Denis Kessler



Robert Mundell, le père des « Reaganomics » et de la politique thatchérienne

L’euro est un immense succès – Je ne déconnne pas !

[Greg Palast – The Guardian – Mardi 26 Juin 2012 – Traduction: Gregor Seither – IES News Service]

L’idée que l’euro a «échoué» est d’une naïveté dangereuse. L’euro a réussi à faire exactement ce que son géniteur – et les 1% de riches qui l’ont adopté – avaient prévu qu’il fasse et ce pour quoi ils l’avaient conçu.

Ce géniteur est l’ancien détenteur de la chaire d’économie à l’Université de Chicago, l’économiste renommé Robert Mundell. L’architecte du concept d’une « économie de l’offre » est désormais professeur à l’Université de Columbia, mais j’avais fait sa connaissance par le biais de mon ancien professeur à l’université de Chicago, Milton Friedman. Je l’avais rencontré bien avant que les travaux de recherche de Mundell sur les monnaies et les taux de change aient posé les bases économiques et théoriques de l’union monétaire européenne ainsi que de la monnaie commune européenne.

A l’époque, Mundell était très occupé avec l’aménagement de la salle de bains de sa résidence secondaire en Europe. Le professeur Mundell, qui était détenteur à la fois d’un prix Nobel et d’une ancienne villa en Toscane, m’avait expliqué, furieux:  « Ils ne m’autorisent même pas à installer des toilettes. Ils ont des règlements qui m’interdisent d’installer des toilettes dans cette pièce ! Est-ce que vous pouvez imaginer une chose pareille ? « 

De fait, je ne pouvais pas. Mais il est vrai que je ne possède pas de villa italienne, je ne peux donc pas imaginer la frustration d’avoir à subir des règlements administratifs régissant l’emplacement des sanitaires.

Mais Mundell, un homme énergique d’origine canadienne et étatsunienne, n’était pas homme à se laisser mettre des bâtons dans les roues par l’administration. Il était bien décidé à contre-attaquer en inventant une arme qui balayerait les règles gouvernementales et la réglementation du travail. (Encore plus que l’administration tatillonne, il détestait les plombiers syndiqués qui lui avaient facturé des sommes folles pour déplacer sa cuvette de chiottes.)

« Il est bien trop difficile de virer des ouvriers, en Europe. Ils ont des droits, là-bas » se plaignait-il. Sa réponse à cette situation: l’Euro.

Pour Mundell, le vrai visage de l’Euro ne se révèlerait qu’en période de crise. C’est là que la monnaie unique ferait vraiment son travail. Le fait d’éliminer le contrôle d’un gouvernement sur la monnaie permettrait d’éviter que des vilains petits élus fassent appel à des méthodes monétaires et budgétaires d’inspiration keynésienne pour sortir un pays de la récession.

« L’Euro permettra de mettre la politique monétaire hors de la portée des politiciens», m’avait-il expliqué. « [Et] privé des leviers de la politique fiscale, la seule façon pour un pays de conserver des emplois sera de de devenir compétitif en allégeant les règles et contraintes qui pèsent sur les entreprises et les affaires.« 

Pour Mundell, ces contraintes qu’il fallait éliminer sont les lois du travail, les règlementations environnementales et, bien sûr, les impôts et charges sociales. Tout cela serait balayé comme fétus de paille par l’Euro. Il ne serait pas permis à la démocratie d’interférer avec le marché capitaliste – ou avec la plomberie.

Comme l’explique un autre lauréat du prix Nobel, Paul Krugman, la création de la zone euro a violé une règle économique de base, connue sous le nom de « zone monétaire optimale ». Or cette règle économique de base avait été conçue par Bob Mundell.

Mais cela ne dérange pas Mundell. Pour lui, le but de l’Euro n’était pas de faire de l’Europe une unité économique puissante et unifiée. Pour Mundell, l’objectif de l’Euro était de poursuivre le travail entrepris par Reagan et Thatcher.

