Subprime



L’avidité n’ayant ni limite ni morale, les banques sont toujours à la recherche de nouvelles manières de plumer les pigeons… et c’est sans risque puisque les gouvernements se feront un plaisir de couper encore plus dans leurs budgets pour sauver une nouvelle fois les banques qui auront creusé leur propre trou…

Comment les banques offrent des produits dérivés aux particuliers… à leurs risques et périls

[Le Monde.fr | 24.07.2013 à 16h3 – Mathilde Damgé ]

Des profits potentiels gigantesques, vendus à grand renfort de brochures promotionnelles… Mais des risques à la mesure des paris engagés. Officiellement, l’arrivée des produits financiers autrefois réservés aux professionnels entre les mains des particuliers est un progrès. « Les CFD (contracts for differences) ont le vent en poupe. Non seulement ces produits font figure d’actifs de diversification aux actifs traditionnels, mais surtout ils démocratisent en toute simplicité les techniques de trading actif », s’enflamme ainsi Fabrice Cousté, qui dirige CMC Markets France.

Le CFD est l’emblème de cette « démocratisation » de la finance auprès des particuliers : c’est un produit dérivé, décrit la brochure d’IG Market (leader – britannique – du marché en France, avec le néerlandais Saxo Banque et l’américain FXCM), qui permet « d’acheter ou de vendre un actif financier sans jamais en être propriétaire, en n’immobilisant qu’une fraction de l’investissement total ». Les dérivés ne sont en effet que des titres adossés à des sous-jacents qu’on ne possède pas, c’est-à-dire finalement du papier.

400 FOIS LA « MISE »

Le CFD permet d’investir sur des marchés autrefois difficiles d’accès comme les devises, les indices (la variation du CAC 40 par exemple) ou les matières premières. Autant d’opportunités pour les boursicoteurs déçus par les mouvements erratiques des actions et le rendement faiblard des obligations.

Selon une étude réalisée par le cabinet de conseil Investment Trends en mai, le nombre d’investisseurs particuliers sur les CFD aurait progressé de 22 % dans l’Hexagone en 2012. Environ 20 000 « traders », dit l’étude, opéreraient sur ce marché après avoir ouvert un compte sur Internet auprès d’un courtier spécialisé.

Soit assez peu de personnes concernées, si l’on compare avec l’Allemagne et le Royaume-Uni (respectivement, deux et trois fois plus d’utilisateurs), mais beaucoup de risques potentiels tout de même si l’on suit la définition de l’atout majeur de ce produit : l’effet de levier, effet amplificateur des gains… comme des pertes ! (suite…)


Goldman-Sachs est l’illustration archétypique de ce que l’on appelle la « Synarchie » – mais gare à vous si vous osez le dire. On va vous traîter de tous les noms, « conspirationiste » étant le plus gentil, « confusioniste » le moins méchant, voire carrément vous accuser d’être antisémite…  car bon, le nombre de détenteurs de passeports israéliens ou de membres du Likoud au sein du Top-Management de Goldman-Sachs est assez ahurissant… mais chut !   Et c’est rigolo de voir les capitalistes boursicoteurs des Publications Agora se réveiller soudain et entonner des trompettes Marxistes…

GOLDMAN-SACHS VOUS DIT MERCI !

[Philipe Béchade – Publications Agora – Février 2014]

Vous savez ce que vous êtes, cher lecteur ? Un « guignol ». Un pantin, une marionnette à qui l’on refile « les actions et autres produits dont on essaie de se débarrasser parce qu’on considère qu’ils ne présentent pas beaucoup de potentiel de profit ».  Un « éléphant » qu’il faut « chasser » — en le persuadant de faire des trades inutiles et inadaptés… mais qui rapportent gros à celui qui vous les a conseillés.

Mais après tout, pourquoi pas ?

  • Quand on est l’une des cinq plus grosses banques des Etats-Unis…
  • Qu’on compte, comme nous le verrons dans quelques lignes, des amis dans les principaux gouvernements et autorités financières de la planète…
  • Qu’on a le pouvoir de gonfler des bulles mondiales puis de les faire exploser — et de s’en mettre plein les poches dans les deux sens…
  • Quand on prétend — avec le plus grand sérieux — faire « le travail de Dieu »…

… Pourquoi se fatiguer à prendre des gants ?

On ne présente plus Goldman Sachs, que vous aurez reconnu sans peine dans cette édifiante description.

« Mais », me direz-vous, « je ne suis pas client de Goldman Sachs. En quoi est-ce que tout ça me concerne ? »

Eh bien… vous êtes sur le point de découvrir la réponse à cette question. Je préfère vous avertir : préparez-vous à en apprendre un peu plus que vous le souhaiteriez sur le « linge sale » de la haute finance.

Avec Goldman Sachs (comme avec pas mal d’autres grandes institutions boursières, bancaires et financières), on n’est jamais au bout de ses surprises.

  • Des surprises pas très reluisantes.
  • Des surprises dans lesquelles sont mouillés un nombre ahurissant de grands intervenants politiques et économiques de la planète.
  • Des surprises qui vous ont coûté cher, comme nous allons le voir dans quelques lignes.

Vous pensiez tout savoir sur « GS » ? (Autant l’appeler par son petit nom, puisque nous sommes sur le point d’aller regarder d’un peu plus près ce qui se passe dans les cuisines…)  Vous vous trompiez. Mais avant d’aller plus loin… (…) : vous allez voir que même sans être client de GS… les opérations de la firme ont déjà coûté une somme considérable aux contribuables du monde entier — dont vous. (suite…)


on vous résume l’article : « parce que les accusés et les juges sont copains, voire interchangeables ». Et la conclusion ? « C’est comme ça, c’est scandaleux et on n’y peut rien ». Passez votre chemin con-tribuables et n’oubliez pas de payer la note !

[Paul Jorion – Le Monde 26/11/2013]

Dans un article daté du 12 novembre, intitulé : Why Have No High Level Executives Been Prosecuted In Connection With The Financial Crisis ?, le juge américain Jed Rakoff pose la question de savoir pourquoi aucun banquier n’a été poursuivi à la suite de la crise des subprimes, huit cent d’entre eux l’ayant été, par exemple, dans le sillage de la crise des Savings and Loan, les caisses d’épargne américaines, au milieu des années 1990. Le juge Rakoff souligne qu’il y aura bientôt prescription pour les faits commis et rappelle que le rapport de la commission consacrée aux subprimes : la Financial Crisis Inquiry Commission, évoquait des faits de fraude pas moins de 157 fois.

Alors que s’est-il passé ? Pourquoi cette absence flagrante d’inculpations? Rakoff formule trois hypothèses.

La première est que les régulateurs ont l’attention mobilisée ailleurs. De nombreux agents furent déplacés des services financiers pour traiter des questions de terrorisme à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Des restrictions budgétaires sont intervenues et les effectifs ayant été réduits, les agents encore en place préfèrent se consacrer aux questions faciles à résoudre ou déjà amplement documentées.

La seconde hypothèse est que d’éventuels inculpés se dédouaneraient en affirmant n’avoir rien fait d’autre que suivre les politiques préconisées par le gouvernement. Qui en effet a voulu déréguler la finance ? Qui a prôné la « Owners Society », le modèle de société où chacun est propriétaire de son logement, sinon le Cato Institute libertarien à la demande de George Bush ?

La troisième hypothèse du juge Rakoff est que l’attention des régulateurs s’est déplacée de la mise en cause d’individus vers celle de firmes : au lieu de punir, l’objectif est devenu prophylactique : modifier la culture de l’entreprise pour prévenir toute récidive. Un autre type de considérations est alors malencontreusement venu interférer avec un tel objectif : la crainte que la condamnation d’une firme ne mette en péril l’économie. C’est cela qu’évoquait l’Attorney General, le ministre de la justice américain, Eric Holder, quand il déclarait qu’« il nous est devenu difficile de poursuivre [des firmes] quand on nous fait comprendre que si nous les poursuivions – si elles étaient accusées de comportement criminel – cela aurait un impact négatif sur notre économie, voire même sur l’économie mondiale ». Si bien qu’au final, ni les firmes, ni les individus ne sont plus inquiétés.

Ce serait donc, si l’on comprend bien, au nom de l’intérêt général que les responsables de la crise des subprimes ne passeraient pas en jugement. (NdL&I – ha ha ha)

Or, en mettant l’accent sur la fraude, le juge Rakoff néglige d’autres facteurs ayant joué un rôle plus capital que celle-ci dans l’étiologie de la crise financière. Mentionnons-en trois : primo, la dérégulation (à laquelle Rakoff fait allusion dans sa deuxième hypothèse), secundo, la non-mise en application de règles votées ou leur sabotage ensuite et, tertio, le dédouanement des responsables de la crise, sous forme de non-lieux implicites ou d’amnisties de fait.

Le Glass-Steagall Act de 1933, qui séparait activités bancaires d’intermédiation et autres opérations, fut abrogé en 1999, son maintien aurait empêché que la crise des subprimes ne dégénère en tarissement du crédit en août 2007. Les deux architectes de cette abrogation furent Robert Rubin, Secrétaire au Trésor américain et Larry Summers, (NdL&I : que Obama voulait nommer à la Fed, le pompier pyromane en quelque sorte) son successeur à ce poste. Le maintien du Glass-Steagall Act interdisait la fusion envisagée de la banque Citicorp et de l’assureur Travelers. Ayant enclenché le processus de réforme, Rubin démissionna de son poste ministériel en juillet 1999. En octobre, il rejoignait Citigroup, produit de la fusion de Citicorp et de Travelers. Le mois suivant, le Glass-Steagall Act était abrogé.

Wendy Gramm, à la tête de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) de 1988 à 1993, interdit la réglementation des produits dérivés dans le secteur de l’énergie. Elle entra ensuite au comité de direction de la firme Enron, le principal bénéficiaire d’une absence de réglementation dans ce secteur.

Brooksley Born dirigea elle la CFTC de 1996 à 1999. Quand elle proposa une réglementation des produits dérivés, elle fut littéralement harcelée par une coalition composée d’Alan Greenspan, alors à la tête de la Federal Reserve, de Summers et de Rubin. Écœurée, elle démissionna. Dans un cadre réglementé, les CDO (Collateralized Debt Obligations) synthétiques, par exemple, qui précipitèrent l’effondrement financier de l’automne 2008, auraient été prohibés.

Un lobbying intense de la Mortgage Bankers Association, l’association des établissements accordant des prêts hypothécaires, empêcha que la loi votée en Caroline du Nord en 1999, interdisant les prêts sans amortissement (Interest Only) et les prêts à amortissement négatif (Pay Option), soit adoptée par d’autres États, ce qui aurait signifié l’arrêt de mort du secteur subprime au sein de l’immobilier résidentiel aux États-Unis.

Autant d’exemples de dérégulations et de sabotage d’éventuelles réglementations ayant permis le déclenchement de la crise des subprimes.

Enfin, dernière illustration, française celle-ci et d’actualité, celle d’un dédouanement des responsables de la crise sous forme de non-lieux implicites ou d’amnisties de fait, tel qu’on le trouve dans l’article 60 du projet de Loi des Finances 2014. Sous prétexte de défense de l’intérêt général, sous la forme très particulière de l’État garant de la banque en faillite Dexia, un projet de loi vise à attribuer à titre rétroactif un caractère légal aux « crédits structurés » vendus aux collectivités locales par Dexia et d’autres banques. Rappelons que ces contrats constituaient de véritables escroqueries puisque, présentés comme de simples prêts, ils transformaient en réalité les collectivités locales emprunteuses en assureurs des banques prêteuses, les couvrant pour des risques de change ou de taux auxquels elles pouvaient être exposées par ailleurs.

Le 14 novembre, Karine Berger (PS) déclarait en Commission des Finances : « Tout de même, si l’on adopte cette mesure, c’est l’ensemble des crédits actuellement accordés aux entreprises en France – soit 500 milliards d’euros environ – qui ne pourront plus faire l’objet d’un recours ! ». Charles de Courson (UDI) ajoutait : « Je maintiens que cet article [60] revient à blanchir des banques ayant commis une faute, ce qui n’est pas acceptable ». On ne peut mieux dire.

L’exonération des responsables de la crise financière a pris au fil des ans des formes multiples, toutes également scandaleuses.

http://www.pauljorion.com/blog/?p=60132


Si vous prenez la peine de relire certains des commentaires sur les différents articles que nous avons publié depuis 2007 sur la crise des « subprime », dans lesquels on nous traitait de « conspirationistes » parce que nous disions que cette crise n’était pas « la faute à pas de chance » mais bien une fraude délibérée et organisée…  aujourd’hui la preuve est là…

… et pourtant, AUCUN responsable bancaire de cette crise, qui a jeté des millions de personnes à la rue et englouti des centaines de milliards d’argent public, ne dort aujourd’hui en prison.

Un voleur d’autoradio risque plus qu’un voleur de milliards… c’est une leçon à retenir. « Greed is good »… surtout quand c’est le contribuable qui paye la note.

[Stéphane Lauer – Le Monde – 25/10/2013]

L’étau se resserre sur les banques américaines impliquées dans la crise des subprimes. L’une des plus importantes, Bank of America, a été reconnue, mercredi 23 octobre, coupable de fraude en vendant des titres hypothécaires aux organismes de refinancement Fannie Mae et Freddie Mac. C’est la première fois qu’une banque est jugée responsable dans le cadre de la crise des subprimes.

Un des visages de la crise des subprime... Rebecca Mairone - elle a sciemment organisé la vente de crédits pourris

Un des visages de la crise des subprime… Rebecca Mairone – elle a sciemment organisé la vente de crédits pourris

Un jury de la cour fédérale de Manhattan, à New York, a en effet estimé que Countrywide Financial Corp, une filiale de Bank of America, avait trompé les deux organismes parapublics en présentant ces actifs sous leur meilleur jour, alors qu’ils étaient en fait à hauts risques. « Presque un an, jour pour jour, après que nous avons porté plainte, un jury a unanimement estimé que Countrywide, Bank of America et une cadre supérieure, Rebecca Mairone, devaient être tenus responsables de prêts désastreux et de l’absence systématique de toute vérification » sur leur qualité, a commenté le procureur fédéral de New York, Preet Bharara.

Tout au long du procès, les procureurs fédéraux ont accusé la dirigeante de Countrywide d’avoir produit en série quantité de prêts immobiliers qui avaient d’infimes chances d’être remboursés. Le programme mis en place était surnommé « The Hustle », c’est-à-dire l’embrouille, ou encore la « High-Speed Swim Lane » ou « HSSL », la ligne de nage ultra-rapide. C’est un ancien cadre de Countrywide, Edward O’Donnell, qui a permis de découvrir le pot aux roses.

L’établissement traitait le contrôle de la qualité et de l’émission des prêts de façon expéditive, afin d’en accélérer la production. John Boland, un ancien employé de Countrywide, qui était cité comme témoin, a expliqué que les spécialistes des prêts HSSL n’étaient pas autorisés à rentrer dormir chez eux pour la nuit tant qu’ils n’avaient pas approuvé les crédits. Le témoin s’était plaint de ces méthodes à ses supérieurs à plusieurs reprises et avait trouvé « hallucinant » d’apprendre que deux employés qui avaient critiqué le procédé avaient été par la suite licenciés.

Un véritable travail à la chaîne, donc, où les employés pouvaient accorder un prêt par jour. Au total, 28 800 prêts ont été ainsi traités. Les délais de validation étaient passés soudainement de soixante jours à seulement dix jours. Lorsque ceux-ci ont dû être revendus par Fannie Mae et Freddie Mac, les pertes se sont élevées à 1 milliard de dollars (725 millions d’euros).

« VACHE À LAIT »

Bank of America conteste cette évaluation, ainsi que le nombre de prêts incriminés, et affirme que les pertes des organismes de refinancement parapublics ne dépassent pas 131 millions de dollars. « La décision du jury ne concerne qu’un seul programme de Countrywide, qui a duré plusieurs mois et qui s’est arrêté avant l’acquisition par Bank of America », s’est défendu un porte-parole de la banque, qui a indiqué par courriel que l’établissement envisage de faire appel du jugement.

Countrywide a été racheté par Bank of America en 2008 pour 4 milliards de dollars. Le programme « Hustle » avait été lancé en août 2007, c’est-à-dire juste au moment de l’explosion de la bulle immobilière. « Pressée de générer de l’argent facile sur des prêts immobiliers à la veille de la crise financière, Bank of America a racheté Countrywide, pensant qu’il avait avalé une vache à lait », a déclaré le procureur. « Ces bénéfices ont toutefois été obtenus par la fraude, a estimé le jury », a rappelé M. Bharara. Mais la « vache à lait » est en train de se transformer en cauchemar pour Bank of America. Le montant des amendes et des accords à l’amiable pour éteindre les poursuites s’élèverait à une cinquantaine de milliards de dollars, selon plusieurs analystes.

Tous les regards se tournent maintenant vers JPMorgan Chase, également soupçonné d’avoir émis des produits financiers adossés à des prêts hypothécaires toxiques à la veille de l’éclatement de la bulle immobilière en 2007. La vente de ces produits avait lésé Freddie Mac et Fannie Mae, qui ont ensuite dû être renfloués par la puissance publique à hauteur de 188 milliards de dollars.

JPMorgan est sur le point de trouver un accord avec la justice américaine pour stopper les poursuites civiles contre le versement de 13 milliards de dollars. Mais cette procédure laisse pendantes les charges criminelles, qui font l’objet d’une enquête menée par un tribunal de Sacramento (Californie).

Pour l’anecdote, Rebecca Mairone, l’ex-cadre supérieure de Countrywide, a ensuite été embauchée par JPMorgan, d’abord au département prêts immobiliers de la banque puis comme cadre administratif. Interrogé sur les conséquences de la décision de mercredi sur son avenir au sein de JPMorgan, un porte-parole a déclaré que l’affaire allait être examinée.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/24/bank-of-america-reconnue-coupable-de-fraude-sur-les-subprimes_3502211_3234.html


[Greg Palast – Vice Magazine – 22 Aout 2013  – révisé Septembre 2013 – Trad. Grégoire Seither – IES News Service]

Le Mémo 'End Game" de Larry SummersQuand un petit oiseau est entré par la fenêtre pour déposer sur mon bureau le Mémorandum « Partie décisive (End Game) », son contenu était tellement explosif, tellement tordu et malveillant, que je n’arrivais pas à croire que ce soit vrai.

Ce mémo est la confirmation de tous les phantasmes des obsédés de la conspiration : il prouve que, à la fin des années 1990, les hauts responsables du Trésor américain ont secrètement conspiré avec une petite cabale de gros bonnets de la finance pour totalement démanteler les mécanismes de régulation financière à travers la planète.

Aujourd’hui, quand vous voyez le résultat, 26,3 % de chômage en Espagne, le désespoir et la faim en Grèce, les émeutes en Indonésie et la ville de Detroit en faillite… toutes les pistes remontent à ce mémorandum « End Game » (Partie décisive), elle est la genèse de tout ce sang et ces larmes.

Le fonctionnaire du Trésor américain qui a organisé en secret cette partie décisive avec les gros bonnets de la banque était Larry Summers.

Larry Summers était le premier choix de Barack Obama pour devenir le président de la Réserve fédérale américaine, qui joue d’une certaine manière le rôle de banque centrale de la planète. (NdT. Suite aux pressions de l’opinion publique y compris au sein du Parti Démocrate, Obama a du reculer et abandonner la candidature de Larry Summers) Si cette note confidentielle est authentique, alors Summers ne devrait pas être assis dans le fauteuil de Président de la Fed, il devrait être enfermé pour un bon bout de temps dans un sombre donjon, réservé aux aliénés criminels du monde de la finance.

Or il s’avère que ce Mémorandum est parfaitement authentique (original PDF ici).

J’ai du prendre l’avion et me rendre à Genève pour obtenir confirmation et obtenir, à l’arrachée, une réunion avec le Secrétaire général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy (NdT: pressenti pour être le prochain Premier ministre de la France.)

Lamy, le généralissime de la mondialisation, a tenté de me rassurer :

« Détrompez vous, l’OMC n’est pas une sombre cabale de grandes entreprises multinationales, se réunissant en secret pour conjurer des plans néfastes contre les peuples… Il n’y a pas de réunions avec des gros et riches banquiers cinglés, fumeurs de cigares, pour négocier des coups. »

C’est à ce moment là que je lui ai montré le Mémorandum.

La note commence avec la rappel, de la part du larbin de Larry Summers, Timothy Geithner, qui dit à son patron qu’il ne doit pas oublier d’appeler les pontes de la finances afin d’organiser une réunion et placer leurs armées de lobbyistes en ordre de marche :

«A l’heure où nous entrons dans la partie décisive des négociations sur les services financiers à l’OMC, je pense que ce serait une bonne idée pour vous de prendre contact directement avec les PDG … »

Afin d’éviter à Summers d’avoir à appeler son bureau pour obtenir les numéros de téléphone (ce qui, selon la loi américaine, devrait être consigné sur les registres publiquement consultables), Geithner a la gentillesse de fournir les lignes privées directes de ceux qui étaient, à l’époque, les cinq PDG les plus puissants de la planète. Les voici :

  • Goldman Sachs: John Corzine (212)902-8281
  • Merrill Lynch: David Kamanski (212)449-6868
  • Bank of America: David Coulter (415)622-2255
  • Citibank: John Reed (212)559-2732
  • Chase Manhattan: Walter Shipley (212)270-1380

Lamy avait raison au moins sur un point: ces mecs là ne fument pas de cigares.

Allez-y, appelez ces numéros pour voir. C’est ce que j’ai fait en tout cas et, sans surprise, de l’autre côté j’ai entendu la voix de John Reed, tout content de recevoir un coup de fil de son vieux copain. Le ton de sa voix est devenu un peu moins chaleureux quand il a compris que ce n’était pas Larry Summers au bout du fil. (A noter: Les autres numéros ont été rapidement déconnectés. Et Corzine ne peut plus être joint au téléphone, il est sous investigation de la justice pour fraude.)

Mais, ce qui est horripilant, ce n’est pas le fait que Summer et les bankster se réunissent en secret pour préparer leurs petites opérations. Le véritable horreur, c’est l’objectif visé par cette « Partie décisive »

Laissez moi vous expliquer : (suite…)


L’affaire du meutre de l’Aube Dorée – Larry Summers et le nouveau fascisme
[Greg Palast – Truthout – Lundi, 7 Octobre 2013 – Traduit par Grégoire Seither]

Le 18 Septembre, l’artiste hip-hop Pavlos Fyssas, alias Killah P, a été poignardé devant un bar à Keratsini en Grèce.

Larry Summers a un alibi 100% étanche. Mais moi je n’y crois pas.

