Xavier Raufer



De Sivens à Notre-Dame-des-Landes, plongée au cœur de l’extrémisme vert, ses réseaux et ses méthodes

[ATLANTICO – 29/10/2014]

Atlantico : Selon les dernières informations, Rémi Fraisse, le jeune militant engagé contre le projet de construction du barrage de Sivens, serait mort à cause de l’explosion d’une « grenade offensive » lancée par la gendarmerie. De l’autre côté, que sait-on de l’emploi de substances explosives par les groupes militants altermondialistes ?

Sylvain Boulouque : Les militants se positionnant dans une logique de guérilla urbaine, l’usage de cocktails Molotov est un moyen de repousser les forces de l’ordre. Dans ce genre de combat, les armes à feu ne sont pas utilisées, c’est donc le moyen le plus efficace qu’ils ont trouvé pour lutter contre les représentants de l’Etat.

Alain Bauer : Les environnementalistes et les écologistes radicaux utilisent depuis de nombreuses années des cocktails Molotov et autres outils de même nature. Les grands affrontements comme celui du Larzac s’étaient également soldés par des morts. Les affrontements durs et l’usage d’engins artisanaux sont connus, même si en l’occurrence, il faut encore rester prudent sur les raisons exactes de son décès.

De Notre-Dame-des-Landes en Loire Alantique à Sivens dans le Tarn, les mouvements altermondialistes occupent régulièrement la scène médiatique. Quels sont ces groupes, ainsi que les profils des personnes qui les composent ?

Alain Bauer : Il s’agit de jeunes gens radicalisés qui considèrent qu’une lutte pour l’environnement et contre le capitalisme doit être menée. Les tendances politiques vont du vert au rouge en passant par le noir de l’anarchisme, jusqu’au vert-de-gris plus récemment. Le national-socialisme avait lui aussi des tendances environnementalistes. Comme toujours, les phénomènes sont beaucoup plus complexes que l’idée qu’on s’en fait.

Sylvain Boulouque : Les rassemblements du type de Sivens sont hétéroclites. C’est ce qu’on appelle de manière très large et vague la mouvance altermondialiste, qui existe depuis le début des années 1990, et qui s’appelait avant « antimondialisation ». On l’aurait aujourd’hui appelée gauche anticapitaliste, ou gauche radicale. On retrouve dans cette mouvance des libertaires, des anarchistes, des anciens maoïstes, encore quelques très rares maoïstes, des anciens communistes ou des communistes critiques se rattachant à la tendance de Clémentine Autain au sein du Front de gauche, et bien sûr des écologistes. Parallèlement, on trouve beaucoup de paysans, de ruraux ou de néo-ruraux. Ces derniers sont d’anciens soixante-huitards partis s’installer à la campagne dans les années 1970. Voilà pour le panorama général. (suite…)


Souvenez vous, quand la presse vous parle de « opération anti-terroriste ayant permis l’arrestation de… » que 90% des « complots terroristes » découverts aux USA ces 10 dernières années ont été « suscités » voire fabriqués de toutes pièces par la police… la « Guerre à la terreur » est un juteux marché qui permet de justifier le flicage et la répression contre toutes les formes de dissidence.

[Oumma.com – 03/05/2014]

Quand on peut fabriquer des peurs, qui frappent l’imaginaire, pour mieux les exacerber, pourquoi ne pourrait-on pas créer des terroristes de toutes pièces, histoire de crédibiliser les plus dantesques des scénarios catastrophes ?  A ce petit jeu de la manipulation, foncièrement immoral, qui brise des vies sans état d’âme au nom d’une lutte anti-terroriste qui a bon dos, les Etats-Unis font figure d’experts, même si parfois leur mystification leur explose en pleine face, comme c’est le cas de l’affaire du « terroriste du siècle », une afffaire à faire monter l’adrénaline dans les chaumières…

Derrière le portrait effrayant du « terroriste » patibulaire, qui était sur le point de laisser son empreinte sanglante dans l’Histoire en tant que plus grand criminel de tous les temps, se dissimulait Ahmed Abbassi, un malheureux étudiant tunisien de l’Université de Laval, au Canada, odieusement trahi dans sa confiance et piégé par la sombre machination orchestrée par un agent du FBI.

Au portrait-robot affreusement caricatural se sont ajoutées cent heures de conversations enregistrées, entièrement trafiquées, qui ont achevé de convaincre la police américaine de tenir là l’ennemi public n°1, l’Attila des temps modernes… Pour forcer un peu plus le trait, l’agent du FBI avait réussi à faire passer Ahmed Abbassi, ce coupable idéal, à qui il avait promis de réaliser son rêve américain et obtenu un visa en 2013, pour un dangereux meneur qui aurait «radicalisé» Chiheb Esseghaier, un autre étudiant tunisien, arrêté à Montréal en avril 2013, au motif qu’il aurait planifié le déraillement d’ un train de VIA Rail entre Toronto et New York.

«Ils ont basé leurs affaires sur rien! Mon frère voulait venir s’installer avec sa femme à Québec pour étudier et faire sa vie. Les gens doivent savoir qu’il n’a jamais été impliqué dans quoi que ce soit d’illégal», avait alors dénoncé sa soeur, comme le rapporte le site Kapitalis.  Interpellé le 22 avril, Ahmed Abbassi, s’est retrouvé pris dans une véritable souricière, accusé de terrorisme, de préparation d’actes terroristes, et de vouloir anéantir 100 000 personnes, avant d’être jeté en prison où il était menacé de croupir pendant 50 ans.

Depuis mardi dernier, date de sa comparution devant la Cour Fédérale, cette perspective cauchemardesque semble n’être plus qu’un mauvais souvenir, grâce à la plaidoirie imparable de son avocate Sabrina Shroff, qui a su démonter le mécanisme bien huilé d’un complot ourdi par un agent du FBI, réhabilitant l’honneur d’un homme et le sauvant in extremis de l’enfer.

Pour recouvrer la liberté, Ahmed Abbassi devra cependant plaider coupable mais uniquement pour la falsification d’une déclaration en vue d’obtenir une carte verte et un visa de travail. Un aveu qui le condamnera peut-être à une courte peine de prison, tout au plus six mois, puis il tentera de reprendre le cours normal de son existence, là où il l’avait laissée, avant de voir ce piège terrifiant se refermer sur lui. Le « terroriste du siècle » était un leurre grossier, mais la réalité du drame vécu par Ahmed Abbassi a dépassé la fiction…

http://oumma.com/202149/tunisien-accuse-detre-terroriste-siecle-usa-victime-d


Quand il s’agit de démasquer les fabricants d’épouvantails, Laurent Bonelli est un soutien précieux… même deux ans et demi plus tard

[Bertrand Rohthé – Bakchich – 19/02/2008]

En ces jours d’extrême médiatisation du déploiement policier à Villiers-le-Bel, « Bakchich » se tourne vers le sociologue Laurent Bonelli, auteur du livre « La France a peur » (La Découverte) pour comprendre pourquoi l’insécurité est devenue une obsession médiatique, qui masque les questions sur l’avenir des jeunes défavorisés.

Lire un ouvrage de sociologue, c’est accepter de prendre un risque. On attend une lecture difficile, voire soporifique. C’est vrai tant que l’on n’a pas ouvert la première page. Avec ce livre, le monde devient intelligent. Nos intuitions prennent formes, prennent mots. Et on en sort grandi.

La France a peur, d’abord et surtout parce qu’elle aime se fait peur, que les politiques savent très bien utiliser la force de l’émotion, mise en scène avec brio par les médias – car la peur fait grimper l’audience à tous les coups. La boucle est bouclée.

Quand on dit médias + insécurité, on pense instantanément à TF1… Surprise, la « première chaîne » n’est pas la plus caricaturale. Elle est même une de celles qui utilise le moins cette accroche pour attirer le chaland. C’est « France 2 qui arrive en tête quant au nombre d’émissions consacrées à  » l’insécurité  » ». Et dans la presse ? Libération bat à plate couture Le Figaro, qui lui même se préoccupe beaucoup moins du sujet que le très influent Le Monde.

Pour nourrir nos fantasmes, les faiseurs d’opinion usent de qualificatifs stigmatisants pour parler des jeunes défavorisés – jeunesse des banlieues –, voire dégradants – des blousons noirs aux racailles, en passant par les loubards et les sauvageons. Ici, l’auteur choisit le terme générique de « jeunesse populaire » qui renvoie au Front Populaire, aux bals éponymes et aux premiers baisers.

Et puis la France a peur, parce qu’elle ne prend pas le temps de comprendre. (NdL&I: comme avec les Roms de nos jours)

Pas le temps de comprendre, par exemple, ce que deviennent au juste les jeunes des milieux populaires après leur scolarité. Tout dépend du capital qu’ils ont pu mobiliser pendant leurs (brèves) études. En fonction de leur personnalité, de leurs parcours et de ses incidents, ils ont mobilisé plus ou moins de compétences économiques, culturelles, ou – on l’oublie trop souvent –, physiques.

Les gaillards les plus « conformes physiquement » auront la chance ( !) d’accéder aux « métiers d’homme » du bâtiment. Plus rarement à ceux de l’acier. Et ce n’est pas avec ArcelorMittal et ses récentes intentions de supprimer 600 postes à Gandrange (Moselle), ni avec le mini-traité sur l’Europe, que cette chance va augmenter.

Les « bohèmes culturelles » n’auront pas accès aux ateliers d’artiste de la ville de Paris. Ils seront animateurs socioculturels, pour un peu plus du SMIC. Les autres, les non conformes, passeront, selon le sociologue, de la bande à la prison.

Peu de gens ont le temps de comprendre l’histoire des grands ensembles. La « ménagère de plus de 50 ans » n’a ni le temps, ni les moyens, puisque personne ne lui donne. Sauf quelques raretés qui continuent de faire leur boulot, dont Laurent Bonelli fait partie.

Laurent Bonelli, La France a peur, une histoire sociale de l’« insécurité », La Découverte, 25 euros.

Un lecteur nous a envoyés ceci, c’est vieux de dix ans mais toujours aussi instructif…`

ALAIN BAUER, DE LA SAIC AU GODF
(Réseau Voltaire 01.10.2000)

En 1993, Alain Bauer a séjourné sept mois au siège de la SAIC à San Diego (Californie). A l’issue de ce stage, il est devenu vice-président pour l’Europe de la SAIC. En 1994, il a créé sa propre société de conseil et de formation en sécurité, AB Associates (http://www.cnit.fr/abassoc), qu’il a domicilié à proximité des locaux de la SAIC-Europe au CNIT-La Défense. Il a alors abandonné ses fonctions de vice-président de la SAIC-Europe pour celles de senior consultant. Au tour de table constitutif du capital d’AB Associates, on trouve la SOCADIF, la société d’investissements de l’ex-journaliste d’extrême droite Patrick Grumelart (qui tenta de racheter Minute en 1985).

