Alexis Debat



[Christian Salmon – Le Monde – 25.01.08 ]
Les amateurs parlent de stratégie, affirme un ancien adage militaire, les professionnels parlent de logistique. » Si l’on en croit un expert militaire du département d’Etat américain, c’est de moins en moins vrai : si les amateurs parlent toujours de stratégie, les vrais professionnels, eux, parlent de plus en plus… d’anthropologie ! Une discipline plus utile, selon lui, pour comprendre « la grammaire et la logique des guerres tribales que l’enseignement de Clausewitz ».

Dans un article intitulé « Clausewitz au pays des merveilles », Tony Corn, qui est membre du centre Hoover, un think tank républicain qui conseille George Bush, observe que l’irruption d’une centaine de chaînes de télévision arabes a conduit les analystes à s’interroger sur la pertinence de la doctrine stratégique de Clausewitz à l’âge d’Al-Jazira.

Dans les années 1960, la télévision a transformé des guérilleros comme Arafat, Castro ou Guevara en icônes médiatiques. Depuis cette date, le rôle des médias n’a cessé de croître dans les conflits. Si la révolution islamiste en Iran utilisait encore les cassettes audio pour diffuser son message, « la médiasphère est devenue, dans les années 1980 (Intifada) et 1990 (Balkans), le principal champ de bataille ». Son enjeu est désormais « la conquête des coeurs et des esprits ». Et, dans cette nouvelle donne stratégique, insiste Tony Corn, « les amateurs parlent de « message », alors que les professionnels parlent de « récits » »

Dans un article intitulé « Storytelling et terrorisme », deux autres experts affirment que la guerre contre le terrorisme doit prendre en compte « les histoires que les terroristes racontent ». Publié en mars 2005 sur le site du Center for Contemporary Conflict, l’article fait référence à des auteurs dont la présence paraît insolite sur un site d’analyses stratégiques : Aristote et Platon y figurent aux côtés de théoriciens de la littérature, de chercheurs en neurosciences, de sociologues. On y trouve les noms du linguiste George Lakoff, du sociologue Benjamin Barber et même celui du grand écrivain polonais Ryszard Kapuscinski ; une bibliographie qui dessine en creux le portrait intellectuel des nouveaux Clausewitz de la guerre médiatique : non plus des logisticiens, mais des experts en « narratologie ».

Selon ces deux auteurs, « la naissance, la maturation et la transformation des organisations terroristes reposent sur des récits qu’il faut décoder si l’on veut définir une stratégie visant à ruiner leur efficacité ». Déconstruire le mythe fondateur d’Al-Qaida suppose que l’on soit capable de proposer un « mythe alternatif, une meilleure histoire que celle que proposent les mangeurs de mythes ». Une analyse qui confirme un diagnostic établi dès 2001 par l’écrivain américain Don Delillo : « Aujourd’hui, le monde du récit appartient aux terroristes. »

Selon Tony Corn, « la communication militaire a un retard de trente ans sur la communication politique ». La Maison Blanche a compris depuis Clinton l’importance de la mise en scène du scénario présidentiel (stagecraft) considéré comme un substitut et non comme un simple complément de l’action gouvernementale (statecraft). « Sur la scène mondiale, les Etats-Unis sont engagés depuis la fin de la menace soviétique dans une campagne permanente, et c’est encore plus vrai maintenant que nous sommes entrés dans la « longue guerre » (long war), au cours de laquelle le souvenir du 11 septembre 2001 commencera inévitablement à s’effacer à l’étranger, et que les Etats-Unis apparaîtront inévitablement (car la politique est perception à l’étranger aussi) comme le principal obstacle à la paix dans le monde. Dans la bataille à venir, la diplomatie publique continuera à aller nulle part aussi longtemps qu’elle s’en tiendra à un message au lieu d’enchaîner un récit. »

Une leçon que semble avoir fait sienne le ministre français des affaires étrangères, qui affirmait récemment : « Nous devons repartir à la conquête de la narration du monde », mais que ne partagent pas tous les analystes militaires. Sam Gardiner, un des meilleurs experts en simulation stratégique, a récemment dénoncé le rôle néfaste des « storytellers politiques » dans la présentation de l’engagement anglo-américain en Irak.

Gardiner a affirmé, en septembre 2007, que les scénarios quotidiens préparés au centre d’information de la Maison Blanche étaient alimentés par Alastair Campbell, consultant de Tony Blair, et auteur du désormais fameux rapport sur les armes de destruction massive en Irak.

Dès le mois de novembre 2001, révéla Sam Gardiner, « l’orchestration de la campagne en faveur des femmes afghanes témoignait de similitudes frappantes dans le timing et les scénarios utilisés à Londres et à Washington ». Ainsi, le 17 novembre 2001, Laura Bush avait affirmé : « Seuls les terroristes et les talibans menacent d’arracher les ongles des femmes qui portent du vernis à ongles. » Une déclaration reprise trois jours plus tard, presque mot pour mot, par Cherry Blair.

