160 000 Euros par moi, ça fait combien en putes ?

[Emmanuel Ratier – Faits et Documents n°364 – Octobre 2013]

L’ancien ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn multiplie les contrats juteux. L’ancien directeur exécutif du FMI va notamment devenir, avec l’aval du président de la République, le principal conseiller du vice-Premier ministre nationaliste Alexsandar Vucik afin de faciliter le rééchelonnement de la dette de la Serbie avec la Banque mondiale, le FMI et les grandes banques mondiales. S’il a indiqué qu’il travaillerait gratuitement les trois premiers mois par « amour de la Serbie » (mais avec prise en charge de tous ses frais), rien n’a filtré sur le pourcentage qu’il touchera sur les futurs accords avec les banques étrangères (outre la nationalité serbe qui devrait lui être accordée rapidement). Seule la presse serbe a indiqué qu’il arriverait avec de dix à quinze auditeurs qui, eux, seront payés dès le premier jour.

L’opération serbe aurait dû être menée pour le compte de la banque Arjil & Associés (c’est Wladimir Mollof, président d’Arjil, qui s’est beaucoup entremis, mais DSK était également soutenu par le Fonds russe des investissements publics, très implanté dans l’ex-Yougoslavie, dont il est membre du conseil de surveillance depuis juillet 2013) dont Dominique Strauss-Kahn était jusqu’alors un consultant de luxe.

Mais celui qui aurait dû être le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012 va très certainement donner cette affaire (comme les autres qu’il a en portefeuille tels un consortium de banques marocaines ou un fonds souverain et une compagnie d’assurance russe) au très discret conglomérat financier Anatevka, installé au Luxembourg, dont il deviendra, le 18 octobre, président du directoire. Comptant une centaine de professionnels haut de gamme, le groupe va être rebaptisé Leyne, Strauss-Kahn & Partners.

À la tête de sa propre EURL Parnasse, qui a déclaré la bagatelle de 630 000 € de chiffre d’affaires pour quatre mois d’activité en 2012, DSK devrait largement doubler, voire tripler, ce montant en 2013, d’autant qu’il est très présent dans les pays émergents: conseils aux dirigeants du Sud-Soudan, conférences allant de 50 000 à 150 000 € au Maroc (en particulier dans les grandes banques où il sert aussi d’intermédiaire avec le FMI), en Corée du Sud, en Ukraine à l’occasion du Yalta European Forum, organisé par son disciple Stéphane Fouks, ou en Chine chez le géant de l’Internet NetEase. Il se rend par ailleurs chaque mois à Moscou au conseil de surveillance du fonds et de la banque russe. Ses revenus actuels avoisineraient les 160 000 € par mois.

DSK va donc par ailleurs développer la division « banque d’affaires » Anatevka, qui s’ajoutera à la gestion d’actifs via Assya Asset Management implanté à Bruxelles, Bucarest, Genève, Luxembourg, Monaco et Tel-Aviv, l’assurance avec Firstcaution (Suisse), le capital-risque, le conseil aux pays émergents et asiatiques et l’intermédiation financière. Singularité: Anatevka est la ville fictive, située dans la Zone de résidence russe, où se déroule la comédie musicale Un Violon sur le toit de Joseph Stein, inspirée du roman yiddish Tewje, der Milchmann (Tewje, le laitier) de Cholem Aleikhem.

Le président d’Anatevka, Thierry Leyne, 47 ans, est un multi-millionnaire (voire milliardaire) israélo-français passé par le Technion d’Haïfa puis l’Université libre de Bruxelles. Ingénieur en génie civil, il a effectué toute sa carrière dans la finance. Il a lancé en 1996, avec Brice Moatti et Yves Naccache, Axfin (société d’investissement et transactions financières par internet), introduit en Bourse en 1999 et racheté par le courtier allemand ConSors (puis revendu à Paribas). Il lance également Assya Capital, coté sur le marché libre d’Euronext en 2001 (65,5 millions de capital). L’ensemble fusionnera avec Global Equities en 2010, avant une séparation à l’amiable en 2012 (Leyne en détient encore 30 %).

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