Science Application International Corporation (http://www.saic.com) est une firme privée crée à San Diego (Californie) en 1969. Fournisseur d’infrastructures technologiques pour les administrations fédérales américaines, la compagnie s’est rapidement développée jusqu’à atteindre un chiffre d’affaires de 5,5 milliards de dollars et un bénéfice net de 619 millions de dollars, en 1999. Elle emploie 41 000 personnes, dispose de 350 bureaux dans le monde, dont une quarantaine en Europe, souvent situés dans des bases militaires américaines. En 1996, les contrats du gouvernement fédéral représentaient 79 % de son chiffre d’affaires, dont plus de la moitié pour le Pentagone (http://www.redherring.com/mag/digital/science.html).

La SAIC est aujourd’hui considérée comme la  » vitrine des services spéciaux américains  » dont elle sous-traite l’ensemble des besoins industriels. En 1995, la SAIC a absorbé Network Solutions Inc.(http://www.nsol.com/corporate/index.html), la principale société qui gère les noms de domaines sur l’Internet. En 1997, la SAIC a racheté l’opérateur de télécommunications Telcordia (http://www.telcordia.com/). En 2000, lors d’une offre publique d’échange, la SAIC a diminué sa participation dans Network Solutions pour acquérir des parts de VeriSign (http://www.VeriSign.com).

Dans la seule période 1992-1995, la SAIC a engagé 198 anciens colonels et généraux de l’armée des Etats-Unis (http://www.motherjones.com/mother_jones/ND98/heavymetal.html). La SAIC a compté parmi ses administrateurs les anciens secrétaires à la Défense William Perry et Melvin Laird, et les anciens directeurs de la CIA John Deutch (http://www.cia.gov/csi/books/dddcia/deutch.html) et Robert Gates (http://www.cia.gov/csi/books/dddcia/gates.html). Elle compte actuellement comme administrateurs le général Wayne A. Downing (ancien commandant en chef des forces spéciales) (http://www.specialoperations.com/focus/Official/Commanders/downing.html), le général Jasper Welch (ancien coordinateur du National Security Council) (http://www.af.mil/news/biographies/welch_ja.html), et l’amiral Bobby Ray Inman, (ancien directeur de la NSA et ancien directeur adjoint de la CIA) (http://www.cia.gov/csi/books/dddcia/inman.html). (suite…)


Tiens, c’est vrai… on les avait oubliés ceux-là, l’épouvantail de l’hiver précédent, vous vous souvenez, l’Ultragauche, le couteau entre les dents et la bombe dans la poche, qui devait affoler le populo et le faire rentrer dans le rang…

Un fiasco de communication médiatique sur lequel Michèle Alliot-Marie et Alain Bauer (qui est à l’origine de ce montage de basse propagande) se font très, très discrets… et qui a quand même vu un innocent jeté en prison pendant plusieurs mois.

Aujourd’hui, on tape sur les Roms, demain ce sera sur les fonctionnaires feignants ou les parents indignes ou les sauvages des banlieues ou, ou… n’importe quoi pourvu que cela détourne l’attention des médias et des citoyens…

Comme l’écrivait Thomas Pynchon « If They can get you to ask the wrong questions, They don’t need to worry about the answers »– s’ils peuvent t’amener à te poser les questions qui te mènent nulle part, ils n’auront pas besoin de s’inquiéter des réponses que tu pourrais y trouver.

Note de Dov: OK, OK, mais sur la forme, on est quand même en droit de trouver que le style des mecs de Tarnac est chiant et grandiloquent. On retrouve le néo-romantisme révolutionnaire de « L’insurrection qui vient ». C’est du Théâtre, du Pathos à la louche…  la dernière phrase du texte « Seigneurs de ce monde, vous êtes cuits », c’est carrément risible. On dirait une bande de gamins de dix ans qui se racontent des histoires de Zorro dans une cabane sous les arbres…  et comme la flicaille a besoin de méchants d’opérette pour faire monter la mayonnaise sécuritaire, les mecs de Tarnac lui fournissent obligeamment le personnage.

Au secours, Lenine revient !

Au secours, Lenine revient !

[Mediapart – 23/08/2010]

Fin juillet, quelque deux cents personnes se sont réunies dans la commune de Corrèze où des jeunes gens avaient été interpellés, le 11 novembre 2008, lors de l’enquête « antiterroriste » ouverte après le sabotage de lignes TGV. La réunion a eu lieu à la ferme du Goutailloux, à Tarnac, en présence notamment de personnes toujours mises en examen dans ce dossier.
Pendant une semaine, les participants – venus des Etats-Unis, d’Europe et de France – ont cherché à « analyser la situation politique actuelle et élaborer ce que serait une sortie bouleversante de l’ordre présent ». De cette assemblée estivale a émergé un texte, que Mediapart publie aujourd’hui :

Tarnac, été 2010

Il se lève et dit : « La contre-insurrection n’est pas seulement la doctrine d’intervention des armées occidentales en Afghanistan, c’est la nature même de tout gouvernement. La mise en circulation de tel ou tel « élément de langage », l’urbanisme, la distraction organisée, les fables de l’économie, tout provient de la crainte de perdre le contrôle des populations. » Elle lui répond : « Chez nous, le gouvernement a tellement peur, avec la crise, que les gens commencent à s’organiser par eux-mêmes, qu’il contraint les chômeurs à faire des ateliers de réparation gratuite de vélos dans la rue, à récupérer les objets usagés et à patrouiller avec la police. On occupe le terrain préventivement. »

Quelques heures plus tard, une fournée de pain plus loin, un autre : « Moi, ce qui m’étonne, depuis l’automne 2008, c’est qu’une telle crise du capitalisme ait suscité à ce jour, hormis en Grèce, si peu de mouvements. Il y a dix ans il y avait tout un mouvement « antiglobalisation » qui attaquait le système alors que celui-ci se portait plutôt bien, et maintenant que tout donne raison à ce mouvement, il n’y a rien qui se lève, et si peu qui se tente. Que, dans ces moments, chacun se cramponne à sa position sociale menacée est bien compréhensible, mais que militants et activistes restent confortablement installés dans leur rôle social minoritaire, qu’au lieu de s’interroger sur leur soudaine paralysie, ils préfèrent considérer que tout leur donne raison et qu’ils n’ont qu’à continuer à parfaire leur posture radicale sur les sites web spécialisés ou à siroter leur bière à la terrasse des cafés branchés, voilà ce qui est proprement hallucinant. » (suite…)


[Arrêt sur Images – 31/03/2010]

Comment appeler nos quatre invités de cette semaine ? Quatre rebelles ? Quatre résistants ? Quatre fortes têtes ? Tous quatre ont franchi la ligne jaune. Chacun à sa manière.

Le gendarme, et chercheur associé au CNRS, <http://www.cesdip.fr/spip.php?article329>  (1) Jean-Hugues Matelly s’est prononcé contre la réforme police-gendarmerie <http://www.rue89.com/2008/12/30/la-gendarmerie-enterree-a-tort-dans-lindifference-generale>  (2) : il est aujourd’hui radié de la gendarmerie, expulsé de son logement de fonction. Joseph Tual, journaliste à France 3, vient d’être entendu comme témoin par un juge d’instruction, après la diffusion d’un reportage mettant en cause des officiels marocains, à propos de l’affaire Ben Barka. Véronique Decker, directrice d’école, a refusé d’appliquer les nouvelles directives sur le soutien scolaire, et le fichier « Base élèves ». Enfin, pour compléter le quatuor… un député UMP, Lionel Tardy (Haute-Savoie). Sa transgression est plus mince : il a « twitté » une réunion de parlementaires UMP <http://www.lioneltardy.org/archive/2010/03/23/b7e3287bc9561d3420cffb346ba6dec3.html>  (3), alors même qu’elle se déroulait. Plus mince, mais à l’échelle de l’UMP, c’est considérable.

Alors que se lèvent, dans l’Education Nationale, dans le parti au pouvoir, et jusque dans la gendarmerie, d’étranges vents d’insoumission et de désobéissance, il nous a semblé intéressant de confronter ces quatre-là, auxquels les médias dominants donnent si peu la parole. Quand ont-ils décidé de franchir la ligne sans retour ? Quel a été le déclic ? Au-delà des clivages politiques, des tempéraments qui se ressemblent. Décidément, toutes les lignes bougent, à grande vitesse. Voilà pourquoi j’ai voulu vous en prévenir dès aujourd’hui. Notre émission ligne j@une, qui n’a jamais si bien porté son nom, est ici <http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2883>  (4). Et ses meilleurs moments sont là. <http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#7668>  (5)


[Gregor Seither – IES News Service – 29/03/2010 ]

Cela va faire un an depuis que Ian Tomlinson est mort après avoir été attaqué par un officier de police lors des manifestations du G20. Aucun action en justice n’a suivi cette mort, personne n’a été puni pour ce meurtre. Malgré 300 plaintes déposées par des citoyens britanniques vis-à-vis du comportement de la police lors des manifestations du 1er Avril 2009 – et malgré des centaines d’heures d’enregistrements vidéos et de photos, aucun policier n’a encouru ne serais-ce qu’un blâme pour les exactions et la violence aveugle exercée contre des manifestants pacifiques. Les policiers qui ont illégalement enlevé leurs badges avec leur matricule, qui ont matraqué de simples passants dans la rue puis ont menti sur ce qu’ils ont fait, de manière répétée… tous ces agents de la force publique qui ont commis des actes illégaux restent dans l’impunité, et ni la loi, ni leurs supérieurs ne leur demandent des comptes. La police n’a jamais contacté la famille de Ian Tomlinson, ne serais-ce que pour exprimer des condoléances.

Comparez cet état de fait à celui d’un cas dans le Nottinghamshire, en juin 2009. Un policier a causé deux morts et a immédiatement été mis à pied. Ses supérieurs ont contacté tout de suite la commission indépendante d’investigation (Independent Police Complaints Commission) et mené leur propre enquête. Le commissaire principal a déclaré “nous allons tirer les leçons de cette tragédie afin qu’elle ne puisse plus se reproduire. Cela a causé une immense tristesse et un très grand choc.” La presse a publié des photos montrant des officiers de police entrain de faire le salut militaire devant les bouquets de fleurs que des passants éplorés avaient déposé devant le commissariat de police. Personne n’a rien caché, personne n’a diffamé les victimes, personne n’a trafiqué la scène du crime pour masquer son forfait, personne n’a dit que les victimes étaient alcooliques et violentes ou qu’elles l’avaient bien cherché. L’agent de police responsable a été rapidement mis en examen et, malgré le fait que ces deux morts sont dus à une négligence de sa part et non pas à une attaque violente, il a néanmoins été condamné pour avoir provoqué la mort de ces deux victimes.