Ce n’est pas Larry qui tenait le poignard: Le tueur a avoué – c’est un militant zinzin de l’Aube Dorée, un parti politique composé de sociopathes skinhead et tarés, fabriquant de peurs, anti-immigrés, anti-musulmans, antisémites, anti-albanais et autres ultranationalistes ras-du-bulbe. C’est une sorte de Tea Party à la Grecque.

A la suite de l’assassinat de Fyssas, les autres groupes de marginaux dangereux et psychopathe, à savoir l’Union européenne et le gouvernement Grec ont décidé d’interdire la le parti « Aube Dorée ».

Au cours du week-end, le pouvoir Grec a arrêté six députés de l’Assemblée nationale grecque, membres de l’Aube Dorée. Il semblerait que les dirigeants politiques en Grèce ont opté pour une démocratie telle que définie par le Général Al Sisi en Egypte plutôt que celle gouvernée par les préceptes d’Aristote et de Thomas Jefferson.

Message à mes amis de la Gauche en Grèce: cela me rend malade de vous voir vous réjouir de l’arrestation des députés de l’Aube Dorée.  Notez bien ce que je vais vous dire : vous êtes les prochains sur la liste.

Voilà pourquoi vous ne devriez pas vous réjouir trop vite :

Mon enquête révèle que derrière l’interdiction du parti « Aube Dorée », outre l’habituel mépris européen pour les préceptes démocratiques, il y a quelque chose de bien plus sinistre: les partis au pouvoir amusent la galerie afin de détourner l’attention du public de leur propre implication dans le crime. (suite…)


[Greg Palast – TruthOut – 27/08/2012 – Traduction: Gregor Seither pour IES News Service]

La convention républicaine ouvre ses portes avec le discours d’un homme « qui devrait être en prison »

Cet article est basé sur les enquêtes publiées dans le nouveau livre de Greg Palast, « Billionaires & Ballot Bandits: How to Steal an Election in 9 Easy Steps  » (Milliardaires et Bourreurs d’urnes: Comment voler une élection en 9 étapes faciles – avec un avant-propos de Kennedy et des illustrations par le caricaturiste Ted Rall.

« Tim Griffin devrait être en prison. » C’est la conclusion de l’avocat des droits civiques Robert F. Kennedy Jr. après avoir passé en revue les preuves que je lui ai demandé d’examiner.

Mais Griffin n’est pas en prison: il est au Congrès. Et mardi, il sera le premier membre du Congrès choisi par le Parti Républicain pour ouvrir les débats lors de leur convention nationale.

On pouvait s’y attendre, je n’ai pas vu un seul article dans la presse américaine faisant mention du fait que, en 2007, Griffin a démissionné précipitamment du Ministère de la Justice, étant tombé en disgrâce, juste avant ce qui aurait pu (aurait dû) être sa mise en examen.

Selon Kennedy quelques autres personnalités devraient rejoindre Griffin dans le box des accusés: pour commencer, il y a aussi le patron de Griffin, l’homme que George W. Bush surnommé la « Fleur de Crotte » (Turdblossom) : Karl Rove.  Mais ce n’est pas la seule fleur odoriférante, il y a également Matt Rhoades, l’assistant de Griffin à l’époque.  Rhoades n’est pas en prison non plus. Il est le directeur de campagne du candidat à la présidentielle Mitt Romney.

Kennedy a analysé une enfilade d’e-mails hautement confidentiels que nous avons pu récupérer depuis l’intérieur du siège du Comité National Républicain à Washington. (Et si vous vous posez la question de savoir comment nous avons fait pour mettre la main sur les courriers électroniques privés de certaines sommités de la campagne électorale des Républicains, et bien c’est une autre histoire. Par contre, je peux vous certifier que ces mails ont été envoyés directement depuis l’ordinateur de Tim Griffin. Rove, qui est expert en informatique, se garde bien d’avoir un ordinateur qui lui soit attribué personnellement).

« Ce qu’ils ont fait est tout à fait illégal et ils le savaient mais ils l’ont fait quand même», m’a dit Kennedy.

Ce qu’ils ont fait s’appelle « voter caging », épurer les listes électorales des électeurs soupçonnés de ne pas voter dans le bon sens. Le Comité National Républicain a envoyé par milliers des lettres à des soldats, en recommandé, avec la mention « NE PAS FAIRE SUIVRE ». Quand ces lettres sont revenues sans avoir été remises au destinataire, les Républicains ont prévu d’utiliser ces enveloppes « épurées » comme preuve que l’électeur n’habite pas dans son district électoral et que donc son vote est « frauduleux » — puis ils annuleraient son vote.

Ainsi, un soldat stationné en Irak verrait son vote par correspondance invalidé — et il n’en saurait rien. (suite…)


Le gouvernement U.S. a réussi à trouver 9 000 milliards de dollars en quelques semaines pour sauver les banques… mais quand on demande plus d’argent pour les écoles, ou pour la santé, ou pour la société… alors là on vous dit « y à pas de sous, ma bonne dame ! ».

[Eric Fry – La Chronique Agora – 17/12/2010]

La vérité sur les renflouages de la Fed

Si WikiLeaks fait la une de tous les journaux, votre correspondant californien considère que les « Icky-Leaks » (les émissions dégueulasses) émises par la Réserve fédérale sont beaucoup plus intéressantes — on a en effet appris que la Fed a distribué des milliers de milliards de dollars sous le manteau en sauvetages d’entreprises et garanties au cours de la crise de 2008 et début 2009.

Grâce à une habile clause dans la loi de réforme Dodd-Frank, la Fed a été obligée de tout déballer sur ces détails embarrassants. Le 1er décembre elle a publié une liste exhaustive et détaillée d’entreprises ayant bénéficié d’un sauvetage, ainsi que des sommes que chacune a reçu.

Selon The Nation, « le document confirme que les 700 milliards de dollars du département du Trésor consacrés au sauvetage des banques… et votés dans une loi sous l’ère du président George W. Bush en 2008, n’étaient en fait qu’un petit acompte d’un ‘sauvetage déguisé’ secret qui a vu la Fed fournir environ 3 300 milliards de dollars en disponibilités de trésorerie et plus de 9 000 milliards de dollars en prêts à court terme et autres arrangements financiers ».

Bernanke s’est violemment opposé à ces révélations… pour des raisons évidentes. En effet, celles-ci révèlent la relation trop intime entre la Fed et Wall Street. Elles mettent également en lumière une sorte d’arrogance institutionnalisée : la Federal Reserve sait ce qui est le mieux pour nous même si nous ne le savons pas nous-mêmes… ou si nous ne la croyons pas. (suite…)


[Le Monde – 8/12/2010]

En son temps, la Farm Security Administration avait engagé des photographes pour documenter les effets de la Grande Dépression américaine des années 1930. Des grands noms de la photographie comme Dorothea Lange ou Walker Evans en avaient tiré un portrait devenu iconique de la crise et de ses victimes. Cette période a grandement influencé les photographes américains jusqu’à aujourd’hui et les a poussés à se pencher avec acuité sur les problèmes sociaux de leur pays.

Un collectif de photographes de renom (Anthony Suau, Danny Wilcox Frazier, Stanley Greene, Brenda Ann Kenneally, David Burnett…) s’est lancé sur la trace de ces glorieux aînés pour dresser le portrait d’une Amérique où les effets de la crise financière se font toujours sentir. Deux ans après la chute des grands noms de Wall Street, les anonymes de “Main Street” (la classe moyenne, les petits commerçants, les ouvriers…) souffrent encore, disent leurs photos.

Le nom du collectif, Facing Changes, a des accents prophétiques. Il semble dire que plus rien ne sera comme avant en Amérique, que même ceux qui se relèveront de cette crise ne seront plus les mêmes, car entretemps ils auront vendu leur maison ou seront passés par de longues périodes de chômage.

D’apparence durs, les sujets sont en réalité souvent traités avec beaucoup de délicatesse, selon le style de chaque artiste. Ainsi Brenda Ann Kenneally dresse-t-elle des portraits forts mais sensibles de familles de marginalisés par la crise, comme celle des Rubert en Louisiane. A Detroit, Anthony Suau se penche lui surle travail de la Banque alimentaire dans un très classique noir et blanc, quand Lucian Perkins propose une approche très artistique, presque plasticienne, de l’obésité.

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2010/12/08/photo-un-collectif-photo-documente-les-effets-de-la-crise-aux-etats-unis-facing-changeorg/#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20101208-[zonea]


En route vers le précipice

[Bill Bonner – Chronique Agora – 06/12/2010]

▪ Le problème, avec le système financier actuel, avons-nous dit à un reporter de Bloomberg, c’est qu’il est basé sur la fraude.

A la base, on y trouve la devise papier — qui est elle-même une forme de tromperie. Elle fait semblant d’être de l’argent réel. Ce qui est vrai — dans le sens où on peut l’utiliser pour acheter des choses. Mais elle a tendance à mentir. Tout ce que les autorités ont à faire, c’est d’actionner la planche à billets : elle vous dira que vous êtes bien plus riche que ce que vous êtes vraiment.

Cette sorte de sottise dure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les autorités américaines, entre autres, ont systématiquement augmenté la quantité de devise papier… menant les gens à croire qu’ils avaient plus de pouvoir d’achat qu’ils n’en avaient vraiment. Aujourd’hui, un dollar ne vaut plus que 3% de ce qu’il valait il y a 100 ans.

Mais ce n’est que le début de l’escroquerie. Les autorités ont également systématiquement sous-valorisé le crédit — convaincues que la clé de la prospérité réside dans le crédit et les dépenses de consommation, plutôt que dans l’épargne et la production.

Le système a ses architectes et ses opérateurs — tous des escrocs et des charlatans. Ils font semblant de pouvoir gérer la devise et l’économie. Pourtant, ils ne comprennent pas comment fonctionnent les éléments les plus basiques d’une vraie économie. La richesse ne naît pas de la consommation… elle naît de la production.

Les gestionnaires affirment pouvoir manipuler si bien l’économie qu’ils peuvent améliorer ses performances… En d’autres termes, selon eux, ils peuvent faire en sorte que l’économie se comporte mieux qu’elle ne le ferait seule… mieux qu’elle a fonctionné naturellement ces 2000 dernières années. En éliminant les retournements cycliques, les autorités nous ont dit que nous serions tous plus riches… et libres de la volatilité qui nous affligeait jusqu’à maintenant.

▪ Les dirigeants bidouillent et simulent donc… improvisant… et inventant au fil des événements. Ils augmentent les taux… puis les baissent. Ils introduisent plus de devise papier quand ça leur convient, et changent les règles bancaires selon ce que suggèrent leurs théories.

Quand il se passe quelque chose de « mauvais » — défini comme une chose qu’ils n’apprécient pas, ils se précipitent pour régler le problème. Mais avec quoi peuvent-ils le faire ? Un peu de sparadrap monétaire. Un peu de fil de fer budgétaire, aussi.

Leurs remèdes ne sont pas entièrement aléatoires ou hasardeux. Ils sont biaisés — vers plus de crédit, plus de dépense, plus de liquidités et plus de spéculation. S’ils resserrent les taux un mois, ils les desserrent ensuite pendant deux mois. S’ils enregistrent un surplus dans les comptes de la nation une année, ils enregistrent des déficits durant les cinq suivantes.

Peu à peu, de plus en plus de dette, d’erreurs, de mauvais jugements et de spéculations insensées s’accumulent. Puis les autorités se retrouvent sous pression… passant d’une crise à une autre… fournissant du crédit à un zombie… un renflouage à un autre… et de la viande crue à un troisième.

Puis, soudain, la discipline et les contraintes qu’elles s’imposaient cèdent comme une corde usée. Les banques centrales et les autorités financières prennent alors le mors aux dents… s’abandonnant aux trucages et à la fraude inhérents à leur profession. La Banque centrale européenne annonce qu’elle fournira « des liquidités illimitées » à ceux qui en ont besoin pour lutter contre une crise de la dette sur le Vieux Continent. Dans le Nouveau Monde, la Banque de Ben Bernanke renfloue déjà des grandes banques en Amérique du Nord en plus de celles de l’Europe. Et partout, les autorités sont prêtes à se soutenir les unes les autres… et à financer le FMI… avec encore plus de monnaie papier et de crédit…

… tous tentant désespérément de maintenir l’intégrité du système.

Et les voilà bras dessus-bras dessous — la Fed, la BCE, l’Europe et les Etats-Unis… sans oublier le Japon et la Bank of Japan. En route… vers le précipice.

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html


[La revue de presse de Pierre Jovanovic – 15/08/2010]
Paul Krugman, le prix nobel et éditorialiste du NYTimes a publié un article qui aurait dû être repris par toute la presse européenne. Rien. A la une du journal, il explique que les Etats sont en train d’éteindre leurs lumières et de fermer les routes qu’ils ne peuvent plus entretenir faute de moyens:

« The lights are going out all over America — literally. Colorado Springs has made headlines with its desperate attempt to save money by turning off a third of its streetlights, but similar things are either happening or being contemplated across the nation, from Philadelphia to Fresno« . Pendant que les vampires des banques se mettent des millions dans leur portefeuille, le système urbain part en c… selon l’expression populaire.

Kruggman insiste sur que le fait que certaines routes sont même « dépavées »: « Meanwhile, a country that once amazed the world with its visionary investments in transportation, from the Erie Canal to the Interstate Highway System, is now in the process of unpaving itself: in a number of states, local governments are breaking up roads they can no longer afford to maintain, and returning them to gravel« .

Vous voyez à quel point notre presse nationale est muselée, ou aveugle, au choix. « Teachers are being laid off; programs are being canceled; in Hawaii, the school year itself is being drastically shortened. And all signs point to even more cuts ahead« .

Le plus sidérant avec les Américains est qu’ils ne se révoltent pas de voir leur pays détruit par le plus grand hold up jamais réalisé sur le peuple par une poignée d’oligarques.

http://jovanovic.com/blog.htm


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

A partir des années 1980, et de façon plus marquée à partir de 1990, la proportion de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté dans le monde a commencé à régresser. Si l’on calcule le PIB moyen par habitant (exprimé en parité de pouvoir d’achat) de chaque pays, et qu’on le multiplie par le nombre d’habitants de ce pays, il s’avère que l’écart entre les pays les plus pauvres et les pays les plus riches régresse sur la période. Cette donnée est souvent présentée comme un des succès majeurs de l’économie ouverte de marché : des millions de Latino-Américains, de Chinois, d’Indiens et d’autres Asiatiques ont pu constituer une classe moyenne dont le niveau de vie se rapproche de celle de l’Occident. Cela prouverait que le marché est l’instrument de création de richesse et d’allocation des ressources le plus efficace.

A Cambridge, Branko Milanovic (université de Maryland), qui dirige un programme de recherche de la Banque mondiale sur les inégalités, a proposé deux autres lectures de ces statistiques. Dans la première, si l’on se limite à comparer les PIB moyens par habitant de chaque pays (donc sans multiplier par sa population), il s’avère que c’est au contraire un phénomène de divergence entre pays riches et pauvres que l’on observe entre 1980 et 2000. Cela manifesterait le fait que, dans l’économie mondialisée, les inégalités de revenus tiennent moins à l’appartenance à une classe sociale qu’au pays de naissance, selon la place que celui-ci occupe dans la chaîne mondiale de la production. Comme l’indiquait le financier George Soros, « la rigueur et l’austérité économique sont imposées à la périphérie, mais les bulles spéculatives bénéficient au centre ». Du moins jusqu’à ce qu’elles éclatent.

Cependant, à partir de 2000, cet indice des inégalités entre pays tend à diminuer, confirmant la convergence. Intervient alors un troisième mode de calcul, qui répartit la totalité de la population mondiale sur l’échelle des revenus. La divergence est alors encore plus forte. Ainsi, le niveau de revenu des 1 % de Brésiliens les plus riches est équivalent à celui des 10 % des Américains les plus riches, mais celui des 5 % de Brésiliens les plus pauvres est équivalent à celui des 5 % d’Indiens les plus pauvres. Ou encore, les bonus versés par Goldman Sachs équivalent aux revenus des 224 millions de Terriens les plus pauvres, et les revenus des 1 % de Terriens les plus riches à ceux des 4,275 milliards les plus pauvres. Or les travaux présentés par Kate Pickett (université de York) montrent que la quantité de personnes rencontrant des problèmes sociaux ou de santé dans un pays donné n’est pas corrélée au revenu moyen de ce pays, mais aux écarts entre les revenus.

« La peur d’avoir à partager »

Pour James K. Galbraith, qui dirige l’University of Texas Inequality Project, « les inégalités ne sont pas les conséquences microéconomiques des déséquilibres ; elles en sont la cause macroéconomique ». En effet, le gonflement des bulles de crédit dans les pays riches, la course aux exportations menées par les émergents – et l’accumulation de liquidités qui en résulte dans les deux cas – correspondent à des tentatives de réduire des inégalités devenues insoutenables, sans passer par la simple redistribution des revenus. Car, comme le dit M. Milanovic, « lorsqu’il s’agit de combattre la pauvreté, tout le monde est d’accord. Mais si l’on parle de réduire les inégalités, c’est la peur d’avoir à partager qui l’emporte ! ». C’est pourquoi la question de la fiscalité et des financements sociaux doit être remise, selon les économistes réunis à Cambridge, au centre des politiques économiques.


[Antoine Reverchon – Le Monde – 27/04/2010]

Réunis à Cambridge, des chercheurs hétérodoxes plaident pour une révolution théorique, seule capable d’engendrer une vraie réforme

Le feuilleton de la régulation financière a connu une brusque accélération. Les 16 et 17 avril, les ministres européens des finances se sont réunis à Madrid pour discuter d’une taxation des risques bancaires. Le 16 avril, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, a porté plainte contre la banque Goldman Sachs, préparant le terrain aux débats du Sénat prévus cette semaine sur le projet de loi visant à réguler les activités des banques. Les 22 et 23 avril, les ministres des finances du G20 ont étudié à Washington la taxation des banques proposé par le Fonds monétaire international (FMI), qui tient justement les 24 et 25 avril, avec la Banque mondiale, sa session annuelle de printemps… sur le même sujet. Enfin, les 26 et 27 juin, le sommet du G20 à Toronto devrait arbitrer entre les différentes propositions de régulation placées sur la table.

Mais pour nombre d’économistes – comme ceux que le financier George Soros a réunis au sein de l’Institute for New Economic Thinking (INET), qui tenait sa conférence inaugurale du 8 au 11 avril à Cambridge (Royaume-Uni) -, les politiques ont déjà raté l’occasion offerte par la chute de Lehman Brothers d’écarter le risque que le fonctionnement du système financier fait courir à l’économie mondiale.

Non seulement en raison de l’intense lobbying mené par les grands établissements bancaires pour échapper à toute régulation, non seulement en raison du choc des égoïsmes nationaux – chaque Etat cherchant à protéger sa propre industrie financière plutôt que de coopérer -, mais encore et surtout en raison de l’incapacité des décideurs politiques et économiques à échapper à certains dogmes issus de la théorie économique établie, alors même que la crise a démontré leur faillite. En bref, la crise n’est pas seulement financière et économique, elle est aussi intellectuelle.

Comme celle de 1929, la crise actuelle appelle une refondation de la théorie économique sous de nouveaux auspices, qui passent d’abord par le passage des dogmes établis au tamis de la critique.

Trois d’entre eux ont été particulièrement étrillés par les économistes réunis à Cambridge. Primo, les marchés peuvent s’autoréguler parce que le comportement des acteurs économiques est rationnel, puisqu’il vise à maximiser leur intérêt. Secundo, les politiques économiques doivent par conséquent laisser les marchés parvenir à un équilibre naturel optimum, exprimé par le niveau des prix et du chômage. Tertio, la meilleure allocation des ressources étant spontanément réalisée par les équilibres de marché, le libre fonctionnement de ce dernier permet d’accroître la richesse de tous et de chacun.

Instabilité et déséquilibre

Grosso modo, les propositions de régulation avancées par les Etats et les institutions internationales ne s’affranchissent pas suffisamment, selon les économistes de l’INET, de ces dogmes, surtout en ceci qu’elles visent à rétablir des fonctionnements et des équilibres « naturels » dont l’observation empirique montre qu’ils n’existent simplement pas, et que ce sont au contraire l’instabilité et les déséquilibres qui caractérisent le comportement spontané des marchés.

La mobilisation actuelle sur la régulation est proportionnelle à l’inquiétude suscitée par la tendance du système financier à renouer avec les errements qui ont conduit à la crise de septembre 2008. Politiques et économistes tendent à rejoindre le sentiment manifeste depuis longtemps dans l’opinion : l’argent public utilisé pour sauver les banques a été si efficace qu’il a créé parmi celles-ci un sentiment d’impunité – l’« aléa moral » du too big to fail (les banques sont trop importantes pour qu’on les laisse faire faillite) – qui leur a permis de reconstituer une bulle spéculative encore plus grosse que la précédente. D’autant que les difficultés de certains établissements ont rendu encore plus gigantesque et incontrôlable la taille des survivants. Or, ce comportement fait courir un risque de défaillance de l’un ou l’autre maillon faible de la planète finance, que les Etats n’auraient plus les moyens d’éponger.

La reprise si souvent annoncée serait alors emportée comme fétu de paille, et la Grande Dépression à nouveau à l’ordre du jour. C’est le scénario redouté du double dip, ou double plongeon.

Comment éviter une réédition de la chute de Lehman Brothers ? Pour Franklin Allen (Wharton School,université de Pennsylvanie), le poids excessif de la finance dans l’économie est dû à la capacité des banques à monopoliser la rente de la création de valeur par l’économie réelle. Il faut donc rétablir la concurrence au sein de l’industrie financière.

Pour Simon Johnson (Sloan School of Management, Massachussets Institute of Technology), la crise est surtout due à la concentration du secteur de la finance entre les mains de quelques établissements assez puissants pour imposer leurs vues aux régulateurs. La crise a encore accru cette concentration. Une véritable régulation consisterait à imiter, pour le secteur bancaire, ce que fit le président américain Théodore Roosevelt au début du XXe siècle en démantelant les cartels de l’acier, du pétrole et des chemins de fer.


[Bastamag – Yvan Duroy – 22/09/2009]

Avec la crise financière, le surendettement est devenu le nouveau fléau social au Japon, poussant des milliers de personnes à se donner la mort. Face à des organismes financiers sans scrupule et à un pouvoir politique aux abonnés absents, une délégation japonaise s’est rendue en France du 17 au 22 septembre. La France est perçue comme ayant plusieurs années d’avance pour enrayer la spirale des crédits revolving, même si le surendettement a aussi progressé de 17% en un an, selon le baromètre de la Banque de France.

