[Libération – Camille Gévaudan – 26/10/2011]

Petit exercice d’arithmétique. Sachant que les possesseurs de tablettes passent plus de 2h40 par jour à pianoter sur leur joujou tactile, et que bien sûr, comme tous les Français, ils avalent leurs 3h30 quotidiennes de télévision, combien de temps de sommeil leur reste-t-il ? Attention, il y a une subtilité : 69% d’entre eux font souvent les deux choses à la fois…

OTO Research a publié hier les résultats complets de son « étude sur l’usage des tablettes dans les foyers français ». Après sa plongée en profondeur dans les habitudes des « iPaders », réalisée de cet été, le cabinet offre une vision plus globale — et donc plus intéressante — sur la place que se sont creusée ces nouveaux objets connectés, au détriment des technologies plus anciennes.

On apprend en effet que « l’ordinateur est le premier media à « souffrir » face à la tablette », 44% des sondés déclarant passer moins de temps sur leur PC depuis qu’ils ont une tablette tactile. Les bons vieux livres et journaux prennent également la poussière depuis qu’on lit Le Monde et Dan Brown en PDF, ainsi que les jeux pour ordinateur, consoles portables et consoles de salon — c’est étonnant, vu le gouffre qui sépare ces différents supports en terme de catalogue ludique. 16% d’étranges tablettophiles ont même laissé tomber le bricolage et le jardinage ! A moins qu’on soit passés à côté d’une application extraordinaire permettant de distiller de l’engrais numérique, on a du mal à comprendre le lien logique : peut-être que ces sondés, atteints du syndrome Fomo, la peur de manquer quelque chose sur le net, n’ont plus la force de quitter leur canapé et préfèrent racheter un ficus sur truffaut.com quand le précédent est crevé ? Mystère.

Plus sérieusement, OTO Research tente un grand comparatif entre les usages d’iPad, leader incontesté des tablettes, et les autres marques en circulation sur le territoire français. Pour ce faire, le panel a été réparti presque équitablement entre « iPaders » (205 interrogés) et autres tabletteurs (201). Surprise : le français « Archos a une part de marché équivalente à Samsung », compensant un déficit technologique et publicitaire par ses prix bien plus abordables.

La prédominance des possesseurs mâles est ainsi plus marquée du côté Apple (57%), alors que les concurrents approchent d’une répartition égale des sexes. Les iPaders sont également plus aisés et plus jeunes : ils comptent deux fois plus de « moins de 25 ans », et deux fois moins de « plus de 50 ans » ! Ils utilisent plus souvent leur tablette le soir (parce que les jeunes se couchent tard ?), dans leur chambre (bonjour l’ambiance de couple), et très souvent devant la télé (bande de nolifes !). Les autres sont plus disciplinés : bien qu’utilisant leur tablette « uniquement à titre personnel » pour 78% d’entre eux, ils ont plus souvent tendance à l’allumer dans un bureau, que ce soit à domicile ou sur le lieu de travail.

Bonne nouvelle : les tablettophiles sont partageurs. 63% d’entre eux la prêtent volontiers aux personnes qui partagent leur domicile. « À l’inverse d’un smartphone, résume OTO, la tablette n’est pas un objet individuel : elle centralise les contenus et les applications de toute la famille. » Tiens, parlons-en, des applications ! Elles ont un succès fou : 48% des sondés préfèrent lancer leurs « apps » plutôt qu’un bête navigateur Internet pour surfer, s’informer, rechercher des informations pratiques, écrire des e-mails… Mais la fracture entre iPaders et non-iPaders se fait cruellement sentir quand il s’agit de mettre la main à la poche : 60% d’adeptes de la Pomme n’hésitent pas à débourser entre 1 et 20 euros par mois pour des applications payantes, contre seulement 24% des concurrents. « À l’instar d’iTunes, l’App Store est une plateforme de ventes très performante et incontestablement en avance sur ses concurrents », analyse OTO. Ceci dit, une large majorité d’iPaders préfèrent télécharger, quand ils en ont le choix, une alternative gratuite mais bourrée de publicités à une application clean mais payante.

Quelques mots clés pour finir ! Sur le podium des logiciels préférés, on trouve surtout des applications d’actualité : Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, L’Equipe… et bien sûr, sans surprise, le blockbuster ludique Angry Birds. Tout branchouille qu’on veuille paraître, à feuilleter ses quotidiens d’un coup d’index, rien ne peut surpasser le plaisir de dégommer des cochons verts à coup de piafs explosifs.

http://www.ecrans.fr/Dessous-de-tablettes,13448.html?xtor=EPR-450206