Subprime



[Addison Wiggin – Chronique Agora – 27/05/2008]

(Extrait du livre d’Addison Wiggin, Le Déclin du Dollar)

Une récession est un recul, un déclin du PIB, de l’emploi et du commerce. Il n’est pas étonnant de voir que la plupart des gens considèrent de telles forces économiques en termes de pertes d’emploi, ce qui n’est qu’un seul aspect de l’ensemble du tableau. Mais tout comme la récession a une signification large, il en va de même pour la reprise.

Par le passé, les récessions américaines résultaient d’une politique monétaire et de crédit stricte. Cela se traduisait par des difficultés à obtenir des prêts (surtout pour les propriétaires immobiliers et les petites entreprises). Un des symptômes d’une récession, c’était qu’on entendait les gens dire que leurs finances étaient « un peu justes ».

On entend rarement ce genre de choses actuellement. Pourquoi ? Parce que l’argent n’est plus « juste » de nos jours ; il a simplement de moins en moins de valeur. Les récessions à l’ancienne, et la politique monétaire stricte qui allait avec, forçaient les consommateurs et les entreprises à réduire leurs excès d’emprunts et de dépenses — ils devaient se serrer la ceinture. Ce changement de comportement finissait par rééquilibrer l’économie et le système financier. Moins recourir au crédit lors d’une récession est une forme de diète économique. Il faut maigrir, suite au resserrement monétaire, de manière à ce que l’économie puisse à nouveau entrer dans les pantalons moulants qu’elle portait l’été précédent. La plupart d’entre nous savent exactement ce que c’est, et ce que cela signifie.

Quelque chose a changé aux Etats-Unis. L’économie du pays est frappée d’obésité morbide, et ses citoyens ont abandonné depuis longtemps tout désir de perdre du poids. Ils achètent simplement des espérances de plus en plus grosses. Ils vivent dans une bulle.

Lorsque nous intervenons lors de conférences et parlons aux gens un peu partout aux Etats-Unis, nous sommes souvent surpris par le peu de connaissance qu’ils ont sur l’argent qu’ils mettent dans leur portefeuille. Depuis 1913 et l’approbation du Federal Reserve Act, le gouvernement fédéral a cédé à des intérêts privés le pouvoir sur l’argent qui lui a été expressément attribué par la Constitution. L’article I de la Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de battre monnaie et d’en réguler la valeur. Mais ce pouvoir a été délégué à la Fed, qui est, dans les faits, un cartel bancaire et ne fait pas partie du Congrès. Il ne s’agit pas là de politique ou d’économie ennuyeuse. En permettant à la Fed d’avoir ce pouvoir, les citoyens n’ont plus voix directe sur la manière dont la politique monétaire est décidée — non que cela soit très utile, de toute façon. La perte de l’argent sain — de l’argent adossé à un actif tangible, plutôt qu’à un procédé gouvernemental — est le déséquilibre principal affligeant le dollar.

Les passages du pic au gouffre constatés lors de récessions passées prouvent cet argument : les Etats-Unis ont modifié leur manière de prendre et perdre du poids économique, et ils ne retrouvent pas la santé comme avant ; quelque chose a radicalement changé et — comme dans des sables mouvants — le pays s’enfonce peu à peu.

Voilà pourquoi la crise du dollar est invisible. Personne ne veut vraiment s’y intéresser, et la Fed permet de l’ignorer en déclarant que tout va bien. Tant que les sociétés de cartes de crédit continuent de distribuer leurs rectangles de plastique et d’augmenter les plafonds des cartes, pourquoi s’inquiéter ? Voilà qui définit en une phrase le problème économique qui sous-tend l’effondrement du billet vert.

Un économiste balaierait ces changements d’un revers de la main, décrétant qu’ils sont cycliques, ou qu’il s’agit tout simplement du signe que, lors de la dernière reprise, la balance a penché du côté de la consommation — ce qui affecte l’issue du problème. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Si nous ne sommes plus prêts à accepter un resserrement monétaire comme une réalité indissociable de la partie baissière du cycle économique, comment pouvons-nous maintenir une croissance économique ? Combien en faudra-t-il ? Et que se passera-t-il lorsque les excès de dettes et de crédit, apparemment infinis, finiront par rattraper les Etats-Unis ?

(*) Addison Wiggin est le Directeur du Daily Reckoning, l’équivalent américain de La Chronique Agora. Mr Wiggin étudie, commente et écrit sur les marchés depuis plus de dix ans. Avec un master de philosophie de l’université de St John, il adopte un point de vue global et contrarien sur les marchés américains et mondiaux.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/AddisonWiggin.html


[La Chronique Agora – 20/05/2008]

Les derniers vendeurs sont en train de se faire lessiver — voilà une des rumeurs récurrentes depuis la publication des faux chiffres de l’inflation aux Etats-Unis mercredi dernier. Il s’agit de l’une des plus stupéfiantes opérations de falsification de l’indice des prix et de travestissement — à la soviétique — de la réalité économique de ces dernières années. Ce mensonge va cependant faire économiser des centaines de milliards de dollars à l’administration Bush d’ici les élections de novembre puisque ni les salaires ni les pensions de retraite ne seront revalorisés pour compenser l’effondrement bien réel du pouvoir d’achat.

Wall Street se réjouit bruyamment, avec en filigrane le même souci de véracité qui prévalait lors de la parution des comptes trafiqués d’Enron ou de Worldcom au début du XXIème siècle. Les initiés savaient que tout était faux mais ils savaient que les non-initiés — qui se ruaient vers la bourse les yeux fermés et le portefeuille grand ouvert — n’attendaient qu’un prétexte pour miser sur un avenir radieux.

Et ceux qui, hier, se préparaient à terminer les baissiers à coups de talon rageurs ont profité d’une statistique parfaitement anodine pour leur administrer le coup de grâce !

Ils ont feint de s’enthousiasmer sans retenue pour le rebond de 0,1% l’indice avancé des indicateurs économiques américains publié par le Conference Board. Compte tenu de la marge d’incertitude des modes de calculs hédonistes, ce tout petit 0,1% aurait aussi bien pu ne pas exister ou se transformer en -0,1% — qui aurait entériné un sixième mois consécutif de repli.

Vous nous objecterez que la marge d’incertitude aurait pu jouer à la hausse et déboucher sur une avance de 0,3%… soit ! Mais certains auraient eu des doutes — « trop beau pour être vrai » — et, de toute façon, il était prévu que Wall Street grimperait fortement hier alors que le week-end ne s’était achevé sur aucune mauvaise surprise géopolitique.

Nous sommes convaincus qu’en l’état actuel du rapport de force — totalement déséquilibré au profit des bulls, au détriment des bears — et deux mois jour pour jour après les planchers indiciels des 17 et 20 mars derniers, n’importe quelle justification saugrenue incitant à acheter du papier pouvait faire l’affaire. Le moment de tondre le troupeau, devenu majoritairement haussier, ne devrait plus tarder.

