Claude Askolovitch



Comment ne pas croire à la synarchie quand même un canard branchouille comme « les Inrocks » se permet d’écrire des textes qui auraient pu être écrits par Julius Streicher en 1930 – comment encore croire à la démocratie quand on est confronté à de tels tireurs de ficelles et éminences grises : « Le grand public ignore leurs visages : on ne les voit jamais à la télé, on ne les entend pas à la radio, on ne les lit guère dans la presse. Pourtant ils pèsent sur tous les médias. Leur obscurité sert leur éclat, leur sous-exposition médiatique illustre leur surexposition stratégique […] Ils ne revendiquent certainement pas le terme de “gourou”, ni celui de “magicien”, ni celui de “faiseur de rois” : les termes “conseiller” ou “codécideurs” leur vont mieux, mais restent trop euphémiques pour éclairer la dérive de leur pouvoir opérationnel. On ne vote pas pour eux mais ce sont eux qui décident ! » (Commentaire de Dov)

[Emmanuel Ratier – Faits & Documents n° 357 – Mai 2013]

Après les affaires Dominique Strauss-Kahn et Jérôme Cahuzac, l’incontournable « Mazarin de l’influence », co-président d’Havas Worldwide, qui a tissé depuis trente ans une incroyable toile d’araignée, vient de se faire taper sur les doigts, pour la première fois, par son patron Yannick Bolloré, qui lui a demandé de ne plus signer aucun contrat avec des ministres en exercice. Avec Anne Méaux et Michel Calzaroni, cet ashkénaze multimillionnaire est l’un des trois gourous qui « disposent d’un immense pouvoir d’influence sur la vie politique et économique française ». Un « vrai décideur installé dans l’ombre de notre système démocratique » (Les Inrockuptibles, 23 mars 2011).

« Tout en vitupérant “le capitalisme consanguin et protégé”, Stéphane Fouks cultive soigneusement son réseau de relations politiques […] Adversaire du mélange des genres (une connerie affirme-t-il sans rire), Stéphane Fouks vit de troublants dédoublements. Par exemple lorsqu’il remporte des marchés auprès d’élus que par ailleurs il conseille bénévolement. » Le Canard enchaîné, 31 janvier 2001.

« Il est en mouvement constant, donc assez bordélique mais il est rapide, ça le sauve. » Jacques Séguéla, Stratégies.

« Ce fut un des pince-fesses les plus courus de la capitale : le 25 novembre 2008, dans un salon du ministère du Travail, Stéphane Fouks, se faisait remettre la Légion d’honneur (NDA : sur proposition de l’UMP Laurent Wauquiez) des mains de Xavier Bertrand (NDA : ministre du Travail UMP), sous le regard admiratif de vingt-trois patrons du CAC 40 et de nombreux politiques de tous bords. Près de 300 invités au total ! À 49 ans, cet homme-là est un véritable réseau à lui tout seul […] Mais l’entregent de cet ancien rocardien devenu multimillionnaire ne se limite pas à son portefeuille de clients, loin de là ! Le coeur du système Fouks, c’est d’abord un triangle constitué avec deux copains rencontrés sur les bancs de la fac Tolbiac : le criminologue Alain Bauer, ancien grand maître du Grand Orient de France, et le député socialiste Manuel Valls. S’y ajoutent d’autres fidélités, comme celle qui le lie à Arnaud Lagardère ou à Dominique Strauss-Kahn, dont il a embauché plusieurs très proches collaborateurs. Recaser les amis, en détacher d’autres… La méthode a permis d’essaimer dans les cercles qui comptent. » Le Nouvel observateur, 21 mai 2009 (1).

« Sa proximité avec Dominique Strauss-Kahn l’a fait passer du statut envié de spin doctor d’un futur président à celui de conseiller complaisant – voire complice – de l’homme qui scandalise […] Il tente de transformer pour la galerie le pire danger qui ait menacé sa carrière en expérience édifiante de communication de crise […] Il y a encore quelques semaines, il alimentait volontiers la thèse du “complot” dans l’affaire du Sofitel. Les révélations sur les prostituées du Carlton l’ont saisi par surprise. » Le Monde, 6 novembre 2012.

