Militante Gruppe



Souvenez vous, quand la presse vous parle de « opération anti-terroriste ayant permis l’arrestation de… » que 90% des « complots terroristes » découverts aux USA ces 10 dernières années ont été « suscités » voire fabriqués de toutes pièces par la police… la « Guerre à la terreur » est un juteux marché qui permet de justifier le flicage et la répression contre toutes les formes de dissidence.

[Oumma.com – 03/05/2014]

Quand on peut fabriquer des peurs, qui frappent l’imaginaire, pour mieux les exacerber, pourquoi ne pourrait-on pas créer des terroristes de toutes pièces, histoire de crédibiliser les plus dantesques des scénarios catastrophes ?  A ce petit jeu de la manipulation, foncièrement immoral, qui brise des vies sans état d’âme au nom d’une lutte anti-terroriste qui a bon dos, les Etats-Unis font figure d’experts, même si parfois leur mystification leur explose en pleine face, comme c’est le cas de l’affaire du « terroriste du siècle », une afffaire à faire monter l’adrénaline dans les chaumières…

Derrière le portrait effrayant du « terroriste » patibulaire, qui était sur le point de laisser son empreinte sanglante dans l’Histoire en tant que plus grand criminel de tous les temps, se dissimulait Ahmed Abbassi, un malheureux étudiant tunisien de l’Université de Laval, au Canada, odieusement trahi dans sa confiance et piégé par la sombre machination orchestrée par un agent du FBI.

Au portrait-robot affreusement caricatural se sont ajoutées cent heures de conversations enregistrées, entièrement trafiquées, qui ont achevé de convaincre la police américaine de tenir là l’ennemi public n°1, l’Attila des temps modernes… Pour forcer un peu plus le trait, l’agent du FBI avait réussi à faire passer Ahmed Abbassi, ce coupable idéal, à qui il avait promis de réaliser son rêve américain et obtenu un visa en 2013, pour un dangereux meneur qui aurait «radicalisé» Chiheb Esseghaier, un autre étudiant tunisien, arrêté à Montréal en avril 2013, au motif qu’il aurait planifié le déraillement d’ un train de VIA Rail entre Toronto et New York.

«Ils ont basé leurs affaires sur rien! Mon frère voulait venir s’installer avec sa femme à Québec pour étudier et faire sa vie. Les gens doivent savoir qu’il n’a jamais été impliqué dans quoi que ce soit d’illégal», avait alors dénoncé sa soeur, comme le rapporte le site Kapitalis.  Interpellé le 22 avril, Ahmed Abbassi, s’est retrouvé pris dans une véritable souricière, accusé de terrorisme, de préparation d’actes terroristes, et de vouloir anéantir 100 000 personnes, avant d’être jeté en prison où il était menacé de croupir pendant 50 ans.

Depuis mardi dernier, date de sa comparution devant la Cour Fédérale, cette perspective cauchemardesque semble n’être plus qu’un mauvais souvenir, grâce à la plaidoirie imparable de son avocate Sabrina Shroff, qui a su démonter le mécanisme bien huilé d’un complot ourdi par un agent du FBI, réhabilitant l’honneur d’un homme et le sauvant in extremis de l’enfer.

Pour recouvrer la liberté, Ahmed Abbassi devra cependant plaider coupable mais uniquement pour la falsification d’une déclaration en vue d’obtenir une carte verte et un visa de travail. Un aveu qui le condamnera peut-être à une courte peine de prison, tout au plus six mois, puis il tentera de reprendre le cours normal de son existence, là où il l’avait laissée, avant de voir ce piège terrifiant se refermer sur lui. Le « terroriste du siècle » était un leurre grossier, mais la réalité du drame vécu par Ahmed Abbassi a dépassé la fiction…

http://oumma.com/202149/tunisien-accuse-detre-terroriste-siecle-usa-victime-d

Publicités

Tiens, c’est vrai… on les avait oubliés ceux-là, l’épouvantail de l’hiver précédent, vous vous souvenez, l’Ultragauche, le couteau entre les dents et la bombe dans la poche, qui devait affoler le populo et le faire rentrer dans le rang…

Un fiasco de communication médiatique sur lequel Michèle Alliot-Marie et Alain Bauer (qui est à l’origine de ce montage de basse propagande) se font très, très discrets… et qui a quand même vu un innocent jeté en prison pendant plusieurs mois.