(…)

A tous ceux qui se laisseraient séduire par le climat de béatitude boursière actuelle, nous rappelons que la crise des subprime aux Etats-Unis est certes due à des excès d’avidité et d’aveuglement de nombreux intermédiaires financiers mais que cela ne retire rien au fait que l’épine qui a provoqué l’éclatement de la bulle immobilière à l’automne 2006, est l’envol du prix des carburants. Cet envol a eu une double conséquence destructrice : le début du cycle de resserrement des taux initié début 2005 — qui a renchéri le coût du crédit immobilier sans freiner la hausse des carburants — et l’érosion de plus en plus douloureuse du pouvoir d’achat des ménages américains. (suite…)


Le coût de la crise financière proche de 1 000 milliards de dollars, selon le FMI

[Le Monde – 08/04/2008]

Le Fonds monétaire international (FMI) a chiffré, mardi 8 avril, à 945 milliards de dollars (plus de 600 milliards d’euros) le coût de la crise financière actuelle pour le système financier mondial, dont 565 milliards générés par l’exposition des banques au secteur des « subprimes » (prêts immobiliers à risque).

« La crise a dépassé les confins du marché américain du subprime, pour toucher concrètement les principaux marchés immobiliers d’entreprise et d’habitation, le crédit à la consommation et le crédit aux entreprises« , a expliqué le FMI, dans son rapport semestriel sur la stabilité financière dans le monde.

C’est la première fois que l’institution financière internationale livre officiellement une estimation chiffrée des pertes globales des banques et autres établissements financiers dans cette crise née aux Etats-Unis. Mi-février, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, avait fait état d’estimations du Fonds évaluant à 400 milliards de dollars les pertes liées à la crise du crédit hypothécaire à risque américain. C’est ce chiffre qui ressort aujourd’hui, actualisé à 565 milliards de dollars. Le montant de 945 milliards de dollars inclut « d’autres catégories de prêts et de titres initiés ou émis aux Etats-Unis et se rapportant à l’immobilier commercial et au crédit à la consommation et aux entreprises », a précisé le Fonds dans ce rapport inhabituellement précis et sévère.

Le FMI et la Banque mondiale tiennent leurs assemblées de printemps les 12 et 13 avril à Washington, où ils examineront les développements de la crise financière. Lors de sa dernière assemblée, en octobre, le Fonds avait essuyé les critiques de plusieurs pays émergents, qui lui avaient reproché de n’avoir pas su anticiper la crise du crédit, apparue dans un pays riche, et d’en traiter les effets avec complaisance. « Le Fonds n’a pas eu grand chose à dire de constructif sur cette crise et a été très prudent dans ses recommandations et justifie cette prudence en arguant du caractère inédit des problèmes », avait notamment jugé le ministre des finances brésilien, Guido Mantega.

Mi-décembre, le nouveau directeur général de l’institution, Dominique Strauss-Kahn, avait annoncé une reprise en main du dossier. « Les événements survenus récemment sur le marché du crédit des pays développés ont montré que la stabilité financière nationale et internationale ne devait pas être considérée comme acquise », expliquait alors le FMI dans un nouveau programme de travail, dont l’échéance correspond à l’assemblée de printemps.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/04/08/le-cout-de-la-crise-financiere-se-rapproche-des-1-000-milliards-de-dollars-selon-le-fmi_1032439_3234.html


[Convergence des Causes – 5 avril 2008]

Le quotidien britannique The Independant titrait ce premier avril « USA 2008 : La Grande dépression ».  Une photographie d’une queue devant un magasin d’alimentation illustrait le nombre d’allocataires de bons d’alimentation en 2008 parvenu à 28 millions contre 26,5 en 2007. Ils n’étaient que 6 millions, il y a vingt ans à bénéficier de cette aide. Elle est actuellement donnée sous forme de carte de plastique créditée de 10 dollars et donne droit à effectuer des achats alimentaires auprès de détaillants. Mais l’inflation, alors même qu’elle est calculée par le Trésor en excluant les prix alimentaires et énergétiques, est en train de grimper suffisamment vite pour déprécier la valeur de la monnaie à l’intérieur du pays et réduire du tiers en quelques semaines ce que peut procurer une unité à 10 dollars.

Il n’existe aucun écho d’une émeute de la faim aux USA.

Au cours de toute l’année 2007 des manifestations contre l’augmentation des prix ont eu lieu au Maroc, Des révoltes ont eu lieu en Égypte tout récemment contre la cherté des denrées de première nécessité d’ailleurs souvent durement réprimées. En ce moment même ont lieu des émeutes dans des favelas de Rio de Janeiro dont il est rapporté par les medias occidentaux qu’elles ont déjà occasionné plus d’une dizaine de morts.

Le FMI est près d’annoncer son évaluation de la contraction de la croissance mondiale à 3,5% avec un taux de 0,5% pour les USA. Tous les indicateurs classiques de la récession sont bien présents simultanément au pays de l’oncle Sam : hausse du chômage, baisse de la consommation, contraction du crédit, perte de confiance des ménages et des entreprises.

Wall Street continue de caracoler, négligeant ces contingences désagréables.

Le Dow Jones et le CAC 40 se sont offert une remontée de plusieurs points plus qu’appréciable après le week-end pascal, faisant mesurer combien le comportement des investisseurs est totalement déconnecté de tout substrat réel. (suite…)


« Toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites » : voilà ce dont nous ne voulons plus. Mettre à bas cet article III-56 est le préalable à toute reconstruction des structures de la finance, c’est-à-dire à tout projet politique de sortie de la configuration présente du capitalisme. Si la présente crise nous en donne l’opportunité et la force, alors elle n’aura pas eu lieu pour rien.

L’économiste Frédéric Lordon estime que la crise actuelle, loin d’être un accident de parcours, est révélatrice des dysfonctionnements structurels de la finance dérégulée. Il est cosignataire d’une pétition réclamant la révision des traités européens qui interdisent aujourd’hui de contrôler les mouvements de capitaux.

Frédéric Lordon s’entretient avec Rosa Moussaoui pour l’Humanité, 21 mars 2008

De nombreux commentateurs et éditorialistes mettent la crise financière sur le compte d’une « folie » qui se serait emparée des marchés. Que pensez-vous de ces interprétations ?

La thèse de la « folie » vaut à peu près ce que vaut celle de « l’immoralité », c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intellectuelle ou l’entêtement idéologique puissent aller jusqu’à une telle nullité de pensée, spécialement au moment où les destructions – financières se produisent là, sous nos yeux, révélant leurs causes les plus évidentes. Le plus étonnant dans cette affaire ne tient presque plus aux événements eux-mêmes – pourtant ô combien spectaculaires ! – mais à l’acharnement de la croyance libérale et à la force du déni.

