George Orwell



[Le Post – 01/09/2008]
Sur Le Post, le syndicat de la magistrature explique qu’il est « important de se mobiliser de manière citoyenne contre ce fichier » pour obtenir son annulation.

La polémique sur Edvige ne faiblit pas. Bien au contraire… Depuis la création du fichier Edvige, le 1er juillet, par un simple décret, le nombre de ses détracteurs augmentent de jour en jour.

Dans un premier temps, le fichier avait suscité la colère et l’inquiétude de nombreuses associations qui s’opposaient surtout au fichage des personnes de plus de 13 ans « susceptibles de troubler l’ordre public ».

Les actions se sont donc multipliées: une pétition, mise en place par La Ligue des Droits de l’Homme le 10 juillet dernier, a d’ores et déjà recueilli plus de 90 000 signatures. La Haute Autorité de Lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ont émis des réserves au sujet d’Edvige. Enfin, 12 associations et organisations syndicales ont déposé ce lundi un recours devant le Conseil d’Etat.

Mais une autre « catégorie » de personnes est également fichée: les politiques. Du coup, la fronde contre Edvige a pris une autre dimension. Après Corinne Lepage et l’adjoint Verts du maire de Lyon, Etienne Tête, François Bayrou, a également déposé un recours contre Edvige devant le conseil d’Etat. Il appelle même les élus français à participer à un « mouvement de refus républicain » du fichier Edvige en appuyant son recours.
Le dépôt des recours est possible jusqu’à ce lundi minuit.

Sur Le Post, Hélène Franco, secrétaire générale du syndicat de la magistrature, explique qu’il est « important de se mobiliser de manière citoyenne contre ce fichier » pour obtenir son annulation.

Le décret sur le fichier Edvige a-t-il des chances d’être annulé sur décision du Conseil d’Etat?
« Oui, bien sûr. Il y a de très grandes chances qu’il soit annulé par le Conseil d’Etat. C’est pour cela qu’il est important de se mobiliser de manière citoyenne contre ce fichier. Tout dépend du Conseil d’Etat. Nous verrons ce que vont décider les juges administratifs. »

« Le Syndicat de la magistrature -qui a déposé un recours au Conseil d’Etat, vendredi- demande son retrait. Nous allons mener des actions citoyennes pour que le maximum de gens soient informés. Nous allons d’ailleurs organiser une conférence de presse publique le 9 septembre pour expliquer les motifs de notre recours. Le syndicat est déterminé à aller jusqu’à l’obtention du retrait de ce décret car nous jugeons inquiétante la disproportion entre le fait de vouloir maintenir l’ordre public et celui de vouloir répertorier des milliers, voire des millions de gens, sur lesquels la police aura des infos personnelles. »

Quand le Conseil d’Etat va-t-il rendre sa décison?
« Difficile à dire… À priori, dans l’année qui vient. Je dirais: pas avant trois mois et pas après 18 mois. Le gouvernement attend la décision du Conseil d’Etat pour mettre en place ce fichier mais il peut décider de le retirer sans attendre la décision du Conseil d’Etat. Le Syndicat de la magistrature l’espère. »

(Sources: Le Post, Europe 1, Syndicat de la Magistrature)

Pour signer la pétition en ligne, c’est par ici.


Pourquoi l’Administration Bush se cramponne t’elle tellement à son projet de « Real ID » (c’est à dire l’instauration d’une carte d’identité nationale) ? Ce n’est pas pour des raisons de lutte anti-terroriste, cela fait 250 ans que les USA se passent de carte d’identité et cela marche très bien…

Non, la raison pour laquelle les petits génies Républicains insistent pour que la « Loi Real ID / Proposition 200 » devienne obligatoire dans l’ensemble des états de l’Union avant cet été, c’est parce que cela va permettre de faire passer à la trappe, lors des élections de novembre prochain, quelques millions d’électeurs.

Dans une élection présidentielle ou la victoire se joue souvent sur 60 000 voix, ce n’est pas négligeable.

Surtout que les personnes qui se voient refuser l’accès au bureau de vote pour « absence de véritable document d’identité » (c’est à dire qu’ils ne peuvent présenter que le traditionnel permis de conduire, accepté partout ailleurs) sont majoritairement issues des ‘couches pauvres’ de la société. Dans les états comme la Floride et l’Arizona, cela signifie que ce sont des Noirs ou des Hispaniques… des gens connus pour voter fortement Démocrate. (cf. étude ACLU – citée par Greg Palast).

Ceci explique cela…

[Gregor Seither – IES News Service – 25/03/2008]

Toujours aucun compromis en vue dans le conflit qui oppose l’administration Bush à certains Etats qui refusent d’appliquer les nouvelles directives en matière de documents d’identité sécurisés, y compris les permis de conduire.

Pour les personnes vivant dans ces Etats ‘réticents’, la dispute est cruciale : si l’Administration décide de passer outre l’opposition locale, ils risquent de se voir refuser l’embarquement dans les aéroports, voire interdire l’accès à certains batiments de l’administration fédérale, pour cause de « pièce d’identité non conforme ».

