Benazir Bhutto



[Gregoire Seither – IES News Service – 20/01/2008]

La bombe médiatique publiée par Sibel Edmonds dans le Sunday Times d’il y a 15 jours a été soigneusement ignorée par la presse occidentale et surtout U.S. Cette auto-censure de la presse semble lentement s’effriter. Plusieurs stations de radio aux Etats-unis ont repris les informations données par Mme Edmonds et l’ont interviewée par téléphone. En Grande-Bretagne, c’est le très sérieux London Times, dans son édition du jour qui titre sur « Le vol des secrets nucléaires »

Et dans la foulée, il nous révèle une information nouvelle (voir en fin d’article) :

« Le FBI a été accusé d’avoir étouffé un dossier clé apportant des preuves détaillées d’un cas de corruption à un très haut niveau du gouvernement des Etats-unis en relation avec un réseau d’espionage de secrets nucléaires à destination du Pakistan et de l’Iran.

Ces accusations ont été faites à la suite de la publication, le 6 janvier dernier, dans le journal « The Sunday Times » d’un article sur Sibel Edmonds, une dénonciatrice du FBI qui a travaillé pour l’agence lors de l’enquête sur ce réseau.

Edmonds, qui a aujourd’hui 37 ans, est une ancienne traductrice de Turc qui a écouté et traduit des centaines de conversations sensibles interceptées par le services secrets U.S., lors de son travail au centre d’enquêtes du FBI, à Washington. (…)

L’un des documents cités par Mme Edmonds, porte la côte 203A-WF-210023. Mais la semaine dernière, dans une réponse à une demande de communication de ce document au titre du « Freedom of information act », le FBI a répondu qu’il n’existait aucun document portant cette côte. Cette affirmation s’est avérée fausse quand la rédaction du « Sunday Times » a pu obtenir un document signé d’un directeur du FBI et qui confirme l’existence de ce document. (…)

La demande de communication de ce document, dans le cadre de la loi sur l’accès des citoyens aux documents administratifs (FOIA) n’a pas été déposée par Mme Edmonds mais par un groupe étatsunien de défense des droits de l’homme, la « Liberty Coalition », sur la base d’une information reçue d’un correspondant anonyme.

La lettre du FBI donne un certain nombre d’indications sur le contenu de ce dossier, indications qui confirment les révélations faites par Mme Edmonds. Selon elle des membres de la communauté diplomate turque aux Etats-unis ont mis en place un réseau de collecte d’informations sensibles sur l’industrie nucléaire. L’implication de la Turquie n’était d’ailleurs qu’un paravent, les vrais commanditaires étaient les militaires pakistanais et les services secrets de ce pays, l’ISI, Inter-Services Intelligence. Mme Edmonds affirme que des haut fonctionnaires corrompus ont apporté leur assistance au résau, utilisant des organisations culturelles et économiques, comme le American-Turkish Council (ATC) comme points de relais. » (…)

Parmi les accusations proférées par Mme Edmonds, il y a notamment le fait qu’un haut fonctionnaire de la Maison Blanche aurait fourni au réseau d’espionnage des informations sur l’enquête de la CIA, l’avisant de ne pas approcher la société Brewster Jennings étant donné que celle-ci était une société écran pour la CIA dans son enquête sur le trafic de matières nucléaires.

Cette trahison de la part du haut fonctionnaire en question est survenue deux ans avant que la société Brewster Jennings soit révélée au grand jour, quand, suite à une fuite orchestrée, l’une de ses employés, Valerie Plame, fut « grillée » par la presse comme étant une agente de la CIA.

Mme Plame est l’épouse d’un diplomate, Joseph Wilson qui avait mis dans l’embarras l’Administration Bush lors de la préparation de l’invasion de l’Irak en démontrant que certains éléments présentés par la Maison Blanche pour prouver que Saddam Hussein cherchait à se doter de l’arme nucléaire étaient faux et avaient été fabriqués par les conseillers du Président Bush. Il fut donc soupçonné qu’elle avait été grillée par vengeance contre son mari. L’affaire devint une cause célèbre aux U.S. avant d’aboutir à la condamnation, en 2007, de Lewis Libby, « spin doctor » et proche conseiller du Président Bush. »

Tout come le « Sunday Times », le « London Times » ne nomme pas le haut fonctionnaire, alors que de très nombreux analystes de l’affaire ont présenté des preuves, depuis 2004, qu’il s’agit en fait de Marc Grossman.

Si les affirmations de Sibel Edmonds sont vraies, alors non seulement la couverture de Mme Wilson a été « grillée » par l’Administration Bush mais , deux ans auparavant, l’intégralité de l’opération d’infiltration du marché noir nucléaire par la CIA a été « grillée » par un haut fonctionnaire de l’Administration U.S.

Il n’est pas anodin de mentionner que Marc Grossman, travaillant pour l’Administration Clinton, savait pertinement que les informations qu’il vendait aux Turcs étaient en fait destinés au Docteur Folamour pakistanais, le Professeur A.Q. Khan, qui a exporté la technologie nucléaire militaire vers l’Iran et la Corée du Nord.