« Ronald Reagan n’aurait jamais été élu président sans l’influence de Mundell, » a écrit Jude Wanniski dans le « Wall Street Journal ». L’économie de l’offre, développée et propagée par Mundell était devenu le modèle théorique des la pensée économique Reaganienne, les « Reaganomics » – ou comme l’avait expliqué George Bush l’Ancien, « l’économie vaudou »,basée sur la croyance magique dans le libre-marché comme étant la panacée. Une croyance quasi-religieuse qui avait également inspiré les politiques de Margaret Thatcher.

Lors de notre rencontre, Mundell m’avait expliqué que, en fait, l’Euro est simplement la poursuite du concept des « Reaganomics »:

« La discipline monétaire oblige les politiques à se plier la discipline budgétaire, sans exception »

Et lorsque des crises surviennent, les nations économiquement désarmées n’ont pas d’autre alternative que d’éradiquer la plus grande partie de leur réglementations et législations gouvernementales, de privatiser massivement les services publics et industries d’Etat, de réduire les impôts et de balancer à la poubelle le modèle social européen et son État-providence.  (Note du traducteur: où, comme l’avait si clairement expliqué le n°2 du MEDEF, Denis Kessler, grand ami de DSK,  dans un article de la revue Challenges d’Octobre 2007: « Il s’agit de défaire méthodiquement le programme du CNR. Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de l’éliminer. »)

C’est de cette manière que nous assistons au spectacle d’un Premier ministre (non-élu) Mario Monti qui exige une « réforme » du droit du travail en Italie afin de rendre plus facile pour des employeurs comme Mundell le licenciement des plombiers toscans mentionnés ci-dessus. Mario Draghi, le directeur (non élu) de la Banque centrale européenne, appelle à des « réformes structurelles » – un euphémisme pour désigner des plans de licenciements massifs et des mesures sociales au détriment des travailleurs. Ils se basent sur une théorie nébuleuse qui voudrait que cette « dévaluation interne » de chaque nation permettra de rendre tout le monde plus compétitifs.

Monti et Draghi n’ont jamais été capables de nous expliquer de manière crédible par quel manière, si tous les pays du continent déprécient leur main-d’œuvre, chacun pourra acquérir un avantage concurrentiel. 
Heureusement, ils n’ont pas besoin d’expliquer leurs politiques pour que celles-ci soient mises en oeuvre. Il leur suffit de laisser les marchés s’attaquer aux obligations de chaque pays. En conséquence, l’union monétaire n’est rien d’autre que la poursuite de la lutte des classes par d’autres moyens.

La crise en Europe et les flammes de la Grèce baignent l’économie dans la lumière chaleureuse de ce que roi-philosophe de l’économie de l’offre, Joseph Schumpeter, a appelé la « destruction créatrice« . L’acolyte de Schumpeter et thuriféraire du libre échange, Thomas Friedman s’est rendu à Athènes pour s’incliner devant le « sanctuaire improvisé », c’est à dire la banque incendiée où trois personnes ont trouvé la mort après que des manifestants anarchistes y aient jeté un engin incendiaire. Friedman a profité de l’occasion pour prêcher une homélie sur la mondialisation et dénoncer « l’irresponsabilité » grecque.

Les flammes, le feu, le chômage de masse, le bradage des biens nationaux… tout cela allait engendrer, selon Friedman, une « régénération » de la Grèce et, au bout du compte, de toute la zone Euro. Et par la même occasion, les Mundell et tous les autres propriétaires de villas pourraient enfin installer leur cuvettes de chiottes où bon leur semble.

Aujourd’hui, alors que tout le monde parle de « l’échec » de l’Euro, il est grand temps que comprendre que le bébé de Mundell, a en fait été un succès éclatant, probablement bien au-delà rêves les plus fous de son créateur.

http://www.gregpalast.com/

Autres textes de Greg Palast sur Libertes-Internets :

https://libertesinternets.wordpress.com/category/observatoire-de-lempire/greg-palast/

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Comme toujours, Mona Chollet voit clair, parle juste et réussit à capter et formuler ce qui nous bouillonne tellement dans le coeur, que cela n’arrive pas à sortir… Merci Mona !!!!  « L’shanah  haba’ah bifalastin » ?

