Iraq



[Nouvel Observateur – 14/03/2008]
Un Yéménite, qui dit avoir séjourné près de trois ans dans des prisons secrètes de la CIA en Afghanistan, en Europe de l’Est puis au Yémen, rapporte à Amnesty International les diverses formes de torture qu’il y a subi.

Un Yéménite accuse des agents américains de l’avoir torturé pendant les trois années qu’il a passées dans les prisons secrètes de la CIA, selon un témoignage présenté jeudi 13 mars par Amnesty International. Khaled Abdou Ahmed Saleh al-Maqtari, 31 ans, avait été arrêté par des soldats américains à Falloujah en Irak en janvier 2004, avec une soixantaine d’autres personnes, selon son récit à l’organisation de défense des droits de l’Homme, dont le siège est à Londres. Transféré à la prison irakienne d’Abou Ghraïb, parmi les « détenus fantômes », Al-Maqtari décrit à Amnesty les violences, les privations de sommeil, les positions de stress, les séances d’intimidation par des chiens, les hypothermies provoquées et autres formes de torture.

9 jours à Abou Ghraïb

Il raconte, qu’une fois, il a été battu par trois hommes dans une petite pièce, après avoir été forcé de se tenir debout, nu, sur une chaise devant une puissante climatisation, avec une caisse remplie de bouteilles d’eau dans les mains. Selon son témoignage, il était régulièrement plongé dans l’eau froide, tremblant tellement qu’il pouvait à peine tenir debout. On le suspendait la tête en bas, les mains menottées dans le dos, avec un système de poulie pour le faire aller et venir dans l’eau.
Après neuf jours d’interrogatoire à Abou Ghraïb, Al-Maqtari a été transféré en Afghanistan dans un vol secret de la CIA, poursuit Amnesty, qui assure avoir retrouvé les traces d’un plan de vol corroborant ses dires.
Là, il a subi d’autres mauvais traitements : isolement, privation de sommeil, exposition au froid ou à la chaleur, port prolongé de chaînes, perte de sens provoqué par des lumières ou des bruits.

Violation des obligations internationales

Fin avril 2004, Al-Maqtari a été transféré vers un autre site secret de la CIA, peut-être en Europe de l’Est, selon Amnesty. Il a été détenu là pendant 28 mois, avant d’être renvoyé vers le Yémen, où il est resté emprisonné jusqu’en mai 2007.
« A aucun moment pendant ses 32 mois d’emprisonnement, on n’a dit à Khaled al-Maqtari où il était ni pourquoi », a expliqué Anne Fitzgerald, conseiller spécial d’Amnesty. « Il n’avait d’accès ni à des avocats, ni à sa famille, ni au Comité international de la Croix-Rouge, ni à toute personne autre que le personnel impliqué dans ses interrogatoires, sa détention ou son transfert. C’est clairement une violation des obligations internationales des Etats-Unis », a-t-elle estimé.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20080314.OBS4994/prisons_secretes__un_yemenite_decrit_ses_tortures.html?idfx=RSS_notr 


Rashid Dostum était du côté des Talibans quand ceux-ci avaient besoin de lui, ensuite il a rallié les Américains… dans tous les cas il a continué à être un chef de guerre brutal et sanguinaire… vive la Démocratie apportée par nos « boys »…

 

 

[Voltaire – Flagrants délits – 12/03/2008]

Le général ouzbek Abdul Rashid Dostum, chef d’état-major des armées afghanes, accompagné de 70 de ses hommes de main, a enlevé le leader turkmène Akbar Bai et son fils. Il les a séquestré à Kaboul dans sa résidence de l’enclave diplomatique de Wazir Akbar Khan, et les a lui-même horriblement torturés.

En définitive, la police a réussi à libérer les deux hommes, et deux autres otages. Dostum a été révoqué, un mandat d’arrêt a été lancé contre lui, et il s’est enfuit à Shibirghan où il a rejoint son armée privée.

Le procureur général, Abdul Jabar Sabat, a déclaré qu’il fallait en finir avec la culture de l’impunité, mais une condamnation de celui que l’on surnomme « Gengis Khan » ou encore le « nouveau Tamerlan » est peu probable, car la coalition ne peut pas se passer de son autorité pour contrôler les ouzbeks.

http://www.voltairenet.org/article155902.html


[Le Canard Enchaîné – 05/03/2008]

Au milieu de la semaine dernière, Sarkozy et Kouchner savaient qu’Israël allait lancer une violente opération à Gaza. Les télégrammes adressés à Paris par les diplomates français en poste à Tel-Aviv et Jérusalem étaient fort précis sur ce point. Il ne s’agissait pas seulement de répliquer à des tirs de roquettes. Les objectifs poursuivis par le gouvernement Olmert étaient d’une tout autre nature, à plus longue portée, pourrait-on même dire.

Lors d’une réunion sur les questions de « sécurité» avec des experts français, cette question a été abordée sans la moindre gêne par leurs homologues israéliens. Et les télégrammes diplomatiques transmis à l’Elysée ainsi qu’au Quai d’Orsay ont fait état de cette remarquable franchise.

Selon les confidences de ces responsables israéliens, les intentions de leur gouvernement pouvaient se résumer ainsi: « Le Hamas devient de plus en plus dangereux. Il faut donc qu’on le liquide préventivement, en cas de guerre avec la Syrie ou de bombardement des sites nucléaires iraniens. »

L’avertissement n’a pas porté et, à Paris, on a réagi comme si de rien n’était. Le 28 février, à la demande de Sarkozy, le Quai d’Orsay a ouvert son robinet d’eau tiède. (suite…)


Les USA ont tenté d’évincer le Hamas déclenchant la crise interpalestinienne
[AFP – Le Monde – 04/03/2008]
L’administration Bush a secrètement tenté d’évincer le Hamas après les élections de 2006 remportées par le mouvement islamiste, déclenchant une crise interpalestinienne sanglante, affirme mardi le magazine américain Vanity Fair.Le journal assure avoir obtenu des documents confidentiels, et la confirmation de sources palestiniennes et américaines, indiquant que le président américain George W. Bush et la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice avaient tenté d’armer une force palestinienne menée par des partisans du Fatah, le mouvement du président palestinien Mahmoud Abbas, pour évincer le Hamas du pouvoir.

« Mais le plan secret a échoué, provoquant un nouveau revers pour la politique étrangère américaine sous Bush« , affirme Vanity Fair.

« Au lieu de chasser leurs ennemis du pouvoir, les combattants du Fatah soutenus par les Américains ont permis par inadvertance au Hamas de prendre totalement le contrôle de (la bande de) Gaza« , ajoute le magazine.

(suite…)


[Editorial – Le Monde – 04/03/2008]

Trois mois après la réunion internationale organisée par les Etats-Unis à Annapolis, le 27 novembre 2007, peut-on encore parler de processus de paix israélo-palestinien ? Après sept ans de sous-traitance du dossier palestinien aux autorités israéliennes, avec le succès que l’on sait, George Bush, soutenu par les Européens, avait imaginé un réengagement de la dernière heure, pour sauver une politique régionale naufragée en Irak.

if ( undefined !== MIA.Pub.OAS.events ) { MIA.Pub.OAS.events[« pubOAS_middle »] = « pubOAS_middle »; } Profitant de la rupture sanglante entre les islamistes du Hamas, seuls maîtres de Gaza, et le Fatah du président Mahmoud Abbas, Washington avait imaginé le plan suivant : privilégier la Cisjordanie, contrôlée par le Fatah, en faire le laboratoire d’un Etat à venir irrigué par les dons glanés lors de la conférence de Paris, en décembre 2007, pour que le Hamas, isolé à Gaza, concentre sur lui la colère et la frustration et que l’opinion publique palestinienne s’en détourne.Pour que ce plan réussisse, il aurait cependant fallu que la bande de Gaza, assiégée par l’armée israélienne depuis son retrait unilatéral en septembre 2005, disparaisse dans un oubli entretenu par les perfusions onusiennes. Il n’en a rien été, du fait des tirs de roquettes palestiniens, qui ont spectaculairement renversé l’échelle de la dissuasion au cours des deux dernières années d’une deuxième Intifada trop rapidement considérée comme une indiscutable victoire militaire israélienne. Par deux fois en quelques semaines, les tentatives israéliennes pour mettre un terme à ces tirs, qui touchent en premier lieu des civils, même s’ils sont moins meurtriers que les attentats de groupes armés palestiniens de 2001 à 2004, ont tourné à leur désavantage.

Le blocus souhaité par le ministre de la défense, le travailliste Ehoud Barak, a tout d’abord entraîné, en janvier, le dynamitage de la partie de frontière gardée par l’armée égyptienne, très méfiante vis-à-vis du Hamas, épigone des Frères musulmans que le régime de Hosni Moubarak ne cesse d’embastiller. Le retour des blindés israéliens dans les venelles du camp de réfugiés de Jabaliya, les 1er et 2 mars, n’a pas été plus fructueux que les tentatives précédentes, décimant une population civile palestinienne prise au piège sans que les tirs de roquettes cessent. De ce point de vue, le bilan s’avère même catastrophique puisque la ville israélienne d’Ashkelon, à dix kilomètres au nord de Gaza, se trouve désormais sous le feu d’un armement palestinien plus sophistiqué que par le passé et, selon Jérusalem, acquis grâce au soutien de l’Iran.

Le plan « Cisjordanie d’abord » a donc abouti à ce qu’il devait permettre précisément d’éviter : installer le Hamas au centre du jeu. A tel point que la pertinence du boycottage d’une organisation radicale, mais également capable de pragmatisme, par Israël, les Etats-Unis et les Européens, est plus que jamais sujette à interrogation.

 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/03/04/incontournable-hamas_1018544_3218.html


[Gregoire Seither – IES News Service – 02/03/2008]

Alors que le prix du baril de pétrole s’installe au dessus des $100 et que, pour la première fois depuis la Grande Dépression, des millions d’Américains doivent rembourser des crédits immobilers dont le montant est devenu supérieur à la valeur de la maison qu’ils ont achetée; alors que le marché du « subprime » n’en finit pas de dégringoler, faisant trembler les marchés et que la prochaine crise financière s’annonce déjà, sous la forme de la défaillance du marché de l’assurance crédit ( credit-default swap market ); alors que la « stagnation – inflation » ( stagflation ) refait son apparition et que le chomage est à nouveau en augmentation; alors que la presse n’hésite plus à utiliser le mot tabou commençant par « R » (comme récession) et que, au fond des têtes le mot honni, commençant par « D » commence à s’agiter… et enfin, alors qu’approche le cinquième anniversaire de « sa » guerre en Irak, le Président des Etats-unis découvre soudain l’économie en temps de guerre.

Interviewés sur la chaîne NBC , George W. Bush and Laura Bush furent pris de court quand la journaliste Ann Curry aborda soudain la guerre en Irak. Elle rappela que la femme du Président avait déclaré un jour, « Personne ne souffre autant que le président. J’espère que les Américains ont conscience du fardeau de soucis que le président doit porter chaque jour, et de son angoisse quotidienne pour le bien-être de nos soldats. » George Bush s’est alors saisi du micro :

« Bush: Exactement, et comme les gens commencent à le voir, l’Irak est entrain de changer, la démocratie est entrain d’y prendre pied. Je suis convaincu que, dans 50 ans, les gens regarderont en arrière et dirons « Dieu merci, il avait alors des gens qui étaient prêts à se sacrifier pour cet idéal« .

« Curry: Mais ce que vous dites c’est que c’est vous qui portez le fardeau, qui souffrez… Certains américains pensent qu’eux aussi portent le fardeau, à cause de cette situation économique.

« Bush: Oui, et bien —

« Curry: Ils disent qu’ils souffrent, à cause de cette situation.

« Bush: Je ne suis pas d’accord.

« Curry: Vous n’êtes pas d’accord avec quoi ? Que la guerre n’a pas d’influence sur l’économie ? Que les dépenses militaires ne rognent pas les autres budgets ?

« Bush: Non, je pense que ce n’est pas le cas. En fait, je pense que les dépenses militaires aident à créer des emplois.

« Curry: Ah oui ?

« Bush: Oui, parce que nous achetons de l’équipement et que cela donne du travail aux gens. Ce n’est pas la guerre qui a fait du mal à cette économie, c’est le fait que nous avons construit trop de maisons. »

En d’autres termes, après cinq ans de guerre sans fin, le Président des Etats-unis a trouvé la solutions aux crises économiques : construire moins de maisons mais édifier plus de bases, militaires, acheter plus d’armements et envahir plus de pays.

Malgré le désastre militaire et économique, George W. Bush n’a donc renoncé en rien à ses politiques : depuis son élection en 2000, le budget « officiel » du Pentagone a augmenté de plus de 60%  – passant de 316 milliards à 507 milliards. Depuis l’invasion de l’Irak, le budget du Pentagone a été augmenté de 30%.

Et pourtant, malgré les rallonges budgétaires à répétition pour les troupes en Afghanistan et en Irak, malgré une augmentation de plus de 1 000 % (de 17 milliards à 189 milliards) des budgets pour les opérations de guerre … malgré cet effort militaire et financier sans équivalent depuis la deuxième guerre mondiale, l’état major de l’Armée U.S. se trouve – selon ses propres mots –  dans une situation de quasi-faillite, manquant partout de troupes et de moyens en quantité suffisantes.


[Joseph Stiglitz & Linda Bilmes – The London Times – 16/02/2008 – Trad. Grégoire Seither]

Joseph Stiglitz est le Prix Nobel d’économie 2001 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_E._Stiglitz

L’Administration Bush se trompe sur toute la ligne à propos des bénéfices de la guerre… tout comme elle s’est déjà trompé sur toute la ligne à propos du coût de cette guerre. (…)

Le coût de ces 5 années d’opérations militaires directes – sans même inclure les coûts à long terme comme ceux des soins à apporter aux vétérans blessés – dépasse déjà le coût des 12 ans de guerre au Vietnam et est deux fois plus élevé que celui de Guerre de Corée.

Et, même dans le scénario le plus optimiste, on estime que le coût de la guerre en Irak sera dix fois plus élevé que celui de la Guerre du Golfe, 1,3 fois plus cher que celui de la Guerre du Vietnam et deux fois plus cher que le coût de la participation américaine à la Première Guerre Mondiale.

Pour l’instant, la seule guerre dans notre histoire qui a couté plus cher que la guerre en Irak est la Deuxième Guerre Mondiale, au cours de laquelle 16.3 millions de soldats U.S. ont combattu pendant 4 ans, pour un coût total (ajusté en dollars 2007 afin de tenir compte de l’inflation) d’environ 5 trillions (5 millions de millions) de dollars US.

Alors que quasiment la totalité de notre armée était engagée dans la lutte contre le Allemands et les Japonais, le cout par soldat (en dollars actuels) était de moins de 100 000 dollars (en valeur 2007). Comparez ce coût à celui de la guerre en Irak, où chaque soldat engagé coûte environ 400 000 dollars US au contribuable américain. (. . .)

http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article3419840.ece


[Gregoire Seither – IES News Service – 28/02/2008]

A quelques jours du scrutin décisif du 4 mars dans la course aux primaires Démocrates, Hillary Clinton tente de jouer la carte de la peur pour détourner les électeurs de Barack Obama.

Dans une publicité télévisée et radiophonique, intitulée « Children » (enfants), une voix dramatique dit :

« Il est trois heures du matin, et vos enfants dorment en sécurité. A la Maison Blanche, un téléphone sonne. Quelque chose se passe dans le monde. C’est votre vote qui va décider quelle sera la personne qui répondra à cet appel. »

Est-ce que ce sera quelqu’un qui connait les leaders de ce monde ? Est-ce que ce sera quelqu’un qui connait l’armée ? Est-ce que ce sera quelqu’un d’expérimenté, qui sait ce qu’il faut faire, qui est prêt à assumer la direction des opérations ? Il est trois heures du matin, vos enfants sont en sécurité. Ils dorment. C’est à vous de décider qui va décrocher ce téléphone. »

Le ton de cette publicité rappelle une célèbre publicité, très critiquée (« Daisy ad« ) de la campagne de 1964 de Johnson contre Goldwater (dans laquelle on voyait une petite fille cueillir des marguerites tandis qu’un décompte de lancement de missile nucléaire passait en arrière plan) ou encore une publicité de Walter Mondale contre Gary Hart, en 1984, dans laquelle on voyait un téléphone rouge et on posait la question « qui va répondre à cet appel ».

Il indique aussi que, pris à la gorge par les bons résultats de Obama, le camp Clinton a décidé de ne plus prendre de gants dans ses efforts pour discréditer la candidature du Sénateur de l’Illinois. Si Clinton ne gagne pas les primaires au Texas et dans l’Ohio, elle devra probablement abandonner la course à l’investiture.

En 1984, les publicités jouant sur la peur et appelant un « leader expérimenté » avaient permis à Mondale d’éliminer la candidature de Gary Hart… par contre elles avaient produit un effet de contre-coup, les électeurs apeurés préférant voter pour le « cowboy sans peur et sans reproche » Ronald Reagan plutôt que pour Mondale. « Si vous voulez jouer avec la peur, il faut ensuite assumer son image de guerrier protecteur, et avoir les moyens de la défendre » explique Saddie Nunn, du Centre d’études politiques de l’université de Berkeley.

En réponse à cette publicité, Barack Obama a déclaré : « La question n’est pas de savoir qui va répondre au téléphone. La question est : quel type de décision allez vous prendre quand vous décrocherez le téléphone rouge ? Nous avons déjà été dans cette situation, quand le « téléphone rouge » de la guerre en Irak a sonné, il a fallu répondre. Et le Sénateur Clinton n’a pas donné la bonne réponse. George Bush n’a pas donné la bonne réponse. John McCain n’a pas donné la bonne réponse. »

L’équipe de campagne de Hillary Clinton a rejeté toute comparaison avec la publicité très décriée de Lyndon B. Johnson en 1964, affirmant que le clip de Clinton « véhicule un message positif » avec des « images très douces », à l’opposé total du clip de Johnson.