Si même des catastrophes de cette magnitude ne parviennent pas à dessiller l’escouade des « experts » et des précepteurs de service, on se demande quel degré de convulsion il faudra atteindre pour obtenir d’eux le premier doute… Il faut bien se mettre à leur place cependant : la « folie » et « l’immoralité », c’est tout ce qui leur reste avant d’en arriver à l’indicible mise en question, celle des structures. (suite…)


Cette contribution de Sam Smith est à rapprocher du lynchage médiatique en cours dirigé contre Jeremiah Wright par les « biens pensants » aux Etats-unis. Ce qu’on reproche à Wright, ce n’est pas de dénoncer le racisme ethnique « noir contre blanc », mais de dénoncer le « racisme social », riche contre pauvre… Comme le dit Sam Smith, la question de la classe sociale est le fruit défendu du débat politique en Amérique.

[Sam Smith – Undernews – 29/01/2008 – Traduction : Grégoire Seither]

John Edwards a quitté la course présidentielle… et soudain la majorité des analystes et commentateurs « de gauche » se retrouvent orphelins : ils n’ont plus personne sur qui exercer leurs préjugés de classe inavoués qui ont remplacé la discrimination mysogine et raciale parmi l’inteligentsia de ce pays.

L’abandon d’Edwards va permettre aux biens-pensants de choisir leur candidat en toute sérénité : quel que soit le candidat Démocrate pour qui ils opteront, ce sera un choix politiquement correct – une femme ou un noir, l’une diplomée de la Harvard Law School, l’autre diplomé de son équivalent à Yale. En bref, on va pouvoir voter pour des gens issus de notre serail.

J’ai l’impression d’être revenu aux débuts de l’admnistration Clinton. Vous l’avez probablement oublié, mais le cabinet initial de Clinton était composé de 77% de millionaires, largement plus que chez Reagan ou Bush. A Washington, les choix de Clinton passèrent comme une lettre à la poste. Clinton avait fait campagne en promettant que son équipe « aurait le visage de l’Amérique ». Et en effet, vu depuis Washington c’était le cas :  son équipe ressemblait à l’Amérique telle qu’on la voit à  Washington.

Il n’était pas nécessaire de corrompre ou de faire pression sur la presse pour cacher ce fait, la presse ne s’en était même pas rendue compte, tellement c’était normal pour elle. Pourquoi s’offusquer que Clinton prenne dans son équipe des gens que l’on fréquente tous les jours ?

L’une des principales illusions de l’intelligentsia de gauche, c’est qu’elle croit être immunisée contre les discriminations et les préjugés. Oh, oui, il est indéniable que les noirs, les femmes et les gays sont nettement mieux acceptés et pris en compte que ce n’était le cas il y a encore 40 ans. Par contre, si vous êtes pauvre, sans éducation, avec un gros bide, que vous possédez un fusil, êtes originaire du Sud et que votre principale lecture est la bible… alors là, vous verrez que la discrimination est encore là, et qu’elle est impitoyable. Les classes sociales et la culture ont remplacé la race et le genre dans la liste des cibles acceptables. (la suite) (suite…)


[The Washington Post – E. J. Dionne Jr – 17/03/2008 – Traduction : Grégoire Seither]
Je ne veux plus jamais entrendre mes amis conservateurs me dire combien les capitalistes sont des gens courageux et extraordinaires, combien les capitaines d’industrie méritent leur salaires à sept chiffres et combien il est important de débarasser l’économie privée de l’influence nocive de l’Etat .

Aujourd’hui les titans de Wall Street sont alignés sur le trottoir, à faire la manche, dépendants pour leur survie de la charité du contribuable.

Confrontés aux conséquences de leur incompétence et de leur gloutonnerie irrefléchie, ils pleurent pour qu’on vienne les sauver.

Ils frissonnent à l’idée de devoir affronter la bise glaciale et inhumaine de la jungle dérégulatoire dont ils vantaient encore les mérites il y a peu.

Il y a encore quelques semaines, l’Etat était un repoussoir pour ces grands noms de l’ultralibéralisme… aujourd’hui ils viennent s’y réfugier.

Car, voyez vous, nos grands prédateurs de la finance ont découvert qu’ils ne pouvaient plus se faire « confiance » – car aucun de ces grands stratèges ne sait plus ce qu’il a dans son portefeuille, tout le monde se doute bien que la majorité de ses actions et obligations est pourrie, mais de combien ? et jusqu’où ? Et à quelle planche de salut se raccrocher, quand on ne sait pas laquelle est pourrie et qu’on se doute bien que plus aucune planche n’est en mesure de supporter votre poids ?

En 1996, quand William Cohen était le Sénateur Républicain du Maine, il me dit un jour : « Cela fait tellement longtemps que les idéologues néolibéraux nous répètent que l’Etat est l’ennemi, que nous avons fini par accepter ce presupposé comme une vérité immuable.  Mais la vérité est que l’Etat est  votre ennemi tant que vous n’avez pas besoin d’un ami pour vous sortir du fossé. »

Et donc la grande opération de désembourbement commence… avec NOTRE argent.

Ce serait bien si Wall Street rabattait un peu de sa morgue et avait un minimum de reconnaissance… par exemple en incitant les riches à amputer un peu leurs profits pour payer une partie de la note. Ou au moins en reconnaissant que, pendant qu’ils spéculaient sans penser au lendemain, des millions d’Américains perdaient leur emploi et le couverture maladie.

Ca serait vraiment bien si l’aristocratie du 21è siécle pouvait se pencher un peu à la fenêtre de sa tour d’ivoire.  Ca serait bien… mais bon, je ne vais pas retenir me respiration en attendant que cela se produise.

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/03/17/AR2008031702154.html


[Paul Krugman – New York Times – 10/03/2008 – Trad. Grégoire Seither]

La chose de loin la plus effrayante que j’ai lue ces derniers jours est le texte d’un discours prononcé la semaine dernière par Tim Geithner, le président de la Federal Reserve Bank of New York. M. Geithner est allé aussi loin que pouvait aller un représentant de la « Fed » dans l’aveu de la sévérité de la situation et que nous sommes à deux doigts d’un effondrement du système financier. Pour comprendre la gravité de la situation, vous devez savoir ce que la « Fed » a fait l’été dernier et a été obligée de faire à nouveau à l’automne.

Jusqu’en Août dernier, l’adjectif favori de tous les représentants de la finance était « contenu« : on nous assurait que la situation était sous contrôle, les problèmes issus de la crise des ‘subprime’ étaient ‘contenus’ et ne s’étendraient pas aux autres marchés financiers et encore moins à l’économie dans son ensemble.

Mais peu de temps après, il y eut une véritable panique boursière. Les investisseurs ont retiré des centaines des milliards de dollars du marché des créances de trésorerie à court terme (Asset-Backed Commercial Paper – ABCP), un marché financier peu connu mais très important, par lequel transitent maintenant une grande partie des gestions de fonds opérées auparavant par les banques. Cette panique a ébranlé tout le système financier.

La « Fed » a réagi en alimentant les banques avec de l’argent frais, ce qui permit de calmer un peu les marchés, pendant quelques semaines. Mais très vite, en Novembre et Décembre dernier, la panique était de retour… encore plus forte qu’avant.