Elles sont cinq femmes, travaillant pour la coopérative Green Coop, de l’agglomération de Fukuoka, à l’Ouest du pays (1,5 million d’habitants). Green Coop, c’est un réseau de coopératives de consommateurs, créées dans les années 1970, qui regroupent désormais 170.000 adhérents avec 55 millions d’euros de budget. Leur objectif initial est de vendre des produits « sans dangers et fiables » : respectueux de l’environnement et fabriqués dans des conditions socialement correctes. Et de construire « une société dans laquelle tout le monde pourra vivre normalement quels que soient les handicaps dûs à l’âge, au sexe ou à la santé physique ou mentale ».

La crise sociale gangrène le pays. La notion de pauvreté, longtemps réservée aux pays du Sud, est réapparue. Green Coop a donc multiplié ses propres services sociaux : foyers pour personnes âgées ou handicapées, épiceries sociales, crèches associatives, micro-crédits et, récemment, des « services d’éducation à l’économie familiale » accompagnés de consultations juridiques pour les personnes en situation de surendettement. Un bureau social mobile parcourt même la région pour accéder aux travailleurs temporaires de l’industrie automobile, touchés par le chômage partiel. Michiko Yukioka, administratrice de Green Coop, Madoka Toriyama, Maître de conférence à l’université de Hokkaido, et Nobuko Takahashi, journaliste indépendante de l’économie sociale, nous éclairent sur la situation sociale au Japon et ce qui les a intéressées lors de leur visite en France. (suite…)


Et le nom du banquier qui est de si bon conseil, on peut l’avoir ? Histoire qu’il n’aille pas vendre ses bons services ailleurs…

[Géraldine Meignan et Franck Dedieu – L’Expansion – 06/01/2010]

Comment HSBC Banque Privée fourguait du Madoff

L’affaire Madoff n’a pas fini de révéler ses secrets. L’Expansion.com s’est procuré en exclusivité la conversation entre un client souscripteur de Madoff via le fonds Kingate et son banquier de HSBC Banque Privée,  le 1er décembre 2008, soit seulement 11 jours avant la révélation en France de la gigantesque escroquerie portant sur quelque 50 milliards de dollars. Elle met au grand jour les pratiques de certains gestionnaires de fortune qui ont pendant des années, sans scrupules, vendu du Madoff. En direct : un banquier pris sur le fait, un épargnant pris au piège.

Le Lundi 1er décembre 2008 : 13h14

Le client : Tu m’as fait faire deux bonnes affaires, c’est le contrat d’assurance qui quand même est vraiment bien et deuxièmement c’est Kingate (1)

(1) Fonds Kingate. C’est un des nombreux « fonds nourriciers » basés aux îles Vierges britanniques, qui alimentaient la société d’investissement de Bernard Madoff.

Le banquier : C’est la Rolls Royce !

Le client : C’est impressionnant, c’est fou il a fait trois semaines de petites performances négatives et puis là il s’est repris 1%,  clac d’un coup.

Le banquier : Oui, voilà, le gérant d’abord il a une technique de gestion qui est très relatée dans la volatilité actuelle, et puis ils ont tellement d’actifs qu’ils peuvent mettre en place des procédures de contrôle, il y a toute une équipe qui fait ça.

Le client : ah oui ?

Le banquier : oui, ils sont plusieurs centaines en fait (2)

(2) Jusqu’à preuve du contraire, Maddof a agit seul. L’enquête n’a pas démontré l’implication d’autres personnes dans la fraude.

Le client : ah oui, ils gèrent combien, on sait ça ?

Le banquier : Oui, ils gèrent à peu près, je crois, 700 millions sur le compartiment euros et deux milliards sur la partie dollars, je pense.

Le client : ah, d’accord …

Le banquier : C’est un fonds qui est fermé normalement.

Le client : ah, oui ?.

Le banquier : Oui, nous on arrive à rentrer mais le fonds est fermé.

Le client : ah, je ne savais pas, comment ça se fait que vous arriviez à rentrer ?

Le banquier : moi, j’ai un contact qui est un des administrateurs du fonds (3).

(3) Un grand classique des fonds Madoff pour attirer des investisseurs : faire croire à l’épargnant qu’il dispose d’un accès privilégié au fond.

Le client : ah, d’accord…

Le banquier : Et oui. Et c’est pour ça, si tu as des amis qui ont un gros potentiel à qui on veut rendre service, on peut faire rentrer (4).

(4) Le fonds Kingate n’était pas autorisé par l’AMF (gendarme boursier) à être commercialisé. En théorie, le banquier ne peut vendre ce fonds qu’à la demande expresse de son client. Il ne peut pas faire de démarchage.

Le client : ah d’accord, c’est intéressant à savoir, parce que moi j’en parle mais à chaque fois les gens me disent :  « oh les hedge funds ! » et je leur dis regarde la performance sur l’année : +8%. (5).

(5) C’est le génie de Madoff, ne pas promettre des rendements délirants pour ne pas éveiller les soupçons.

Le banquier : Et il y a un moment donné on avait même accès tu vois au compartiment luxembourgeois de Kingate qui cote tous les quinze jours, un peu plus liquide.

Le client : Oui, bon moi, je suis content, j’ai fait quand même 20 000 euros de bénéfice en six ans. C’est pas mal.

Le banquier : C’est sympa.

Le client : C’est un paquebot.

Le banquier : On peut difficilement trouver mieux.

Le client : Oui, on peut difficilement trouver mieux, oui quoi que regarde là les plus values sont fiscalisées, mais regarde l’assurance-vie, l’un dans l’autre ça se joue à 2%.

Le vendredi 12 décembre 2008, 11h35 quelques heures après que l’escroquerie a été révélée au grand jour. Extraits.

Le client : Tu m’as appelé….

Le banquier : Oui, on a appris une mauvaise nouvelle sur le fond Kingate, il paraît que son gérant Bernard Madoff avait commis une fraude de l’ampleur d’Enron. On l’a appris ce matin, alors je voulais tout de suite t’en informer, on conseille aux clients de sortir.

Le client : Il s’appelle comment le gérant ?

Le banquier : Madoff

Le client : tu écris ça comment ?

Le banquier : (…) moi, je l’ai appris ce matin (…), on ne connaît pas les conséquences (…), on conseille aux clients de donner des ordres de vente (…), c’est un truc de fou, c’est un fonds qui a plus de quinze ans d’existence. Vas sur Google.

Le client : je tape quoi ? Ah c’est un ancien directeur du Nasdaq, c’est ça ?

Le banquier : oui, c’est ça, exactement. On ne sait pas quelle est la position du fonds (…) c’est un des rares fonds qui a fait une performance positive, c’est ça qui heu…

Le client : mais il n’est pas contrôlé, il n’y a pas des auditeurs ?

Le banquier : il y a 350 personnes qui travaillaient pour ce fonds, quand tu regardes la fiche, nous on suivait ce fonds, on savait que c’était un market maker, il connaissait bien le marché sur lequel il intervenait, mais personne ne pensait qu’il avait utilisé les capitaux (…) pour donner la performance aux autres.

Post-scriptum :

Un recours au civil a été déposé par le client devant le Tribunal de Grande Instance de Paris contre HSBC Banque Privée. « Non respect du devoir d’information et du devoir de conseil, commercialisation interdite de fonds, non respect du plancher de souscription, et non respect de l’obligation de diligence » énumère Maître Deniau, l’avocat du client de la victime de Madoff, via HSBC. Ce dernier demande 80.000 euros de dommages et intérêts pour préjudice financier, soit la somme des montants investis (61.000 euros) et des intérêts qu’il aurait pu tirer d’un autre placement sans risques. L’affaire est en cours d’instruction. HSBC se refuse à tout commentaire. La banque s’est fendue d’une lettre informant le client que « son interlocuteur privilégié avait souhaité donner un nouvelle orientation à sa carrière ».

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/revelation-comment-hsbc-banque-privee-fourguait-du-madoff_223389.html?XTOR=EPR-175


En Floride, l’éternel espoir du rebond

[Olivier Cyran – Le Monde Diplomatique – Août 2009]

(…) Depuis quelques mois, une mentalité moins arrangeante se manifeste pourtant à Miami. Dans le quartier noir de Liberty City, l’un des plus pauvres de la ville — l’un des moins intéressants aux yeux de Mme Bénichay —, un collectif baptisé Take Back the Land (« Reprendre possession de la terre – Reprends ton pays en main ») récupère des maisons saisies par les banques pour y loger des familles sans abri. A ce jour, dix habitations seulement ont fait l’objet d’une réquisition durable. Il est vrai que les obstacles sont nombreux. « D’abord, il faut qu’on trouve des maisons pas trop abîmées, indique M. Max Rameau, l’un des fondateurs du collectif. Or la plupart ont été saccagées par leurs occupants au moment de leur expulsion. Notre équipe peut effectuer des petits travaux, rebrancher l’électricité ou installer de l’électroménager de récupération, mais on n’a pas les moyens de faire du gros œuvre. Ensuite, il faut compter avec la police de Miami, l’une des plus détestables des Etats-Unis. Notre chance, c’est que la crise est si grave que les policiers n’ont pas nécessairement le temps ni l’envie d’envenimer les choses. Ils savent que le quartier est derrière nous : provoquer une émeute n’est pas leur priorité du jour. »

Né de parents haïtiens, lecteur de Frantz Fanon et des Black Panthers, M. Rameau se réjouirait presque de l’irruption de la crise, qui, dans son quartier du moins, a mis un frein provisoire à la voracité immobilière. Car, en dépit de ses vendeurs de crack et de ses trottoirs défoncés, Liberty City n’a pas été épargné par le boom du début des années 2000. A preuve, ce terrain vague clôturé de tôles à l’angle de la 17e Avenue et de la 62e Rue. « En 2006, la mairie a voulu offrir ce lopin à des promoteurs pour qu’ils y construisent des appartements de standing. Ce projet s’insérait dans le processus de gentrification (4) qui a grignoté Liberty City depuis les années 1990. La plupart des quartiers noirs, aux Etats-Unis, ont subi la même évolution : les promoteurs débarquent, achètent à bas prix, vident les lieux puis les revendent très cher. Evidemment, ils ne s’attaquent pas au cœur du quartier mais à ses bordures. Petit à petit, le quartier se rapetisse, mangé sur ses marges par une nouvelle population, généralement blanche ou noire embourgeoisée. C’est pour lutter contre cette dépossession que nous avons créé Take Back the Land. »

La suite appartient tout autant à l’histoire du quartier qu’à l’histoire des luttes. Le 23 octobre 2006, les militants de Take Back the Land s’emparent du terrain promis aux promoteurs pour y construire des cabanes en bois destinées aux mal-logés du voisinage. « On a d’abord organisé des réunions publiques pour convaincre les habitants, qui se montraient sceptiques, raconte M. Rameau. Puis on a créé un groupe plus restreint chargé de faire du porte-à-porte. Quand on est passés à l’action, les gens ont été si épatés de voir qu’on ne bluffait pas qu’ils nous ont massivement soutenus. C’est ce qui explique que la mairie ne nous a pas délogés. »

S’inspirant du Mouvement des sans-terre brésilien, le collectif met en place un lieu de vie autogéré où seuls l’alcool, la drogue et le harcèlement sexuel sont prohibés. Le « village », appelé Umoja (« unité » en swahili), va prospérer six mois, jusqu’à ce qu’un incendie le détruise une nuit d’avril 2007. « Dès le lendemain, les bulldozers avaient rasé tout ce qui tenait encore debout. Il n’y a jamais eu d’enquête (5). »

A la veille de changements sociaux majeurs ?

Depuis, la crise a pris le relais des militants pour embourber l’offensive des promoteurs. « Ils ont d’autres problèmes, à présent, ce n’est pas tout de suite qu’on va les revoir à Liberty City », note M. Rameau avec un sourire narquois, tout en s’étonnant que les foreclosures n’aient pas déclenché des mouvements de protestation plus massifs. La démarche qui consiste à reprendre aux banques ce qu’elles ont saisi épouvante nombre d’Américains, et pas seulement les agents immobiliers, comme en témoignent les commentaires indignés déversés sur le blog de M. Rameau. « Prendre des maisons qui ne vous appartiennent pas, vous ne manquez pas de culot, s’étrangle un internaute. Et pourquoi pas aller dans un hôtel et exiger qu’on vous offre une chambre gratuitement ? »

« On s’attaque au tabou de la propriété, ce qui n’est pas une mince affaire, dans ce pays, soupire le porte-parole de Take Back the Land. C’est assez curieux : la plupart des gens trouvent normal que vous saccagiez votre maison quand la banque vous éjecte, mais ils ont beaucoup plus de mal à accepter que vous la remettiez en état pour héberger des familles. »

Lui aussi pourtant se déclare optimiste, même si c’est pour des raisons autres que celles de M. Trump : « Nos actions commencent à faire des émules, à Portland, à Denver, en Californie… On est très minoritaires, pour l’instant, mais les gens n’ont pas d’autre choix que de se prendre en main. C’est une question de survie. Ça va peut-être demander dix ans, mais je suis persuadé que nous sommes à la veille de changements sociaux majeurs. »

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/08/CYRAN/17693


Commentaire de Tim Carr: Dans les années 1930, au moment de la Grande Dépression, la pression sociale des millions de pauvres jetés à la rue avait provoqué, aux Etats-Unis, une situation que même les plus conservateurs qualifiaient de « pré-révolutionnaire ».

Les chomeurs assiégaient le Capitole avec des « villages de tentes » (tent cities) et partout les mouvements ouvriers réclammaient l’effacement des dettes des ménages, la nationalisation des établissements des crédits ainsi que des programmes d’investissements publics dans les infrastructures, afin de créer des emplois – plutot que de sauver les spéculateurs…

Confronté au New Deal de Roosevelt, les milieux de la finance avaient hurlé au « socialisme » et avaient même, à un moment, envisagé de renverser le gouvernement et remplacer Roosevelt par un héros de la Grande Guerre, populiste et manipulable (qu’ils pensaient). Ils avaient résolu la crise sociale – comme si souvent dans l’Histoire du capitalisme – en jettant le pays dans la guerre, grâce à l’orchestration de l’attaque de Pearl Harbour.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on ne trouve plus rien de cette militance ouvrière et sociale. 30 ans de politique néo-libérale et de glorification de l’individualisme ont définitivement détruit chez mes compatriotes le sens de l’action collective. Dans mon quartier de Chicago, des rues entières ont été vidées de leurs habitants, les uns après les autres, sans que jamais quelqu’un se dise : « et si on s’organisait tous ensemble pour résister aux expulsions ». Les gens se sont laissés jeter à la rue, presque honteusement, ils ont ravalé leur colère et sont partis la queue basse se réfugier chez la famille ou dans les centres de charité. Je n’ai pas eu connaissance d’une seule action de révolte parmi les « foreclosed »… et quand la rue bouge, comme à Detroit, c’est le chacun pour soi.

Les capitalistes peuvent dormir tranquilles, ils ont réussi à castrer le peuple en lui insoufflant que tout ce qui lui arrive est de sa faute et qu’il ne s’en sortira qu’en acceptant des sacrifices… tandis que « ceux d’en haut » se goinfrent de bonus…

[Charlie LeDuff, George Hunter et Santiago Esparza, The Detroit News, 7 octobre 2009 – Trad. Contre-Info]

Les milliers personnes qui se sont pressées dans l’espoir d’obtenir les formulaires de demande d’aide fédérale pour les loyers et les factures de services publics ont transformé aujourd’hui les abords du Cobo Center [un centre d’exposition et de conférences – ndt] en une scène de chaos.

Les demandeurs étaient venus à pied, en fauteuil roulant, en vélo et en voiture. Environ six personnes ont quitté lieux en ambulance. En raison de la tension et de l’énervement croissants, plusieurs personnes ont été piétinées, indique un infirmier présent sur les lieux.

Les habitants de Detroit tentaient de mettre la main sur les 5 000 formulaires de demande d’aide fédérale distribués par la ville. Détroit a reçu près de 15,2 millions de dollars de fonds fédéraux au titre des programmes de Prévention des Sans-abris et du Relogement Rapide, qui attribuent une aide financière temporaire et des logements aux personnes et aux familles sans-abri, ou qui le seraient en l’absence de ces aides.

Des membres des services médicaux d’urgence présents sur les lieux ont déclaré avoir traité des demandeurs qui ont été blessés lors de la ruée de la foule tentant d’obtenir ces formulaires.

Voilà ce qui arrive lorsqu’une ville remplie de gens ruinés reçoit un peu d’argent, déplore Walter Williams, 51 ans, qui avait commencé à faire la queue pour un formulaire avant le lever du jour.

« Ce matin, j’ai vu le rideau se lever sur le malheur », dit-il. « Des gens qui se battent en faisant la queue. Ils se menaçaient de se tirer dessus. Est-ce que nous en sommes arrivés là ? »

« Les gens ont désespérément besoin d’aide financière pour conserver leur logement, payer leurs factures, pour qu’ils puissent faire la soudure avant d’avoir retrouvé un emploi ».

Ce mercredi, à l’extérieur du Centre Cobo, certaines personnes fendaient la foule pour arracher les formulaires des mains de ceux qui les avaient déjà obtenus. Les lieux résonnaient du vacarme constant des cris des personnes tentant de pénétrer à l’intérieur du Centre.

Latanya Williams, qui vit à Detroit depuis 32 ans, déclare avoir rapidement rempli son formulaire car « les gens les volent ».

« J’espère obtenir n’importe quelle aide qu’ils puissent me donner », dit-elle. « Tout le monde a besoin d’aide. »

En fin de matinée, les formulaires manquaient. Mais des escrocs ont eu l’idée de photocopier l’original et de vendre ces copies pour 20 dollars. Ils faisaient de bonnes affaires. Les désespérés sont des proies faciles. Les formulaires originaux de couleur blanche portaient une mention indiquant clairement : « Ne pas dupliquer – Vous devez utiliser le formulaire original. »

En fin de matinée, toutefois, les volontaires du Detroit Planning and Development Department distribuaient eux-mêmes des photocopies jaunes.

« Je ne suis même pas sûr que le gouvernement acceptera ces formulaires », s’interroge Pam Johnson, une bénévole. « C’est comme s’il fallait calmer les gens. Il y avait presque une émeute. Il a fallu faire appel à l’escouade de répression des gangs. J’ai vu une vieille dame presque piétinée à mort ».

Pour Jean Paul, qui vit à Détroit depuis 25 ans, cette foule et ce chaos montrent que les gens ont besoin d’aide.

« Nous en avons besoin », dit-il, en parlant d’argent. « Quoi qu’ils aient pour moi, cela sera bien ».

John Roach, le second adjoint de la police, considère que les 150 agents présents ont gardé le contrôle de la situation. « Il ya eu quelques bousculades, et certaines personnes ont perdu connaissance », précise-t-il. « Étant donné que nous avions là 15 000 personnes, je suis surpris que les choses se soient déroulées de façon aussi ordonnée. »

Il est difficile d’estimer la foule présente car toutes les files d’attente serpentaient à travers le centre de convention, à l’extérieur le long du bâtiment, et en bas de la rampe du parking. Un officier de police a estimé la foule à 50 000 personnes.

Plus de 25 000 formulaires avaient été retirés en moins de trois heures la veille dans les bureaux de quartier de la Mairie. Karen Dumas, la porte-parole du maire Dave Bing, explique que ce jour là certains ont cru à tort qu’ils recevraient des espèces sur place.

« C’est totalement faux », précise-t-elle. « Il y a un circuit administratif ».

L’affluence a été si importante que les fonctionnaires de police de Detroit et les responsables des pompiers ont envisagé d’arrêter la distribution en raison du trop grand nombre de personnes.

Nous avons rencontré Kelley Turcotte, qui est plongeur dans un restaurant, près de l’extrémité de la file d’attente vers 10h30. Agé de 27 ans, il vient d’avoir un fils et ne peut faire face à ses factures.

« J’espère que le gouvernement verra ce qui se passe, et comprendra que la ville a besoin de beaucoup plus d’aide que celle qui lui est donnée », déclare-t-il.

Luis Irizarry, 35 ans, est venu de Flint en voiture, espérant profiter de l’occasion d’obtenir une aide. C’est seulement ensuite qu’il a découvert que seuls les habitants de Detroit pouvaient en bénéficier. Pour lui ce fut un choc de voir autant de gens dans le besoin.

Tony Johnson est venu à 5 heures du matin. M. Johnson n’a pas réussi à trouver d’emploi depuis trois ans.

« Si je pouvais gagner à la loterie, je ne serais pas ici », plaisante-t-il. Puis il poursuit : « il n’y a pas de tranquillité parce qu’il n’y a pas d’emplois. Tout le monde est à la recherche d’un extra, d’un coup de main. Ils ne me comptabilisent pas comme chômeur parce que je n’ai pas d’allocation. C’est comme si je n’existais même pas. Mais j’existe. Regardez autour de vous. Il y a des milliers … des millions dans ce cas. »

Dan McNamara, qui dirige la section 344 des pompiers de Detroit, observe depuis sa fenêtre le Cobo Center.

« C’est tout à fait représentatif des difficultés de la classe moyenne en Amérique », juge-t-il. « Nous avons été trahis par le gouvernement, les agents immobiliers et ceux qui en ont profité. Le contrat a été rompu. »

Sur le web :

Detroit Free Press : Chaos reigns at Detroit aid event

People fainted, others fought as the Detroit Police Gang Unit tried to keep people in line — some since last night — and in check.

“It’s a disaster here,” former assistant Detroit Police chief and city council candidate Gary Brown said, handing out water. “This is dangerous. Very unorganized, very dangerous.”


Publication originale Detroit News

, traduction Contre InfoIllustration : scène de bousculade au Cobo Center


[Emmanuel Ratier – Faits et Documents – n° 280]

Amusant résumé de la crise financière actuelle. Un village vit du tourisme mais souffre de la crise. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Arrive un touriste qui prend une chambre d’hôtel et la paie avec un billet de 100 euros. L’hôtelier porte aussitôt le billet chez le boucher à qui il doit 100 euros. Le boucher porte le billet au paysan qui l’approvisionne en viande. Le paysan paie alors sa dette à une prostituée. Cette dernière boucle la boucle en réglant l’hôtelier à qui elle a plusieurs fois loué des chambres. A ce moment, le touriste du début, qui estime que sa chambre ne lui convient pas, redescend et quitte l’hôtel, récupérant au passage ses 100 euros. Rien n’a été dépensé, ni gagné, ni perdu. Mais plus personne n’a de dettes dans le village. N’est-ce pas ainsi qu’on est train de résoudre la crise mondiale?

http://www.faits-et-documents.com


[Sam Smith – Undernews – 01/09/2009]

Voici un article extraordinaire (notamment par le fait qu’il est publié dans le New-York Times, journal pas vraiment connu pour ses idées gauchistes) mais écrit de telle manière (pas étonnant, vu la source) à ce que le lecteur n’en saisisse pas l’idée maitresse : le socialisme, c’est rentable, même quand c’est George w. Bush qui en est à l’origine.

