[Paul-Eric Blanrue – Iran French Radio (IRIB) –  20/10/2014]

À l’automne 2014, Éric Zemmour sort Le Suicide français (Albin Michel), désormais best-seller.
Il y vante au passage (page 304) le sionisme passé de Jean-Marie Le Pen, qu’il fréquente dans l’intimité depuis belle heurette, sans toutefois le dire.
De son côté, Serge Moati, qui se targue d’être un « juif et ancien franc-maçon », publie Le Pen, vous et moi (Flammarion) dans lequel il narre avec bonhommie son « amitié de 25 ans » avec le président de FN. Il en profite pour réaliser un film intitulé « Adieu Le Pen », diffusé sur France 2, sorte d’hagiographie présentée sous le masque de la rupture (à laquelle personne ne croit).
Tout ceci n’est pas le fruit du hasard. Mon enquête paraissant sous le titre Jean-Marie, Marine et les juifs(Oser dire) tombe à point nommé pour expliquer cette soudaine frénésie.
Je viens d’achever la lecture du Suicide français. Éric Zemmour y est habile. L’épaisseur du livre et sa construction non linéaire (les chapitres sont disposés comme les pièces d’un puzzle à reconstituer par le lecteur) lui permettent de multiplier les pistes et de noyer le poisson comme dans un roman policier. Son habileté est de reprendre pour l’essentiel des thèses à succès de ce qu’on appelle à tort ou à raison la dissidence, et de détourner ou minorer une grande partie des conclusions auxquelles celle-ci parvient.
Zemmour reconnaît ainsi, en quelques pages, les méfaits de BHL, Marek Halter et des autres sionistes adeptes de SOS Racisme ; en quelques lignes, mais guère davantage, il critique le pouvoir exorbitant du CRIF ; ayant compris que les esprits les plus éveillés en ont plus qu’assez de la remembrance shoatique, il la dénonce comme « religion obligatoire » et « métaphysique apocalyptique » (en prenant soin, pas folle la guêpe, de se démarquer des révisionnistes).
L’habileté de notre « juif berbère » consiste encore à rapporter sans insulte « le phénomène Dieudonné » et à raconter avec sobriété la remise du Prix de l’infréquentabilité et de l’insolence à Robert Faurisson par l’humoriste.

Subtil, malin comme un singe, le journaliste-chroniqueur a réussi à faire le buzz en reprenant la thèse d’un livre d’histoire non-conformiste sur Vichy, écrit par Alain Michel, un rabbin vivant en Israël : Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français (CLD, 2012). Puisque l’ouvrage du rabbin est préfacé par celui qui était alors président du CRIF, Richard Prasquier, le déchaînement de vitupérations que sa publicité provoque est par conséquent sans issue pour ses zoïles, qui seront un jour ou l’autre confrontés à l’autorité morale des patrons de la communauté organisée qui mettra de facto un terme à leurs débordements.

En attendant, il faut signaler le revers de l’habileté zemmourienne : la mauvaise foi ou, tout au moins, l’oubli volontaire ayant pour objectif de désigner à ses lecteurs une cible factice. Le diagnostic que Zemmour finit par poser, après mille détours, accable en effet, sans surprise aucune, l’islam.

« Pour « intégrer » l’islam, il faudrait que la France renonce à mille ans d’Histoire, renie Philippe le Bel, Richelieu, Louis XIV, Napoléon, de Gaulle », écrit-il dans un roulement un tambour. Zemmour n’a-t-il pas remarqué que la France a depuis longtemps renoncé à son Histoire ? Cet abandon est précisément ce qui pose problème, comme l’avait noté Guy Debord dans un texte devenu célèbre et dans lequel il faisait remarquer que les immigrés ne pouvaient guère s’intégrer dans une société ayant implosé, détruit ses normes et perdu ses racines.

N’importe, pour Zemmour, l’islam est à la source du mal : « L’islam est à la fois le révélateur et le détonateur de la désintégration de l’État-nation », insiste-t-il.

Fichtre ! Quelle puissance aurait donc cet islam-là ! Il serait capable à lui seul d’abattre l’État-nation ? C’est bien entendu la plus énorme faille de la démonstration de Zemmour. L’auteur oublie en cours de route (c’est pour cela qu’il négocie tant de zigzags, pour s’y perdre, pour nous perdre) un point essentiel, la vérité de bon sens contenue dans cette fameuse phrase attribuée à Voltaire : « Pour savoir qui vous dirige vraiment, il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer ». Chacun peut le constater : l’islam est vertement critiqué à peu près partout et par tous, de Valeurs actuelles à Charlie Hebdo, du Point à L’Express, du droitard Finkielkraut (le nouveau Maurras des identaires) au béachelien BHL.