A nouveau, la « Fed » ouvrit le robinet des liquidités en direction des banques, cette fois par le biais d’un arrangement appellé « Term Auction Facility » (un nouvel instrument de refinancement à court terme). A nouveau, les marchés se calmèrent pendant quelques semaines.

Mais à nouveau, le répit n’était que temporaire. Le mois dernier, une nouvelle panique boursière a frappé un autre marché financier peu connu : celui des obligations à taux variables fixés par enchères hollandaises (Auction Rate Securities), lourd de 300 milliards de dollars. (suite…)


[Solidarite et Progres (Cheminade/Larouche) – 05/03/2008]

Au cours de la troisième semaine de février, en raison d’investissements spéculatifs dans les matières premières de base, et les banques centrales aidant, l’hyperinflation a reçu un coup de pouce significatif. L’or avoisinant les 1000 dollars l’once et le pétrole ayant refranchi le seuil des 100 dollars le baril, le prix du minerai de fer négocié le 19 février par le géant brésilien VALE a augmenté de 65% ! Or le prix payé par les trois grands producteurs asiatiques d’acier — Nippon Steel, JFE et Posco — est généralement considéré comme la référence pour le marché mondial. Les producteurs de fer et d’acier vont répercuter cette augmentation sur les consommateurs, qui payeront plus cher leurs voitures et biens de consommation durables, tandis que les prix dans le bâtiment, etc. ne pourront qu’augmenter.

Ce n’est un secret pour personne que les banques utilisent les injections constantes de liquidités que leur octroient les banques centrales pour spéculer frénétiquement sur les matières premières. Standard Poor’s s’attend à une augmentation cette année de plus de 20% de son indice de matières premières (SP GSCI), par rapport à son niveau de 80-85 milliards de dollars fin 2007. Par exemple, les 50 milliards de dollars mis à disposition par la Réserve fédérale lors de sa récente Term Auction Facility (un nouvel instrument de refinancement à court terme) ont été investis dans les marchés à terme des produits de base.

Entre-temps, avec les obligations municipales et publiques aux Etats-Unis, c’est un autre pan du système financier qui s’effondre. Tous les 7, 28 ou 35 jours, ces obligations sont mises aux enchères. Or le marché se trouve désormais « gelé », acculant les municipalités soit à offrir des taux d’intérêt astronomiques sur leurs obligations, soit à mettre une croix sur des programmes sociaux et d’investissement. Autrefois, les banques achetaient ces obligations puis en faisaient des « paquets » de titres qu’elles revendaient. Mais depuis la dégradation des assureurs d’obligations (monolines), le coût des assurances en cas de défaillance a tellement augmenté que du point de vue des banques, elles ne sont plus rentables.

Pour ne citer qu’un exemple : le taux offert par le Centre médical de l’université de Pittsburgh sur l’une de ses émissions d’obligations est passé de 3,5% à 17%, et il paie un surcoût de 500 000 dollars par semaine rien qu’en intérêts sur ses obligations ! Le Trésorier du centre, Tal Heppenstall, a déclaré à l’agence Bloomberg que son institution allait tenter de racheter 430 millions de dollars d’obligations afin de diminuer les pertes. « C’est scandaleux ! Notre notation de crédit est à AA. Nous n’avons pas besoin d’être financés par des usuriers. »

http://www.solidariteetprogres.org/article3878.html


[Grégoire Seither – IES News Service – 29/02/2008]

Le dirigeant de l’association anti-raciste Jesse Jackson a attiré l’attention sur ce qui semble avoir été une volonté délibérée des courtiers en crédits de pousser les clients Noirs et Latinos  vers des prêts immobiliers dits « à risque » (subprime), c’est à dire consentis à des ménages à la solvabilité fragile mais en échange de taux d’intérêt très élevés.

Quand un client Noir ou Latino se présentait pour un crédit immobilier, on lui vendait du « subprime », indépendamment de sa solvabilité. Alors qu’il aurait pu bénéficier d’un crédit aux taux normaux et aux traites modérées, il se retrouvait à payer un malus élevé, simplement à cause de la couleur de sa peau.

Aujourd’hui ces emprunteurs sont doublement floués  : ils ont payé des traites élevées, parfois pendant des années, et se retrouvent aujourd’hui à la rue, l’établissement préteur saisisant leur maison pour défaut de paiement . . . La banque, elle, est doublement gagnante. Elle a gagné de l’argent sur le dos de ces emprunteurs à travers des taux d’intérêt élevés et elle récupère la maison (même si celle-ci est fortement dévaluée, elle garde néanmoins une certaine valeur marchande).

Selon Jackson :

« Il fut un temps où on pratiquait le « red lining » (profilage) dans certaines banques. Si vous habitiez dans un certain quartiers, on ne vous prêtait pas d’argent. Aujourd’hui nous assistons à un « redlining » à l’envers. Si vous êtes Noir ou Latino, même si vous remplissez les conditions pour pouvoir bénéficier d’un crédit « prime », on va délibérément vous pousser vers des contrats « subprime ». Dans les deux cas, c’est une violation des lois anti-discriminatoires. »

Invité du Sommet économique de la « Rainbow PUSH Coalition » qui s’est tenu à Wall Street, en janvier dernier, Martin Gruenberg, vice-président de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a donné des chiffres qui illustrent cette constatation :

« En 2005 et 2006, plus de 50% de tous les crédits accordés aux Africains-Américain ainsi que plus de 40% des crédits accordés aux Latinos étaient des contrats « subprime » – comparez cela au fait que seulement 19% des crédits accordés aux Blancs étaient « subprime ».

Et quand on analyse les cas individuels des demandeurs de crédit, on se rend compte qu’un sixième seulement de ces contrats a été accordé sur la base de la solvabilité de l’emprunteur. Si vous êtes Noir ou Latino, vous payez automatiquement plus cher que si vous êtes Blanc »

Le New York Times s’est appuyé sur les données obtenues via la loi « Home Mortgage Disclosure Act » (qui permet d’obtenir les détails des crédits immobilier consentis). Son enquête montre que – à salaire et solvabilité égal – dans des villes comme New York, Boston, Washington et Philadelphie, les Africains-Américains et les Latinos sont deux à trois fois plus nombreux à avoir des crédits immobiliers subprime à taux d’intérêts élevés.

Dans un article publié en novembre 2007 , le New York Times a mené l’enquête dans deux quartiers résidentiels de la région de Detroit – l’un avec une population à 97 % blanche et avec un revenu moyen de 51 000 US$, l’autre avec une population à 97 % noire, avec un revenu moyen de 49 000 US$.  En 2006, 17% des crédits accordés dans le quartier Blanc étaient « subprime », tandis que dans le quartier Noir, 70% des crédits  accordés étaient « subprime ».

Le procureur général de l’Illinois Lisa Madigan a enfoncé le clou à l’antenne de la radio publique nationale :

« Un Africain-américain gagnant plus de 100 000 US$ par an avait plus de chances de se retrouver avec un crédit subprime à taux d’intérêt élevé, qu’une personne Blanche gagnant moins de 35 000 US$ par an. Il ne fait aucun doute que nous sommes en face d’une situation clairement discriminatoire« .