Aujourd’hui, on tape sur les Roms, demain ce sera sur les fonctionnaires feignants ou les parents indignes ou les sauvages des banlieues ou, ou… n’importe quoi pourvu que cela détourne l’attention des médias et des citoyens…

Comme l’écrivait Thomas Pynchon « If They can get you to ask the wrong questions, They don’t need to worry about the answers »– s’ils peuvent t’amener à te poser les questions qui te mènent nulle part, ils n’auront pas besoin de s’inquiéter des réponses que tu pourrais y trouver.

Note de Dov: OK, OK, mais sur la forme, on est quand même en droit de trouver que le style des mecs de Tarnac est chiant et grandiloquent. On retrouve le néo-romantisme révolutionnaire de « L’insurrection qui vient ». C’est du Théâtre, du Pathos à la louche…  la dernière phrase du texte « Seigneurs de ce monde, vous êtes cuits », c’est carrément risible. On dirait une bande de gamins de dix ans qui se racontent des histoires de Zorro dans une cabane sous les arbres…  et comme la flicaille a besoin de méchants d’opérette pour faire monter la mayonnaise sécuritaire, les mecs de Tarnac lui fournissent obligeamment le personnage.

Au secours, Lenine revient !

Au secours, Lenine revient !

[Mediapart – 23/08/2010]

Fin juillet, quelque deux cents personnes se sont réunies dans la commune de Corrèze où des jeunes gens avaient été interpellés, le 11 novembre 2008, lors de l’enquête « antiterroriste » ouverte après le sabotage de lignes TGV. La réunion a eu lieu à la ferme du Goutailloux, à Tarnac, en présence notamment de personnes toujours mises en examen dans ce dossier.
Pendant une semaine, les participants – venus des Etats-Unis, d’Europe et de France – ont cherché à « analyser la situation politique actuelle et élaborer ce que serait une sortie bouleversante de l’ordre présent ». De cette assemblée estivale a émergé un texte, que Mediapart publie aujourd’hui :

Tarnac, été 2010

Il se lève et dit : « La contre-insurrection n’est pas seulement la doctrine d’intervention des armées occidentales en Afghanistan, c’est la nature même de tout gouvernement. La mise en circulation de tel ou tel « élément de langage », l’urbanisme, la distraction organisée, les fables de l’économie, tout provient de la crainte de perdre le contrôle des populations. » Elle lui répond : « Chez nous, le gouvernement a tellement peur, avec la crise, que les gens commencent à s’organiser par eux-mêmes, qu’il contraint les chômeurs à faire des ateliers de réparation gratuite de vélos dans la rue, à récupérer les objets usagés et à patrouiller avec la police. On occupe le terrain préventivement. »

Quelques heures plus tard, une fournée de pain plus loin, un autre : « Moi, ce qui m’étonne, depuis l’automne 2008, c’est qu’une telle crise du capitalisme ait suscité à ce jour, hormis en Grèce, si peu de mouvements. Il y a dix ans il y avait tout un mouvement « antiglobalisation » qui attaquait le système alors que celui-ci se portait plutôt bien, et maintenant que tout donne raison à ce mouvement, il n’y a rien qui se lève, et si peu qui se tente. Que, dans ces moments, chacun se cramponne à sa position sociale menacée est bien compréhensible, mais que militants et activistes restent confortablement installés dans leur rôle social minoritaire, qu’au lieu de s’interroger sur leur soudaine paralysie, ils préfèrent considérer que tout leur donne raison et qu’ils n’ont qu’à continuer à parfaire leur posture radicale sur les sites web spécialisés ou à siroter leur bière à la terrasse des cafés branchés, voilà ce qui est proprement hallucinant. » (suite…)


Quand on attaque le sauvageon, il brûle des voitures et fait grimper les chiffres de la délinquance… c’est pas bon
Quand on attaque l’anarcho-autonome qui plante des fromages de chèvre à Tarnac, il se défend bien sagement devant les tribunaux et tout le monde se fout de vous… pas bon non plus.

Il reste qui alors, comme bouc émissaire qui ne peut se défendre ?

Ben tiens ! Les gitans !!! Tout le monde les déteste, alors c’est du tout bénef !!!