Il y a une différence significative entre les deux cas: dans le Nottinghamshire, les victimes étaient des chiens. L’officier de police avait laissé deux chiens policiers dans la voiture et les avait oubliés au soleil, tandis qu’il remplissait des papiers. Si on en juge par la réponse de la police vis à vis de ses deux tragédies, la vie de deux chiens est plus précieuse qu’une vie humaine, du moins dans les yeux de la Police .

La semaine dernière, en Grande-Bretagne, la « Association of Chief Police Officers » (ACPO) a publié un manuel de formation pour ses officiers afin de leur apprendre à réagir de manière appropriée lors de manifestations. On peut s’attendre à voir la police se répandre dans les médias pour nous dire que le tabassage et la violence contre les manifestants, c’est de l’histoire ancienne. Jusqu’à la prochaine bavure qui prouvera que ce ne sont que des mots.

L’an dernier déjà, une semaine avant le G20, le Comité Parlementaire sur les Droits Humain avait publié un rapport très sévère sur la manière dont la police britannique gère les manifestations. Le Comité mettait en garde: « Les pouvoirs exceptionnels accordés à la police dans le cadre de la lutte anti-terroriste ne doivent jamais être utilisés contre des manifestants pacifiques » et que « par principe, une manifestation pacifique et légale doit pouvoir se dérouler sans qu’il y ait intervention de l’autorité de l’Etat. » A l’époque la direction de la police avait déclaré avec véhémence qu’ils prenaient les conclusions de ce rapport très au sérieux. Et une semaine plus tard la police de Londres faisait exactement ce que le rapport avait critiqué.

En novembre dernier, l’Inspecteur général de la police (chief inspector of constabulary) avait sévèrement condamné les méthodes employées pour réprimer les manifestations par la police. Il avait rappelé aux policiers que les manifestants ne sont pas des ennemis et qu’ils n’ont pas à être traités comme des insurgés dans une province conquise militairement. Il avait insisté sur le fait que le premier devoir de la police est de faire respecter les Droits humains et donc de faciliter le droit des citoyens à se réunir et de manifester de manière pacifique. Pour l’Inspecteur général, la gestion de manifestations publiques demande, de la part de la force publique, “autre chose que la simple mise en place d’un environnement répressif et une réponse légale virulente.” Six mois plus tard, absolument rien n’a changé..

Début Mars, la justice a relaxé un manifestant accusé d’avoir jeté un bâton en direction des forces de l’ordre lors d’une manifestation devant l’ambassade d’Israël. La police basait son accusation sur une séquence vidéo… et affirmait qu’il n’existait aucune autre séquence permettant de disculper M. Smith, le manifestant. Jake Smith avait pourtant fourni à la Cour des séquences trouvées sur YouTube et qui montraient que ce n’était pas lui qui avait lancé le bâton. Mais la Police refusait de tenir compte de ces séquences, affirmant qu’ils n’avaient aucune autre séquence vidéo prises par leurs caméras et corroborant la défense de Jake Smith. Sous la loi anti-terroriste, M. Smith risquait un an de prison au minimum.

Mais deux jours avant le procès, la police avait été obligée d’avouer qu’elle disposait en fait de SEPT HEURES ET DEMIE de vidéo supplémentaire, filmées lors de la manifestation et que, sur ces vidéos, on voyait clairement qu’un autre homme avait lancé le bâton sur la police avant de s’enfuir. L’unique crime commis par Jake Smith avait été de se rendre à une manifestation et de se faire passer à tabac par la police qui l’avait attrapé au hasard, dans la foule. Il fallait bien lui coller quelque chose sur le dos, histoire de justifier son tabassage. Alors la police avait prétendu qu’il avait lancé le bâton.

Tout comme les victimes civiles en Irak et en Afghanistan sont maquillées en terroristes  — des soldats US ayant encore récemment été vus entrain de placer des armes à côté des corps de civils abattus par erreur ou dans des maisons bombardées sans raison, afin de faire croire qu’il s’agissait d’insurgés — , en Europe des manifestants innocents sont victimes de violences policières et sont systématiquement accusés d’outrage à agent ou de  comportement violent afin de justifier leur arrestation, leur passage à tabac et les empêcher de porter plainte.

L’avocat de Jake Smith a soumis la vidéo présentée par la police anglaise à un expert en vidéo. Celui-ci a clairement démontré que la séquence avait été manipulée, éditée et remontée par la police, pour faire croire à la culpabilité de Jake Smith.

Pour l’ancien juge Peter Lorens,

le « scandale est immense, car c’est la Police de notre pays qui nous ment et qui nous traite comme si nous étions des ennemis. Exactement comme dans l’affaire Tomlinson, la police n’a pas peur de mentir et de trafiquer la vérité, d’envoyer un innocent en prison pendant des années, juste pour ne pas perdre la face et reconnaître qu’ils ses sont trompés de cible. »

Et pour Andrea Tallioci, de la Commission indépendante des juristes sur le droits humains en Europe :

En France, des jeunes vivant de manière alternative (NdL&I: Julien Coupat et ses amis) ont passé six mois en prison, uniquement pour satisfaire les fantasmes sécuritaires de Monsieur Alain Bauer et de Madame Alliot-Marie. Quand la justice a souligné à quel point le dossier Coupart/Tarnac est vide, le ministère de l’intérieur a sorti de nouveaux mensonges…

La police et l’Etat détiennent un pouvoir immense par rapport au simple citoyen. Ils ont le droit de nous envoyer dans un endroit très désagréable, de détruire nos vies quotidiennes, de nous espionner… voire de nous abattre si nous faisons mine de résister. Tout cela au nom de la protection de l’ordre public. Ce pouvoir est immense et nous, en face, nous n’avons quasiment rien. Devant un tribunal, un mensonge de la part d’un policer aura toujours plus de poids que la vérité dite par un simple citoyen. La police ne se comporte plus en protecteur des civils, mais en pouvoir autonome qui nous considère, nous les civils, comme des des ennemis potentiels.

Quand la police patrouille dans les rues, quand elle surveille une manifestation ou une simple fête de voisinage, elle est dans le même état d’esprit que les soldats britanniques qui patrouillent en Iraq ou en Afghanistan. Les citoyens sont les « autres », vaguement menaçants, qu’il faut mater s’ils font mine de ne pas respecter notre autorité. Voilà ce qu’est devenue notre démocratie.

[Source: IES News Service – Lettre Hebdo 3 – Mars 2010]


Villiers-le-Bel, Tarnac… « Fallait pas nous mettre dans la même prison ! », par Maka Kanté et Benjamin Rosoux
[LE MONDE | 23.11.09 ]
Je suis Maka, j’ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23 février 2008. Je suis mis en examen pour « tentative d’homicide volontaire sur agents des forces de l’ordre » depuis le grand baroud policier qui avait suivi les émeutes de novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Des centaines de jeunes ont affronté la police suite à la mort de deux adolescents, dans une collision avec un véhicule de police.Je suis Benjamin, j’ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en examen pour participation à « une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » suite aux opérations de police menées sur tout le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de l’alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.

Un Blanc. Un Noir. Cité du Val-d’Oise. Petit village de Corrèze. Parents immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province. Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent au hasard d’une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque de la reproduction sociale. (suite…)


[Solidarité Inculpés – Juin 2009]

La brochure Mauvaises Intentions 2 a été ré-imprimée à des milliers d’exemplaires. N’hésitez surtout pas à la diffuser largement. On peut vous en envoyer plein, il suffit de le demander!

Cette brochure propose une chronologie des arrestations de Janvier 2008, des lettres des camarades inculpés, ainsi que des analyses sur les tactiques policières et judiciaires, l’ADN, la lutte contre les centres de rétention, le sabotage, puis un retour sur les actions de solidarités. Dans ce dossier se trouvent archivés – de manière exhaustive – les textes, analyses, comptes-rendus d’actions glanés sur les sites d’informations « alternatifs », ainsi que les articles policiers de la « grande presse » se rapportant à l’ »outil antiterroriste » et à la « mouvance anarcho-autonome »…

Le dossier « Mauvaises intentions » a été mis en place en juin 2008 à la suite des premières inculpations sous régime antiterroriste de personnes fichées par la police comme « anarcho-autonomes ». Ce dossier constitue le principal relais rassemblant tous les textes écrits par ou pour ces personnes. En novembre 2008, une autre opération « antiterroriste » ciblant la « mouvance anarcho-autonome » a eu lieu : l’affaire dite de Tarnac. Cette affaire ayant pris énormément de place médiatiquement, nous avons cessé au cours du mois de février de répertorier exhaustivement les articles faisant référence à cette affaire.

Un site internet [http://infokiosques.net/mauvaises_intentions] très régulièrement mis à jour permet de se tenir au courant et une adresse mail [solidaritesinculpes@riseup.net] existe, notamment pour s’inscrire à une mailing-list et recevoir directement les dernières infos.

Pour payer l’impression de cette brochure, les frais de déplacements liés au contrôle judiciaire, et de photocopies (tracts,etc…), nous avons besoin d’argent. Pour cela, vous pouvez envoyer un chèque à l’ordre du C.I.C.P. à l’adresse :   Mauvaises Intentions, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris.

http://infokiosques.net/mauvaises_intentions


Il faut bien désigner quelques « classes dangereuses » à la vindicte du populo, si on veut lui faire avaler la pilule des budgets sécuritaires… et quoi de mieux pour augmenter l’efficacité de la police que de se fabriquer ses propres criminels ?

[Anaëlle Verzaux – Bakchich – 17/07/2009]

La France a peur. Et la traque des anars ultra ne s’arrête pas à Julien Coupat. Trois tagueurs anti-fascistes ont eux aussi fait les frais d’une justice et d’une police en plein revival du terrorisme d’Action directe.

En 2008, la France a peur. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, met le paquet sur la menace anarcho-autonome. Avec Julien Coupat et son « gang » de Tarnac en ligne de mire. Et autour, de petites affaires Coupat, passées à peu près inaperçues.

Dans la nuit du 22 au 23 mai 2008, alors que l’enquête préliminaire sur les « terroristes » de Tarnac est entamée, Jean, Emilie et Julien, trois anti-fascistes, taguent le mur de l’Asiem (Association immobilière de l’Ecole militaire), dans le 7e arrondissement de Paris, où le Bloc identitaire a prévu de se réunir. L’inscription : « Identitaires, hors de nos vies ! » De quoi faire frémir de terreur flics, militaires et ministère de l’Intérieur. Et il faut croire que la peur les a gagnés en effet. A cause de ce tag malheureux, nos trois anti-fascistes subissent tout un tintouin généralement réservé aux crimes plus graves.