Le New York Times indique également que « environ 90 % des crédits subprime accordés entre 2004 et 2006 l’étaient avec des taux variables non cappés. Autrement dit, vous pouvez facilement voir doubler le montant d votre traite mensuelle. Et 70 % des crédit subprime comportent des pénalités en cas de remboursement anticipé – contrairement aux crédits « prime » dont seulement 2% comportent ce type de pénalité. . . « .

Pour Amy Wittman de la Coalition de défense des locataires :

« Non seulement on a floué les pauvres en leur faisant miroiter un statut de propriétaire mais en plus on profitait sur leur dos en leur facturant des taux d’intérêt  deux à trois fois plus chers que la normale.

Les crédits subprime ce n’est rien d’autre qu’un loyer déguisé, et en plus un loyer très cher. Vous n’êtes pas propriétaire de votre maison tant que vous n’avez pas fini de payer… et si vous cessez de payer, vous perdez votre maison, sans récupérer les intérêts très elevés que vous avez payé sur les traites. Quelle est la différence par rapport à un locataire ?

De plus, le locataire est protégé par la loi et ne peut être évincé en cas de faillite personnelle. Mais le « propriétaire » n’a pas cette protection et la banque peut venir lui saisir sa maison quand elle veut. »

A ce jour, plus de 2.2 millions de crédits immobiliser « subprime » sont déjà en défaut de paiement aux Etats-Unis, accompagnés à chaque fois de la saisie de la maison – c’est le plus fort taux de saisie depuis la Grande Depression des années 1930. A ce jour, la valeur totale des pertes est estimée à 164 milliards de dollars. . .

Sources :

THE NATION : Where Did The Water Come In ?  – http://www.thenation.com/blogs/edcut?bid=7&pid=287768

THE NEW YORK TIMES :  What’s Behind The Race Gap ? –  http://www.nytimes.com/2007/11/04/weekinreview/04bajaj.html?scp=1&sq=What%92s+Behind+the+Race+Gap%3F&st=nyt


[Forbes – 12/02/2008 – Trad. Contre-Info]

Le magazine Forbes décrit le scénario catastrophe d’effondrement généralisé du système financier que l’économiste Nouriel Roubini croit possible. La perte de la note d’excellence AAA accordés aux assureurs obligataires déclencherait un « tsunami, » pour reprendre le mot de Josef Ackermann, le patron de la Deutsche Bank, emportant tout sur son passage.

Acte I : les assureurs obligataires perdent leur note AAA

Les autorités de régulation New Yorkaises du secteur de l’assurance s’activent pour mettre en place, avec l’aide des banques, un plan de sauvetage des « monolines. » Roubini pense que cette tentative va échouer, et qu’il n’y a pas de plan B. Sans infusion de capital, les monolines vont perdre la note AAA qui leur est attribuée par les agences de notation. Les banques qui, comme Merrill Lynch ou Citigroup, ont souscrit auprès des monolines des assurances garantissant la valeur de leur portefeuille contre des pertes éventuelles, seraient alors contraintes de procéder à de nouvelles dépréciations, venant s’ajouter aux 140 milliards de dollars de pertes déjà enregistrées. Ces pertes pourraient totaliser 400 milliards pour les subprimes, et monter jusqu’à 1000 milliards dans l’ensemble du secteur financier. Roubini estime qu’une grande banque pourrait faire faillite.

Acte II : la contagion

Ces dépréciations ne serait pas cantonnées au secteur des emprunts subprimes, mais atteindraient bientôt les autres crédits, pourtant mieux notés, octroyés aux ménages considérés comme solvables, mais qui sont dans le rouge quand la valeur du bien immobilier, grignotée par le dégonflement de la bulle, devient inférieure à l’emprunt souscrit. Cette contagion s’étendra également de proche en proche à tous les compartiments de l’activité du crédit : l’immobilier commercial, les crédits autos, les crédits à la consommation, les crédits finançant les opérations de rachats d’entreprises, les obligations émises par les entreprises, et les produits dérivés.

Si les banques, les fonds d’investissement, et les courtiers essuient des pertes à hauteur de 200 milliards, cela se traduira par la disparition de 2 000 milliards de crédits qui ne pourront plus être octroyés par manque de fonds propres, selon une étude réalisée par Goldman & Sachs.

Roubini prévoit que, loin du découplage espéré entre l’économie américaine et le reste du monde, c’est au contraire à un « recouplage » auquel nous allons assister, au fur et à mesure que les pertes vont se répandre dans toutes les places financières mondiales, et tout spécialement en Europe. Les fonds souverains, ces fonds d’investissements créés par les états producteurs de pétrole et les pays en développement pour recycler leurs surplus de dollars, ne disposeront pas d’assez de capitaux pour à nouveau « jouer les sauveurs, » comme ils avaient accepté de le faire pour quelques grandes banques américaines au dernier trimestre.

Bien que la Fed ait baissé son taux directeur, le coût du crédit va augmenter, en raison de la hausse des « primes de risques » que les prêteurs vont exiger. Les bourses, le marché des matières premières, les actions des entreprises des économies émergentes vont souffrir, avertit-il. Les les investisseurs rendus méfiants vont retirer leurs capitaux des secteurs à risques. En 2008, le « cash sera roi, » affirme l’économiste.

Acte III : une récession prolongée

Roubini estime que les USA sont d’ores et déjà entrés en récession depuis le mois de décembre, et que celle-ci pourrait se prolonger au moins une année. Le ralentissement de la consommation se traduira par l’accumulation à l’excès de stocks d’invendus ( dans le secteur des biens de consommation durables et de l’automobile ) une faiblesse accrue du marché du travail, avec une baisse du nombre d’emplois et des salaires stagnants. Le prix des biens immobilier, qui a déjà fondu de 8% pourrait chuter encore de 20%, perdant au total 30% avant de toucher le fond.

Acte IV : la fin du système bancaire non régulé

Les banques sont piégées par les structures hors bilan, les SIV, qu’elles ont créées pour mettre en vente leurs crédits sous forme de titres sur le marché monétaire. Ce « système bancaire fantôme, » comme le nomme Roubini, n’a pas accès, contrairement aux établissements de dépôts, aux « prêts de dernier ressort, » accordés par les banques centrales en cas de manque de liquidités. Aujourd’hui, ce sont les banques qui les maintiennent à flot, mais lorsque, à court de fonds propres, elles cesseront de les refinancer, les investisseurs qui ont confié leurs fonds à ces établissements doivent s’attendre à perdre de l’argent.

Article original : http://www.forbes.com/free_forbes/2008/0225/036a.html


La crise est dans la capitalisme comme l’orage est dans la nuée (pour paraphraser Jaurès)… A ce titre la caricature ci-dessous résume à merveille toute l’affaire…

Le plus grand désastre depuis 1929

[Steven Pearlstein, Washington Post, 5 décembre 2007 – traduction ContreInfo]

« Si tout ceci ressemble à un château de cartes, c’est bien parce que c’en est un. Et il va s’effondrer, avec de sérieuses conséquences non seulement pour les banques et les investisseurs, mais aussi pour l’économie dans son ensemble. »

Selon le journaliste écossais Charles Mackay, les hommes deviennent fous en masse, mais retrouvent la raison un par un.

