[Emmanuel Ratier – Faits&Documents – N° 395 – 15/05/2015]

[…] tout se jouera sur le taux de participation. Selon un sondage Odoxa-i-Télé du 6 avril, 13 % des Français auraient l’intention de participer à la primaire, 32 % choisissant Juppé et 31 % Sarközy… Afin de pallier ce problème, le président de l’UMP a donc entrepris de s’emparer à la fois des thèmes de ses concurrents, mais aussi de leur méthode. Sur le premier élément, on appréciera son revirement (Challenge, 10 avril 2015) : « Quand j’étais président de la République, je n’aurais jamais dû parler d’identité nationale, mais dire que je voulais défendre les valeurs de la République. » L’ex-président estime aussi que ce dossier n’aurait pas dû dépendre du ministre de l’Immigration Éric Besson mais du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand ! Adieu les années Patrick Buisson (qui pourrait se reconvertir au nouveau FN), bonjour les années Régis Debray.

C’est chez l’ancien révolutionnaire devenu souverainiste que Nicolas Sarközy puise désormais l’essentiel de sa nouvelle rhétorique (comme l’a noté Claude Askolovitch dans Sarközy, Debray et la république, Le Monde, 18 avril 2015) : « Depuis son retour en politique, les seules paroles structurantes de Sarközy dérivent de la thématique de Debray. » Qui d’autre que ce dernier, qui a articulé le couple antagoniste “république/démocratie”, a pu inspirer cette sortie de Sarközy (TF1, 17 mars) : « La république a une identité. La France est une République, pas seulement une démocratie. Dans une démocratie, chacun fait ce qu’il veut tant que cela ne fait pas de mal aux autres. Dans une République, on est plus exigeant. La république, c’est la laïcité. »

Ce qui recoupe l’analyse du démographe Hervé Le Bras (Les Inrockuptibles, 1er avril 2015) : « Le tripartisme profite donc inévitablement au centre. Sarközy a compris qu’il fallait agréger l’UDI et une grande partie du Modem. Cela a bloqué la logique du PS, qui depuis les trente dernières années, a été de digérer l’ancien électorat des zones démocrates-chrétiennes. Cette marche vers le centre avait assuré le succès de François Hollande ; Sarközy a compris que Hollande était coincé par sa gauche. Aller davantage vers le centre aurait provoqué un éclatement du PS. »

Quant à la méthode, tout d’abord, contrairement à ce que peut prétendre Nicolas Sarközy, les élections départementales s’inscrivent dans une série de succès électoraux (en particulier les municipales de mars 2014, avec une « vague bleue » encore plus marquée qu’en 2015) qui ne doivent rien à lui mais bien plus à Jean-François Copé quand ce dernier dirigeait l’UMP. On a déjà oublié que la droite a perdu toutes les élections locales de 2004 à 2012 quand Sarközy était l’homme fort. Ensuite, la vraie leçon du scrutin (que le futur président des Républicains s’attribue), c’est la stratégie électorale prônée par Alain Juppé (à savoir l’alliance de l’UMP avec le centre, jusqu’au Modem de Bayrou), qui a permis la large victoire de la droite parlementaire (désormais significativement regroupée dans les scores sous le label “UMP-UDI”), schéma que les partisans de Sarközy avaient copieusement sifflé. En un tour de main, le personnage clivant a endossé le costume du rassembleur.

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