La source du conflit est la loi « Real ID » qui impose des nouvelles mesures de sécurité pour la délivrance des permis de conduire (une prérogative des Etats). L’administration Bush insiste sur le fait que cette loi, votée après les attaques du 11 septembre, a pour but de lutter contre le terrorisme, les escrocs ainsi que les immigrés clandestins. (suite…)


Nous reproduisons ci-dessous un article du Blog (qui n’existe plus) Veritas Temporis Filia. Cela fait longtemps que les « camps » de la FEMA font phantasmer les défénseur de la liberté individuelle aux Etats-Unis. En 1984, quand ce blog était encore un fanzine ronéoté, nous nous inquiétions déjà du projet REX initié par Ronald Reagan.

Il s’agissait, pour la FEMA (Federal Emergency Management Agency), de procéder à des manoeuvres générales (« Readiness Exercises ») en vue d’une attaque terroriste de grande ampleur. Les simulations (qui prévoyaient déjà des déportations massives de populations et l’annulation des libertés individuelles ainsi que la « désactivation » temporaire des droits constitutionnels) portaient le nom de REX-84 ainsi que Night Train 84. Elles étaient menées en collaboration avec la National Security Agency et avaient été planifiées par un certain Lt. Col. Oliver North, employé de la NSA. Si, si, vous avez bien lu. Le mec du Contra-gate… rien que cela suffit à jeter une lumière inquiétante sur un pareil projet.

Notre vieil ami Dov Lerner a fait le commentaire suivant sur cette thématique :

Si je continue à penser qu’il faut rester très vigilant sur ces projets de la FEMA – à la lumière de ce qui s’est passé aux Etats-unis depuis 2001, et notamment les prisons secrètes de la CIA – je suis plus mitigé quand à la condamnation en bloc de ces « camps ». J’ose même poser la question: et si c’était normal que le gouvernement US construise des camps de concentration ?

Je m’explique : imaginons demain une crise de grande ampleur aux Etats-unis. Cela peut être une catastrophe naturelle, un accident industriel, une épidémie… voire tout simplement la décision du gouvernement de durcir sa législation sur les immigrés clandestins. Dans tous les cas,  du jour au lendemain, la FEMA se retrouve avec des dizaines de milliers de personnes à gérer.

Et parfois ces personnes ne sont pas de pauvres réfugiés dociles. Non, cela peut être des personnes forcées contre leur gré à respecter une quarantaine (en cas d’épidémie), des étrangers en situation irrégulière (en cas de raffles massives de clandestins), des personnes arrêtées en masse par la police suite à des émeutes ou des pillages (comme après Katrina ou le cyclone de Miami)…

Dans tous les cas, la question qui se pose est : comment fait la FEMA pour gérer ces foules ? Où est-ce qu’elle les parque ? Comment les nourrir ? Où vont ils pisser ? Où se lavent ils ? Où dorment ils ? Que fait-on des malades ? Que fait-on des cadavres (dans le cas d’une épidémie) ? 

Alors je ne comprends pas pourquoi ce serait scandaleux que la FEMA (surtout après son échec massif à la Nouvelle Orléans) décide de prendre les devants et d’aménager des aires permettant d’acheminer, de regrouper et d’accueillir dans les meilleurs conditions un grand nombre de personnes (cela porte un nom qui est historiquement marqué : des « camps de concentration »).

Ce n’est pas parce qu’il y a eu Auschwitz que tout camp est automatiquement synonyme de fascisme. Vous préfereriez qu’on parque les gens dans des stades (mais là on va dire que c’est comme sous Pinochet), ou bien dans des Vélodromes (mais là on va dire que c’est Vichy) ? Ces endroits ne sont pas adaptés, on aurait vite des problèmes sanitaires et de sécurité (souvenez vous des conditions inhumaines à Drancy).

A mon avis, il est donc normal qu’on crée des grandes zones grillagées (parce qu’il se peut qu’on ait à y retenir des gens qui n’ont pas envie d’y rester, comme des personnes en quarantaine infectieuse par exemple) et qu’on y installe des équipements pour amener les personnes (chemin de fer) et pour gérer les foules (tourniquets, couloirs grillagés, réfectoirs, dortoirs…. Même les fours crématoires ne me dérangent pas : après tout, si on est en présence d’une épidémie, il faut bien avoir un moyen de gérer les cadavres.

Qu’en est-il en France ? En France rien n’est prévu. Imaginons qu’il y ait demain une épidémie qui se déclare en Mayenne et qu’il faille empécher les gens de quitter la région en masse car sinon ils risquent de diffuser le virus au reste du pays. Qu’est-ce qu’on en fait ? Où est-ce qu’on regroupe, soigne, nourrit et contrôle plusieurs dizaines de milliers de personnes ? On ne pourra pas et l’épidémie s’étendra.

Et si demain la centrale de Gravelines explose et qu’un nuage radioactif oblige l’évacuation de toute la région Nord, alors il y aura plus de gens qui mourront des problèmes sanitaires et sociaux crées par l’insuffisance de préparation logistique, que de gens qui mourront à cause de la radioactivité.