Quand on entend le débat qui fait rage en ce moment aux Etats-unis à propos des réformes fiscales et du service de santé de l’Administration Obama, on peut qu’être frappé par l’incohérence des thuriféraires néo-conservateurs et de droite qui hurlent au « Socialisme » de Barack Obama.

Ces esprits partisans font semblant d’ignorer qu’il s’agit exactement du même « socialisme » que celui initié par George W. Bush à travers son « Plan TARP » (ou Plan Paulson) – et que cette « intervention de l’Etat » (anathème pour les capitalistes) a déjà produit un retour sur investissement de 14% pour les fonds publics versés à Goldman Sachs, un bénéfice de 5% pour l’argent prêté à JP Morgan ainsi qu’un bénéfice de 12% sur l’argent prêté à American Express. Ces chiffres sont extrapolés à partir des estimations du Trésor sur les sommes investies dans chacune de ces entreprises par les « socialistes » de l’Administration Bush et Obama.

Malheureusement, ces profits ne sont que temporaires, étant donné que les Etats-Unis n’ont le droit que de pratiquer du « socialisme canada-dry » : le gouvernement n’a le droit que d’investir de l’argent dans des secteurs que l’économie privée dédaigne – couverture sociale, aide médicale, éducation et transports en commun par exemple.

Mais c’est un excellent exemple de l’imbécilité qui caractérise ce débat autour de la reforme du système de santé – un débat influencé par la presse convetionnelle qui accepte les théories de la droite sans même réfléchir et regurgite la pensée unique à longueur de journée.

Notez la schizophrénie du journaliste qui, tout en reconnaissant que les investissements TARP ont été une source de profits pour le gouvernement, se sent néanmoins obligé d’insister (en bon croyant) que « ces résultats permettent d’espérer que le gouvernement va bientôt pouvoir se retirer du métier de banquier. »

(The New York Times 31/08/2009)Près d’un an après la mise en oeuvre du plan fédéral de sauvetage des plus grandes banques du pays, les contribuables commencent à voir des retours de profits sur les centaines de milliards de dollars versés aux banques pour les aider à supporter la crise, des sommes gigantesques dont les critiques du Plan TARP disaient qu’elles seraient perdues à jamais. Les bénéfices, collectés auprès de huit des plus grandes banques qui ont intégralement remboursé leurs prêts gouvernementaux, équivalent à environ 4 milliards de dollars – soit l’équivalent d’un taux de rendement annuel de 15%, selon un calcul financier établi par un cabinet spécialisé, commandité par le New York Times.

Néanmoins, ces bénéfices ne sont qu’une toute petite partie du gigantesque effort de sauvetage entrepris par le gouvernement fédéral l’an dernier afin de stabiliser des banques et autres entreprises secouées par la crise. Le gouvernement est toujours confronté à d’importants risques et des pertes potentiellement très lourdes suite à son sauvetage du géant de la réassurance  American International Group, des entreprises de crédit immobilier Fannie Mae et Freddie Mac, ainsi que les constructeurs automobiles General Motors et Chrysler. Le Trésor US pourrait également souffrir d’avoir garanti des milliards de dollars de crédits immobiliers toxiques.

Mais la nouvelle que le Plan TARP commence déjà a dégager des profits a été accueillie avec surprise et soulagement dans les milieux économiques. Ces résultats permettent d’espérer que le gouvernement va bientôt pouvoir se retirer du métier de banquier.

http://www.nytimes.com/2009/08/31/business/economy/31taxpayer.html?_r=1&hp=&pagewanted=print


[Claire Lamotte – MoneyWeek – 21/08/2009]

« Vous avez deux manières de financer le déficit : l’une par l’esbroufe, l’autre par le vol« , selon Bill Bonner, l’un des éditorialistes de MoneyWeek. Il poursuit : « dans la grande phase d’expansion de crédit, les consommateurs américains empruntaient tant qu’ils pouvaient et ils s’achetaient ce qu’ils voulaient, des voitures par exemple. Maintenant, c’est au tour du gouvernement fédéral d’emprunter et de soudoyer les électeurs pour qu’ils achètent des voitures. A vrai dire, peu importe qui emprunte, car au bout du compte, l’emprunt au profit de la consommation ne fait que retirer à l’avenir. Et lorsque l’avenir est là… le compte doit être réglé. Résultat: pas de gain net. Ce qui a été consommé dans l’année ne sera pas consommé l’année suivante.

Selon Warren Buffett, le dollar est en danger. Pourtant il ne s’inquiète que du vol et non pas de la tricherie. Or l’impression de dollars supplémentaires vole les épargnants. Chaque nouveau dollar créé pour acheter la dette des États-Unis donne à chaque dollar déjà existant – par exemple dans une chambre forte de la Banque de Chine – une valeur un peu inférieure à ce qu’elle était avant. Si ce n’est pas le cas, l’ensemble de la pensée économique d’Adam Smith à Irving Fisher n’est rien d’autre qu’une fantasmagorie.

En théorie, le seul moyen de protéger la valeur des dollars détenus par les épargnants est de retirer les stimulants monétaires avant que l’inflation ne fasse envoler les prix. Warren Buffett estime que les autorités américaines ont fait ce qu’elles avaient à faire, qu’elles vont stopper la machine à imprimer et absorber l’excès de liquidité afin de protéger le billet vert.

« Il a probablement tort« , affirme Bill Bonner.

« D’abord, le marasme économique risque de s’empirer bien plus qu’escompté. Ceci dissimulera les effets de l’impression du dollar. Plus que jamais, le besoin de dollars supplémentaires sera urgent, entraînant encore plus de dépenses fédérales et davantage de dettes aux États-Unis. Au lieu de freiner, nous allons prendre de la vitesse.

D’autre part, le gouvernement fédéral ne se soucie pas vraiment de la santé de l’économie réelle. Les politiciens répondent avant tout aux demandes de leurs électeurs. Un donateur de campagne veut éviter la faillite de son entreprise. Un autre veut garder son emploi. Un autre encore promet aux membres du gouvernement fédéral des emplois bien rémunérés à Wall Street, après la fin de leur mandat à Washington. Des millions d’autres – suffisamment nombreux pour faire basculer une élection – veulent des pilules gratuites ou des subventions hypothécaires, etc. Lorsque le gouvernement fédéral tente de renflouer l’économie, eh bien, il ne fait que faire son travail ! Et il ne va sûrement pas cesser de le faire– tout particulièrement en période dépression – pour protéger les intérêts d’étrangers titulaires de dollar…

La crise devrait être bien plus profonde et plus durable que ce que la plupart des gens attendent », conclut Bill Bonner pour MoneyWeek. « En conséquence, les États-Unis mettront encore plus de dollars en circulation, plus que ce que n’importe qui aurait cru possible… Voilà qui préfigure des taux d’inflation encore plus élevés pour l’avenir

http://www.moneyweek.fr/conseils/01406/finances-dollar-etats-unis-buffet.html


[Gregor Seither – IES News Service – 27/07/2009]
Pendant des décennies, les Etats ainsi que les autorités fédérales aux Etats-unis ont négligé le système d’assurance chômage, allant même jusqu’à quasiment le faire disparaître dans certains cas. Aujourd’hui, alors que la crise frappe de plein fouet le pays, le nombre de chômeurs explose, mettant à l’épreuve ce qui reste du système d’assistance sociale : allocation chomage, bons alimentaires et aides financières aux nécessiteux.

Leurs budgets lourdement amputés par des investissements risqués, les Etats voient par ailleurs leurs revenus fiscaux décliner avec la disparition de nombreuses entreprises et l’insolvabilité de centaines de milliers de leurs citoyens.

En résultat, de très nombreux Etats ne disposent plus des liquidités nécessaires pour verser les indemnités aux chomeurs et reportent le versement à plus tard – dans certains cas, des chomeurs attendent le versement de leur allocation depuis plusieurs mois.

Les centrales d’appel et agences pour l’emploi sont débordées. Parmi les millions de nouveaux chomeurs, certains ont déposé leur dossier au mois d’Octobre 2008 et attendent encore l’examen de leur situation !

Seize Etats des USA, ayant épuisé leurs budgets, ont déjà été obligés d’emprunter aux banques les sommes nécessaires aux paiements des allocations sociales (chomages, famille, médicales…). Ils pourraient être 32 Etats dans ce cas avant la fin de l’année.

Source : The New York Times : http://www.nytimes.com/2009/07/24/us/24unemploy.html?_r=1&hp


[Gregor Seither – IES News Service – 27/07/2009]
Ayant vu leurs investissements disparaître dans la crise financière (et – pour certains – dans le scandale Madoff) les administrateurs de trois hôpitaux privés de Los Angeles, le Hollywood Presbyterian Medical Center, le Kaiser Permanente  ainsi que le Martin Luther King Jr./Drew Medical Center ont ordonné au personnel de se débarasser des malades indigents en les jettant littéralement à la rue.

Interrogée par la chaîne de télévision ABC News, la femme d’un des malades explique que « le personnel est venu dans la chambre, a emballé les affaires de mon mari en lui disant qu’il ne pouvait plus rester là. Quand il a demandé où aller pour se faire soigner, ils lui ont dit qu’un taxi allait venir pour le déposer au centre médical d’urgence de l’Armée du Salut« .

ABC News a montré une vidéo (NdL&I: datant de 2006 pour le cas présenté) de Carol Ann Reyes, 63 ans, uniquement vétue de son pyjama d’hôpital et en chaussettes, entrain d’être forcée à monter dans un taxi par le personnel hospitalier de l’hôpital Kaiser Permanente. Le taxi l’a ensuite abandonnée sur un trottoir du quartier pauvre de Skid Row, devant un bureau de l’Armée du Salut.

Interrogée par le LA Times, Regina Chambers, assistante sociale à la Union Rescue Mission, a expliqué que Mme Reyes « était très désorientée. Elle ne savait pas où elle était ni ce qui lui arrivait. Ils ont profité de son état de désordre mental pour le jetter à la rue et libérer un lit pour un client plus fortuné »

Sur ABC News, Marveil Williams, hospitalisé suite à un accident de voiture [NdL&I : en mai 2009], a déclaré : « Comme je n’ai qu’une petite assurance santé et que je leur ai dit que je voulais un étalement du paiement des frais médicaux, ils m’ont déclaré que je devais quitter immédiatement mon lit d’hopital et me trouver un autre endroit où me faire soigner. » La tête couverte d’hématomes, presque aveugle par l’enflement de ses paupières, ayant du mal à respirer, Williams a été fourré dans un taxi qui a reçu l’ordre de le débarquer sur Skid Row, sur les marches de la Union Rescue Mission.

Contactées [NdL&I : par le LA Times en juillet 2009] les administrations des trois hopitaux n’ont pas nié le fait mais ont refusé de commenter. « Nous sommes une entreprise commerciale, a déclaré l’attaché de presse de l’hôpital Kaiser Permanente, « nous avons une obligation d’efficacité et de bonne gestion commerciale vis à vis de notre conseil d’administration et de nos donateurs« .


Oubliez les primes versées aux cadres… La véritable conspiration d’AIG (2/2)
[Michael Hudson – Counterpunch – 19 mars 2009 – Trad. VD pour Le Grand Soir]
Cela peut paraitre étrange mais le scandale des 135 millions de dollars de primes versées par AIG est un cadeau du ciel pour Wall Street, et pour les voyous d’AIG aussi. Comment les média peuvent-ils s’étonner de découvrir que la rapacité régne dans le secteur financier ? Ces deux derniers jours, ces primes on fait la une de toutes les chaines de télévision et tous les journaux du pays, de droite comme de gauche.

Qu’est-ce qui cloche dans cette histoire ? N’y a-t-il pas quelque chose de forcé dans les vociférations du Sénateur Charles Schumer et du Représentant Barney Frank, les principaux meneurs de cette fronde contre les banques ? Est-ce que cette histoire ne tombe pas à pic pour le président Obama qui peut enfin critiquer Wall Street ? Même le Wall Street Journal s’y est mis. La prise de contrôle d’AIG par le gouvernement, écrit ce journal, “sert de filière pour renflouer d’autres compagnies.” Ainsi donc, la rapacité ne se limiterait pas aux seuls employés d’AIG. Cette société devait beaucoup plus à d’autres compagnies – à l’étranger comme à Wall Street – une dette supérieure au montant total de ses actifs. C’est ça qui a provoqué sa faillite. Et une opposition populaire monte de plus en plus contre la manière qu’Obama et McCain se sont entendus pour soutenir le renflouement qui s’élève désormais à des milliards de milliards de dollars qui ont disparus. Qui n’ont pas disparu pour tout le monde, bien entendu, notamment pour ceux qui se trouvaient du bon côté des paris financiers d’AIG.

Les gens de Washington veulent se focaliser sur les primes parce que cela détourne la colère du public vers le secteur privé,” accuse le Wall Street Journal dans un éditorial du 17 mars. Mais au lieu d’expliquer comment la colère est déviée d’un détournement mille fois supérieur à ces primes, le journal accuse sa bête noire habituelle : le Congrès. Là où la droite et la gauche ne sont en désaccord que sur le nom du coupable !

Le problème avec tout ce ramdam sur les 135 millions de dollars de primes d’AIG est le suivant : cette somme représente moins de 0,1 pour cent – un millième – des 183 MILLIARDS de dollars versés par le Trésor américain à AIG pour que cette dernière puisse rembourser ses dettes. Cette somme, plus de mille fois le montant des primes sur lesquels l’opinion publique est invitée à se défouler, n’est pas restée dans les coffres d’AIG. Pendant plus de six mois, les médias et les parlementaires ont tenté de savoir où cet argent était passé. Bloomberg a porté plainte. Sans succès.

Et puis finalement, dans la nuit du dimanche 15 mars, le gouvernement a communiqué les détails qui se sont révélés très embarrassants. Le principal bénéficiaire de cet argent se trouve être celle dont la rumeur colportait déjà le nom : la propre société de Paulson, Goldman Sachs. Cette société a reçu 13 milliards de dollars d’AIG. Voilà ce qui s’est passé : au mois de septembre dernier (2008), le secrétaire au Trésor Paulson, de Goldman Sachs, rédigea un document de trois pages sur les grandes lignes de son projet de sauvetage. Le projet prévoyait une immunité pour lui-même et les employés du Trésor (y compris donc pour ses subordonnés, de Goldman Sachs aussi), en toutes circonstances, et que leurs décisions ne pouvaient être ni contestées ni annulées, encore moins faire l’objet de poursuites devant la justice. Ces clauses ont provoqué la colère du Congrès qui rejeta cette première version.

Il s’avère aujourd’hui que Paulson avait de bonnes raisons d’insérer de telles clauses. C’est vers lui que la colère du public devrait se diriger.

Mais les principaux meneurs au Congrès du plan de sauvetage – y compris Obama qui s’est révélé, lors de son dernier débat électoral avec McCain, un fervent défenseur du plan Paulson, version courte – ne parlent que des sommes versées aux cadres d’AIG, mais pas de celles distribuées par AIG.

Il y a deux questions qu’il faut toujours se poser lorsqu’une opération politique est lancée. Premièrement, à qui profite-t-elle ? Deuxièmement, pourquoi maintenant ? L’expérience m’a montré que le timing était pratiquement toujours la clé à la compréhension des enjeux.

En ce qui concerne le “qui profite”, qu’est-ce que le sénateur Schumer, le Représentant Frank et le président Obama et autres sponsors de Wall Street ont à gagner d’un scandale public ? Pour commencer, ça donne l’impression qu’ils s’opposent au secteur bancaire et financier, alors qu’ils ne sont que des lobbyistes qui se consacrent à leur obtenir des avantages, encore plus d’avantages. Ainsi, l’affaire des primes d’AIG a permis de camoufler leurs véritables loyautés. Elle leur permet d’adopter une posture trompeuse et ils pourront se feront passer pour “d’honnêtes courtiers” la prochaine fois qu’il distribueront de façon malhonnête des milliards à leurs sponsors et financiers.

En ce qui concerne le moment, je crois que j’ai déjà répondu plus haut. Le scandale des primes a détourné l’attention des 183 milliards qu’AIG a redistribués. On dit que la somme “finale” qu’elle donnera s’élèverait à 250 milliards de dollars. Alors Schumer, Frank et Obama auront encore du pain sur la planche au service de leurs amis de Wall Street pendant un an ou deux.

Pour réussir – tout en contenant la colère du public contre ces sauvetages – ils doivent adopter précisément l’attitude qu’ils sont en train d’adopter. Un véritable exercice de style en matière de duperie.

La morale de cette histoire devrait être : plus grosses sont les larmes de crocodile versées sur les primes accordées à quelques individus d’AIG (qui, par ailleurs, ne semblent pas faire partie du secteur douteux des hedge-funds mais plutôt de celui des assurances classiques) et plus l’attention du public se détournera des 180 milliards redistribués et plus ils seront à même de distribuer encore plus d’argent public (bons du Trésor et dépôts de la Fed) à leurs organisations caritatives financières préférées.

Allons récupérer le véritable argent donné à AIG – les 183 milliards ! Je sais que cet argent a déjà été redistribué et qu’on ne pourra pas le récupérer auprès de ceux qui savaient qu’Alan Greenspan, George Bush et Hank Paulson étaient en train de mener l’économie américaine vers l’abîme, enveloppée dans les montages financiers garantis par AIG. Ils ont siphonné l’argent public en bonne et due forme, en plaçant leurs hommes aux postes clés du gouvernement afin de mieux se servir.

Alors allons les chercher, tous autant qu’ils sont. Le sénateur Schumer a dit aux bénéficiaires des primes d’AIG que le fisc pourrait les poursuivre et récupérer l’argent, d’une manière ou d’une autre. Ce qui serait possible aussi pour les 183 milliards restants. Tout ce qu’il faut faire c’est rétablir les taxes foncières et augmenter les taux (diminués par Clinton) des tranches les plus élevés de l’impôt sur le revenu.

On peut récupérer cet argent. Et c’est justement ce dont Schumer, Frank et compagnie ne veulent pas entendre parler. C’est pour cela qu’ils ont détourné l’attention du public. C’est ainsi que l’on évite que les gens ne parlent de ce qui est réellement important.

MICHAEL HUDSON

Michael Hudson est un ancien économiste de Wall Street. Professeur de recherches à l’Université du Missouri, Kansas City (UMKC), il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire (new ed., Pluto Press, 2002) son site http://www.michael-hudson.com

Traduction VD pour le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/article8244.html

Article Original
http://www.counterpunch.org/hudson03182009.html


Cette crise aura eu un effet positif : elle a mis en lumière évidente, indéniable pour tous, l’absolue avidité et absence totale de sens social des financiers. Ils s’en foutent que la bête crève sous eux,  ce qu’ils veulent c’est leur marge de profit et leurs dividendes… tout le reste, ils s’en foutent.

GRAND THEFT AUTO : L’ARNAQUE D’OBAMA SUR LES RETRAITES
[Greg Palast – 01/06/2009 – Trad. Grégoire Seither]
Tout le monde verse une larme sur la banqueroute de General Motors. Mais pour Jamie Dinon, il y a du bonheur dans la peine…. Et ce ne sont pas les 40 000 emplois contractuels (sur 60 000) jetés à la fosse commune qui vont lui gâcher sa journée.

Jamie Dimon est le PDG de la banque JP Morgan Chase. Il fait partie d’un petit groupe de privilégiés – en premier lieu Morgan et Citi – qui vont se faire rembourser 100% de l’argent qu’ils ont prêté à GM, soit la coquette somme de 6 milliards de dollars US.

Pendant ce temps là, les ouvriers de GM ont perdu leur emploi ainsi que leurs plans d’assurance maladie et retraite, ils voient s’évanouir les économies de toute une vie… Idem pour les actionnaires qui ne toucheront que dalle. Ou encore les nombreux créditeurs et sous-traîtants qui vont se retrouver le bec dans l’eau, assis sur des factures impayées; (…)

Les banques par contre, s’en tirent plus que bien !

Normalement, quand une entreprise fait faillite, tout le monde encaisse le coup : injuste ou pas, les ouvriers perdent leurs salaires, les actionnaires sont rincés et les créditeurs se répartissent les dépouilles. C’est ce que prévoit la Loi.

Mais la Loi dit aussi que les ouvriers ne peuvent se voir privés des sommes déjà versées (ou retenues sur leur salaire) au titre de leur retraite ou de leur assurance médicale post-retraite. Ces fonds ont été prélevés sur leur salaire et sont retenus en leur nom. Ils n’appartiennent plus à l’entreprise et ne peuvent donc pas être saisis lors de la procédure de faillite.

Et bien, cette fois ci, ça ne se passera pas comme ça. Steve Rattner, le « Monsieur Sauvetage Automobile » de Barack Obama a un autre plan : il veut s’accaparer la cagnotte du fonds de pension et s’en servir pour payer les dettes de JP Morgan et Citibank.

Voilà le plan: Rattner exige du tribunal des faillites qu’il autorise GM à taper dans la caisse de retraite c’est à dire l’argent que GM doit à ses ouvriers pour leur assurance médicale de retraite.

Ce fonds est constitué de liquidités, c’est à dire de l’argent sonnant et trébuchant. L’idée est de prendre cet argent et de le remplacer par de la monnaie de singe, ou tout comme : des actions GM. Le pourcentage d’actions GM pourra être de 17%… ou de 25%. Peu importe, 17% ou 25% d’actions, cela équivaut à…, euuh . . . ouais… dans tous les cas, je vous souhaite bonne chance le jour où vous voudrez payer votre dialyse ou votre hopital avec une poignée d’actions d’un constructeur automobile en faillite.

Par contre, selon Rattner, les banquiers de Citibank et de Morgan sont en droit, eux, d’exiger (et d’obtenir) le remboursement de l’intégralité de leur mise en bon argent, pas en monnaie de singe : 6 milliards de dollars, ici, maintenant et en cash… Et cela de la part d’une entreprise qui n’est même plus en mesure de payer ses sous-traitants, sans parler des factures médicales de ses employés.

Quel est le problème avec le fait de s’accaparer les fonds de retraite des ouvriers quand l’entreprise est en faillite ? Vous devriez le savoir, M. Obama, après tout, vous avez jadis donné des cours de droit : le problème c’est que c’est tout simplement illégal.

