Le dernier livre de Greg Palast est en cours de traduction vers le Français par un collectif militant. NOUS CHERCHONS UN EDITEUR – la traduction lui sera remise gratuitement. Pour les autres textes de Greg Palast publiés par Libertes-Internets, c’est ici :  https://libertesinternets.wordpress.com/category/observatoire-de-lempire/greg-palast/

[Greg Palast – « In These Times » 06/11/2001 – Traduction: Gregor Seither]

Voici la situation telle que nous la racontent les médias et les politiques :

L’économie grecque s’est effondrée parce qu’un paquet de Grecs feignants, tout juste bon à cracher des noyaux d’olives et à siroter de l’Ouzo toute la journée refusent de se remonter les manches et de se mettre au boulot, partent à la retraite alors qu’ils sont encore adolescents, avec des montants de retraite dignes d’un pacha et que, pour couronner le tout, se se sont plongés dans une frénésie de dépenses pour leurs services sociaux, en utilisant de l’argent qu’ils avaient emprunté.

Et maintenant que la fête est finie, maintenant qu’on leur présente la facture à payer, maintenant qu’ils doivent rembourser par le biais d’impôts plus élevés et des coupes budgétaires dans leur gros fromage d’Etat-providence, alors là soudain ils se réveillent, se mettent à gueuler, foutent le bordel dans les rues, cassent des vitrines et brûlent des banques. Vous y croyez vous ?

Moi, cette histoire, je n’y crois pas. Je n’y crois pas car j’ai sous la main un document qui est marqué, « Confidentiel – Ne pas circuler. »

Bon, je vais aller directement à la conclusion: la Grèce tout entière est devenu la scène d’un crime. Les Grecs sont victimes d’une fraude, d’une escroquerie, d’un marché de dupes, d’un tour de passe-passe. Et – âmes sensibles s’abstenir – l’escroc en question est une banque du nom de Goldman Sachs.

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Ce texte est l’adaptation d’un extrait de « Vulture’s Picnic » (Le pique-nique des vautours), le nouveau livre de Greg Palast, qui doit sortir la semaine prochaine aux Etats-Unis, une enquête sur les traces des profiteurs du pétrole, des pirates de l’énergie et des escrocs de haut-vol dans la finance. Vous pouvez en lire le premier chapitre en-ligne ou bien tout simplement précommander le livre ici.  Si vous connaissez un éditeur francophone intéressé par la publication de la traduction française, contactez L&I, nous lui proposons de réaliser gratuitement la traduction. 
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En 2002, Goldman Sachs a secrètement acheté jusqu’à 2,3 milliards d’Euros d’obligations émises par gouvernement grec, il a converti le tout en Yen et en Dollar, puis il immédiatement revendu le tout à la Grèce.

Goldman a encaissé une perte énorme sur cette transaction.

Est-ce que Goldman est stupide?

Oui, Goldman est stupide… stupide comme un renard. La transaction était une escroquerie, Goldman-Sachs inventant un faux taux de change pour cette transaction. Pourquoi ?

Goldman avait passé un accord secret avec le gouvernement grec au pouvoir à l’époque. Le but: masquer un déficit budgétaire massif. La fausse perte de Goldman était un faux bénéfice pour la Grèce.

Goldman se ferait rembourser sa «perte» par le gouvernement à un taux usuraire.

Mais le véritable objectif de ce tour de passe-passe insensé et couteux était de permettre au gouvernement de droite et néolibéral de la Grèce de prétendre que son déficit public ne dépassait pas les 3% de son PNB – (et que donc la Grèce pouvait adhérer à l’Euro).

Cool ! C’était une escroquerie, mais c’était cool.

Mais les tours de passe-passe ont un prix de nos jours: outre le paiement de taux d’intérêt assassins, Goldman a facturé aux Grecs plus d’un quart de milliard de dollars en honoraires.

Lorsque le nouveau gouvernement socialiste de Georges Papandréou est arrivé au pouvoir, ils ont ouvert les livres de comptes et les chauves-souris de Goldman en sont sortis en battant des ailes. Les investisseurs sont devenus fous, exigeant des taux d’intérêt monstrueux en échange de prêts d’argent pour absorber une pareille dette.