« Chez Euro RSCG, on adore les remaniements ministériels. Un nouveau ministre qui s’installe, c’est un nouveau marché qui s’ouvre ? Chaque fois, la maison incite ses consultants à accepter les offres d’embauche. “C’est devenu Manpower” […] Dans le gouvernement Fillon, on trouve des petits Fouks un peu partout. Entre autres ministres, Valérie Pécresse, Bernard Kouchner et Frédéric Mitterrand ont chacun à leur côté un expert en relations presse issu de l’agence. » Le Point, 19 novembre 2009.

« Fouks s’est même offert des implants capillaires dans la clinique d’un de ses clients, le député socialiste Jérôme Cahuzac. » Le Nouvel observateur, 21 juin 2011.

En raison des remous provoqués par les affaires Strauss-Kahn et Cahuzac, Yannick Bolloré, vice-président du groupe Havas, certainement en accord avec son père Vincent, a décidé de cesser la signature de contrats avec des ministres en exercice. Il faut dire que le spécialiste de la communication de crise avait personnellement pris en main le « cas » Cahuzac, afin d’épauler la conseillère du ministre, Marion Bougeard, « détachée » de l’agence de lobbying dès la nomination à Bercy du député PS du Lot-et-Garonne. Un « placement » dans le plus pur style de Fouks. Un sévère avertissement pour le lobbyiste socialiste affairiste Stéphane Fouks, patron d’Havas Worldwide, qui travaillait, en sous-main ou indirectement, pour sans doute un tiers des membres de l’actuel gouvernement (mais aussi pour Nathalie Kosciusko-Morizet, dans sa « bataille de Paris »). Il faut dire qu’après l’affaire DSK (on a déjà oublié qu’Euro RSCG avait la communication du FMI pour l’Europe), l’affaire Cahuzac commence à faire désordre et Stéphane Fouks en est désormais réduit à se sauver lui-même. Inventer sa propre com de crise et ses fameux « éléments de langage » qu’il avait jusqu’alors l’habitude de vendre très chers à ses clients. Et ne pas perdre les contrats avec les entreprises qui pensaient d’abord avoir acheté une assurance DSK en prenant un ticket Fouks, puis un ticket Cahuzac en remettant au pot Fouks…

Stéphane Fouks est né le 6 avril 1960 à Paris XVIIe. Il est d’une extrême discrétion sur sa biographie véritable et a oeuvré pour empêcher la parution de sa biographie sur Wikipedia (il n’y en a pas). Il est le fils d’un sous-directeur à la Sécurité sociale né à Odessa, Moïse (indiqué comme Maurice au Who’s Who) Fouks, militant du Parti communiste qui finira mendésiste social-démocrate. Dans sa lettre d’information du 17 juillet 2002, Pierre de Villemarest, généralement très au fait de l’espionnage soviétique, le présentait comme un « cadre du PC d’Odessa aux temps soviétiques ». Sa mère, fille de déportée, est comptable dans une entreprise de maroquinerie. « La famille maternelle est originaire de Pologne et la famille paternelle d’Odessa. Installée dans le Jura puis dans le Lyonnais, celle-ci sera cachée par des habitants durant la Seconde Guerre mondiale […] On assure surtout un judaïsme oecuménique et laïque, plus culturel que cultuel. Le jeune Stéphane ne fait pas Kippour et esquive le rabbin mais il n’échappe pas en revanche aux cornichons Molossol et au pikelfleish (Le Figaro, 2 juin 2001). » Il a épousé le 6 juillet 1985 Véronique Dutrou, fille des imprimeurs d’art Robert et Lydie Dutrou, propriétaires du centre d’art graphique La Métairie Bruyère (Yonne), dont elle est cogérante. (suite…)


Article intéressant mais qui oublie un point essentiel: qui sont aujourd’hui les journalistes ? La grande majorité d’entre eux est issue du même vivier que les politiques et les faiseurs d’opinion. Comme l’a montré l’excellent livre « Les petits soldats du journalisme » de François Ruffin, c’est la même caste, la même classe, qui se fréquente de jour comme de nuit, couche ensemble, s’épouse, part en ses vacances ensemble… Pour un journaliste, se fâcher avec un politique c’est se fermer des opportunités dans sa vie personnelle. Donc forcément, il va devenir un gentil toutou…

Si les journalistes étaient un peu plus de la trempe de Denis Robert, les lecteurs ne déserteraient pas les kiosques à journaux…

[OWNI – Article initialement publié sur Cross Media Consulting – 11/10/2010]

Quel est le pire ennemi de la presse ? Le web bien sûr ! Ce lieu vaguement satanique où l’information est gratuite. À en croire une bonne partie des responsables des journaux français le débat semble se résumer à l’anathème lancé sur la toile, responsable de tous les mots des journaux ou à peu près. Pour ma part, j’identifie un ennemi bien plus dangereux pour la presse : les serial-éditorialistes. La preuve avec la lecture de l’édition de ce lundi 11 octobre de Libération qui s’attaque frontalement aux bobards lancés à gauche comme à droite à propos de la réforme des retraites.