Nous en sommes seulement au début du processus qui verra le monde financier retrouver la raison après l’éclatement de la plus grande bulle du crédit que le monde ait connue.

Tout le monde semble admettre maintenant qu’il y aura de nombreux emprunts impayés et que le prix des logements va chuter nationalement pour la première fois depuis la grande dépression. Des prêteurs et des fonds d’investissement sont en faillite, et les banques ont procédé à de douloureuses dépréciations et viré leurs directeurs. Il y a également un large consensus sur le fait qu’une récession est à l’horizon.

Mais croyez moi, nous n’avons encore rien vu.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que, contrairement à ce que vous avez entendu le président Bush déclarer, il ne s’agit pas uniquement d’une crise de l’immobilier et des emprunts hypothécaires. Les géants financiers qui ont créé, packagé, noté et assuré tous ces emprunts subprimes, sont les mêmes, administrés par les mêmes dirigeants, touchant les mêmes primes, utilisant les mêmes techniques financières et de gestion du risque, que ceux qui ont créé, packagé, noté et assuré les emprunts du secteur de l’immobilier d’entreprise, des crédits de cartes de paiement et des crédits finançant le rachat d’entreprises.

Il est très peu vraisemblable que ces établissements aient fait un meilleur travail dans ces autres secteurs que dans celui des emprunts hypothécaires. Mais l’étendue de leurs erreurs de jugement ne sera révélée que lorsque l’économie ralentira – ce qu’elle va sûrement faire.

Au cœur de ce désastre en cours, se trouvent les Collateralized Debt Obligation (CDO) (produits obligataires structurés) qui ont été à l’origine du boom dans l’immobilier et le crédit au début des années 2000. Durant les dernières années, le marché des CDO a explosé, donnant lieu non seulement à des prêts hypothécaires, mais à une expansion de toutes les formes de crédit. Selon certaines estimations, l’en cours des CDO serait de près de 2 000 milliards.

(suite…)


Couverture du magazine FORTUNEKrugman : les banques sont devenues folles (traduction)
[Contre-Info – 3 décembre 2007]

Qu’ont-ils fumé ? demande le titre de la dernière couverture du magazine Fortune, au-dessus des visages des dirigeants des grandes banques américaines, et des montants qu’ils ont perdu. La réponse c’est qu’ils étaient sous l’emprise de la drogue habituelle : l’avidité.

par Paul Krugman, New York Times, 24 novembre 2007

« Qu’ont-ils fumé ? » c’est la question qui est posée en couverture du dernier magazine Fortune, accompagnée de photos de dirigeants de grandes banques récemment remerciés, et du montant de leurs énormes pertes. La réponse est, bien sûr, qu’ils étaient sous l’emprise de leur drogue habituelle : l’avidité. Ils ont tous pris des décisions socialement destructrices, encouragés qu’ils étaient par un système de régulation déficient, qui aurait dû être réformé dès les scandales d’Enron et de WorldCom, mais qui ne le fut jamais.

En fait, l’effondrement de Wall Street provient directement du grand plongeon de l’immobilier. Ce plongeon était prévisible et avait été prévu. J’avais écrit dès le mois d’août 2005 « Les américains se logent dans des maisons payées avec de l’argent emprunté aux Chinois. Cela n’est pas viable à terme ».

Alors que les alertes se succédaient, Wall Street a continué d’entasser des titres hypothécaires douteux. La plupart des investissements fautifs qui secouent aujourd’hui le monde financier semblent avoir été fait dans la frénésie finale de la bulle immobilière, ou même après que la bulle ait commencé à se dégonfler. Selon Fortune, Merrill Lynch a effectué ses plus gros achats de créances douteuses au cours de la première moitié de cette année, après que la crise des subprimes ait déjà été connue du public.

Maintenant que la facture arrive, tout le monde va devoir payer – sauf les responsables. Pourtant les pertes subies par les actionnaires de Merrill Lynch, Citigroup, Bear Stearns et autres ne sont pas les pires. En termes humains, bien plus importantes sont les centaines de milliers, peut-être les millions de familles américaines piégées dans des affaires d’hypothèque qu’elles n’ont pas comprises, et qui doivent maintenant faire face aux augmentations vertigineuses de leurs traites, avec dans beaucoup de cas, la perte de leurs maisons.
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Ventes forcées subprime

[Ayad Singh – IES News Service – 25/11/2007 – Trad. Grégoire Seither]
Les propriétaires paniquent, les bourses sont en émoi: la crise des marchés financiers entre dans sa deuxième phase – et elle pourrait être bien pire que la première. En Grande-Bretagne plus de 100 000 familles à faible solvabilité vont être contraintes de vendre leur maison car elles ne pourront plus en payer les traites. Aux USA ce sont près d’un million de foyers modestes qui vont devoir faire de même et se retrouver par conséquence à la rue.

Un article du « Times » de Londres, pourtant traditionnellement peu enclin à faire du catastrophisme financier, a mis le feu aux poudres en Grande-Bretagne : il rapporte les propos d’un expert de la Banque centrale pour qui dans la crise du crédit et de l’immobilier le pire est encore à venir pour des dizaines de milliers de propriétaires immobiliers en Grande-Bretagne. « Il y a une bombe retardement qui fait tic-tac sur le marché des crédits hypothécaires ». La raison ? De nombreux propriétaires à solvabilité moyenne ou faible vont très prochainement voir leur taux de crédit grimper de manière significative.

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[SecurityWatch – 22 novembre 2007]
Le marché européen interbancaire des obligations sécurisées est suspendu jusqu’au 26 novembre. Les cours de Freddie et Fannie, les deux principaux organismes de crédit immobilier US, ont plongé hier. Le premier assureur obligataire à chûter pourrait être ACA.

L’European Covered Bonds Council, organisme rassemblant les professionnels du secteur des obligations sécurisées, a publié le 21 novembre un communiqué annonçant la fermeture de ce marché jusqu’au 26 novembre.

« A la lumière de la situation et afin de d’éviter une accélération dans l’élargissement du spread, » les banques et les investisseurs recommandent « la suspension temporaire de ce marché. »

Le spread, ou écart de taux, est la valeur de la surprime de rémunération concédée par les emprunteurs en compensation des risques associés au titre.  Les obligations sécurisées [1] sont des titres adossés sur des flux de remboursement d’emprunt. les banques se financent en émettant ce type d’obligation, mais depuis le début de la crise des subprimes, devant la méfiance des investisseurs, elles se sont vues obligées d’offrir une rémunération de plus en plus élevée pour trouver preneurs.

Selon Bloomberg, le marché des obligations sécurisées s’élève à 2 800 milliards de dollars.


[L’expansion – 19/11/2007]
Les prêts à taux révisables accordés massivement aux ménages français depuis 2004 constituent une véritable bombe à retardement. Les néo-propriétaires aux revenus les plus modestes sont en première ligne.

