A L&I on adooore les contributions de Morice – c’est mieux que John Le Carré ou Tom Clancy et on y apprend toujours des choses intéressantes…

[Morice sur Agoravox – 02/11/2011]

Décidément, sur la fin de Kadhafi on en apprend un peu plus chaque jour, et les éléments qui nous parviennent à la longue démontrent de plus en plus que sa mort devient chaque jour un peu plus la résultante soit d’une erreur de communication entre participants à l’intervention, soit à un réglement de comptes entre pays y ayant participé : aujourd’hui, des mercenaires fort proches de ceux qui accompagnaient le dictateur qui tentait de fuir son pays parlent carrément de « trahison ». Selon eux, des « puissances occidentales » avaient donné leur accord pour extraire Kadhafi de son pays. C’est pour cela d’ailleurs que ces mercenaires sud-africains (voir ici ce qui en avait été dit) avaient accepté leur mission qui devait se passer pour eux sans trop de problème avec l’accord passé. Le tir d’un missile Hellfire largué d’un Reaper américain et l’envoi de deux bombes françaises larguées de Mirage 2000 ont semble-t-il anéanti leur mission. Kadhafi ne devait pas mourir ce jour-là : il devait clairement s’échapper, avec l’accord de la rebellion et de certains pays engagés pourtant dans le conflit. Qu’est ce qui a grippé l’opération, et qui a pris cette initiative, voilà qui est désormais la question à résoudre. On peut également poser autrement la question ; qui donc pouvait avoir intérêt à voir disparaître aussi rapidement Mouammar Kadhafi…

(…) Or que nous raconte aujourd’hui Kim Sengupta ? Que ce sont les mêmes encore que Kadhafi avait recrutés pour l’extraire du pays, car c’est tout simplement le « vétéran » Crause Steyl, le pilote en soutien de l’opération de Mann qui lui a raconté toute l’affaire qui vient de se dérouler en Libye. Selon lui, en effet, « les mercenaires privés Sud-Africains auraient entrepris la tâche d’extraire 
 Kadhafi hors du pays via un convoi et la croyance comme quoi ils avaient le soutien de puissances occidentales. Les hommes ont été recrutés, affirme-t-il, par une femme d’origine britannique 
 – dont le nom ne peut pas actuellement être publié pour des raisons juridiques 
 – vivant au Kenya, et en travaillant pour le compte d’une société à Londres. Toutefois, l’extraction de Kadhafi s’est terminée dans la violence féroce et la confusion lorsque son convoi près de Syrte, sa ville natale dont il avait fait sa position définitive, a été pris dans une embuscade de frappes aériennes soutenues par des avions de guerre français et les attaques au sol des combattants rebelles ». Selon le journaliste de l’Independent, Kadhafi avait donc bien reçu l’accord de pouvoir s’échapper sans être inquiété : on comprend mieux alors ce dont je vous avais déjà parlé qui avait tant intrigué : le fait qu’arrivés aux portes de Syrte, les rebelles du CNT aient soudainement arrêté leur progression et aient attendu pour donner l’assaut final. Le temps des discussions entre le CNT et Kadhafi et ses mercenaires : or leur brusque arrêt et leur stand-by avait étonné tout le monde (ci-dessous une des rares photos d’une voiture de Kadhafi ayant échappé aux incendies dans le convoi).  

Kim Sengupta expliquant dans la foulée quelque chose de plus surprenant encore : « la co-entreprise a connu une fin sanglante
, avec la torture et la mort de Kadhafi, et certains des Sud-Africains 
 avec lui qui ont été tués, blessés et capturés. Cela a conduit à 
des récriminations et des accusations de trahison. Certains de ceux qui y ont pris part 
 ont crû que le but caché de ceux qui les avaient embauchés n’était pas de sauver 
 l’ancien dirigeant libyen, mais de le livrer entre les mains de ses ennemis. Parmi ceux dont Steyl affirme avoir fait partie de cette tentative de sortir de la Libye, il y aurait un ancien mercenaire d’ Afrique du Sud qui a été impliqué dans le putsch manqué à la fois par Sir Mark 
Thatcher, le fils de Margaret Thatcher, et M. Mann. On raconte également qu’un autre groupe de mercenaires du même contingent, a été chargé de « protéger » Saif al-Islam, un fils de Kadhafi, le visage belliqueux du régime pendant la guerre civile, qui aurait 
 fui vers une région limitrophe de Algérie, du Niger ou du Mali. » Ce sont les mêmes, qui, des années après, avaient repris du service. Au profit cette fois d’un dictateur, qui entre temps clamait sous son grotesque parapluie ou à la porte de sa voiturette de golf que tout son peuple était derrière lui, alors que dans sa fuite finale, seule une poignée d’une cinquantaine de mercenaires le défendaient encore. Des mercenaires chevronnés, payés obligatoirement très cher. Des sud-africains, sur tous les coups foireux depuis des années.