En 1974, sous la présidence Nixon, après une série de scandales et de faillites retentissantes de fonds de pension et de retraite, le Congrès des Etats-unis a passé la loi ERISA « Employee Retirement Income Security Act ». ERISA interdit aux entreprises ou aux repreneurs de saisir les fonds de pension des ouvriers – qu’il s’agisse de l’argent accumulé par retenues sur salaire ou bien les sommes collectées au titre de l’assurance médicale ainsi que les bénéfices de ces plans. Ce n’est pas de l’argent « en plus », c’est une partie des salaires de l’ouvrier qui a été prélevée et mise de côté en prévision de sa retraite et ses dépenses de santé.

Cet argent n’appartient plus à l’entreprise, il appartient en nom propre aux ouvriers… au même titre que l’argent que l’ouvrier a sur son compte en banque. Ce n’est pas parce que votre banque a des problèmes de sous qu’elle a pour autant le droit de venir taper dans votre compte.  (…).

En 1974, le Congrès savait très bien ce qu’il faisait. Il n’y a pas une entreprise aux Etats-unis qui n’ait pas eu envie un jour de se refaire une santé financière en tapant dans la cagnotte des retraites. A chaque fois ils se sont fait rappeler à l’ordre : cet argent ne leur appartient pas. Les ressources de ces plans de prévoyance appartiennent à la personne détentrice du plan, ce n’est pas l’argent de M. Dimon ou de M. Rubin. . .

Le Congrès avait également prévu la petite manip proposée par Rattner pour faire passer son pillage du fonds de pension de GM : ce n’est pas parce qu’il propose de remplacer les liquidités du fonds par des actions GM que la manoeuvre devient pour autant légale. Dans leur loi, les députés ont clairement prévu ce cas de figure en insistant sur le fait que les entreprises, en tant que garantes du fond, sont dans l’obligation de « gérer les sommes qui leur sont confiées de manière prudente et diversifiée afin de réduire les risques de pertes importantes pouvant mettre en péril la pérennité du fonds » »

Demandez à n’importe quel conseiller financier : « diversifier » et « éviter les risques » cela ne veut pas dire mettre tous ses oeufs dans le même panier et placer 100 % des retraites des ouvriers dans des actions d’une entreprise en faillite.

Si Rattner réussit son coup, cela créera un précédent qui permettra à n’importe quelle entreprise politiquement bien connectée ou bien en mal de liquidités d’aller taper dans la cagnotte des ouvriers pour jouer leur argent à la roulette.

Il n’est pas surprenant que les premiers bénéficiaires de ce plan seront les banques JP Morgan et Citibank. Ces deux établissements se sont déjà goinfrés plus d’un tiers des mille milliards de dollars d’argent du contribuable distribués sous forme d’assistance par le Trésor US et la Réserve Fédérale. Et ce n’est pas une coïncidence si Citi, le grand vainqueur, a versé plus de 100 millions de dollars à Robert Rubin, l’ancien Secrétaire au Trésor. Dans l’équipe de campagne de Barack Obama, Robert Rubin était « Monsieur Banques », chargé d’obtenir le soutien financier des grands groupes financiers U.S. Peu de gens ont remarqué que les plus grands contributeurs à la campagne de Barack Obama ont été les banques comme Morgan, Citi ou Goldmann-Sachs.

Jamie Dimon a de quoi être content : il récupère sa mise intégralement, il aura réussi à se mettre dans la poche non seulement les derniers vestiges de GM mais également le Secrétariat au Trésor de l’Administration Obama. Pas étonnant qu’il ait déclaré récemment au WSJ que ces douze derniers mois ont été « la meilleure année jamais vue chez Morgan ».

Ces derniers mois n’ont pas été mauvais non plus pour Monsieur Rattner. Quand il a été nommé au Trésor, les communicants autour d’Obama ont tenté de le présenter comme un « fils du peuple », un « militant ouvrier » ayant commencé sa carrière comme permanent syndical dans la sidérurgie.

On s’est bien gardés de vous raconter la suite de sa carrière : Rattner fait partie du tout petit cénacle d’investisseurs regroupé dans »Cerberus Capital », le fonds d’investissement qui avait « racheté » Chrysler. Enfin… « racheté » n’est pas vraiment le mot correct . Cerberus avait « racheté » Chrysler au même titre qu’un cannibale vous « invite » à dîner.

Cerberus n’a pas payé un seul centime pour s’approprier Chrysler – bien au contraire ! Les allemands de  Daimler Corporation ont payé des millions à Cerberus pour qu’ils les débarrassent de Chrysler. Cerberus a encaissé les millions, à désossé Chrysler pour vendre tout ce qui pouvait générer du profit… puis ils se sont débarrassés du cadavre détroussé de Chrysler en le refilant aux contribuables U.S..

Aujourd’hui, « l’homme de la rue » de l’administration Obama déclare une fortune personnelle d’environ un demi-milliards de dollars. Pas mal pour un « militant ouvrier ».

Economiste et journaliste, ancien négociateur syndical, Greg Palast est l’auteur de deux livres classés parmi les meilleures ventes du New York Times : « The Best Democracy Money Can Buy » et « Armed Madhouse ». Il est actionnaire GM et syndiqué depuis près de 30 ans chez UAW (United Automobile Workers).

http://www.gregpalast.com/grand-theft-auto-how-stevie-the-rat-bankrupted-gm/


« La crise est finie », « La croissance revient », « C’était juste un trou d’air »… claironnent les médias qui veulent croire que dans un an on sera « back to business as usual »… ben tiens ! Attachez vos ceintures…

A côté des prêts hypothécaires à taux variables, les subprime sont négligeables
[ Eric J. Fry – La Chronique Agora – 27 Mai 2009]

Quel est le principal problème de l’économie américaine ? Le deleveraging, dixit Igor Lotsvin, co-fondateur de Soma Asset Management, LLC. Le deleveraging peut sonner comme un terme inoffensif qui désigne un processus tout à fait banal. Après tout, le terme fait simplement référence à la réduction de la dette par rapport aux actifs figurant à un bilan. Malheureusement, dans la situation actuelle de l’économie américaine, les actifs des bilans perdent de la valeur plus vite qu’on ne peut réduire la dette. Il faut donc lutter ne serait-ce que pour conserver le niveau actuel.

– L’économie est prise dans un cercle vicieux, au sein duquel la chute de la valeur des maisons, combinée à l’augmentation des défauts de paiement sur les prêts hypothécaires, affaiblissent les actifs sur les bilans des banques — provoquant une réduction des actifs par rapport au passif. Ce processus oblige les banques à dénouer leurs positions à effet de levier de n’importe quelle façon possible. Pour l’instant, les tactiques les plus utilisées consistent à : supprimer le crédit pour les emprunteurs existants ou potentiels, vendre des part et/ou vendre des actifs. Malheureusement, tandis que les actifs continuent à perdre de la valeur sur les bilans des banques, les banques doivent continuer leur deleveraging. Refuser le crédit à des emprunteurs existants et potentiels est la technique la plus facile… du moins à court terme.

– Mais au niveau macro-économique, refuser du crédit aggrave la misère financière qui a, à l’origine, nécessité le deleveraging. En d’autres termes, ce dernier CONTRIBUE à la chute constante de la valeur des maisons, à l’augmentation des défauts de paiements, et donc entraîne le besoin de continuer le deleveraging — rendant ainsi le cercle vicieux du crédit encore plus vicieux, puisque même les entreprises et les emprunteurs solvables perdent leur accès au crédit. C’est le genre de choses qui peut transformer une récession en dépression.

« Le deleveraging qui se produit dans le monde continue sur une très grande échelle », prévient Lotsvin. « Le monde subit un véritable appel de marge en ce moment, et cela ne va pas se régler en quelques trimestres. Le pire est encore à venir ».

– Pour pouvoir commencer à voir un début de rémission, dit Lotsvin, il faudra commencer à voir un début de volonté de prêt de la part des banques. Mais cela ne se produit pas.

– « Le nouveau gouvernement a sûrement eu un A en activisme », reconnaît Lotsvin. « Mais je ferais un retour en arrière et demanderais : ‘est-ce que cela fonctionne ?… Est-ce que les banques prêtent, maintenant ? » Les banques ont reçu des centaines de milliards de dollars de liquidités et des milliers de milliards de dollars de garanties. Nous ne voyons pas le moindre prêt. Le prêt ne se fait pas… Nous prédisons que l’économie ne fonctionnera pas tant que le pouls du crédit ne sera pas revenu ».

– Ce qui est inquiétant, c’est que les tendances du crédit n’avancent pas dans la bonne direction. Le crédit devient plus rare, et non plus abondant. Les banques réparent leurs bilans en refusant des crédits à des consommateurs et à des entreprises. Au cours des six derniers mois de 2008, les banques du pays ont annulé plus de 1 000 milliards de dollars de crédits. On ne peut qu’imaginer le nombre de crédits que ces banques ont refusé à de nouveaux emprunteurs potentiels.

– Doit-on blâmer les banques de ne pas parvenir à étendre le crédit en ces temps de crise ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non ; mais la question n’est pas là. Les banques mettent en avant leurs propres intérêts ; et cela signifie lutter pour survivre un jour de plus. Dans un environnement de ce genre, la survie est un défi de taille.

** Les défauts de paiement des subprime ont provoqué la première vague de détresse dans le secteur financier, mais les hypothèques conventionnelles, combinées à des prêts immobiliers commerciaux ont peut être provoqué la deuxième vague. Et cette deuxième vague est bien plus grosse que la première.

– « La vague de saisies [pour les principaux emprunteurs] ne fait que monter », prévient Lotsvin. « Et pour la mettre en contexte, la crise des subprime que nous avons tous subie… a été provoquée par une classe d’actifs qui ne représente que 1 200 milliards de dollars. C’est tout. Mais la plus grosse vague de réajustement de taux se produira cet été et l’année prochaine, pour les diverses catégories de prêts à taux ajustables, type ARM et ‘Alt-A’. Et ces marchés font deux fois et demie la taille des subprime. Encore plus inquiétant, les principaux indicateurs de saisie augmentent dans chaque classe d’actifs.

– « Le prochain qui lâchera, c’est bien évidemment l’immobilier commercial », prédit Lotsvin. « Il n’y a aucun doute là-dessus. Cela se produira rapidement et de façon brusque. Et ce que nous voyons est bien plus inquiétant que les subprime« .

http://www.la-chronique-agora.com/articles/20090527-1840.html


[Philippulus 24/05/2009]

Après Vous n’auriez pas vu mon or?, voici une nouvelle péripétie d’une dimension inimaginable.

On s’inquiétait pour la dette US, qui vient de dépasser les 11300 milliards de dollars US (voir l’horloge dans le bandeau de droite du présent blog), mais on découvre avec stupéfaction que la banque centrale des USA, la « Federal Reserve », qui n’est en fait rien d’autre qu’un cartel constitué par les plus grands établissements bancaires des États-Unis d’Amérique, aurait égaré pas moins de 9000 milliards de dollars, selon une vidéo postée sur Youtube.

Je me permets de reprendre ci-dessous la traduction proposée par une autre blog des commentaires essentiels tenus au cours de cet échange:

(suite…)


Machiavel – qui savait de quoi il parlait – a écrit que « les citoyens peuvent s’accomoder de beaucoup de choses. Catastrophes, guerres, famines, épidémies… la majorité sert les dents, râle, soupire, mais tient bon. Par contre, l’Histoire nous montre que chaque fois qu’un souverain a touché à l’épargne du peuple, sa tête a fini brandie au bout d’une pique par une foule d’émeutiers chauffés à blanc. L’épargne, c’est le petit espoir d’un jour meilleur qui rend docile la majorité des citoyens, seuls les despérés qui n’ont plus rien sont enragés. Dilapider l’épargne, c’est dilapider le soutien du peuple. »

Si la CDC prend la route de Fanny Mae et Freddy Mac, ça va flamber dans les rues de France et de Navarre…

[L’Expansion –  Julie de la Brosse 09/04/2009]

Les comptes de la Caisse des dépôts sont passés dans le rouge pour la première fois depuis 1816. Soit une perte de 1,5 milliard, selon Les Echos, pour l’institution qui gère les milliards de l’épargne des Français. Faut-il s’inquiéter?

Gestion de quelque 200 milliards d’euros d’épargne des Français, soutien aux banques, aux collectivités, à l’investissement, la Caisse des dépôts et des Consignations est volontiers présentée comme le « bras armé de l’Etat »… Problème, pour la première fois depuis sa création en 1816, elle va enregistrer des pertes pour son exercice 2008, chiffrées jeudi à 1,5 milliard d’euros par le quotidien Les Echos. A comparer avec un bénéfice de 2,5 milliards d’euros en 2007. S’il faut attendre la publication des résultats le 16 avril pour avoir confirmation de ce montant, on peut d’ores et déjà s’interroger sur les causes et les conséquences d’une telle contre-performance pour un établissement aussi crucial. Les réponses de L’Expansion.com

Quelles sont les missions de la Caisse des dépôts ?

Historiquement, la Caisse des dépôts avait pour mission d’investir sur du long terme et de façon sécurisée l’épargne des Français (le Livret A et l’épargne logement actuellement). Mais avec le temps ce super gestionnaire s’est vu imposer diverses autres missions. Banquier de la sécurité sociale, gestionnaire des régimes de retraites des fonctionnaires, elle est également chargée de financer les programmes de rénovation urbaines et des logements sociaux. Par l’intermédiaire de ses filiales, elle gère aussi un certain nombre d’activités concurrentielles : l’assurances des personnes, le développement des PME. Par exemple, elle détient à 100% le première société au monde de remonte-pentes : la Compagnie des Alpes.

Mais depuis quelques années, la Caisse a encore accentué ses interventions en tant qu’investisseur institutionnel. Qualifiée de véritable fonds souverain de l’Etat français par les opposants à cette transformation, la Caisse des dépôts n’est plus restreinte aux simples missions d’intérêt général.  Elle est ainsi présente dans de nombreuses entreprises du CAC 40. D’Alcatel-Lucent à PSA Peugeot Citroen en passant par Michelin ou encore Dexia (la liste est loin d’être exhaustive), la Caisse des dépôts serait le premier ou deuxième actionnaire d’une entreprise du CAC 40 sur 3.

Comment expliquer ces pertes ?

C’est justement la chute vertigineuse des cours boursiers en 2008 qui serait à l’origine de ces pertes historiques. Des moins values chiffrées à un milliard d’euros par le journal Les Echos. « Si l’on avait appliqué par le passé les normes comptables actuelles, la Caisse aurait assurément été en pertes certaines années, notamment dans les années 1930 », se défend cependant un cadre de l’établissement au quotidien. Et en effet, avec l’obligation comptable de s’en tenir à la valeur actuelle de l’action alors même qu’aucun titre n’a encore été vendu, ces pertes potentielles ne pouvaient être que colossales. (suite…)


La confession et la rédemption, par Sylvain Cypel
[LE MONDE | 07.04.09 ]
Cest en 1985 qu’il est entré chez Lehman. Là, ce mathématicien de formation élaborait pour feu la célèbre banque d’affaires des produits boursiers très novateurs. Après quelques années, il vivait bien : 125 000 dollars de bonus annuel. Mais les traders, eux, « se faisaient plusieurs millions ». Un jour, il a demandé à son chef de « passer au trading, où on faisait le gros pognon ». Le boss a refusé en ces termes : « Mike, es-tu capable de trouver des gens plus idiots que toi afin d’en tirer profit ? Le trading, c’est de ça dont il s’agit ».

Son nom est Michael Osinski. Il raconte dans le New York Mag comment, passé chez Kidder Peabody, il a « conçu les programmes qui ont transformé les emprunts hypothécaires en titres boursiers ». Dans les banques d’affaires américaines, plusieurs équipes oeuvraient alors en ce sens. Mais sa longue confession est une première. Elle est intitulée : « Mon « projet Manhattan » : comment j’ai aidé à construire la bombe qui a fait exploser Wall Street. » Le « projet Manhattan », c’était la fabrication de la bombe A. Mike est à la finance ce que fut Robert Oppenheimer à la physique nucléaire après Hiroshima.

Il était si fort qu’il s’est vendu ailleurs, mieux rémunéré. Là, il a conçu le top du top, le programme qui connectait toutes les opérations possibles sur les titres de dette hypothécaire. « Tout ça m’excitait. » Un jour, un type lui a demandé s’il pourrait aussi modéliser la titrisation des emprunts subprimes. « Je voulais lui plaire, je lui ai dit que dans un mois il l’aurait. » En 2001, à 45 ans, riche et fatigué de ce travail, il s’est retiré pour se consacrer à l’ostréiculture. « C’est plus difficile et frustrant » que titriser, mais ça lui plaît énormément.

Evidemment, il n’a « rien anticipé ». D’ailleurs, il ne pense toujours pas que la titrisation est en soi une mauvaise chose : « Faite correctement et avec prudence, elle augmente l’efficacité des banques à prêter de l’argent. » L’atome ne peut-il pas aussi fournir lumière et chaleur plutôt que de vitrifier des humains ? A l’époque, il ne se posait même pas la question. Après la première obligation qu’il avait conçue, nommée CMO, il en avait imaginé d’autres, encore plus sophistiquées, plus rentables. « Je montais dans la salle des marchés et je regardais mon programme mis à l’oeuvre sur une mer d’écrans. Un programmateur n’admire pas tant sa création pour ce qu’elle fait que pour la manière dont elle le fait. Ce truc était beau, élégant. »

Ce « truc » a fait exploser Wall Street, puis la planète finance. Il parle désormais du « monde pervers des obligations », du « processus de titrisation qui fournissait de plus en plus de viande au hachoir ». Il décrit des jeunes de 30 ans qui maniaient des milliards comme d’autres une fourchette à table et pariaient 100 dollars en allant aux toilettes pour voir qui urinerait de plus loin dans la cuvette. Michael Osinski en est aujourd’hui malade. Son voisin, un enseignant à la retraite, lui a dit avoir perdu la moitié de ses économies en Bourse et vu sa pension réduite d’autant. « J’ai contribué à cet échec monumental. Pour cela, je dois faire mea culpa. »

Certains se confessent, d’autres choisissent de se racheter. Ainsi Stanford Kurkland, l’ex-numéro deux de Countrywide, la grande caisse de crédit américaine qui s’est effondrée la première. Plus que quiconque, celle-ci avait poussé ses brokers à placer des subprimes à tout-va, sans se soucier de la solvabilité des emprunteurs, engrangeant ainsi des bénéfices fabuleux. Countrywide est haï par des centaines de milliers de foyers menacés d’expulsion. M. Kurkland a été le type idéal du « prédateur ». Aujourd’hui, certaines victimes le considèrent comme leur bienfaiteur.

Licencié avec de grasses indemnités contractuelles, il a créé, avec une douzaine d’ex-cadres de sa banque et de gros investisseurs, une nouvelle caisse de crédit, PennyMac. Un organisme « modèle » en Californie. Il rachète par paquets entiers aux banques, à bas prix, des appartements de propriétaires insolvables menacés d’expulsion dont elles veulent absolument se défaire. Les autres, en général, se débarrassent des occupants pour revendre. Pas lui. Il négocie alors avec les familles un refinancement de leur emprunt. Exemple : s’il a racheté une villa à 30 % de son prix initial, il offre une réduction de moitié du remboursement du prêt. La différence plus les intérêts du nouvel emprunt sont pour lui. Il engrange à nouveau des millions de dollars, mais des centaines de familles qui se voyaient déjà à la rue pleurent de bonheur.

Peut-être Michael Osinski et Stanford Kurkland agissent-ils ainsi pour pouvoir se regarder plus facilement chaque matin dans la glace. Une confession personnelle et une initiative individuelle ne sont qu’une goutte d’eau face à la situation générale des victimes des subprimes : quatre millions de familles restent menacées aux Etats-Unis, et les prédateurs de logements saisis pullulent. Le 8 mars, un millier de personnes se pressaient au Jacob Javits Convention Center, à New York, où avait lieu une vente aux enchères d’appartements saisis. « Des occasions en or », disait la publicité. Brusquement, quelques personnes expulsées de chez elles se sont levées et ont hurlé aux gens : « N’achetez pas ! Les saisies sont un crime. Un jour, ils prendront aussi votre maison. » Un service d’ordre les a rapidement… expulsés de la salle.

http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/04/07/la-confession-et-la-redemption-par-sylvain-cypel_1177776_0.html


[Bill Bonner – La Chronique Agora – 02/04/2009]

Nous n’y allons pas par quatre chemins, aujourd’hui. Et comme d’habitude, nous sommes optimistes.

* Le monde ne va PAS tout droit en enfer. En fait, il commence à se remettre d’aplomb. Les Américains se remettent à épargner. Les Chinois commencent à chercher d’autres endroits où vendre leurs gadgets et leurs babioles. Le capitalisme fait son travail. Il détruit les erreurs de l’Ere de la Bulle. Il brûle les abus du passé pour pouvoir reconstruire l’avenir. Les actions sont sur le rebond. Le monde attend de bonnes nouvelles. Les statistiques économiques sont épouvantables — mais pas autant qu’on l’attendait, apparemment.

* Les licenciements aux Etats-Unis sont trois fois plus élevés qu’à la même époque l’an dernier. Et l’indice de l’activité manufacturière a glissé pour le 14e mois d’affilée en mars.

* Mais voilà les pompiers. Qu’apportent-ils ? Eh bien ça alors… un nouvel aller simple pour l’enfer !

** Le G20 s’est réuni à Londres. M. et Mme Obama ont déjà rencontré la reine. Et les manifestants ont déjà rencontré la police.

* Il y a les anarchistes, les écologistes, les militants pour l’indépendance du Tibet, les végétariens… quasiment tous les mécontents sont dans la rue. « Faites l’amour, pas l’effet de levier », disait une banderole. Nos bureaux de Londres nous disent que les manifestants sont devenus incontrôlables. Ils ont attaqué la police… et démoli une agence de la Bank of Scotland.

* « Construite sur du sang », dit un tag sur les murs de la Banque d’Angleterre. On a fait brûler l’effigie d’un banquier… et il y a eu des bagarres. Un manifestant sautillait, déguisé en lièvre de Pâques. D’autres portent des masques… et commettent des forfaits. Il y a eu un mort.

* Mais dans quel but ? Les manifestants sont aussi perdus et désespérants que les grosses pointures du G20 qu’ils tentent d’impressionner. Tous pensent que le monde irait mieux — si seulement les gens voulaient bien les écouter !

* Et pendant ce temps, le G20 coûte des milliers de milliards de dollars.