C’est pas nouveau… il y a un an déjà, Matthieu Rigouste décortiquait la stratégie d’Hortefeux, Besson, Sarkozy et consorts.

A noter que l’ouvrage cité, de Carlos Marighela, Manuel du Guerillero Urbain est disponible en PDF dans la Bibliothèque de Libertes & Internets – ou alors directement via le lien suivant : https://www.humyo.com/FSgXWzm/BIBLIOTHEQUE/ACTIVISM/carlos_marighela_manuel_du_guerillero_urbain.pdf?a=excx6v1Ecps

La fabrication de l'ennemi intérieur

La fabrication de l'ennemi intérieur

[Matthieu Rigouste – Article 11 – 10/10/2009]

C’est une très fouillée et méthodique démonstration. En L’Ennemi Intérieur, le chercheur Mathieu Rigouste décrit comment une stratégie militaire totale, cette Doctrine de la guerre révolutionnaire mise en œuvre par la France dans ses guerres coloniales, a progressivement contaminé les champs politique et médiatique, jusqu’à devenir une pratique officieuse de maintien de l’ordre social. Il en reparle ici. Entretien.

Il est tapi. Prêt à bondir. Affairé à saper les bases de la société française, bacille sournois dissimulé en son sein. Il affiche le teint basané, vient d’une autre contrée, affiche des convictions politiques jugées radicales, fréquente la Mosquée, lit des livres pernicieux, porte un jogging et des baskets, est dangereux, vit en communauté, participe aux poussées de violence urbaine, est la cinquième colonne, les germes du désordre, la chienlit, la montée des périls. Il est fellagha, bolchévique, immigré post-colonial, gauchiste, révolutionnaire tiers-mondiste ou anarcho-autonome. Il est…

Il est tout cela à la fois, et puis rien du tout. Il est l’ennemi intérieur, figure qu’il conviendrait de purger, bouc émissaire désigné à la vindicte générale pour légitimer la coercition et rationaliser le contrôle social. Cette création fantasmée du pouvoir s’est vue institutionnaliser par la Doctrine de la guerre révolutionnaire, théorie et pratique de la terreur conçues par l’armée française pendant les guerres coloniales – à commencer par la guerre d’Algérie – , doctrine d’État un temps officielle (de 1953 à 60) avant que d’être désavouée mais de continuer clandestinement à irriguer les mondes militaire, politique et médiatique. Corpus idéologique complet autant que codification des pratiques – de l’emploi de la guerre psychologique à l’usage de la torture en passant par le quadrillage militaro-policier du territoire, les assassinats ciblés et la mobilisation de l’ensemble du corps social – , la Doctrine de la guerre révolutionnaire a profité du contexte de la Guerre Froide pour se répandre partout, plébiscitée par les militaires anglo-saxons dans les années 60, mise en œuvre contre les mouvements de libération et les tentatives d’émancipation dans l’Amérique Latine des années 70 et 80. En France-même, son officielle mise à l’encan par De Gaulle ne l’a pas empêché de continuer à prospérer, idéologie officieuse du maintien de l’ordre sous tous les régimes. De la tuerie du 17 octobre 1961 à la répression post-68 par Marcellin. De la première mise en avant de la « menace migratoire » au plan Vigipirate. De l’agitation de la menace terroriste à la lutte contre l’islamisme. De la guerre dans les quartiers au très récent péril anarcho-autonome.

Tu as compris – sans doute – que je souhaitais te parler de l’excellent livre de Mathieu Rigouste, L’Ennemi Intérieur, la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France coloniale

Tu me pardonneras – j’espère – cette introduction un tantinet poussive, tant il n’est pas simple de résumer en quelques lignes un travail remarquablement fouillé et argumenté. Tu mettras – surtout – les éventuelles obscurités de ce préambule sur mon compte, quand l’ouvrage de Mathieu Rigouste est lumineux et cohérent, démonstration magistrale de cette contamination des cercles du pouvoir par la Doctrine de la guerre révolutionnaire. S’appuyant sur le fond d’archives (encore jamais exploité) de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), une structure « civilo-militaire chargée de promouvoir l’esprit de défense », ainsi que sur des publications de la presse militaire – Défense Nationale, Défense et La Revue de l’IHEDN – , il démontre parfaitement comment cette figure de l’ennemi intérieur, imaginée par les hommes en armes, est récupérée par les champs politique et médiatique. Il fait travail d’historien, de chercheur, et décrit nos mondes passé, présent et à venir, extension généralisée du contrôle et main-basse croissante sur nos vies. Il en parle mieux que moi, surtout .