Recensant pas moins d’une cinquantaine d’histoires, dont celle du sauvetage rocambolesque de Jessica Lynch, il affirmait : « Jamais on n’avait inventé autant d’histoires pour vendre une guerre. Lorsque nous devrons nous retirer d’Irak, le traumatisme sera plus grand encore que pour le Vietnam. Les hommes politiques se heurteront à une opinion qui refusera de les croire, même s’ils disent la vérité », une conséquence, selon lui, du champ libre laissé aux « storytellers ».

Christian Salmon est membre du Centre de recherches sur les arts et le langage (CNRS).

http://abonnes.lemonde.fr/archives/article/2008/01/25/clausewitz-au-pays-des-merveilles-par-christian-salmon_1003697_0.html


Les petits jeux des marketteux, les « buzz », les « communautés d’affinité » et autres gadgets dont l’unique but est de nous vendre des trucs, ça commence à devenir lassant.

Ca nous rappelle les débuts du mail, les premiers spams… à l’époque on trouvait ça rigolo, c’était pas trop génant, et puis on a fini par s’en lasser… A l’époque on s’est barrés sur Hotline, sur les premiers forums boards… mais là aussi, au bout d’un moment, on a été rattrapés par les pollueurs et les imposteurs…

Avec le Web 2.0 ça va être pareil. Les publicitaires ne connaissent pas la mesure, chacun se précipite pour arracher sa part du gateau et à la fin ce qui était un espace convivial devient un hall de gare rempli de néons clignotants et où on ne s’entend plus…

Il existe encore sur Internet, des espaces conviviaux, où l’on fait des vraies rencontres avec des vraies personnes, qui sont vraiment ce qu’elles disent être et qui ont des opinions vraies et des débats sincères… (et non, je ne parle pas de Meetic et autres arnaques à gogos esseulés)… les publicitaires n’en ont pas encore forcé la porte. Et on va tout faire pour les en empécher…

Un Français élu président de Facebook, ou l’histoire d’une imposture.

[Le Monde – 14/01/2008]
2007 aura été sans conteste l’année de Facebook. Avec une croissance de consultation fulgurante en europe (de 2 à 12 millions d’inscrits en moins d’un an), mais aussi un « buzz » spéculatif entretenu sur son rachat (Microsoft ou Google notamment), ce réseau social très en vue aura terminé l’année en apothéose avec, pour la première fois sur Internet, l’élection mondiale du président de Facebook. Et oh ! divine surprise, c’est un Français d’origine iranienne, inconnu encore il y a quelques semaines, qui a accédé le 1er janvier 2008 à la fonction suprême, pour quatre mois. Tout débute par la mise en ligne fin août 2007 sur Facebook d’une application gratuite « Facebook President », développée par la société ClutterMe. On l’installe, on consulte les noms des candidats et leur programme, et on vote, une seule fois par candidat et jusqu’à 50 fois. Et si l’on n’est pas interessé par le fauteuil de chef d’Etat, on peut faire campagne virtuellement pour son favori.

Arash Derambarsh, notre candidat national, décide de faire campagne « IRL » (« in real life »), écume de nombreux plateaux télés et radios et se fait remarquer par la presse. Il bénéficie en outre du soutien de certains responsables politiques ou associatifs, qui n’hésitent pas à envoyer des messages sur Internet appelant à voter pour lui.

Le Réseau, et notamment celui sur lequel se présente l’intéressé, ne dit pas tout de lui. Rien sur les affinités d’Arash, responsable de collection dans une maison d’éditions, rien sur son livre « Comment peut-on être de droite aujourd’hui ?« , rien sur son parcours militant au sein d’Alternative Libérale ou sur son passage dans plusieurs ministères entre 2004 et 2006. Les médias lui tendent le micro et ne relèvent pas l’absurdité de certains de ses propos : il prétend pouvoir une fois élu envoyer simultanément et « d’un seul clic [des messages] à ses 120 millions de membres », il soutient que 100 millions d’internautes ont participé au vote alors que Facebook ne compte que 60 millions d’inscrits dans le monde, et qu’il a été élu avec 9156 voix.

Facebook prend ses distances avec cette élection et demande de renommer le module en « ePresident » et de mentionner le caractère non officiel du produit pour éviter toute confusion. Mais le mal est fait : sur le Réseau, une seule victime, le Réseau lui-même, qui perd encore un peu de sa crédibilité … François Mitterrand – qui a par ailleurs 829 « friends » sur Facebook – doit bien se bidonner, c’est le mot juste, dans son e-tombe.

Au final, Arash D. sera donc devenu en quelques semaines aussi tristement célèbre et controversé que « David H. », un étudiant d’HEC à l’émail un peu trop rapide et virulent, qui avait défrayé la chronique au printemps 1999. Certes, « il n’y a pas mort d’homme », comme se plait à le rappeler maintenant l’interessé à chaque interview qu’il ne manque toujours pas de donner.