Pour commencer, perquisition au domicile de chacun. Une perquisition originale, d’après Jean qui, professeur d’histoire géographie, exerce dans un lycée de la banlieue nord parisienne et habite la capitale. L’enseignant raconte :

« Un matin, dix policiers sont venus sonner chez moi. L’un d’eux s’est présenté comme étant des Renseignements Généraux (RG). Devant ma femme, Emmanuelle, et mes deux enfants, les policiers ont un peu fouillé la baraque. Ils m’ont demandé où étaient les tracts et les bombes de peinture. J’ai répondu j’en ai pas ici. Ils ont demandé où étaient les armes. J’en avais pas, des armes ! Ils n’ont pas pris l’ordinateur, pensant que c’était une télévision. Bizarre. Ils m’ont demandé où étaient rangés les livres anars. Ils ne trouvaient pas parce que la plupart de nos livres sont écrits en langue étrangère – ma femme est professeur d’allemand. C’était très clair, ils cherchaient des anarcho-autonomes ».

Les policiers repartent, Jean sous le bras. Comme ses amis Emilie et Julien (tous deux étudiants en histoire), Jean est gardé à vue 24 heures. Sa femme Emmanuelle sera interrogée quelques jours plus tard, durant 39 heures. « Sous pression », Emilie avoue des « trucs » qui, dit-elle, « n’ont rien à voir avec la réalité ». Mais pour les flics, c’est clair, la jeune Emilie est manipulée par Jean l’enseignant, et leader du groupe anarcho-autonome.

Garde à vue dans les locaux d’une unité anti-racolage

Sous pression, Emilie ? Il faut dire que les gardes à vue ne se font pas dans un commissariat ordinaire… Mais dans les locaux d’une unité spéciale choc de la police urbaine de proximité, créée en octobre 2003, dans le cadre des lois Sarkozy sur la sécurité. L’USIT (Unité de soutien et d’investigation territoriale), spécialement conçue pour renforcer la lutte contre la prostitution et le racolage. Et qui, depuis peu, s’occupe de toutes les formes de criminalité en réseau (trafic de métaux, etc.).

Dans le cadre de l’enquête policière qui s’ensuit, le père de Jean et le proviseur adjoint du lycée dans lequel Jean enseigne sont convoqués par les flics de l’USIT. Les conversations téléphoniques des trois terroristes supposés sont surveillées et on relève, sur les lieux du « crime », les empreintes ADN et digitales. Au total, un dossier de 600 pages ! Du lourd…

Il faut dire que le tag tombe au mauvais moment. Quelques mois seulement après le début de l’enquête sur Tarnac et la déclaration, dans les colonnes du Monde, de Michèle Alliot-Marie, encore ministre de l’Intérieur, sur les dangers de l’ultra : « L’affaiblissement à droite comme à gauche des partis politiques qui permettent d’exprimer les frustrations sociales se traduit, l’histoire de France et de ses voisins le montre, par l’apparition de mouvements radicaux et violents » . Une déclaration que ne reniera pas Rachida Dati qui, le 3 juin 2008, adressait une petite note aux procureurs de France, afin d’attirer l’attention sur « la multiplication d’actions violentes (…) susceptibles d’être attribuées à la mouvance anarcho-autonome ».

Le ridicule ne tue pas, mais l’amende peut être salée

En plus de l’enquête menée par l’USIT, le petit groupe de tagueurs est sous le coup d’une enquête judiciaire. A cause de la plainte, déposée par l’Asiem (l’Association immobilière de l’Ecole militaire), pour « dégradation ou détérioration de bien par inscription ou dessin sur le territoire national ».

Le procès, qui s’est tenu mercredi 1er juillet, inspirait bien plus le ridicule que la crainte de voir ressurgir Action Directe. Le ridicule de voir à quel point la vingtaine de jeunes du réseau No Pasaran, venus soutenir leurs amis, ne ressemblent pas aux terroristes de Michèle Alliot-Marie. S’ils luttent « contre le système capitaliste », le « fascisme » et « l’extrême droite » de façon « radicale », c’est toujours « sans violence ». Le ridicule, aussi, de voir le hiatus entre l’épaisseur de l’enquête et le verdict, presque mesquin : 250 euros d’amende par personne.

http://www.bakchich.info/Un-air-de-petit-Tarnac,08232.html


[Gregor Seither – IES News Service – Juin 2009  ]

La semaine dernière, notre collègue Brendon Boshell de  « Making The Web » a fait une démonstration de page espion dans laquelle il récupérait à leur insu l’historique Web des visiteurs de son site. Cet exploit a suscité pas mal de commentaires, plein de gens disant qu’il suffisait d’être équipé de NoScript, pour bloquer cette tentative d’espionnage. Il revient donc cette semaine avec une version qui fonctionne même si vous avez activé NoScript. Si vous n’avez pas été choqué par sa démonstration antérieure, celle-ci devrait vous choquer.

Cliquez simplement sur « Start Scan » et regardez la liste des sites que vous avez visités s’afficher. Et encore, Brendon ne vous montre que le minimum, il pourrait pousser la chose plus loin et vous dire exactement ce que vous êtes allé regarder sur ces sites : autrement dit, si vous aimez les brunes ou les blondes, les petits nichons ou les gros lolos, les petits garçons ou les nymphettes…

La technique est des plus simples — plus simple encore que la version Javascript. Lors de l’accès à la page, une Iframe cachée charge une autre page qui contient un certain nombre de liens. Si un lien est visité, une image de fond (qui n’est pas vraiment une image de fond) est chargée, conformément au CSS. Cette « image de fond » enregistre les informations, les stocke (et, sur la page de Brendon, vous les affiche dans le champ log).

Normalement, ceci devrait vous mettre mal à l’aise : les sites Web que vous visitez au cours de votre journée ne sont pas censés connaître toutes ces informations sur vous. Cette fonction a le potentiel de permettre à quiconque, et particulièrement les publicitaires ou les agences gouvernementales, de vous pister et d’établir un profil à votre insu.

Si vous vous baladez sur les forums des saboteurs de caténaires et qu’ensuite vous allez sur un site gouvernemental, la police risque de venir défoncer votre porte peu de temps après…

http://www.making-the-web.com/misc/sites-you-visit/nojs/


[Numerama – Guillaume Champeau – 20 Mai 2009]

« Le président de la République actuel a un plan« . C’est la première phrase du livre de François Bayrou, Abus de Pouvoir, et l’on peut la vérifier au moins en ce qui concerne le contrôle du net. Depuis la loi DADVSI où il était président de l’UMP et ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy a déployé son plan pour contrôler le net. Il a commencé à l’appliquer avant-même la loi Hadopi, et prévoit de le parachever avec la Loppsi. Dans cet article exceptionnellement long, Numerama tente un décryptage du net selon Sarkozy.

Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’image se révèle sous nos yeux. Le projet de loi Création et Internet n’a pas encore été promulgué que déjà le morceau suivant s’apprête à faire son apparition. Projet de loi après projet de loi, décret après décret, nomination après nomination, Nicolas Sarkozy prépare méthodiquement les moyens pour le gouvernement de contrôler Internet… et les internautes.

Lundi, Le Monde a publié un excellent article sur la prochaine loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi, ou Lopsi 2), qui montre ce que prévoit le nouveau texte commandé par Nicolas Sarkozy : installation de mouchards électroniques sans vérification de leur légalité par les services de l’Etat, légalisation des chevaux de Troie comme mode d’écoute à distance, création d’un super-fichier « Périclès » regroupant de nombreuses données personnelles (numéros de carte grise, permis de conduire, numéros IMEI des téléphones mobiles, factures…), création d’un délit d’usurpation d’identité, pouvoir de géolocaliser les internautes, …

Sans cesse repoussée, la loi est attendue de pieds fermes par Nicolas Sarkozy. C’est d’ailleurs en partie elle qui a justifié l’obsession du Président à maintenir contre vents et marée la loi Hadopi. Car « le président de la République actuel a un plan ». Pour le comprendre, il nous faut accumuler les pièces à conviction. Certaines relèvent très certainement de la paranoïa, d’autres sont véritablement réfléchies par le Président.

Mises bout à bout, elles laissent peu de doute sur la volonté de Nicolas Sarkozy de contrôler le net, aussi bien dans son contenu que dans son infrastructure. (suite…)


Sous Giscard déjà, le service d’ordre du PC avait coinçé des flics qui se faisaient passer pour des casseurs dans une manif. Le soir, Georges Marchais passait à la télévision et avait exhibé les cartes de police confisquées à ces « manifestants »…

Quand à Rostock, lors des manifs du G8, les flics déguisés en « black block » étaient partout… quand on regarde les photos, on retrouve toujours les mêmes, aux différents points chauds…

Méfiez vous des excités dans les manifs, c’est probablement un « pousse-au-crime » payé par la police. Dotez vous d’un bon service d’ordre, organisez vous… et faites comme vos grand(es) frères/soeurs trotskos dans les années 1970. Un flic en civil on l’entoure gentiment sans qu’il se doute de rien… et on lui balance un grand coup de poing américain dans les dents, ni vu, ni connu.

Ou bien faites comme les anars de Zurich Hambourg. Ils ont des pancartes fléchées avec « Flic en civil » marqué dessus, et quand ils repèrent un agent provocateur, ils l’entourent avec leur pancartes…

Zivis[Le Canard Enchainé, 6 mai 2009]
Fin de manif du 1er mai. Il est un peu plus de 20 heures, place de la Bastille à Paris. A gauche de l’Opéra, un groupe de jeunes punks zone sur les marches. Des gendarmes mobiles ont pour consigne de les déloger, afin d’éviter les embrasements de fin de cortège.

Soudain, une demi-douzaine d’encapuchonnés, baskets aux pieds, crânes rasés et bardés d’autocollants  » Casse-toi pauv’con  » ou  » Rêve générale « , volent au secours de leurs camarades zonards.

Certains ont le visage masqué. Ils invectivent les gendarmes, les provoquent, prennent le reste de la foule à témoin… La tension monte, des projectiles volent. Forcément, ni une ni deux, les bleus embarquent tout ce beau monde, comme pris dans une souricière.

Tout, sauf la demi-douzaine de provocateurs qui réussissent à s’évaporer. Et pour cause : ils sont de la maison poulaga…

Casseurs anticasseurs
Une heure plus tôt, une trentaine de ces « chauffeurs » de manifs sortaient, deux par deux, de fourgons de police stationnés boulevards Richard-Lenoir, comme en témoignent des photographies dont « Le Canard » dispose.

La préfecture de police ne nie pas leur existence. Difficile : de mémoire de manifestants, il y a toujours eu des flics en civil dans les cortèges. Et toujours, également, des  » pousse-au-délit « . Mais, cette fois, ils ont été pistés depuis leur car jusqu’à leurs exploits sur le terrain.

Ces faux manifestants font partie d’une  » compagnie de sécurisation « . Elle a été créée, officiellement en 2005, par Sarko, inventeur du  » provoquer plus pour coffrer plus « , à l’issue des manifs de lycéens opposés au projet de loi Fillon, alors ministre de l’Education. Selon la préfecture, il s’agissait de  » protéger les manifestants  » contre les provocateurs, les voleurs, les casseurs, etc.

