Myanmar



La leçon ne sera pas passée inapercue des autres dictatures et états policiers de la planète… la prochaine fois qu’il y aura une révolte ou une révolution, la première chose à faire sera de couper les accès Internet du pays afin d’éviter l’effet YouTube et les blogs…

Pour OpenNet Initiative, « beaucoup de Birmans pensent que ce black-out leur a permis de franchir une nouvelle étape dans la liberté d’expression sur la Toile. Qu’ils soient en Birmanie ou à l’étranger, ils ont compris que les blogs et Internet pouvaient être une source fiable d’informations (…) Les quelques blogueurs et journalistes citoyens auront sans doute aidé une grande majorité de Birmans en permettant que l’information sur ce black-out soit diffusée mondialement », conclut le rapport.

Bientôt le téléphone satellite Thuraya va devenir une arme de guerilla….

[Reporters sans frontières Communiqué de presse – 29 octobre 2007]

OpenNet Initiative publie un rapport sur le black-out de l’information : « une mise en perspective utile » selon RSF

Reporters sans frontières salue le travail de recherche de Stéphanie Wang, membre de l’association OpenNet Initiative. Ce collectif anglophone regroupant quatre pôles universitaires (Harvard, Oxford, Toronto et Cambridge) étudie les questions de filtrage de la Toile et l’impact des nouvelles technologies sur la société.

Le 29 septembre 2007 en Birmanie, le Conseil de l’Etat pour la paix et le développement (SPDC) a coupé les connexions Internet du pays. Le rapport de Stéphanie Wang, « Pulling the plug », publié lundi 22 octobre 2007, décrit le processus d’isolement dans lequel est entré le pays. Durant deux semaines, un black-out de l’information a été instauré et la plupart des Birmans captaient des informations via la télévision par satellite ou la radio. (suite…)


[LE MONDE – Sylvie Kauffmann – 20.10.07]
Ex-haut fonctionnaire de l’ONU, Thant Myint-U vit entre New York et l’Asie. Historien, il est le petit-fils de l’ancien secrétaire général des Nations unies U Thant. Il s’exprime sur la crise birmane alors que l’émissaire des Nations unies, Ibrahim Gambari, doit se rendre à nouveau en Birmanie à la fin du mois de novembre. A Rangoun, un journal officiel a mis en cause, jeudi 18 octobre, le rôle des moines dans les manifestations qui ont entraîné une violente répression en septembre.

Après quelques signes de bonne volonté, la junte militaire birmane est apparemment en train d’intensifier la répression. Que faut-il comprendre ?

Il y a deux choses distinctes : il est clair que les militaires n’étaient pas prêts à laisser le mouvement de protestation s’étendre, donc ce qui se passe en ce moment est sans doute la poursuite de la répression, qui continuera jusqu’à ce qu’ils aient totalement rétabli leur autorité. Parallèlement, ils ont accepté de donner quelques signes d’ouverture à la communauté internationale. Que veulent-ils faire ensuite ? Probablement, ils ne le savent pas eux-mêmes. Leur attitude n’est pas fondamentalement pensée. Ils testent. Nous ne savons pas s’ils se sentent sûrs d’eux, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est un régime d’une extrême opacité. Mais si le passé peut servir de leçon, ils ne bougeront que lorsqu’ils se sentiront vraiment en sécurité.Qu’est-ce qui peut les faire bouger ?

Je crois qu’on a tort de se focaliser seulement sur le mouvement de protestation, l’opposition et Aung San Suu Kyi. La situation est beaucoup plus complexe, il faut aussi prendre en compte l’économie, la militarisation du pays, les deux douzaines de minorités ethniques, le conflit armé dans certaines régions. Il y a un besoin urgent d’assistance humanitaire. Il ne faut pas oublier que le mouvement de protestation trouve son origine non pas dans la revendication politique mais dans le désespoir économique. Quelle que soit sa politique, ce pays a droit à l’aide internationale. L’Occident n’y a plus beaucoup d’influence, il peut en avoir par l’humanitaire. Il faut obtenir que le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) ait de nouveau accès aux détenus, on entend des accusations de torture et de mauvais traitements, il faut absolument s’occuper des prisonniers.A long terme, je suis opposé aux sanctions. Aussi longtemps qu’on ne pourra pas faire bouger les choses économiquement et politiquement, on sera dans l’impasse. Il faut arrêter de frapper à grands coups sur la porte de devant et essayer d’entrer par la porte de derrière, faire preuve de créativité pour trouver des moyens d’influer sur la vie économique. On a perdu une occasion au début des années 1990, lorsque les militaires ont tenté d’ouvrir et de réformer l’économie ; si on avait participé à cette ouverture, on serait en bien meilleure position aujourd’hui pour peser sur un changement démocratique.

Donc les pays occidentaux se trompent de stratégie ?

Si le monde entier s’y mettait, alors oui, les sanctions pourraient être utilisées comme une menace efficace. Mais puisque les pays d’Asie ne vont pas s’arrêter de faire du commerce avec la Birmanie, la position de l’Occident n’a pas de sens. Il serait aussi très mauvais que l’Asie soit seule à entretenir des relations avec la Birmanie. Si la Birmanie reste coupée de l’Occident et ne peut avoir de relations commerciales qu’avec la Chine et l’Inde, elle deviendra une sorte de parent pauvre de ces deux géants, ce qui sera catastrophique.Vous mettez en garde ceux qui prônent un « changement de régime » contre les risques d’anarchie, d’un scénario à l’irakienne. Il ne peut donc y avoir aucune transition sans les militaires ?

