[Dov Lerner – SourceFiles – IES News Service – 20/03/2014]

A l’heure où Israël ressort l’affaire du vol Pan-Am 103, détruit par un attentat au-dessus du village de Lockerbie, afin de nous convaincre (et surtout l’opinion US) de bombarder l’Iran (c’est devenu une obsession en Israël, même chez l’homme de la rue)… il est bon de se tourner vers des sources « non-approuvées » pour tenter d’y voir un peu plus clair. Car l’affaire est typique du Moyen-Orient, avec un entrelacs de groupes aux intérêts divers mais parfois convergents, de guerres entre agences et services de sécurité, de considérations géopolitiques changeantes, d’agendas différents de la part de pays « amis », de luttes d’influence entre factions…  bref, rien qu’on ne connaisse déjà pour peu qu’on se soit un tout petit peu intéressé à la région ces 40 dernières années… et les bourdes des services secrets rappellent celles (étranges) commises 20 ans plus tard, la veille du 11 septembre 2001.

Lester K Coleman, agent secret travaillant pour la Defense Intelligence Agency, a publié le seul récit depuis l’intérieur sur cette histoire : Trail of the Octopus. Un livre que le gouvernement US et de Margaret Thatcher ont tenté d’interdire… sans succès. Ils ont alors tout fait pour en discréditer l’auteur, le faisant passer pour malhonnète, fou, cupide, traitre etc. etc. … comme on peut le voir sur sa page Wikipedia.  Le livre complet est librement téléchargeable icihttp://www.libertes-internets.net/archives/docs/Lester_K_Coleman_TRAIL_OF_THE_OCTOPUS.pdf  (PDF 11,5 Mo)

Le 3 juillet 1988, dans le golfe persique, le croiseur USS Vincennes – qui se trouve illégalement dans les eaux territoriales iraniennes –  prétend avoir détecté un chasseur iranien hostile en vol d’approche, il tire des missiles… et abat un innocent avion de ligne civil iranien, assassinant 290 pèlerins en route vers  la Mecque. Le gouvernement US (ainsi que le capitaine du vaisseau Will Rogers III – qui ne sera jamais inquiété) refusent de s’excuser, affirmant qu’il y avait bien une menace et qu’ils n’ont fait que se défendre… Les 290 civils innocents qui sont morts ? Tant pis pour eux, explique Reagan, ils n’avaient qu’à pas être iraniens.

L’Ayatollah Khomeiny est furax et ordonne des attentats contre 4 avions de ligne US en rétribution… mais il ordonne aussi de le faire discrètement, afin de ne pas nuire au timide réchauffement des relations avec l’occident, dont l’Iran a besoin pour se reconstruire, après les dix années de massacres inouïs de la guerre Iran-Irak.

De plus, l’Iran est entrain de négocier avec les Etats-unis et la France une aide technologique secrète, en échange de son influence dans la libération des otages au Liban…

Le « marché » de l’attentat est remporté par le Front-Populaire-de-Libération-de-la-Palestine Commandement Général (FPLP-GC) de Ahmad Jibril, qui a une solide réputation en matière d’attentats contre des avions. Le groupe est connu pour sa compétence technique en bombes sophistiquées. Jibril raconte partout qu’il a reçu la somme faramineuse (pour l’époque) de 10 millions USD pour ce contrat.
Le FPLP dispose depuis les années 1960  d’une base logistique en Allemagne, autour de l’aéroport de Frankfort, un important noeud aérien entre l’Amérique et l’Europe et qui est – à l’époque – connu pour être une vraie passoire, notamment par la présence de nombreux techniciens et opérateurs au sol d’origine kurde ayant des sympathies avec la résistance kurde et palestinienne. De nombreux réfugiés palestiniens, syriens et jordaniens vivent dans la Ruhr, très bien intégrés et discrets, ne se faisant pas remarquer de la police.