Quel pouvoir détient en France cet islam universellement vilipendé ? Étant donné que Zemmour est invité sur tous les plateaux radio et télé pour y dénoncer sa nocivité, il devrait être clair comme le jour, à ses propres yeux d’expert, que cette religion, en quoi il discerne l’abomination de la désolation, ne dirige rien du tout dans notre pays et que ses agents ne disposent que d’une fort médiocre influence, puisqu’ils ne parviennent pas même à empêcher le vote de lois contre le voile et la burqa.

S’il réfléchissait deux minutes sans oeillères, Zemmour se demanderait a contrario quelles sont les personnalités les plus absolument interdites dans la France d’aujourd’hui. Ce n’est pas lui-même, Zemmour, l’ostracisé : on le voit et on l’entend sur toutes les ondes. Qui est donc ce diable incarné sur qui vomissent toutes les autorités de droite comme de gauche ? Point Zemmour, qui bénéficie d’invitations dans les émissions réalisant le meilleur taux d’écoute (quand bien même il y est critiqué : telle est la règle du jeu d’une bonne promo). Non, ce n’est pas Zemmour qui est censuré, loin de là.

C’est par exemple, pour ne prendre qu’une figure emblématique de ces nouveaux intouchables : Dieudonné. Quelle puissance est-elle à l’origine de l’exclusion totale des médias de Dieudonné ? Qui l’a désigné comme ennemi public ? Qui cherche jour après jour à lui interdire la location de salles ? Qui s’est donné pour mission de le chasser de son théâtre ? La puissance qui oriente les médias et l’action du gouvernement, celle-là même qui entend mettre un terme définitif à sa carrière d’humoriste.

La voilà la puissance dont Zemmour ne parle jamais, sauf pour regretter en quelques lignes, les malheureux écarts de l’un ou l’autre de ses réseaux, sans jamais prendre la peine de peindre un tableau d’ensemble de ses méfaits.

C’est pourtant cette même force qui a ostracisé son ami Le Pen durant trente ans, l’empêchant de mener une carrière politique normale ; ce ne sont point les imams de banlieue, les vendeurs de kebabs, les dealers de la place Clignancourt, ni les djihadistes d’hier et d’aujourd’hui qui ont monté l’opération du “détail” et la cabale de Carpentras !

Certes, on comprend mieux le silence d’Éric Zemmour concernant cette force innommable lorsqu’on réécoute d’anciennes émissions auxquelles il a participé, par exemple celle-ci, passée sur Radio Courtoisie, où il déclarait en 2011 :

« Je pense qu’Israël a une pratique de la souveraineté qui est exactement celle qu’avait la France pendant des siècles, c’est ça qui m’intéresse, c’est-à-dire une défense farouche de sa souveraineté, comme la France jusqu’au général de Gaulle, et qu’ils n’hésitent pas a employer la guerre comme moyen de défendre une politique et une souveraineté, exactement comme l’a fait la France pendant mille ans, c’est ça qui m’intéresse. Et je pense que le rapport complexe des Français vis-à-vis d’Israël vient de là.

Moi je pense toujours l’armée israélienne, c’est 1792, c’est le peuple en arme qui se bat avec les généraux de trente ans qui discutent et tutoient les soldats (…) Je pense que l’armée des Français de 1792 à 1805, c’était ça, exactement la même chose (…)

Les Israéliens ont été installés sur une terre ou il y avait déjà des gens, je dis des gens parce que je ne dis pas un peuple, vous savez bien un peuple il faut un sentiment d’appartenance et un destin commun qui n’existait pas chez les Palestiniens de 1948, puisqu’ils se sentaient arabe et c’est tout, pas spécialement Palestine ».

On comprend mieux pourquoi Zemmour ne s’étend pas sur la question dans son nouveau livre. Car c’est de cela qu’il s’agit. C’est le lobby de ce pouvoir-là qu’il importerait de mettre en relief.

Si la France a changé de destin, si la liberté d’expression a disparu dans notre pays, si la guerre en Afrique et au Proche-Orient est devenue notre lot quotidien, si la question de l’immigration a longtemps été interdite, si le bourrage de crâne sur la Seconde Guerre mondiale a atteint des sommets, si, comme le concède Zemmour lui-même, la Shoah est devenue la « religion obligatoire », imposant aux Français une repentance de chaque instant, ce n’est pas à l’islam qu’en revient la responsabilité. Il importe de le dire et de le répéter jusqu’à ce que la réelle appréciation des forces en présence devienne claire pour nos contemporains.

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