Des « barbares » bombardés à Gaza

Construire l’ennemi
[Périphéries – Mona Chollet – Thomas Lemahieu – 1er janvier 2009]

Qu’elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l’expansion des moyens de communication, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l’opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime… Alors que, pour compenser ce rétrécissement spectaculaire de la planète, il suffisait d’intensifier en proportion les efforts de propagande. Les bombardements israéliens sur Gaza en offrent la démonstration la plus achevée.

Vous croyez voir une population prise au piège, privée de tout par un blocus inhumain, se faire massacrer par un Etat qui, soutenu par la première puissance mondiale et assuré, quels que soient ses forfaits, de ne jamais être inquiété, occupe illégalement des territoires et opprime un peuple depuis quarante ans, en violant sans cesse ses engagements ? Abracadabra !

Mais non : vous voyez un pauvre petit Etat merveilleusement démocratique se défendre contre les méchants islamistes qui veulent sa perte. Et le pauvre petit Etat est vraiment désolé de devoir au passage réduire en charpie quelques gamins – les seuls Palestiniens que l’on daigne considérer comme « innocents », ce sont les enfants ; et encore… – pour parvenir à atteindre les fourbes activistes méritant mille fois la mort qui se cachent lâchement parmi eux.

« A partir du moment où l’autre est l’ennemi, il n’y a plus de problème. » On avait déjà eu l’occasion de citer ici cette phrase par laquelle, dans le roman de Stéphanie Benson Cavalier seul, un personnage explique comment on peut justifier les pires crimes. Croit-on vraiment qu’un seul massacre ait pu se commettre sans que ses auteurs se persuadent et persuadent les autres qu’ils y étaient obligés par le danger que représentaient leurs victimes ?

Dans son livre La peur des barbares (Robert Laffont, 2008), Tzvetan Todorov rappelle : « Quand on demande aux policiers et aux militaires sud-africains pourquoi, au temps de l’apartheid, ils ont tué ou infligé des souffrances indicibles, ils répondent : pour nous protéger de la menace que les Noirs (et les communistes) faisaient peser sur notre communauté. « Nous n’avons pris aucun plaisir à faire cela, nous n’en avions aucune envie, mais il fallait les empêcher de tuer des femmes et des enfants innocents (1). » »

Transformer le faible en fort et le fort en faible

Ainsi, le sort fait aujourd’hui aux Gazaouis a été permis par une longue et obstinée construction de l’ennemi. Depuis le mensonge fondateur d’Ehud Barak sur la prétendue « offre généreuse » qu’il aurait faite en 2000 à Camp David, et que les Palestiniens auraient refusée, les politiciens et les communicants israéliens s’y emploient avec zèle ; et, ces jours-ci, ils intensifient leurs efforts (lire par exemple « Internet, l’autre zone de guerre d’Israël », Le Figaro, 31 décembre 2008).

Mais le 11 septembre 2001, en poussant l’Occident à la frilosité grégaire et au repli identitaire, leur a offert un terrain favorable en leur permettant de jouer sur la nécessaire solidarité des « civilisés » face aux « barbares » : innocence inconditionnelle pour les premiers, culpabilité tout aussi inconditionnelle pour les seconds. Dans son éditorial de Libération du 29 décembre, Laurent Joffrin met ingénument en garde Israël contre le risque de perdre sa « supériorité morale » : en effet, on frémit à cette hypothèse. Quant à Gilad Shalit, il n’est pas le soldat d’une armée d’occupation capturé par l’ennemi, ce qui fait quand même partie des risques du métier, mais un « otage » (2).