La publication de ton ouvrage, début 2009, n’aurait pu « mieux » tomber : l’affaire de Tarnac est venue comme une parfaite illustration de ton travail. Dans la logique de création de l’ennemi intérieur, tu penses que les manipulations étatiques de ce genre vont se multiplier ?

En fait, la publication est tombée juste après un nouvel essai de réglage de la fonction bouc-émissaire : sur la figure de « l’anarcho-autonome ». Mais ce mécanisme de la machine à purge continue depuis bientôt vingt ans à fonctionner sur un double réglage : les figures de « l’islamo-terroriste » et du « barbare de cité ». L’affaire de Tarnac ne fait que reformuler et appliquer exceptionnellement, pour l’instant, un type de montage habituellement réservé aux non-blancs pauvres et de manière permanente. Comme la logique sécuritaire, qui tend à reformuler et appliquer en continu à « la population » des méthodes de guerre conçues contre « les populations colonisées ». S’il y a manipulation, il faut le comprendre dans un sens technique, comme un ajustement. Les montages médiatico-politiques sont des utilisations particulières de machines de pouvoir qui fonctionnent en permanence, reliées aux machines économiques et industrielles. Tant qu’une forme de pouvoir est en place, ses machines évoluent, mais elles continuent de fonctionner et de dysfonctionner. (suite…)


Sous Giscard déjà, le service d’ordre du PC avait coinçé des flics qui se faisaient passer pour des casseurs dans une manif. Le soir, Georges Marchais passait à la télévision et avait exhibé les cartes de police confisquées à ces « manifestants »…

Quand à Rostock, lors des manifs du G8, les flics déguisés en « black block » étaient partout… quand on regarde les photos, on retrouve toujours les mêmes, aux différents points chauds…

Méfiez vous des excités dans les manifs, c’est probablement un « pousse-au-crime » payé par la police. Dotez vous d’un bon service d’ordre, organisez vous… et faites comme vos grand(es) frères/soeurs trotskos dans les années 1970. Un flic en civil on l’entoure gentiment sans qu’il se doute de rien… et on lui balance un grand coup de poing américain dans les dents, ni vu, ni connu.

Ou bien faites comme les anars de Zurich Hambourg. Ils ont des pancartes fléchées avec « Flic en civil » marqué dessus, et quand ils repèrent un agent provocateur, ils l’entourent avec leur pancartes…

Zivis[Le Canard Enchainé, 6 mai 2009]
Fin de manif du 1er mai. Il est un peu plus de 20 heures, place de la Bastille à Paris. A gauche de l’Opéra, un groupe de jeunes punks zone sur les marches. Des gendarmes mobiles ont pour consigne de les déloger, afin d’éviter les embrasements de fin de cortège.

Soudain, une demi-douzaine d’encapuchonnés, baskets aux pieds, crânes rasés et bardés d’autocollants  » Casse-toi pauv’con  » ou  » Rêve générale « , volent au secours de leurs camarades zonards.

Certains ont le visage masqué. Ils invectivent les gendarmes, les provoquent, prennent le reste de la foule à témoin… La tension monte, des projectiles volent. Forcément, ni une ni deux, les bleus embarquent tout ce beau monde, comme pris dans une souricière.

Tout, sauf la demi-douzaine de provocateurs qui réussissent à s’évaporer. Et pour cause : ils sont de la maison poulaga…

Casseurs anticasseurs
Une heure plus tôt, une trentaine de ces « chauffeurs » de manifs sortaient, deux par deux, de fourgons de police stationnés boulevards Richard-Lenoir, comme en témoignent des photographies dont « Le Canard » dispose.

La préfecture de police ne nie pas leur existence. Difficile : de mémoire de manifestants, il y a toujours eu des flics en civil dans les cortèges. Et toujours, également, des  » pousse-au-délit « . Mais, cette fois, ils ont été pistés depuis leur car jusqu’à leurs exploits sur le terrain.