Depuis, ladite « compagnie » a fait ses preuves dans toutes sortes de manifs, au point qu’il est question d’en créer d’autres ailleurs en France. Ses membres agissent en civil, sans signe distinctif d’appartenance à la police, cherchant « le flag’ « . Voire en le provoquant, comme ce 1er Mai à Paris, puis en désignant aux  » collègues  » les jeunes à interpeller. « C’est plus efficace pour la procédure pénale « , confie au « Canard » un gradé à la Préfecture.

Heureusement, Sarko veille. Le 21 avril, depuis Nice, il a promis une nouvelle loi pour – entre autres joyeusetés – faire la chasse aux  » cagoulé  » dans les manifs et punir de 3 années de ballon la simple  » appartenance à une bande  » Y compris les bandes de provocateurs.


une parfaite allégorie de la réaction policière face aux "gauchistes" français

une parfaite allégorie de la réaction policière face aux "gauchistes" français


Pour les plus anciens d’entre vous, cette fabrication d’une menace afin de justifier son existence à un moment de coupes budgétaires a déjà été brillamment racontée par Vladimir Volkoff dans « Le Retournement« . De l’opération « Couleuvrine » à l’opération « Ultragauche », rien n’a change chez les semelles de crèpe…

Mais il est vrai que Volkoff, ayant fondé l’Institut d’études de la Désinformation, savait de quoi il parlait…

Comment la menace terroriste a été créée de toutes pièces pour répondre aux impératifs politiques d’Alliot-Marie et des ex-RG.

[Rue 89 – Antonin Grégoire | Universitaire | 11/05/2009]

Le but d’un service de renseignement est de détecter et d’avertir des menaces que le politique n’a ni le temps ni l’expertise de percevoir. Problème : si le politique est en pleine parano sur l’ultragauche et qu’on lui vend de l’islamiste, il n’en tient pas compte, réduit les budgets, et, le jour où se produit l’attentat qu’on lui avait prédit et qu’il n’a pas voulu entendre, il vire tout le monde pour donner un exemple en pâture à l’opinion publique. Ce phénomène s’appelle la politisation du renseignement.

Il y a deux écoles :

  • Ecole Kennan. Le renseignement doit être totalement séparé du politique. Les services choisissent eux-mêmes ce qui doit être surveillé et sont donc plus performant mais le politique les écoutera beaucoup moins.
  • Ecole Gates. Assumer à fond la politisation du renseignement : beaucoup plus de confiance, mais les services sont obligés de donner parfois corps aux paranos des politiques. C’est le cas de l’affaire Coupat.

La ministre de l’Intérieur a fait une analyse toute seule ! Sa finesse politique lui a montré que le PCF perdait des électeurs et elle en a donc déduit que l’extrême-gauche allait mathématiquement se renforcer. Analyse auto-confirmée en voyant les manifestations anti-CPE au 20 heures de TF1. La ministre évoque alors une « radicalisation ressentie » ça ne s’invente pas.

Un fond de commerce des RG

La ministre fut un peu aidée dans son ressenti, il est vrai, par les RG dont la mouvance anarcho-autonome est le fond de commerce et qui vont bientôt disparaître, avalés par la DST dans la nouvelle DCRI. La menace ultragauche est donc leur seul moyen de survie dans la nouvelle organisation, et pour la ministre, un gros dossier terroriste lui permettant d’exister politiquement. Pourquoi terroriste ? Parce que c’est bien plus prestigieux politiquement que les chiens dangereux.

Durant l’été 2007, la ministre fait donc inscrire l’ultragauche à coté des autres menaces terroristes (islamistes, Corse, ETA…). Et c’est ainsi que la sous-direction antiterroriste de la nouvelle DCRI se voit chargée de la mission ultragauche.

« L’insurrection qui vient » distribuée à la PJ

Et qu’est-ce qu’on a sur l’ultragauche ? Pas grand-chose… Alain Bauer, le criminologue multi emploi de la ministre, pianote un beau matin sur amazon.com et découvre l’existence d’un livre qui fait peur : « L’insurrection qui vient ». Ni une ni deux, il en commande 40 exemplaires et c’est l’ensemble des pontes de la PJ qui se retrouvent avec le livre sur leurs tables de nuit.

On en vient logiquement à chercher l’auteur… et puis on a déjà une fiche sur Coupat mise à jour la dernière fois que les services US ont transmis une info sur lui. Ils font très peur ces gens. Ils n’utilisent pas de téléphone portable, se méfient du fichage et de la police : ils préparent donc un mauvais coup. Historiquement, les ministères de l’Intérieur ont toujours été aussi paranos sur les anarchistes que les anarchistes l’ont été sur les ministères de l’Intérieur.

Juin 2008, soit un an plus tard, MAM recevra un rapport de 41 page : « Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau préterroriste international : regards sur l’ultragauche française et européenne ». Cas d’école de politisation : le « regard » commence exactement au CPE, là où s’était arrêté la brillante analyse de la ministre. Et puisque tout le monde a lu et relu le livre présumé de Coupat, le rapport taille une large place au groupe de Tarnac.

Pourquoi ces références quasi constantes du ministère à la RAF, à Action Directe voire à 1917 ? Car il n’y a qu’en replaçant systématiquement l’ultragauche actuelle comme étant aux prémisses d’une nouvelle mouvance terroriste que l’on peut justifier de maintenir cette menace dans la sous-direction antiterroriste de la DCRI.

Et les RG ont tellement bien convaincu la ministre que celle-ci saute sur le dossier des sabotages SNCF et envoie tout ce qu’elle a, caméras embarquées dans le grand style Sarko, arrêter ce groupe « préterroriste ».

La ministre n’a aucune notion d’antiterrorisme

En fait, il est vital que l’arrestation de Coupat suive le même chemin que n’importe quel dossier terroriste. Si Coupat n’était pas présenté au juge antiterroriste, gardé à vue 96 heures, mis sur écoutes etc., les ex-RG reviendraient aussi sec aux chiens écrasés dans le prochain budget.

Peu leur importe l’issue de la procédure en vérité, tant que le dossier suit administrativement la voie antiterroriste. La ministre, elle, est obligée de soutenir ses alliés ex-RG, en réalité son seul pied dans la nouvelle DCRI toute entière dirigée par Bernard Squarcini, sarkozyste pur jus qui envoie tous les dossiers importants au vrai patron.

Mais la ministre n’a aucune notion d’antiterrorisme. On ne fait pas de com » sur le terrorisme anarchiste car tous les groupuscules d’extrême gauche d’Europe vont se mobiliser pour « libérer nos camarades » avec plein de bonnes idées d’action fournies par la médiatisation de l’affaire et les références constantes au terrorisme. Autre problème de taille : ce qui se fantasme sur l’ultragauche ne se surveille plus sur les menaces réelles.

Non contente d’augmenter le risque terroriste en détournant les services, la ministre en crée un autre qui n’existait pas à l’origine. C’est la sécurité à la Sarkozy dirons-nous. Le conseil du jour : faites attention à vous. Pas parce que Sarkozy le dit mais précisément parce qu’il ne le fait pas.

http://www.rue89.com/2009/05/11/coupat-lultragauche-et-la-politisation-du-renseignement


Commentaire de Tim Carr  : Raphaël Gendron et Bassam Ayachi sont les fondateurs du « Centre islamique belge (CIB) »  et du site « assabyle.com » qui diffuse des diatribeuses haineuses contre tout ce qui n’est pas musulman rigoriste… ou, pour simplifier, tout ce qui est occidental. Ils ont été mis en examen en 2006 pour racisme et négationnisme.

Le « fanatisme » de Gendron, son « jusq’au boutisme » voyant et criard à fait tiquer bon nombre de personnes dans la communauté musulmane belge. Le mouvement islamiste « Egalité, Foi et Justice », qui rassemble des jeunes musulmans de banlieue, avait d’ailleurs dénoncé les discours d’endoctrinement de Gendron, le traitant « d’agent provocateur à la solde de la police ».

A noter que, lors du procès de 2006, il était apparu que le CIB  était très fortement infiltré par la police belge et française… mais aussi par les services secrets états-uniens et algériens. Tant Raphaël Gendron que les publications du CIB recevaient de généreux financements par des organisations « islamiques » algériennes (dont il a été établi par le passé qu’elles étaient des émanations des services secrets algériens) ou encore des officines comme le « Al-Quds Trust », des organisations dont CIA-Base a montré qu’il s’agissait de paravents de la CIA/NSA.

Bassam Ayachi était notamment en étroite collaboration avec Ali Touchent, leader du GIA ayant orchestré les attentats soi-disant islamistes en France en 1995 et dont le chef du contre-espionnage militaire algérien, Mohammed Samraoui a reconnu qu’il s’agissait d’un agent infiltré qui agissait sur ordre. (A lire à ce sujet : Osama, the making of a terrorist – de Jonathan Randall).

Samraoui a notamment déclaré : « Touchent, comme de nombreux autres cadres terroristes islamistes en Europe, était un de nos hommes, infiltré pour téléguider les mouvements islamistes. Nous ne l’avons jamais caché aux Français. Touchent était suffisamment haut placé pour pouvoir prendre des décisions, et nous l’avons utilisé dans ce sens. Il a fait ce qu’on lui a ordonné. Les Français n’ont probablement pas soupçonné que nous étions prêts à aller aussi loin que nous l’avons fait.”

« Aller aussi loin » signifie ici « organiser et perpétrer des attentats à Paris afin de faire croire à une menace islamiste ».

Curieux comme tous ces « jihadistes » qu’on arrête s’avèrent souvent avoir un compte en banque à Langley, en Virginie. Cela rappelle les « Pilotes du 11 septembre », des « musulmans ultra-rigoristes »  qui sniffaient pourtant de la coke, vivaient en concubinage avec une strip-teaseuse et ont été filmés, la veille des attentats, entrain de picoler dans un bar…

[AFP – 12/05/2009]

La police italienne a arrêté à Bari (sud) deux membres présumés d’Al-Qaïda, de nationalité française, accusés d’appartenir à une cellule terroriste qui préparait des attentats en France et en Angleterre, a annoncé mardi l’agence Ansa. Les deux hommes sont un imam ayant exercé en Belgique, Bassam Ayachi, Syrien de 63 ans ayant obtenu la citoyenneté française, et un Français de 34 ans, Raphaël Gendron, selon l’agence italienne.