Cette analyse avait déjà été faite par l’ancien agent de la CIA John Stockwell, en 1991, lors d’une conférence sur  « Le Syndrôme américain » :

[David Michael Green – Alternet – 02/03/2008 – Trad. Grégoire Seither]

Les américains adorent croire qu’ils sont un peuple pacifique qui ne se résoud à partir en guerre que s’il y est obligé. Malheureusement ces jolis principes ne survivent même pas une seule nanoseconde à la confrontation avec des méthodes d’analyse aussi subversives que la simple application de la logique ou l’examen empirique de l’histoire de notre pays. (. . . )

Quel que soit l’instrument de mesure employé – choisissez celui que vous voulez – quand vous lui demandez de calculer qui sont ceux qui font le plus la guerre, qui menacent le plus de pays, qui ont le plus d’armes de destruction massive, qui s’immiscent le plus dans les affaires des autres pays, qui tuent le plus de gens… on tombe toujours sur la même réponse. (. . .)

Si, par exemple, vous vouliez évaluer le degré d’agressivité belliqueuse d’un pays, simplement en comptant le nombre de guerres que ce pays a déclenché, alors vous constateriez que, depuis la Deuxième Guerre Mondiale, les Etats-Unis se sont sentis obligés d’aller bombarder et envahir la Corée, le Vietnam, le Laos, le Cambodge, Cuba, la République Dominicaine, l’Afghanistan, le Nicaragua, le Guatemala, le Pérou, le Salvador, le Liban, la Grenade, l’Irak, le Panama, la Colombie, la Somalie,  la Bosnie, le Kosovo, Haïti, l’Afghanistan et encore l’Irak. (…)

Non seulement les Etats-Unis dépensent plus que tout autre pays pour s’acheter des joujoux militaires, leurs dépenses militaires sont également supérieures à tous les budgets militaires de tous les autres pays… mis ensemble.

http://www.alternet.org/audits/77827/


[Chicago Tribune – 21/02/2008 – Trad. Grégoire Seither]

Les sales petits secrets de la guerre en Irak continuent à sortir peu à peu, exhumés par des tribunaux suite aux plaintes des contribuables U.S.. Récemment encore, des centaines de pages de dossiers judiciaires ont été ouverts au public à propos de la guerre en Irak. Elles montrent comment tout un réseau de corruption a permis à des entreprises profiteuses de guerre de s’emparer de la quasi totalité du « gateau » que représente la logistique de l’invasion… et ce plusieurs mois avant que le premier soldat U.S. ne pénètre en Irak. (. . .)

Les enquêteurs fédéraux de Rock Island ont mis en examen quatre anciens superviseurs de KBR, la gigantesque entreprise spécialisée dans les services de défense qui a remporté le contrant… mais aussi un haut-gradé de l’Armée et cinq cadres dirigeants d’entreprises sous-traitantes de KBR, basées aux U.S. ou au Moyen-Orient. Deux autres cadres de KBR ont déjà plaidé coupable devant les tribunaux de Virginie. En tout le Ministère de la Justice a déjà mis en exampen 36 personnes pour crimes en relation avec les contrats de fourniture de moyens et services pour la guerre en Irak.

Ce mercredi, un juge fédéral de Rock Island a condamné l’officier de l’Armée U.S., Chief Warrant Officer Peleti « Pete » Peleti Jr., à 28 mois de prison ferme, pour avoir accepté des pots de vin. Selon les enquêteurs, un cadre d’une entreprise sous-traitante de KBR lui avait payé des billets pour assister au SuperBowl, en échange d’un coup de pouce dans l’attrbution des contrats. . .

Une caractéristique commune se retrouve dans toutes les affaires impliquant KBR en Irak, qu’il s’agisse de corruption des cadres de l’armée, du refus de protéger des employés victimes de violences sexuelles ou encore de la surfacturation des services fournis (45 dollars par canette de soda livrée en Irak) : dans toutes ces affaires, l’administration Bush a systématiquement privatisé des tâches logistiques et de soutien aux troupes, tout en réduisant le nombre de contrôleurs et d’instance de surveillance qui auraient permis de limiter les abus et de prévenir le gaspillage de l’argent public.

http://www.chicagotribune.com/news/nationworld/chi-kbr-war-profiteers-feb21,1,5231766.story?page=1


Mise à jour : Bruno Guigue, spécialiste du Proche-Orient et préfet de Saintes, publiera une critique de cet appel sur Oumma.com le 13 mars 2008, ce qui lui vaudra d’être limogé de son poste de préfet par Michèle Alliot-Marie et Nicolas Sarkozy…

« Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a généreusement offert ses colonnes à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables. Les accusations qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction : .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière. (Bruno Guigue)« 

L’ONU contre les droits de l’homme

[Le Monde – 27.02.08]
Les démocraties doivent résister à l’offensive idéologique conjointe des pays musulmans et dictatoriaux

L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée.A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la Conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations unies, dans la ville même où Gandhi avait commencé à exercer son métier d’avocat. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » ; et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes.

Alarmée par les graves dysfonctionnements ainsi mis en lumière au sein de sa Commission des droits de l’homme, l’ONU inaugurait en juin 2006 un tout nouveau Conseil des droits de l’homme (CDH), censé remédier à de si préoccupantes dérives. Aujourd’hui, le constat est plus qu’amer : c’est à la consécration même de ces dérives que nous assistons dans la perspective du forum dit de Durban 2, qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l’élaboration officielle de nouvelles normes marquera, si celles-ci sont gravées dans le marbre d’une nouvelle et très particulière « déclaration des droits de l’homme », la mise à mort de l’universalité des droits.

Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales. (suite…)


La politique devient toujours plus cynique et amorale
[Interview de Dick F. Marty, conseiller aux Etats par Horizons et Débats]

Horizons et débats: La Résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) à propos de votre rapport sur les listes noires de personnes et de groupements soupçonnés de terrorisme est sans ambiguïté. A une majorité écrasante, elle demande que ces listes soient revues car elles violent les droits de l’homme et remettent en question la crédibilité de l’ONU et de l’UE.
Que pensez-vous du résultat du vote?

Dick F. Marty: Le vote quasi unanime m’a fort surpris, car le texte est très critique et n’est certes pas un document de compromis. De très nombreux députés ne connaissaient pas dans le détail le mécanisme pervers des listes noires et ont été très choqués en le découvrant. Le fait que sur ces listes il y ait presque exclusivement des musulmans est vraisemblablement la cause de ce peu d’intérêt.

Il ressort du communiqué de presse que même les membres du Comité qui décide de l’inscription d’une personne sur une de ces listes n’en connaissent pas toutes les raisons. Qui est à l’origine de ces listes et qui demande d’y inscrire quelqu’un?

Ces listes ont été introduites en 1999 et développées surtout après le 11-Septembre. Ce sont les Etats qui demandent l’inscription sur la liste sur la base d’informations qualifiées de «confidentielles» et communiquées au comité des sanctions du Conseil de Sécurité ou du Conseil des Ministres de l’UE dans des termes très vagues. La règle est que les représentants des autres Etats ne formulent aucune objection, de sorte que la véritable décision appartient à l’Etat demandeur. Aucun mécanisme sérieux et indépendant de contrôle n’est en réalité prévu.

Sur la base de quels principes juridiques inscrit-on quelqu’un sur une de ces listes?

La possibilité de prendre des sanctions est prévue par la Charte des Nations Unies et celles-ci sont décidées par le Conseil de Sécurité. Contre ses sanctions, il n’y a aucun moyen de recours. Même le droit d’être entendu n’est pas reconnu. Si quelqu’un fait l’objet de sanctions qui par la suite se révèlent injustifiées, aucun droit à une indemnisation n’est prévu.

En fait, ces listes noires sont le fruit de la même philosophie que celle qui est à la base des «extraordinary renditions»: il s’agit finalement d’une guerre et les règles et les garanties de l’Etat de droit ne sont pas valables dans ce genre de conflit; telle est la position des USA qui a été acceptée tacitement par les gouvernements européens.

Ce choix stratégique n’a aucune légitimité démocratique et n’a jamais été soumis à aucun parlement européen. Ce qui est particulièrement inacceptable, c’est que ces sanctions, qui restreignent gravement les droits fondamentaux, sont prises en dehors de tout contrôle démocratique, mais toutes les autorités démocratiques sont tenues de les appliquer. Avec ce mécanisme, il est très aisé de restreindre, voire d’abolir la liberté de tout un chacun.

Comment se fait-il que les autres pays utilisent ces listes que vous et l’APCE qualifiez de contraires aux droits de l’homme?

Les Etats se réfugient derrière un argument juridique très formaliste: il s’agit du droit international de l’ONU et nous sommes tenus de l’appliquer. C’est ce qu’a dit, par exemple, le Tribunal fédéral suisse dans l’affaire Nada; l’absurdité du cas n’a cependant pas échappé aux juges qui, dans ce même jugement, demandent au Conseil fédéral d’intervenir politiquement à New York pour que Nada soit rayé de la liste.

A mon avis, les juges auraient dû clairement établir que ces sanctions sont contraires à notre «ordre public» et ne doivent pas être appliquées; en effet elles ignorent toutes les garanties fondamentales reconnues par tout Etat fondé sur le droit même aux pires criminels.

Quelles vont être les conséquences de cette décision de l’APCE?

Certainement une prise de conscience et une opposition grandissante à ce système. Mais les gouvernements ne vont pas s’opposer à l’administration américaine, qui est la véritable inspiratrice de ces mesures, pour quelques centaines de musulmans! J’espère que la Cour de Strasbourg prendra position très clairement sur la base de la Convention européenne des droits de l’homme.

Que faut-il faire pour donner du poids à cette Résolution? Que doivent faire les politiques?

La politique devient toujours plus cynique et amorale. On se sert du terrorisme pour faire peur et pour restreindre les libertés fondamentales. Le terrorisme est indiscutablement une menace sérieuse et doit être combattu. On peut et on doit le faire avec des moyens rigoureux mais respectueux de nos principes fondamentaux.

La peur du terrorisme est très payante du point de vue de la popularité. On met beaucoup moins d’énergie à combattre d’autres menaces encore plus graves et qui font plus de victimes: la traite des êtres humains, le trafic de drogue international, le trafic d’armes et la corruption (la menace la plus grave pour nos systèmes démocratiques); mais voilà, dans ces domaines, il y a des intérêts énormes et la politique est beaucoup plus réticente à intervenir.

Même contre le terrorisme les intérêts économiques ont la priorité: c’est ce qui a induit Blair et Sarkozy à traiter Kadhafi comme un grand ami; sans une parole pour les victimes de Lockerbie… •

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=715


[Blog d’Olivier Bonnet – 06/02/2008]

«Si j’avais de l’eau emplissant mon nez, mon Dieu, je ne peux pas imaginer à quel point ce serait douloureux ! Qu’il s’agisse de torture ou non selon la définition de n’importe qui d’autre, pour moi ce serait de la torture»,

C’est ce que déclarait Mike Mac Connell, directeur du renseignement américain, le 13 janvier dans une interview, relayée par Cyberpresse, au magazine The New Yorker. Il était interrogé à propos de la technique d’interrogatoire que les Américains appellent waterboarding, couramment connue en français sous le nom de supplice de la baignoire.

La CIA, qui a avoué avoir détruit des enregistrements d’interrogatoires « musclés », était en effet soupçonnée de la pratiquer.

«Le prisonnier est attaché à une planche inclinée, les jambes levées et la tête légèrement plus basse que les pieds, décrit un article d’ABC News du 18 novembre 2005 cité par Wikipédia. On lui enveloppe la tête de cellophane et de l’eau lui est versée dessus. Inévitablement, les réflexes de suffocation s’enclenchent et une peur panique de la noyade force le prisonnier à supplier que l’on arrête le traitement.

D’après nos sources, les officiers de la CIA qui se sont soumis à la technique du waterboarding ont résisté en moyenne 14 secondes avant de craquer. Ils rapportent que le prisonnier d’Al Qaida le plus dur, Khalid Cheikh Mohammed, s’est attiré l’admiration des interrogateurs en résistant entre deux minutes et deux minutes et demi avant de supplier qu’on le laisse parler« .

Torture ou pas ? « La personne croit qu’elle est en train de se faire tuer, ce qui équivaut à un simulacre d’exécution, ce qui est illégal d’après les lois internationales« , répond clairement John Sifton de l’organisation Human Rights Watch. Mais qu’on se rassure : «nous ne torturons pas», assurait Mac Connel.

Sauf qu’hier, Michael Hayden, directeur de la CIA, a reconnu devant une commission parlementaire que la « simulation de noyade » a bien été infligée à « Khaled Cheikh Mohammed, cerveau présumé des attentats du 11 Septembre, Abou Zoubaydah, premier membre influent présumé d’Al-Qaida capturé par les Etats-Unis après le 11 Septembre, et Abd Rahim Al-Nashiri, un autre responsable présumé du réseau islamiste« , comme le résume 20 Minutes. Concluons donc que le directeur du renseignement ne le savait pas…

Les enregistrements d’interrogatoires détruits par la CIA étaient justement ceux des trois hommes. Le ministre de la Justice, Michael Mukasey, avait annoncé l’ouverture d’une enquête le 2 janvier à propos de cette affaire, mais la voilà résolue : la centrale ne voulait pas que l’on sût qu’elle passait des prisonniers à la baignoire.

Inutile désormais de le nier, comme encore Mac Connel le 13 janvier, puisque Hayden a avoué.

Alors reposons la question : torture ou pas torture ? Et donnons la parole au sénateur Ted Kennedy, interpellant le ministre de la Justice devant la Commission parlementaire le 30 janvier : «Est-ce que la simulation de noyade serait considérée comme de la torture si elle vous était appliquée ?» Réponse de Mukasey : «Je pense que je le ressentirais comme cela». Torture, alors ? Eh bien non, ça dépend des cas, selon lui : «Dans certaines circonstances, la législation actuelle interdirait clairement l’utilisation de la simulation de noyade. Dans d’autres circonstances, la question serait beaucoup plus serrée».

Position intellectuellement intenable ! Mais qui est désormais officiellement celle de Washington, puisque le porte-parole de la Maison Blanche, Tony Fratto, a annoncé aujourd’hui que les Etats-Unis pourront utiliser à l’avenir la simulation de noyade pendant des interrogatoires de personnes soupçonnées de terrorisme : «Cela dépendra des circonstances. Si l’on croit qu’une attaque pourrait être imminente, cela pourrait être une circonstance dont on voudra vraiment tenir compte», a-t-il précisé.

Comme justement après le 11 septembre, le traitement infligé aux trois al qaidistes étant justifié par la crainte d’un autre attentat sur le territoire américain, en l’occurrence infondée.

Et l’on note que les personnes susceptibles d’être soumises à cette pratique sont « soupçonnées de terrorisme », donc possiblement innocentes !

Ajoutons que Fratto refuse de qualifier la simulation de noyade de torture : «La torture est illégale. Chaque technique avancée utilisée par la CIA dans ce programme avait été soumise au département de la Justice et ils avaient estimé que, dans des circonstances particulières, et avec des garde-fous, c’était légal». Ben voyons !

Parce qu’en plus, il y a d’autres techniques qui pourront être légales si des circonstances particulières les rendent telles : «Interrogé sur les facteurs que Bush pourrait prendre en compte pour décider ou non de réautoriser l’utilisation de la simulation de noyade ou « d’autres techniques avancées », le porte-parole n’a pas donné de détail», écrit l’AFP. Pourquoi pas des décharges électriques dans les parties génitales ? Ce n’est sans doute pas de la torture, dans certaines circonstances particulières…

Finissons avec le témoignage du docteur Allen Keller, directeur du Programme pour les Survivants de la Torture de Bellevue/N.Y.U, interviewé à propos du waterboarding dont il a soigné des victimes, par The New Yorker. Il «affirme que c’était bien de la torture. Certaines victimes sont encore traumatisées des années après. L’un des patients ne pouvait pas prendre de douche, et était pris de peur panique lorsqu’il pleuvait. La peur d’être en train de mourir est une expérience terrifiante».

Rappelons que Bush prétend toujours que la mission des Etats-Unis est de promouvoir dans le monde entier la civilisation, la démocratie et les droits de l’Homme.

http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2008/02/06/7857139.html


[Par Debbie Nathan – Counter Punch – 26 février 2008 – Trad. Contre Info]

Un psychiatre ayant eu pour patients d’anciens gardes du camp de détention de Guantanamo, a recueilli les confessions de ces hommes hantés pas leurs actes et les scènes auxquelles ils ont assisté. Aujourd’hui, il a décidé de rompre le silence en rendant publics ces récits de séances de torture et en décrivant l’angoisse qui habite aujourd’hui les anciens tortionnaires.

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1754


[Gregor Seither – IES News Service – 27/02/2008]

Selon une étude réalisée par un ancien responsable informatique de la Maison Blanche, les archives des correspondances électroniques de la Maison Blanche ont été purgées de près de 1 000 jours, soit plus de 1 000 000 de courriels sur une période de 2 ans et demi, couvrant la préparation à l’invasion de l’Irak.

Afin d’échapper aux exigences légales de conservation des documents officiels – et aux enquêtes juridiques éventuelles, les conseillers de George Bush – Karl Rove par exemple – utilisaient des comptes hébergés sur les serveurs du Parti Républicain, qui n’archivait pas les email au delà de 30 jours. Aujourd’hui le Parti Républicain a annoncé qu’il ne comptait pas tenter de restaurer ces archives.

La loi U.S. exige que – pour des raisons d’archivage historique mais aussi dans le cas de recours légaux et de contrôle de l’action présidentielle – toutes les correspondances relatives aux décisions exécutives et à la politique menée par la Maison Blanche soient conservées.

En 2005 la Maison Blanche avait reconnu que les conseillers de la présidence, y compris Karl Rove, Richard Perle et le lobbyiste Grover Norquist, préféraient utiliser les serveurs de courrier électronique du Comité National Républicain (RNC) pour envoyer leurs courriers, précisément parce que les mails transitant par ces serveurs ne tombaient pas sous le coup de la loi d’archivage. De plus, le RNC a une politique de suppression des courriels après 30 jours et ne garde pas d’archives sur bande de ces logs et communications. Cette politique a été changée en 2005 et ne concerne plus les comptes des personnes travaillant à la Maison Blanche.