Je sais que c’est désagréable à envisager. Mais il me semble normal qu’un pays de 300 millions d’habitants se dote d’une infrastructure de sécurité civile qui envisage tous les scénarios en matière de « gestion des masses ». Cela n’a rien d’obscur ou de scandaleux. Ce n’est pas parce que ces infrastructures s’appellent des camps, que pour autant quelque part quelqu’un est entrain de préparer une dictature militaire aux Etats-Unis.

(Dov Lerner – fondateur de la NLA)

Dictature millitaire aux Etats Unis? Les projets obscurs de la FEMA

[Blog Veritas Temporis – Février 2008]

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la défense américaine, sous couvert de ses services de protection civile, conçoit des plans militaires dont certains prévoient des systèmes de camps de détention en mesure d’accueillir des milliers de personnes en cas de crise majeure. Parallèlement, de nombreuses lois liberticides ont régulièrement été promulguées par les présidences américaines successives. Quelle est la raison d’être de ces camps ? Le gouvernement américain est-il en passe de devenir un Etat policier dirigé par une dictature militaire ? Karmapolis fait le point sur ces programmes obscurs de gestion des masses.

Nous aimerions croire que les camps de concentration font partie d’une sombre page de notre histoire. Que, depuis bien longtemps, il n’y a plus de place pour les dictateurs dans nos sociétés occidentales. Que nous sommes à l’abri des extrêmes. Mais les erreurs d’hier pourraient bien se reproduire aujourd’hui. En témoigne cette affaire, amplement documentée, qui rapporte l’existence de plus de 600 camps d’internements civils disséminés aux quatre coins des Etats-Unis. Des camps entourés de miradors. Des camps desservis par des voies ferrées, par la route et parfois même par un aéroport. Des camps vides, mais gardés 24h sur 24h par du personnel militaire. Des camps qui abritent des wagons ressemblant étrangement à des convois de déportation. Des camps dormants qui se languissent d’accueillir, mais d’accueillir qui? Et pourquoi ?De nombreuses photographies et films circulent sur Internet. Des témoins décrivent… (suite…)


[Andrew Romano – Newsweek – 27/02/2008 – Trad. Grégoire Seither]

Le ‘logo’ de la campagne Obama, et son slogan, toujours écrit en police Gotham, sa « griffe ».

Soyons honnètes. Barack Obama ne va pas gagner la course des primaires Démocrates à cause de ses positions politiques ou de son programme. (…) Si on regarde les détails, on se rend compte qu’il n’y a pas tant de différence que cela entre les deux candidats .

(…) Mais à force de regarder la « Obamamania » ces dernières semaines, je me suis rendu compte qu’il y avait autre choses en jeu, quelque chose de plus subtil. Ce n’est pas simplement le message, la personnalité et sa talent oratoire qui sont entrain de séduire le Parti Démocrate – même s’ils jouent un rôle important. Non, il y a aussi la manière dont sa campagne a gagné une cohérence jusqu’à ce que l’homme, le message et ses discours se coulent dans un unique « discours de marque », à la manière dont les agences de stratégies de marque définissent le « branding » d’un produit. Obama fonctionne comme une marque.

Et cet effort a été encore renforcé par une charte graphique cohérente et complète, définissant l’usage des polices de caractère, des logos, des slogans et du design des sites Web. Obama est les premier candidat présidentiel qui est « marketé » comme une grande marque. Et ce « langage publicitaire » est familier et rassurant pour toute une partie de l’électorat Démocrate, des jeunes cadres dynamiques, des étudiants, des branchés, qui ne lisent pas forcément les documents programatiques mais qui sont attirés inconsciemment par un candidat qui donne un aspect « bien désigné » et « bien marketé »… un peu comme le iPhone.

Bien sûr, chaque candidat à la présidence depuis les années 1960 avait des « marketeurs » à son service. Nixon avait carrément embauché toute l’équipe d’une agence de promotion de lessive. Mais pour la première fois nous avons un effort cohérent et complet pour unifier et standardiser l’image d’un candidat, à travers l’utilisation de typographie, de logos, de gammes de couleurs et de design Web. Cet effort va au-delà de la simple réutilisation par les politiques de stratégies de marketing. Pour la première fois nous avons un candidat qui tente d’établir une « identité globale de marque », de la même manière que les grandes entreprises comme Nike, Apple ou Coke.

J’ai demandé à Michael Bieruit, expert en communication visuelle, de disséquer la campagne Obama pour moi. (suite…)


Dorénavant, lutter pour les droits des travailleurs, protester contre la destruction d’un écosystème, militer pour les droits des animaux ou tout simplement critiquer publiquement la politique du gouvernement… tout cela est équivalent à la menace que pose Al Qaïda.

Bush et sa clique néo-con ont réussi à rétablir la dictature, sous un petit manteau « légal »…

Il est bien loin, l’esprit de 1776 !!!