Ils auraient « projeté et organisé des attentats terroristes et des actions de guerilla », selon les accusations formulées par les deux magistrats en charge du dossier, Roberto Rossi et Francesca Romana, rapporte l’Ansa qui cite également l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle comme une des cibles des deux terroristes présumés.

http://www.liberation.fr/monde/0101566771-deux-francais-membres-presumes-d-al-qaeda-arretes-en-italie?xtor=EPR-450206


La droite de MAM, de Sarkozy et des RG n’est toujours pas sorti des années 1970, quand on traquait le « bitnique » dans les « communautés », repoussoir facile pour le populo. Rien ne manque, pas même la déléctation avec laquelle ces supers-bourgeois livrent à la vindicte les « fils à papa rentiers »… Raymond Marcellin disait exactement la même chose en parlant de Cohn-Bendit ou des agriculteurs du Larzac…

Et comme ils ne savent pas voir que le monde a changé, comme Alain Bauer a besoin d’une grille de lecture pour renforcer encore notre flicage, comme l’Etat a besoin de l’assentiment de la bourgeoisie pour fourbir ses matraques, en prévision de conflits sociaux liés à la crise, comme la finance à besoin de faire passer la pillule du pillage de l’argent des contribuables pour renflouer leurs jeux de bonneteau… alors on va tenter de nous inventer une diversion en ressuscitant la Fraction Armée Rouge.

Les allemands tentent la même chose de leur côté, en traquant l’insurrection sociale derrière le moindre feu de poubelles..

Deux jeunesses françaises : Les révoltés de Tarnac

[Isabelle Monnin – Le Nouvel Observateur – 11/12/2008]

« Nos libertés sont menacées. Nous vivons dans un Etat policier. » Celle qui parle n’est pas exactement une anarcho-auto- nome. Nous ne sommes pas dans un squat, mais dans la belle bibliothèque de sa maison, face au château de Rueil-Malmaison. Il n’y a pas un bruit, un peu de musique classique peut-être. Son sourire est désolé. Son monde déboussolé.

Pour Jocelyne Coupat, cette année, le 11 novembre a eu des airs de 11-Septembre. Ce matin-là, le GIGN investit en nombre le village de Tarnac, en Corrèze, où Julien, son fils, vit avec des amis. Ils sont suspectés d’avoir saboté les caténaires de trois lignes à grande vitesse le week-end précédent. La ministre de l’Intérieur convoque une conférence de presse : «Ces gens ont voulu s’attaquer à la SNCF, car c’est un symbole de l’Etat.» La France découvre qu’elle avait dans ses campagnes des terroristes d’ultragauche.

Un mois après, l’enquête compte de nombreuses zones d’ombre (voir encadré). Et Jocelyne Coupat n’a toujours pas vu son fils. Alors que trois de leurs camarades ont été libérés, Julien Coupat et Yildune Lévy restent en détention provisoire, sans permis de visite pour l’instant. «On veut en faire des Bonnie and Clyde, c est n importe quoi», s emporte Michel Lévy, le père de la jeune fille.

Coupat, Lévy, les deux familles ne se ressemblent guère. Les pères se sont rencontrés pour la première fois au palais de justice. Ils vivent dans des univers différents, pour ne pas dire opposés. Ils s’agacent parfois, «Michel et sa rhétorique», «Gérard et son pragmatisme», mais sont embarqués dans le même bateau : «Nous sommes les vraies victimes de l’antiterrorisme», résume Michel Lévy.

Lui a eu 20 ans en 1968. Il était enfant du 20e arrondissement, fils de communistes, il est devenu vincennois, de là où la philo, la socio, la psycho refaisaient chaque jour le monde. Quand «Dany» (Cohn-Bendit) fut bouté hors de France, il repassa avec lui la frontière à pied, clandestinement. Le vent de 68 s’est essoufflé; Michel et quelques amis («le réseau, mais faut pas en parler») ont continué. Philosophie, radios libres, production de spectacles, voyages en Afrique, le voilà sexagénaire flâneur, clope et café cognac, refusant la course à l’efficacité, allergique «à la dictature de la vitesse» et admiratif de Yildune, «ma fille aînée, ma favorite, je n’en ai qu’une». Elle a 25 ans. Elle est née avec l’abolition de la peine de mort, a eu 18 ans avec le 11 septembre 2001 et, comme pre mier choix électoral, un duel Le Pen-Chirac. «Le siècle a commencé dans la terreur et la confusion», dit son père. Etudiante en archéologie, «vive et passionnée», selon ses professeurs, Yildune ne se satisfait pas du monde post-11-Septembre. Sans-papiers, CPE, fichier Edvige, mal-logement, elle s’interroge, elle conteste. Elle rencontre Julien Coupat. Il est plus âgé qu’elle, 34 ans. Comme la jeune fille, il aime les livres et les débats. Comme elle, il croit que l’on peut transformer la réalité. A condition de s’en décaler.

Julien Coupat est décrit par tous comme un type brillant. Mais il refuse de mettre son brio au service du «système». Fils unique de deux médecins ayant fait carrière dans l’industrie pharmaceutique, il a bénéficié de la meilleure éducation. «Il était doué et nous avions le culte des études», raconte son père Gérard, fils d’un militaire d’Algérie. Julien fait son lycée dans le privé à Passy-Buzenval puis une prépa à «Ginette». Helléniste, latiniste, il parle six langues. Chaque samedi, une bibliothécaire anime un club de lecture à la maison. La famille voyage, «nous voulions qu’il soit ouvert au monde». Julien grandit, un peu solitaire, toujours le nez dans un bouquin. «Il était le premier partout, il pouvait faire Normale sup comme Polytechnique. Nous avons tranché la poire au milieu» : ce sera une école de commerce, l’Essec, la dernière chose que ses parents lui imposent. Il ne leur a pas encore expliqué qu’il ne supporte pas l’idée même de carrière. Il s’inscrit à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, décortique Guy Debord, croise Toni Negri et Giorgio Agamben et se lie avec Luc Boltanski. Devenu «post-situ», il forge sa conviction : «Il m’a dit qu’il était profondément communiste», raconte son père. Pas vraiment le genre de la maison qui oscille entre Modem et UMP, mais l’amour parental ne se mesure pas au bulletin de vote. D’ailleurs Julien ne vote pas.

L’écrivain Jean Carrière, avec qui, adolescent, il faisait de longues et âpres randonnées sur le mont Aigoual, disait de Julien qu’il était «un mutant». Un mutant qui veut faire de la recherche, mais refuse de passer l’agrégation pour n’obéir qu’à son intuition. Il crée avec des amis «Tiqqun», revue «du parti imaginaire».

En 2004, il passe à l’application concrète de ses idées et imagine avec des amis le projet du Goutailloux, cette ferme du plateau de Millevaches où ils réinventent une autre façon de vivre ensemble. Chaque décision est prise collectivement. Il y a là des écolos, comme Benjamin Rosoux (également mis en examen pour les sabotages), diplômé de Sciences po et de sociologie rurale. «J’y suis allé plusieurs fois pour les former à la faune et la flore, dit son père, biologiste. Ils vivent le développement durable grandeur nature. Entre la ferme pédagogique, l’épicerie-restaurant et leurs animations culturelles, c’est tout sauf une base arrière d’endoctrinement ! Ce sont juste des gens qui ont de la suite dans les idées.»

Il y a des enfants aussi, qui, comme dans les sociétés africaines, sont sous la responsabilité de tous les adultes. «Ils considèrent que la famille nucléaire traditionnelle n’est pas un modèle en soi, raconte Gérard Coupat. Ma petite-fille a par exemple plusieurs «pères adoptifs» qui veillent sur elle comme sur leurs propres enfants.» Régulièrement, les jeunes de Tarnac organisent des veillées avec les gens du plateau.Ils rendent visite à José, 80 ans, vétéran républicain espagnol à qui ils rêvent de payer un voyage au pays, le premier depuis son exil.

On a beau chercher, reste un mystère. Qui sont vraiment ceux de Tarnac ? Refusent-ils les téléphones portables parce qu’ils se cachent ou parce qu’ils détestent l’idée d’être joignables à tout instant ? Sont-ils des insurgés, enfants paumés d’Action directe, ou des intellos tentés par l’expérience radicale d’une autre vie ? La rupture en tout cas est actée avec la société de consommation et le salariat traditionnel – même si le groupe gère une épicerie et emploie des salariés. Mais pas avec les familles. Chaque semaine ou presque, Julien fait le voyage jusqu’aux allées boisées du parc de Malmaison. Difficile de couper ce cordon si bienveillant. Ses parents, partagés entre l’incompréhension et l’admiration, acceptent ce changement total de programme : «Il aurait pu tout avoir, ?

 » il a choisi la voie la plus difficile, celle d’une vie pauvre en accord avec son idéal. C’est extrêmement respectable», plaide sa mère en réponse à ceux qui ne voient dans son fils qu’un anarcho-rentier à la petite semaine. Car aisé, Julien l’est : ses parents lui ont fait deux donations qu’il a placées dans l’immobilier. Son père a aussi acquis un ancien atelier parisien, pour un projet de journal alternatif, et verse chaque mois 950 euros à Julien, en qualité de gérant de la société immobilière familiale. «Il ne voulait pas de cet argent, mais sa mère a insisté : ça lui garantissait au moins la Sécu», dit avec tendresse celui qui se présente comme «le mécène» de son fils : «Il a une oeuvre à écrire, je trouve normal de le subventionner, approuve Michel Lévy. L’argent est à tout le monde, il l’a mis au service du collectif

Si certains des résidents de Tarnac étaient fils et filles de bonnes familles, d’autres venaient de milieux modestes. «On les présente comme une bande de bourges oisifs qui jouent les activistes, s’emporte le père de Benjamin Rosoux. C’est faux, ils travaillaient dur pour faire tourner l’épicerie dès 5 heures tous les matins !»

Julien est un sac à dos ambulant. Un jour en Corrèze, un jour à Paris, un autre chez ses parents. Et puis la Grèce, l’Italie, l’Allemagne et même les Etats- Unis, le pays du Patriot Act et de la biométrie que Julien et ses amis détestent tant.

C’est parce qu’ils estiment que leur liberté de circulation ne doit pas être entravée par un quelconque fichage que Julien et Yildune franchissent la frontière du Canada à pied, clandestins, en janvier dernier. Leurs sacs passent en voiture, avec un ami canadien.

Contrôle, ouverture des sacs : Julien a oublié une pièce d’identité au milieu de livres et de tracts. Le FBI alerte les services français quand, en mars, une grenade saute devant un centre de recrutement de l’armée à New York. La surveillance débute, jusqu’à la «nuit des caténaires» du 8 novembre.

Quand ils vivaient à Neuilly, la mère de Julien Coupat, représentante des parents d’élèves, croisait souvent Nicolas Sarkozy, alors adjoint à l’éducation. Désormais à Rueil-Malmaison toujours très investie dans les associations locales, elle connaît bien le maire. Il s’appelle Patrick Ollier. On dit que sa compagne, Michèle Alliot- Marie, passe ses nuits ici. L’histoire ne dit pas si elle aussi fait des nuits blanches.