Comme l’expliquait ironiquement Karl Rove, en référence à une célèbre phrase de Nixon lors du Watergate : « Ici à la Maison Blanche, pour éviter de nous retrouver compromis, nous suivons la règle du  ‘Ne jamais l’écrire si on peut le dire, ne jamais le dire si on peut faire oui de la tête, ne jamais faire oui de la tête si on peut simplement faire un clin d’oeil… ah oui, et jamais, jamais l’écrire dans un courrier électronique‘ ».

Environ 80 conseillers Républicains de la Maison Blanche utilisaient quotidiènnement leurs comptes de courrier électronique pour conduire leurs affaires gouvernementales. Ainsi, selon les enquêteurs, Karl Rove a envoyé plus de 140 000 courriels à des membres du gouvernement des Etats-Unis dans la période 2002 – 2007

Le RNC s’était engagé devant le House Oversight and Government Reform Committee à tenter de restaurer les messages effacés entre 2001 et 2003. Mais hier, son le président du comité Henry A. Waxman (Démocrate-Calif.) a annoncé avoir été informé par le RNC que celui-ci « n’avait pas l’intention de tenter de restaurer les archives courriels manquants des membres de la Maison Blanche. »

« Outre la violation des réglements mis en place pour permettre au législateur de contrôler l’action du président, nous nous retrouvons donc avec un trou énorme dans la chronologie historique et politique, » a déclaré Waxman « C’est d’autant plus regrettable que ce trou couvre la période de préparation à la guerre en Irak »

La Maison Blanche aurait elle quelque chose à cacher sur cette période ?


Comme le disait Condoleeza Rice au milieu des années 1990 : « Nous avons besoin d’un nouvel ennemi pour nous unir ».

L’islam imaginaire : la construction médiatique de l’islamophobie en France

[Thomas Deltombe – Mondialisation.ca – 25 janvier 2008]

« Il ne faut surtout pas partir en guerre contre une religion ni lui donner le sentiment d’être victime d’un ostracisme. Cela étant, tout dépend de l’image que donnera l’islam de lui-même. Si telle ou telle religion a un comportement agressif, il ne faut pas s’étonner que cela suscite des réactions », indiquait au Monde, en juillet 2003, le médiateur de la République Bernard Stasi[1].

Il venait d’être nommé par Jacques Chirac à la tête de la commission de réflexion sur la laïcité qui proposera quelques mois plus tard une loi interdisant les « signes ostensibles » dans les établissements scolaires. Une religion a-t-elle des « sentiments », des « comportements » ?

Donne-t-elle une « image d’elle-même » ? On objectera que M. Stasi veut parler ici des « musulmans » et non de leur religion. C’est pourtant bien ce dernier terme qu’utilise à plusieurs reprises le président de la commission « pour la laïcité dans la République », dans cette interview « relue et amendée » par lui.

Ce glissement sémantique pose problème. Sa banalité plus encore. Si Bernard Stasi avait parlé des « musulmans », la contradiction aurait sans doute été plus apparente : les musulmans donnent-ils une image d’eux-mêmes ? Et comment cette image serait-elle « donnée » ? Pourquoi ramener la diversité évidente des musulmans à une « religion » d’un seul bloc, identifiée de surcroît à un collectif potentiellement dangereux, puisqu’elle serait susceptible de « comportement agressif » ? L’identité des personnes supposées composer ce collectif peut-elle d’ailleurs se réduire à leur qualité de « musulman » ? Et de quels « musulmans » parle-t-on, au juste ?

C’est à ces questions que nous tenterons ici d’apporter des réponses. Nous nous sommes penchés pour cela, pendant de longs mois, sur les discours tenus sur l’« islam de France » – et, au-delà, sur l’« islam » en général – à la télévision française depuis trente ans. Que disait-on dans les années 1970 de ces musulmans de France qui font aujourd’hui presque quotidiennement la une de l’actualité ? Pas grand-chose, en réalité. On commençait certes à parler de l’« islam » dans le monde et des « immigrés » en France, mais l’« islam en France », lui, était totalement absent… Comment, dès lors, cette question de société jadis invisible est-elle devenue aussi spectaculaire ?

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=DEL20080125&articleId=7902


Avant la guerre en Irak, et pour convaincre la population américaine du bien-fondé de sa démarche, George W. Bush s’est livré – sans aucun scrupule – à 935 mensonges tant auprès des parlementaires qu’auprès du monde entier. Rien de moins.

[Cent Papiers blog – 23/01/2008]

C’est ce que révèle Huffington Post* qui s’inspire d’une étude produite par un groupe de journalistes indépendants et le Center for Public Integrity qui ont passé en revue l’ensemble des déclarations présidentielles américaines.

Scott Stanzel, porte-parole de la Maison Blanche s’est refusé à commenter les résultats de l’étude et a rappelé que Saddam Hussein était d’abord un traitre. Selon Stanzel, les déclarations du président se fondaient sur des analyses et des rapports provenant d’agences de sécurité du monde entier.

Les personnalités épinglées par le rapport, outre le président lui-même, sont le Vice-président, Dick Cheney, la conseillère Condoleezza Rice, le secrétaire à la défense Donald H. Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le conseiller Paul Wolfowitz et les secrétaires de presse à la Maison Blanche, Ari Fleischer et Scott McClellan.

Comme l’indique l’étude révélée par Huffington Post : « Bush led with 259 false statements, 231 about weapons of mass destruction in Iraq and 28 about Iraq’s links to al-Qaida, the study found. That was second only to Powell’s 244 false statements about weapons of mass destruction in Iraq and 10 about Iraq and al-Qaida ». Rien de moins.

http://www.huffingtonpost.com/2008/01/22/study-false-statements-p_n_82764.html

Les mensonges de père en fils: voir les vidéos sur le site original:
http://feeds.feedburner.com/~r/centpapiers/~3/221664463/George-W-Bush-denonce-pour-ses-935,2867


Le « bon temps des colonies » n’est « bon » que si on n’y regarde pas de trop près et qu’on pratique la mémoire sélective et le négationisme…

[George Monbiot – The Guardian – 08/01/2008 – Trad. Grégoire Seither]

Quand l’empire britannique organisait la famine et interdisait l’aide aux victimes

Dans son livre, « Late Victorian Holocausts », publié en 2001, Mike Davis raconte les famines des années 1870 qui ont tué entre 12 et 29 millions de personnes en Inde. L’originalité de l’étude de Davis est de démontrer que, loin d’être une fatalité, ces millions de morts sont la cause directe d’une politique de la couronne britannique.

En effet, quand, en 1876, le courant marin El Niño a provoqué une sécheresse suivie d’une famine dans la province de Decca, les réserves de riz et de blé en Inde étaient au plus haut. Mais le Vice-Roi des Indes, Lord Lytton, plutôt que d’utiliser ses réserves pour venir en aide aux populations frappées par la famine, décida, contre l’avis de ses conseillers, d’exporter le blé et le riz vers l’Angleterre. Entre 1877 et 1878, au sommet de la famine, l’Inde a exporté une quantité record de 6,4 millions de bushels de blé.

Quand les organisations caritatives anglaises proposèrent d’envoyer du blé et du riz en aide d’alimentaire d’urgence, les marchands de blé, inquiets que cela pourrait provoquer une baisse du prix du blé et donc réduire leurs bénéfices, obtinrent de la part de l’administration des mesures douanières en vue de « décourager autant que possible l’aide d’urgence aux populations affectées ».

Le parlement britannique fit voter la loi « Anti-contributions charitables » (Anti-Charitable Contributions Act) en 1877 qui interdisait « sous peine de prison, les donations charitables provenant de fondations privées et qui pourraient interférer avec la fixation par le marché des prix céréaliers ». L’unique aide charitable autorisée était le regroupement des populations affamées dans des camps de travail – mais on y refusait l’accès à toute personne trop malnutrie pour avoir la force de travailler. (suite…)


[Justin Raimondo – Behind the Headlines, The Cable-Cutter Mystery», www.antiwar.com , 8 février 2008 – Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org ]

Justin Raimondo est responsable de la publication du site www.antiwar.com . Il est également l’auteur de plusieurs livres et, journaliste, il publie régulièrement des articles dans différents magazines US.

Comme d’habitude les medias à la botte ne font pas leur travail d’investigation, pourtant le sujet provoque un Tsunami d’articles sur le réseau info net alternatif. Alors qu’est ce qui se passe ?


Mystère des Coupures de Câbles Internet – Espions, Mensonges, Conspirations – Qu'y a-t-il Derrière la Panne Internet au Moyen Orient ?De prime abord, j’étais sceptique sur les spéculations concernant deux câbles liant le Moyen Orient à l’internet qui avaient été coupés, mettant en cause une vaste conspiration des néo cons pour isoler la région avant une attaque militaire US contre l’Iran. Cependant, quand deux autres câbles – cette fois dans le Golfe Persique – ont été mystérieusement coupés, j’ai commencé à me poser des questions…

Dans un article intitulé « la coupure de câbles alimente les théories de conspiration », The Register sort de sa position traditionnelle pour se moquer de la perspective d’avoir à faire face à une opération militaire ou le prélude à une telle opération, faisant la fine bouche et disant « qu’il n’y a rien de plus que des soupçons pour alimenter cela, car encore faut-il atteindre les câbles endommagés ». Pourtant, compte tenu du gouvernement auquel nous avons à faire – un régime qui nous a mené à la guerre par le mensonge, et qui essaie de façon peu subtile de nous plonger dans une autre – pourquoi ne serions nous pas soupçonneux ? Il faudrait être fou pour ne pas l’être.

The Economist a pris le relais, dénonçant des « théories de conspiration sur internet » ainsi que tout le brouhaha comme étant une «hystérie en ligne ». Pourtant, on peut s’interroger : 4 câbles coupés la semaine dernière ? Je suis avec Stephan Bellovin, scientifique, professeur d’informatique à l’Université de Colombia qui affirme :

« En tant que personne concernée par la sécurité, je suis paranoïaque, mais je ne comprends pas le modèle de menace à laquelle on a affaire ici. D’un autre côté, 4 incidents « accidentaux » en une semaine c’est aussi difficile à avaler. Espérons qu’il y aura une enquête rapprochée publique portant sur les parties défectueuses de ces câbles. »

D’abord on a supposé que c’était l’ancre d’un bateau qui avait provoqué le dommage, et puis les Egyptiens ont dit qu’il n’y avait pas de bateau dans les parages, qu’ils contrôlent régulièrement : de plus, la totalité de cette zone prés d’Alexandrie est hors limite pour la navigation. Une autre raison de suspecter un acte délibéré : cette région politiquement sensible est un nœud central d’internet comme l’a fait remarqué ABC News. « La route qui connecte l’Europe à l’Egypte, et de là au Moyen Orient « est fragile :

« Actuellement, il n’y a que trois câbles transportant des données allant de l’Italie à l’Egypte et descendant le Canal de Suez, et de là couvrant la plupart du Moyen Orient. (Une ligne séparée connecte l’Italie à Israël). Une coupure sérieuse sur l’une de ces lignes a des répercussions immédiates sur toute la région, et une double coupure est handicapante. »

Pourtant les théories qui affirment que l’incident préfigure une attaque US contre l’Iran ne collent pas avecles faits ; l’Iran, loin d’avoir été isolée à cause des coupures, a probablement bénéficié d’une meilleure connection, résultat des évènements. Les zones les plus touchées ont été le Koweït, l’Egypte, et spécialement le Pakistan – ce dernier ayant plus de chance d’être la cible d’un isolement que l’Iran, ceci certainement étant plus d’actualité.

Une autre théorie, de loin la plus plausible, c’est que les coupures qui semblent avoir été coordonnées sont le résultat d’efforts pour mettre sur écoutes le trafic des câbles – une opération d’espionnage. Lire un article à ce sujet (suite…)


Manifestant U.S. - “I’m a Muslim”

 Traduction du panneau :

« Je suis un musulman,
Tue moi et dis que c’est un DOMMAGE COLLATÉRAL,
Jette moi en prison et dis que c’est une MESURE DE SÉCURITÉ,
Exile mes congénères en masse et appelle cela le NOUVEAU MOYEN-ORIENT,
Vole mes ressources, envahis mon pays, impose moi tes chefs et appelle cela de la DEMOCRATIE »

 


[Atlas Alternatif – 09/02/2008]

Il était question récemment que Paddy Ashdown, ex-chef du parti Libéral démocrate britannique et Haut représentant de l’Onu (c’est-à-dire proconsul occidental) en Bosnie-Herzégovine de 2002 à 2005, soit nommé à Kaboul comme représentant des Nations Unies, de l’Union européenne et de l’Otan, un poste que Bernard Estrade sur geopolitique.com qualifie de poste de « vice-roi » pour encadrer le président afghan Hamid Karzaï. Celui-ci s’est opposé à cette nomination au dernier sommet de Davos. Les relations entre Karzai et ses parrains occidentaux ne sont pas au beau fixe en ce moment et les accrochages sont fréquents ( http://www.geopolitique.com/editorial/les-strategies-pour-l-afghanistan-prennent-des-airs-de-farce.html)

Il est vrai que, sur le terrain, la guerre afghane ne tourne pas à l’avantage des « forces de la coalition ». La coordination des armées laisse à désirer : les troupes commando contrarient parfois directement les efforts de pacification des forces sous mandat international qui ne sont pas toujours informées de leurs mouvements, les militaires britanniques se plaignent de la brutalité des opérations des Américains qui, à leur tour, reprochaient aux premiers de fournir des armes à la population locale sous prétexte de créer une milice.

Excédé, Stephen Harper, le premier ministre du Canada, vient d’annoncer que, à moins que l’Otan n’envoie des renforts en hommes et en matériels, il retirerait de la région de Kandahar, les 2500 soldats canadiens qui y sont déployés (http://www.news.com.au/story/0,23599,23168047-23109,00.html).

Selon une enquête du Congressional Research Service de 2006 la guerre d’Afghanistan avait coûté aux Etats-Unis 97 milliards de dollars depuis 2001 (contre, il est vrai 379 pour la guerre d’Irak) – http://www.boston.com/news/world/articles/2006/09/28/cost_of_iraq_war_nearly_2b_a_week/?page=2. On comprend d’ailleurs avec cela pourquoi le budget militaire états-unien explose une nouvelle fois cette année – 515,4 milliards de dollars (http://blog.wired.com/defense/2008/02/annual-pentagon.html)

Des chiffres à rapprocher de la remarque de Wim de Ceukelaire et Bert de Belder  dans l’Atlas alternatif : Sauver 8 millions de personnes dans le monde (dont 6 millions d’enfants) de maladies aisément évitables et guérissables ne coûterait pas plus de 35 milliards de dollars.

http://atlasalternatif.over-blog.com/article-16441471.html 


Glané sur le blog pas inintéressant (mais trop bavard pour être honnète) « Journal de la guerre qui vient »… voici un commentaire de pentagonien qui confirme que certains militaires ont lu Greg Palast… et que « l’obsession romaine » est toujours aussi ancrée dans l’establishment militaro-politique étatsunien.

[Journal de la guerre qui vient – 02/10/2007]

[le major] Stuart est bouffé de l’intérieur par ce qui se passe en Irak. Pour en avoir souvent discuté avec lui, il s’était opposé à l’invasion de 2003 essentiellement pour des raisons d’efficacité : il partageait l’avis du général Eric Shinseki qui avait dit qu’il fallait plusieurs centaines de milliers d’hommes pour gérer l’occupation – et qui s’était fait débarquer pour avoir donné son avis (juste) de professionnel. Stuart – comme nous tous, à Langley – s’était étranglé de rage quand il avait appris la dissolution du parti Baath et de l’armée iraquienne – ce qui donna du jour au lendemain la structure et la chair à la rébellion naissante. Après tout, en 1945, nous avions été bien moins sourcilleux avec les cadres du régime nazi…

Enfin, Stuart avait toujours considéré comme une erreur majeure le renvoi du premier proconsul américain  en Irak, le général Jay Garner qui souhaitait tenir le plus rapidement possible des élections et voulait que la reconstruction se fasse à l’ancienne, via un gouvernement central et le corps US des ingénieurs – et non en utilisant une

« …flopée de sous-contractants au nom du dogme du marché libre ! Le résultat, on l’a vu, Julia. Les copains de Schultz et Cheney qui s’en sont mis plein les poches en laissant crever ce pays. La gabegie sans nom. La folie criminelle des mercenaires de Blackwater – un autre scandale ignoble qui va s’ajouter a celui d’Abu Ghraib. Et bientôt quatre mille de nos soldats tombés dans ce merdier – et combien de dizaines de milliers, de centaines de milliers d’iraquiens ? » 

Tout a été fait de travers. Et maintenant nous approchons du dernier acte. Junior se refuse à trouver une solution militaire – sans la conscription de masse qui ne sera de toute façon jamais proposée, il n’y en a probablement pas. Il y a peut être aussi la solution du fédéralisme de Bidden et Gelb – et derrière le partage du pétrole… mais il faudrait quand même que la guerre civile soit contrôlée par les grandes forces en présence. Est-ce seulement le cas ?…

L’idée fait cependant son chemin – l’Irak finira comme la Bosnie, en trois blocs kurdes, sunnites et chiites, ce qu’elle est presque déjà en réalité. Mais ca, c’est le point d’arrivée. Entre temps, le sang va continuer à couler – et Junior continuer à attendre en pensant probablement refiler le bébé à son successeur en 2009. Le New York Times a dénoncé l’imposture. Le congrès a décidé d’arrêter d’avaler les couleuvres servies par la Maison Blanche. Au dernier vote au Sénat, 51 voix sur 100 se sont prononcées pour un retrait. Il en faudrait 60. Mais c’est déjà un début. Derrière, c’est l’ensemble des relations de confiance entre l’Armée et les représentants du Peuple qui sont en train de se jouer. Nous sommes de retour au Vietnam. L’Armee, la Maison blanche et le Congrès – il n’y a plus personne que l’on puisse croire. Il manquerait plus qu’une récession l’année prochaine pour achever la décennie. Cela y suffira t-il ? Le mal semble plus profond. 