Des mercenaires, qui, après leur cuisant échec, ont fait appel à leurs amis pour les sortir du guêpier dans lesquels ils étaient tombé, avec ce terrible bombardement, comme là aussi je l’avais laissé entendre.« M. Steyl souligne qu’il a refusé la mission de transport aérien des 50 combattants hors 
 de la Libye. L’ancien officier Guard Ecossaise Simon Mann, qui a effectué de la prison au Zimbabwe et en Guinée équatoriale pour son rôle dans la tentative de 
 coup d’Etat, a déclaré la nuit dernière : « Nous sommes préoccupés par ce qui est arrivé à 
 ceux qui avaient été blessés, qui ont été arrêtés . « Je tiens personnellement à aider de quelque façon que je peux, légalement, pour les aider à sortir 
 … Ce sont des gens que je connaissais et évidemment je ne veux pas les voir 
 souffrir. Je m’empresse d’ajouter, bien sûr, que je n’était pas impliqué en aucune manière dans cette opération 
libyenne ». Des blessés graves, notamment brûlés sur tout le corps, ce qui semble logique à voir les dégâts sur les véhicules existants, dont certains ont vu tout leur arrière de pick-up ouvert comme une boîte de conserve après l’explosion des munitions qui s’y trouvaient et qui jonchaient encore le sol après l’attaque. Si les bombes françaises expliquent certains dégâts, seul l’usage d’un missile « spécial » envoyé du Reaper peut expliquer pareils dégâts incendiaires. Un missile du type thermobarique Hellfire modèle « Agm-114N Metal Augmented Charge », capable de provoquer de pareils dégâts et d’enflammer tout un convoi. Mais elle n’est pas la seule. Les photos des restes des pick-up détruits (les 35 Toyota demandés par les mercenaires dans le contrat retrouvé par hasard) laissent penser à des dégâts occasionnés par des bombes de type DIME.
Comme le précise en effet un document, « les armes thermobariques explosent à des températures très élevées et provoquent un effet de souffle qui étouffe les êtres humains présents dans la zone (lorsqu’il ne les calcine pas). Des alliages d’uranium peuvent être conçus pour produire du lest ou des enveloppes de bombes capables d’éclater et de produire des températures très élevées ; les armes classiques ainsi perfectionnées provoquent un effet de souffle avec une boule de feu et des fragments d’uranium brûlant. Des vidéos filmées en Iraq et au Liban montrent des explosions avec de tels effets ». Un système destructeur que l’on peut « améliorer encore », nous dit le même document : « un examen de brevets américains laisse apparaître une autre évolution inquiétante : le Dense Inert Metal Explosive (DIME), qui utilise officiellement de la poudre de tungstène32. Concrètement, les alliages d’uranium et de tungstène pourraient être interchangeables. Si les personnes touchées par l’explosif DIME souffrent de graves brûlures ou de blessures de shrapnel brûlant, la question se pose de savoir si de l’uranium est ajouté ou utilisé pour obtenir un explosif de haute densité plus réactif. » Les Mirages français savent larguer desGBU-12, on le sait, des bombes guidées par laser. Le Rafale également. La bombe thermobarrique de type DIME est une GBU-39, guidée par inertie ou GPS (INS/GPS). Mais les français ont la leur, de bombe guidée par GPS ou par inertie : celle appellée Armement Air-Sol Modulaire (ou AASM). Une variante à détection infra-rouge, la SBU-54 existe aussi, qui peut aussi s’attaquer à des cibles mouvantes. Une bombe de de type de 250 kg, en version tir nocturne IR avait été tirée de Rafale à Biscarosse en décembre 2010 : peu de temps donc avant l’intervention en Libye. Des bombes toutes larguables de Mirage 2000 comme de Rafale ou de Super-Etendard, ou même le Mirage F1M. Le 24 mars 2011 une AASM missile tirée d’un Dassault Rafale avait détruit (au sol bien sûr) un appareil libyen d’entraînement, un petit G-2/Galeb. Preuve que les français savaient en larguer avec précision. « ​​Sagem Défense et Sécurité a confirmé le 13 octobre que la bombe AASM Hammer SBU-54 à double guidage GPS/infrarouge, avait été déployée été utilisée en Libye depuis juillet » nous confirmait la défense. l’AASM, ou plutôt les deux tirées par le Mirage français étaient-elles à charge de type DIME, voilà ce qui serait intéressant de savoir : toute guerre sert de banc d’essai, et la Libye sans nul doute pour l’armée française, sous la férule directe d’un Benoît Puga, l’homme qui avait décidé de tirer au Niger sur les preneurs d’otages, tuant par la même occasion les deux jeunes malheureux. Fabriquée à Pont-sur-Sambre (SAMP) chaque AASM coûte à l’unité dans les 143 000 €. Enfin, jusqu’ici : ironie du sort, l’usine de la Société des Ateliers Mécaniques de Pont sur Sambre (SAMP), vient juste de fermer le 10 octobre dernier  : les français ont-il utilisé leurs dernières « world smartest bomb » ce jour là ? Est-ce leurs bombes testées jusqu’à la dernière minute qui ont causé un tel embrasement généralisé ?