Le rêve américain :LA LOI DE PROFILAGE IDEOLOGIQUE DE 2007 :

[Nikki Alexander – ZMag Online – 1er février 2008 – Trad. Blackjack]
Le 23 octobre dernier, la Loi pour la prévention de la radicalisation violente et du développement du terrorisme domestique (HR 1955) a été adoptée au parlement par 404 voix contre 6. Son pendant devant le Sénat (S.1959) est en cours d’évaluation par le Comité sénatorial pour la Sécurité Intérieure et les Affaires Gouvernementales.

Cette loi étendrait le champ d’application de la Loi sur la Sécurité Intérieure de 2002 en créant une commission nationale autorisée à étudier et identifier les individus et groupes dont les valeurs sociales, les implications politiques ou les croyances religieuses << pourraient >> les mener à commettre des actes violents.

En tout état de cause, cela ne se réfère nullement aux assassinats perpétrés par la CIA, aux brutalités policières, aux meurtres de civils désarmés ni aux tortures qui ont cours dans les prisons secrètes. Cette commission cible les dissidents politiques et les activistes sociaux qui critiquent la politique étrangère des Etats-Unis, les abus du monde des affaires ainsi que les pratiques menaçant la vie sur notre planète.

Les épithètes idéologiques << radicalisation violente et terrorisme ‘maison’ >> sont l’oeuvre de la RAND Corporation, qui les utilisait en 2005 dans l’essai intitulé << Tendances en matière de terrorisme : Menaces sur les Etats-Unis et perspectives de la Loi sur l’Assurance du Risque Terroriste >>. L’intitulé de la loi qui nous occupe est littéralement tiré de cet essai.

Les porte-parole de RAND ont témoigné devant le Sous-comité du parlement pour le renseignement, le partage d’information et l’évaluation du risque terroriste, présidé par la députée Jane Harman (Démocrate), qui a parrainé ce projet.

Harman ajoute ici à une relation déjà longue et productive avec la RAND Corporation, un think-tank situé en Californie qui entretient des liens très étroits avec le complexe militaro-industriel désormais impliqué en matière de renseignement. Donald Rumsfeld l’a présidé de 1981 à 1986. Lewis Libby, ancien directeur de cabinet de Dick Cheney, et Condoleeza Rice en étaient alors administrateurs.

Le résumé introductif de ce rapport met en lumière les << terroristes domestiques >> qui << constituent une menace mouvante à l’égard des intérêts du monde des affaires… >>. En sus des menaces terroristes que représentent Al Qaeda et les groupes jihadistes radicaux, à la fois associés et autonomes vis-à-vis de cette dernière organisation, une lame de fond de radicalisme prospère sur le développement du phénomène d’Antiglobalisation (AG). (suite…)


Mustapha pose (en juin 2004) avec l’une des photos qui ont déclenché le scandale, où figure son père mort en détention provisoire

Ignominie. Mustapha pose (en juin 2004) avec l’une des photos qui ont déclenché le scandale, où figure son père mort en détention provisoire. Les clichés, insupportables, montrent des détenus encagoulés, menacés par des chiens, tenus en laisse, nus … [Photo Karim Ben Khelifa]

[Le Monde 2 – Semaine du 19/01/2008 – Frédéric Joignot]

28 avril 2004. La chaîne CSS diffuse des photos de soldats américains torturant des prisonniers d’Abou Ghraib, en Irak. Dans la foulée, Janis Karpinski, qui dirigeait les prisons irakiennes, est rétrogradée, lâchée par ses supérieurs. Aujourd’hui retraitée, elle témoigne contre ses responsables de l’époque. En exclusivité, elle nous raconte sa descente aux enfers.

Son regard bleu ne vous lâche pas. Elle se tient droite. Martiale. Janis Karpinski a passé vingt-cinq ans dans l’armée américaine. Elle fut la première femme générale  » une étoile  » à exercer en zone de combat. C’était pendant la seconde guerre d’Irak. Elle y a connu l’enfer. Puis le déshonneur.

Elle nous reçoit chez elle, dans un lotissement du New Jersey. Aujourd’hui à la retraite, Janis Karpinski tente de faire le bilan de ces années de guerre – comme beaucoup d’Américains à l’approche de la présidentielle. Ses premiers mots:  » Mes voisins me demandent ce que les Irakiens pensent de nous. Je leur réponds: « Qu’est-ce que vous penseriez si, du jour au lendemain, des chars occupaient votre quartier, des bataillons de soldats patrouillaient dans les rues, arrêtaient les gens ? ». « 

La nuit tombe, Janis Karpinski raconte l’Irak. Aucun bruit dans la maison. Elle vit seule. Son mari, un ancien colonel, est décédé l’an dernier. Ils n’ont pas voulu d’enfant. L’ancienne générale a sacrifié la vie de famille à sa carrière de soldat. Elle voulait s’imposer dans ce monde d’hommes où, dit -elle,  » la simple présence d’une femme officier a longtemps été ressentie comme une insulte « . Elle a réussi. Elle a été la commandante en chef de la 800e brigade de police militaire, responsable des 40 000 prisonniers enfermés dans les prisons irakiennes au début de la guerre.