« … Le problème de l’Irak, Julia, ce n’est même plus l’Irak. C’est nous. Mars 2003 marque le point le plus extrême de progression de l’Empire – et le moment à partir duquel tout va commencer à s’effondrer. C’est Alexandre au passage du Gange. C’est Rome sous Trajan, le point d’expansion maximal, au moment même ou éclate la grande rébellion des Parthes et ou Babylone se soulève. Après, plus rien ne sera jamais comme avant. Seulement, quand les barbares venues d’Orient et d’Asie Centrale auront assujettis l’Occident – tu les verras à nouveau, les beaux esprits, pleurer cette fois la grandeur passée de Rome et espérer une nouvelle Renaissance. » 

Je laisse Stuart à ses digressions. Il est amer. Je le comprends. Mais il n’a pas tout à fait tort. Le fiasco iraquien est un problème pour tout le monde, pas que pour les Américains. Car c’est parce qu’il y a le bourbier irakien que l’Iran s’autorise à enrichir son uranium à la barbe de tout le monde. Si nous voulons une solution collective au problème iranien, nous devrons également réfléchir à une solution collective au problème irakien. La venue au pouvoir des Démocrates dans un an doit etre pour les partenaires de l’OTAN l’occasion à saisir. Pour les Europeens, le temps des responsabilites arrive.


[Ayad Singh – IES News Service – 02/02/2008 – Trad. Grégoire Seither]

On ne peut pas dire que, dans l’Armée U.S., on encourage les contacts physiques étroits entre hommes. Salutation, éventuellement serrage de main… mais pas au delà. Les grandes embrassades viriles auxquelles nous ont habitué les foutballeurs n’ont pas vraiment cours… enfin… jusqu’à la guerre en Irak. Au Pentagone on voit soudain les soldats et les officiers se serrer mutuellement dans leurs bras….

« Lors de mon premier passage au Pentagone, de 2002 à 2004, je n’ai jamais vu cela,  » explique le Lt. Col. Bob Bateman. « Si les embrassades viriles avaient finies par devenir assez courantes dans la société civile – inspirées je pense par les sportifs, les rappeurs et les films de gangsters des années 1980-1990 – à l’armée on cultivait encore jusqu’à peu une forme de retenue corporelle qui faisait fortement penser à la culture homophobe des années 1950. Il y a d’ailleurs beaucoup de choses dans la ‘culture interne’ de l’armée qui n’a pas évolué depuis Eisenhower, le code de comportement et vestimentaire est quasiment inchangé depuis 1950, c’est à dire depuis l’adolescence des hauts-gradés d’aujourd’hui. »

« Comment alors expliquer ce soudain changement de comportement au Pentagone ? Qu’est ce qui a déclenché un pareil bond culturel ? . . . Je pense que la guerre a joué un rôle… mais j’ai surtout noté un certain nombre de règles encadrant ces « embrassades » – pour autant que je puisse juger à partir de ce que j’ai vu récemment :

  • Règle #1: Une embrassade virile n’est autorisée qu’entre deux hommes qui ne se sont pas vus depuis au moins un an. Elle n’a lieu que lors des premières retrouvailles entre ces deux hommes.
  • Règle #2: L’embrassade virile n’a lieu que si, au cours de cette période où les deux hommes ne se sont pas vus, au moins l’un des deux à été en service commandé en Irak ou en Afghanistan. Aucun des deux n’y est mort ou y a été grièvement blessé. Mais chacun connait des gens dans son proche entourage qui sont restés sur le carreau « là-bas ».
  • Règle #3: L’embrassade se fait toujours en combinaison avec une poignée de main prise sur l’avant bras. On ne la fait pas durer. On tient l’avant bras de l’autre avec sa main, on passe le bras gauche par dessus l’épaule de l’autre, on le laisse venir à soir, on lui donne deux ou trois coups de poing dans le dos… et c’est fini, on relâche tout, on fait un pas en arrière pour signifier la fin du contact physique. Le geste n’exprime pas une quelconque affection, il dit simplement :  ‘Je suis content que tu ne sois pas mort.' »

[Gregor Seither – IES News Service – 02/02/2008]
Près de la moitié des diplomates et membres de l’administration refusant d’aller travailler en Irak affirment qu’une des raisons de leur refus est leur complet désaccord avec la politique de l’Administration Bush dans la région, si l’on en croit un sondage publié le 08 janvier dernier par l’American Foreign Service Association, le principal « syndicat » dans la fonction diplomatique U.S..

Les craintes pour la sécurité et la séparation familiale sont parmi les principales raisons citées pour ne pas vouloir aller servir en Irak, mais 48 % des fonctionnaires interrogés ont déclaré que leur refus était également motivé par leur « désaccord » avec les politiques de la Maison Blanche en Irak et dans la région en général .

En outre, 70% des membres du corps diplomatique U.S. rejette catégoriquement l’idée de mutations forcées en Irak, une décision qui avait causé une tempète d’opinon quand le Département d’Etat l’avait annoncée l’an dernier. L’Administration U.S. a de plus en plus de mal à mobiliser les membres de son corps diplomatique pour aller travailler dans la région, la plus grande mobilisation diplomatique dans une zone de conflits depuis la guerre du Vietnam. Condoleeza Rice avait menaçé de licenciement les fonctionnaires qui refuseraient leur tour de service en Irak ou en Afghanistan.

Ce sondage indique que le Département d’Etat pourrait être confronté à une révolte bien plus importante que l’on ne le croyait de la part de ses fonctionnaires à propos de l’Irak – un mécontentement qui pourrait mettre en péril sa capacité à assurer certaines missions diplomatiques dans des « points chauds » comme l’Irak, l’Afghanistan et autres postes dangereux dans des zones jugées vitales pour les intérêts diplomatiques U.S.

http://news.yahoo.com/s/ap/20080108/ap_on_go_ca_st_pe/us_diplomacy_iraq;_ylt=AuvvdlleiWUy.AyrBlBhVrWs0NUE


[Huffington Post – 21/01/2008 – Trad. Dominique Larchey-Wendling pour Contre Info]

« D’après des sources au sein de services de renseignement à Washington, le Vice Président a recommencé à exhorter Bush à agir contre l’Iran avant la fin de sa présidence. » Philip Giraldi.

Après la publication du rapport NIE 2007 des services de renseignements américains sur l’Iran qui affirme que Téhéran a arrêté son programme nucléaire depuis 2003, contredisant toutes les affirmations de plus en plus alarmistes de l’administration Bush, le monde entier a poussé un soupir de soulagement. L’Amérique ne se lancerait finalement pas dans une troisième guerre au Moyen Orient, avec tous les risques d’extension incontrôlable pouvant déboucher sur un embrasement généralisé.

Curieusement, ce n’est semble-t-il pas l’affirmation de l’arrêt du programme nucléaire militaire iranien qui a soulagé les chancelleries.

Philip Giraldi, un ancien agent de la CIA, qui s’est déjà distingué en 2005 pour avoir révélé les plans de Cheney de préparation d’une attaque nucléaire contre l’Iran, analyse l’évolution récente des discours et de Bush et dépeint une situation bien plus inquiétante.

Loin de l’avoir dissuadé d’attaquer l’Iran, le rapport NIE 2007 a surtout vexé Bush et l’a conforté dans ses certitudes guerrières. A en lire cet extrait d’un article du Monde, les va-t-guerre américains ont malheureusement aussi leurs relais en France : « La diplomatie piétine aussi parce que, ces dernières semaines, l’administration Bush, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, se sont consacrés à réparer les dégâts causés par le rapport des agences de renseignement américaines, publié le 3 décembre 2007. »

Dominique Larchey-Wendling

Le retour de Dick Cheney

par Philip Giraldi, Huffington Post, 21 janvier 2008

Il y a là une forme d’ironie toute particulière : les rencontres qui sont ostensiblement dédiées à la cause de la paix sont fréquemment utilisées pour préparer la guerre. La visite que le président George W. Bush vient de terminer au Moyen Orient en est un exemple précis. L’objectif affiché de pousser les Palestiniens et les Israéliens à faire la paix a rapidement été dilué dans un agenda plus vaste de confrontation avec l’Iran devenant le point d’orgue des rencontres avec les amis Arabes de l’Amérique lors des étapes en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes qui ont suivit les trois jours passés en Israël. L’agenda de Bush visait les alliés présumés de l’Iran dans la région, tout particulièrement la Syrie, le Hezbollah et le Hamas ; ils ont tous été critiqués pendant et après cette tournée.

Depuis son retour à Washington, les attaques verbales contre l’Iran et la dénonciation de ses prétendues « ingérences » dans le golfe Persique ont continué de plus belle. La révélation de nombreux aspects de « l’incident du détroit d’Ormuz » du 6 janvier qui montrent qu’il s’agissait d’une histoire largement fabriquée par le Pentagone n’a pas diminué la fureur contre Téhéran de l’administration et des candidats à la présidence du parti républicain, l’un d’entre eux ayant même suggéré que si les iraniens s’étaient approché un peu plus des navires US, il les aurait envoyé directement au paradis comme martyrs afin qu’ils puissent essayer les vierges qui leur ont été promises.

Certaines de mes sources à Washington pensent que lorsqu’il était en Israël, Bush a donné son feu vert au premier ministre Ehud Olmert et à l’autorité Palestinienne pour attaquer et détruire le Hamas dans la bande de Gaza, en utilisant tous les moyens nécessaires. Israël n’avait guère besoin d’encouragement et a seulement été restreinte dans son action parce qu’il craignait qu’un nombre important de victimes civiles ne vienne ternir son image publique. En outre, Mahmoud Abbas, le président de l’autorité Palestinienne, était lui aussi heureux de pouvoir se débarrasser du Hamas, d’autant plus qu’il était parfaitement conscient d’être dans l’incapacité de résoudre ce problème avec ses propres moyens. Il en résulte une série de frappes aériennes israéliennes majeures sur Gaza qui ont tué vingt sept palestiniens dans les dix derniers jours ; bon nombre d’entre eux étaient des civils. En novembre, après la conférence de paix d’Annapolis, il y eut également une escalade similaire pendant laquelle trente deux palestiniens ont été tués par les israéliens. Aucun signe ne montre que l’accumulation des cadavres n’ait affaibli le Hamas d’une quelconque manière.

La suite…. (suite…)


Banqueroute américaine (I/II)

[Chalmers Johnson, Tom Dispatch, 22 janvier 2008 – Trad. Contre-Info]
« Les néoconservateurs de la Maison Blanche et du Pentagone ont surestimé leur intelligence. Ils ont même échoué à résoudre le problème du financement de leurs guerres impérialistes et de domination mondiale. » L’historien Chalmers Johnson analyse les dépenses faramineuses consacrées par les USA aux guerres et aux budgets militaires. Pour lui, ce monstrueux « keynésianisme militaire » va conduire le pays à sa ruine.

Les militaires aventuriers de l’administration Bush ont beaucoup choses en commun avec les dirigeants de la défunte société Enron. Les uns commes les autres pensaient qu’ils étaient les « gars les plus fûtés du voisinage » [1]. Mais les néoconservateurs de la Maison Blanche et du Pentagone ont surestimé leur intelligence. Ils ont même échoué à résoudre le problème du financement de leurs guerres impérialistes et de domination mondiale.

De fait, en cette année 2008, les États-Unis se trouvent dans la situation extraordinaire de ne pas être en mesure de financer leur niveau de vie ou celui d’une institution militaire bien trop démesurée et dispendieuse. Le gouvernement ne cherche même plus à réduire les dépenses ruineuses consacrées à l’entretien de ses énormes armées permanentes, au remplacement des équipements que sept années de guerre ont détruits ou usés, ou bien encore à préparer une guerre des étoiles contre des adversaires inconnus.

Au lieu de cela, l’administration Bush compte sur les générations futures pour payer la note – ou la refuser. Cette totale irresponsabilité fiscale a été masquée par de nombreuses techniques de manipulatoires financières (comme par exemple celle qui consiste à nous faire prêter par les pays les plus pauvres des sommes d’argent sans précédent), mais l’heure de vérité approche rapidement.

Cette crise de la dette se présente sous trois aspects. Premièrement, durant l’exercice en cours (2008), nous dépensons des sommes folles sur des projets de « défense » qui n’ont aucun lien avec la sécurité nationale des Etats-Unis. En même temps, nous maintenons le taux d’imposition des couches les plus riches de la population américaine à des niveaux extrêmement bas.

Deuxièmement, nous continuons de croire que nous pouvons compenser l’érosion accélérée de notre base industrielle et la pertes de nos emplois en faveur de pays étrangers par le biais de dépenses militaires massives – ce que l‘on appelle le « keynésianisme militaire », que je discute en détail dans mon livre « Nemesis : The Last Days of the American Republic. » Par keynésianisme militaire, je veux parler de cette croyance erronée selon laquelle des politiques publiques axées sur des guerres fréquentes, d’énormes dépenses d’armement et de munitions, et de grandes armées permanentes peuvent soutenir indéfiniment une économie capitaliste prospère. En fait c’est l’inverse qui est vrai.

Troisièmement, dans notre dévotion au militarisme (malgré nos ressources limitées), nous ne parvenons pas à investir dans notre infrastructure sociale et dans ce que requiert la santé à long terme de notre pays. C’est ce que les économistes appellent des « coûts d’opportunité », des choses non faites parce que nous avons dépensé notre argent dans autre chose. Notre système d’éducation publique s’est détérioré de façon alarmante. Nous n’avons pas réussi à fournir des soins de santé à tous nos citoyens et négligeons nos responsabilités en tant que pollueur mondial numéro un. Plus important encore, nous avons perdu notre compétitivité en tant que fabricant de biens à destination de la société civile – une activité pourtant infiniment plus efficace quant à l’utilisation de ressources limitées que la fabrication d’armes. Permettez-moi de discuter de chacun d’eux. (suite…)


[Christian Salmon – Le Monde – 25.01.08 ]
Les amateurs parlent de stratégie, affirme un ancien adage militaire, les professionnels parlent de logistique. » Si l’on en croit un expert militaire du département d’Etat américain, c’est de moins en moins vrai : si les amateurs parlent toujours de stratégie, les vrais professionnels, eux, parlent de plus en plus… d’anthropologie ! Une discipline plus utile, selon lui, pour comprendre « la grammaire et la logique des guerres tribales que l’enseignement de Clausewitz ».

Dans un article intitulé « Clausewitz au pays des merveilles », Tony Corn, qui est membre du centre Hoover, un think tank républicain qui conseille George Bush, observe que l’irruption d’une centaine de chaînes de télévision arabes a conduit les analystes à s’interroger sur la pertinence de la doctrine stratégique de Clausewitz à l’âge d’Al-Jazira.

Dans les années 1960, la télévision a transformé des guérilleros comme Arafat, Castro ou Guevara en icônes médiatiques. Depuis cette date, le rôle des médias n’a cessé de croître dans les conflits. Si la révolution islamiste en Iran utilisait encore les cassettes audio pour diffuser son message, « la médiasphère est devenue, dans les années 1980 (Intifada) et 1990 (Balkans), le principal champ de bataille ». Son enjeu est désormais « la conquête des coeurs et des esprits ». Et, dans cette nouvelle donne stratégique, insiste Tony Corn, « les amateurs parlent de « message », alors que les professionnels parlent de « récits » »

Dans un article intitulé « Storytelling et terrorisme », deux autres experts affirment que la guerre contre le terrorisme doit prendre en compte « les histoires que les terroristes racontent ». Publié en mars 2005 sur le site du Center for Contemporary Conflict, l’article fait référence à des auteurs dont la présence paraît insolite sur un site d’analyses stratégiques : Aristote et Platon y figurent aux côtés de théoriciens de la littérature, de chercheurs en neurosciences, de sociologues. On y trouve les noms du linguiste George Lakoff, du sociologue Benjamin Barber et même celui du grand écrivain polonais Ryszard Kapuscinski ; une bibliographie qui dessine en creux le portrait intellectuel des nouveaux Clausewitz de la guerre médiatique : non plus des logisticiens, mais des experts en « narratologie ».

Selon ces deux auteurs, « la naissance, la maturation et la transformation des organisations terroristes reposent sur des récits qu’il faut décoder si l’on veut définir une stratégie visant à ruiner leur efficacité ». Déconstruire le mythe fondateur d’Al-Qaida suppose que l’on soit capable de proposer un « mythe alternatif, une meilleure histoire que celle que proposent les mangeurs de mythes ». Une analyse qui confirme un diagnostic établi dès 2001 par l’écrivain américain Don Delillo : « Aujourd’hui, le monde du récit appartient aux terroristes. »

Selon Tony Corn, « la communication militaire a un retard de trente ans sur la communication politique ». La Maison Blanche a compris depuis Clinton l’importance de la mise en scène du scénario présidentiel (stagecraft) considéré comme un substitut et non comme un simple complément de l’action gouvernementale (statecraft). « Sur la scène mondiale, les Etats-Unis sont engagés depuis la fin de la menace soviétique dans une campagne permanente, et c’est encore plus vrai maintenant que nous sommes entrés dans la « longue guerre » (long war), au cours de laquelle le souvenir du 11 septembre 2001 commencera inévitablement à s’effacer à l’étranger, et que les Etats-Unis apparaîtront inévitablement (car la politique est perception à l’étranger aussi) comme le principal obstacle à la paix dans le monde. Dans la bataille à venir, la diplomatie publique continuera à aller nulle part aussi longtemps qu’elle s’en tiendra à un message au lieu d’enchaîner un récit. »

Une leçon que semble avoir fait sienne le ministre français des affaires étrangères, qui affirmait récemment : « Nous devons repartir à la conquête de la narration du monde », mais que ne partagent pas tous les analystes militaires. Sam Gardiner, un des meilleurs experts en simulation stratégique, a récemment dénoncé le rôle néfaste des « storytellers politiques » dans la présentation de l’engagement anglo-américain en Irak.

Gardiner a affirmé, en septembre 2007, que les scénarios quotidiens préparés au centre d’information de la Maison Blanche étaient alimentés par Alastair Campbell, consultant de Tony Blair, et auteur du désormais fameux rapport sur les armes de destruction massive en Irak.