Ces faux manifestants font partie d’une  » compagnie de sécurisation « . Elle a été créée, officiellement en 2005, par Sarko, inventeur du  » provoquer plus pour coffrer plus « , à l’issue des manifs de lycéens opposés au projet de loi Fillon, alors ministre de l’Education. Selon la préfecture, il s’agissait de  » protéger les manifestants  » contre les provocateurs, les voleurs, les casseurs, etc.

Depuis, ladite « compagnie » a fait ses preuves dans toutes sortes de manifs, au point qu’il est question d’en créer d’autres ailleurs en France. Ses membres agissent en civil, sans signe distinctif d’appartenance à la police, cherchant « le flag’ « . Voire en le provoquant, comme ce 1er Mai à Paris, puis en désignant aux  » collègues  » les jeunes à interpeller. « C’est plus efficace pour la procédure pénale « , confie au « Canard » un gradé à la Préfecture.

Heureusement, Sarko veille. Le 21 avril, depuis Nice, il a promis une nouvelle loi pour – entre autres joyeusetés – faire la chasse aux  » cagoulé  » dans les manifs et punir de 3 années de ballon la simple  » appartenance à une bande  » Y compris les bandes de provocateurs.


une parfaite allégorie de la réaction policière face aux "gauchistes" français

une parfaite allégorie de la réaction policière face aux "gauchistes" français


La droite de MAM, de Sarkozy et des RG n’est toujours pas sorti des années 1970, quand on traquait le « bitnique » dans les « communautés », repoussoir facile pour le populo. Rien ne manque, pas même la déléctation avec laquelle ces supers-bourgeois livrent à la vindicte les « fils à papa rentiers »… Raymond Marcellin disait exactement la même chose en parlant de Cohn-Bendit ou des agriculteurs du Larzac…

Et comme ils ne savent pas voir que le monde a changé, comme Alain Bauer a besoin d’une grille de lecture pour renforcer encore notre flicage, comme l’Etat a besoin de l’assentiment de la bourgeoisie pour fourbir ses matraques, en prévision de conflits sociaux liés à la crise, comme la finance à besoin de faire passer la pillule du pillage de l’argent des contribuables pour renflouer leurs jeux de bonneteau… alors on va tenter de nous inventer une diversion en ressuscitant la Fraction Armée Rouge.

Les allemands tentent la même chose de leur côté, en traquant l’insurrection sociale derrière le moindre feu de poubelles..

Deux jeunesses françaises : Les révoltés de Tarnac

[Isabelle Monnin – Le Nouvel Observateur – 11/12/2008]

« Nos libertés sont menacées. Nous vivons dans un Etat policier. » Celle qui parle n’est pas exactement une anarcho-auto- nome. Nous ne sommes pas dans un squat, mais dans la belle bibliothèque de sa maison, face au château de Rueil-Malmaison. Il n’y a pas un bruit, un peu de musique classique peut-être. Son sourire est désolé. Son monde déboussolé.

Pour Jocelyne Coupat, cette année, le 11 novembre a eu des airs de 11-Septembre. Ce matin-là, le GIGN investit en nombre le village de Tarnac, en Corrèze, où Julien, son fils, vit avec des amis. Ils sont suspectés d’avoir saboté les caténaires de trois lignes à grande vitesse le week-end précédent. La ministre de l’Intérieur convoque une conférence de presse : «Ces gens ont voulu s’attaquer à la SNCF, car c’est un symbole de l’Etat.» La France découvre qu’elle avait dans ses campagnes des terroristes d’ultragauche.

Un mois après, l’enquête compte de nombreuses zones d’ombre (voir encadré). Et Jocelyne Coupat n’a toujours pas vu son fils. Alors que trois de leurs camarades ont été libérés, Julien Coupat et Yildune Lévy restent en détention provisoire, sans permis de visite pour l’instant. «On veut en faire des Bonnie and Clyde, c est n importe quoi», s emporte Michel Lévy, le père de la jeune fille.

Coupat, Lévy, les deux familles ne se ressemblent guère. Les pères se sont rencontrés pour la première fois au palais de justice. Ils vivent dans des univers différents, pour ne pas dire opposés. Ils s’agacent parfois, «Michel et sa rhétorique», «Gérard et son pragmatisme», mais sont embarqués dans le même bateau : «Nous sommes les vraies victimes de l’antiterrorisme», résume Michel Lévy.

