausses des prix de nombreux produits alimentaires ont généré ces derniers mois des tensions et mêmes des violences de par le monde. Depuis janvier, des milliers de soldats ont été déployés au Pakistan pour escorter les camions acheminant blé et farine. Des protestations ont éclaté en Indonésie du fait de la pénurie de pousses de soja, tandis que la Chine rétablissait le contrôle des prix de l’huile de cuisine, des céréales, de la viande, du lait et des œufs. (suite…)


Maintenant vous comprenez pourquoi il y a des émeutes de la faim… c’est pas intéressant de vendre de la farine aux pauvres du Sud, quand on peut s’en servir pour remplir le réservoir d’un conducteur de 4×4 dans le Nord…Les nécro-carburants sont l’illustration parfaite que le capitalisme, s’il peut en espérer un profit, vous vendra la corde avec laquelle vous le pendrez.

Comme des lemmings courant vers le précipice, les spéculateurs se jettent sur les bioagro nécro-carburants, ne se souciant que de leur résultat quotidien, incapable de voir plus loin que la cloture de la Bourse de ce soir… et ignorant (ou faisant mine d’ignorer) la catastrophe planétaire qu’ils préparent…

[Wall Street Journal – 04/04/2008]

Le contribuable U.S. finance à hauteur de 1 dollar chaque litre de (bio) nécro-carburant qui est fabriqué aux U.S. pour l’exportation. A l’époque, le gouvernement voulait encourager l’industrie d’agro-carburants afin de réduire la dépendance du pétrole… mais, comme le rapporte le Guardian, cette politique de subvention a eu des conséquences néfastes. (. . .)

De plus en plus, les spéculateurs négociants transportent des cargaisons d’agro-carburants depuis l’Asie et l’Europe vers les ports des Etats-unis. Là bas, ce carburant « bio » est mélangé à un peu de « vrai » diesel… ce qui le rend conforme aux politiques d’aide à l’exportation. Ce biofuel subventionné est ensuite renvoyé en Europe, où il réçoit également des subventions de la part de l’Union Européenne, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique et du développement des énergies renouvelables. Chaque litre de biofuel est ainsi subventionné deux fois.

Selon les organisations spécialisées dans les agro-carburants, entre 30 et 300 millions de dollars de subventions sont ainsi re-exportés vers l’Europe. Et les allers-retours par tanker entre l’Europe et les USA alourdissent encore le bilan écologique négatif de ces carburants.

Par ailleurs, le « dumping » de ces carburants lourdement subventionnés rend la production Européenne de bio-carburants peu compétitive et a déjà cause la fermeture de plusieurs usines de production. Et pourtant, pour des raisons politiques, l’Union européenne a beaucou investi dans cette production de carburants « écologiques ». Mais les im, despite its own efforts to ramp up production to meet political mandates. Imports are undercutting local producers on price.

http://blogs.wsj.com/environmentalcapital/2008/04/01/us-biofuels-subsidies-not-for-farmers-but-for-europeans/?mod=WSJBlog


[Rue 89 – 16/02/2008]

Arte a diffusé l’enquête de Marie-Monique Robin sur Monsanto. Nous republions ci-dessous l’interview de la journaliste.

Pressions sur les scientifiques, les politiques et les médias: une enquête dévoile les méthodes du géant de l’agriculture.

Elle se dit inquiète, mais prête à aller jusqu’au bout de cette enquête. Marie-Monique Robin, lauréate du prix Albert-Londres, a pourtant l’habitude des reportages périlleux. Mais elle avoue que celui-ci dépasse tout ce qu’elle attendait.

Le documentaire qu’elle en a tiré, intitulé « Monsanto, une entreprise qui vous veut du bien », fait froid dans le dos. Rythmé comme un thriller sur la santé publique, il fait songer au film Erin Brokovich, de Steven Soderbergh, mais sans Julia Roberts pour tout arranger à la fin.

Leader mondial des OGM, Monsanto est à l’origine de bien d’autres produits controversés, depuis sa création en 1901. La liste est longue. La firme est le principal producteur de PCB (le pyralène, polluant organique persistant aujourd’hui interdit et responsable de nombreuses pollutions), de l’agent orange, herbicide utilisé pendant la guerre du Vietnam et fortement cancérigène, et d’hormones de croissances bovine et laitière interdites en Europe.(Voir la vidéo.)