Dès le mois de novembre 2001, révéla Sam Gardiner, « l’orchestration de la campagne en faveur des femmes afghanes témoignait de similitudes frappantes dans le timing et les scénarios utilisés à Londres et à Washington ». Ainsi, le 17 novembre 2001, Laura Bush avait affirmé : « Seuls les terroristes et les talibans menacent d’arracher les ongles des femmes qui portent du vernis à ongles. » Une déclaration reprise trois jours plus tard, presque mot pour mot, par Cherry Blair.

Recensant pas moins d’une cinquantaine d’histoires, dont celle du sauvetage rocambolesque de Jessica Lynch, il affirmait : « Jamais on n’avait inventé autant d’histoires pour vendre une guerre. Lorsque nous devrons nous retirer d’Irak, le traumatisme sera plus grand encore que pour le Vietnam. Les hommes politiques se heurteront à une opinion qui refusera de les croire, même s’ils disent la vérité », une conséquence, selon lui, du champ libre laissé aux « storytellers ».

Christian Salmon est membre du Centre de recherches sur les arts et le langage (CNRS).

http://abonnes.lemonde.fr/archives/article/2008/01/25/clausewitz-au-pays-des-merveilles-par-christian-salmon_1003697_0.html


[Gregoire Seither – IES News Service – 20/01/2008]

La bombe médiatique publiée par Sibel Edmonds dans le Sunday Times d’il y a 15 jours a été soigneusement ignorée par la presse occidentale et surtout U.S. Cette auto-censure de la presse semble lentement s’effriter. Plusieurs stations de radio aux Etats-unis ont repris les informations données par Mme Edmonds et l’ont interviewée par téléphone. En Grande-Bretagne, c’est le très sérieux London Times, dans son édition du jour qui titre sur « Le vol des secrets nucléaires »

Et dans la foulée, il nous révèle une information nouvelle (voir en fin d’article) :

« Le FBI a été accusé d’avoir étouffé un dossier clé apportant des preuves détaillées d’un cas de corruption à un très haut niveau du gouvernement des Etats-unis en relation avec un réseau d’espionage de secrets nucléaires à destination du Pakistan et de l’Iran.

Ces accusations ont été faites à la suite de la publication, le 6 janvier dernier, dans le journal « The Sunday Times » d’un article sur Sibel Edmonds, une dénonciatrice du FBI qui a travaillé pour l’agence lors de l’enquête sur ce réseau.

Edmonds, qui a aujourd’hui 37 ans, est une ancienne traductrice de Turc qui a écouté et traduit des centaines de conversations sensibles interceptées par le services secrets U.S., lors de son travail au centre d’enquêtes du FBI, à Washington. (…)

L’un des documents cités par Mme Edmonds, porte la côte 203A-WF-210023. Mais la semaine dernière, dans une réponse à une demande de communication de ce document au titre du « Freedom of information act », le FBI a répondu qu’il n’existait aucun document portant cette côte. Cette affirmation s’est avérée fausse quand la rédaction du « Sunday Times » a pu obtenir un document signé d’un directeur du FBI et qui confirme l’existence de ce document. (…)

La demande de communication de ce document, dans le cadre de la loi sur l’accès des citoyens aux documents administratifs (FOIA) n’a pas été déposée par Mme Edmonds mais par un groupe étatsunien de défense des droits de l’homme, la « Liberty Coalition », sur la base d’une information reçue d’un correspondant anonyme.

La lettre du FBI donne un certain nombre d’indications sur le contenu de ce dossier, indications qui confirment les révélations faites par Mme Edmonds. Selon elle des membres de la communauté diplomate turque aux Etats-unis ont mis en place un réseau de collecte d’informations sensibles sur l’industrie nucléaire. L’implication de la Turquie n’était d’ailleurs qu’un paravent, les vrais commanditaires étaient les militaires pakistanais et les services secrets de ce pays, l’ISI, Inter-Services Intelligence. Mme Edmonds affirme que des haut fonctionnaires corrompus ont apporté leur assistance au résau, utilisant des organisations culturelles et économiques, comme le American-Turkish Council (ATC) comme points de relais. » (…)

Parmi les accusations proférées par Mme Edmonds, il y a notamment le fait qu’un haut fonctionnaire de la Maison Blanche aurait fourni au réseau d’espionnage des informations sur l’enquête de la CIA, l’avisant de ne pas approcher la société Brewster Jennings étant donné que celle-ci était une société écran pour la CIA dans son enquête sur le trafic de matières nucléaires.

Cette trahison de la part du haut fonctionnaire en question est survenue deux ans avant que la société Brewster Jennings soit révélée au grand jour, quand, suite à une fuite orchestrée, l’une de ses employés, Valerie Plame, fut « grillée » par la presse comme étant une agente de la CIA.

Mme Plame est l’épouse d’un diplomate, Joseph Wilson qui avait mis dans l’embarras l’Administration Bush lors de la préparation de l’invasion de l’Irak en démontrant que certains éléments présentés par la Maison Blanche pour prouver que Saddam Hussein cherchait à se doter de l’arme nucléaire étaient faux et avaient été fabriqués par les conseillers du Président Bush. Il fut donc soupçonné qu’elle avait été grillée par vengeance contre son mari. L’affaire devint une cause célèbre aux U.S. avant d’aboutir à la condamnation, en 2007, de Lewis Libby, « spin doctor » et proche conseiller du Président Bush. »

Tout come le « Sunday Times », le « London Times » ne nomme pas le haut fonctionnaire, alors que de très nombreux analystes de l’affaire ont présenté des preuves, depuis 2004, qu’il s’agit en fait de Marc Grossman.

Si les affirmations de Sibel Edmonds sont vraies, alors non seulement la couverture de Mme Wilson a été « grillée » par l’Administration Bush mais , deux ans auparavant, l’intégralité de l’opération d’infiltration du marché noir nucléaire par la CIA a été « grillée » par un haut fonctionnaire de l’Administration U.S.

Il n’est pas anodin de mentionner que Marc Grossman, travaillant pour l’Administration Clinton, savait pertinement que les informations qu’il vendait aux Turcs étaient en fait destinés au Docteur Folamour pakistanais, le Professeur A.Q. Khan, qui a exporté la technologie nucléaire militaire vers l’Iran et la Corée du Nord.

Mais, à l’époque, à la Maison Blanche des Clinton, on était très ami avec le Pakistan… il n’est donc pas impossible qu’il y ait eu des consignes de tout faire pour empécher la CIA d’aller mettre son nez dans les petits traffics du Docteur Khan et de son parrain politique, le Général Pervez Musharraf.

A noter également que, en 2005, l’ancien conseiller pour la sécurité nationale du Président Bill Clinton, a été condamné pour avoir fait disparaître un certain nombre de documents classifiés des Archives Nationales, afin de les soustraire à la commission d’enquête sur le 11 septembre. Parmi les documents « emportés par mégarde », il y aurait notamment un dossier (jamais retrouvé) sur les amitiés particulières des Clinton au Pakistan…

L’affaire Sibel-Edmonds est loin d’avoir encore révélé tous ses secrets.


Souvenez vous, lors la préparation à l’attaque de l’Irak, les médias avaient repris la propagande qui voulait nous faire croire que les SCUD de Saddam pouvaient frapper Marseille avec des armes ABC « déployables en 45 minutes »…

Aujourd’hui, pour vendre son système anti-missile en Europe et au Moyen-Orient, Obering nous raconte les mêmes salades…

[Gregor Seither – IES News Service – 20/01/2008]
Mercredi dernier, lors d’une réunion au Ministère des affaires étrangères tchèque, le directeur de l’Agence de défense antimissiles des Etats-Unis (MDA), le Lt. Gen. Henry Obering, a mis en garde les Européens sceptiques à propos du projet de défense anti-missile mis en place par l’administration Bush : « L’Iran, a t’il déclaré, est entrain d’accélérer son programme de développement de missiles« .

Obering a affirmé que l’Iran était le troisième pays le plus actif dans les tirs d’essais de missiles l’année dernière, après la Russie et la Chine.

« Ils développent les portées de missiles qui vont bien au-delà de ce dont ils auraient besoin dans un combat régional, par exemple, avec Israël, » a dit Obering.

« Pourquoi développent-ils des missiles aujourd’hui qui … pourraient atteindre l’Europe dans quelques années ? » a-t-il demandé.

L’Iran a récemment annoncé la mise en service d’un nouveau missile, – Ashoura – dont la portée est de 2 000 Km, ce qui le rend capable de frapper des cibles en Israël ainsi que des bases U.S. au Moyen-Orient.

Obering en a rajouté une couche en précisant « L’Iran a par ailleurs déclaré que, une fois atteint ce rayon d’action, la technologie pour aller plus loin est relativement facile à mettre en oeuvre« .

La presse occidentale s’est fait l’écho de ces déclarations et, comme souvent, n’a pas pris la peine de les regarder d’un peu plus près.

  • 1) Des portées de missiles qui vont bien au-delà de ce dont ils auraient besoin : Si on utilise cet argument vis à vis de l’Iran, il faut poser la même question aux autres pays qui répondent au même critère. Pourquoi est ce que Israël a besoin d’un missile ballistique d’une portée de 3 000 Km ? Pourquoi est ce que l’Arabie Saoudite a acheté des missiles longue portée à la Chine ? Pourquoi est-ce que le Pakistan est entrain de développer un missile balistique qui aurait la portée nécessaire pour frapper Tel-Aviv alors qu’il dispose déjà d’une gamme de missiles qui lui permet de frapper l’Inde et au-delà jusqu’à Dubaï ?
    .
    Si le fait de développer des missiles qui vont au-delà de votre théâtre régional est considéré comme une menace par les Etats-Unis, pourquoi ne disent-ils rien à leurs alliés qui font exactement cela ? La doctrine militaire veut qu’une armée ne se prépare pas seulement à affronter les menaces actuelles mais aussi à prévoir les menaces possibles à l’avenir, aussi peu probable soient elle. Mais le Pentagone applique encore une fois les deux-poids/deux mesures.
    .
  • 2) L’Iran est le troisième pays le plus actif dans les tirs d’essais de missiles : Cette affirmation est possible mais invérifiable étant donné que le Pentagone ne publie pas les informations obtenues sur les tirs d’essai d’autres pays. Mais ce n’est pas parce que l’Iran serait en troisième place que cela signifierait pour autant qu’ils ont accéléré leur programme balistique.
    .

    Selon JANE’S, au cours de l’année 2006, il y a eu 51 tirs d’essai balistiques avérés : 33 pour la Russie, 5 pour l’Europe, 6 pour le Japon, 6 pour la Chine et 1 pour l’Inde. A ce chiffre il faut ajouter les 25 tirs annoncés : Russie 9, Corée du Nord 7, Inde 3, Pakistan 3, Iran 2, Chine 1 et France 1… et enfin l’affirmation par l’agence de presse iranienne d’un test qui aurait inclus des « douzaines » de missiles, mais aucun expert ballistique ne prend cette affirmation au sérieux. Quand on est soumis à une surveillance étroite comme l’est l’Iran, on ne peut pas tester des « douzaines » des missiles sans que quiconque s’en apercoive..
    Par contre, la semaine dernière, Israël a testé un nouveau missile ballistique à grande porté. Tant Israël que l’Inde ont, dans ces six derniers mois, testé des systèmes de missiles anti-ballistiques, alors que l’Iran n’a – a priori – jamais testé ce genre de technologie. Lequel des deux est le plus susceptible de lancer une frappe, celui qui n’a pas de système anti-missile en place ou bien celui qui en en un ?
    .

  • 3) « Une fois atteint ce rayon d’action, la technologie pour aller plus loin est relativement facile à mettre en oeuvre. » – C’est toujours le même problème quand on a une idée derrière la tête. On finit par aller trop loin et tomber dans le mensonge de propagande (souvenez vous des « laboratoires bactériologiques mobiles, montés sur des camions, de Colin Powell). Oberling sait parfaitement que cette affirmation est totalement fausse et a simplement pour but d’agiter la menace d’un « Grand Méchant Loup » iranien..

    .
    La gamme des missiles iraniens Shahab-3 est basée sur la technologie des missiles Nodong de Corée du Nord. Ceux-ci ont été développés à partir d’une ancienne technologie soviétique. Tous les experts sont unanimes pour dire que le système de missiles iranien a atteint son potentiel maximum et ne peut servir à développer des missiles à plus grande portée. Pour atteindre des cibles plus lointaines, l’Iran doit maîtriser la technologie complexe du « multistage » et pour l’instant les seuls pays, en dehors des grandes puissances, qui ont réussi à franchir cette étape cruciale dans le développement ballistique sont Israël et l’Inde… et ils sont encore loin d’avoir développé un système à grande portée qui soit fiable..
    Le Pentagone lui même reconnait que la technologie nécessaire pour développer des missiles à longue portée représente un « bond technologique » considérable comparée à celle utilisée pour des missiles à moyenne portée.

    .
    Les analystes militaire U.S. reconnaissent que, malgré le fait que près de 30 pays à travers le monde se sont dotés de missiles balistiques, seulement quatre d’entre eux maitrisent la technologie pour développer des missiles capables de frapper le territoire U.S. : la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne et la France.

En République tchèque, l’argumentation du Lt. Gen. Obering avait donc pour unique but de déformer suffisamment les faits pour « vendre » aux Européens, et notamment à l’Europe centrale, un nouveau Grand Méchant Loup : la menace des missiles iraniens. En République Tchèque, selon des derniers sondages, plus de 70% de la population rejettre l’implantation du système ABM sur son territoire.

.

Le seul problème avec cette propagande est qu’elle ne fait que renforcer la conviction de la Russie que ce système anti-missile est avant tout dirigé contre elle, en prévision de conflits futurs sur les ressources énergétiques. Sans vouloir jouer les Cassandre, mais il est toujours inquiétant de lire des choses comme ci-dessous, en réponse aux déclarations du Lt. Gen. Obering.

Le chef d’état-major russe, le général Iouri Balouïevski, a déclaré samedi que l’armée russe pourrait recourir, si besoin est, aux armes nucléaires pour protéger la Russie et ses alliés, a rapporté l’agence de presse Itar-Tass.

« Nous n’avons pas l’intention d’attaquer quiconque, mais tous nos partenaires doivent se rendre compte, en cas de nécessité de la protection de la Russie et ses alliés, que les forces armées seraient mobilisées, y compris, à titre préventif, le recours aux armes nucléaires. Nous agirons conformémént à la doctrine militaire russe », a fait savoir M. Balouïevski.

Adoptée en 2000, la doctrine militaire russe autorise l’usage d’armes nucléaires en riposte à une attaque similaire contre la Russie ou un pays allié… mais aussi en cas d’attaque conventionnelle de grande ampleur qui pourrait poser un danger pour la sécurité du pays.La déclaration de M. Balouïevski se fait dans un climat tendu entre la Russie et les Etats-unis, notamment à cause des projets de l’Administration Bush d’installer un système anti-missile avancé dans les anciens pays du Pacte de Varsowie. Le but officiel de ce système est de contrer le danger d’une éventuelle attaque iranienne, mais la Russie soupçonne les Etats-unis de chercher à étendre son influence dans la région.

Comme vous pouvez le constater, pour l’instant nous ne sommes toujours pas sortis du « Grand Echiquier  » de Zbignew Brzezinsky…


Mustapha pose (en juin 2004) avec l’une des photos qui ont déclenché le scandale, où figure son père mort en détention provisoire

Ignominie. Mustapha pose (en juin 2004) avec l’une des photos qui ont déclenché le scandale, où figure son père mort en détention provisoire. Les clichés, insupportables, montrent des détenus encagoulés, menacés par des chiens, tenus en laisse, nus … [Photo Karim Ben Khelifa]

[Le Monde 2 – Semaine du 19/01/2008 – Frédéric Joignot]

28 avril 2004. La chaîne CSS diffuse des photos de soldats américains torturant des prisonniers d’Abou Ghraib, en Irak. Dans la foulée, Janis Karpinski, qui dirigeait les prisons irakiennes, est rétrogradée, lâchée par ses supérieurs. Aujourd’hui retraitée, elle témoigne contre ses responsables de l’époque. En exclusivité, elle nous raconte sa descente aux enfers.

Son regard bleu ne vous lâche pas. Elle se tient droite. Martiale. Janis Karpinski a passé vingt-cinq ans dans l’armée américaine. Elle fut la première femme générale  » une étoile  » à exercer en zone de combat. C’était pendant la seconde guerre d’Irak. Elle y a connu l’enfer. Puis le déshonneur.

Elle nous reçoit chez elle, dans un lotissement du New Jersey. Aujourd’hui à la retraite, Janis Karpinski tente de faire le bilan de ces années de guerre – comme beaucoup d’Américains à l’approche de la présidentielle. Ses premiers mots:  » Mes voisins me demandent ce que les Irakiens pensent de nous. Je leur réponds: « Qu’est-ce que vous penseriez si, du jour au lendemain, des chars occupaient votre quartier, des bataillons de soldats patrouillaient dans les rues, arrêtaient les gens ? ». « 

La nuit tombe, Janis Karpinski raconte l’Irak. Aucun bruit dans la maison. Elle vit seule. Son mari, un ancien colonel, est décédé l’an dernier. Ils n’ont pas voulu d’enfant. L’ancienne générale a sacrifié la vie de famille à sa carrière de soldat. Elle voulait s’imposer dans ce monde d’hommes où, dit -elle,  » la simple présence d’une femme officier a longtemps été ressentie comme une insulte « . Elle a réussi. Elle a été la commandante en chef de la 800e brigade de police militaire, responsable des 40 000 prisonniers enfermés dans les prisons irakiennes au début de la guerre.

Aujourd’hui, après avoir été dégradée au rang de colonelle, accusée par ses supérieurs d’avoir perdu le contrôle de la prison d’Abou Ghraib où des soldats ont torturé, Janis Karpinski se défend. Elle porte plainte et témoigne contre l’ancien major général du camp de Guantanamo envoyé en Irak, Geoffrey Miller, et Donald Rumsfeld, l’ancien secrétaire d’Etat à la défense. Pour mise en œuvre méthodique de la torture. Son histoire éclaire de façon singulière cet épisode dramatique. Voici sa version des faits.