Des mercenaires blessés, qui semblent pas avoir reçu le même traitement que les autres, ce qui pose là aussi question : un favoristime dû à quoi ? A la reconnaissance indirecte d’une énorme bavure, ou celle de vouloir minimiser un acte délibéré ? « Certains des Sud-Africains capturés par les rebelles libyens semblent avoir été traités avec une clémence 
remarquable » pouruit notre journaliste, qui s’étonne de la dispartité de traitement sur place. « Parmi les mercenaires capturés, la vaste majorité d’entre eux
 noirs Africains sub-sahariens, à dû faire face aux exécutions sommaires dans les mains 
des révolutionnaires. Mais certains de ceux pris après le bombardement de Syrte se sont « évaporés » et même certains transportés à l’étranger pour traitement médical. L’un des combattants, a affirmé qu’il était avec Kadhafi lorsque le convoi a été attaqué. Il a déclaré aux médias sud-africains que trois groupes de Sud-Africains 
 ont été transportés à la Libye en passant par Dubaï et Le Caire pour aider la famille Kadhafi 
 dans une affaire conclue avec l’Otan. »Des mercenaires dont on avait réclamé d’urgence d’être soigné à l’étranger, vu leur état… Que s’est-il donc passé exactement pour que dans les minutes qui ont suivi on a vu se bâtir dans l’improvisation la plus totale toute une chaîne de médicalisation passant par les voies aériennes ?

Odendaal, un mercenaire brûlé, envoyé après l’attaque au Caire, puis rapatrié dans un pays européen (il possédait sur lui un passeport grec !), qui enfonce le clou, en précisant à nouveau qu’un « plan » avait bien été mis en place, avec l’accord de tous les belligérants, pour faire sortir Kadhafi du pays : « Le plan, dit-il, était initialement d’emmener Kadhafi au Niger. « Nous avons tous cru qu’ils 
 [certains pays occidentaux] voulaient le faire sortir de la Libye. Mais alors l’Otan 
a attaqué. Ce fut un horrible, horrible massacre je pense que nous avons été trahis ».Le dictateur 
a subi des sévices brutaux avant d’être tué. « Le pauvre a crié 
comme un cochon, » dit-il Toutefois, certains rebelles ont ensuite aidé les Sud-Africains à
 s’éloigner de la scène. » Autour de lui, des mercenaires tués, des… blancs comme Odendaal : les combattants révolutionnaires présents au moment de la capture de Kadhafi parlent d’avoir vu « des corps de mercenaires blancs » qui ont ensuite disparu. Abdullah Hakim 
 Husseini, de la brigade de Misrata, l’a rappelé : « Il y avait, je pense, trois ou 
 quatre corps d’étrangers qu’on nous a dit de ne pas toucher, et qui ne seraient pas 
remontés à Misrata … Plus tard, j’ai entendu dire qu’ils étaient originaires d’Afrique du Sud et du Zimbabwe » Un mercenaire qui confirme complètement l’information donnée par News24, sur la date du recrutement des mercenaires et précise même leur salaire : « il a été rapporté que les hommes étaient payés 
 15 000 $ (9300 livres) pour l’opération, avec des recrutement réalisés au mois d’août – 
 deux mois avant que Kadhafi ne soit traqué. »
Des mercenaires ayant reçu après l’attaque un traitement bien étonnant : « selon Danie Odendaal, ces combattants libyens ont pris garde à ne pas tirer sur les étrangers, les aidant même à s’enfuir », ce qui laisserait clairement entendre une connivence de fait avec le CNT. Ordre avait été donné de les épargner ! Des mercenaires qui auraient donc bien été bernés eux-mêmes, ajoute aujourd’hui News24. Ou dont certains auraient joué un jeu dangereux, précuse encore le journal : c’est peut-être bien chez eux qu’il faut chercher l’origine de la « trahison » qui a conduit au bombardement ! Un lien falgrant que révèle aujourd’hui News24 :« s’adressant à l’un des mercenaires d’Afrique du Sud qui était aux côtés de Kadhafi, et à une source de haut rang dans le monde du renseignement, City