Mais, à l’époque, à la Maison Blanche des Clinton, on était très ami avec le Pakistan… il n’est donc pas impossible qu’il y ait eu des consignes de tout faire pour empécher la CIA d’aller mettre son nez dans les petits traffics du Docteur Khan et de son parrain politique, le Général Pervez Musharraf.

A noter également que, en 2005, l’ancien conseiller pour la sécurité nationale du Président Bill Clinton, a été condamné pour avoir fait disparaître un certain nombre de documents classifiés des Archives Nationales, afin de les soustraire à la commission d’enquête sur le 11 septembre. Parmi les documents « emportés par mégarde », il y aurait notamment un dossier (jamais retrouvé) sur les amitiés particulières des Clinton au Pakistan…

L’affaire Sibel-Edmonds est loin d’avoir encore révélé tous ses secrets.


[Larisa Alexandrovna – Raw Story – 08/01/2008 – Trad. Grégoire Seither]
L’assassinat de l’ancienne première ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, le 27 décembre dernier, a provoqué une grande agitation dans les milieux du renseignement U.S.  qui soupçonnent le Président Pervez Musharraf ainsi que certainses factions au sein des services secrets pakistanais Inter-Services Intelligence (ISI) d’être impliqués dans l’attentat. Les services U.S. craignent d’être pris en otage par des actions non concertées entreprises par Musharraf

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Dans plusieurs interviews, des analystes et officiels des services de sécurité U.S. ont exprimé leurs doutes sur la mission d’enquête de Scotland Yard au Pakistan. Ils ne pensent pas que les enquêteurs trouveront beaucoup d’indices, surtout si le but est d’identifier l’éventuel tireur qui a abattu Mme Bhutto – et dont on voit l’arme sur l’une des vidéos tournées juste avant l’attentat. Trois anciens directeurs du renseignement américain ont déclaré aux journalistes que non seulement le tireur est probablement mort mais qu’il y a de fortes chances que le kamikaze qui s’est fait exploser immédiatement après ait eu pour but de tuer l’assassin et de faire disparaitre les traces de son identité.

Un officiel de haut rang au sein de la communauté du renseignement U.S, qui a demandé à garder l’anonymat étant donné son implication dans l’enquête, a montré plusieurs rapports d’analyse qui tendent tous vers la thèse que le tireur est mort dans l’explosion qui a suivi l’attentat contre Mme Bhutto.

« Il est mort juste après avoir tiré ses coups de feu, il ne savait probablement pas qu’il y avait un kamikaze juste derrière lui, » a expliqué ce contact. « Nous ne savons pas si les deux hommes sont arrivés ensemble sur le lieu de l’attentat. Mais nous savons que l’assassin est mort dans l’explosion du kamikaze et que c’était probablement le but de l’opération. »

Cette thèse est confirmée par d’autres analystes des services secrets américains, qui pensent que le kamikaze a probablement été « planté » sur les lieux de l’attentat afin d’éliminer les traces de l’assassinat, y compris l’élimination du tireur d’une manière qui le rendre inidentifiable.

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Le jour de l’attentat contre Mme Bhutto, un meeting de partisans de  Nawaz Sharif – ancien premier ministre et président de la Pakistan Muslim League-N (PML-N) – a été la cible de tirs alors qu’ils se préparaient à accueillir leur candidat, qui devait également faire un discours à Rawalpindi ce jour là. Cet attentat a fait 4 morts, portant le nombre de victimes de ce jour là à 30, y compris Mme Bhutto.

Mr. Sharif a acusé publiquement le Président Musharraf d’être à l’origine de l’attaque contre ses partisans et de l’attentat meurtrier contre Mme Bhutto.

« Le peuple pakistanais est dégouté et déçu de voir George W.  Bush faire le choix de soutenir un seul homme contre la volonté de 160 millions de citoyens de ce pays, » a déclaré Sharif au Hindustan Times.  « J’ai toujours travaillé en bonne entente avec les U.S.A. quand j’étais Premier Ministre, mais aujourd’hui ils me décoivent beaucoup. »

Affirmations contradictoires et probables manipulations des faits

Officiellement les responsables des divers services de renseignement refusent d’associer les généraux pakistanais ou bien des agents de l’ISI à l’attentat contre Mme Bhutto ou contre les supporters de M. Sharif. Mais cette hypothèse n’est pas pour l’instant abandonnée et est celle favorisée en interne par les analystes.

Pour le directeur du bureau d’analyse stratégique de l’ambassade U.S. à New Delhi, « il est logique de s’interroger  sur le possible rôle joué par le Président Musharraf ou par quelqu’un dans son entourage dans les deux attentats de Rawalpindi. Outre les nombreux indices qui pointent vers Musharraf ou l’ISI, les attentats portent la marque de la violence habituelle pratiquée par l’ISI pour éliminer ou intimider des opposants politiques au Pakistan.  »