** Rien qu’aux Etats-Unis, la facture de la bataille contre la correction se monte à 14 000 milliards de dollars environ, d’après nos calculs. Cela ne comprend pas seulement les sommes réellement dépensées… mais également les garanties de la Fed, les rachats d’actifs toxiques et ainsi de suite. Vous vous rappellerez que M. Paulson affirmait que racheter les actifs puants des banques rapporterait de l’argent aux contribuables. Lorsque le monde reprendra ses esprits, a-t-il affirmé, on réalisera que ces actifs valaient plus que le prix demandé.

* Ha… ha… ha…

* C’était il y a environ 6 000 milliards de dollars. Chaque jour, les pertes continuent de s’accumuler. Au lieu d’être des achats rusés, les actifs repoussants des banques se sont révélés être encore pires qu’on l’imaginait.

* Mais le fait qu’ils se soient trompés sur toute la ligne ne semble pas décourager les secouristes. Non… ils n’ont pas vu venir l’incendie. Non… leurs contre-feux n’ont pas fonctionné. Non… ils ne savent pas ce qui a causé le brasier, ni où il va et encore moins comment l’éteindre. Et pourtant — donnez-leur plus d’argent, pour qu’ils puissent agir !

* La dette nationale officielle des Etats-Unis a dépassé les 11 000 milliards de dollars. Attendez une seconde… n’avons-nous pas annoncé il y a quelques mois qu’elle avait dépassé les 10 000 milliards ? Oui, tout à fait, cher lecteur… La dette américaine explose. Les autorités annoncent qu’elles emprunteront 2 000 milliards supplémentaires cette année. Si les renflouages et les relances se succèdent comme prévu, la dette augmentera de près de 10 000 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années. En d’autres termes, d’ici à 2020, les Etats-Unis ajouteront chaque année plus de dette qu’ils n’en ont accumulé durant les deux premiers siècle de leur existence.

* Voilà qui est parler !

* C’est la raison pour laquelle nous faisons confiance aux autorités. Oui, elles peuvent trébucher et se tromper… mais elles finiront par y arriver. Elles provoqueront de l’inflation comme nous n’en avons encore jamais vu ! Donnez-leur le temps…

* Les Etats-Unis vous souhaitent la bienvenue au pays de Ponzi, cher lecteur. Ils doivent faire entrer de l’argent frais pour payer les intérêts sur le vieil argent qu’ils ont emprunté. Et chaque jour qui passe, le montant qui ne peut être remboursé augmente…

http://www.la-chronique-agora.com/articles/20090403-1704.html


[Le Monde Diplomatique – Avril 2009]
Le mal qui ronge la finance dévore à présent l’économie mondiale dont elle a tiré sa substance. Quand une banque s’écroule, une autre la rachète, garantissant ainsi que l’Etat devra la sauver, elle, puisqu’elle devient « too big to fail » (« trop grosse pour faire faillite »). Un peu partout, dans la précipitation et le couteau sur la gorge, le contribuable paie des milliers de milliards de dollars pour secourir les plus grandes institutions financières. Or nul ne sait combien d’« actifs toxiques » demeurent dans leurs entrailles, ni combien il va falloir encore payer pour acquérir la pile montante de leurs créances avariées. Le bilan de la déréglementation financière, le voilà.

Autrefois, le travail de banquier paraissait facile. On évoquait la règle américaine du « 3-6-3 ». Emprunter à 3 %, prêter à 6 %, partir jouer au golf à 3 heures. Maîtriser un tel exercice ne réclamait pas un bataillon de mathématiciens armés de modèles économétriques. Puis vient le tournant des années 1980. La « diversification » s’impose, la « prise de risque », le « décloisonnement », aussi. La loi américaine Glass Steagall de 1933 interdisait aux banques d’investir en Bourse. Semblable vieillerie héritée du New Deal est abolie dans l’allégresse de la nouvelle économie. Modernité oblige, les banques cessent de dépendre de la confiance de leurs épargnants (1).

Sans tarder, elles investissent dans de nouveaux placements — des « dérivés » de produits panachés à partir de créances qu’elles ont elles-mêmes un jour « titrisées »… Autant dire que les banquiers eux-mêmes comprennent à peine de quoi il retourne (un manuel de 150 pages serait parfois requis pour y parvenir), tout en appréciant ce que tant d’innovation leur rapporte. Prêter toujours davantage, dans l’opacité et avec toujours moins de fonds propres, voilà qui est risqué. Mais on vivait alors le temps des bulles, des expansions sans fin, des pyramides financières, des salaires de pharaon, ce qui encourageait de nouvelles fuites en avant (2). Fin 2007, des banques prêtèrent jusqu’à trente fois le montant qu’elles détenaient dans leurs soutes. Des assureurs comme American International Group (AIG) protégeaient leurs parcours de funambules…

Un jour, c’est-à-dire hier, la corde a cassé ; certains débiteurs des banques, ruinés et ne pouvant s’endetter davantage, ont cessé de les rembourser. Or ces dernières étaient fragiles puisqu’il suffisait qu’une fraction infime des emprunts qu’elles avaient consentis deviennent insolvables pour qu’elles fassent elles aussi faillite. Et leurs assureurs avec elles. Dégringolade de l’immobilier, chute de l’activité économique, flambée du chômage : comment les établissements financiers peuvent-ils à présent imaginer qu’ils vont se refaire ? Réponse : l’Etat — dont les commandes ont été parfois livrées à des petits génies en transit entre deux banques — veille sur leur sort.

Il est temps qu’il prenne carrément la direction des opérations. De toute manière, le salut de la finance ne dépend plus d’actionnaires privés, lesquels ne retrouvent des couleurs que quand un gouvernement leur annonce une nouvelle injection de fonds. Hérétique hier, quand même les socialistes français déréglementaient la finance (lire pages 6-7), la solution de la nationalisation des banques devient à ce point évidente — ou la calamité qu’elle empêcherait à ce point menaçante — que des parlementaires républicains la préconisent aux Etats-Unis. Des journaux aussi libéraux que The Economist s’y sont également ralliés (3).

Il paraît toutefois que, sitôt les banques purgées avec l’argent des contribuables, il faudrait les rendre à leurs actionnaires. Faire le ménage, en somme, puis restituer l’appartement à ceux qui l’ont saccagé. Mais pourquoi ? Des systèmes bancaires nationalisés ont impulsé à bon compte des décennies d’expansion. De quel bilan comparable les banques privées peuvent-elles encore se prévaloir ?

Serge Halimi.

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/HALIMI/16971

(1) Lire Ibrahim Warde, « Les assises du système bancaire détruites par la déréglementation », Le Monde diplomatique, janvier 1991 (disponible dans le cédérom du Monde diplomatique.

(2) En 2008, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Lehman Brothers et Bear Stearns ont distribué 20 milliards de dollars de bonus à leurs employés alors qu’elles venaient de perdre 26 milliards de dollars et faisaient appel à l’Etat pour les sauver. A Goldman Sachs, chaque employé reçut une moyenne de 362 000 dollars, salaire compris (The Wall Street Journal, New York, 20 mars 2009.)

(3) Editorial « In knots over nationalisation », The Economist, 28 février 2009


[Gregor Seither – IES News Service – 24/03/2009]
Dans les médias U.S., après la controverse suscitée par le plan de rachat public des actifs « toxiques » mis en place par le Secrétaire au Trésor Timothy Geithner, on note – avec surprise – que les grandes banques du pays se ruent littéralement pour acheter ces actifs sans valeur. Pourquoi les banques se précipitent-elles ainsi ? Et pourquoi les médias s’étonnent-ils ?

Alors que Geithner à réussi à mobiliser la FDIC et la Banque Fédérale, les amenant à donner encore plus d’argent public aux banques pour les « sauver », les actions des grandes institutions comme Bank of America, Citibank… se redressent et font même remonter la cotation du Dow Jones Industrial Average ! Oui, oui, vous avez bien lu. Après 8 mois qui ont vu des centaines de milliards de dollars s’évaporer en l’espace d’une nuit, l’industrie financière continue à vouloir nous faire croire qu’elle fait partie de l’économie industrielle, celle qui fabrique quelque chose de tangible.

Mais là n’est pas la question. Ce qu’il faut se demander c’est : Pourquoi les plus gros acheteurs de ces « actions toxiques » sont ils également ceux qui ont le plus participé à la débâcle financière ? Pourquoi est-ce qu’on demande aux icebergs de venir se porter au secours du Titanic ?

Pendant des années Bank of America, Citibank, G&S ont, , été les pires fabricants de paquets d’actions pourries, encapsulant des CDO dans des FCP et ainsi de suite, jusqu’à ne plus savoir eux-même ce que valaient vraiment les produits qu’ils nous fourguaient… Pourquoi se précipitent-ils aujourd’hui pour acheter encore plus de ces produits « pourris » ? Ils devraient être les premiers à s’en méfier, non ?

C’est bien là la clé de l’énigme. De toute évidence l’Administration U.S. s’est encore une fois fait embobiner – ou alors l’a fait délibérément, ce qui ne serait pas étonnant, vu le nombre de financiers dans l’équipe Bush et Obama.

Wall Street, par le biais de son vieux copain, ancien président de la « Fed » et actuel Secrétaire d’Etat au Trésor, a encore une fois réussi à monter une arnaque qui lui permettra de se refaire grâce à l’argent des contribuables, notre argent.

Prenons un exemple : admettons qu’une banque est assise sur un paquet de CDO ( collaterised debt obligation, en français, « obligation adossée à des actifs »)  pour une valeur nominale de 10 millions de dollars US. Ce paquet d’actifs est représentatif de ce que les banques détiennent à ce jour, à savoir essentiellement des titres immobilier surévalués. Quelle est la valeur réelle de ce paquet d’actifs ?

Une récente étude de Fitch Ratings (http://www.fitchratings.com/) a démontré que 98% des « packages » de CDO qu’ils avaient examinés contenaient des actifs pourris, surévalués voire frauduleux, et ce à un très haut degré. Les vendeurs d’actions immobilières étant payés à la com’ et n’étant pas moins avides que leurs chefs, la plupart mentaient sur les capacités financières des emprunteurs à qui ils vendaient de crédits « subprime », voire accordaient des crédits bien supérieurs à la valeur réelle de la maison et empochaient la différence.

Le résultat est que, ce paquet d’actifs qui figure dans la comptabilité de la banque pour une somme de 10 millions n’en vaut probablement que 2 millions à tout casser. La comptabilité de la banque est plombée par ces 10 millions qui n’en valent que 2. Comment s’en débarrasser ? Voici le tour de bonneteau imaginé par Geithner.

Etant donné que le gouvernement subventionne les banques proportionnellement à leurs pertes, la banque va donc encore surévaluer le paquet de CDOs (bien malin qui pourrait en vérifier la valeur réelle) et en proposer le rachat à 5 millions de dollars. Dans la pratique, des « banques amies » peuvent racheter les « produits toxiques » d’une autre.

C’est sur la base de cette valeur – inventée par les banques – que le FDIC, avec votre argent cher lecteur, va « subventionner » ce rachat des actifs toxiques. Le FDIC n’en paye que 85% de la valeur, soit 4 250 000 dollars. La banque « amie », elle, paye les 15% restants, c’est à dire 750 000 dollars.

Vous avez compris ? En échange d’une immobilisation de 750 000 dollars, une banque purge sa compatibilité des 10 millions « pourris » et se débarrasse d’un paquet d’actifs valant au plus 2 millions. En échange, la banque « amie » reçoit du gouvernement la somme de 4 250 000 dollars… soit le double de la valeur réelle de ces actifs. En pleine crise, alors que les entreprises mettent les gens au chômage, les banques réussissent à vider leurs écuries et à nous en vendre la merde au double du prix normal…

Plus les banques détenant des actifs pourris payent pour ces produits toxiques, plus le gouvernement leur versera de l’argent au titre des 85%. La stratégie mise en place par les banques est donc de surpayer encore et encore.

C’est tout bénef pour eux : débourser 15% est un faible prix à payer pour que le gouvernement intervienne et mette 85% sur la table afin de purger votre comptabilité de la merde qui en bouchait les tuyaux.

Depuis 30 ans, Goldman Sachs et autres ont lentement mais sûrement fait leur trou dans l’Administration U.S. jusqu’à former un « arc de compétence » autour de l’équipe présidentielle. Le rideau « pro-banques » qu’ils ont tissé autour de l’exécutif U.S permet aujourd’hui d’écarter toute remise en question, le Président « pense Banque » sans même se poser de questions…

Cette stratégie est payante, on le voit encore aujourd’hui. Est-ce qu’elle sera viable à long terme ? A Wall Street on s’en fout, la seule chose qui compte c’est le cours de cloture de ce soir…

Le seul qui se fait encore une fois avoir, c’est vous, c’est nous… l’argent investi pour « sauver » le capitalisme est celui qui fera défaut quand il s’agira de financer des hopitaux, des écoles, des retraites, la sécurité sociale… ou tout simplement assurer la trésorerie d’une PME qui ne veut pas licencier…


[Rationalité limitée – 24/03/2009]

La blogosphère économique américaine est en effervescence suite à l’annonce du plan proposé par Timothy Geithner consistant en un partenariat public/privé pour racheter les actifs toxiques qui plombent les bilans des banques américaines. La tonalité générale est plutôt au scepticisme mais avec quelques exceptions notables comme Brad De Long ou James Surowiecki. Pour bien comprendre ce plan et en quoi il se différencie du plan Paulson et de la nationalisation partielle des banques, il faut absolument lire ce billet de Mark Thoma et son exemple des “voitures toxiques”. Le même Mark Thoma, qui était a priori partisan d’une nationalisation partielle, ne condamne pas par ailleurs le plan Geithner et le crédite de certains aspects positifs.

Comme je l’ai dit, la plupart des économistes américains (du moins sur la blogosphère) restent sceptiques. Voir notamment ce que raconte Paul Krugman (ici, ici, , ou encore ). Sandeep Baliga souligne quant à lui le fait qu’il existe, quoiqu’il arrive, un problème irréductible de sélection adverse : quelque soit le mode de rachat des actifs toxiques (de ce point de vue, le plan Geithner et le plan Paulson reviennent au même), les banques sont de toutes façons incitées à sur-évaluer leurs actifs toxiques avec l’idée que, étant “too big to fail”, si elles ne parviennent pas à se débarraser de tous ces actifs toxiques, on les aidera d’une manière ou d’une autre plus tard. De ce point de vue, la nationalisation a l’avantage d’évacuer ce problème. On pourra rétorquer deux choses : nationaliser, même partiellement, les banques (comme la Suède en 1992) a quelques inconvénients, notamment de mettre aux manettes les agents qui ne sont pas forcément les plus compétents pour cela. D’autre part, comme l’indique Mark Thoma, le coût pour le contribuable est une chose à prendre en compte certes, mais il faut aussi voir que l’objectif de ce plan de rachat est avant tout de remettre en marche le système bancaire. Sur le long terme, cela veut dire un gain net pour tout le monde.

En tout cas, la ligne de fracture entre les Etats-Unis et l’Europe se confirme. Que ce soit sur la question des banques ou du plan de relance, il se dégage clairement deux philosophies : la philosophie “activiste” américaine, qui n’hésite pas à engager des milliards de dollars dans les politiques de relance et dans le sauvetage des banques ; la philosophie “attentiste” des européens, qui ne font pas grand chose, tant sur le plan monétaire que budgétaire. Pire, en France, on a réussi à trouver une solution bâtarde pour les banques dans laquelle il leur a été fournie une aide publique sans réelles contreparties. On a là une énigme intéressante en terme d’économie politique : la passivité européenne s’explique-t-elle par la difficulté à coordonner les actions des différents Etats ? Par le fait qu’il n’y a vraisemblablement pas d’économistes à proximiter du pouvoir sarkozien ? On peut aussi arguer, comme le font le gouvernement et Jean-Claude Trichet que la plus grande importance des stabilisateurs automatiques en Europe fait qu’une relance de moins grande ampleur est nécessaire. Ce dernier argument est partiellement (seulement partiellement) valable. En revanche, le problème du système bancaire n’est pas véritablement résolu.

Edit : Arnold Kling est contre le plan Geithner et explique pourquoi de manière métaphorique par le biais du tournoi final du championnat américain de basket universitaire (c’est ce qui a attiré mon attention).


Depuis 2007, ce n’est guère que la sixième fois que les experts financiers nous serinent que ouf, on peut respirer, la crise est passée… Cette fois-ci c’est Emmanuel Lechypre qui s’y colle… il disait déjà la même chose l’an dernier.

C’est bien pour cela qu’il y a le mot CON, dans consommateur…

Trois signes encourageants pour une sortie de crise

[L’Expansion.com – 17/02/2009]La récession n’est pas terminée, mais il semble que le plus fort de la tempête est passé, explique Emmanuel Lechypre, responsable du Centre de prévision de L’Expansion.

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/trois-signes-encourageants-pour-une-sortie-de-crise_174954.html?XTOR=EPR-177


Le mot d’ordre cette année c’est : « ne dites surtout pas à Klaus Schwab (le fondateur du Forum économique) que je brasse de l’argent, il me croit militant alter-mondialiste ou sympathisant de l’ultra gauche allemande ».

[Philippe Béchade -La Chronique Agora – 27/01/2009]

A l’image des étoiles filantes, il n’aura fallu que quelques dixièmes de secondes (à l’échelle du capitalisme post-révolution industrielle, soit environ 250 ans) aux stars de la finance mondiale pour tomber du firmament vers les zones les plus obscures de l’horizon.

Oui, à un an de distance, c’est comme si une épidémie de virus « subprimo-dépresseur » avait frappé une typologie bien précise de participants au Forum de Davos : la majorité des financiers ayant basé leur expansion et leur munificence sur la spéculation et les effets de levier ont disparu de la liste des Maîtres du Monde.

Parmi les grands noms qui brillent… par leur absence, citons des habitués du Forum tels Richard Fuld Jr., ex-patron de Lehman Brothers, John Thain, ex-CEO de Merrill Lynch et directeur démissionnaire de Bank of America (jeudi dernier).

Parmi les survivants de la tempête d’octobre qui ont décliné l’invitation des organisateurs, nous notons la défection de Vikram Pandit et Lloyd Blankfein, les patrons de Goldman Sachs. Il y a aussi Sir Win Bischoff, le président de Citigroup, qui fera représenter la firme par Richard Parsons, l’ancien CEO du groupe Time Warner Inc.

Nous ajouterons à cette liste des absents de marque quelques milliardaires rapidement enrichis comme Ramalinga Raju, l’ex-patron de Satyam Computer (pour cause d’emprisonnement) ou Edgar de Picciotto, président de l’Union bancaire privée. Ce dernier a fait investir ses clients à hauteur de 700 milliards de dollars dans les fonds Madoff — autre figure éminente de l’élite capitaliste qui attend son placement imminent derrière les barreaux.
Le mot d’ordre cette année c’est : « ne dites surtout pas à Klaus Schwab (le fondateur du Forum économique) que je brasse de l’argent, il me croit militant alter-mondialiste ou sympathisant de l’ultra gauche allemande ».


[Philippe Béchade – Chronique Agora – 06/01/2008]
Les pressions baissières qui s’exercent sur les marchés actions depuis 15 mois semblent avoir été gelées par la chute des températures dans l’hémisphère Nord… mais les investisseurs ne savent pas trop s’il faut s’enthousiasmer pour le plan de relance sur lequel planche Barack Obama — une promesse d’avenir à 800 ou 1 000 milliards de dollars, voire plus si les prêteurs réitèrent leur confiance dans le dollar ? — ou se passionner pour l’audition de Bernard Madoff.

Les investisseurs du monde entier vont suivre les auditions de celui qui est devenu la référence millénaire en matière de carambouille financière comme s’il s’agissait de la cérémonie d’enterrement des années de brassage d’argent virtuel et de création de fausse valeur à partir de simples manipulations de fichiers informatiques.

La légende voudrait qu’un trader solitaire — appelons-le Jérôme Kerviel — puisse faire apparaître ou disparaître à volonté des milliards d’euros de gains ou de pertes en tapotant à la dérobée quelques lignes de programme sur un misérable clavier en matière plastique, au nez et à la barbe de l’élite de la sécurité informatique et des meilleurs cerveaux recrutés par les instances de régulation internationales.

Mais Bernard Madoff a fait beaucoup plus fort. Il a ridiculisé les dirigeants d’Enron, lesquels étaient parvenus à faisander Wall Street durant une demi-douzaine d’années à coup de fausse comptabilité, de filiales offshore, de cabinets d’audit marrons et de chantage exercé sur les analystes les plus intègres.

Il a même réussi à démentir le postulat d’Abraham Lincoln qui estimait que l’on peut parvenir à tromper un grand nombre de personnes durant peu de temps, ou bien tromper un tout petit nombre de personnes durant très longtemps… mais jamais réussir à combiner les deux à la fois.

Pendant plus de 20 ans, l’élite intellectuelle et financière de la côte Est, de la Floride et de la Californie s’est prosternée devant Bernard Madoff. La SEC n’avait pas à proprement parler embrassé sa cause face aux détracteurs de Madoff, mais l’un de ses plus éminents inspecteurs avait tellement embrassé sa nièce qu’il avait fini par l’épouser.

En moins de 12 mois, quelques baudruches en col blanc « bien sous tous rapports » — et notamment ceux des agences de notations qui attribuaient des triple A aussi bien à Northern Rock qu’à Lehman Brothers, UBS, Hypo Real, Fortis ou Bear Stearns — ont fait vaciller deux siècles de capitalisme et de révolution industrielle. Les plus pessimistes envisagent même comme conséquence ultime une désintégration des démocraties occidentales, tant l’influence des lobbies a pesé lourd dans le processus de dérégulation de l’industrie du crédit avec, comme corollaire, l’explosion des opérations financières impliquant des paradis fiscaux.

–>Etes-vous prêts à prendre le pari que la leçon de la crise née du « laisser-faire » a été bien apprise par ceux qui tirent depuis si longtemps les ficelles dans les coulisses du Congrès américain, de l’OMC, de la Commission de Bruxelles ou du parlement de Strasbourg ? Nous entendons déjà l’objection nous opposant la théorie du complot…

–> Croyez-vous que le personnel politique, devenu soudain incorruptible de Washington à Tokyo, en passant par Londres et Berlin, décrètera le bannissement des paradis fiscaux ? Ou encore qu’il lancera une traque impitoyable visant tous les fraudeurs de type Madoff qui sévissent dans les eaux troubles de Wall Street et du Nasdaq… ou chassent leurs proies des îles Caïmans aux Antilles néerlandaises ?

–> Croyez-vous que les centaines de milliards de dollars fraîchement imprimés par simple décret du Congrès sur proposition de la Fed et du Trésor US vont être confiés à une nouvelle génération de banquiers et de politiciens formés à l’école de l’intérêt du « peuple souverain » et des millions d’individus enfermés dans le piège de la dette ?