(suite…)


[Grégoire Seither – IES News Service – 15/01/2008]

Est-ce qu’un petit rigolo du nom de “Filipino Monkey”, connu depuis des années pour « hacker » les communications radio des navires dans le Golfe Persique, a failli déclencher un incident militaire entre la marine militaire U.S. et iranienne ? Le 6 janvier le Pentagone avait affirmé avoir été menacé par des vedettes rapides de la marine iranienne, la menace allant jusqu’à des menaces de « faire sauter » le bateau américain. (Voir « Au pays du pétrole, une attaque bidon« )

Le détail avait été repris par toute la presse : aux dires des officiels du Pentagone, alors que les vedettes rapides manoeuvraient à proximité des bateaux U.S., le commandant de l’un des bateaux avait reçu un message sur la radio de bord qui disait :  “I am coming at you, and you will explode in a few minutes,” (cité par le NY et le Washington Post, ainsi que sur la vidéo publiée par le Pentagone).

Le parallèle fait par le Pentagone est bien sur celui de l’attaque terroriste d’Al-Qaïda mené contre le USS Cole au Yemen en 2000. Il s’agissait de ressortir l’épouvantail de « l’Iran pays terroriste » à un moment où George Bush était en tournée dans les pays arabes pour les convaincre de se joindre aux sanctions contre l’Iran. Pour le journaliste Robin Wright (du Washington Post) « le Pentagone a systématiquement présenté les informations de manière à faire croire que la menace d’une attaque kamikaze provenait de l’une des vedettes iraniennes.”

Mais un article de Andrew Scutro et David Brown, dans le journal militaire U.S., The Navy Times met en doute cette théorie (voir article original en anglais du  11 janvier :  http://www.navytimes.com/news/2008/01/navy_hormuz_iran_radio_080111/   traduit par Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org  et repris par Mondialisation.ca).

Il note que le message reçu sur la radio de bord pourrait bien avoir été émis par un « petit rigolo », connu de tous les marins du Golfe depuis 25 ans sous le nom de  “Filipino Monkey,” et qui passe son temps à s’immiscer dans les communications radio des navires et à insulter et moquer les équipages.  « The Navy Times » cite plusieurs capitaines de marine naviguant dans la région qui pensent que la phrase mise en avant par le Pentagone est probablement une nouvelle « farce » de « Filipino Monkey ». « Cela fait des années qu’il fait cela, on a l’habitude » explique l’un des marins.

La presse de ces derniers jours à publié plusieurs dépèches (reprises par le Navy Times) qui montrent que les officiers supérieurs et le commandement de la marine U.S. sont embarassés par cette affaire et tentent de la minimiser, notamment l’affirmation du Pentagone comme quoi il y aurait eu une menace d’attaque kamikaze de la part des vedettes iraniennes.  Pour le commandant Lydia Robertson, porte-parole de la 5è Flotte, basée à Bahrain et citée par le Navy Times : « Nous ne pouvons pas vraiment établir d’où venait ce message. Il a très bien pu être émis par un émetteur  au sol. »  Et pour l’Amiral Gary Roughead, chef des opérations navales, également cité par le journal : “Si je me base sur mon expérience de navigation dans cette région, qui connaît une activité maritime intense, il est très difficile de discerner avec précision qui est entrain de vous parler sur le canal radio. »

Pour Scott MacLeod : « s’il s’avère que c’est « Filipino Monkey” ou un petit farceur du même genre qui est à l’origine de cette menace mise en avant par le Pentagone, cela veut dire que le Pentagone ne sait plus faire la différence entre une blague de potache et une vraie menace… ou alors qu’il est trop occupé à trouver une excuse pour attaquer l’Iran pour se donner la peine de faire la différence. Dans les deux cas, c’est inquiétant. « 



[Gregoire Seither – IES News Service – 09/01/2008]
Toute la presse internationale s’est ruée sur bombe médiatique publiée dimanche dernier par Sibel Edmonds dans le Sunday Times de Londres et qui décrit en détail comment des hauts fonctionnaires U.S. et des membres du consortium militaro-industriel ont aidé la prolifération de secrets nucléaires vers l’Iran, la Lybie, la Corée du Nord et peut-être même Al-Qaïda. Des quotidiens réputés comme « The Times of India », « Pakistan Daily Times », « Iran PressTV », Haaretz (Israel) ou encore le « Daily News » de Turquie en ont informé leurs lecteurs et ont publié leur propre enquête.

Aux Etats-Unis et en France l’information a été reprise par les journaux suivants :

Oui, vous avez bien lu. Personne. Aucun journal. Aucun média en dehors de la blogosphère. En France c’est d’autant plus surprenant que le film relatant l’affaire (« Une Femme à abattre ») avait été vu par de nombreuses personnes sur CanalSat.

La presse U.S. et française est elle vassalisée ?

Interviewée par « The BRAD BLOG » mardi soir, Sibel Edmonds a déclaré que, depuis la parution de l’article dans le Sunday Times, son téléphone n’a cessé de sonner. « J’ai reçu des coups de fil de très nombreux journalistes des quatre coins de la planète et la rédaction du Sunday Times a été inondée d’appels et de demandes de renseignements de la part de leurs confrères. Par contre, en ce qui concerne la presse états-unienne, personne n’a appelé. Aucun journaliste, aucune agence, aucun journal… rien.« 


Les américains sont d’incorrigibles acteurs jouant et rejouant les mêmes scènes, au cinéma comme en politique. A chaque fois qu’ils ont eu à traverser une crise importante, ils ont réagi de la même façon. Le récent pseudo- accrochage du Golfe d’Ormuz qui vient juste de se produire fait partie de la panoplie traditionnelle des réactions américaines à un événement précis. Et de la propension des USA à gérer tout conflit en tentant de le retourner à son profit, en réalisant ici de toute pièces une provocation lui permettant de trouver prétexte à mettre en œuvre sa lourde machine de guerre. La technique s’appelle celle du Golfe du Tonkin, inaugurée par Johnson pour relancer avec brio la guerre du Viet-Nam.

Ce soir, on peut en conclure tout de suite que la manœuvre a beau être grossière, elle risque fort de se reproduire dans les semaines à venir, un peu comme si on voulait préparer le public américain à son caractère inéluctable. Aujourd’hui donc, nous avons eu droit à une simple répétition explicative du processus à suivre. Ou plutôt à son simulacre. Demain, c’est simple… il n’y aura pas de troisième fois : à la moindre attaque, véritable ou pas, la flotte américaine riposte, ou les bombardiers anéantissent sur le champ Téhéran. Car dans l’écriture de ce mauvais scénario, plein de choses ne collent pas dans l’annonce du jour : la source même de l’information, sa crédibilité et jusqu’à l’info elle-même et son contenu. Rien n’indique que quelque chose se soit passé tel qu’on la décrit. On est en pleine fiction, en réalité. En pleine fabrication. En pleine propagande.

En premier la source de l’annonce. Présentée comme un fait de journalisme indépendant, elle est en fait l’œuvre d’un seul homme, lié à une agence très particulière : c’est Tony Capaccio, de l’agence Bloomberg qui est à l’origine de l’annonce. De même que Fox News avait embarqué sur des chars de l’armèe US sillonnant à toute vitesse l’Irak de Saddalm Hussein, l’agence Bloomberg a nommé Carpaccio son correspondant exclusif non pas sur place, dans le détroit d’Ormuz, mais… bien au chaud, au Pentagone. Endroit d’où est donc directement sorti l’annonce, car sur place, bien entendu personne n’a vu l’ombre d’une vedette s’approcher d’un porte avions US. Et personne n’a pensé à le vérifier. Encore moins à sortir le Pentax.

(suite…)


Le nom du haut fonctionnaire du Département d’Etat US qui travaillait pour la Turquie n’est pas cité par le Sunday Times, par peur de représailles. Mais la blogosphère l’a révélé depuis 2006 (et notamment l’excellent journaliste d’investigation australien Luke Ryland en 2006, sur son blog, WotIsItGood4.) :

il s’agit de Marc Grossmann qui était l’ambassadeur U.S. en Turquie de1994 à 1997, puis Secrétéaire d’Etat adjoint aux affaires européenes de 1997 à 2000 avant de travailler avec Colin Powell et Richard Armitage au Département d’Etat entre 2001 et 2005. Il est aujourd’hui Vice-Président de l’agence conseil, The Cohen Group, basée à Washington et en Chine et qui a été fondée par l’ancien Secrétaire à la Défense de Bill Clitnon, William S. Cohen.

L’histoire de Sibel Edmonds a fait l’objet d’un film « Une femme à abattre » de Matthieu Verboud et Jean R. Viallett.

A Vendre : Secrets Nucléaires Mortels de l’Occident

[06/01/08 The Sunday Times – Londres UK – Traduction Mireille Delamarre pour http://www.planetenonviolence.org]

Une dénonciatrice a fait toute une série d’affirmations extraordinaires concernant le fait que des responsables gouvernementaux corrompus ont autorisé le Pakistan et d’autres pays à voler des secrets sur des armes nucléaires.

Sibel Edmonds, l’ancienne traductrice de 37 ans en langue turque ayant travaillé pour le FBI, a écouté des centaines de conversations sensibles interceptées alors qu’elle travaillait au bureau des opérations de l’agence à Washington. Elle a pris contact le mois dernier avec le Sunday Times après avoir lu un article sur un terroriste d’Al Qaeda qui avait révélé son rôle dans la formation de certains de ceux ayant détournés les avions lors du 11 septembre tandis qu’il était en Turquie.

Edmonds a décrit comment des agents étrangers avaient obtenu le soutien de fonctionnaires US pour placer un réseau de taupes dans des institutions sensibles militaires et nucléaires.

Parmi les heures d’enregistrements audio, elle dit qu’elle a entendu des preuves qu’un haut fonctionnaire bien connu au sein du Département d’Etat US était payé par des agents Turcs pour vendre des informations à des acheteurs sur le marché noir, inclus le Pakistan.

Le nom de ce fonctionnaire – qui a occupé toute une série de postes de haut niveau au sein du gouvernement – est connu du Sunday Times. Il nie avec force les affirmations.

Cependant, Edmonds a dit : « Il aidait des agents étrangers contre les intérêts des US en leur faisant passer des informations classées top secret, non seulement du Département d’Etat, mais aussi du Pentagone, en échange d’argent, position et objectifs politiques. »

Elle affirme que le FBI collectait aussi des preuves contre des fonctionnaires de haut rang du Pentagone – incluant des personnalités connues de tous- qui aidaient les agents étrangers.

« Si vous rendez public toute l’information que le FBI a sur cette affaire, vous verrez des personnes haut placées poursuivies dans des affaires criminelles, » a-t-elle dit.

Son histoire montre à quel point l’Occident a été infiltré par des états étrangers cherchant des secrets nucléaires. Cela illustre comment des fonctionnaires gouvernementaux occidentaux ferment les yeux, ou ont même aidé, des pays comme le Pakistan à acquérir la technologie sur la bombe. (suite…)


Adam Gadhan, grand-père juif, papa catholique, converti à l’islam… il en a des trucs à se faire pardonner, lui

A quelques jours de la venue de George Bush au Proche-Orient, un militant américain d’al-Qaida a appelé les islamistes à l’accueillir «avec des bombes et des voitures piégées».

[AFP – 06/01/2008]

Pour sa première vidéo de 2008, al-Qaida a adressé un message très personnel à George W. Bush qui entame mercredi sa première tournée au Proche-Orient. Adam Yahiye Gadahn, un militant américain considéré comme le porte-parole anglophone du réseau d’Oussama Ben Laden, appelle les islamistes à recevoir le président américain «non pas avec des fleurs et des applaudissements, mais avec des bombes et des voitures piégées».

Dans son enregistrement diffusé sur un site radical qu’il emaille de versets coraniques et de psalmodies du Coran , celui que l’on surnomme «Azzam l’Américain » dresse également un bilan des «victoires» sur les Etats-Unis des moudjahidines en Afghanistan, en Irak et au Maghreb. Lors de cette allocution de 50 minutes enregistrée en décembre, il s’en prend particulièrement aux alliés traditionnels de Washington, les présidents pakistanais Pervez Musharraf, égyptien Hosni Moubarak et au roi Abdallah d’Arabie saoudite qui recevront George Bush.

Adam Gadhan assure que le «djihad» contre les Etats-Unis perdurera jusqu’à ce que tous les prisonniers musulmans détenus dans les geôles américaines soient libérés. Dans un ultime geste de défi, le militant, assis devant une table sur laquelle est posé un ordinateur portable, déchire son passeport américain.

Un pays qu’il n’a pas vu depuis 1998 date à laquelle il part au Pakistan. Gadahn dont le grand-père était juif et le père s’était converti au catholicisme, est né en 1978 en Californie. (NdL&I : putain, avec un pédigré pareil, il doit faire du zèle pour se faire accepter chez les barbus, dis donc) A l’âge de 17 ans, il se convertit à l’islam. L’homme pour qui le FBI a promis une récompense de 1 million de dollars, est apparu depuis 2004 dans plusieurs vidéos d’al-Qaida pour se féliciter des attentats du 11 septembre 2001 et menacer de nouvelles attaques les métropoles de Los Angeles et Melbourne.


Affiche censurée de Taxi to the Dark Side[Gregor Seither – IES News Service – 01/01/2008]
L’association des producteurs de cinéma des Etats-unis (MPAA) a refusé de distribuer l’affiche du documentaire d’Alex Gibney « Taxi to the Dark Side » qui enquête sur les centres de torture entretenus par les USA en Afghanistan, à Baghram, en Irak, à Abou Ghraib ou encore à Guantanamo. (…)

L’affiche censurée est une photo de presse qui montre deux soldats U.S. s’éloignant de la caméra emmenant un prisonnier encagoulé entre eux.

Un porte-parole du MPAA a justifié la décision par un souci de préserver la sensibilité des enfants : « Nous traitons tous les films de la même manière. Les affiches de films sont vues par tous les publics, y compris les enfants. Si la publicité d’un film ne peut être vue par tous les publics, alors la commission de classification publicitaire la rejettera. »

Pour Mark Urman, responsable chez ThinkFilm, le distributeur du film, ce qui choque la MPAA dans l’affiche est le fait que le prisonnier porte une cagoule. « La MPAA avait déjà fait changer les affiches des films d’horreur « Saw » et « Hostel » parce qu’on y voyait un personnage encagoulé, chose que le MPAA estime impossible à voir pour un enfant. Ils veulent bien garder la photo, mais la cagoule doit être enlevée, ce qui ôte toute signification à l’image. Nous leur avons dit qu’il s’agissait d’une vraie photo, prise par un journaliste, que c’était la réalité vécué tous les jours par les prisonniers de l’armée américaine. Ils nous ont répondu que justement, c’était la réalité qui les dérangeait. »

Pour le réalisateur du film, Alex Gibney, « Le fait de nous interdire l’utilisation d’une image de presse, tirée du documentaire, sous prétexte que la vision de la réalité pourrait choquer des petits enfants américains, c’est de la censure pure et simple. Je ne sais pas si la MPAA applique des consignes venues d’en haut, mais dans tous les cas leur censure de cette affiche est un acte politique qui vise à interdire la critique légitime de l’Administration Bush. »

« Je suis d’accord que cette image est forte, qu’elle est choquante, mais c’est parce qu’elle est réelle qu’elle choque. Ce n’est pas une fiction, c’est la réalité vécue par des milliers de personnes aux mains des soldats américains. Il est incroyable que la MPAA pense que le public américain n’est pas capable de voir la réalité de cette guerreou bien qu’il ne doit pas la voire. »


Philippe Val et Alexandre Adler vont encore nous dire que l’islamophobie n’existe pas, que le « racisme anti-arabe » c’est une invention des nazislamistes… alors que Deady et ses amis répètent exactement le discours de Heydrich sur les juifs dans les années 30-40 ou encore celui des génocidaires hutus sur les tutsis…

Les musulmans sont ils les nouveaux « Untermenschen » qu’on va « éliminer » ?

.

Racisme anti-arabe : Islam is the ennemy ![Gregor Seither IES News Service – 29/12/2007]
Aux Etats-Unis, Rudolph Giuliani, ancien maire de New-York est le favori pour l’investiture républicaine de l’élection présidentielle 2008. John Deady, vice-président de l’association des anciens combattants « New Hampshire Veterans for Rudy », confirme les propos qu’il a tenus dans le journal « The Guardian » la semaine dernière, dans lesquels il accuse tous les musulmans d’être des « fous » dont il faut « se débarasser », « sans distinction » afin de « les renvoyer dans leurs grottes ».

Interviewé par Greg Sargent pour le magazine en ligne  » Talking Points Memo » [1] , Deady a confirmé qu’il ne fait pas de distinction entre les musulmans. « Je ne crois pas à cette idée qui veut qu’il y ait des bons Musulmans et des mauvais Musulmans » a déclaré Deady au téléphone depuis sa maison du New Hampshire. « Ce sont tous des Musulmans, sans distinction. »

Quand on lui demande s’il confirme ses propos au Guardian, Deady répond :

« Absolument, je les confirme sans hésitation. Cela fait un certain temps que toutes ces histoires de musulmans m’inquiètent et que je me documente sur eux. L’Américain moyen n’a pas la moindre idée de ce que sont vraiment les musulmans. Et je parle des musulmans en général. Je ne crois pas à cette idée qui veut qu’il y ait des bons Musulmans et des mauvais Musulmans. Ce sont tous des Musulmans, sans distinction. »

Dans l’interview publié par « The Guardian » [2] la semaine dernière , Deady déclare à propos des Musulmans :

« Nous devons leur chauffer les plantes des pieds et maintenir la pression sur ces gens là, jusqu’à ce qu’ils soient écrasés ou bien qu’on les ait renvoyé dans leurs grottes. Autrement dit, nous devons nous débarrasser d’eux. »

Interrogé sur ce qu’il voulait dire quand il parlait de « se débarrasser » des Musulmans, il a répondu:

« Quand je dis que nous devons les éliminer, je ne pensais pas nécessairement à un génocide. Ce que je voulais dire était que nous devons riposter chaque fois qu’ils relèvent la tête et font mine de vouloir nous attaquer.

Nous ne pouvons pas nous permettre de dire « Essayons d’abord la diplomatie ». Ils ne connaissent pas la diplomatie, ça ne marche pas avec eux. Si vous étudiez la tradition islamique, vous verrez que pour eux un traité est caduc au bout de cinq ans.