Une remise en cause de la parole des politiques de plus en plus rare dans la presse

En consacrant leur Une aux ” bobards qui faussent le débat ” sur les retraites, Cédric Mathiot et Luc Peillon pointent et remettent en cause l’impressionnante série d’approximations plus ou moins volontaires, d’erreurs voir de grossiers mensonges proférés par l’ensemble des politiques dans le débat sur les retraites. Et proposent du même coup les 4 pages les plus intéressantes que j’ai lu sur cette réforme depuis un mois.

La valeur ajoutée de ce dossier, de ce travail de remise en cause de la parole publique est évidente et justifie amplement de payer pour accéder à cette information. Ce qui n’est pas si répandu dans l’offre éditoriale des journaux français. À force de ne plus systématiquement vérifier et remettre en cause la parole publique, les journaux ont été supplanté par le web pour répondre à cette attente du public.

Dans ce dossier, deux citations ont un écho particulier dans le grand débat de la valeur de l’information. La première est de Jean Veronis, linguiste :

Avant, un politique confondu essayait de sauver la face. Ce n’est plus une catastrophe d’être pris. Il n’y a plus matière à humiliation (…) un mensonge est dénoncé mais l’élastique revient en position initiale, comme s’il ne s’était rien passé. C’est assez surprenant. Dans le même temps, il y a de plus en plus de citoyens vigilants concernés par ces questions. Sur Internet, des blogs traquent les mensonges.

Un constat révélateur. À force d’avoir trop oublié cette fonction de vérificateur de la parole publique, les journaux traditionnels ont été petit-à-petit supplantés dans ce rôle dans l’esprit du public. Et il est vrai que trop de journaux ont, si ce n’est abandonné, du moins réduit a la part congrue cette vérification factuelle de la parole publique.

Migration des journaux vers le web, à tort et à raison

Au fil du temps, le grand public a plus ou moins cessé de rechercher cette fonction dans les journaux. Quand à la partie des lecteurs les plus intéressés, qui devrait constituer le cœur de cible de la presse, elle a commencé à aller chercher ailleurs, en partie à tort mais souvent à raison.

À raison, car ils trouveront beaucoup plus d’interviews croisées (un représentant du parti A énonce sa vérité, un représentant du parti B la sienne) que de véritable travail de vérification tel que celui proposé ce lundi dans Libération.

À raison, car ils sont plus souvent abreuvés de tribunes d’éditorialistes ayant un avis général sur tout et n’importe quoi (et surtout sur n’importe quoi diront les mauvaises langues) que d’articles basés sur la vérification méthodique et systématiques des chiffres lancés par les acteurs du débat public afin de les expliquer, les mettre en perspective et les infirmer haut et fort si besoin.

À tort, car malgré tout, cette mission éditoriale de “vérificateur” subsiste, même si elle n’est pas forcément mise en valeur. On la retrouve par exemple (pas assez) régulièrement avec la rubrique intox/desintox de Libération et il existe des îlots éditoriaux de cette qualité dans la plupart des quotidiens nationaux. On peut leur reprocher de n’être ni assez nombreux ni assez mis en valeur,  mais l’on peut aussi reprocher aux lecteurs de ne pas s’y intéresser plus que cela.

À torts partagés enfin, car le public est responsable de se laisser prendre dans un piège très bien identifié par Jean-Louis Malys, secrétaire en charge des retraites à la CFDT :

Quand le Premier ministre lâche une contre-vérité devant des millions de téléspectateurs [Fillon sur M6 dimanche 3 octobre], il sait qu’il touchera un plus large public que le démenti le lendemain dans le journal.

Mais il est bien aidé par des complices qui le poussent allégrement dans ce piège : les tenants de la parole public et les serial-éditorialistes.