Dans son livre, Marie-Monique Robin livre des exemples de pressions exercées sur des scientifiques, qui seront licenciés ou discrédités pour avoir critiqué les produits Monsanto. Elle donne également la parole à des experts remettant en cause les expériences sanitaires menées par la multinationale. En exclusivité, Rue89 vous en livre quelques extraits…

A voir  sur le site d’origine en raison des nombreuses vidéos et extraits sonores:
http://www.rue89.com/2008/02/16/ogm-quand-monsanto-seme-la-terreur 


[Gregor Seither – IES News Service – 24/02/2008]

Le prix de l’essence est tellement élevé et l’est depuis si longtemps que les automobilistes étatsuniens sont entrain de réaliser une révolution qui paraissait encore impensable il y a deux ans : ils se transforment en piétons ou partagent leur voiture.
Même les plus accros de la voiture sont entrain de changer leur comportement, ils regroupent leurs courses pour ne faire qu’un seul voyage, on voit de moins en moins de conducteurs seuls dans leur voiture, de plus en plus de réseaux de partage de voiture se mettent en place, les transports en commun voient leurs usagers augmenter et même à Los Angeles, on voit de plus en plus de piétons et de cyclistes (il y a encore 10 ans, si vous marchiez dans la rue à L.A., vous aviez toutes les chances de vous faire interpeller par la police ou de vous faire tirer dessus par un gang en voiture). . .

Ces deux derniers mois, aux Etats-Unis, la consommation quotidienne moyenne d’essence a baissé de manière significative, comparé à la même époque l’an dernier, selon une étude du USBT et de Gulf Oil, publiée par le Boston Globe de ce matin. Ces six derniers mois, la consommation quotidienne moyenne d’essence a baissé de presque 1%, alors qu’elle avait augmenté de 2,5% l’an passé.

« Dans les Etats du Nord-Est, les achats d’essence ont baissé de plus de 3%, un changement radical par rapport aux années passées où elle augmentait annuellement de 1, voire 2% » explique Joe Petrowski, directeur exécutif de Gulf Oil . . . « Parmi les signes que les conducteurs se serrent la ceinture en matière d’essence : il achètent en moyenne 10 litres de moins par transaction avec leur carte de fidélité Gulf ».


[Gregor Seither – IES News Service – 20/02/2008]

Aux Etats-Unis, les céréaliers ont la trique. A la bourse du blé de Minneapolis (Minneapolis Grain Exchange), cette semaine, le prix du bushel a frôlé les 20 US$ – (19,8 US$) soit trois fois plus que le record précédent de 1996.

Si le vendeurs jubilent et se frottent les mains, pour les experts agroalimentaires, ce prix pharamineux est un signal : la production n’arrive plus à suivre la demande et les marchés répercutent la peur de manquer. La crainte de la pénurie entraîne des hausses de prix insoutenables pour les consommateurs (. . .)

Ces trente dernières années, aux Etats-Unis mais aussi en Europe, le principal problème de l’agriculture a plutôt été le surplus que la pénurie… avec pour conséquence des prix agricoles bien trop bas pour être rentables. Si les agriculteurs s’en plaignaient amèrement, les consommateurs bénéficiaient de l’abondance de céréales et des protéines bon marché qui en découlait.

Mais ce qui s’est passé cette semaine à Minneapolis préfigure une situation radicalement différente. Comme l’explique Mike Usset, ancien trader céréalier :

Le prix du blé est un indicateur qui nous dit à quel point nous sommes proches du point de basculement dans l’industrie alimentaire. Toutes les matières agricoles sur le marché réclament à corps et à cri plus de surface de culture. Le mais réclame plus de terres, le soja pousse les agriculteurs du Sud a couper encore plus de forêts pour étendre la monoculture, idem pour le blé dur, le malt, l’orge, le tournesol, le colza… partout on nous dit qu’il faut produire plus, étendre les cultures…

La demande est énorme parce que les prix sont élevés, et les prix sont élevés parce que la production ne suit pas.

