[Emmanuel Ratier – Faits & Documents n°333- 15 Avril 2012]

Le Djihad de Mohammed Mérah, Français salafiste d’origine algérienne à deux générations (c’est son grand-père qui est arrivé en France à l’époque de l’Algérie française, cf. El Watan, 24 mars 2012) de 24 ans, n’a rien de nouveau, même si les médias tentent de faire croire qu’il s’agit d’un cas isolé et d’un « loup solitaire » non lié à une organisation structurée… alors même qu’il a été formé au combat durant deux séjours au Waziristan.

Qui se souvient par exemple de cet autre agent dormant, présenté comme isolé, qu’était Khaled Kelkal, franco-algérien de 24 ans, artificier du Groupe islamique armé et principal responsable de la vague d’attentats de l’été 1995 (une vingtaine de morts, plus d’une centaine de blessés). Lui aussi avait tué des musulmans « modérés » et s’était attaqué à une école juive (14 blessés).

« La seule chance pour Sarközy de remporter cette élection réside dans un événement exogène à la campagne, un événement international, exceptionnel ou traumatisant » déclarait Christophe Barbier, directeur de L’Express, à C dans l’air (France 5), le 12 mars 2012.

Avec ses contradictions factuelles multiples et ses failles énormes, l’histoire de Mohammed Mérah pourrait faire penser à la stratégie de tension orchestrée par l’État profond (infiltration, manipulation, laisser- faire, agents dormants, etc.) ou démontre les énormes carences de la division antiterroriste de la Direction centrale du renseignement intérieur, incapable de surveiller un combattant salafiste clairement identifié depuis au moins 2007. Comme l’avoue Le Monde (23 mars), « il est surprenant qu’il ait échappé au contrôle de […] la DGSE ».

Comment croire en effet que Mohammed Merah, qui avait été condamné pour 18 faits de violence (et en avait à son actif plusieurs dizaines d’autres comme cela vient d’être démontré), dont 15 quand il était mineur, et 21 mois de prison, ait été considéré comme un « petit délinquant ». De surcroît, diverses plaintes, jamais instruites, avaient été déposées contre lui pour endoctrinement salafiste, visionnage par des mineurs de vidéos de décapitation en Afghanistan, menaces de mort, passages à tabac, toujours pour des questions religieuses (il avait même traversé la cité en tenue de combat, un sabre à la main, en hurlant « Al Qaïda, Al Qaïda ! », cf. Le Parisien, 21 mars). Comment croire qu’il n’ait pas été étroitement surveillé par la Direction zonale du renseignement intérieur alors qu’il appartenait à une famille djihadiste et salafiste (donc figurant dans le fichier Cristina).

Son frère, Abdelkader Merah, qui a glorifié les actions de Mohammed, appartenait à une filière islamique envoyant des « beurs » se former au djihad en Irak. Il a participé, avec sa soeur, à des stages dans une école coranique au Caire. Avec elle et Mohammed, il a fréquenté un groupe de djihadistes installé en Ariège se préparant au combat contre les « infidèles » en Irak. Les membres de ce groupe ont été interpellés le 15 février 2007 et condamnés en juin 2009 pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Sa mère, Zoulikha Aziri, a même épousé un salafiste, père de Sabir Essid, membre de ce groupe terroriste et djihadiste confirmé (arrêté les armes à la main, à la frontière entre la Syrie et l’Irak), à qui Mérah portait de l’argent en prison.

Mohammed Mérah, qui ne travaillait pas (il touchait même le RSA !), utilisait plusieurs logements, louait plusieurs véhicules au mois, et disposait d’un arsenal. Autant de choses qu’il aurait donc financé tout seul, organisant également seul, alors qu’il avait à peine plus de 20 ans, des voyages en Afghanistan, au Tadjikistan, au Pakistan, en Syrie, en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Irak, etc.

Mieux, Mohammed Mérah s’est même rendu en Israël (comme en témoigne son passeport et comme l’a confirmé Bernard Squarcini au Monde le 23 mars). Il avait été par la suite en stage dans les camps du Mouvement islamique d’Ouzbékistan qui forme les musulmans internationalistes à combattre en Afghanistan. Cet « amateur » plus qu’« éclairé » avait même réalisé des centaines de photos pour faire croire à des voyages d’agrément et ne pas attirer l’attention. Finalement interpellé à Kandahar et remis aux services américains, il avait été expulsé vers la France le 4 décembre 2010, mais… y était retourné d’août à octobre 2011 (alors même que le tampon israélien lui interdisait toute entrée). Il figurait également sur la no-fly list des services de renseignement américains, qui lui interdisait non seulement de se rendre aux États- Unis mais aussi d’embarquer dans un avion d’une compagnie américaine.