Press a découvert que les mercenaires étaient sans doute aussi trompés en lui faisant croire qu’ils aidaient Kadhafi. Il apparaît maintenant que leur participation était véritablement une partie d’un vaste plan pour capturer Kadhafi ». News24, qui lâche cette fois le nom de la responsable du choix des mercenaires sud-africains : « le recrutement a été fait par Sarah Penfold, un nom bien connu dans l’industrie basé au Kenya, qui a apparemment agi au nom d’une entreprise à Londres. » ( nota : Je n’ai pu à ce jour vérifier si ce nom était en relation avec l’ancien envoyé anglais remercié pour avoir fourni des armes). toujours selon News24, « Kadhafi lui a apparemment demandé l’assistance de l’industrie de la sécurité privée. Par la suite, des négociations ont eu lieu dans lesquelles il aurait fait des demandes au sujet de son séjour prévu en Afrique du Sud. L’un des opérateurs, Danie Odendaal, a déclaré à la presse que dans sa correspondance Kadhafi a insisté « pour qu’il soit logé dans une tente dans une région chaude – de préférence de type désertique ». Il dit avoir toujours pensé que le seul endroit approprié en Afrique du Sud serait le Karoo. Après avoir délivré de faux passeports, trois groupes de Sud-Africains se sont envolés pour Dubaï et Le Caire, d’où ils précipitamment pris l’avion pour la Libye pour aider Kadhafi. » Un scénario qui repose sur quelque chose de surprenant : l’Otan, qui exerçait une interdiction aérienne du pays, aurait laissé voler un appareil parti du Caire pour se poser sur un aérodrome libyen ?
Un avion du successeur de Viktor Bout, Tomislav Damnjanovic comme j’avais déjà pu le préciser ici-même ? « en 1996, Khadafi, lui aussi sous embargo, exprime le souhait de pouvoir obtenir des pièces de rechange pour ses avions d’entraînement. Des Galeb yougoslaves ! On ne peut mieux tomber : Damnjanovic va lui fournir, via un transport par Ilushyn-76, celi de Spair Air, société d’origine russe mais sous la direction de Victor Bout. « Mais l’opération prévue ne va pas se passer comme annoncé. Le 18 avril 1996, le pilote recruté signale que l’appareil présente des difficultés électriques. Miskovic, le fidèle lieutenant, est dépêché sur place à Ekaterinenburg pour régler le problème. Pressé par Khadafi, qu’on ne fait pas attendre, Damnjanovic accorde 2000 dollars par tête de pipe à l’équipage s’il décolle de nuit malgré les problèmes techniques rencontrés : au total ils sont douze à bord : 24 000 dollars de perdus pour Damnjanovic. Le 18, en pleine nuit, vers minuit, l’Il-76 RA-76513, relativement récent (il n’a que 12 ans d’âge) décolle vers Malte : il n’ira pas bien loin. Moins d’un quart d’heure après, l’équipage en perd le contrôle complet au dessus de Valjevo. Panne électrique intégrale à bord. L’avion volera encore pourtantpendant 3 heures d’affilée en naviguant à vue et en tentant désespérément de rejoindre Belgrade par fort mauvais temps, pour finir par s’écraser sur l’aéroport de Surcin, avec des tentatives répétées des pilotes pour tenter d’éviter la capitale. Il y aura 12 morts (10 membres d’équipage et 2 loadmasters). A peine la catastrophe survenue, la police et l’armée mettent un cordon de sécurité autour de la zone de l’impact et interdisent tout accès. On ne saura jamais le détail de de qu’il avait emporté : selon les témoins, l’explosion avait été phénoménale. Il ne devait pas y avoir que des pièces d’avions à bord ! Le 7 novembre 1996, le New-York Times rend compte de la catastrophe aérienne. (Un compte rendu plus est lisible complet ici). Car une question demeure pour le convoi de Kadhafi : comment sont donc arrivés les 35 4×4 neufs réclamés par contrat en juillet dernier par les mercenaires ? Par la route, mais par quel aérodrome limitrophe avant ? Un algérien ?