L’opération est dirigée par Marwan Abdel Khreesat, le technicien en chef du FPLP-GC… mais également informateur de la police allemande ainsi que des services secrets jordaniens qui tiennent sa famille en otage. Tant la CIA que le BKA que le Mossad (qui a trouvé des documents préparatoires lors d’un raid sur un camp FPLP-GC au Liban) sont donc au courant qu’il est prévu de faire sauter un avion Pan-Am depuis Francfort via une bombe cachée dans une valise. Des alertes sont envoyées par tous les services de police…

Mais Francfort est également un « hub » de la CIA et de la DEA qui utilisent les mêmes failles dans le système de suivi des bagages ainsi que les sympathies de certains opérateurs au sol, pour faire passer des valises de drogue héroïne depuis le Liban, via Chypre et Francfort, vers les Etats-unis.

Il s’agit d’une « pipeline contrôlée » qui permet à la DEA d’avoir un oeil sur les réseaux de la drogue aux USA. L’opération est dirigée par Michael T. Hurley, le chef de bureau de la DEA à Chypre, qui tente par ce biais d’avoir un moyen de contrôle des nombreux groupes impliqués dans le trafic de drogue aux Etats-unis..

La CIA soutient cette pipeline car elle est le principal moyen de financement des clans dans la vallée de la Bekaa, grands producteurs d’héroïne, qui forment la base de la résistance anti-syrienne et anti-islamique iranienne au Liban. Et notamment le clan Jafaari, un acteur historique du traffic de drogue avec les Etats-unis (c’est lui qui était le principal fournisseur de Lucky Luciano et de la Mafia US dans les années 1940). Un des fils Jafaari sera d’ailleurs le « porteur de valise » qui apportera la bombe dans l’avion… croyant probablement qu’il s’agissait d’heroïne. Il mourra dans l’explosion.

Enfin, le Département d’Etat US ne veut surtout pas qu’on « grille » la pipeline de Francfort, étant donné que le trafic de drogue était quasiment le seul moyen pour soutenir économiquement les factions chrétiennes pro-Occidentales au Liban sans lesquelles tout le pays risquait de tomber aux mains des extrémistes islamiques pro-iraniens.

Pour Jibril, étant donné ses connections au sol à Francfort, placer une bombe dans un avion n’est pas un problème…  mais il se heurte à un sérieux conflit d’intérêt avec le cartel de la drogue des Syriens, basé au Liban. Depuis l’invasion syrienne, le marché de la drogue a été réorganisé entièrement sous la houlette de Rifat Assad, le frère du président dictatorial syrien, Hafez Assad, et surtout son associé, Monzer al-Kassar, qui ont totalement pris en main les circuits de la drogue entre la Bekaa et les US, via Francfort et Londres.

Monzer Al-Kassar est également un trafficant d’armes réputé, principal fournisseur de tous les groupes extrémistes palestiniens dans la région, mais aussi des guérillas plus lointaines, comme par exemple les « Contras » au Nicaragua (que le président Reagan adore) , via le célèbre Lt-Colonel Oliver North et le Général d’aviation Richard Secord. Dans cette fonction, il est une « ressource de la plus haute valeur » de la CIA et a joué un rôle de premier plan dans la libération des otages français au Liban…. ainsi que dans celle des otages US… en échange de ses bons services, la CIA est priés de lui donner un petit coup de pouce dans ses activités économiques… message reçu 5/5 par la CIA et le Département d’Etat.

Ahmed Jibril, dont le mouvement est financé largement par une taxe sur le traffic de drogue accordée par les Syriens, n’a donc aucune envie de se fâcher avec Rifat Assad – qui travaille également avec la CAI contre l’Iran – ni avec al-Kassar, qui n’aimerait pas que sa pipeline de Francfort soit compromise par un attentat qui mettrait en évidence les immenses lacunes de sécurité sur cet aéroport.

D’un autre côté, le FPLP-GC peut difficilement refuser le contrat qu’il a accepté (et qui lui a été payé) chez les iraniens, au risque de voir son mouvement laminé par les factions chiites pro-iraniens, notamment un certain Hezbollah.. qui a également les faveurs du régime Assad.

C’est ce que l’on appelle être pris entre l’enclume et le marteau… le BKA allemand et le Mossad israélien filment d’ailleurs un certain nombre de réunions entre Jibril et Al-Kassar, dans des restaurants à Neuss et à Paris. Les débats semblent animés…

Pour la suite, lisez le livre (en anglais) :

http://www.libertes-internets.net/archives/docs/Lester_K_Coleman_TRAIL_OF_THE_OCTOPUS.pdf