Lui a eu 20 ans en 1968. Il était enfant du 20e arrondissement, fils de communistes, il est devenu vincennois, de là où la philo, la socio, la psycho refaisaient chaque jour le monde. Quand «Dany» (Cohn-Bendit) fut bouté hors de France, il repassa avec lui la frontière à pied, clandestinement. Le vent de 68 s’est essoufflé; Michel et quelques amis («le réseau, mais faut pas en parler») ont continué. Philosophie, radios libres, production de spectacles, voyages en Afrique, le voilà sexagénaire flâneur, clope et café cognac, refusant la course à l’efficacité, allergique «à la dictature de la vitesse» et admiratif de Yildune, «ma fille aînée, ma favorite, je n’en ai qu’une». Elle a 25 ans. Elle est née avec l’abolition de la peine de mort, a eu 18 ans avec le 11 septembre 2001 et, comme pre mier choix électoral, un duel Le Pen-Chirac. «Le siècle a commencé dans la terreur et la confusion», dit son père. Etudiante en archéologie, «vive et passionnée», selon ses professeurs, Yildune ne se satisfait pas du monde post-11-Septembre. Sans-papiers, CPE, fichier Edvige, mal-logement, elle s’interroge, elle conteste. Elle rencontre Julien Coupat. Il est plus âgé qu’elle, 34 ans. Comme la jeune fille, il aime les livres et les débats. Comme elle, il croit que l’on peut transformer la réalité. A condition de s’en décaler.

Julien Coupat est décrit par tous comme un type brillant. Mais il refuse de mettre son brio au service du «système». Fils unique de deux médecins ayant fait carrière dans l’industrie pharmaceutique, il a bénéficié de la meilleure éducation. «Il était doué et nous avions le culte des études», raconte son père Gérard, fils d’un militaire d’Algérie. Julien fait son lycée dans le privé à Passy-Buzenval puis une prépa à «Ginette». Helléniste, latiniste, il parle six langues. Chaque samedi, une bibliothécaire anime un club de lecture à la maison. La famille voyage, «nous voulions qu’il soit ouvert au monde». Julien grandit, un peu solitaire, toujours le nez dans un bouquin. «Il était le premier partout, il pouvait faire Normale sup comme Polytechnique. Nous avons tranché la poire au milieu» : ce sera une école de commerce, l’Essec, la dernière chose que ses parents lui imposent. Il ne leur a pas encore expliqué qu’il ne supporte pas l’idée même de carrière. Il s’inscrit à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, décortique Guy Debord, croise Toni Negri et Giorgio Agamben et se lie avec Luc Boltanski. Devenu «post-situ», il forge sa conviction : «Il m’a dit qu’il était profondément communiste», raconte son père. Pas vraiment le genre de la maison qui oscille entre Modem et UMP, mais l’amour parental ne se mesure pas au bulletin de vote. D’ailleurs Julien ne vote pas.

L’écrivain Jean Carrière, avec qui, adolescent, il faisait de longues et âpres randonnées sur le mont Aigoual, disait de Julien qu’il était «un mutant». Un mutant qui veut faire de la recherche, mais refuse de passer l’agrégation pour n’obéir qu’à son intuition. Il crée avec des amis «Tiqqun», revue «du parti imaginaire».

En 2004, il passe à l’application concrète de ses idées et imagine avec des amis le projet du Goutailloux, cette ferme du plateau de Millevaches où ils réinventent une autre façon de vivre ensemble. Chaque décision est prise collectivement. Il y a là des écolos, comme Benjamin Rosoux (également mis en examen pour les sabotages), diplômé de Sciences po et de sociologie rurale. «J’y suis allé plusieurs fois pour les former à la faune et la flore, dit son père, biologiste. Ils vivent le développement durable grandeur nature. Entre la ferme pédagogique, l’épicerie-restaurant et leurs animations culturelles, c’est tout sauf une base arrière d’endoctrinement ! Ce sont juste des gens qui ont de la suite dans les idées.»