Car beaucoup de détails coincent, relève le journal sud-africain News24 : « ensuite, les détails et l’incroyable « coïncidence » du projet avorté ont commencé à paraître. City Press a découvert qu’il n’y avait pas de demande auprès des autorités sud-africaines pour amener Kadhafi, , ici un fugitif de la Cour pénale internationale. Il n’aurait jamais été autorisé, dit une source gouvernementale fiable. Les sources de renseignement croient qu’il y avait des agents parmi les mercenaires, ou dans certaines des entreprises de sécurité, qui espionnaient pour le gouvernement de transition et effectuaient des apports sur les mouvements des mercenaires. L’OTAN a lancé son attaque sur Kadhafi avec une précision mortelle, et Odendaal croit que quelqu’un chez eux avait été retourné. » Signalons qu’en ce cas le mercenaire interviewé ignore visiblement que le téléphone satellitaire de Kadhafi était « monitoré » (écouté et décrypté à distance). Un scénario encore plus incroyable pointe alors, mais pas si éloigné que ça de ce qu’on avait pu supposer au départ, à savoir la connivence nécessaire entre le CNT et Kadhafi, qui a crû pouvoir être sauvé (et se sauver), et un ou deux mercenaires enrôlé devenu le ou les traître(s) de l’opération (c’est un choix fort risqué avec la méthode de bombardement utilisée !). Un scénario qui se tient tout autant, pourtant, car selon toujours News 24, des mercenaires sud-africains, il y en avait également déjà en libye… du côté du CNT ; et il y en a encore. « Il y a un autre groupe de Sud-Africains en Libye, mais City Press a appris qu’ils n’étaient pas sous arrestation. Ils vont et viennent comme ils veulent, et certains vivent dans des hôtels »,précise le journal qui fait là une révélation fracassante. Par la même occasion, News24 lâche aussi le nom de la société contactée par Kadhafi, qui serait selon lui Hart Security, belle et bien recensée comme société de mercenariat. Une des 9 existantes en Angleterre, qui n’a pas toujours fait très attention aux curriculum de ceux qu’elle recrutait…

Hart Security, ainsi jugé par Vanity Fair dans son mémorable article sur les mercenaires en Irak : « trouver le bon personnel peut poser un problème. Hart Security, une société militaire privée avec des racines en Afrique du Sud, a recruté plusieurs de ses sous-traitants dans les rangs de l’armée époque de l’apartheid sud-africain, parmi les plus impitoyables forces contre-insurrectionnelles jamais connues. Un des hommes de Hart était Gray Branfield, un ancien mercenaire sud-africain qui passé des années à assassiner les dirigeants du Congrès national africain. Après que Branfield ait été tué, à Kut (en Irak), pendant le soulèvement de 2004 de l’Armée du Mahdi, et que son histoire est devenue publique, Hart Security a déclaré qu’il n’avait pas eu connaissance de son passé. Quand j’ai interrogé la société sur Branfield récemment,un porte-parole a expliqué qu’il avait été embauché « par un sous-traitant. » Branfield avait effectivement assassiné à Harare (Zimbabwe) le 31 juillet 1981 Joe Nzingo Gqabi, leader de l’African National Congress. Gqabi avait reçu 19 coups de pistolet. il avait fait partie également du sinistre »Project Barnacle, » des forces d’Afrique du Sud, un précurseur de l’encore plus sinistre Civil Co-operation Bureau (CCB), véritable escadron de la mort sud-africain pro-apartheid. Hart Security, versé depuis comme Xe-Blackwater dans la surveillance anti-piraterie pour protéger les pétroliers… (allemands). On le voit ici, ce sont pourtant les anglais et leurs sociétés de mercenaires liées à des sud-africains qui sont davantage en ligne dans ces révélations : si l’on cherche l’origine de la « trahison », il ne faut pas oublier non plus que les révélations qu’aurait pu faire Kadhafi sur les nombreux voyages de Tony Blair en Libye auraient pu être désastreuses pour le pays, même si entre temps il a changé de parti politique au pouvoir.

Kadhafi aura fait confiance en définitive à ceux qui auront provoqué sa mort : ceux que d’aucuns appellent toujours le « guide » n’avait pas nécessairement une lucidité à toute épreuve, et avait cru que l’argent seul gagné sur le dos de son peuple le garantissait de tout. Une grave erreur qui lui aura été fatale, visiblement.