Absolument, et Aung San Suu Kyi elle-même le reconnaît. Aucun scénario de changement sans l’armée ne tient debout, car c’est la seule institution qui empêche ce pays de s’effondrer. Après, il faut planifier, prévoir d’autres possibilités. Il y a une chose qu’on ne réalise pas, c’est à quel point ce pays est au bord de la désintégration sociale, à quel point sa décomposition s’est accélérée. On atteindra bientôt un stade où la crise sera tellement aiguë que tout scénario politique sera irréaliste. En Birmanie, on traverse des villes et des villages où, en dehors de l’armée, plus aucune institution ne fonctionne, ou alors dans un état d’extrême faiblesse. Il n’y a pas d’administration, la santé publique n’existe plus, l’éducation s’est écroulée, l’économie est exsangue.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3216,36-968814@51-947750,0.html 


[Ayadh Singh – IES News Service – 02/10/2007]

(…) En Birmanie, les finances de la junte militaire au pouvoir viennent de l’exploitation du gaz, contrôlée conjointenement par le régime et les multinationales Chevron, Total, et une firme thailandaise. Les plate-formes offshore délivrent le gaz en direction de la Thailande via le pipeline de Yadana, qui a été construit par le travail forcé de personnes réduites en esclavage par l’armée.

La société Unocal, à l’origine du pipeline, a été trainée devant les tribunaux par l’ONG EarthRights international, pour utilisation de travail forcé. Dès la fin de la procédure, Unocal a été rachetée par Chevron.

Selon Marco Simons, responsable juridique à EarthRights International, « les sanctions n’ont pas marché parce que le gaz est la bouée de sauvetage du régime. Avant que Yadana ne soit opérationnel, le régime birman faisait face à une pénurie de devise. C’est vraiment Yadana et les projets gaziers qui maintiennent le règime à flot et lui permet de payer ses soldats et ses munitions. »

Condoleeza Rice a siégé au conseil d’administration de Chevron pendant une dizaine d’année. Un pétrolier de la compagnie portait son nom.


[Compte rendu de la Maison Blanche – 7/10/2007 – Trad. Grégoire Seither]

Dana Perino, porte-parole de la Maison Blanche, en réponse à la question d’un journaliste, se déclare choquée à l’idée que des gens puissent être jetés en prison et détenus pendant des années sans accès à un avocat, sans jugement et même sans savoir ce qu’on leur reproche…

En somme, ce qui choque la Maison Blanche en Birmanie, c’est exactement ce que la Maison Blanche pratique à Guantanamo et dans les autres « prisons secrètes » de la CIA. Et encore, les Birmans n’ont pas encore poussé l’ignominie jusqu’à envoyer leurs prisonniers se faire torturer par des dictatures amies, comme le fait la Maison Blanche…

Question : [en Birmanie] les manifestations semblent s’être calmées. Qu’en pensez vous ?

Dana PERINO: Et bien, malheureusement, l’intimidation et la violence peuvent décourager des manifestations pacifiques. Et nous recevons des rapports qui nous choquent, on apprend que des gens absolument innocents sont jetés en prison, où elles peuvent être détenues pendants des années, sans accès à un avocat, sans jugement, ni même sans qu’on leur dise de quoi ils sont accusés. C’est choquant. .Et on nous dit aussi que les monastères ont été encerclés et verrouillés. Il est évident que tout cela peut décourager les gens d’aller manifester. Nous demandons à tout le monde de garder la tête froide et que, en Birmanie ceux qui veulent exprimer leur point de vue puissent le faire.

http://www.whitehouse.gov/news/releases/2007/10/20071001-2.html


Kenji Nagai, grand reporter photo pour la chaine d’information japonaise APF, vétéran des conflits en Afghanistan, en Irak et au Moyen-Orient a été abattu d’une balle dans le coeur jeudi pendant la répression des manifestations en Birmanie. Une vidéo tournée clandestinement et montrée à la télévision japonaise montre qu’il a été jeté à terre par des soldats et tué à bout portant.

La chaîne a diffusé des images montrant des soldats chargeant contre des manifestants dans les rues de Rangoun. Soudain, un militaire casqué projette à terre un homme présenté comme étant le journaliste japonais Kenji Nagai, qui porte un bermuda et des sandales. L’image est alors brièvement masquée par des arbres.

On voit ensuite l’homme identifié comme M. Nagai étalé sur le dos et empoignant de la main gauche sa caméra vidéo, puis une forte détonation retentit pendant que le soldat pointe son fusil juste au-dessus de l’homme à terre. Le militaire repart ensuite en pourchassant des manifestants.

Selon Fuji TV, ces images prouvent que M. Nagai a été tué délibérément, et n’a pas été victime d’une balle perdue. « Ce soldat a probablement d’abord poussé M. Nagai. Puis il lui a tiré dessus, à en juger par l’angle de son fusil« , a affirmé un ancien membre des forces spéciales de la police, Koichi Ito, interrogé par la chaîne.

Le gouvernement japonais a précisé vendredi que, selon le médecin de l’ambassade du Japon en Birmanie, la balle qui a tué M. Nagai lui a transpercé le coeur avant de ressortir par le dos.