Comme quoi, on peut être Verte et déraper grave… Dominique, là tu déconnes sérieux ! Soit tu vires Hochard et sa bande d’excités, soit cela signifie que tu cautionnes – et dans ce cas là tu ne mérites pas d’être « Verte » ! (Dov – membre d’EELV)

[Mediapart –  02 juin 2013 | Par Louise Fessard  ]

L’agression le 19 mai 2013 d’un journaliste à Montreuil (Seine-Saint-Denis) par des agents de surveillance de la voie publique (ASVP) a levé le voile sur l’existence d’une équipe mobile d’agents communaux armés, dirigée par un proche de la maire Dominique Voynet (Europe Écologie-Les Verts) et qui s’apparente à une police parallèle. Selon les témoignages et éléments recueillis, certains ASVP de Montreuil, normalement préposés au stationnement, effectuent des missions qui vont bien au-delà de leur compétence : patrouilles en voitures banalisées, encadrement de manifestations publiques, expulsions de squats, palpations à l’entrée du conseil municipal, etc. Une situation paradoxale dans une ville dont la maire s’est toujours refusée à l’armement de la police municipale, considérant que la sécurité des citoyens relevait de l’État.

Journaliste reporter d’images pour l’agence de presse TSVP, Mikaël Lefrançois a déposé plainte le 21 mai 2013 pour violences aggravées contre le directeur de la tranquillité publique de Montreuil, Denis Hochard. La mairie a « provisoirement » suspendu ce dernier, en attendant les résultats d’une enquête interne. L’agence TSVP a indiqué vouloir également déposer plainte dans les prochains jours, notamment pour entrave à la liberté de la presse.

Le journaliste, âgé de 27 ans, affirme avoir été agressé dimanche 19 mai vers 2 heures du matin, aux abords du palais des congrès de Montreuil où se déroulait un festival de musique électro. Mikaël Lefrançois avait réalisé en 2012 un reportage sur les polices municipales, diffusé en janvier 2013 par M6 dans “Enquête exclusive”. Comme leur nom l’indique, les agents de surveillance de la voie publique ont uniquement compétence pour dresser des procès-verbaux en cas d’infractions liées à l’arrêt et au stationnement des véhicules, ainsi qu’aux règlements sanitaires sur la propreté des espaces publics. Aussi le jeune homme dit-il avoir été surpris en constatant que certains d’entre eux portaient à la ceinture d’imposantes bombes lacrymogènes.

« Mikaël a voulu prendre des photos sur son portable pour son sujet, et l’un des agents l’a sommé d’effacer les photos de façon hyper agressive, même après qu’il lui a montré sa carte de presse, explique Thibault Leguillon, l’ami qui l’accompagnait ce soir-là. Il s’est énervé très vite, car Mikaël refusait. » Lorsque l’agent photographié de dos se retourne, Mikaël Lefrançois découvre qu’il s’agit du chef de la tranquillité publique de Montreuil, qu’il dit connaître de vue sans l’avoir jamais rencontré. Son ami a eu le réflexe de sortir à son tour son portable pour filmer la scène.

Sur la première séquence que nous avons pu visionner, un agent en uniforme au dos siglé « tranquillité publique » demande à Mikael Lefrançois d’effacer ses photos de façon plus qu’insistante – « Je fais ce que je veux alors la photo, tu l’effaces. Je t’emmerde » –, avant de l’agripper par le col et de le plaquer au mur, tandis que le jeune homme appelle au secours un policier municipal proche – « Monsieur, vous êtes policier municipal, c’est un abus de pouvoir ! » Sur une deuxième vidéo datant du 19 mai à 2 h 04 du matin, on voit le journaliste être violemment amené au sol par plusieurs ASVP, sous le regard d’un policier municipal. Ce qui vaudra au jeune homme une hémorragie à l’œil droit, constatée le lendemain matin, et trois jours d’incapacité temporaire de travail.

Il affirme également avoir alors reçu une décharge électrique à la main « de faible intensité, mais suffisante pour me faire lâcher le téléphone ». « Ils lui ont mis le genou sur le visage, c’était violent », explique Thibault Leguillon. Sur la vidéo, on entend un homme – Denis Hochard, selon le journaliste – crier : « J’ai 52 ans, pépère. C’est pas un mec de ton âge qui va me casser les couilles. Maintenant tu vas me donner le code de ton appareil et on va virer les photos que tu as faites de moi. C’est comme ça la vie, parce qu’ici, on est en France, y a des lois. » Et de menacer : « Je vais te démonter ta gueule. Casse-toi, garçon ! Je vais te le mettre dans le cul ton téléphone. »

Une fois relâché et après avoir constaté que son ami avait filmé la scène, le journaliste aurait fini, sous la menace des agents communaux, par donner son code afin de débloquer le téléphone et d’effacer les photos. « Denis Hochard m’a redonné le téléphone, en me disant qu’il y avait plein de petites rues sombres à Montreuil et que ce serait dommage qu’on s’y croise un jour », relate Mikaël Lefrançois. Il dit avoir pris attache sur place avec des policiers nationaux, un policier municipal, ainsi qu’un membre du cabinet du maire, qui lui auraient répondu ne pas avoir vu la scène. Côté mairie, le directeur de cabinet de Dominique Voynet a dans un premier temps déclaré à l’AFP que le journaliste « semblait dans un état second » et aurait insulté les agents de surveillance, les traitant de « fachos » et de « milice ». La mairie refuse désormais de communiquer sur le sujet, malgré une liste de questions précises envoyée lundi 27 mai.

« Compte tenu de la nature des personnes impliquées », l’enquête préliminaire sur les faits de violence a été confiée à la sûreté territoriale de Seine-Saint-Denis, indique le parquet de Bobigny. Qui affirme n’avoir jamais été alerté auparavant sur des dérives au sein des ASVP de Montreuil.

Sur les photos de deux ASVP prises ce soir-là, on distingue un aérosol (avec une gâchette jaune) porté à la ceinture par l’un d’eux, au côté d’une lampe torche Maglite (le modèle préféré des agents de sécurité privés). Selon deux syndicats de policiers municipaux interrogés, l’USPPM et le SNPM-FO, il ne peut s’agir que de bombes lacrymogènes de 500 ml, qui font partie des armes de 6e catégorie, en vente libre, mais dont le port et le transport sont interdits sans motifs professionnels ou légitimes. Or en la matière, la réglementation est claire.

Comme le rappelait le ministre de l’intérieur, en avril 2012 dans une réponse à une question écrite, « les ASVP ne peuvent être armés et il n’est pas prévu de modification sur ce point, notamment pour éviter toute confusion avec les autres cadres d’emplois locaux investis de missions de police, qui – eux – peuvent être armés sous certaines conditions et à l’issue d’obligations de formation rigoureuses auxquelles ne sont pas astreints les ASVP ». Mais les écarts sont rarement sanctionnés, les autorités préfectorales et judiciaires préférant souvent fermer les yeux. Début mai 2013, l’USPPM a fini par obtenir le désarmement des ASVP de Soisy-sous-Montmorency (Val-d’Oise), eux aussi illégalement dotés de bombes lacrymogènes. Le syndicat avait alerté le préfet du Val-d’Oise… trois ans auparavant, en mai 2011.

http://www.mediapart.fr/journal/france/290513/les-agents-de-surveillance-tres-speciaux-de-la-mairie-de-montreuil