La focalisation hypnotique, obsessionnelle, sur l’« intégrisme musulman », relayée avec zèle par d’innombrables éditorialistes et tâcherons médiatiques, tous ces « meilleurs spécialistes de l’islam de tout leur immeuble » qui, conformément au désormais bien connu « théorème de Finkielkraut » (moins tu en sais sur le sujet dont tu causes, plus on t’écoute), y ont trouvé un fonds de commerce providentiel et l’occasion d’une gloire facile, est parvenue à persuader l’opinion occidentale que celui-ci représentait aujourd’hui le plus grand danger menaçant le monde.

« Pour ma part, je soutiens Israël et les Etats-Unis. La menace islamiste est, à mes yeux, beaucoup plus terrifiante », ânonne ainsi un intervenant sur un forum – les forums constituant un témoignage accablant de l’ampleur et de la réussite du lavage de cerveau. Bassiner jour après jour des citoyens occidentaux désorientés par l’évolution du monde et peu sûrs d’eux-mêmes avec la « menace islamiste » a eu pour effet de faire disparaître tout le reste, et en particulier de gommer comme par magie tout rapport de forces objectif.

Le résultat, c’est qu’un type qui insulte une femme voilée dans le métro parisien n’a pas l’impression de s’en prendre à plus faible que lui, mais de poser un acte de résistance héroïque (« M’agresser est quasiment vécu par l’agresseur comme de la légitime défense », observe Malika Latrèche dans Les filles voilées parlent). Et qu’Israël passe non pas pour l’agresseur, mais pour la victime : « Les Israéliens ont toute ma sympathie dans cette épreuve », lit-on sur les forums du Nouvel Observateur, alors que les Gazaouis pataugent dans le sang et les gravats.

Massacrer les Palestiniens pour libérer leurs femmes

Le matraquage sur l’« islamisme » a été si efficace que l’occupation israélienne, qui constitue pourtant la donnée première de la situation au Proche-Orient, a tout simplement disparu des radars. Au mieux, quand on reste un peu sensible au malheur palestinien, on fait comme s’il était symétrique au malheur israélien – toujours cette « fausse symétrie » que pointaient Denis Sieffert et Joss Dray dans La guerre israélienne de l’information. Si d’aventure l’opinion occidentale est quand même prise d’un doute passager, « euh, vous êtes sûrs que vous n’y allez pas un peu fort, là, quand même ? », elle est aussitôt invitée à se rappeler que, de toute façon, ces gens-là ne sont que des bêtes malfaisantes qui détestent les juifs par pure méchanceté d’âme (eh bien oui, pour quelle autre raison cela pourrait-il bien être ?) et qui oppriment leurs femmes – on espère que les femmes palestiniennes seront au moins reconnaissantes à Israël de les débarrasser de tels monstres en tuant leurs maris, leurs pères, leurs frères, leurs fils. Faut-il en déduire que le machisme mérite la peine de mort ? Dans ce cas, suggérons que la sanction soit aussi appliquée en Occident : je sens qu’on va rigoler. (suite…)


Ayez une pensée pour le Conseil National de la Résistance qui vous a permis d’avoir la « Sécu » et une certaine garantie vieillesse… et préparez vos plumes et votre goudron pour des mecs comme Denis Kessler, du MEDEF, qui veulent supprimer tout ça !

[Grégoire Seither – IES News Service – 31/08/2008]

Mme Noda n’est pas pauvre. Née dans la classe moyenne états-unienne elle a travaillé toute sa vie en Floride et a toujours eu l’impression de s’en sortir. Elle n’était pas riche, mais elle s’en sortait. « Je suis née avec la Grande Dépression, alors j’ai appris à surveiller mon budget, mais je n’ai jamais manqué de rien ».

Et puis, avec l’âge, sont venus les problèmes de santé, puis l’incapacité à travailler… et lentement Ada Noda a vu les factures impayées s’accumuler. Un jour, étranglée par les dettes, elle a fait une chose qu’elle n’avait jamais pensé devoir faire un jour : elle est allée se déclarer en faillite personnelle.