Aujourd’hui, après avoir été dégradée au rang de colonelle, accusée par ses supérieurs d’avoir perdu le contrôle de la prison d’Abou Ghraib où des soldats ont torturé, Janis Karpinski se défend. Elle porte plainte et témoigne contre l’ancien major général du camp de Guantanamo envoyé en Irak, Geoffrey Miller, et Donald Rumsfeld, l’ancien secrétaire d’Etat à la défense. Pour mise en œuvre méthodique de la torture. Son histoire éclaire de façon singulière cet épisode dramatique. Voici sa version des faits.

(suite…)


[DE DEFENSA – 31 décembre 2007 ]
Qui ne connaît Loren B. Thomson? C’est un de ces experts impératifs (US) du complexe militaro-industriel, complètement indépendant dudit complexe, d’une indépendance qui rassure et assure les fins de mois. Bref, avec Richard Aboulafia, du haut de son bureau du Lexington Institute dont nul n’ignore que l’activité est vertueusement consacrée aux plus vertueuses choses du monde («…a think tank that supports democracy and the free market»), Loren B. fait la pluie et le beau temps des prévisions conformistes et assurées du développement des forces du monde libre rassemblées au Pentagone. Il n’empêche, Loren B. a parfois la plume ambitieuse. Il fait également dans l’analyse politique. Il a ouvert une rubrique chez UPI, “Thompson Files”, où il observe les grands problèmes du temps.

Précipitons-nous sur l’édition du 27 décembre 2007. Il est question de GW Bush et de l’affirmation irréfutable que l’année 2007 a été, pour le président, une accumulation étourdissante de succès politique et militaire. («Having been given up for dead by many members of his own party due to military reverses in Iraq, the current president’s political standing is reviving as his security policies produce a string of successes.») Parmi les succès accumulés par GW…

«• In August, casualty figures confirmed a major decline in violence was under way in Iraq, at least partly due to a surge of U.S. forces that had been opposed by Democrats. U.S. commanders reported that Sunni tribal leaders were making common cause with American troops to defeat foreign terrorists, while Shiite militias formed in large part to combat the terrorist threat were refraining from sectarian attacks.

»• In September, the Israeli air force destroyed a Syrian facility implicated in the development of nuclear weapons, following consultations with the Pentagon earlier in the summer that led to U.S. intelligence support of the attack. Meanwhile, the administration has conducted a behind-the-scenes dialogue with the regime of President Bashar Assad that resulted in the elimination of Syrian support for foreign fighters in Iraq.

»• In October, the government of North Korea agreed to abandon its own nuclear weapons program in return for economic aid and a normalization of relations. Kim Jong Il, the leader of North Korea, repeated that commitment in a message to President Bush last week; combined with Israel’s destruction of the North Korean-supplied facility in Syria, the warming of relations signals a marked decline in the threat posed by Pyongyang’s nuclear activities.

»• In November, the U.S. intelligence community finished a National Intelligence Estimate finding that Iran drastically scaled back its nuclear weapons program in 2003. Indications are ambiguous – uranium enrichment continues – but it seems clear that the Bush administration’s invasion of Iraq and efforts to impose economic sanctions led Tehran to rethink its nuclear ambitions. Libya gave up its nuclear program in 2003, too.»

La cerise sur le gâteau, outre qu’elle annonce la couleur (Loren B. agent électoral des républicains-necon), est dans la conclusion, qui nous apprend que le plus grand succès de GW est, après tout, de nous avoir débarrassé de Saddam et de ses terribles “weapons”, c’est-à-dire les armes de destruction massive (membre de phrase soulignée en gras):

«The government of Iraq may still be riven with sectarian factionalism, but Saddam Hussein is gone, his weapons have all been rounded up, and the Iraqi military is starting to look like a real fighting force. So if the Democrats were counting on a discredited Republican security agenda to hand them the White House in 2008, they’d better start praying for a recession.»

Ainsi la technique de désinformation à toutes vapeur est-elle mise en évidence, qui consiste à applaudir comme des succès exceptionnels de politique ou d’actions militaires la destruction ou la neutralisation de menaces qu’on a soi-même inventées pour les besoins de la cause, la conduite à terme de processus acquis depuis dix ans et qu’on a entravés soi-même pendant tout ce temps (avec la Corée du Nord), l’utilisation comme d’autant de faits d’évaluations hasardeuses et d’analogies sollicitées et ainsi de suite.

A l’ère du virtualisme, la seule méthode de pensée est le sophisme. GW Bush est applaudi pour avoir détruit des armes (de Saddam) qui n’existaient pas, pour avoir acquis une relative accalmie en Irak par l’abstention de ses forces et la corruption de certains de ses adversaires sans garantie de quelque durée que ce soit, pour avoir laissé faire les Israéliens dans une attaque qui est un ratage et qui est justifiée après coup par l’invention d’une menace, et ainsi de suite.

La NIE 2007 devient même un succès rétrospectif de Bush, en relayant l’interprétation “neocon” déjà relayée par les vieux éléphants de Washington de l’arrêt du programme nucléaire iranien à cause de l’attaque US en Irak, contre l’évidence explicitée par cette même NIE que la décision iranienne est directement la conséquence de l’action des trois pays européens (Allemagne, France, UK, sur impulsion française) et d’un accord de l’Iran avec eux en octobre 2003.