La connexion avec l’extrême gauche n’a pas non plus été mise en avant. On a laissé son avocat, M. Christian Etelin, dont le cabinet réalise le plus gros chiffre d’affaires de France en matière d’aide juridictionnelle, prétendre, sans rire, que Mérah était « un jeune homme très doux, au visage d’archange, au langage policé » ou que le RAID n’avait pas voulu « sérieusement négocier jusqu’au bout ».

Surnommé le « Robin des Beurs », cet avocat (depuis 1978) s’est fait une spécialité de la défense des délinquants d’origine maghrébine des « quartiers sensibles », des immigrés clandestins, des gauchistes, des antinucléaires, des activistes trotskistes, des membres du SCALP (sections carrément anti-Le Pen), etc. Engagé dans la mouvance marxiste-libertaire en mai 1968, il a appartenu à de multiples groupuscules d’extrême gauche comme Nous sommes la gauche ou Les Motivé-e-s (candidat sur la liste municipale à Toulouse). Dans les années 90, il sera poursuivi pour avoir fourni des pièces pénales à un de ses clients. Acte qu’il revendiquera officiellement.

« La lutte contre les discriminations et les injustices est un prolongement de sa pratique politique » dira son épouse lorsqu’il se présentera comme candidat de l’Elan citoyen contre les discriminations et les exclusions dans la 4e circonscription de Haute-Garonne en 2007 (avec pour suppléant Ali Kourak). Il a également défendu nombre de terroristes, en particulier Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon (ou le braqueur Bruno Sulak), notamment pour l’assassinat de Georges Besse, PDG de Renault, et des membres de réseaux de soutien à l’ETA.

Son épouse, Marie-Christine Etelin, également avocate de Mérah, l’a aidé à se recycler dans le droit alors qu’il n’était que maître-auxiliaire en philosophie. Avocate depuis 1969 et ayant prêté serment en 1972, elle a toujours milité dans la mouvance d’extrême gauche (trotskystes, libertaires, anti-militaristes, anti-nucléaires, etc.). Elle a notamment été durant de nombreuses années l’avocate toulousaine de la Ligue communiste révolutionnaire, dès 1975, de Jean-Marc Rouillan, chef d’Action Directe (elle fut interpellée et placée en garde à vue le 24 novembre 1985), de José Bové. Le couple, ces dernières années, a soutenu Europe Ecologie-Les Verts.

La mort en direct de Mohammed Mérah a révélé, même si l’information a été soigneusement tue, l’ampleur de la diffusion des idées salafistes dans l’Hexagone. Ouverte quelques minutes après la mort de Mérah, sa « fan page » sur Facebook comptait déjà plus de 11 000 admirateurs, avec des commentaires plus qu’enthousiastes (cf. site fdesouche. com). De même, la télévision suisse (mais pas les chaînes françaises) a montré des jeunes musulmans venant déposer des bouquets de fleurs devant son immeuble et une manifestation de soutien s’est déroulée le 25 mars.

Et, pendant ce temps, on a déjà oublié l’incroyable laxisme de la Direction centrale du renseignement intérieur qui a fini par admettre le 13 février avoir perdu, depuis le 22 janvier, la trace de Saïd Arif, ancien officier algérien, condamné en mai 2007 à dix ans de prison dans le procès dit des « filières tchétchènes » pour avoir fomenté des attentats (déjoués) en 2001 et 2002 en France, avec les groupes dits « de La Courneuve- Romainville » et « de Francfort ».

Comme le procès l’avait démontré, il était en relation avec le Jordanien Abou Moussa al-Zarkaoui, ancien chef de la branche irakienne d’Al-Qaïda, avait rencontré Oussama Ben Laden en 2000, avant de se rendre en Tchétchénie et dans les camps d’Al-Qaïda en Afghanistan, pays dont il avait été expulsé en juin 2004 vers la Syrie, qui l’avait ensuite remis à la France. Sa peine avait été assortie d’une interdiction définitive du territoire, mais, à sa libération, en décembre 2011, la Cour européenne des droits de l’homme avait exigé qu’il ne soit pas expulsé. Il avait donc été placé en détention (théoriquement) surveillée dans un hôtel de Millau (aux frais du contribuable). En réalité, il devait simplement pointer au commissariat local…

En revanche, il apparaît d’évidence que la DZRI, via un officier de police judiciaire (de religion musulmane, cf. Le Point du 23 mars), a proposé, en novembre 2011, à Mohammed Merah de devenir son informateur. Lors des négociations, ce dernier déclare en effet : « Je devais t’appeler pour te donner des tuyaux, mais, en fait, j’allais te fumer » (Le Monde, 24 mars). C’est très certainement ce qui explique que le djihadiste n’ait pas été ciblé dès son premier crime.

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