–> Croyez-vous que Barack Obama, en dépit des formidables espoirs qu’il incarne, a le pouvoir de préserver la crédibilité du dollar papier ? Ou encore celui de modifier radicalement le partage des fruits du travail entre salariés (qui devraient enfin payer un peu moins d’impôts dès 2009) et actionnaires (qui bien souvent n’en payent plus depuis des lustres, parce que fiscalement apatrides) ?

Si vous avez répondu oui à chacune des questions qui précèdent, alors dépêchez-vous de récupérer toutes les liquidités déposées sur votre livret A avant que sa rémunération ne chute de 150 points d’ici fin janvier. Puis réinvestissez les yeux fermés sur toutes les valeurs qui ont chuté de 60% ou plus en 2008 avec le secret espoir de décupler votre mise d’ici 2028. C’est ce qu’ont fait ceux qui ont placé leur épargne en Bourse au début des années 80… pour prendre leurs bénéfices avec le basculement des Etats-Unis sous administration républicaine à l’automne 2000.

Vous nous imaginez peut-être plus cynique que nous ne le sommes mais nous parions que le prochain piège haussier fera un plus grand nombre de victimes encore. L’homme est ainsi fait qu’il préfère s’accrocher au moindre espoir de se refaire et d’effacer une partie des pertes qu’il a subies plutôt que de remettre en cause la structure de son épargne, convaincu que les moins-values boursières ne sont qu’un bref orage ponctuel dans un ciel d’un vert (la couleur de la hausse) immaculé…

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/PhilippeBechade.html


[Ayad Singh – SustainableFinance/IES Media Cooperative – 04/01/2009]

A l’occasion de la nouvelle année, l’émission MONEY sur CNN, parrainée par Bloomberg, a voulu rassembler la fine fleur de la finance afin d’examiner les conséquences de la crise en 2009. Tout le gratin des analystes financiers était là, Goldman Sachs, bien évidemment mais aussi des anciens de Lehman, de Towers, de Prime Cap…  bref des gens qui se sont surtout illustrés ces 5 dernières années, par une totale incapacité de prévision et d’analyse… et des gens qui ont tous la propension à être d’accord entre eux. Bref, en matière de débat, cela ne risque de pas être très intéressant…

CNN avait l’habitude d’inviter également régulièrement un autre analyste : Peter Schiff. Président d’un fonds d’investissement, Peter Shiff prédit depuis des années la crise actuelle, lors de nombreuses apparitions publiques sur CNN, MSBNC, FOX etc…Sous les quolibets moqueurs de ses petits camarades ‘experts’, Schiff décrivait exactement ce qui nous arrive aujourd’hui… Il aurait dont été intéressant de lui demander son avis sur 2009, étant donné qu’il est quasiment le seul à avoir fait des prédictions correctes, ces 5 dernières années.

Mais Schiff a un gros défaut : il est controversial – ce qui en langage politiquement correct de la part des moutons de la presse signifie « il profère des avis qui ne rentrent pas dans la grille autorisée des avis pour et  contre ». Ainsi Schiff critique les mesures prises par l’Administration pour sortir de la crise et ose dire que la seule solution pour les Américains est de changer de mode de vie, de cesser de vivre à crédit comme s’il n’y avait pas de lendemain, de revenir à une économie fondée sur la vraie production de valeur, pas sur la spéculation… Sacrilège ! On ne peut tolérer quelqu’un qui sabre à ce point le Veau d’Or.

Après s’être fait couper le micro lors d’une récente émission sur CNN., début décembre, Schiff a tout bonnement été débarqué du paysage médiatique.

  • Peter Schiff
Peter Schiff est un financier diplômé de Berkeley. C’est un des rares gros calibres du milieu autorisé à avoir prédit l’actuelle crise financière (noter dans cette vidéo comme ses contradicteurs de l’époque le font passer pour un illuminé). Selon lui, les mesures officielles actuelles ne font qu’aggraver la situation :
“The brutal truth that no one in Washington dares acknowledge is that our systemic economic problems can only be solved by a reduction in consumer borrowing and an increase in savings. We must repair our national balance sheet and a painful recession is the only path to achieve this. By interfering with the market’s attempts to bring this necessary change about, all the proposals currently coming from Washington or bubbling up from think tanks and Nobel prize-winning economists, will only exacerbate the imbalances and lay the foundation for even greater losses and a larger crisis”.
En octobre, il émet publiquement l’hypothèse de la loi martiale. Dans diverses interviews, ou compilations, il défend le probable effondrement du dollar. Le 8 décembre, sur CNN, alors qu’il s’apprête à faire des révélations importantes, il est purement et simplement censuré en direct.

[Gregor Seither – IES Media Cooperative – 12/12/2008]

Mercredi dernier, dans la ville d’Oklahoma City, Thomas Wayne Garrett devait aller chercher sa femme à l’hopital où elle avait passé dix jours. Mais ce même jour, le facteur lui avait apporté un courrier de son propriétaire, à qui il louait la maison. Ruiné par la crise des « subprime », celui-ci avait été obligé de vendre la maison et lui ordonnait de quitter les lieux sous 48 heures. Comme des millions d’autres Américains, Tom Garrett était « evicted », jetté à la rue à l’àge de 60 ans,  le jour même où il devait ramener à la maison sa femme malade.

« Je suis allé chercher Cynthia à l’hôpital et j’ai fait le tour de la ville avec elle, a expliqué M. Garrett à la police. « Je ne savais pas comment lui dire, à sa sortie d’hôpital, que nous n’avions plus de maison où aller, que nous étions des sans-abri. Je ne savais pas comment lui annoncer la nouvelle, alors à un moment, je me suis garé sur le bas-côté, j’ai pris le calibre 38 dans la boite à gants et je l’ai abattue. »

Garrett a ensuite déposé sa femme grièvement blessé aux urgences puis a pris la fuite, avant d’être rattrapé par la police. Sa femme est dans le coma, avec très peu de chances de survie.


Le reportage photo de Anthony Suau est saisissant… maisons abandonnées à la hâte, chiens laissés attachés dans la cuisine et morts de faim, policier notifiant des avis d’expulsion, l’arme au poing, « working poor » jetés à la rue et dormant dans des centres d’accueil… mais surtout, la résignation impuissante d’un peuple castré que l’on a endoctriné à croire que tout ce que vous arrive c’est de votre propre faute et que toute action collective de revendication est diabolique. Le triomphe absolu du totalitarisme capitaliste. Ces photos – qui me rappellent ma banlieue de Chicago – me hantent… (Tim Carr)

[Article de Sylvain Cypel – Photos d’Anthony Suau – Le Monde 2 – 04/10/2008]

A Cleveland, 13 % des logements sont vacants. Les expulsés ne sont pas des pauvres mais des salariés aux revenus « moyens-faibles ». Ils avaient touché le coeur du « rêve américain »« évolutif » : 5,5 % aujourd’hui, et 8,5 % dans trois ans. « D’ici là, votre situation se sera améliorée. Vous signez là, là et là. » Lorsque le taux a « évolué », le nombre de ceux qui ne pouvaient pas payer a explosé. Les banques les ont mis à l’amende. Le cycle était enclenché. Un détail, au passage : la proportion de femmes seules avec enfants, de Noirs et d’Hispaniques parmi les victimes des saisies est trois à six fois supérieure à celle des autres.

Sept cent cinquante milliards de dollars pour sauver le système financier américain, qui dit mieux ? Moi, dit l’un, qui a affiné ses calculs : mille milliards. Deux mille milliards, pronostiquent d’autres. Qui, à Mount Pleasant, à East Cleveland, à Slavic Village, peut se représenter la matérialité de telles sommes ? C’est pourtant ici que tout a commencé. Dans ces quartiers de Cleveland – la plus grande agglomération de l’Ohio – où, comme ailleurs en Amérique, une maison sur quatre est aujourd’hui saisie. Propriétaires insolvables, ont dit les sociétés de crédit : celles-là mêmes qui ont depuis fait faillite, se sont fait « avaler » par de grandes banques, ou vont l’être. Que peut-on faire, avec 750 milliards de dollars ? Acheter, par exemple, 2 142 857 résidences individuelles au prix moyen de 350 000 dollars.

Une maison au calme : quatre pièces, deux places de parking, un petit jardin autour. Deux millions, c’est presque autant que le nombre de familles menacées de saisie.

On estime que 700 000 foyers se sont déjà retrouvés à la rue. A Cleveland, le shérif et ses hommes, tous les jours, débarquent chez une cinquantaine d’Américains.

Penauds, ils expliquent à peine : « Décision de justice, vous n’avez qu’à signer: là, là et là… ». Souvent, les gens sont déjà partis. D’autres ont rempli la camionnette de leurs effets, en attendant la venue des policiers.

http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2008/10/03/l-engrenage-des-subprimes_1101914_1004868.html


On ne rigole pas !!!! Les pécheurs de homards sont des travailleurs aussi…

[Gregor Seither – IES Media Cooperative – 12/11/2008]
Au Massachusetts, la crise économique affectant les Etats-unis est particulièrement ressentie chez les pécheurs de homards. Pour Bernie Feney président de la Massachusetts Lobstermen’s Association, « Wall Street est traditionnellement un gros client, ainsi que les restaurants des grands centres économiques des deux côtes. Mais avec le crunch, la demande s’est effondrée, affectant les prix… si les gros clients ne reviennent pas, les grossistes et les traiteurs, nous allons couler. »

La période des fêtes est traditionnellement le moment dans lequel les producteurs constituent des réserves financières en prévision du creux du mois de Mars. Mais avec la crise, le prix de vente est en dessous du prix de revient.

Pour Bernie Feney « Si vous aimez le homard, allez au port, interpellez n’importe quel capitaine de vaisseau et dites lui que vous voulez en acheter. C’est le moment d’en acheter : une livre de homard, achetée directement sur le quai, côute moins cher qu’un cornet de glace à la crème. »

Le même crunch affecte également les négociants en caviar. Le célèbre magasin « House of Russian Caviar » sur Fifth Avenue, fournisseur officiel de la moindre fête de « Golden Boys » ces dernières années, annonce un recul de 60% de son chiffre d’affaires. Pour Andrew Seliger, responsable marketing, « le caviar est peut être un peu trop bling-bling en ce moment, c’est mal vu, en ces temps de crise… et puis, bon nombre de nos clients n’ont plus les moyens de se le payer, ruinés qu’ils sont par la crise.« 


[Tim Carr – IES Media Cooperative – 17/11/2008 – Trad. Gregor Seither]

Dans le Nord-Est du Nevada, au bout d’un chemin en gravier, le Donna’s Ranch n’appate pas le client avec ses veaux, vaches et cochons mais avec ses femmes. L’établissement est un bordel, institution légale dans cet Etat. L’endroit est réputé, de nombreux films y ont été tournés et il est mentionné dans plusieurs romans. Mais avec la crise pétrolière, financière et économique, les clients se font rares et les « madam » ont du mal à joindre les deux bouts..

Amy, 58 ans, se souvient des beaux jours où elle avait pu se payer une voiture de luxe à 32 000 dollars; aujourd’hui elle se prive de tout pour continuer à payer les traites de sa maison, que la crise du subprime a fait grimper à 1 200 dollars mensuel.

Mais les clients ne sont plus si généreux :  « certaines semaines je gagne moins que ma soeur qui grille des hamburgers chez Wendys ». Les filles de Amy sont restées en Californie et ne savent pas comment sa mère gagne sa vie. « Auparavant, je ramenais  5 000 dollars toutes les six semaines à la maison, aujourd’hui il me faut trois mois pour rassembler cette somme ».  L’un de ces clients lui a expliqué que, avec le prix du « gallon » d’essence, « cela me coûte aussi cher en essence de venir te voir que ce que je te paye pour coucher avec toi pendant une demi-heure. »

Il y a environ 25 bordels légaux au Nevada, et tous accusent le coup dans la crise. Le légendaire Mustang Ranch voit encore arriver pas mal de monde, mais le nombre de « filles » se proposant d’y travailler a triplé. « La semaine dernière nous avons même vu arriver une dame, très bien mise, qui avait 74 ans, et qui voulait travailler chez nous. Elle était ruinée par la crise, avait perdu sa maison, son magasin de fleurs et dormait dans sa voiture » explique Laverne McCoy, l’un des patrons de l’établissement. L’été dernier, pour stimuler le commerce, le bordel voisin, le Shady Lady offrait des coupons d’essence aux bons clients. Et le Moonlite Bunny Ranch proposait des prestations extras gratuites à ceux qui venaient y dépenser leurs chèques du « plan de relance de l’économie » mis en place par le Président Bush.


[Ayad Singh -IES Media Cooperative – 2/11/2008]
Ces cinq dernières années, sur les télévision US (Fox, CNN, CBS, PBS…), l’économiste Peter Schiff, président de la société d’investissements EURO PACIFIC CAPITAL, n’a cessé de tirere la sonette d’alarme, d’alerter sur les dangers de la bulle des « subprime », sur les « actions toxiques », sur l’avidité meurtrière des marchés, sur l’absence de garde-fous… A chaque fois les grosses têtes de la bourse se moquaient de lui, disaient « mais où va t’ils chercher tout ça, tout va bien, tout ira encore mieux demain »…

Dans cette compilation retraçant certaines de ses interventions à la télévision, entre 2005 et 2007, il affronte parmi les plus importants conseillers financiers de Wall Street (y compris Ben Stein) qui n’écoutent pas, le tournent en ridicule… tandis que les journalistes, éblouis par la célébrité des « Dieux de la Bourse » tournent Schiff en ridicule et le font paraître comme une cassandre imbécile qui gâche le plaisir des golden boys.

Avec le recul, le visionnement de ces séquences est incroyable: ces trois dernières années, Schiff annonce avec précision tout ce qui s’est produit depuis, montre les tendances, énonce les chiffres, sonne l’alarme… et tout le monde le regarde avec un sourire moqueur et lui dit « mais non, mais non ». On se croirait sur le « Titanic » le matin du 14 avril… .

http://uk.youtube.com/watch?v=2I0QN-FYkpw


[Michael Moore, Common Dreams, 29 septembre 2008 – Trad. Contreinfo]

Permettez-moi d’aller droit au but. Le plus grand holp-up de l’histoire de ce pays se déroule au moment même ou vous lisez ces lignes. Aucune arme à feu n’est utilisée, mais 300 millions de personnes ont été prises en otages.

Ne nous méprenons pas : Après avoir dérobé 500 000 milliards de dollars qui ont été empochés depuis 5 ans par leurs soutiens les profiteurs de guerre, après avoir garni de plus d’une centaine de milliards de dollars les poches de leurs amis les pétroliers depuis deux ans, Bush et ses potes – qui doivent bientôt quitter la Maison Blanche – sont en train de piller le Trésor américain de chaque dollar qu’ils peuvent récupérer. Ils prennent dans le coffre autant qu’ils pourront en emporter en se dirigeant vers la sortie.

Peu importe ce qu’ils disent, peu importe les mots terrifiants qu’ils emploient. Ils recourent encore une fois à leurs vieux trucs consistant à créer la peur et la confusion afin de rester parmi les 1% les plus riche. Il suffit de lire les quatre premiers paragraphes de l’article de la une lundi dernier dans le New York Times, pour comprendre la réalité du contrat proposé :

« Au moment même où les responsables politiques travaillent sur les détails d’un plan de sauvetage du secteur financier de 700 milliards, Wall Street commence à chercher le moyen d’en tirer profit.

Les entreprises financières ont exercé un lobbying afin que toutes sortes d’investissements en détresse y soient inclus, en plus de ceux qui sont liés aux prêts hypothécaires.

Dans le même temps, les firmes de gestion d’investissement intriguaient pour que leur soient confiés les actifs que le Trésor prévoit de sortir du bilan des établissements financiers, un rôle qui pourrait leur faire gagner des centaines de millions de dollars par an.

Personne ne veut rester à l’écart de la proposition du Trésor pour acheter les actifs douteux des établissements financiers.

Incroyable ! Wall Street et ses soutiens ont créé ce gâchis, et maintenant, ils prétendent faire le ménage en s’en mettant plein les poches. Même Rudy Giuliani fait pression pour que son entreprise soit retenue (et payée) pour « consulter » durant le sauvetage.

Le problème, c’est que personne ne sait vraiment ce que cet « effondrement » signifie. Le secrétaire au Trésor Paulson a admis lui-même qu’il ne connaît pas le montant exact nécessaire (il tout simplement sorti ce chiffre de 700 milliards de sa tête !). Le responsable du Congressional Budget Office a déclaré n’avoir pas trouvé de raison à ce montant et ne pouvoir l’expliquer à quiconque.

Pour autant, ils crient que la fin est proche ! Panique ! Récession ! La grande dépression ! Le bug de l’an 2000 ! La grippe aviaire ! Il faut voter le projet de loi sur le sauvetage aujourd’hui ! Le ciel nous tombe sur la tête ! Le ciel nous tombe sur la tête !

Il tombe pour qui ? RIEN dans ce plan de « sauvetage » ne fera baisser le prix de l’essence que vous mettez dans votre voiture pour aller travailler. RIEN dans ce projet de loi ne vous protégera contre la perte de votre maison. RIEN dans ce projet de loi ne vous donnera une assurance maladie.

L’assurance maladie ? Mike, pourquoi en parler ? Qu’est-ce que cela a à voir avec l’effondrement de Wall Street ?

Cela a tout à voir. Ce soi-disant « effondrement » a été déclenché par les défaillances massives et les saisies provoquées par les crédits hypothécaires. Savez-vous pourquoi tant d’Américains sont en train de perdre leurs maisons ? A en croire les Républicains, c’est parce que trop d’idiots de la classe ouvrière ont souscrit des prêts qu’ils ne pouvaient pas assumer.

Voici la vérité : La raison numéro un pour laquelle les gens sont ruinés c’est à cause des dépense de santé . Permettez-moi de l’exprimer clairement : Si nous avions eu une assurance santé universelle, cette « crise » des crédits hypothécaires pourrait n’avoir jamais eu lieu.

Ce renflouement a pour mission de protéger la masse obscène de richesses qui ont été accumulées au cours des huit dernières années. C’est pour protéger l’élite des actionnaires qui possèdent et contrôlent l’entreprise Amérique. C’est pour s’assurer que leurs demeures, leurs yachts et leur « style de vie » ne soient pas remis en causes tandis que le reste de l’Amérique souffre et se bat pour payer ses factures. Laissez les riches souffrir, pour une fois. Laissez-les payer pour ce sauvetage. Nous dépensons 400 millions de dollars par jour pour la guerre en Irak. Qu’ils mettre fin à la guerre immédiatement et nous fassent économiser 500 milliards de dollars supplémentaires !

Je dois arrêter d’écrire et vous devez arrêter de me lire. Ils organisent ce matin un « coup » dans notre pays. Ils espèrent que le Congrès agisse vite avant qu’il ne prenne le temps de réfléchir, avant que nous ayons une chance de les arrêter nous-mêmes. Alors, arrêtez de lire et faites quelque chose et faites le MAINTENANT !

http://socio13.wordpress.com/2008/10/01/par-michael-moore-le-plus-grand-hold-up-de-lhistoire-extraits/


[Gregor Seither – IES Media Services Cooperative – 10.10.2008]
Une petite poignée de collaborateurs de Lehman Brothers à New York – qui ont contribué à créer la plus grande faillite d’entreprise au monde – vont pouvoir se partager un paquet bonus de 2,5 milliards de dollars. Ce bonus, que d’autres membres de l’équipe Lehman à Londres ont traîté de « scandaleux », a été promis par le repreneur, Barclays Capital, la banque d’affaires britannique, qui a repris les opérations U.S. de Lehman Brothers et notamment les 10 000 salariés des bureaux de New York. (…)

Le document de reprise de faillite (Chapter 11 bankruptcy document) déposé par Lehman Brothers Holdings Inc précise que le repreneur, Barclays, a identifié HUIT individus parmi les 10 000 salariés de l’équipe de New York dont la présence est considérée comme « vitale pour la poursuites des opérations » ainsi que 200 autres « collaborateurs clés ». Les huit directeurs se sont vus proposer des contrats de deux ans dotés de salaires oscillant en 10 et 25 millions de dollars annuels. (…) Au total, cela représente une masse salariale approchant les 2, 5 milliards de dollars.

Interrogé par le quotidien The Independent, un des employés londoniens de Lehman a laissé libre cours à sa colère : « C’est un scandale sans nom. A l’avenir, je refuserais de travailler pour une entreprise américaine. Quand les choses vont mal, ils vous laissent tomber comme une vieille chaussette. De toute évidence, ils ont décidé de nous jeter à la poubelle. Aucune personne de l’équipe U.S. ne s’est manifesté auprès de nous depuis que nous avons déposé le bilan, lundi dernier. Et nous pouvons toujours courir pour toucher nos salaires »

Un autre employé a déclaré : « Cela fait 8 ans que nous travaillons pour Lehman, sans compter notre temps, les week-ends, les soirées, presque jamais de congés. Aujourd’hui, aux USA, toutes les grandes institutions financières ont été sauvées par le gouvernement et même Lehman Brother à New York va recevoir de l’argent… mais par contre, pour les employés en Europe, c’est une autre histoire. En ce qui nous concerne, on nous dit qu’il n’y a même pas assez d’argent pour payer nos salaires des deux derniers mois. »

Price Waterhouse Coopers, l’administrateur des opérations de Lehman en Europe a exigé de la maison mère qu’elle restitue la somme de 4,4 milliards de livres qui ont été transférés depuis les comptes britanniques de la société vers ceux de la Lehman Holdings U.S., quelques heures seulement avant que la société ne s’effondre.

Ce brutal retrait de liquidités avait mis la branche anglaise de Lehman dans l’impossibilité de payer les salaires de ses employés.


[Gregor Seither – IES Media Service Cooperative – 10.10.2008]
La semaine dernière, Ann Woolner, analyste chez Bloomberg, a fait une déclaration surprenante pour une employée d’un service d’information habituellement fort complaisant avec le capitalisme. Pour un peu, on aurait cru entendre Arlette Laguiller :

Dans cette crise financière, le plan de sauvetage proposé par l’équipe Bush est un véritable coup de pied dans les dents… les cadres de ces institutions financières, ceux qui ont provoqué cette crise, ceux qui ont poussé à la roue avec leur spéculation sans bornes, ceux qui, au minimum, n’ont pas fait leur travail et n’ont rien vu venir… tous ces gens là vont s’en mettre plein les poches avec l’argent du contribuable. Le plan de sauvetage, financé avec notre argent, va leur permettre de se sortir d’affaire et d’emporter avec eux des centaines de millions de dollars. Pendant ce temps là, nous – les pauvres petits contribuables – devons racler le fond de nos poches, mettre en péril nos plans d’avenir, et ceux de nos enfants.. simplement pour réparer leurs erreurs de jugements spectaculaires.