Des interviews sans vérification

N’ayant la plupart du temps face à eux non pas intervieweurs mais des présentateurs, les tenants de la parole publique (politiques, économistes, patrons, parfois même sportifs) n’ont pas à redouter de vérification et donc de remise en cause de leur parole. ils peuvent alors se concentrer presque uniquement sur la mise en scène de leur message.

À ce titre, les journaux télévises ont fait mille fois plus de mal a la presse papier que le web, puisqu’ils ont habitué le public a se passer de vérification. Ce ne sont plus les affirmations qui sont vérifiées et éventuellement remises en cause, mais la personne. Ne reste alors que la forme du message (le président a-t-il été “bon” le 14 juillet face à Pujadas, Eric Woerth avait-il “l’air sincère” devant Ferrari ?) et non le fond.

Des serial-éditorialistes sans valeur ajoutée

En intervenant sur tous les sujets, les éditorialistes sont aussi imprécis que les politiques et brouillent le rôle des journalistes.

Et les “grands” éditorialistes, qui se veulent bien souvent les gardiens du temple de l’information et ne ratent jamais une occasion de présenter le web comme un ramassis d’âneries (ce qu’il peut aussi être) sont peut-être les pires complices de cette dévalorisation de l’information. S’exprimant sur tous les sujets, même les plus techniques en préférant bien souvent le plaisir du débat rhétorique à la confrontation méthodique des faits, les serial-éditorialistes qui signent dans 10 journaux et participent à autant émissions de télévision et de radios nivellent par le bas.

À force de vouloir tout commenter, ils sont aussi vagues et imprécis que ceux qu’ils interrogent et n’apportent plus aucune valeur ajoutée journalistique.

Et l’on se prend à rêver d’émissions de télévision ou de radios où les tenants de la parole publique seraient confrontés à une véritable vérification en direct de leurs affirmations.
Où, quand un Premier ministre affirme à 21h10 qu’un salarié partant à la retraite après 44 ans de cotisation touchera ” une retraite plus élevée “, il pourrait être démenti à 21h35 par une équipe de journalistes ayant immédiatement vérifié cette affirmation.

Où un Olivier Besancenot expliquant qu’aujourd’hui ” il y a une toute petite minorité de salariés qui arrivent à faire les 37,5 annuités ” se verrait présenter le véritable chiffre : 60%, ce qui n’est plus vraiment une ” toute petite minorité “.

Bref, des émissions et une presse où on laisserait les journalistes faire leur boulot en vérifiant la véracité des propos, et où les éditorialistes seraient cantonnés à leur domaine, celui du débat d’idées.

http://owni.fr/2010/10/11/les-pires-ennemis-de-la-presse-les-serial-editorialistes


Ca date de l’an dernier, mais cela n’enlève rien à l’intérêt de ce qui est dit… Et cela permet de constater encore une fois que – dans le système pavlovien qu’est la presse française – les médias répètent tout et n’importe quoi sur Meyssan sans même prendre la peine d’aller vérifier… en ce sens, ils n’ont pas évolué depuis les Intellectuels Staliniens des années 30.

[ReOpen 911 – 17/08/2008]

La parole de M. Thierry Meyssan est rare, non qu’il refuse systématiquement les interviews… Mais simplement les médias français ne donnent jamais la parole à cet analyste politique aux propos pourtant toujours mesurés, malgré ses convictions personnelles très marquées en faveur des droits humains et contre les menées géopolitiques de l’Empire états-unien. La réflexion affûtée et pertinente de cet intellectuel français semble extraordinairement atypique dans le brouhaha de la propagande ambiante.

ReOpen911 est fière de mettre en ligne une longue interview de « celui par qui le scandale du 11-Septembre est arrivé » (à son insu). Mais les questions des membres de l’association pour la réouverture de l’enquête sur les attentats terroristes aux Etats-Unis n’abordent pas ce seul sujet : nos membres, citoyens curieux et ouverts, s’intéressent à tous les sujets d’actualité et M. Meyssan répond en toute franchise et indépendance d’esprit à leurs questions. Une interview passionnante, très loin des fantasmes de certains pour qui les relations entre ReOpen911 et Meyssan seraient celles des adeptes d’une secte face à leur gourou !