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2301/articles/a390577-les_r%C3%A9volt%C3%A9s_de_tarnac.html


tarnac_ben_laden_luz[Guillaume Dasquié – Charlie Hebdo – 15/04/2009]

En réalité, trois ans avant son interpellation, le 11 novembre 2008, les services de sécurité français suivaient déjà Julien Coupat. Une fiche des Renseignements généraux du 28 octobre 2005, dont nous avons trouvé la trace, demande à son sujet « une mise sous surveillance immédiate» en stipulant « individu proche de la mouvance anarcho-autonome ». Julien Coupat a pris goût à la castagne lors des grandes manifestations antiglobalisation. L’administration l’a dans le colimateur.

Les services de renseignement financier de Tracfin se penchent même sur sa petite communauté d’amis, établie au village de Tarnac, son épicerie, sa ferme. Dans un rapport du 10 novembre 2005, Philippe Defins, l’un des chefs de Tracfin, les soupçonne de se livrer au « blanchiment du produit d’activités de1ictueuses ». Une première paranoïa vite dissipée. Les parents de Julien Coupat s’avèrent à l’origine des mouvements financiers dont profitent ces jeunes fermiers. Gérard et Jocelyne Coupat, deux cadres supérieurs du groupe pharmaceutique Sanofi-Synthelabo, ne rechignent pas à aider leur intello de fils unique, adepte d’une vie communautaire loin des quartiers bobos.

Le dispositif sécuritaire autour du jeune Coupat se relâche, pour peu de temps. Après l’arrivée de Michèle Alliot-Marie au ministère de l’Intérieur, au printemps 2007, on considère que l’ultragauche basculera sous peu dans le terrorisme (NdL&I : c’est surtout Alain Bauer qui est le père de cette manipulation. Faire trembler le bourgeois pour lui fourguer son attirail sécuritaire, il sait y faire le grassouillet d’AB Consultants). Une construction sécuritaire lourde de conséquences.

Les véritables ennuis de Julien Coupat débutent quelques mois plus tard. Les policiers parisiens ont une conviction: Julien Coupat et sa copine Yildune Lévy-Guéant sont impliqués dans l’explosion d’une bombe artisanale de faible intensité, contre un centre de recrutement de l’armée américaine. dans le quartier de Time Square, à New-York, le 6 mars 2008. Aucune information en provenance des États-Unis ne permet de le démontrer. Qu’importe. Moins d’un mois plu tard. cette suspicion sert de prétexte au patron de la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire, Frédéric Veaux, pour demander l’ouverture d’une enquête préliminaire, comme le montre son courrier du II avril 2008 au procureur (voir fac-similé).

Lettre de Fréderic Veaux sur Julien Coupat et Yldune Levy

Lettre de Fréderic Veaux sur Julien Coupat et Yldune Levy

Dans sa lettre, Frédéric Veaux établit un lien entre cette explosion et des déplacements entre le Canada et New York effectués bien plus tôt, au mois de janvier, par Julien Coupat et Yildune Lévy-Guéant. Un raisonnement tortueux. Quand l’attentat se produit le 6 mars, provoquant de légers dégâts matériels, les deux Français sont rentrés chez eux depuis plusieurs semaines. N’empêche, la section CI du parquet de Paris, en charge de l’antiterrorisme, ne remet pas en cause le bienfondé de l’hypothèse de départ. Pire, le 2 septembre 2008, le vice-procureur Alexandre Plantevin se réfère à nouveau à l’attentat de Time Square pour motiver, sur cinq pages, une prolongation des écoutes téléphoniques de l’épicerie.

Des vandales, mais pas des terroristes

Et de l’autre côté de l’Atlantique? Qu’en pensent les limiers du FBI, à New York? La semaine dernière, nous sommes entrés en contact avec leur représentant, l’agent Jim Margolan. Selon lui, « il n’existe pas à ce jour de mandat d’arrêt ou de demande officielle visant M. Coupat ou un autre Français» en relation avec l’explosion du 6 mars 2008. D’ailleurs, sur les près de 4 000 pages d’enquête, nous n’avons pas trouvé le moindre échange de données avec l’agence américaine.

Jonathan Dienst, un journaliste new-yorkais de la chaîne WNBC, a suivi les investigations du FBI sur l’affaire de Time Square. Il nous confirme que ses contacts auprès des enquêteurs « avaient dès le début invalidé la piste des deux Français aperçus au mois de janvier 2008 à la frontière américano-canadienne ».

Et au Canada précisément, Kareen Dione, porte-parole des services frontaliers, nous précise qu’une « enquête avait été confiée à la Gendarmerie royale du Canada» sur Julien Coupat, soupçonné d’avoir voyagé entre les deux pays sans disposer des bons visas. Le 13 octobre 2008, les policiers français de l’antiterrorisme remplissent un procès-verbal de deux pages intitulé « Réception de renseignements émanant de la Gendarmerie royale du Canada ». Pour toute pièce maîtresse, leurs homologues de Toronto transmettent un carnet supposé appartenir à Julien Coupat sur lequel ont été notés « des éléments relatant au jour le jour des réunions d’activistes d’extrême gauche s’étant tenues vraisemblablement à New York ».

Aucun commencement de preuve quant à un lien éventuel avec l’attentat du 6 mars. Mais, en ce mois d’octobre 2008, la section antiterroriste du parquet de Paris ne se décourage pas. La piste ferroviaire tombe à pic. À défaut de dynamiteur de Time Square, Julien Coupat passera pour un dérailleur de trains.

Dans la nuit du 7 au 8 novembre, une rame transportant des déchets nucléaires retraités, baptisée Castor, circule de l’usine de retraitement de la Hague, en France, à la ville de Gorleben, en Allemagne. Les détails de l’itinéraire ont été mis en ligne un peu plus tôt sur le site Internet de l’association Sortir du nucléaire. La même nuit, le véhicule de Julien Coupat est identifié par des policiers à proximité d’un point du tracé; une voie TGV qui sera détériorée par l’installation de crochets métalliques.

Le 10 novembre, le bureau d’Interpol de Wiesbaden, en Allemagne, signale qu’un communiqué posté à Hanovre a revendiqué une série d’actions contre ces voies ferrées, perpétrés à l’aide de crochets métalliques, des deux côtés du Rhin, pour perturber le convoi de déchets nucléaires.

Or, selon un rapport des services de sécurité intérieurs de Berlin, le BKA, daté clu 2 décembre 1996, les antinucléaires allemands utilisent depuis au moins 1995 ces mêmes crochets métalliques, qui cassent les caténaires des locomotives, pour provoquer des coupures de courant le long des voies sur lesquelles doivent circuler des déchets nucléaires. Ils ont pu influencer le groupe de Tarnac.

Comme le révèle un procès-verbal, les policiers français ont établi un lien entre une militante antinucléaire allemande, Sandra Gobe!, et Julien Coupat.

Pour autant, selon les experts de la SNCF que nous avons interrogés, ces crochets « interrompent le trafic en occasionnant des dégâts matériels, mais ne peuvent pas provoquer de déraillement ». Du vandalisme, mais pas du terrorisme.

Le 11 novembre 2008, dix membres de la communauté de Tarnac ont été pourtant interpellés et placés en garde à vue pour… « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’acte de terrorisme» .

Aujourd’hui, l’incompréhension prévaut. En témoigne ce procès-verbal du 16 février 2009, consignant un énième interrogatoire de Manon Glibert, 26 ans, prof de musique, résidente à ces heures de la ferme de Tarnac, mise en examen elle aussi. Le juge Edmond Brunaud la questionne longuement sur ses lectures, sur les auteurs contestataires qu’elle a lus ces dernières années. En guise de conclusion, le magistrat demande: « Comprenez- vous aujourd’hui ce qu’il vous est reproché. » Et, laconique, Manon de répondre: « Non, je ne comprends toujours pas ce qui m’est reproché. »


[ Serge Quadruppani | Rue 89 | 08/04/2009 ]

Conseiller ès « ultra-gauche » de Michèle Alliot-Marie, Alain Bauer peut se vanter d’avoir contribué à faire arrêter Julien Coupat, et à le faire maintenir en détention malgré un dossier d’accusation plus que léger. Mais, après avoir vu le journal de France 2 lundi soir, il me semble qu’on doit se poser la question : qui arrêtera Alain Bauer ?

Certes, à la différence de cet idéologue sécuritaire, je ne souhaite pas qu’on prive quiconque de liberté – ni de celle d’aller et venir, ni de celle de penser et de s’exprimer.

Mais, quand on voit le « dossier » proposé par la chaîne du service public, qui mélange allègrement des images de Strasbourg, de l’affaire dite de Tarnac, les propos sommaires (mais lui a-t-on laissé le temps d’en tenir d’autres ? ) d’un individu présenté par la télé comme un autonome et… la ronde des obstinés (on voudrait insinuer que les enseignants-chercheurs sont infiltrés par de dangereux individus violents qu’on ne s’y prendrait pas autrement), quand on voit cet étrange ragoût auquel Alain Bauer vient apporter une pincée de théorie, on se demande : comment arrêter ça ?

Un parfait réprésentant de l’« industrie de la peur »

Certes, le personnage est intéressant. Ancien de l’Unef-Id tendance rocardienne, influent franc-maçon il a été administrateur de la Mnef et grand maître du Grand Orient de France. Après un stage au début des années 90 dans une société très liée à la CIA, il enseigne ou a enseigné aussi bien à Paris-I qu’au centre national de formation judiciaire de la gendarmerie et à l’académie de police criminelle de Chine (un haut lieu démocratique, comme chacun sait).

Coauteur de nombreux ouvrages avec Xavier Raufer (Christian de Bongain, ancien d’Ordre nouveau), ami de dirigeants socialistes (Dray, Valls, Huchon, Cambadélis), qu’il a aidés de sa « science » dans le virage sécuritaire du Parti socialiste, il est maintenant dirigeant d’une société, AB Sécurité, de dimensions mondiales. Un parfait représentant de ce que Mike Davis appelle l’« industrie de la peur ».

Sur la fantasmatique « ultra-gauche anarcho-autonome », « l’expert » médiatiquement consacré transpose simplement la leçon apprise outre-Atlantique : de même que, dans le catéchisme néoconservateur, ceux qui cassent des vitres ouvrent la voie à, et sont potentiellement des dealers-tueurs, celui qui commence par contester la loi en ne s’en prenant qu’aux biens doit être traité comme le terroriste qu’il risquerait de devenir.

Une transposition du concept de « guerre préventive »

Faisant fi d’abyssales différences dans les positions politiques comme dans les contextes historiques, Bauer affirme en effet, dans l’émission citée, après des images montrant le livre « L’Insurrection qui vient » et Julien Coupat, que les « prémisses sont les mêmes » que celles d’Action directe et des Brigades rouges.

Dans un simple mémoire de maîtrise, un tel postulat téléologique mériterait à tous coups un refus de validation, mais on sait que l’enracinement de Bauer dans le sarkozisme est si solide qu’on a créé spécialement pour lui une chaire au Cnam, malgré ses titres universitaires vivement constestés.