Ceux qui détenaient des obligations grecques ont paniqué, se précipitant pour se prémunir contre le risque d’une faillite du pays, en achetant de l’assurance contre le défaut de paiement. Le prix de l’assurance obligataire – également appelé « contrats d’échange sur risque de crédit » ou Credit default swap (CDS) a également atteint des sommes faramineuses. Et qui était le plus gros vendeur de contrats CDS ? Qui s’est fait un paquet de blé à cette occasion ? Goldman.

Mais qu’en est il de ces montagnes de CDS pourris vendus par Goldman et par les autres banques ? Est-ce que les conseiller financiers ne savaient pas que ce qu’ils vendaient à leurs clients n’était rien d’autre que des merdes plaquées-or  ?

Ils le savaient très bien, ce genre de produit est d’ailleurs une spécialité de Goldman Sachs. En 2007, à l’époque où les banques vendaient à tour de main des CDS et des CDO pourris (des paquets d’obligations adossés à des prêts « subprime » hypothécaires à risque), Goldman détenait une « position courte nette » contre ces mêmes titres. Cela veut dire que Goldman pariait sur le fait que les produits qu’elle « recommandait à l’achat » à ses clients, allaient tôt ou tard se retrouver aux chiottes. Goldman s’est fait un autre d’un demi-milliard de dollars de bénéfs avec son escroquerie à la position courte nette.

Mais, au lieu de passer les menottes au PDG de Goldman, Lloyd Blankfein et l’exposer à la foule dans une cage dans les rues d’Athènes, on veut nous faire croire que les coupables de cette situation sont les Grecs, alors que le peuple grec est la première victime de cette fraude gigantesque. Non seulement on leur fait porter le chapeau, mais en plus on leur fait payer le coût de l’escroquerie des autres. L’étalement (« spread ») de la dette sur les obligations grecques (autrement dit la prime de risque à payer sur la dette corrompue de la Grèce) s’élève désormais à – accrochez vous – 14 000 US$ par famille grecque, par an.

L’Euro-nation, la note secrète de Timothy Geithner et la connexion écuadorienne

Pourquoi le gouvernement grec a-t-il placé le sort de son pays entre les mains graisseuses de Goldman-Sachs? Qu’est ce qui était écrit dans ce foutu document « Confidentiel » ? Et pourquoi ai-je dû apporter ce document à Genève, pour le fourrer sous le nez du Directeur général de l’OMC afin qu’il me l’authentifie? Je signale au passage que le DG de l’OMC est Pascal Lamy, un Français « socialiste » et banquier qui vous fout les jetons et sur lequel, dans la vie normale, je ne me donnerais même pas la peine de cracher dessus (jetez un coup d’oeil à la vidéo ci-dessous). Une fois authentifié mon document, j’ai foncé à Quito, en Equateur, afin de le partager avec le président de ce pays, qui en a été très reconnaissant.

Si je voulais répondre à toutes ces questions, il faudrait que j’écrive un livre. D’ailleurs, c’est ce que j’ai fait. Le livre s’appelle « Vultures’ Picnic––in Pursuit of Petroleum Pigs, Power Pirates and High-Finance Fraudsters ».

C’est vraiment très important pour moi que vous lisiez mon livre, que vous vous le procuriez maintenant. Je suppose que, venant d’un auteur, une telle demande prête à sourire.

Mais si vous avez lu mes articles et enquêtes publiées dans le quotidien « The Guardian » ou si vous avez regardé mes documentaires diffusés par « BBC Newsnight », vous savez déjà un paquet de choses. Mais j’aimerais vraiment vous mener au coeur même de mes enquêtes, vous emmener avec moi à travers les continents, à suivre les différentes pistes, afin que vous ayez une vision intégrale de ces monstres.

Ces monstres et leurs épouses qu’ils exhibent comme des trophées, mais aussi les scribouillards zélés des agences de renseignement, les concubines politiques et les gros bras qui éliment les géneurs quand il le faut. Sans parler du fait que c’est une aventure hilarante… sauf quand vous chiez dans votre froc de peur.

Voici un avant-goût du chapitre 12 de mon livre – The Generalissimo of Globalization – extrait de la version ebook qui comporte un certain nombre de contenus vidéo supplémentaires. [et si vous voulez savoir comme les « 1% » qui gouvernent ce monde comptent nous faire le coup de la Grèce à nous aussi, lisez la prochaine édition de « In These Times ».]