Nous n’avons pas à faire à des gens rationnels. Nous avons à faire à des fous, des psychopathes sanguinaires. »

Interrogé pour savoir si ce jugement s’appliquait selon lui à tous les Musulmans, il a répondu : « Je ne fais pas de distinction entre les Musulmans, ils sont tous pareils. »

Sargent a demandé à Deady si le candidat qu’il soutient, le républicain Giulani, partage son analyse sur les Musulmans. Deady a répondu : « Est-ce qu’il voit le problème musulman comme je le vois ? Honnêtement, je ne sais pas. Mais je l’ai entendu faire des déclarations qui sont très proches de ma manière de penser, disant que nous devons riposter et affronter ces gens là. Je ne pense pas qu’il est un cowboy, mais je pense qu’il est conscient du danger que nous affrontons. »

Au cours de l’interview, Deady s’est déclaré en faveur du profilage racial, par exemple dans les aéroports : « Au lieu de perdre du temps à fouiller chaque petite vieille, pourquoi ne pas cibler directement les basanés entre 18 et 38 ans qui ont un comportement étranger ? »

A un autre moment de l’interview, Deady s’est défendu d’être un raciste : « Je ne suis pas un conservateur raciste. On pourrait le croire quand on m’entend. Mais je ne fais que dire des choses qui sont avérées. »

L’équipe de campagne de Rudy Giuliani a pourtant l’instant refusé de commenter les déclarations de ce membre de leur équipe.

[1] http://tpmelectioncentral.com/2007/12/rudy_surrogate_stands_by_remarks_about_muslims_and_adds_more.php

[2] http://www.guardian.co.uk/news/video/2007/dec/27/primaries.rudy.guiliani


[DE DEFENSA – 31 décembre 2007 ]
Qui ne connaît Loren B. Thomson? C’est un de ces experts impératifs (US) du complexe militaro-industriel, complètement indépendant dudit complexe, d’une indépendance qui rassure et assure les fins de mois. Bref, avec Richard Aboulafia, du haut de son bureau du Lexington Institute dont nul n’ignore que l’activité est vertueusement consacrée aux plus vertueuses choses du monde («…a think tank that supports democracy and the free market»), Loren B. fait la pluie et le beau temps des prévisions conformistes et assurées du développement des forces du monde libre rassemblées au Pentagone. Il n’empêche, Loren B. a parfois la plume ambitieuse. Il fait également dans l’analyse politique. Il a ouvert une rubrique chez UPI, “Thompson Files”, où il observe les grands problèmes du temps.

Précipitons-nous sur l’édition du 27 décembre 2007. Il est question de GW Bush et de l’affirmation irréfutable que l’année 2007 a été, pour le président, une accumulation étourdissante de succès politique et militaire. («Having been given up for dead by many members of his own party due to military reverses in Iraq, the current president’s political standing is reviving as his security policies produce a string of successes.») Parmi les succès accumulés par GW…

«• In August, casualty figures confirmed a major decline in violence was under way in Iraq, at least partly due to a surge of U.S. forces that had been opposed by Democrats. U.S. commanders reported that Sunni tribal leaders were making common cause with American troops to defeat foreign terrorists, while Shiite militias formed in large part to combat the terrorist threat were refraining from sectarian attacks.

»• In September, the Israeli air force destroyed a Syrian facility implicated in the development of nuclear weapons, following consultations with the Pentagon earlier in the summer that led to U.S. intelligence support of the attack. Meanwhile, the administration has conducted a behind-the-scenes dialogue with the regime of President Bashar Assad that resulted in the elimination of Syrian support for foreign fighters in Iraq.

»• In October, the government of North Korea agreed to abandon its own nuclear weapons program in return for economic aid and a normalization of relations. Kim Jong Il, the leader of North Korea, repeated that commitment in a message to President Bush last week; combined with Israel’s destruction of the North Korean-supplied facility in Syria, the warming of relations signals a marked decline in the threat posed by Pyongyang’s nuclear activities.

»• In November, the U.S. intelligence community finished a National Intelligence Estimate finding that Iran drastically scaled back its nuclear weapons program in 2003. Indications are ambiguous – uranium enrichment continues – but it seems clear that the Bush administration’s invasion of Iraq and efforts to impose economic sanctions led Tehran to rethink its nuclear ambitions. Libya gave up its nuclear program in 2003, too.»

La cerise sur le gâteau, outre qu’elle annonce la couleur (Loren B. agent électoral des républicains-necon), est dans la conclusion, qui nous apprend que le plus grand succès de GW est, après tout, de nous avoir débarrassé de Saddam et de ses terribles “weapons”, c’est-à-dire les armes de destruction massive (membre de phrase soulignée en gras):

«The government of Iraq may still be riven with sectarian factionalism, but Saddam Hussein is gone, his weapons have all been rounded up, and the Iraqi military is starting to look like a real fighting force. So if the Democrats were counting on a discredited Republican security agenda to hand them the White House in 2008, they’d better start praying for a recession.»

Ainsi la technique de désinformation à toutes vapeur est-elle mise en évidence, qui consiste à applaudir comme des succès exceptionnels de politique ou d’actions militaires la destruction ou la neutralisation de menaces qu’on a soi-même inventées pour les besoins de la cause, la conduite à terme de processus acquis depuis dix ans et qu’on a entravés soi-même pendant tout ce temps (avec la Corée du Nord), l’utilisation comme d’autant de faits d’évaluations hasardeuses et d’analogies sollicitées et ainsi de suite.

A l’ère du virtualisme, la seule méthode de pensée est le sophisme. GW Bush est applaudi pour avoir détruit des armes (de Saddam) qui n’existaient pas, pour avoir acquis une relative accalmie en Irak par l’abstention de ses forces et la corruption de certains de ses adversaires sans garantie de quelque durée que ce soit, pour avoir laissé faire les Israéliens dans une attaque qui est un ratage et qui est justifiée après coup par l’invention d’une menace, et ainsi de suite.

La NIE 2007 devient même un succès rétrospectif de Bush, en relayant l’interprétation “neocon” déjà relayée par les vieux éléphants de Washington de l’arrêt du programme nucléaire iranien à cause de l’attaque US en Irak, contre l’évidence explicitée par cette même NIE que la décision iranienne est directement la conséquence de l’action des trois pays européens (Allemagne, France, UK, sur impulsion française) et d’un accord de l’Iran avec eux en octobre 2003.

Le petit texte de Loren B. représente une leçon impeccable en désinformation, et une leçon significative en raison du statut de l’auteur, spécialiste de matières industrielles passant temporairement au commentaire de politique extérieure et ne le faisant que dans le but de consolider ses engagements professionnels.

Il nous indique de cette façon oblique, compte tenu des connexions et des obligations de Loren B., que le complexe militaro-industriel épouse plus que jamais, à 150% si l’on veut, les thèses de politique de sécurité nationale des néo-conservateurs. Il nous indique également la probable vigueur de l’affrontement qui nous attend si le successeur de GW Bush s’avisait de modifier, même légèrement, les orientations actuelles de la politique extérieure US.

http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4784


[Gregoire Seither – IES News Service – 14/12/2007]

Le magazine SALON publie le témoignage du jordanien Mohamed Farag Ahmad Bashmilah. Agé de 38 ans, il vivait en Indonésie où il tenait un magasin de vètements « ethniques ». En octobre 2003, s’étant rendu en Jordanie avec sa femme pour visiter sa mère mourrante, il fut interrogé à son arrivée par la police jordanienne qui l’arreta quand il leur dit s’être rendu en Afghanistan en 2000 pour y acheter de la marchandise.

A sa sortie de l’interrogatoire, alors qu’on lui avait dit qu’il n’y avait aucune charge contre lui, il fut remis à des agents américains qui le menottèrent, lui mirent une cagoule sur la tête et le droguèrent avant de le kidnapper vers un « site noir » de la CIA, la base militaire de Baghran en Afghanistan. Pendant six mois il fut maintenu en isolation totale, nu dans une cellule en béton, personne ne sachant ce qu’il était devenu étant donné que la police jordanienne affirmait l’avoir laissé partir après interrogatoire.

La CIA a maintenu Mohamed Farag Ahmad Bashmilah emprisoné pendant pres de trois ans, sans jamais l’accuser de quoi que ce soit. Il fut libéré à minuit, le 5 mai 2005 et abandonné sur un parking au Yemen, sans un mot d’explication avec pour seule instruction « Tu n’as rien à voir avec tout ça, alors fous le camp« .

Bashmilah a été emprisonné dans plusieurs « sites noirs » en Jordanie, en Egypte, au Yemen et probablement sur un bateau de la marine US – tous faisant partie du réseau de prisons secrètes de la CIA participant au programme de « renditions extraordinaires ».

Les cellules étaient toutes construites sur le même modèle, un rectangle en béton de 2 mètres sur 3, sans aucun aménagement, avec juste un trou pour les latrines ou bien simplement un seau. La plupart du temps il était nu, simplement doté d’une couverture qu’on lui confisquait parfois.

Parfois on lui passait les menottes pendant des semaines entières, dans une autre cellule il y avait un anneau ancré au sol qui permettait de l’enchaîner par le mollet. Chaque cellule était sous la surveillance constante d’une caméra vidéo et les lumières n’étaient jamais éteintes. Il était impossible de savoir si on était le jour ou la nuit. Cette désorientation était encore renforcée par quatre hauts-parleurs au plafond qui diffusaient en permanence, 24 h sur 24, et à plein volume, soit du « bruit blanc » soit de la musique Rap.

Les gardiens étaient tous vétus de combinaisons noires et cagoulés. Quand ils venaient chercher Bashmilah pour les interrogatoires, ils ne lui parlaient jamais — durant les 19 mois de sa captivité, mis à part les interrogatoires, il n’a jamais échangé de paroles avec un autre être humain. Personne ne lui a jamais dit où il était, pourquoi il était là ni s’il avait le moindre espoir d’en ressortir un jour.

Au bout de huit mois de ce traitement, se sentant devenir fou, Bashmilah tenta de s’ouvrir les veines avec un éclat de métal, barbouillant les mots en anglais « I am innocent » avec son sang sur les murs de sa cellule. Les agents de la CIA le frappèrent, lavèrent les murs et lui mirent des pansements, avant de le menotter pour qu’il ne recommence pas.

Bashmilah décida alors de cesser de s’alimenter. Chaque jour un médecin venait l’examiner et le peser. Quand son poids tomba à 40 Kilos, on le traîna dans une salle d’interrogation où on l’immobilisa sur un des fauteils de torture avant de lui enfoncer un tube dans l’estomac afin de le nourrir de force. L’un des interrogateurs-tortionnaires lui dit « Tu n’iras nulle part, tu ne pourras pas nous échapper en te tuant ».

http://www.salon.com/news/feature/2007/12/14/bashmilah/print.html


[Robert Parry, Consortium News – 13/12/2007 – traduction pour Le Grand Soir Info]

La politique d’« irakisation » de la guerre (voir l’entretien avec Dahr Jamail du 1er décembre 2007) ne donne pas les résultats escomptés par Bush et le général David Petraeus. Ce n’est pas demain que les troupes américaines – malgré les déclarations de certains candidats démocrates – vont quitter l’Irak. Le vote bipartisan – dans un Congrès à majorité démocrate – d’une rallonge budgétaire à hauteur de 70 milliards de dollars pour l’armée d’occupation est une confirmation de ce qui ne relève pas de la prédiction. Le coût officiel de la guerre en Irak, depuis 2003, s’élève à 670 milliards de dollars. De la sorte sont aussi financés des « progrès » technologiques qui doivent permettre de préparer d’autres occupations et « lutte contre le terrorisme ». C’est ce qu’analyse l’article ci-dessous (réd.)

Les forces états-uniennes en Irak seront bientôt équipées d’un outillage high-tech qui leur permettra de traiter les données biométriques en quelques minutes et – d’après l’inventrice de ces appareils – aidera des soldats américains à décider s’ils doivent ou non exécuter un suspect. (suite…)


Un article indispensable, de la part de l’auteur de ‘La Guerre des Bush’. La machine de propagande tourne à plein régime, et nos bébés-néo-cons à l’Elysée et au Quai d’Orsay y participent à fond…

Téhéran, complice du 11-Septembre 2001 ou la « fabrique du mensonge » 

[Eric Laurent – AgoraVox – 12/12/2007]

Dans mon dernier ouvrage (Bush, l’Iran et la bombe), j’essaie de décrire comment George W. Bush a planifié une intervention militaire de grande ampleur contre l’Iran. Une décision qui remonte à deux ans, prise dans le plus grand secret, et sur laquelle l’enquête que j’ai menée apporte quelques informations inédites notamment en terme de désinformation et de fausses révélations.

Les fausses révélations ont toujours existé. Dans un livre publié en 1981 [1], qui fascinait William Casey, le directeur de la CIA, la journaliste Claire Sterling expliquait que toutes les organisations terroristes visant l’Occident étaient financées et contrôlées par l’Union soviétique. Une thèse qui s’est révélée aussi fausse que les articles et les livres de l’ancienne journaliste du New York Times, Judith Miller, spécialisée dans la dénonciation des armes de destruction massive de Saddam.

Le dernier avatar est encore beaucoup plus choquant. L’auteur de Countdown to Crisis, Kenneth R. Timmerman, se présente comme un « journaliste d’investigation », ce qui conduit à une réflexion préoccupée sur le sérieux et l’éthique de nombreux confrères américains. J’ai d’abord été fasciné par la couverture. Ahmadinejad, le doigt levé, visage menaçant, est aux côtés du guide de la Révolution qui visite un site de missiles, entouré de militaires. Une vignette rouge placée juste dessous attire mon attention : « Nobel Peace Price Nominee » (nominé au Prix Nobel de la paix). Je pense d’abord qu’il s’agit d’un clin d’œil, d’une plaisanterie au second degré pour souligner le bellicisme des dirigeants iraniens. Puis je découvre l’effarante vérité : l’auteur, Kenneth Timmerman, se présente comme « nominé au Nobel ». Un terme qui n’a aucun sens. Le jury du Nobel choisit, ou non, parmi les multiples candidatures à cette distinction prestigieuse, mais s’il existe un lauréat, il n’y a pas de nominés. Première entorse à la vérité qui, à la lecture, est suivie de beaucoup d’autres.


Téhéran, complice du 11-Septembre

La thèse de Timmerman est simpliste, les preuves inexistantes. L’Iran, selon lui, est le plus impitoyable ennemi des États-Unis, impliqué dans pratiquement chaque attentat terroriste conduit contre les États-Unis depuis 1979. La volonté iranienne de se doter de l’arme atomique n’a qu’un objectif : menacer les États-Unis et leurs alliés. « Il suffit seulement d’un missile nucléaire iranien pour pénétrer le système de défense antimissiles Arrows d’Israël, anéantir une population à forte densité, détruire son économie et briser effectivement l’État. Israël est un pays à “bombe” et les Iraniens le savent. » (suite…)


Les nouveaux missionnaires de Blackwater

[AgoraVox – 12/12/2007]

On vous l’a dit et redit: cette guerre en Irak n’en est pas une. C’est un pillage organisé, et une occupation qui se résume aujourd’hui à l’occupation d’une capitale, elle-même circonscrite à une zone fermée et contrôlée, là où, au bout de plusieurs mois, on obtient un calme relatif. Les explosions et les attentats se sont aujourd’hui déplacés vers le nord du pays, mais qu’importe, l’opinion américaine est rassurée: le soir, à la télé, entre deux frasques de Paris Hilton, les hôpitaux de Bagdad paraissent moins fournis et les boys moins fatigués.

Cette guerre, on vous l’a dit aussi, profite avant tout à ceux qui l’ont déclenchée, et non au peuple irakien qui en subit les conséquences : un chômage important, tant l’économie tarde à reprendre, et surtout une corruption qui gangrène le pays à tous les étages de ses strates décisionnaires.

Mais tout cela n’intéresse que peu le monde, tout obnubilé par la démonstration militaire américaine, pour autant fort peu probante. Des armes nouvelles sont bien testées, tel cet Humvee surmonté d’un émetteur signé Raytheon qui provoque jusque 500 m des démangeaisons telles que le militaire ou le civil visé est obligé de fuir, et d’abandonner toute velleité ou toute revendication. Une arme testée à Kirkuk, et qui est davantage orientée vers le maintien de l’ordre que vers la guerre elle-même.

Tout se passe comme si les Etats-Unis, traumatisés par le Vietnam et son échec, cherchaient désormais davantage à contenir le combat de rues que d’organiser des bombardement massifs…

La guerre en Irak sert de prototype à un pouvoir qui ne dit pas son nom, celui d’un Etat fort qui chercherait par tous les moyens existants à contrôler ses propres électeurs. C’est un fascisme rampant, n’ayons pas peur des mots. Un fascisme a toujours eu, en plus d’une armée officielle, une bande de nervis pour s’occuper de ses basses ouvres. En Irak, les nervis s’appellent Blackwater. Et le problème, c’est qu’ils sont en train de s’organiser en armée véritable, à part (ou non) du pouvoir en place. Donald Rumsfed avait déclaré un jour vouloir privatiser la guerre. C’est fait, et largement, et la première armée privée s’appelle Blackwater. Ou plutôt c’est la troisième, exactement.

(suite…)


[LE MONDE | 20.12.07 ]
Réagissant avec une vigueur très inhabituelle, la Maison Blanche a demandé, mercredi 19 décembre, que le New York Times « corrige le sous-titre » d’un article paru le matin en manchette. Sous le titre « Les juristes de Bush ont discuté du devenir des cassettes de la CIA », on pouvait lire « Le rôle de la Maison Blanche a été plus grand qu’elle ne l’a dit ». Selon le quotidien, quatre conseillers juridiques de la présidence – Alberto Gonzales, David Addington, John Bellinger III et Harriet Miers – ont eu connaissance de la volonté de la CIA de détruire des enregistrements vidéo d’interrogatoires dits « sévères » – incluant des simulations de noyade -, menés en 2002. Le journal cite des « officiels » anonymes selon lesquels « aucun ordre direct de préserver les cassettes ni aucun avis selon lequel les détruire serait illégal » n’est venu de la présidence.
La CIA a détruit ces vidéos en 2005. Dana Perino, porte-parole de la Maison Blanche, a accusé le quotidien de sous-entendus « pernicieux et inquiétants ».