Retour en arrière sur la « polémique », les accusations d’antisémitisme à son égard (dont on a vu que la récente « affaire Siné » avait peut-être marqué l’essoufflement de cette scandaleuse stratégie de bâillonnement de toute critique de la politique d’Israël), le travail mené avec le Réseau Voltaire qu’il continue à présider depuis sa fondation, les menaces pesant sur sa vie, les dérives liberticides et les atteintes aux droits de l’homme, la politique des États-Unis envers l’Union européenne, et leurs relations avec le nouveau pouvoir en France, les intérêts d’al-Qaïda et même les récents événements en Géorgie : discussion à bâtons rompus au cours de laquelle M. Meyssan n’a jamais recours à la langue de bois.


ReOpen911 : Suite à la parution de L’Effroyable Imposture, « on » (Gérard Miller, Pascal Bruckner, Pierre Marcelle, Alain Finkelkraut, Caroline Fourest, liste non exhaustive…) vous a souvent présenté comme un « révisionniste », vous comparant même à M. Faurisson ; outre que cela permet à moindres frais d’éviter de répondre aux questions et aux points pertinents que soulèvent vos analyses, cela a ancré, par amalgame, dans les esprits d’un grand nombre de nos concitoyens l’idée fausse que vous seriez antisémite.
1

Vous avez pendant longtemps préféré ne pas vous expliquer sur des injures aussi odieuses qu’infondées et autres calomnies (quiconque peut le constater par soi-même en lisant vos livres ou en consultant le site du Réseau Voltaire de fond en comble : il n’y a pas le moindre propos antisémite1, évidemment). Cependant, ne pas y répondre, c’est aussi laisser le champ libre à vos détracteurs ; baisser la garde, n’est-ce pas faire le jeu de ces « salauds », pour reprendre l’élégante formule que M. Fabrice Nicolino (Politis du 11 avril 2002) avait eu à votre égard ?

Thierry Meyssan : Mes détracteurs jouent sur les mots. Comme l’a noté Pierre Vidal-Naquet, le terme « révisionniste » s’applique à tout historien qui fait son travail, celui de réviser les préjugés. Aussi refusa-t-il d’utiliser ce mot pour qualifier ceux qui nient le massacre des juifs d’Europe et lui préféra-t-il celui de « négationnistes ». Cependant mes détracteurs créent une confusion dans l’esprit du public en me traitant de « révisionniste » et en faisant allusion simultanément au professeur Faurisson, condamné maintes fois pour antisémitisme. Ainsi, sans l’avoir dit, ils suggèrent que je suis antisémite.

Je suis humaniste et j’ai lutté —bien plus que ceux qui m’insultent— contre toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme. En qualité de président du Projet Ornicar, j’ai même reçu les félicitations du Mémorial Yad Vashem, la plus haute autorité morale en la matière. En qualité de président du Réseau Voltaire, j’ai animé le Comité national de vigilance contre l’extrême droite, qui a réuni chaque semaine pendant plusieurs années les 45 plus importantes organisations de gauche (partis politiques, syndicats, associations, loges maçonniques).

Lors de la campagne médiatique organisée contre moi, en 2002, j’ai porté plainte pour diffamation contre une douzaine de journaux qui avaient suggéré que j’étais antisémite. J’étais défendu par Me Bernard Jouanneau, qui est précisément l’avocat à l’origine de la jurisprudence contre les « négationnistes ». Globalement, pour des propos quasi-identiques, j’ai gagné les procès à Versailles et perdu ceux à Paris. La Cour d’appel de Paris a reconnu que j’avais été diffamé, mais a considéré que je l’avais bien cherché et qu’il n’y avait pas matière à appliquer la loi et à condamner mes adversaires.

Un pas a été franchi par Pierre Rigoulot. Le co-auteur du Livre noir du communisme a écrit dans son livre sur l’Antiaméricanisme que je niais qu’il y ait eu un attentat contre le Pentagone. Et il m’a attribué entre guillemets une citation antisémite avec référence en bas de page. Il a été condamné pour cela. Depuis, personne ne s’est avisé d’inventer d’autres citations de ce type. (suite…)


Val, Cornevin et maintenant Askolovitch… les fins de mois sont dures chez les scribouillards, il faut bien manger. Alors on sort sa langue et on lèche les pompes…

<< Seuls les plus naïfs s’étonneront du fossé existant entre l’article signé Claude Askolovitch, qui décrit un Nicolas Sarkozy abattant un boulot fou, se taillant la part du lion et bousculant ses partenaires pour mieux changer l’ordre des choses, et la réalité, celle d’un président français qui s’agite de toutes parts sans être écouté et qui se montre bien incapable de respecter le moindre de ses engagements à « moraliser le capitalisme ».