Il y a des enfants aussi, qui, comme dans les sociétés africaines, sont sous la responsabilité de tous les adultes. «Ils considèrent que la famille nucléaire traditionnelle n’est pas un modèle en soi, raconte Gérard Coupat. Ma petite-fille a par exemple plusieurs «pères adoptifs» qui veillent sur elle comme sur leurs propres enfants.» Régulièrement, les jeunes de Tarnac organisent des veillées avec les gens du plateau.Ils rendent visite à José, 80 ans, vétéran républicain espagnol à qui ils rêvent de payer un voyage au pays, le premier depuis son exil.

On a beau chercher, reste un mystère. Qui sont vraiment ceux de Tarnac ? Refusent-ils les téléphones portables parce qu’ils se cachent ou parce qu’ils détestent l’idée d’être joignables à tout instant ? Sont-ils des insurgés, enfants paumés d’Action directe, ou des intellos tentés par l’expérience radicale d’une autre vie ? La rupture en tout cas est actée avec la société de consommation et le salariat traditionnel – même si le groupe gère une épicerie et emploie des salariés. Mais pas avec les familles. Chaque semaine ou presque, Julien fait le voyage jusqu’aux allées boisées du parc de Malmaison. Difficile de couper ce cordon si bienveillant. Ses parents, partagés entre l’incompréhension et l’admiration, acceptent ce changement total de programme : «Il aurait pu tout avoir, ?

 » il a choisi la voie la plus difficile, celle d’une vie pauvre en accord avec son idéal. C’est extrêmement respectable», plaide sa mère en réponse à ceux qui ne voient dans son fils qu’un anarcho-rentier à la petite semaine. Car aisé, Julien l’est : ses parents lui ont fait deux donations qu’il a placées dans l’immobilier. Son père a aussi acquis un ancien atelier parisien, pour un projet de journal alternatif, et verse chaque mois 950 euros à Julien, en qualité de gérant de la société immobilière familiale. «Il ne voulait pas de cet argent, mais sa mère a insisté : ça lui garantissait au moins la Sécu», dit avec tendresse celui qui se présente comme «le mécène» de son fils : «Il a une oeuvre à écrire, je trouve normal de le subventionner, approuve Michel Lévy. L’argent est à tout le monde, il l’a mis au service du collectif

Si certains des résidents de Tarnac étaient fils et filles de bonnes familles, d’autres venaient de milieux modestes. «On les présente comme une bande de bourges oisifs qui jouent les activistes, s’emporte le père de Benjamin Rosoux. C’est faux, ils travaillaient dur pour faire tourner l’épicerie dès 5 heures tous les matins !»

Julien est un sac à dos ambulant. Un jour en Corrèze, un jour à Paris, un autre chez ses parents. Et puis la Grèce, l’Italie, l’Allemagne et même les Etats- Unis, le pays du Patriot Act et de la biométrie que Julien et ses amis détestent tant.

C’est parce qu’ils estiment que leur liberté de circulation ne doit pas être entravée par un quelconque fichage que Julien et Yildune franchissent la frontière du Canada à pied, clandestins, en janvier dernier. Leurs sacs passent en voiture, avec un ami canadien.

Contrôle, ouverture des sacs : Julien a oublié une pièce d’identité au milieu de livres et de tracts. Le FBI alerte les services français quand, en mars, une grenade saute devant un centre de recrutement de l’armée à New York. La surveillance débute, jusqu’à la «nuit des caténaires» du 8 novembre.

Quand ils vivaient à Neuilly, la mère de Julien Coupat, représentante des parents d’élèves, croisait souvent Nicolas Sarkozy, alors adjoint à l’éducation. Désormais à Rueil-Malmaison toujours très investie dans les associations locales, elle connaît bien le maire. Il s’appelle Patrick Ollier. On dit que sa compagne, Michèle Alliot- Marie, passe ses nuits ici. L’histoire ne dit pas si elle aussi fait des nuits blanches.