Pour Hendrick Blauman, du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) :

« Cette pression fait grimper les prix. Tous les prix. Du steak au carton d’œuf, du pain à la tortilla, du riz au nouilles, des petits gateaux au litre de lait… Et à moins d’être un petit agriculteur qui fait pousser ses propres aliments, vous ne pourrez échapper à l’augmentation de votre facture alimentaire. Pour les deux milliards d’êtres humains sur terre qui vivent dans la pauvreté, c’est une catastrophe annonciatrice de famines gigantesques. «  (suite…)


Ceux qui se sont mobilisés à l’occasion de la marée noire de l’Erika connaissent bien Jo Le Guen, sportif qui avait tenté de traverser l’Océan Pacifique Sud à la rame pour sensibiliser le public à la pollution des océans avant de fonder « Keep It Blue », association qui se consacre aux problèmes d’indemnisation des marées noires, de la sécurité maritime et du traitement des déchets des navires dans les ports européens.

Au milieu de l’euphorie du « préjudice écologique », sa voix d’expert résonne comme un avertissement sobre et rassérénant.

 

[Jo Le Guen – Keep It Blue – 18/01/2008]

Comment peut-on se réjouir ? Comment peut-on dire aux victimes « Le groupe TOTAL paiera son imprudence ». Qu’ont gagné les victimes de l’Erika ?

Le droit d’attendre l’ouverture du procès en appel dans un an.

Et d’aller droit dans le mur.

Nous vivons le même contexte de désinformation que celui qui a prévalu dans les mois qui suivirent le naufrage.

Un petit rappel du paysage juridique semble nécessaire. (suite…)


[De-Smog Blog – 16/01/2007 – Trad. Grégoire Seither]

Des membres de l’équipe de campagne du candidat à l’investiture Republicaine Mitt Romney ont reconnu faire partie des administrateurs d’un nouveau groupe de lobbying fondé à l’automne dernier pour dénigrer les scientifiques travaillant sur le réchauffement climatique et délégitimer tout projet de « fiscalité écologique » ou « pollueur-payeur » qui pourrait gênér les industriels ou entamer leurs profits.

Ce groupe se présente comme étant la « American Environmental Coalition « avec pour but de « unir nos efforts pour une Amérique belle, forte et prospère. » Mais le site très élaboré de cette association a un seul but : dénigrer les arguments en faveur d’un changement climatique. Quand à son action politique, l’unique objectif de ce site semble être d’attaquer le principal adversaire politique de Mitt Romney, le sénateur John McCain, unique candidat Républicain proposant une véritable politique écologique et de lutte contre le changement climatique.

Le site de l’AEC a été enregistré par Gary Marx, directeur exécutif du « Judicial Confirmation Network » et directeur de la « Conservative Coalition », fondée par Mitt Romney. Jay Sekulow, vice-président de la « Faith and Values Coalition » (également fondée par Romney) fait également partie du conseil d’administration de l’AEC. La liste des membres de l’AEC est d’ailleurs un who’s who de Chrétiens conservateurs, d’idéologues du « laisser faire » économique et de défenseurs de l’industrie des énergies fossiles.

Prenez par exemple George Landrith, vice-président d’AEC et fondateur de la fondation « Frontiers for Freedom » – un groupe de pression « défenseur de la libre entreprise et de la propriété » dont le budget est abondé par des organisations philantropes comme ExxonMobil, Philip Morris et R.J. Reynolds Tobacco. On y trouve également le lobbyiste pour l’industrie du charbon, Pat Michaels ainsi que Steve Milloy, avocat mercenaire pour l’industrie du pétrole et du tabac.

En résumé, Mitt Romney fait campagne sur l’idée d’ouvrir les Parcs Nationaux ainsi que la réserve naturelle de l’Alaska à la prospection minière et pétrolière, propose de subventionner la liquéfaction du charbon pour en faire du carburant… pendant que les membres de son équipe de campagne font la promotion d’articles « scientifiques » qui « prouvent » que le changement climatique est un mythe et qu’en matière de protection environementale « il est urgent d’attendre » et de ne pas « entraver la croissance »…

http://www.desmogblog.com/romney-tied-to-global-warming-denier-group


[The Guardian – 21/12/2007]

Le rapport du European Bird Census Council, RSPB et BirdLife International révèle que près de la moitié des espèces communes d’oiseaux en Europe sont sur la voie de l’extinction sur le continent européen. Des recensements entrepris au cours de ces 26 dernières années montrent que les populations de 45% d’espèces d’oiseaux communes ont décliné de manière inquiétante, voire dramatique sur le continent européen. Dans certains cas, 95% des populations d’oiseaux ont disparu 