Et si la France avait elle aussi ses subprimes ? Les prêts à taux révisables accordés massivement aux ménages français depuis 2004 constituent en effet une véritable bombe à retardement. D’après les calculs de Meilleurstaux.com, plus de 100.000 ménages pourraient être concernés par des hausses de mensualités pouvant atteindre 20%. Toujours selon leurs calculs, pour un prêt de 150.000 euros sur 30 ans, le taux d’intérêt devrait augmenter d’environ 2%. Résultat : les mensualités pourraient augmenter de 200 euros environ soit 8% des revenus des ménages.

La situation est d’autant plus explosive que les prêts révisables sont le plus souvent accordés aux ménages aux revenus modestes dont le taux d’endettement dépasse souvent 33% de leurs revenus et qu’ils s’étalent sur 30 ans. Ce qui rend impossible un allongement de la durée de d’emprunt qui pourrait alléger les remboursements. Certes, ce type de prêts a permis à de nombreux particuliers d’accéder à la propriété en permettant d’emprunter davantage alors que le prix de la pierre atteignait des niveaux exorbitants. Mais il est certain qu’un bon nombre d’emprunteurs ont été abusés par des commerciaux aux techniques troubles. Surtout en leur dissimulant que le loyer de l’argent au moment de l’emprunt se situait à un niveau très bas et qu’une hausse des taux était inévitable. Mais aussi en émettant de préciser qu’une hausse des taux entraîne mathématiquement une hausse des mensualités.

Alors que le nombre de dossiers de surendettement continue d’augmenter, malgré la loi Borloo de 2003, la pile n’a pas fini d’augmenter. Déjà 700.000 ménages étaient en cours de procédure de désendettement selon le baromètre de la Banque de France. Mais à regarder de plus près, le problème est encore plus important : 15% ménages français disent avoir des difficultés à rembourser leurs dettes, soit 7,5 millions de personnes.

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/vers-une-crise-des-subprimes-a-la-francaise_133271.html 


Vous lisez distraitement les nouvelles sur la crise du ‘subprime’ ? Comme la majorité des gens (et surtout des militants de gauche) les nouvelles économiques vous passent au dessus de la tête (sans parler du fait que les médias font tout pour vous endormir sur la question) ? Ce long article de Mike Whitney est une lecture indispensable ! Et merci à Petrus pour sa traduction, oeuvre de salubrité publique !

[ The Peoples Voice, – Mike Whitney, le 23 septembre 2007 – Traduction Petrus Lombard pour Alterinfo ]

Vous avez probablement vu les photos des clients mécontents faisant la queue à l’extérieur de la banque Northern Rock Bank attendant pour retirer leur argent. C’est la première grande ruée sur une banque britannique en un siècle. Elle a perdu un huitième de ses dépôts en trois jours. Ces images font les gros titres de l’actualité au Royaume-Uni mais elles ont été mises dans les dernières pages des journaux US. La raison en est évidente. Le même ouragan économique de force 5 qui a juste touché terre en Grande-Bretagne se dirige sur l’Amérique et gagne en force sur son chemin.

Lundi soir, essayant désespérément de conjurer une plus large panique, le gouvernement britannique a publié une promesse de circonstance pour les épargnants de Northern Rock selon laquelle leur argent était en sécurité. Le gouvernement essaye de trouver un acheteur pour Northern Rock.

Pas de doute, ça a bien une tête de bonne vieille ruée sur les banques comme à la grande époque. Et, comme en 1929, les propriétaires de banque et le gouvernement essayent désespérément de calmer leurs clients en leur assurant que leur argent est en sécurité. Mais la nature humaine étant ce qu’elle est, les gens ne sont pas aussi facilement calmés quand ils pensent que leur épargne est en danger. Le résultat des courses est que les gens veulent leur argent, pas des excuses.

Mais Northern Rock n’a pas leur argent et, étonnamment, ce n’est pas parce que la banque trempait dans les prêts à hauts risqués. Northern Rock avait plutôt adopté imprudemment le modèle du « prêter peu pour longtemps » en finançant ses hypothèques exactement comme beaucoup des principales banques US. En d’autres termes, elles dépendaient du financement de la vente en gros de leurs hypothèques par les investisseurs avides du marché, au lieu de la méthode traditionnelle consistant à garder suffisamment de capital pour soutenir les prêts sur leurs livres.

(suite…)


Désolé, mais c’est trop bon de lire des trucs pareils dans « Le Monde » :-)))
(qui nous disait encore la semaine dernière que tout allait mieux)

[Le Monde 07/09/07]
« Les comportements que nous avons observés au cours des sept dernières semaines sont identiques sous bien des aspects à ce que nous avons vu en 1998, dans le krach boursier de 1987, l’effondrement du prix des terres en 1837 et la panique bancaire de 1907. » L’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, a souligné, vendredi 7 septembre, la gravité de la crise financière née de la défaillance des prêts à risque – subprime – aux Etats-Unis.

Gniark !


Allez les militants des droits de l’homme ! Boycottez ces méchantes entreprises ! Effacez Yahoo de vos favoris ! Fermez vos listes de discussion Yahoogroupes ! Déconnectez-vous de MSN Messenger…. ahhhh, là tout d’un coup ça devient moins facile, hein ? 🙂

[La Tribune.fr – 24/08/07]
Yahoo et MSN signent un pacte d’autodiscipline pour les blogs Les deux portails Internet américains et d’autres hébergeurs de blogs ont signé cette semaine un pacte d’autodiscipline pour « protéger les intérêts de l’Etat chinois », par lequel ils sont « encouragés » à identifier blogueurs, permettant aux autorités d’identifier les cyberdissidents.

Reporters sans frontières, l’organisation de défense de la liberté de la presse, estime qu' »une nouvelle vague de censure et de répression risque de s’ouvrir » en Chine.

Pékin renforce son emprise sur l’Internet chinois. Après les moteurs de recherche et les sites Internet, le gouvernement chinois a obtenu des hébergeurs de blogs qu’ils signent un « pacte d’autodiscipline ». Une dizaine d’entreprises, dont les géants américains Yahoo et MSN, se sont ainsi engagés « à protéger les intérêts de l’Etat et du public chinois ».

http://www.latribune.fr/info/Chine–Yahoo-et-MSN-signent-un-pacte-d-autodiscipline-pour-les-blogs-~-ID999A32BBDE3381DFC12573410046BBCC


Edward Cahill, banquier star de Barclays Capital, spécialiste des montages financiers complexes, a disparu, nous informent les journaux londoniens The Sun et The Daily Mail. Ce financier chevronné avait créé plusieurs sociétés ad hoc, des « SIV Lite », comme on dit dans le jargon, au profit de la filiale dublinoise de la banque publique régionale allemande Sachsen LB.

Mr. Cahill a démissionné subitement de son poste jeudi dernier (comme l’a indiqué InvestmentNews, le 24 août), a quitté son bureau après avoir reformaté son ordinateur et n’a pas été revu depuis ni par sa famille ni par ses amis. La famille a lancé un avis de recherche.

