Naomi Klein



[ALTERNATIVES INTERNATIONAL – 22/07/2008]

Dans votre dernier livre, La stratégie du choc, vous démontrez comment des chocs (catastrophes naturelles, crises économiques, sanitaires etc.) profitent au capitalisme, qui les transforme en opportunités pour se développer et s’étendre. En vous focalisant ainsi sur les chocs, n’y a-t-il pas un risque de passer à côté d’autres formes d’évolution du capitalisme ? Il s’est développé en France, par exemple, sans aucun « choc » depuis la seconde guerre mondiale.

Mon livre [1] ne prétend pas décrire tous les scénarios du développement ou de l’évolution du capitalisme. Je crois qu’il faut le prendre pour ce qu’il est, et le critiquer à partir de l’approche que j’ai choisie.

Mon idée est de proposer une histoire alternative de l’idéologie capitaliste, dont le néolibéralisme est la phase contemporaine, celle des moments de ruptures et de crises. Dans cette perspective, l’absence de crise doit être mise en relation avec l’incapacité du néolibéralisme à s’installer complètement. Je crois que l’imposition de mesures néolibérales se fait souvent au nom d’une « nécessaire gestion de crise ». Mon pays, le Canada, n’est pas pleinement néolibéral. Mais le développement du néolibéralisme y a largement dépendu de la capacité à créer une atmosphère de crise économique. Bien sûr, il n’y a pas eu de crise profonde, tout cela s’est fait sans explosion. Mais le néolibéralisme canadien n’est pas très « explosif » non plus.

Mon enquête porte également sur la manière dont ce système se renforce, une fois mis en place, en installant la menace de représailles à venir. En fait, le néolibéralisme ne s’installe pas sans crise ; mais une fois cette étape initiale franchie, il peut se maintenir en agitant des menaces crédibles. Par exemple, si vous avez libéralisé votre marché monétaire, alors vous êtes vulnérables, vous craignez les crises financières : ce que j’avance n’est pas de la paranoïa, c’est bien la réalité. Pour Thomas Friedman, c’est même justement cela qui rend le marché ingénieux. De nombreux chocs ou atmosphères de chocs peuvent être artificiellement créés. Au Canada, les intellectuels et médias de droite sont parvenus à présenter la dette, causée par l’augmentation des taux d’intérêts, comme directement liées à nos programmes sociaux. Aucun statisticien informé ne pouvait croire à cette version de l’histoire, mais peu importe, c’est cette information que les médias ont relayée.

En avançant dans ma recherche, je n’ai cessé de trouver de nouveaux exemples de ce que j’étudiais. Je ne voulais pas faire un livre qui expliquerait qu’une même et unique stratégie était à l’œuvre dans tous les pays du monde. J’ai choisi les cas que j’étudie pour leur intensité. Des chocs de moindre ampleur qui jouent un rôle similaire. On le voit en Bolivie, avec l’hyperinflation, en Pologne, avec la transition politique, en Afrique du Sud, etc.

Mais je crois que la meilleure définition de la thérapie du choc est celle d’un état d’exception politique. (suite…)


Cette contribution de Sam Smith est à rapprocher du lynchage médiatique en cours dirigé contre Jeremiah Wright par les « biens pensants » aux Etats-unis. Ce qu’on reproche à Wright, ce n’est pas de dénoncer le racisme ethnique « noir contre blanc », mais de dénoncer le « racisme social », riche contre pauvre… Comme le dit Sam Smith, la question de la classe sociale est le fruit défendu du débat politique en Amérique.

[Sam Smith – Undernews – 29/01/2008 – Traduction : Grégoire Seither]

John Edwards a quitté la course présidentielle… et soudain la majorité des analystes et commentateurs « de gauche » se retrouvent orphelins : ils n’ont plus personne sur qui exercer leurs préjugés de classe inavoués qui ont remplacé la discrimination mysogine et raciale parmi l’inteligentsia de ce pays.

L’abandon d’Edwards va permettre aux biens-pensants de choisir leur candidat en toute sérénité : quel que soit le candidat Démocrate pour qui ils opteront, ce sera un choix politiquement correct – une femme ou un noir, l’une diplomée de la Harvard Law School, l’autre diplomé de son équivalent à Yale. En bref, on va pouvoir voter pour des gens issus de notre serail.

J’ai l’impression d’être revenu aux débuts de l’admnistration Clinton. Vous l’avez probablement oublié, mais le cabinet initial de Clinton était composé de 77% de millionaires, largement plus que chez Reagan ou Bush. A Washington, les choix de Clinton passèrent comme une lettre à la poste. Clinton avait fait campagne en promettant que son équipe « aurait le visage de l’Amérique ». Et en effet, vu depuis Washington c’était le cas :  son équipe ressemblait à l’Amérique telle qu’on la voit à  Washington.

Il n’était pas nécessaire de corrompre ou de faire pression sur la presse pour cacher ce fait, la presse ne s’en était même pas rendue compte, tellement c’était normal pour elle. Pourquoi s’offusquer que Clinton prenne dans son équipe des gens que l’on fréquente tous les jours ?

L’une des principales illusions de l’intelligentsia de gauche, c’est qu’elle croit être immunisée contre les discriminations et les préjugés. Oh, oui, il est indéniable que les noirs, les femmes et les gays sont nettement mieux acceptés et pris en compte que ce n’était le cas il y a encore 40 ans. Par contre, si vous êtes pauvre, sans éducation, avec un gros bide, que vous possédez un fusil, êtes originaire du Sud et que votre principale lecture est la bible… alors là, vous verrez que la discrimination est encore là, et qu’elle est impitoyable. Les classes sociales et la culture ont remplacé la race et le genre dans la liste des cibles acceptables. (la suite) (suite…)


Naomi Klein – The Shock Doctrine

[YouTube – 12/11/2007]
Naomi Klein parle de son nouveau livre, The Shock Doctrine: TheRise of Disaster Capitalism. lors d’une conférence organisée par le Canadian Centre for Policy Alternatives, un institut de recherche sociale.

Naomi Klein explose le mythe perpétué par les médias que le grand marché mondial et les idées de libre-échange ont triomphé en apportant la démocratie. Elle expose l’idéologie, les intérêts financiers et les tireurs de ficelle derrière les crises économiques, les soubresauts politiques et les guerres de ces quarante dernières années. Son documentaire et livre « The Shock Doctrine » montre comment les politiques « libre-échangistes » des Etats-unis ont permis sa domination mondiale — en exploitant des populations et des pays placées en état de choc par des crises et des guerres provoquées dans ce but.

Naomi Klein – The Shock Doctrine (documentaire en six épisodes) :
http://www.youtube.com/watch?v=Du3mpRkaz8g

Pour plus d’information sur le dernier ouvrage de Naomi Klein :
http://www.naomiklein.org/shock-doctrine