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2301/articles/a390577-les_r%C3%A9volt%C3%A9s_de_tarnac.html


SORTIE DE LA BROCHURE « MAUVAISES INTENTIONS #2 » : OUTIL « ANTITERRORISTE »
– « MOUVANCE ANARCHO-AUTONOME » – LUTTES & RÉVOLTES

La brochure est disponible au format pdf pour sortie imprimante sur :
http://infokiosques.net/IMG/pdf/mauvaises_intentions_2.pdf

Il y est également possible de télécharger la brochure au format pdf imprimeur, pour celles et ceux qui souhaiterait la faire imprimer pour la proposer plus largement : http://infokiosques.net/IMG/pdf/mauvaises_intentions_2_imprimeur.pdf

En espérant que cette brochure « Mauvaises Intentions n° 2 » suscitera intérêt & rage, discussions & actions de solidarité, désirs de changements radicaux et envies d’en découdre…

Il est possible d’écrire à solidaritesinculpes@riseup.net pour toute remarque, commande, etc…

Et, il y a toujours plus d’infos sur http://infokiosques.net/mauvaises_intentions

Enfin, pour le soutien financier, vous pouvez envoyer des chèques à l’ordre du CICP à l’adresse Mauvaises intentions, 21, ter rue Voltaire 75011 PARIS

« Comment parler de cette répression qui nous touche dans nos façons de lutter, parce qu’elle vise des modes d’organisation et des pratiques dans lesquels nous nous reconnaissons ? Comment ne pas se considérer comme des martyrs ni comme des victimes ?

On peut tenter de faire d’une situation de répression un moment de lutte, sur lequel nous devrions être capables de trouver des prises. Choisir le discours que nous voulons porter, défendre des pratiques de lutte inscrites dans leur contexte social.

On a choisi de parler de ces arrestations, avec la certitude qu’elles s’inscrivent dans une réalité politique plus vaste, qu’elles sont liées à la question du système dans lequel on est, à son contrôle, à ses taules…

Parce que d’une répression “spécifique” surgissent des questions plus larges qui touchent tout un chacun, l’aspect défensif de l’anti-répression doit s’allier à d’autres batailles. Quand plusieurs personnes se retrouvent en prison, accusées de l’incendie du centre de rétention de Vincennes, cela devrait logiquement entraîner une solidarité au moins de la part de tous ceux qui participent à la lutte contre les centres de rétention et aux côtés des sans-papiers.

Il y a un enjeu, au sein même de cette lutte, à être solidaire des inculpés et à se battre pour leur libération. » [Extraits de l’introduction]

Recueil de textes publics – janvier 2009

SOMMAIRE

Retour sur les différentes arrestations et procédures

Lettres de l’intérieur
>• Antiterrorisme : lettre d’Isa et Farid, les 2 de Vierzon.
>• Vues du délire antiterroriste, par Farid.
>• Pourquoi je me suis fait la malle – Lettre ouverte n°1 de Bruno.
>• Lettre d’Isa depuis la prison de Lille-Séquedin (mai 2008).
>• Lettre de Damien en prison à Villepinte.
>• Lettre de Juan depuis la prison de Rouen (octobre 2008).
>• Récit d’un mouvement à la maison d’arrêt des femmes de Rouen (juillet
2008), par Isa.

Luttes & Révoltes
>• Briser les prismes de l’État.
>• Temps de chien.
>• Anarcho-autonome.
>ADN
>• Existe-t-il un gène de flic ?
>• Affiche “Crachez ici c’est pour nos fichiers”.
>• Expertise génétique, laboratoires & tribunaux.
>PRISONS POUR ÉTRANGERS
>• Affiche “Rassemblement contre la machine à expulser à La Chapelle”.
>• Comme une prison qui brûle.
>• Affiche “Beau comme des centres de rétention qui flambent”.
>• Quand Vincennes a brûlé.
>• Liberté pour les inculpés de feu Vincennes !
>• L’État isole, renforçons les liens !
>SABOTAGES
>• Sur les sabotages de voies de chemin de fer.
>• Du sabotage considéré comme un des beaux arts.
>• La Caténaire qui cachait la forêt.
>• Antiterrorisme : la dépanneuse raconte ! ]
>• Un pavé dans les rouages.

Tactiques policières & judiciaires
>• « Tactiques d’interrogatoires policiers ».
>• Directive de la Direction des Affaires Criminelles et des Grâces
(ministère de la Justice).
>• Le « cadeau » de la juge antiterroriste.

Solidarité
>• Quelques réactions sur les comités de soutien de novembre.
>• Qu’est-ce que la solidarité ?
>• Chronologie des actions de solidarité [avril-décembre 2008].

Page suivante »