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-991840@51-986883,0.html 


[Ferhat Kuni – IES News Service – 10/12/2007]

Le premier ministre britannique a cité une chanson pacifiste de John Lennon pour informer les soldats britanniques en Irak que leur mission était terminée  :  « Happy Christmas – war is over. »  (Note de L&I : la guerre est finie, mais seulement pour les « boys » anglais).

Sous les vivats, Brown a informé les soldats que les opérations militaires à Bassora seraient terminées « dans les deux semaines » et que l’armée irakienne va prendre la relève. Les 4 500 soldats britanniques restants n’auront plus que des tâches administratives et de formation. En février prochain, il ne restera plus qu 2 500 soldats de sa majesté en Irak, et en mars 2008 la totalité du contingent sera rentré chez lui.


[Note de lecture de l’ouvrage de Yitzhak Laor « Le Nouveau Philosémitisme » par Françoise Germain-Robin, l’Humanité, 21 novembre 2007]
C’est un véritable pamphlet que ce petit livre de 120 pages, publié aux Éditions La Fabrique. Le titre lui-même joue la provocation en prenant délibérément le contre-pied du thème à la mode de la renaissance de l’antisémitisme en Europe. Pour l’écrivain et journaliste israélien Yitzhak Laor, ce n’est pas la haine des juifs qui affecte l’analyse et le jugement des Européens sur la situation au Proche-Orient, mais tout le contraire : « Les Occidentaux, écrit-il, ont pris l’habitude de nous considérer comme une partie d’eux-mêmes. » C’est-à-dire que dans l’affrontement entre l’Orient et l’Occident, Israël fait partie de l’Occident, et ce, dès avant sa création, dans la conception même du projet sioniste, qu’il définit très clairement comme un projet colonial.

Pour preuve, il cite le père du sionisme, Théodore Herzl, écrivant dans l’État juif : « Pour l’Europe, nous serons comme un rempart contre l’Asie, nous serons les défenseurs de la culture contre les sauvages. »

L’auteur montre que ce rôle d’avant-poste de l’Occident en Orient, Israël l’a tellement bien accepté que ceux de ses citoyens qui ne sont pas venus d’Europe, ceux que l’on appelle là-bas les « juifs orientaux », les séfarades (dont l’auteur fait partie), ont longtemps été traités en citoyens de seconde zone, et sont aujourd’hui encore priés de se « moderniser », c’est-à-dire de s’occidentaliser, d’oublier leurs racines, s’ils veulent réussir, faire partie de l’élite israélienne.

Mais la thèse la plus audacieuse défendue par Yitzhak Laor, celle qui lui vaudra des volées de bois vert dans son pays et ailleurs – y compris en France -, c’est l’analyse qu’il fait de l’utilisation de la Shoah « pour nier ce qui arrive aux Palestiniens ».

Il note que « l’irruption de la culture de la Shoah » est récente : ce n’est qu’en 2005 que l’ONU a institué une Journée mondiale de commémoration de la Shoah, l’Allemagne ayant ouvert la voie en 1996. Pour Laor, pas de doute, « il y a un lien entre la culture de la Shoah et la haine de l’islam qui fait rage en Europe. Tout tourne autour de cette idée : les uns sont comme nous, les autres sont différents ».

Malheureusement, l’État et la droite israéliens ne sont pas seuls à utiliser ce registre sinistre. Une certaine gauche aussi. L’auteur se livre à une attaque virulente contre cette gauche sioniste dont font partie nombre d’écrivains et d’intellectuels réputés pacifistes, courtisés en Europe, mais dont il démonte les faux-semblants avec la cruauté d’un scalpel de chirurgien.

Deux d’entre eux sont surtout visés : Amos Oz et A. B. Yehoshua. De ce dernier, il cite la terrible exclamation qu’il eut en juillet 2006, au déclenchement de la guerre contre le Liban : « Nous sommes enfin tombés dans une guerre juste ! »

Et sa prédiction de 2004, celle d’une « guerre totale » avec les Palestiniens, une « guerre de nettoyage ». « S’ils tirent des roquettes sur Askelon, nous couperons l’électricité à Gaza, nous priverons Gaza d’essence. Quand la souffrance des Palestiniens sera tout autre, beaucoup plus intense, ils mettront eux-mêmes fin au terrorisme. (…) Et quand nous nous serons retirés, je ne veux plus connaître leurs noms, je ne veux plus entendre parler d’eux. »

La démonstration est, hélas, accablante.


On croit réver : « Les anthropologues embarqués reçoivent un entraînement militaire et, une fois sur le terrain, portent l’uniforme et une arme pour mener à bien leurs recherches ». Un anthropologue faisant son terrain en uniforme, une arme à la main, cela nous rappelle les plus noires périodes de la colonisation, quand les naturalistes passaient derrière les armées coloniales pour étudier les survivants des massacres de la « pacification »…

Tout comme les journalistes menteurs, les anthropologues militaires ne pourront plus à l’avenir se cacher derrière leur statut pour réclamer un traitement spécial en zone de conflits. Désormais un journaliste ou un scientifique est à considérer comme un agent de l’impérialisme, au même titre que les mercenaires ou soldats de l’armée d’invasion. Il est donc légitime de leur tirer dessus…

Anthropologues embarqués
[La Vie des Idées – Julien Bonhomme – 04-12-2007]
En Afghanistan comme en Irak, l’armée américaine « embarque » désormais des anthropologues afin de mieux comprendre les cultures locales. Le phénomène ne date pas d’hier, mais il a déclenché cette fois-ci un vif débat outre-atlantique.

« Vallée de Shabak, Afghanistan. Dans ce bastion taliban isolé à l’est de l’Afghanistan, les parachutistes américains viennent de déployer une nouvelle arme essentielle aux opérations de lutte contre l’insurrection : une anthropologue à la voix douce qui répond au nom de Tracy. Cette dernière, qui a demandé que son nom de famille ne soit pas divulgué pour des raisons de sécurité, fait partie de la première Human Terrain Team, un programme expérimental du Pentagone qui affecte des anthropologues et autres spécialistes des sciences sociales aux unités de combat américaines en Afghanistan et en Irak. Le talent de l’équipe de Tracy à saisir les subtilités de la vie tribale (elle a notamment réussi à identifier un conflit territorial ayant permis aux talibans d’intimider une importante tribu) lui a valu les éloges des officiers qui affirment constater des résultats concrets [1]. »

Pour tenter de gagner des guerres dans lesquelles elle s’enferre, l’armée américaine a ainsi décidé de faire appel à ce qu’on pourrait appeler des « embedded anthropologists » (pour reprendre l’expression ayant servi à qualifier les journalistes embarqués au sein des troupes américaines lors de la seconde guerre en Irak).

L’armée a chargé l’un de ses contractants, BAE Systems, de recruter les anthropologues. L’annonce d’emploi stipule : « Le Human Terrain System est un nouveau programme de l’armée, conçu pour améliorer la capacité des militaires à comprendre l’environnement socioculturel en Irak et en Afghanistan. La connaissance des populations locales permet aux militaires de planifier et accomplir leur mission plus efficacement et de recourir moins souvent à la force. » Au milieu du mois d’octobre 2007, six unités comptaient en leur sein des « anthropologues embarqués ».

En raison du succès des premiers essais, le financement du programme expérimental a été augmenté de manière à pouvoir à terme affecter des chercheurs en sciences sociales dans les 26 unités américaines présentes en Afghanistan et en Irak. Chaque Human Terrain Team est composée d’un anthropologue, d’un spécialiste de la langue locale, ainsi que de militaires à la retraite, généralement d’anciens membres du renseignement, des affaires civiles ou des opérations spéciales. Les anthropologues embarqués reçoivent un entraînement militaire et, une fois sur le terrain, portent l’uniforme et une arme pour mener à bien leurs recherches.

Le déploiement de ces anthropologues chargés de collecter des données socioculturelles pour l’armée est partie prenante de la nouvelle stratégie américaine de contre-insurrection (counter-insurgency) en Irak et en Afghanistan. Les anthropologues doivent en effet pouvoir aider les militaires à gagner la confiance des populations – pièce essentielle des opérations de « pacification. » On attend d’eux qu’ils permettent de gagner les « tribus » locales à la cause américaine en les empêchant de se rallier à celle des talibans ou des « insurgés » irakiens.

Si l’écrasante supériorité militaire et technologique américaine suffit en effet à gagner une guerre contre l’armée d’un Etat, une bonne connaissance du « terrain humain » est nécessaire pour contrôler une population dans le contexte d’une guerre non-conventionnelle. Or, l’armée américaine s’est révélée bien mal préparée sur ce terrain.

C’est ainsi que s’est imposée l’idée de recourir au « renseignement ethnographique » (ethnographic intelligence), singulière alliance du renseignement militaire et de l’ethnographie de terrain. A partir d’une collecte de données de première main, les anthropologues embarqués allaient ainsi pouvoir apporter à l’armée américaine une compréhension de la culture et de l’organisation sociale des populations locales qui lui faisait cruellement défaut.

Les données socioculturelles qui intéressent l’armée et que sont susceptibles de leur fournir les anthropologues concernent par exemple l’organisation sociale des tribus, le code de l’honneur ou encore le rôle de la vendetta. L’un des objectifs est la création d’une base de données identifiant les différentes tribus et les chefs locaux, mais aussi les principaux problèmes économiques, sociaux et politiques des populations. Parfois, les anthropologues embarqués sont amenés à mettre eux-mêmes la main à la tâche, l’équipe de Tracy ayant par exemple participé à l’installation d’un dispensaire gratuit à l’est de l’Afghanistan [2].

(suite…)


La conviction des services secrets sur le nucléaire iranien
[RFI 05/12/2007]
Ne pas rééditer les erreurs qui avaient amené la CIA et les services secrets américains à garantir que l’Irak était doté de tout un stock d’armes de destruction massive ; voilà l’objectif qui a poussé les services secrets américains à réorganiser leurs méthodes de travail et leur a permis d’aboutir à la conclusion détonante annoncée dans la nuit de dimanche 2 à lundi 3 décembre « l’Iran a mis un terme en 2003 à son programme nucléaire militaire ».

Les seize services de collecte et d’analyse du renseignement, réunis dans une même structure ne voulaient pas une nouvelle fois se ridiculiser en fournissant à la Maison Blanche et au département d’Etat des photos de sites où étaient censés se préparer les futures armes nucléaires iraniennes. La prestation de Colin Powell, le secrétaire d’état américain de l’époque, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 février 2003, est encore dans toutes les mémoires. L’ancien militaire avait brandi devant les représentants de la communauté internationale des photos, des films, des plans des sites irakiens où étaient, théoriquement, installées les armes de destruction massive.

Le souvenir du fiasco irakien
Une fois sur place, après l’invasion du territoire irakien par la coalition internationale, les troupes américaines avaient eu beau effectuer des recherches et multiplier les fouilles, force avait été de reconnaître la dure réalité : l’Irak de Saddam Hussein ne détenait pas ces armes terrifiantes qui avaient servi d’argument à George Bush. Les photos, les films, les bandes sonores brandis par Colin Powell aux Nations unies en février 2003, n’étaient que des leurres. Et le patron de la CIA, George Tenet, assis ce jour-là juste derrière le secrétaire d’Etat, qui avait pourtant garanti dur comme fer l’authenticité des informations fournies par son agence, n’avait fait que suivre le discours politique dominant, discours puisant en particulier sa force dans le terrible choc subi par les Etats-Unis le 11 septembre 2001, lors des attaques aériennes d’al-Qaïda contre les tours du World Trade Center. De nombreuses études publiées depuis lors – rapport d’enquête parlementaire ; écrits du célèbre journaliste Bob Woodward, ont démontré que l’aile ultra conservatrice du Parti républicain, emmenée par le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, avait vu dans le drame du 11-septembre l’occasion de s’en prendre à l’Irak et de terminer le travail, considéré comme inachevé, entrepris lors de la première guerre du Golfe, puisque les troupes américaines n’étaient pas entrées dans Bagdad.

http://www.rfi.fr/actufr/articles/096/article_59925.asp


N’enterrons pas trop vite l’empire états-unien. La bête a encore des ressources et est loin d’avoir dit son dernier mot. Tout triomphalisme prématuré est contre-productif.

[Philip Golub – Le Monde Diplomatique ]

Malgré l’opposition d’une bonne partie de son opinion publique, le président George W. Bush a annoncé la poursuite de l’engagement militaire en Irak. Et, malgré – ou à cause – des difficultés croissantes sur le terrain, les Etats-Unis pourraient être tentés par la fuite en avant et par une escalade contre l’Iran. Pourtant, l’enlisement de leur armée confirme les limites de leur puissance. Certains évoquent même un déclin qui pourrait être marqué par des soubresauts similaires à ceux de la fin de l’Empire britannique.

Un désastre ! Au sein des cercles de pouvoir américains, les conséquences de l’invasion et de l’occupation de l’Irak ont provoqué une crise plus profonde encore que celle qu’avait entraînée la défaite au Vietnam il y a trente ans. Comble de l’ironie, cette crise affecte la coalition d’ultranationalistes et de néoconservateurs qui s’est formée dans les années 1970 précisément pour tenter d’en finir avec le « syndrome du Vietnam », restaurer la puissance américaine et faire revivre la « volonté de victoire » des Etats-Unis.

Si l’on n’a pas assisté à une contestation de masse soutenue, comme ce fut le cas pendant la guerre du Vietnam, c’est en raison, sans doute, de l’existence d’une armée composée de volontaires issus essentiellement de milieux défavorisés ; du fait aussi que cette guerre est financée tant bien que mal par des capitaux étrangers (pour combien de temps encore ?). Mais la crise a fracturé l’establishment de « sécurité nationale » qui dirige le pays depuis la seconde guerre mondiale.

Le désaccord publiquement exprimé par une demi-douzaine de généraux à la retraite sur la conduite de la guerre (1), un fait sans précédent, est venu s’ajouter à l’expression récurrente d’un désaccord au sein des agences de renseignement et du département d’Etat depuis 2003. Cela dénote une tendance plus lourde touchant d’importants secteurs de l’élite et les principales institutions de l’Etat. Tous les détracteurs de la guerre ne sont pas aussi directs que le général à la retraite William Odom, qui répète inlassablement que l’invasion de l’Irak représente « le désastre stratégique le plus important de l’histoire des Etats-Unis (2) » ; ou le colonel Lawrence Wilkerson, l’ancien chef d’état-major de M. Colin Powell, quand il dénonce une « erreur de dimension historique » et demande la destitution du chef de l’Etat (3) ; ou encore l’ancien directeur du Conseil national de sécurité, M. Zbigniew Brzezinski, qui a qualifié la guerre en Irak et l’occupation du pays de « calamité historique, stratégique et morale (4) ».
(suite…)


[Xavière Jardez  – Bulletin des Amitiés Franco-Irakiennes n° 79 ]
La corruption est, comme le bon sens, la chose la mieux partagée au monde d’autant que sa source en est, en règle générale, l’Occident. Inconnue en Irak sous Saddam Hussein jusqu’en 1991, introduite timidement avec l’embargo, les Américains par leur guerre lui ont fait un pont d’or, dans ce pays et chez eux où elle gangrène le tissu politique, et selon certains, les valeurs morales démocratiques comme ils le dénoncent.

Le New York Times rapportait que le suicide d’un certain Charles D. Riechers, à 47 ans, deuxième officier le plus important des services de marché des forces aériennes, serait certainement passé inaperçu s’il n’avait exposé le degré de corruption américaine en Irak et d’implication entre contractors, de la sécurité notamment, et membres du Pentagone.

Riechers, à la demande de l’US Air Force, avait obtenu un poste avec Commonwealth Research Institute (sic), une entreprise de sécurité, pour la modique somme de 26.788 dollars pour deux mois de présence, dans l’attente de sa nomination au Pentagone, en janvier dernier, où il était chargé d’enquêter sur des accusations de corruption en relation avec Boeing. Le rapport, criblé d’omissions, qui en était issu, assurait que Rumsfeld, comme Wolfowitz, ignorait « la gestion la plus mauvaise de l’histoire contemporaine » selon le Comité sénatorial de l’armée, gère convaincu. Ces assurances avaient été données par Joseph Schmitz, inspecteur général, qui devint peu après, le chef des opérations dans une société du groupe Prince.

Le Groupe Prince, la holding qui détient Blackwater Worldwide, a mis sur pied une structure, Total Intelligence Solutions, Total Intel, dédiée à la recherche de renseignements dans tous les domaines. Elle regroupe un panel d’anciens hauts agents d’agences de renseignements de la CIA et des services secrets de l’armée, le pendant de la panoplie d’anciens militaires qui dirigent Blackwater. Cofer Black, l’ancien chef du contre terrorisme de la CIA connu pour le rôle controversé qu’il a joué lors des interrogations et transferts de suspects d’Al Qaïda et de leur détention dans des prisons secrètes, la dirige. Robert Richer, ancien directeur adjoint d’opérations de la CIA pendant 22 ans, très actif au cours de la guerre en Irak, en est le directeur général. En raison de ses liens avec Erik Prince, son propriétaire et ancien «Navy Seal» (commandos de marine), la projection de Total Intel dans le monde du renseignement brouille les frontières séparant gouvernement, industrie et activités auparavant réservées aux agents du renseignement officiel.

(suite…)


Jimmy Massey : « J’étais un assassin psychopathe »
[Rosa Miriam Elizalde – Voltaire – 15/11/2007]
Pendant près de douze ans, le sergent Jimmy Massey a été un US Marine aux nerfs d’acier et au cœur de pierre. Il a servi en Irak où il a participé à des atrocités, avant d’ouvrir les yeux et de lutter contre la politique belliciste de son pays. Il anime aujourd’hui l’association des vétérans d’Irak contre la guerre. Au Salon du livre de Caracas, où il a présenté son témoignage Cowboys del infierno, il a répondu aux questions de la journaliste cubaine Rosa Miriam Elizalde, de Cubadebate.

http://www.voltairenet.org/article153248.html

« Page précédentePage suivante »