Elle n’est pas toute seule, le nombre de personnes de plus de 55 ans aux USA qui se déclarent en faillite, a explosé ces dernières années aux Etats-unis, selon un rapport que vient de publier le Consumer Bankruptcy Project, qui a analysé tous les cas enregistrés entre 1991 et 2007.

Plus on est vieux aux Etats-unis, plus on a des chances d’être incapable de payer ses factures : à 65 ans, dans la période analysée, on a deux fois plus de chances d’être acculé à la faillite qu’une personne de moins de 55 ans, et cette probabilité est multipliée par 5 pour les personnes agées de plus de 75 ans.

Pour Elizabeth Warren, professeur à la Harvard Law School et une des auteures de l’étude, « La culture matérialiste de notre pays a tendance à laisser les personnes âgées sur le côté de la route. Quand on vieillit, on est confronté à deux choses : on perd son emploi pile au moment où les gros problèmes médicaux arrivent, ou alors l’un déclenche l’autre. Comme la majorité n’a pas de couverture sociale suffisante, ils se rendent compte que, malgré leur grand âge et leur maladie, il faut qu’ils continuent à travailler pour garder une sorte d’équilibre économique. Mais s’ils n’y arrivent pas, alors ils glissent très vite dans la misère la plus crasse. »

Pour Paul Lung Chan, du Center for Social Justice, « il y a chaque jour, en Amérique, des personnes agées qui meurent de faim, de froid ou d’absence de soins, des grand mères de 80 ans qui sont jetées à la rue parce que leur maison a été saisie, des vieux qui vivent dans leur voiture, des familles forcées de cohabiter dans des maisons bondées pour accueillir les membres agées qui ont perdu leur moyen de subsistance.

Ces gens là ne sont pas des clochards, ils n’ont pas de problèmes mentaux ou d’alcool. Ce sont des gens comme vous et moi, qui ont travaillé toute leur vie mais n’ont jamais gagné assez pour pouvoir se payer une assurance vieillesse et médicale digne de ce nom. Alors quand le problème surgit, ils sont perdus. »


« Ces jaunes » ne laisseront pas de traces importantes, la gauche s’en remettra »

 

 [Libération – 19/10/2007]

Gérard Filoche, inspecteur du travail à Paris, animateur du courant gauche socialiste au PS, a répondu aux questions des Libénautes.

Renée: la question n’est-elle pas plutôt de savoir si ces gens qui ont accepté de collaborer avec la droite, ne sont tout simplement pas des gens de droite ou du moins des gens qui sont passés à droite?
Gérard Filoche: Ce sont des gens qui étaient de gauche formellement, et qui ont effectivement franchi un fossé. Pour aller rejoindre ceux qui sont au gouvernement, c’est-à-dire l’état major qui mène une guerre sociale contre une immense majorité des salariés et des pauvres de ce pays. Sarkozy le dit lui même, il veut remettre en cause se qu’est la France depuis soixante ans. Et Denis Kessler, un ponte du Medeff le confirme en expliquant qu’il s’agit de détruire tout ce qu’a fait le Conseil national de la résistance, en 1945.

Sekwazprod: l’ouverture se fait sur les idées, ensuite sur les personnes. Quelles sont les idées fortes des ministres venant de la gauche?
Aucune. L’ouverture c’est du débauchage d’un côté, de la trahison de l’autre. On a entendu aucune idée de la part de ceux qui ont changé de camp, sauf de l’un d’entre eux: Kouchner et c’est sur la guerre. Celui-là est un belliciste. Il cherche noise à la Chine au Darfour. Il décide tout seul qu’il faut changer le Président en Irak. Il augmente les troupes en Afghanistan et il est pour étendre la guerre de Bush au Moyen Orient. Celui-là, c’est l’ouverture à la guerre mondiale, Sarkozy l’a bien choisi.