Il y aura eu juste une piqûre de rappel sur cette illusion de vérité et d’authenticité qu’apporte le réseau, mais surtout et c’est peut-être le plus grave, sur la remise en cause d’une certaine idée de la presse et des médias.

Une stèle virtuelle en hommage aux médias bafoués est d’ailleurs toujours visible sur le réseau jusqu’au 30 avril, sur « facebookpresident.com ».

http://www.lemonde.fr


Alexis Debat, c’est un peu comme notre Alain Bauer et Thierry Rauffer. Des gens qui font leur beurre en nous servant une soupe familière, qui confirme ce que nous voulons entendre. Les chaines de télé ne vont pas aller chercher des noises à un monsieur toujours prêt à meubler l’antenne avec des prédictions apocalyptiques et qui vont dans le sens de la pensée commune, n’est ce pas ? Ca fait vendre de la copie, des gens comme ça !

Comment Alexis Debat a trompé tout Washington

[Rue89 – 14/09/2007]
Pendant des années, cet « expert » a mené en bateau think tanks et médias qui avaient pourtant de quoi douter.

Comment peut-on, à l’heure d’Internet, bidonner des interviews de tous les grands de ce monde, sans se faire confondre, tout en travaillant pendant cinq ans pour le réputé département d’investigation d’une des plus grandes chaînes américaines?

Révélée par Rue89, l’affaire de l’expert affabulateur tourne au scandale aux Etats-Unis. Comment Alexis Debat, spécialiste autoproclamé du terrorisme, a-t-il pu se forger pareille carrière: collaborateur des revues Politique Internationale ou National Interest, consultant d’ABC News, chercheur au prestigieux Nixon Center où passait, au gré des conférences, la crème de la politique étrangère américaine?

Le 5 septembre, donc, Rue89 révèle que Debat a fourni à la revue française Politique Internationale une fausse interview, signée sous son nom, du sénateur Barack Obama, candidat à l’investiture du Parti Démocrate pour la présidentielle de 2008. Alexis Debat, selon notre enquête, a également gonflé son CV, faisant valoir un doctorat qu’il n’a pas, ou se targuant de titres imaginaires…

http://www.rue89.com/2007/09/14/comment-alexis-debat-a-trompe-tout-washington


MISE A JOUR DU 14/09/2007 : Alexis Debat est bidon… son CV est faux. Il a été démasqué 10 jours après cette dépèche, par le site Rue89.Comment Alexis Debat a trompé tout Washington
[Rue89 – 14/09/2007]
Pendant des années, cet « expert » a mené en bateau think tanks et médias qui avaient pourtant de quoi douter

http://www.rue89.com/2007/09/14/comment-alexis-debat-a-trompe-tout-washington

[IES News Service – 04/09/2007 ]
Selon Alexis Debat, directeur pour les affaires de terrorisme et de sécurité nationale au Nixon Centre (un think-tank conservateur), le Pentagone a préparé un programme massif de bombardement aérien de 1 200 cibles en Iran, pendant trois jours, afin d’anéantir les capacités militaires de l’Iran.

Dans un discours publié dans l’édition dominicale du Times (propriété de Ruppert Murdoch) Alexis Debat a déclaré que l’Armée US ne préparait pas de « frappes chirurgicales » contre les installations nucléaires iraniennes. « Leur objectif est d’anéantir massivement la totalité des installations militaires iraniennes« ..

Debat s’exprimait lors d’une conférence organisée par le journal conservateur « The National Interest ». Selon lui les stratèges de l’Armée US ont conclu que : « Quel que soit le type de frappe que nous pratiquerons, que ce soit ciblé ou massif, la réaction des Iraniens sera la même. Ils se disent donc, ‘tant qu’à faire, balançons-leur tout ce que nous avons’. Ceci est, à mon avis, un calcul stratégique tout à fait légitime. »

Le Président G.W. Bush a encore augmenté la tension cette semaine en accusant l’Iran de placer tout le Moyen-Orient « sous la menace d’un holocauste nucléaire » et que les USA et leurs alliés confronteront Téhéran « avant qu’il ne soit trop tard ».

A Washington, des sources proches de la Maison Blanche affirment que « la température montre au sein du Bureau Ovale, ne serais-ce que pour réaffirmer l’autorité états-unienne mis à mal par le fiasco irakien ». Bush « passe beaucoup de temps à envoyer des messages » à l’opinion publique, mais surtout aux membres du Conseil de Sécurité qui pourraient être tentés d’affaiblir la troisième résolution de sanctions contre l’Iran.

A contrario, l’Agence Internationale à l’Energie Atomique a annoncé la semaine dernière une « amélioration significative » de la coopération de Téhéran à propos de son programme d’enrichissement d’uranium, l’Iran ayant même volontairement ralenti son programme nucléaire. Téhéran a promis de répondre à la plupart des questions de l’AIA d’ici à Novembre prochain, mais Washington l’accuse de chercher à gagner du temps. L’Iran affirme développer un projet de nucléaire civil et non militaire.

http://www.foxnews.com/story/0,2933,295529,00.html?bringiton