Le rapport « State of Europe’s Common Birds 2007 » montre que les disparitions de populations d’oiseaux sont les plus fortes en zone agricole, notamment à cause des pratiques de l’agriculture industrielle.  95% des alouettes cochevis huppées ont disparu ainsi que près de 50% des vannaux et pluviers. Le pivert cendré à disparu à 81%, la perdrix grise à disparue à 79% tandis que les populations de tourterelles ont décliné de 62%.

http://www.guardian.co.uk/environment/2007/dec/21/conservation.wildlife?gusrc=rss&feed=environment


[LE MONDE | 19.12.07]
Décrire une corrélation entre variation du magnétisme terrestre et changement climatique : publiée en janvier par la revue Earth and Planetary Science Letters (EPSL), l’étude conduite par une équipe de chercheurs français menée par Vincent Courtillot, directeur de l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), n’avait pas à l’époque défrayé la chronique. Elle fait, aujourd’hui, l’objet d’une virulente passe d’armes. Dans un article posté mardi 18 décembre sur RealClimate, un blog animé par des climatologues américains, Raymond Pierrehumbert, professeur de géosciences à l’université de Chicago, pose la question de savoir si ces travaux « franchissent la ligne séparant l’erreur simple de la tromperie active ».

L’affaire n’aurait guère eu d’ampleur si les auteurs de ces travaux, en particulier Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël, proches de Claude Allègre, ne comptaient parmi les quelques rares scientifiques qui continuent d’exprimer des doutes sur la responsabilité humaine dans le changement climatique. Pour y opposer, par exemple, des explications fondées sur la variabilité naturelle de l’activité solaire ou du géomagnétisme.
(suite…)


[« The western appetite for biofuels is causing starvation in the poor world » , article de George Monbiot, 6 novembre, 2007. Publié dans « The Guardian »]

On ne peut pas trouver plus fou. Le Swaziland, actuellement en prise à la famine, reçoit des aides alimentaires d’urgence. 40% de la population subit une grave crise alimentaire. Et qu’a décidé d’exporter le gouvernement? Des agrocarburants fabriqués à partir d’un de leurs aliments de base, la cassave.

Le gouvernement a alloué plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles à la production d’éthanol dans le comté de Lavumisa, qui se trouve être l’endroit le plus touché par la sécheresse. Ce serait sûrement plus rapide et plus humain de raffiner directement les habitants du Swaziland et de les mettre dans nos réservoirs. Une équipe de consultants en développement durable est sans aucun doute déjà en train de faire les additions.

C’est un des nombreux exemples d’un commerce décrit le mois dernier par Jean Ziegler , le rapporteur spécial de l’ONU, comme étant un « crime contre l’humanité », appelant, comme nous l’avons fait initialement dans cette rubrique, à un moratoire de 5 ans sur tous les objectifs et encouragements des gouvernements concernant les agrocarburants; ce commerce devrait être suspendu jusqu’à ce que les carburants deuxième génération – fabriqués avec du bois, de la paille ou des déchets – soient disponibles dans le commerce.

Sinon, le pouvoir d’achat supérieur des automobilistes des pays riches leur permettra d’enlever le pain de la bouche aux populations pauvres. Mettez des agrocarburants de première génération dans votre réservoir et il y en a qui mourront de faim.

(suite…)


[Der Spiegel – 09/12/2007]

Cette année en Europe, les sapins de noël sont rares et chers. Les coupables sont multiples : la mode croissante du sapin de noël dans les monarchies pétrolières, où l’on se fait livrer des cargaisons entières par avion, le boom du sapin de noël en Chine depuis plusieurs années, qui fait que les entreprises chinoises réservent à l’avance des plantations entières…  mais surtout l’essor des agro/bio necro-carburants  qui réduisent fortement les surfaces des plantations de sapins pour les fêtes. En Allemagne, cette année, les prix ont atteint des records. http://www.spiegel.de/wirtschaft/0,1518,522161,00.html