Cette disparition, dans la foulée de la crise financière actuelle, rappelle celle du « trader » Nick Leeson, qui avait brutalement quitté son bureau à la Barings Bank de Londres après avoir perdu 830 million de Livres anglaises (1.60 milliards d’Euros).

Les moeurs ont changé par rapport à la grande époque des crachs, quand les banquiers ruinés se jettaient par la fenêtre de leur bureau quand leur portefeuille d’action s’effondrait. Ca avait plus de classe que d’aller se cacher dans un paradis fiscal ou de se tirer une balle dans la tête sur un parking de Leeds.


POURQUOI LA BOURSE S’EST-ELLE EFFONDRÉE HIER ?
PARCE QUE LA « FED » A PERDU SA LÉGITIMITÉ ?

Eric Janszen de l’excellent site itulip.com propose cette explication :

La presse financière attribue l’effondrement du Dow Jones d’hier (moins 280 point en une seule après-midi)  aux craintes des investisseurs que le recul des facilités de crédit et la baisse du marché immobilier puissent avoir un impact négatif important sur la « vraie économie ». Mais, si on prend la peine de regarder quand exactement la baisse a commencé, on se rend compte qu’elle coïncide avec la publication du compte-rendu de la réunion de la Banque Fédérale des Etats-unis.

Le PV de la réunion jusque-là confidentielle, début Août 2007 du Federal Open Market Committee a été publié en début d’après-midi, mercredi. Les bourses ont commencé à chuter peu après. Qu’est ce qui a paniqué les financiers ? Et bien le fait de lire que, il y a quelques semaines encore, le comité exprimait son espoir dans « un retour à des conditions plus normales de fonctionnement des bourses, sans qu’il soit nécessaire d’intervenir de manière prolongée ». Cela est en totale contradiction avec la décision hâtive, dix jours plus tard, de la Banque Fédérale, de relever les taux et de pomper des dizaines de milliards de dollars dans le système bancaire. Ce changement abrupt de stratégie signifie une seule chose : la Banque Fédérale a été prise en surprise, elle n’avait pas prévu le coup.

Le coeur, pour ne pas dire l’âme, de la position de la Banque Fédérale dans le système financier actuel réside dans un présupposé : la « Fed » est l’arbitre, elle est le magicien d’Oz, on peut lui faire confiance, elle ne se laissera pas prendre par surprise. Elle est le sel des marchés… si le sel perd son goût, qui le remplacera ? Si la Banque Fédérale a été prise de panique et a agi sous le coup de la panique (comme tout le monde s’accorde à le dire), est ce qu’elle est encore à la hauteur ?

Les boursicoteurs ont déjà voté… Avec leurs pieds.


Le capitalisme, c’est comme la criminalité, c’est increvable… et ça rebondit toujours. Comme le dit si bien : Noël Amenc, professeur d’économie à l’Edhec : « Il serait naïf de croire que le G7 ou le G8 pourrait imposer des règles aux hedge funds. Cela relève du fantasme. La plupart de ces fonds sont domiciliés dans des paradis fiscaux et échappent à toute réglementation. Les autorités qui décideraient d’interdire ne seront pas assez puissantes pour contrôler. Et il y a toujours un moyen de contourner les règles. » (Le Monde 21/08/07).

« GOLDFINGER » : L’homme qui valait plus de 70 millions de dollars

[Wall Street Journal / Le Monde – 20/08/07]

Mark McGoldrick était l’un des employés de Goldman Sachs les mieux payés : il gagnait près de 200 000 $ par jour, quelque 70 M $ par an. Mais ce n’était pas assez, explique le WSJ (http://online.wsj.com/article/SB118740076313301636.html). Surnommé « Goldfinger », il s’est spécialisé dans le rachat de dettes, notamment à l’occasion des crises financières en Asie ou à la suite des attentats de septembre 2001.

Mais il était moins bien payé que certains de ses collègues traders qui, eux, travaillent dans les hedge funds. Il a donc décidé de créer le sien. La crise financière actuelle ? Elle représente, pour lui, de nouvelles opportunités.

Le WSJ note d’ailleurs que le dollar devient une valeur refuge, du fait de l’importance de la dette américaine (http://online.wsj.com/article/SB118755805867802226.html?mod=hpp_us_whats_news) .


Vous comprenez rien à la crise du « sub-prime » ? Danny vous explique les dessous de l’affaire..

SUB-PRIME OU BIEN SUB-CRIME ?

[Danny Schechter – Mediachannel – 13/08/07 – Trad. Grégoire Seither]

Danny Schechter est le directeur de Mediachannel.org et le réalisateur du documentaire “IN DEBT WE TRUST: America Before The Bubble Bursts.” (Indebtwetrust.com).
(…)

Subprime crisis

Quand on lit la presse ces derniers jours, on ne peut manquer de réaliser que nous sommes encore une fois à l’orée d’un basculement médiatique. Un moment où soudain, la presse change de vocabulaire. Ce fut déjà le cas en Irak quand soudain la « guerre pour la libération de l’Irak » fut perçue pour ce qu’elle est, une occupation sanglante qui n’a rien apporté au peuple irakien, sinon le chaos et la mort.
Nous l’avons également vu avec la « Guerre contre le terrorisme », qui est de plus en plus perçue comme un gaspillage inutile de ressources ne contribuant en rien à réduire la menace terroriste.
Et nous l’avons vu lors des dernières élections présidentielles, quand soudain des médias respectables ont cessé de parler de « problèmes techniques lors du décompte des voix » et on osé utiliser le terme tabou de « fraude électorale ».

Aujourd’hui cette prise de conscience est lentement entrain de toucher la presse économique. Les médias commencent à voir la « crise du subprime » pour ce qu’elle est vraiment : l’effondrement d’un système criminel, équivalent aux arnaques de la pyramide qui avaient mis l’Albanie à genoux, dans les années 1990. Aujourd’hui, des millions de personnes à travers les Etats-unis risquent de perdre leur maison à cause des méthodes frauduleuses et criminelles des institutions financières, qui se présentent comme des acteurs respectables alors que pendant des années elles se sont comportées comme dans un casino : rafler la mise tant que ça dure, sans penser au lendemain.

Soudain, après des années d’enthousiasme dilettante et de paresse intellectuelle, les journalistes découvrent ce que les vrais économistes hurlent depuis des années : « la crise du crédit ». Pour l’instant les médias n’osent encore employer que des termes vagues, comme « décrochage » et « instabilité »… alors que les professionnels du marché parlent déjà d’apocalypse et regardent ébahis leurs portefeuilles s’évaporer.

Oui, évaporer, ce n’est pas moi qui le dis, c’est la banque BNP PARIBAS qui a gelé des milliards d’avoirs jeudi dernier en expliquant que « l’évaporation complète des liquidités dans certains segments du marché financier US rend impossible la cotation des valeurs. » Traduction : on est dans la merde.

(suite…)

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