Le petit texte de Loren B. représente une leçon impeccable en désinformation, et une leçon significative en raison du statut de l’auteur, spécialiste de matières industrielles passant temporairement au commentaire de politique extérieure et ne le faisant que dans le but de consolider ses engagements professionnels.

Il nous indique de cette façon oblique, compte tenu des connexions et des obligations de Loren B., que le complexe militaro-industriel épouse plus que jamais, à 150% si l’on veut, les thèses de politique de sécurité nationale des néo-conservateurs. Il nous indique également la probable vigueur de l’affrontement qui nous attend si le successeur de GW Bush s’avisait de modifier, même légèrement, les orientations actuelles de la politique extérieure US.

http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4784


Un article indispensable, de la part de l’auteur de ‘La Guerre des Bush’. La machine de propagande tourne à plein régime, et nos bébés-néo-cons à l’Elysée et au Quai d’Orsay y participent à fond…

Téhéran, complice du 11-Septembre 2001 ou la « fabrique du mensonge » 

[Eric Laurent – AgoraVox – 12/12/2007]

Dans mon dernier ouvrage (Bush, l’Iran et la bombe), j’essaie de décrire comment George W. Bush a planifié une intervention militaire de grande ampleur contre l’Iran. Une décision qui remonte à deux ans, prise dans le plus grand secret, et sur laquelle l’enquête que j’ai menée apporte quelques informations inédites notamment en terme de désinformation et de fausses révélations.

Les fausses révélations ont toujours existé. Dans un livre publié en 1981 [1], qui fascinait William Casey, le directeur de la CIA, la journaliste Claire Sterling expliquait que toutes les organisations terroristes visant l’Occident étaient financées et contrôlées par l’Union soviétique. Une thèse qui s’est révélée aussi fausse que les articles et les livres de l’ancienne journaliste du New York Times, Judith Miller, spécialisée dans la dénonciation des armes de destruction massive de Saddam.

Le dernier avatar est encore beaucoup plus choquant. L’auteur de Countdown to Crisis, Kenneth R. Timmerman, se présente comme un « journaliste d’investigation », ce qui conduit à une réflexion préoccupée sur le sérieux et l’éthique de nombreux confrères américains. J’ai d’abord été fasciné par la couverture. Ahmadinejad, le doigt levé, visage menaçant, est aux côtés du guide de la Révolution qui visite un site de missiles, entouré de militaires. Une vignette rouge placée juste dessous attire mon attention : « Nobel Peace Price Nominee » (nominé au Prix Nobel de la paix). Je pense d’abord qu’il s’agit d’un clin d’œil, d’une plaisanterie au second degré pour souligner le bellicisme des dirigeants iraniens. Puis je découvre l’effarante vérité : l’auteur, Kenneth Timmerman, se présente comme « nominé au Nobel ». Un terme qui n’a aucun sens. Le jury du Nobel choisit, ou non, parmi les multiples candidatures à cette distinction prestigieuse, mais s’il existe un lauréat, il n’y a pas de nominés. Première entorse à la vérité qui, à la lecture, est suivie de beaucoup d’autres.


Téhéran, complice du 11-Septembre

La thèse de Timmerman est simpliste, les preuves inexistantes. L’Iran, selon lui, est le plus impitoyable ennemi des États-Unis, impliqué dans pratiquement chaque attentat terroriste conduit contre les États-Unis depuis 1979. La volonté iranienne de se doter de l’arme atomique n’a qu’un objectif : menacer les États-Unis et leurs alliés. « Il suffit seulement d’un missile nucléaire iranien pour pénétrer le système de défense antimissiles Arrows d’Israël, anéantir une population à forte densité, détruire son économie et briser effectivement l’État. Israël est un pays à “bombe” et les Iraniens le savent. » (suite…)


[Gregor Seither – IES News Service – 24/11/2007]

A lire aussi : l’histoire d’amour oubliée entre Hillary Clinton et Pervez Musharraf pour mieux comprendres les relations troubles qui unissent les USA à « notre allié » de Karachi.

Le Wall Street Journal publie un article intéressant sur le coup d’état au Pakistan : les membres du cabinet de Pervez Musharraf ont montré aux journalistes les comptes-rendus des réunion qu’ils ont eu avec les officiels US pour les informer de leur projet de déclarer la loi martiale. George Bush et Condoleeza Rice – qui se sont déclarés « surpris » par la décision de Musharraf – étaient au courant AU MOINS UNE SEMAINE AVANT des projets du dictateur.

A l’époque, ni les diplomates US, ni le Département d’Etat et encore moins la Maison Blanche n’ont manifesté d’opposition notable à ces projets…

Dans les jours qui ont précédé l’annonce de l’instauration de la loi martiale, le 3 novembre, les conseillers et directeurs de cabinet du Général Musharraf ont eu une série de réunions avec des diplomates U.S. à Islamabad au cours desquels ils ont exposé à plusieurs reprises les intentions de Musharraf et son projet d’instauration de la loi martiale. Ces affirmations sont confirmées par des officiels pakistanais et U.S.