Tous ces champions de la finance, ces génies du capitalisme se sont bien gavés avec l’argent public… en contradiction totale avec leur idéologie « moins d’Etat » affichée toutes ces années.

Ainsi, Stanley O’Neal a reçu un « bonus de départ » de 161 millions de dollars quand il a quitté Merrill Lynch & Co. (vous vous souvenez de Merrill Lynch?), et ce n’était même pas un « parachute doré », juste une « rémunération exceptionnelle ». La société a fait faillitte un mois plus tard.

Angelo Mozilo, qui a mené Countrywide Financial Corp. à la faillite, a engrangé un bénéfice de 122 millions de dollars pour l’année 2007, rien qu’en stock options.

Embauché pendant trois mois à la tête de American International Group Inc., le PDG Robert Willumstad a reçu un « bonus » de 7 millions de dollars quand l’entreprise a mis la clé sous la porte. Pas mal pour trois mois de ‘travail’.

Bien sûr, avec la crise, la valeur du portefeuille de Richard Fuld, chez Lehman Brothers Holdings Inc. a perdu environ 1 milliard de dollars, mais – si l’on en croit un calcul de Fortune magazine – cela ne l’a pas empéché de faire un profit personnel de près de 500 millions de dollars à travers la vente d’actions.

Toujours selon Ann Woolmer, de Bloomberg :

Nous savons aujourd’hui que le prix de vente de ces actions était incroyablement surévalué, vu qu’il reposait sur des contrats subprime. Est-ce qu’il ne faudrait pas demander à Monsieur Fuld de restituer une partie de cet argent ? Ou la totalité de ces profits mal acquis ?

Au moins le gouvernement a t’il bloqué les 24 millions de dollars de « prime de départ » que les PDG de Fannie Mae et Freddie Mac, s’étaient votés juste avant que le gouvernement les nationalise, le mois dernier. « 

Faire cracher aux capitalistes leur argent mal acquis ? Quand on vous disait que Bloomberg s’était converti au bolchevisme pur et dur !!!!

En règle générale, il n’est pas facile de reprendre de l’argent ou des primes octroyées dans le cadre d’un contrat de travail, à moins qu’on ne puisse prouver que, d’une manière ou d’une autre, l’employé n’a pas respecté les termes de son contrat.

Mais cela vaudrait le coup d’essayer, au moins. Voici les options disponibles.

Jetons-les en prison. Si une enquête criminelle est dilligentée, le gouvernement peut saisir les sommes mal-acquises. Coupons les sangles des parachutes dorés et attrapons ces spéculateurs qui ont volé notre argent. Saisissons leurs comptes en banque, leurs investissements, leurs résidences secondaires, leurs avions privés et leurs yachts.

En juin dernier, la police fédérale a lancé un certain nombre de mandats d’arrêt contre des cadres de Bear Stearns Cos. et de gestionnaires de « hedge funds ». Fin octobre, le directeur du FBI, Robert Mueller a déclaré devant le Congrès des USA que son agence poursuiverait les responsables de cette débacle « aussi haut que nécessaire dans la hiérarchie ». Le problème est qu’il n’est jamais facile d’établir la preuve que les cadres supérieurs ont menti sciemment… les exemples Enron et WorldCom sont là pour nous le rappeler.

Bien sûr, il y a toujours la possibilité d’actions en justice de la part des actionnaires individuels.

Dans le cas de la faillite de WorldCom, les actionnaires ont gagné en justice contre la direction de l’entreprise et obtenu le remboursement de 18 millions de dollars de primes et bonus que les PDG s’étaient octroyés avant la chute. La direction de WorldCom a été obligée de réserver 20% de sa valeur nette pour le remboursement des actionnaires floués. A l’époque, les assurances des différents directeurs ont également dû verser un total de 36 millions de dollars en dédommagement aux actionnaires. Bon, de nos jours, bien sûr, demander à un assureur de payer le dédommagement n’est pas une très bonne idée. D’autant plus que, si c’est l’assureur AIG qui gérait ces contrats, ce serait encore une fois le contribuable qui paierait la note.

Chez UnitedHealth Group Inc., William McGuire, ancien PDG, a du prélever 30 millions de dollars sur ses fonds propres pour dédommager des actionnaires floués par une opération d’anti-datage de stock-options. Ce n’est qu’une partie des remboursements : dans un autre procès, McGuire a été obligé de restituer 600 millions de profits en stock options obtenues de manière frauduleuse. (…)


Je ne sais pas qui à fait ce truc, reçu par mail, mais c’est assez pertinent pour une introduction à la question…

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La crise des subprime expliquee aux nuls
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On est à fond dans la stratégie annoncée par Greg Palast, dans son livre l’an dernier (ARMED MADHOUSE – quelques chapitres ont été traduits ici). Le but de l’opération n’est plus de bourrer les urnes ou de traffiquer les résultats (trop visible) mais tout simplement d’empécher un maximum d’électeurs du camp adverse de se rendre aux urnes. A la fin, l’élection se joue sur une poignée de voix… commme dans l’Ohio, en 2004, ou la victoire de Bush a été décidée sur une avance de moins de 45 000 voix (pour un pays de 300 millions d’électeurs

[Gregoire Seither – IES News Service – 12/09/08]

L’Etat du Michigan est un « swing state », un Etat où le basculement même infime de la majorité des votes pourrait bien décider du résultat de l’élection présidentielle US de 2008. Le comté de Macomb est lui même un levier important pour décider du résultat de l’élection. Les électeurs Démocrates y sont nombreux, mais aussi les indécis. La victoire se jouera donc sur quelques milliers, voire quelques centaines de voix.

Dans le comté de Macomb, comme ailleurs, la crise du « subprime » a surtout frappé des familles pauvres, noires, dont les faibles revenus ne permettent pas la poursuite du paiement de traîtes immobilières qui ont triplé par endroit. Des milliers de personnes ont perdu leurs maisons, saisies pour non paiement des traites. Aujourd’hui, grace au Parti Républicain, ces personnes vont également perdre leur droit de vote.

Comme par hasard, la majorité de ces personnes vit dans des districts électoraux traditionnellement acquis au Parti Démocrate.

James Carabelli, premier secrétaire du Parti Républicain dans le comté de Macomb, Michigan, a compilé une liste de maisons saisies et des noms de leurs propriétaires, afin de contester la participation de ces personnes à l’élection de Novembre prochain. « Si leur maison a été saisie, c’est donc qu’ils n’habitent plus ici… et donc ils ne devraient pas avoir le droit de voter ici. »

‘Nous avons compilé les listes des maisons saisies et nous allons être vigilant que personne ne puisse utiliser ces adresses pour prétendre voter dans les bureaux de vote que nous supervisons. » Pour Carabelli, il s’agit simplement de respecter la loi.

La législation électorale de chaque Etat permet aux partis politiques de désigner des ‘superviseurs électoraux’ qui ont le pouvoir d’empécher une personne de voter. Les superviseurs ne se contentent pas de surveiller le bon déroulement du vote, ils peuvent également contester le droit de vote d’une personne « pour laquelle ils ont de bonnes raisons de penser que cette personne n’est pas en droit de voter dans ce bureau de vote ». Il peut s’agir d’une personne tentant de voter alors qu’elle est privée de droits civiques (felon), il peut s’agir d’un étranger en situation irrégulière… ou tout simplement une personne qui ne réside pas vraiment dans la circonscription électorale.

Le Parti Républicain du Michigan compte apparemment s’appuyer sur ce dernier point pour empécher de voter des personnes « qui ne sont plus résidentes du district, puisque leur maison a été saisie ».

De nombreux experts juridiques mettent en doute la légalité d’une telle démarche. Pour Gerald Hebert, ancien expert électoral pour le Ministère de la Justice U.S. et directeur du Campaign Legal Center à Washington : « vous ne pouvez pas empécher un citoyen d’user de son droit de vote, sans élément concret à présenter. Une note de saisie n’est pas une preuve suffisante que la personne ne réside plus dans le district, la plupart des personnes ne quittent pas immédiatement leur maison, même quand elle a été officiellement saisie par la banque. »

Pour Hebert, « cette tactique est de toute évidence une manoeuvre mesquine pour écarter des urnes des gens dont on soupçonne qu’ils ne voteront pas pour le candidat McCain. On n’est plus en Floride, ils ne trafficotent plus les bulletins de vote et les machines à voter, ils empèchent simplement un maximum d’électeurs Démocrates de se rendre aux urnes. Soit par des méthodes légales comme celle-ci, soit par du harcèlement, soit par du sabotage de l’élection, en provoquant des embouteillages dans les bureaux de vote, obligeant les gens à faire la queue pendant longtemps… toujours dans le but de les décourager d’aller voter. « 

L’exploitation de la crise du subprime à des fins électorales est une nouvelle illustration de l’étroite implication de la campagne de John McCain avec les milieux financiers engagés dans la saisie de centaines de milliers de maisons à travers le pays. Ainsi, dans le comté de Macomb, le bureau de campagne du Parti Républicain est installé dans les locaux de l’entreprise Trott & Trott, spécialiste de la saisie immobilière. Le fondateur de la société David A. Trott, a collecté près de 250 000 dollars pour la campagne de John Mc Cain.


[Philippe Béchade – Chronique Agora – 09/09/2008]

La nationalisation de Fannie Mae et Freddie Mac s’impose ni plus ni moins comme la plus massive de l’histoire du capitalisme : 5 000 milliards de dollars d’actifs sont concernés, et le Trésor américain s’engage sur le principe d’une recapitalisation à hauteur de 200 milliards de dollars « en cas de pépin ».

Cela équivaut à plus de 12 fois le coût final du sauvetage du Crédit Lyonnais et à 25 fois le « Kerviel » — une unité baroque qui représente environ huit milliards de dollars — pour situer ces montants qui défient notre imagination sur l’échelle du désastre financier.

Nous ajouterons pour la petite histoire que les nationalisations mises en oeuvre par François Mitterrand et Pierre Mauroy obligèrent l’Etat à débourser officiellement 39 milliards de francs — mais le double selon le décompte effectué à l’époque par l’opposition. Ils furent plus que largement récupérés à partir de 1986 avec la première vague de privatisations organisée par le gouvernement Chirac. Ce fut donc, au bout du compte, une excellente affaire pour les finances de l’Etat français, après un démarrage quelque peu chaotique — sur fond de réduction de la durée du temps de travail à 39 heures !

Même en estimant le coût global à 60 milliards de francs — c’est-à-dire 4% à 5% du PIB de l’époque –, c’est à peine un dixième, à dollar constant, de ce que l’Amérique s’apprête à débourser à fonds perdus pour renflouer Fannie Mae et Freddie Mac. Et cela représente 13% du PIB des Etats-Unis aujourd’hui.

Et croyez-nous, avec 10% d’emprunteurs défaillants sur leurs prêts immobiliers, dont plus de 30% dans la catégorie subprime (souscrits en 2006/2007), il va y en avoir des pertes à éponger.

L’ardoise potentielle se monte d’ores et déjà à 500 milliards de dollars. Mais avec les sinistres prévisibles sur les créances de type « Alt-A », la barre des 20% de taux de défaut (comme en Angleterre au milieu des années 90) pourrait être atteinte d’ici fin 2009. Cela signifie 1 000 milliards de dollars de perte pour le Trésor américain, c’est-à-dire pour le contribuable qui n’a pas encore délocalisé une partie de son épargne offshore comme le font la plupart des multimillionnaires aux Etats-Unis.

L’Amérique n’en est pas à son coup d’essai dans ce domaine. La solution va consister à amortir ce trou dans le budget sur 30 ans comme pour la crise des caisses d’épargne 15 ans plus tôt, mais les montants en jeu sont cette fois cinq fois plus importants qu’à l’époque. (suite…)


[Bill Bonner – Chronique Agora – 24/08/2008]

DES GENS RAISONNABLES PEUVENT-ILS CHANGER LE COURS DE L’HISTOIRE ?

Nous sommes sur le point d’assister à un drame gigantesque — un drame qui déterminera, en fin de compte, le destin des Etats-Unis d’Amérique… et de toute la race humaine.

Devant nous se trouve un danger clair et présent. Cela ne fait aucun doute. Quiconque se donne la peine de regarder le verra. Si nous ne faisons rien pour nous en protéger, les résultats seront soit désastreux soit fatals… nous ne savons pas lequel.

Cette semaine, le film d’Addison WIGGEN, I.O.U.S.A., sort en salles aux Etats-Unis. Ce n’est pas simplement un documentaire… c’est aussi une expression de l’espoir que nous plaçons dans l’espèce humaine. La question posée — le véritable thème de ce drame monumental — c’est de savoir si un groupe de gens peut changer le cours de l’histoire.

Vous voyez, cher lecteur, les Etats-Unis sont dans le pétrin. Rien d’inhabituel à ça — les pays se transforment en empires (quand ils n’ont pas de chance)… puis ils s’endettent trop… ils dépensent trop… ils en font trop. Selon l’ancien président de la cour des comptes américaine — et la star d’I.O.U.S.A — David Walker, les Etats-Unis étaient sous l’eau à hauteur de plus de 50 000 milliards de dollars en 2007. A moins d’agir rapidement, le pays va faire faillite.

Tout le monde sait que c’est vrai. Mais jusqu’à présent, rien n’a été fait pour corriger la situation. Trop de gens occupent trop de position au pouvoir — y compris le lumpen-électeur lui-même — et ont trop de raisons de vouloir que le système ne change pas. Ces gens obtiennent quelque chose en l’échange de rien — et espèrent reporter les coûts sur la génération qui les suit. Mais si les dépenses continuent de s’accumuler… toute la montagne de dettes va s’écrouler.

* Votre correspondant est fier d’avoir contribué à ce film. A l’origine, il était basé sur un livre que nous avons écrit avec Addison, L’Empire des Dettes. (…) Dans le film, nous soulignons que les empires en font toujours trop… et s’effondrent toujours. En regardant l’histoire, nous voyons que les choses se déroulent généralement sous forme de tragédie — souvent accompagnée par la défaite sur le champ de bataille et la faillite nationale. Néanmoins, la Fondation Peterson dépense un milliard de dollars, selon les articles de presse, pour donner la version Made in USA de cette antique fable, avec un happy end. Si on peut faire comprendre le problème aux gens, ils feront ce que qu’il faut… ou du moins c’est ce qu’on croit.

* Et voilà donc la question : est-ce que des gens doués de bon sens et pleins de bonnes intentions peuvent vraiment changer le cours de l’histoire ? Est-ce ainsi que les choses fonctionnent ?…

* Nous verrons, cher lecteur… nous verrons.

** Pendant ce temps à Lindau, en Allemagne, un groupe de 14 lauréats du Prix Nobel s’est rassemblé pour discuter des problèmes de la planète. Myron Scholes, qui a gagné son Nobel pour son travail sur l’évaluation des produits dérivés, a déclaré que la crise financière « n’est pas terminée, et je ne suis pas certain exactement du moment où elle prendra fin ». Il y aura « beaucoup de faillites d’entreprises », a-t-il continué.

* Joseph Stieglitz a décrit la cause du problème comme « une défaillance massive des cerveaux de l’économie ».

* Personne n’a été assez impoli pour mentionner que bon nombre des plus grands cerveaux étaient dans la pièce… et qu’ils avaient créé bon nombre des plus grandes folies de la bulle.


NOUVEL AVIS DE CATASTROPHE… PAS NATURELLE ?

[La Chronique Agora – 25/06/2008]

(…) Un an plus tard, il ne se passe pas une semaine sans que des rumeurs de fermeture de fonds ou de reprises d’actifs dans les bilans — comprenez, le remboursement d’une partie de leur argent à de gros clients qui sans cela auraient tout perdu — ne circulent dans les salles de marché.

Aujourd’hui, ce sont les fonds souverains qui détiennent les cordons de la bourse planétaire. Et eux, ils n’ont pas besoin de s’endetter pour prendre possession — comme on assemble patiemment un puzzle — des vaisseaux amiraux de la finance internationale et pour décider du destin de millions de clients probablement pour des décennies.

Il leur suffit d’attendre la prochaine vague de dépréciations d’actifs et surtout l’éclatement au grand jour de la bulle des CDS. A ce propos, selon le Financial Times, généralement bien informé, les monoliners Ambac, FGIC et MBIA seraient en train de négocier rien moins que l’annulation de 125 milliards de dollars de contrats d’assurance (CDS) couvrant des CDO (paquets de dettes synthétiques constitués de tous les dérivés de crédit à haut risque imaginables).

Pour rendre cette affaire plus parlante, imaginez qu’au lendemain du passage de l’ouragan Katrina fin août 2006, les principaux assureurs de la Nouvelle-Orléans aient demandé aux habitants des quartiers inondés de renoncer volontairement au versement des primes prévues en cas de rupture des digues, au motif que si chacun réclame son dû, les rehausseurs de crédit devront mettre la clé sous la porte… et si un tel cas de figure survenait, plus personne ne toucherait un seul centime dans tout le pays en cas d’accident de voiture, de vol ou d’incendie.

Les Etats-Unis — et de nombreux pays — disposent d’une parade pour sauver les réassureurs et, par ricochet, la confiance dans le système : elle consiste à décréter l’état de catastrophe naturelle dans les zones les plus gravement sinistrées.  C’est la solidarité nationale — le budget de la nation — qui se substitue aux entreprises privées… et personne n’y trouve rien à redire car il y va du salut de dizaines, voir de centaines de milliers d’individus.

Dans le cas de négociations visant à soulager les monoliners du fardeau des CDS, il s’agirait d’épargner à de richissimes institutions financières — ayant mal calculé leurs risques — la pénible obligation de verser des sommes colossales à leurs richissimes clients. Clients qui auraient abusé leur confiance avec la complicité des agences de rating qui notaient triple A des lingots de plomb recouverts d’une mince pellicule d’or fin.

De nombreux observateurs s’étonnent que les monoliners n’aient pas eu la tentation de gratter un peu la surface alors que les masses d’or qu’ils s’engageaient à couvrir représentaient symboliquement plusieurs fois la quantité extraite sur la planète Terre depuis les premiers pharaons d’Egypte. Ils ont assuré des pyramides de dettes plus imposantes que celle de Kheops alors que la totalité des stocks d’or connus représenterait l’équivalent des 15 derniers mètres de l’édifice !

Faut-il leur pardonner un tel aveuglement au nom de l’aléa moral sous prétexte que leur faillite entraînera celle d’une cascade d’autres institutions financières, dans le cadre d’une spirale qui ne serait pas sans rappeler la crise de 1929 ?

Pensez-vous que la Fed puisse sortir de son chapeau un nouveau décret de « catastrophe pas naturelle » sur le modèle de Bear Stearns ou de Northern Rock ? Pourra-t-elle faire jouer la solidarité, c’est-à-dire en appeler au contribuable ? N’oublions pas que nombre d’entre eux sont sous le coup d’une expulsion ou d’une saisie — sans état d’âme — ordonnée par ceux-là même qui les appelleraient maintenant à la rescousse…

Et tout ceci au nom de la sauvegarde du libéralisme et de la prétendue capacité des marchés à déterminer la juste valeur des actifs ainsi que la meilleure estimation des risques !

Beaucoup doutent à présent de la possibilité d’une telle issue… et il serait imprudent de miser sur l’altruisme des fonds souverains. Les choses pourraient donc rapidement mal tourner et cela se paye cash.

http://www.la-chronique-agora.com

 


[La chronique Agora – 27/05/2008]

Le Financial Times rapportait hier que selon Greenspan, il « y a toujours plus de 50% de probabilité de récession ».   Warren Buffett, de son côté, affirme que la récession est déjà une réalité. Et selon lui, elle sera « plus longue et plus profonde que le pensent les gens ».

* Pour les anciens, la définition d’une récession, c’était « quand votre voisin perd son emploi ». Lorsque vous perdez votre emploi, c’est une dépression. Combien de gens ont perdu leur poste dans le ralentissement actuel ? Pour une réponse à cette question, nous nous tournons vers ceux qui nous donnent les chiffres officiels de l’inflation — les apparatchiks du département du Travail US. C’est toute une histoire… et nous laissons Dana Samuelson, de Danagold, la raconter :

L’individu moyen juge une récession essentiellement par l’emploi. Si des postes sont disponibles, l’économie se tient. Si les emplois sont rares, l’économie va mal. Selon ce critère, l’économie américaine lutte vraiment, la main d’oeuvre étant en baisse sur chacun des quatre premiers mois de l’année.

Mais les gros titres, une fois encore, ne reflètent pas la réalité vécue par les Américains. A 5,0% en avril, en baisse par rapport à 5,1% en mars, le taux de chômage du Bureau US des statistiques de l’emploi est relativement bas selon les standards historiques.

Cependant, le nombre d’Américains sans emploi mais en âge de travailler — c’est-à-dire d’hommes âgés de 24 à 54 ans — est historiquement haut, à 13,1%. La plupart de ces gens ne sont pas qualifiés de chômeurs ; pourtant, ils sont sans emploi ».

« Pourquoi ces travailleurs potentiels n’apparaissent-ils pas dans les statistiques officielles ? En grande partie parce que la définition gouvernementale du chômage ne comprend que les gens qui n’ont pas d’emploi, ont cherché activement un poste durant les quatre semaines précédant l’enquête et sont actuellement disponibles.

Elle ne tient pas compte des personnes travaillant en indépendant et ne trouvant pas assez de contrats, des personnes qui travaillent à temps partiel ou seulement à la commission, et des personnes sous-employées (comme les agents immobiliers travaillant comme serveurs ou les courtiers en prêts hypothécaires transformés en caissiers de supermarchés).

Elle ne compte pas non plus ceux qui ont simplement abandonné la recherche d’emploi — une catégorie connue sous le nom de ‘travailleurs découragés’, que l’on définit comme des gens qui ne cherchent pas pour l’instant spécifiquement parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas d’emploi disponible pour eux.

Certains analystes affirment que cette catégorie bien particulière de chômeurs américains — qui pensent que leurs perspectives sont de plus en plus moroses, mais qui ne figurent même pas dans les calculs du taux de chômage — représente la triste situation de la main d’oeuvre du pays.

Selon les statistiques calculées par John Williams — une des principales sources de données économiques objectives — si l’on tenait compte des ‘travailleurs découragés’, le véritable taux de chômage d’avril est passé à 13,1%, en hausse par rapport aux 13,0% de mars. Voilà qui est récessionniste ! »

http://www.la-chronique-agora.com/redacteurs/BillBonner.html

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