LES AGRO-CARBURANTS CONTRIBUENT PLUS A LA FAMINE QUE LES CATASTROPHES NATURELLES ET LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
[The Guardian – 29/08/07 – Trad. Grégoire Seither]
Des terres agricoles qui étaient jusqu’ici utilisées pour faire pousser des aliments sont de plus en plus converties pour la production d’agro-carburants. Cela permet de lutter contre le réchauffement climatique (les agro-carburants génèrent moins de gaz à effet de serre que les carburants fossiles) mais a surtout pour effet de faire grimper les prix des aliments à travers le monde et à aggraver encore la famine dans certains pays pauvres. D’un côté vous avez quelques pays riches qui ont les moyens de payer pour acheter de l’éthanol et de l’autre vous avez des millions de pauvres qui n’ont plus accès aux terres agricoles pour faire pousser leur alimentation. Le résultat est une catastrophe humanitaire qui se développe sous nos yeux…

(suite…)


F.W. Engdhal : BUY FEED CORN, THEY’RE ABOUT TO STOP MAKING IT…
[Financial Sense – July 25, 2007]
(article en Anglais)
http://www.financialsense.com/editorials/engdahl/2007/0725.html

[H. Duval] Excellent article qui résume la situation et confirme malheureusement la tendance déjà évoquée sur cette liste l’année dernière…

A savoir principalement :

  • – 2005 : lancement à grande échelle du plan éthanol de Bush (énormes subventions à la production), parallèlement au Brésil, à la Chine.
  • – fin 2006 : surplus des stocks de grains mondiaux (indicateur de la sécurité alimentaire mondiale) au plus bas depuis 1972.
  • – Depuis un an, les cours mondiaux de grain (blé et maïs principalement) ont décollé de 100 %
  • – 2 milliards d’êtres humains les plus pauvres sont en concurrence, sur le marché de la demande en céréales, avec les quelques centaines de millions qui en ont besoin pour leurs voitures. Devinez lesquels vont pouvoir continuer à payer ?

La réalité de l’éthanol :

  • – 30 % densité énergétique en moins que l’essence (donc plus cher pour même distance parcourue)
  • – David Pimentel, pionnier des études sur le taux énergie investie / énergie produite, estime que la production d’éthanol implique une perte de 22 % de l’énergie nette par rapport à une utilisation directe des hydrocarbures (surtout gaz naturel des engrais). « Ce n’est pas rentable de ralentir le déclin »

Je rajouterai que pour l’administration US, le financement par tous les ménages du monde – via le prix de l’alimentation – du carburant US est un bon coup, tant que le dollar reste couplé au pétrole. Si ce n’était plus le cas, elle ne pourrait plus subventionner l’éthanol, les fermiers US ne pourraient plus se payer leur diesel et engrais, et les gros états-uniens devraient laisser les Hummer au garage et maigrir.

Mais on sent pourtant que F.W. Engdhal vient en quelque sorte de découvrir l’eau chaude. En menant ce raisonnement jusqu’au bout, comme d’autres l’ont fait depuis longtemps, il s’apercevrait que dès le départ ce sont le pétrole et le gaz qui ont permis aux humains de croître de 2 à 6 milliards en seulement 100 ans, donc que pétrole et nourriture sont DEJA liés depuis longtemps, seulement on ne le voyait pas tant qu’on pouvait augmenter la production pétrolière – donc alimentaire – à loisir.

Avec le pic pétrolier, peu importe comment on fera circuler l’énergie d’un vase à l’autre, on s’aperçoit qu’il reste toujours moins d’énergie nette au bout du compte, et que la corne d’abondance se vide irrémédiablement.

Conclusion, si on ne déclare pas immédiatement que les réserves d’énergie fossile sont désormais réservées à l’agro-alimentaire (tout en limitant la croissance de la population), qu’on ne bannit pas très vite l’usage récréatif et inutile des hydrocarbures, alors on prépare une hécatombe inévitable.

Quand l’occasion se présente, toutes les autres espèces vivantes (y compris les bactéries) tombent dans le même piège de la mauvaise gestion de leur principale ressource vitale. La seule manière pour l’être humain de prouver qu’il est supérieur aux enzymes du jus de raisin ou aux rennes de l’île de Saint-Matthieu (*), serait de faire exception à la règle en contrôlant ce fragile équilibre entre ressources vitales et population.

*Article sur le « crash » de la population de Rennes sur l’île de St. Matthew :
http://www.dieoff.com/page80.htm