L’un des principaux conseillers du Gen. Musharraf a déclaré que les critiques U.S. de ce projet ont été retenues, voire inexistantes, ce qui avait été interprété par l’Etat-major pakistanais comme un signe que la Maison Blanche donnait son feu vert à l’opération. « Je leur ai dit, si vous avez une meilleure solution, donnez-la nous » explique un officiel pakistanais. « On nous a répondu, nous n’avons pas d’opinion sur cette affaire ».

Voilà qui rappelle une autre histoire, vieille de 17 ans : le 25 juillet 1990 un certain Saddam Hussein avait eu une réunion avec l’ambassadrice US à Bagdad, April Glaspie et lui avait demandé par écrit si les USA émettaient une objection à ce que les troupes irakiennes interviennent en territoire frontalier koweitien pour s’emparer des installations de pompage qui captaient illégalement du pétrole irakien.

Après consultation avec le Secrétaire d’Etat de George Bush Senior, James Baker III, l’ambassadrice avait répondu (l’enregistrement a été rendu public en 1991 lors de la commission d’enquête du Congrès) :

Nous n’avons pas d’opinion sur votre dispute frontalière avec le Koweit. (…) Cette affaire ne concerne pas l’Amérique. James Baker a donne des instructions à nos porte-parole officiels pour qu’ils insistent particulièrement sur ce point.

« Nous n’avons pas d’opinion… », en langage diplomatique, cela veut dire « OK, vous pouvez y aller ». Glaspie avait d’ailleurs reconnu, toujours lors de la commission d’enquête de 1991 que « nous avons tacitement donné le feu vert à Saddam Hussein pour envahir le Koweit ».

A l’époque, comme aujourd’hui, les deux George Bush se sont pointés ensuite à la télé en disant qu’ils étaient choqués par ce qui se passait et qu’on n’allait pas tolérer des agissements pareils…

Et la presse gogo a fait le reste !


AU FIL DES LECTURES, une note de George Orwell, écrite en 1941, lors du « Blitz » sur Londres :

Alors que j’écris ces lignes, des humains hautement civilisés survolent ma maison et tentent de me tuer. Ils n’ont aucune animosité particulière contre moi en tant qu’individu et moi je n’en ai aucune contre eux. Ils ne font que leur devoir, comme on a coutume de dire. Je n’ai pas le moindre doute que la majorité d’entre eux est composée d’hommes sympathiques, au grand coeur et respectueux des lois, des gens qui ne songeraient jamais, dans leur vie privée, à tuer quelqu’un. Par contre, si l’un d’entre eux, par une bombe bien ajustée, réussit à me déchiqueter en mille morceaux, il n’en dormira pas moins bien ce soir. Il ne fait que servir son pays, ce qui a le pouvoir de l’absoudre de toute responsabilité et de tout mal.

Victime des bombardements israéliens en juin 2007 sur le LibanEn septembre 2006, j’ai rencontré Dan L. dans une soirée couchsurfing. Américano-israélien, il a participé en tant que soldat de Tsahal à l’agression israélienne contre le Liban, lors de l’été 2006. Avec son char, il a pilloné les villages du Sud-Liban à coup de bombes à sous-munitions. « A la fin de la guerre, on tirait à l’aveuglette, on vidait les caisses, sur ordre de nos officiers« .

A Londres, Dan avait « couchsurfé » chez une militante anti-guerre, qui lui a montré les photos des victimes des bombes à sous-munitions. « Je n’avais jamais pris la peine de me poser la question de ce qui arrivait à mes obus quand ils tombaient de l’autre côté. Pour moi, je ne voyais que le boutons de ma console. Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir tué quelqu’un. Il m’est arrivé une fois d’écraser un chat sur la route, j’en ai vomi et pas dormi pendant des nuits. Alors que là, j’avais déchiqueté des hommes, des femmes et des enfants, et – jusqu’à ce que je vois ces photos – je n’en avais jamais pris conscience. »

Hier j’ai reçu une e-card de Dan, il n’est pas rentré en Israël, il travaille avec IKV au Congo, enseignant bénévole. « I still can’t sleep, I still wonder if I am a piece of spineless shit like those train-drivers in Aushwitz, who just followed orders. I’m trying to find a meaning to this civilised murder. » (Je n’arrive toujours pas à dormir, je continue à me demander si je ne suis pas une merde sans courage comme ces conducteurs de locomotive à Auschwitz, qui ne faisaient que suivre les ordres. J’essaye de trouver un sens à ces meurtres civilisés.)


L’Amérique fasciste, en dix mesures faciles

[Naomi Wolf – Mardi 24 avril 2007 – The Guardian – Traduction française: SOTT]

De Hitler à Pinochet et au delà, l’histoire montre qu’il y a certaines mesures que tout dictateur en puissance doit prendre pour détruire les libertés constitutionnelles. Et selon Noami Wolf, George Bush et son administration semblent toutes les prendre.

