A l’entrée de son cabinet, il était écrit « Trust me, I’m a doctor » – le patriarcat phallocrate dans sa plus parfaite expression !!!  Mois je sais, toi tu ne sais pas, alors laisse moi faire, je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi... on croirait entendre la Commission Européenne🙂

[Le Monde – Blog de Pascale Robert-Diard – 20/02/2014]

Affaire Hazout, le procès de tous les stéréotypes

La cour d’assises de Paris a reconnu l’ex-gynécologue André Hazout coupable de viols et agressions sexuelles sur cinq de ses ex-patientes et l’a condamné, jeudi 20 février, à une peine de huit années d’emprisonnement. La peine prononcée est inférieure aux réquisitions de l’avocate générale, qui avait demandé 12 ans de réclusion criminelle. L’ex-praticien – il a été radié de l’ordre des médecins – qui comparaissait libre, a été aussitôt arrêté à l’audience.

Dans la matinée, Mes Caroline Toby et Francis Szpiner, qui assuraient la défense d’André Hazout, avaient plaidé coupable pour les agressions sexuelles mais avaient demandé à la cour de ne pas retenir les accusations de viols et d’écarter la double circonstance aggravante de l’abus d’autorité de la part du médecin et de l’état de vulnérabilité des patientes. Les deux défenseurs avaient notamment mis en avant les déclarations ambivalentes de certaines des plaignantes, en soulignant que « la frontière entre l’admiration et la séduction est fragile ». Ils ont annoncé que leur client ferait appel de sa condamnation.

Pendant ces trois semaines d’audience, la cour, les jurés, les acteurs et les observateurs de ce procès auront vécu la confrontation des stéréotypes masculin et féminin dans ce qu’ils ont de plus profond, de plus primaire. D’un côté, l’homme, le médecin, le « sachant », le Pygmalion, le « magicien », le « bon Dieu », seul capable d’aider ses patientes à procréer. De l’autre, des femmes qui  se sentaient diminuées, amoindries dans leur féminité, coupables même, parce qu’elles ne parvenaient pas à être mères. Une dépréciation à leurs propres yeux – « je me sentais moche, stérile, avec un corps douloureux », a dit l’une – et à ceux de leurs proches – « tout le monde, mon mari, mes parents, attendaient de moi que je fasse un enfant », a confié une autre.

Un autre stéréotype est apparu sous le miroir déformant de la cour d’assises. Les femmes confrontées à des problèmes d’infertilité sont apparues bien seules face au long et douloureux parcours qu’elles ont dû emprunter. Les maris, les compagnons étaient trop « occupés » pour les accompagner chez le gynécologue et peu de couples y ont d’ailleurs résisté. A entendre les témoignages des plaignantes, on était loin des recommandations du professeur René Frydman qui, lors de sa déposition à l’audience, insistait sur le fait que ces grossesses difficiles doivent être considérées comme « une affaire de couple pour le couple et une affaire de couple pour le médecin ».

Stéréotype masculin encore, le comportement de l’ex-docteur Hazout, que l’âge avançant semble avoir rendu chaque année plus égrillard, plus grossier, plus obsédé de la satisfaction de ses seuls désirs et convaincu jusqu’à l’aveuglement de son charme.

Si dès les premiers jours d’audience ce procès est apparu dérangeant, c’est aussi parce qu’il a placé les plaignantes dans un autre rôle stéréotypé : celui de personnes vulnérables, comme peuvent l’être les personnes âgées, les handicapés ou les enfants, perdant tout libre-arbitre sous la double soumission à leur médecin-magicien et à leur désir d’enfant. Une réalité qui, pour les autres femmes – la réaction de plusieurs patientes favorables à leur ex-gynécologue en a témoigné – n’est pas forcément facile à admettre.

Comme on aurait aimé être souris dans ce délibéré de quatre heures où des hommes et des femmes, magistrats professionnels et jurés, ont dû se sentir loin, très loin, des polémiques sur les ABCD de l’égalité et la théorie du genre qui grondaient hors les murs de la cour d’assises !

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