Seuls les plus naïfs, disais-je, car pour tous les autres Claude Sarkolovitch est déjà depuis longtemps synonyme du plus vil des journalismes de cour.>>

[Article 11 – 17/11/2008]

C’est titré : « Sarkozy en maître du monde ».

Et j’ai bêtement pensé que c’était de l’ironie, comme une grosse blague du Journal du Dimanche à ses lecteurs.

Mais non : c’est signé Claude Askolovitch.

Et Marx sait si ce journaliste ne plaisante pas.

Non plus qu’il n’ironise depuis qu’il s’est affirmé avec l’affaire Siné comme celui qui défait les réputations (des petits) et tresse les lauriers (des puissants).

Lui qui y a sans doute gagné ses galons d’éditorialiste politique à Europe1 et de rédacteur en chef du Journal du Dimanche, comme une juste récompense de Lagardère envers un journaliste qui sait servir le sarkozysme

Donc, « Sarkozy en maître du monde ». (suite…)


[ EHESS – Actualités de la Recherche en histoire visuelle – André Gunthert, lundi 17 novembre 2008 ]

Il y a dans chaque régime ce moment pathétique où le dirigeant perd pied avec le réel. Ce moment où tout lui échappe et où il préfère se réfugier dans la fiction de son règne. Ce moment vient d’arriver pour Nicolas Sarkozy. C’est l’historien officiel du régime, Claude Askolovitch, qui nous le révèle dans les colonnes de l’indispensable JDD. Dans un récit halluciné du G20, intitulé sans la moindre ironie: « Sarkozy en maître du monde« , le conteur dépasse l’habituel journalisme de cour pour nous faire pénétrer directement dans le cerveau du président.

Dans le monde réel, depuis l’élection d’Obama, Sarkozy a perdu la main. L’ex-coqueluche des sommets internationaux a trouvé son maître. La version française du mythe Kennedy fait désormais pâle figure devant Barack et Michelle. Le déplacement est si violent que son entourage se voit contraint de nous le dépeindre en Obama bis. Plus encore que l’absurdité de cet éloge de la négritude sarkozienne, nous avons bien perçu l’inversion du schéma. Jadis incomparable, mesure de toute chose, voilà le modèle de la modernité politique chassé de la première marche du podium.

D’où l’importance du G20. Bientôt déshabillé de la présidence tournante de l’Europe, Sarkozy a vu là sa dernière fenêtre pour jouer les vedettes sur la scène internationale. Dans le monde réel, en l’absence d’Obama, ce raout inutile ne pouvait déboucher que sur du vent. Mais c’est un tout autre film qu’a vu Askolovitch. Un film d’aventure, à mi-chemin de Independance Day et du Louis II de Bavière de Visconti: «ce Français en chemise, débordant d’adrénaline, qui lui donne du « George », qui a couru ce matin à l’aube dans les rues de Washington, qui étale sa forme physique. (…) Sarkozy a gagné la bataille des mots. Une étape de plus dans le sprint marathon entamé depuis le début de la crise financière. (…) Ce vendredi, Sarkozy fait un cadeau au Russe. Il réclame en vain une réunion sur la sécurité globale en Europe. « Tu la veux vraiment? lui demande Sarkozy en tête à tête. On la fait ! »»

Ce film, ce n’est pas Askolovitch qui l’invente. Branché en permanence sur les neurones élyséens, ce que le fin chroniqueur nous dévoile n’est autre que la perception du sommet par son principal acteur. Oui, nous dit-il, Sarkozy se voit en maître du monde. En athlète surentraîné qui va arrêter la crise comme Superman arrête un train. En stratège de génie, capable d’imposer à tous sa vision de l’univers. A ce point perdu dans sa fiction qu’il demande au futur ex-président: «Si tu permets, George, nous ne devons pas nous séparer sans fixer la date, le lieu, l’ordre du jour de notre prochaine rencontre.»

Un tel moment de vérité crue doit être mis au crédit du journalisme français. Laissons aux mauvais esprits l’indignation ou le sarcasme. Car il y a plus d’information dans cet article que dans tous les comptes rendus du sommet. Riches en bouleversements majeurs, les mois qui viennent seront décisifs pour le chef de l’Etat. Grâce au JDD, il y aura toujours une fenêtre ouverte pour voir à l’intérieur de sa tête.

http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/11/17/864-je-suis-le-roi-du-monde