L’automne dernier, il y a eu un coup d’état militaire en Thaïlande. Les leaders du coup d’état ont pris un certain nombre de mesures, plutôt systématiquement, comme s’ils avaient une liste d’achats. En un sens, c’est ce qu’ils avaient. En quelques jours, la démocratie a été supprimée : les chefs du coup d’état ont décrété la loi martiale, envoyé des soldats en armes dans les zones résidentielles, pris en main les stations de radio et de télévision, et mis des activistes patentés en détention.

Ils ne comprenaient pas ces choses à mesure qu’elles progressaient. Si vous regardez l’histoire, vous pouvez voir qu’il y a essentiellement un plan pour transformer une société libre en une dictature. Ce plan a été utilisé à maintes reprises en versant plus ou moins de sang, de manières plus ou moins terrifiantes. Mais c’est toujours efficace. Il est très difficile et ardu de créer et maintenir une démocratie – mais l’histoire montre qu’en supprimer une est bien plus simple. Vous n’avez qu’à être disposé à prendre les dix mesures.

Aussi difficile que ce soit à contempler, si vous êtes disposé à le voir, il est clair que chacune de ces 10 mesures a déjà été initiée aujourd’hui aux Etats-Unis par l’administration Bush.

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*Impasse Adam Smith, brèves remarques sur l’impossibilté de dépasser le capitalisme sur sa gauche* (J-C Michéa, ed Climats 2002, 16 euros) – révision parue dans ECOREV

Face à une propagande officielle chargée de faire croire que plus nous avons d’emprise sur le monde grâce à la technologie, moins nous en avons sur nos conditions d’existence qui se dégradent d’autant, pourquoi aussi peu de résistance de la part des déshérités du système ? Pourquoi ce mouvement historique de grande ampleur qu’est la Gauche n’a-t-il jamais rompu avec le capitalisme en faveur d’une société véritablement humaine, libre, égalitaire et décente ?

Dans une première partie, Jean-Claude Michéa, agrégé de philosophie, enseignant, auteur de « L’Enseignement de l’ignorance » qui cite dans ses ouvrages Castoriadis, Nico Hirt, Serge Latouche et Debord, remonte aux guerres de religions du 16 ème siècle pour comprendre comment s’est ancré dans les esprits le postulat individualiste de l’état de nature comme étant celui où règne la guerre de tous contre tous.

La lente maturation de la science, de Galilée à Newton, considérée comme la forme la plus achevée de la raison et devenue la seule forme de progrès non seulement technique mais aussi humain puisque la religion avait échoué dans son entreprise de pacification du monde connu, n’a fait que valider ce postulat et lui trouver un moteur, une force quantifiable, équivalent psychologique de l’attraction universelle : l’Intérêt bien compris.

Cette vision, constituera le socle intellectuel de la philosophie des Lumières que l’Utilitarisme viendra parachever. L’harmonie universelle enfin réalisée adviendra grâce à la reconnaissance des intérêts égoïstes humains, la théologique Main invisible du Marché d’Adam Smith garantissant sa pérennité. Le système libéral, où flexibilité et innovation doivent être absolues, ne peut pas être confondu avec l’esprit bourgeois conservateur et patriarcal comme persiste à le faire une bonne partie de la Gauche qui se présente comme la seule héritière des Lumières et se pose comme le parti du Mouvement, opposé aux partis de l’Ordre.

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Les tenant de l’idéologie néo-libérale affirment que le seul moyen de garantir la prospérité de nos sociétés est de laisser un maximum de liberté au marché tandis qu’on restreint au maximum les interventions de l’Etat. Le rôle du gouvernement doit se limiter à la création et à la défense des marchés, la protection de la propriété privée et la défense du territoire. Toutes les autres fonctions sont mieux servies si elles sont déléguées aux entreprises privées, qui seront animées par la recherche du profit et incités par la concurrence à fournir des services de qualité. (…)

Ca, du moins, c’est la théorie. Mais, comme le démontre David Harvey dans son récent ouvrage « A Brief History of Neoliberalism » (Oxford University Press – 2005), partout où le programme néolibéral a été implanté, il a provoqué un déplacement massif des richesses, non pas vers le 1% supérieur de la société, mais vers le dixième supérieur de ce 1%. Aux Etats-unis, par exemple, l’oligarchie qui forme les O.1% supérieurs de la société a retrouvé la place qu’elle détenait au début des années 1920.

Les conditions exigées par le néolibéralisme pour « libérer les êtres humains de l’esclavage étatique » – le moins d’impôt possible, démantèlement des services publics et de la sécurité sociale, suppression des réglementations et la destruction des syndicats – sont exactement les conditions requises pour augmenter encore la richesse d’une minorité tandis que la vaste majorité doit se débrouiller, surnager ou disparaître. De fait, dans sa pratique, le néolibéralisme n’est rien d’autre qu’une manteau idéologique pour habiller l’accaparement des richesses.

Le premier atout des néolibéraux n’est pas la solidité de leurs théories mais l’efficacité de leur appareil de propagande, nourri par un flot quasi incessant d’argent. (suite…)