[Cécile Chevré – Croissance & Opportunités – 13/05/2013]

Tout d’abord dans le conflit entre l’Ukraine et la Crimée. Kiev a en effet décidé le 26 avril dernier de couper les vannes du canal de Crimée du Nord, un canal qui assure à lui seul 85% des besoins en eau de la Crimée. Exemple frappant de l’utilisation de l’eau dans le cadre des conflits géopolitiques.

Comme je vous le disais quand nous nous sommes intéressés au sujet il y a quelques mois (vous pouvez retrouver l’article en question ici), il n’y a pour l’instant aucun exemple historique de guerre déclenchée à cause et uniquement à cause de l’eau. Seules les révoltes sociales, appelées justement « la Guerre de l’eau », qui ont frappé la Bolivie en 2000 pourraient constituer l’exception à cette règle.

Mais cette ressource indispensable, non seulement aux hommes mais aussi à l’agriculture, l’élevage sans oublier l’industrie, est de plus en plus utilisée comme un moyen de pression dans des conflits géopolitiques ou économiques entre pays. L’exemple de la Crimée nous le rappelle.

La composante hydrique des conflits devrait d’autant plus s’accentuer dans les années qui viennent que, selon un récent rapport de l’Unesco, deux tiers de la population mondiale souffrira de la pénurie d’eau d’ici à 2025.

La Californie se déshydrate à vue d’oeil
Si le terme de guerre de l’eau a refait surface ces dernières semaines, c’est aussi à cause des tensions grandissantes autour des réserves hydriques en Californie. L’Etat connaît une sécheresse qui concourt pour le titre peu envié de pire sécheresse de l’histoire californienne. Depuis trois ans, l’Etat est effectivement dans une situation préoccupante entre précipitations au plus bas et températures excessives.

L’ampleur de la sécheresse est tel que, fin avril, le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, a déclenché une nouvelle fois l’état d’urgence, et ce pour la seconde fois en moins de trois mois.

Or, et c’est aujourd’hui le coeur du conflit, la Californie est aussi un des principaux fournisseurs américains en fruits et légumes. 60% de la production américaine de fruits et 51% de celle de légumes viennent de cette région des Etats-Unis. Des cultures qui sont aujourd’hui menacées par les restrictions d’eau. Le conflit enfle donc entre les cultivateurs et le gouvernement, mais aussi entre les cultivateurs eux-mêmes, sur la question de la répartition de l’eau

Seules possibilités actuelles pour les agriculteurs : laisser dépérir certaines cultures et mettre en jachère une partie de leurs terres. Selon la California Farm Water Coalition, citée par Le Monde, ce sont près de 10% des terres cultivées qui devraient ainsi être mises en jachère cette année faute d’approvisionnement suffisant en eau.

Quand le réchauffement climatique s’en mêle
Le problème n’est pas limité à la Californie. Une récente étude publiée dans le journal Science et menée par des chercheurs de l’université de Stanford tend à montrer que le réchauffement climatique fait peser un risque majeur sur les rendements. S’appuyant sur l’exemple de la culture du maïs aux Etats-Unis, les chercheurs en ont conclu que « la Corn Belt est extrêmement productive mais, ces 20 dernières années, très peu de progression des rendements a été constaté dans les zones non irriguées pendant les périodes les plus chaudes ».

En clair : les cultures actuelles ne sont pas adaptées au réchauffement climatique et devraient donc voir leur productivité décliner dans les années à venir.

Des solutions qui passent nécessairement par une meilleure irrigation
Quelles sont les solutions ? Il y a bien sûr l’amélioration des espèces pour les rendre moins gourmandes en eau ou plus résistantes à la sécheresse. Ou encore l’adaptation des cultures aux terres et aux ressources en eau. Certaines méthodes de cultures — je pense en particulier aux cultures dans les zones désertiques ou quasi-désertiques — devraient être amenées à disparaître dans les décennies à venir sous la pression de l’affaiblissement des ressources hydriques.

Mais il y a surtout la bonne gestion de l’irrigation. Or, 80% des terres agricoles américaines ne sont aujourd’hui pas irriguées. Et en Californie, le système d’irrigation, datant de plus d’un siècle, est aujourd’hui dépassé par les nouvelles contraintes et exigences environnementales et hydriques.

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