En réalité, l’individu importe peu. Des gens à carrière, qui savent se placer dans l’air du temps, on n’a eu que trop l’occasion de les voir à l’œuvre, de Kouchner à Tapie et de Val à Dati. Ce qui importe, c’est de quoi Bauer est le nom : une transposition sur le plan intérieur de ce concept de « guerre préventive » qui a si bien réussi à Bush, c’est-à-dire une politique tendant à criminaliser toute dissidence sociale, une politique au nom de laquelle « les mauvaises lectures », des « mœurs dissolues » et la participation à des manifestations occupent des dizaines et des dizaines de pages dans le dossier des Tarnacois.

Une politique au nom de laquelle les policiers se sentent toujours plus tout permis (voir les si nombreux témoignages rapportés sur ce site et ailleurs). Une politique menaçant gravement ce qu’AB Sécurité, par un renversement orwellien, prétend respecter : les libertés publiques. C’est cette politique-là qu’il s’agit d’arrêter.

http://www.rue89.com/2009/04/08/y-a-t-il-quelquun-pour-arreter-alain-bauer


On est toujours pas sorti de la période coloniale. Déjà, lors de l’Algérie française, on appelait indistinctement tous les bronzés des « musulmans », même s’ils étaient chrétiens ou juifs… comme si « Musulman » était une éthnie. Aujourd’hui, en créant un « conseil représentatif des musulmans laics » on perpétue cette vision.

Existe-t’il un « Conseil représentatif des catholiques laics » ? Pourquoi les « musulmans » auraient-ils besoin d’un conseil spécial ? Parce qu’il ne sont pas « vraiment » Français ?

On voit que le travail de propagande en faveur de la « Guerre des Civilisations » mené par les Néo-cons comme Alain Bauer ou Pierre Lelouche porte ses fruits, dans la mouvance Sarkozy… Le Pen se frotte les mains…

[Lotfi Bel Hadj – Oumma.com – 24/02/2009]

Il y a vraiment de quoi y perdre son latin. Qui pourrait nous expliquer quelle mouche a piqué ceux qui ont annoncé la création en grande pompe pour le 25 mars prochain d’une structure musulmane laïque dans notre pays ? Lancé à l’initiative de Malika Benlarbi, sous-préfet à Paris et avec le soutien d’Henri Guaino, le projet veut « fédérer les réseaux de l’immigration arabo-musulmane laïque afin de peser dans le débat national et constituer l’ébauche d’un CRIF musulman ». Autrement dit, un CRIM, un Conseil Représentatif des Institutions Musulmanes.

Pourtant, les musulmans de France ont déjà, pour régler leurs questions religieuses et cultuelles, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Il n’est donc nullement nécessaire de mettre en place une structure religieuse pour régler des problèmes non religieux ! Plus encore, tous les organismes de type « communautaire » que compte notre République n’ont cessé de montrer, depuis leur création, aussi bien leurs défaillances que leurs dérives.

A qui pourrait alors bien profiter ce CRIM ? Peut-être bien d’abord aux politiques, qui en s’y associant, signent là un terrible aveu de faiblesse. Il faut en effet qu’ils soient bien paresseux pour confier la gestion des affaires qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas traiter à des prestataires empressés et autoproclamés. Le CRIM paierait ainsi la rançon de l’inefficacité des politiques sur une question « musulmane » qui, si elle existe, n’a pas encore été correctement abordée. Un peu comme si, finalement, Marianne courbait l’échine sous le poids trop lourd de ses responsabilités envers l’ensemble des Français, quels qu’ils soient, se défaussant de son devoir au profit des associations qui seraient, seules, comptables d’éventuels résultats.

Comme si les politiques de notre pays préféraient le risque de la discorde et de la division à la promesse d’un respect de nos valeurs républicaines. A quelle crédibilité peuvent-ils encore bien prétendre auprès de tous ces Français fidèlement attachés à une République une et indivisible ? (suite…)


Si vous voulez comprendre ce qui se passe dans les têtes d’Alliot-Marie, de Sarkozy ou de Royal… ou encore démonter les filets tendus par Alain Bauer, Xavier Raufer et ses disciples néo-cons…

[Robert Altemeyer est professeur de psychologie à l’Université du Manitoba, spécialisé en recherche sur l’autoritarisme – Trad. Gregor Seither]

Ouvrage complet téléchargeable au format PDF – avec un codicile sur les élections US de 2008
http://home.cc.umanitoba.ca/~altemey/

OK, de quoi parle ce livre ? Il parle de ce qui est arrivé au gouvernement des Etats-unis ces dernières années. Il parle des décisions désastreuses prises par ce gouvernement. Il parle de la corruption qui s’est emparée du Congrès. Il vous explique comment les valeurs traditionnelles du camp conservateur ont été pratiquement éradiquées par l’autoritarisme. Il vous montre comment la “Droite religieuse” a noué des alliances avec des leaders autoritaristes et amoraux pour imposer leurs projet anti-démocratiques à notre pays.

Vous êtes peut-être entrain de vous dire “Encore un de ces beaux-parleurs gauchistes qui nous vend sa propagande.” Ou peut-être que vous vous dites, “Et alors ? Cela fait des années qu’on sait cela.” Pourquoi un conservateur, un modéré ou un libéral devrait-il se donner la peine de lire ce livre ? Pourquoi un sympathisant du Parti Républicain, Démocrate ou autre Indépendant devrait-il cliquer sur le lien « Introduction » sur cette page ?

Si vous cliquez ce lien, si vous lisez ce livre, vous embarquerez dans un voyage d’études à travers un certain nombre d’études scientifiques sur la question, des travaux de recherche que j’ai mené sur les personnalités autoritaristes. Ces études ont un lien direct avec tous les points mentionnés dans le premier paragraphe. En conséquence, si vous avez commencé la lecture de cet article en vous disant « Quel ramassis de conneries », je vous invite à aller jeter un coup d’oeil aux données scientifiques collectées.

Prenez par exemple la déclaration suivante : “A partir du moment ou le Gouvernement et les autorités ont condamné les éléments dangereux au sein de notre société, le devoir moral de tout citoyen est d’aider à éradiquer la pourriture qui corrompt notre société de l’intérieur. » On dirait un truc tout droit sorti des discours d’Hitler, non ? A votre avis, combien d’hommes politiques contemporains aux Etats-unis ont déclaré être en accord avec cette phrase ? Combien de législateurs, de gauche comme de droite, l’ont reprise dans leur discours ? Et vous voulez savoir ce qu’ils ont en commun ?

Et que penseriez vous d’un gouvernement qui mettrait en place un programme de persécution de partis politiques d’opposition, de minorités ou de journalistes dissidents en les jetant en prison, en les torturant et assassinant même. Personne ne pourrait être d’accord avec cela, non ? Et bien détrompez vous, ils sont nombreux, parmi les leaders de notre pays, à approuver un tel programme.

Et surtout n’allez pas croire que ceci ne vous concerne pas, personnellement. Posez vous cette question : si un pouvoir autoritaire et mauvais décidait de vous tuer, juste comme ça, même si vous n’avez rien fait de mal; combien de temps lui faudrait il  avant de trouver un candidat qui accepterait de vous tirer dessus, sans savoir pourquoi, juste parce que l’autorité lui a dit de le faire ? Quel type de personne est le plus susceptible d’obéir à un tel ordre ? Quel type de représentant de l’autorité est le plus susceptible de donner un tel ordre, si cela va dans le sens de ses intentions ? Regardez les résultats des expériences qui ont été menées sur la soumission à l’autorité(…)

Les recherches qui ont été menées permettent de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête du « Parti de l’Ordre ». Les études montrent à quel point ils sont agressifs, mais pourquoi sont ils si hostiles ? Les expériences montrent que la plupart d’entre eux est imperméable au raisonnement factuel ou à l’énoncé de faits n’entrant pas dans leur vision du monde, mais pourquoi sont ils si dogmatiques ?. Oui, toutes les enquêtes menées montrent que la Droite religieuse est peuplée de personnages opportunistes et hypocrites, à tous les niveaux, mais comme expliquer cela ? Et comment expliquer la capacité de cette frange de la population à ne pas voir l’hypocrisie de ses leaders ? Les ténors peuvent raconter ce qu’ils veulent, avancer n’importe quelle excuse faiblarde quand ils se font attraper, voire mentir carrément pour cacher leurs méfaits… et malgré cela la foule les suit. Pourquoi ? Et que se passe t’il quand les « suiveurs » de l’autoritarisme rencontrent les leaders autoritaires et qu’ils se mettent en branle ?

Je pense que vous trouverez que ce livre “permet de mieux comprendre beaucoup de choses.” A travers des données et une méthode d’analyse scientifiques, il permet d’interconnecter et rendre cohérentes beaucoup d’impressions éparses sur les ennemis de la liberté et de l’égalité.

Vous ne me croyez pas ? Cliquez sur le lien, le livre est gratuit.


En temps de crise économique, la bourgeoisie a peur, elle voit les précaires qui n’ont plus grand chose à perdre et elle retrouve ses reflexes de 1848, de 1870, de 1914, de 1940… panoptique, contrôle des dissidents, flicage, bagne, relégation, enfermement de la jeunesse, élimination des déviants…

Alain Bauer n’invente rien, il puise simplement dans les méthodes de Fouchet et de Thiers. Ce qui n’est pas etonnant, au vu de ses amitiés : son associé,  Xavier Raufer, qui s’appelle en fait Christian de Bongain, est un militant d’extrême droite ancien membre d’Occident et d’Ordre nouveau.

POURQUOI NOUS NE VOULONS PAS DE LA « NOUVELLE CRIMINOLOGIE » ET DES PROJETS DE CONTRÔLE DE LA RECHERCHE SUR LA « SÉCURITÉ  INTÉRIEURE » DANS LESQUELS ELLE S’INSCRIT

[Sauvons la Recherche- 15/01/2009]

Alain Bauer, propriétaire de la société privée de conseil en  sécurité AB Associates – mais se présentant comme « criminologue » – s’est fait charger en 2007 d’une mission sur la formation et la recherche en matière stratégique, après avoir été nommé en 2003 président d’une instance liée au ministère de l’Intérieur, le conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance. Après la remise du rapport de mission le 20 mars 2008  , il s’est fait confier une « mission de préfiguration » dans laquelle il a délégué le volet « développement de la criminologie à l’Université » à Pierre Tournier, directeur de recherches au CNRS, et Xavier Raufer, un journaliste qui a obtenu récemment un doctorat de géographie et se présente comme « directeur des études et de la recherche du département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines de l’Université Paris II »  . Ces personnalités ont par ailleurs exprimé les conceptions (diverses) qu’elles se faisaient de la « nouvelle criminologie » qu’ils appellent de leurs vœux  . Leurs projets partagent néanmoins plusieurs orientations fondamentales plus globales, visant la réorganisation de la recherche sur la « sécurité intérieure », qui nous semblent des plus dangereuses pour l’avenir de la recherche publique. (suite…)