Mort de rire ! L’illustration parfaite du « faites ce que je dis, pas ce que je fais… » Dans la réalité Lamy dirige une organisation qui pille les pays pauvres, Lamy est le principal promoteur de l’inique Accord Multilatéral sur les Investissements, Lamy est à 100% pour le « laissez-faire » économique… mais voilà soudain qu’il se paye un petit frisson en s’affirmant « social démocrate ».

Les vrais sociaux démocrates doivent se retourner dans leur tombe…

[Magazine Challenges | 06.12.2007 ]

Directeur de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, un des fins observateurs de la mondialisation, réhabilite la critique marxiste du capitalisme.

Homme de gauche, directeur général de l’OMC, Pascal Lamy est au coeur de la mondialisation. Son sentiment ? Le marxisme, comme outil d’analyse du capitalisme moderne, reste pertinent. Sa conviction ? Il faut chercher des alternatives à ce même capitalisme.

Challenges. Comme l’ont écrit un certain nombre d’auteurs récents, Marx reste-t-il le meilleur penseur du capitalisme contemporain ?
Pascal Lamy. Le meilleur, non, parce que l’histoire nous a montré qu’il n’était pas le prophète que certains ont vanté. Mais il n’existe rien de comparable du point de vue de la puissance explicative sinon prédictive. Si l’on veut analyser le capitalisme de marché mondialisé d’aujourd’hui, l’essentiel de la boîte à outils intellectuelle réside dans ce que Marx et un certain nombre de ses inspirateurs ont écrit. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y a des tas de critiques à faire sur Marx, et il a été probablement meilleur philosophe et meilleur théoricien de l’économie qu’il n’a été penseur politique…

Que retenez-vous de Marx ?

Avant tout l’idée que le capitalisme de marché est un système reposant sur une certaine théorie de la valeur et sur la dynamique et les dérives qu’il peut générer. Un système où il y a des propriétaires du capital qui achètent le travail et des détenteurs de leur force de travail qui la vendent. Cette relation implique une théorie du profit qui découle d’une aliénation : le système a tendance à ce que les riches deviennent plus riches dès lors qu’ils accumulent du capital et les pauvres plus pauvres dès lors qu’ils ne sont détenteurs que de leur travail. Tout cela reste en gros vrai. Personne depuis n’a inventé une analyse de la même importance. Même la globalisation n’est qu’une étape historique du capitalisme de marché telle que Marx l’avait imaginée.

Mais à quoi bon critiquer le capitalisme. N’est-il pas admis par tous ?

Le capitalisme de marché est un système qui possède des vertus et des travers : efficience, inégalités, innovation, court-termisme… Sa financiarisation récente a brutalement changé l’équilibre laborieusement élaboré entre le capital et le travail. Les institutions développées pour protéger les travailleurs se sont trouvées de plus en plus inadaptées et inefficaces. D’où la priorité que j’ai donnée à l’objectif de maîtrise de la mondialisation lors de mon mandat de commissaire européen au Commerce. A l’époque, en 1999, cela avait surpris. Il faut écouter ceux qui parlent de modes de croissance alternatifs, ceux qui s’inscrivent contre cet énorme poids consumériste qui fait que tout est matérialisé, marchandise, contre ce système qui fait que les gens entrent en relation avec des symboles qu’on leur vend grâce aux médias et à Internet, mais n’achètent au fond que leur propre image à longueur de journée. Il y a une espèce de cannibalisme psychique là-dedans qui provoque des dérèglements. Beaucoup de gens sont malheureux parce qu’on les met constamment en comparaison avec leur voisin, avec une image d’eux-mêmes qu’on leur fabrique et qu’ils ne peuvent pas atteindre. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut continuer à chercher des alternatives et que la politique doit s’impliquer plus dans ces questions.
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