Sekwazprod: pour ma part, je pense qu’il n’y a aucune idée forte mais plutôt « complaisance », « carrière personnelle », êtes-vous d’accord avec cela?
Oui, parce que quand j’étudie au cas par cas, vu qu’il n’y a pas d’idées, il faut bien chercher l’explication pour beaucoup derrière la corruption et le clinquant du pouvoir.

Sekwazprod: par ailleurs, ne pensez-vous pas que les municipales, quoi qu’on en dise, vont être cruciales?
Oui, elles seront très importantes, si on réussi à cette occasion à déstabiliser l’actuel omniprésident. Ce sera une élection très politique, et c’est pour cela que la gauche doit y mettre toutes ses forces en s’unissant partout où que ce sera possible, dès le premier tour. Ce n’est pas le moment de faire des concurrence à gauche où de se « compter » pour des questions subalternes. C’est le moment de reconstruire au maximum une gauche unie, qui nous a fait tant défaut, lors des élections passées.

Comaloga: pour moi les ministres qui sont passés chez Sarkozy renient non seulement leurs convictions, mais celles des gens authentiquement de gauche et les combats passés…
La gauche s’en remettra. Ces « jaunes », ne laisseront pas de traces importantes. Mais vous avez raison il faut des idées fortes, si François Hollande avait choisi le non, en 2004 et 2005, il serait sûrement Président de la République, à l’heure qu’il est. Ce fut un mauvais choix, qui a divisé la gauche. Encore aujourd’hui, le mini traité de Sarkozy, tente de faire repasser en contre bande le même TCE. Il faut s’y opposer aujourd’hui, comme hier. Il faut demander un référendum pour ne pas que l’opinion des français soit volée. Il faut dire non pour que l’Europe soit sociale, et non pas libérale. Le libéralisme aujourd’hui mène une guerre terrible pour augmenter les profits, réduire les salaires, les protections sociales. Il faut une gauche qui soit aussi fidèle aux travailleurs, que la droite est fidèle au patronat.

Nini: ne pensez-vous pas que cette « ouverture » à gauche va bientôt prendre fin? et que tous ces ministres vont être « renvoyés » dès le prochain remaniement?
Probablement. Ils se comportent comme des valets séduits par l’omniprésident, l’omniprésident les traitera comme tels.

http://www.liberation.fr/interactif/chats_home/chats/chat_actu/285515.FR.php?rss=true 


C’est bon de voir que, dans le camp capitaliste, il y a des gens qui ne perdent pas de vue l’objectif. La gauche est par-terre, le Parti Socialiste est devenu un collabo du capitalisme, la résistance sociale est éclatée en milliers de petites chapelles fratricides… alors les capitalistes se disent que c’est le moment d’en profiter et de revenir aux méthodes glorieuses d’avant 1945.

Le « contrat » de 1945 est le fruit de la guerre sociale qui a ravagé l’Europe de 1848 à 1945. Il enterrinait la force de frappe des mouvements ouvriers. Aujourd’hui cette force de frappe n’existe plus et les capitalistes se disent qu’ils ont assez de flics et de soldats pour écraser ou saborder toute résistance sociale… alors pourquoi se géner.

Aucune victoire n’est jamais acquise, il va falloir se mobiliser pour défendre le fruit des luttes de nos grand-parents, ou alors accepter de revenir à Germinal. Le choix est entre nos mains…

Quand à Denis Kessler, ancien Maoiste et grand copain de Dominique Straus-Kahn, illustre parfaitement le cheminement des gauchistes vers le néo-conservatisme… Hier on thuriférait sur le petit livre rouge, aujourd’hui on chante la gloire du marché libertarien… Il y a des balles dans le genou qui se perdent !

[Denis Kessler – MEDEF – dans Challenges – 04/10/2007]

Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées – toujours qualifiées d’«historiques» – et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.
Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.

Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les «tabouise» en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.

Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.

http://www.challenges.fr/opinions/1191448800.CHAP1020712/adieu_1945_raccrochons_notre_pays_au_monde_.html