Et – alors qu’il s’était engagé lors de sa campagne à faire toute la lumière sur cette mort – la première chose que fait Mitterand quand il est élu en 1981, c’est de faire classer l’affaire…. « on » est décidément très puissant dans la Vè République. Saura-t-on un jour qui est ce « on » ?

[OWNI – 24/06/2011]

Pour son deuxième opus, OWNIbook s’attaque à la plus grosse affaire de la Ve République: la liquidation d’un ministre en exercice. Une vieille affaire, bien connue des actuels responsables politiques. Y compris ceux du gouvernement.

Pour la famille Boulin, c’est une course contre la montre qui dure depuis 31 ans. Pour la droite, c’est un fantôme qui hante les couloirs et les mémoires des anciens du Rassemblement pour la République (RPR). Pour la justice, c’est un suicide.

Le 30 octobre 1979, à 8h40 du matin, une patrouille de gendarmes motocyclistes découvre le corps sans vie de Robert Boulin, flottant dans l’étang Rompu, en pleine forêt de Rambouillet. Le ministre du Travail et de la participation est “dans la position de prière du Mahométan” précise le PV de constatation, dans 50 centimètres d’eau.  Noyé, ajoute l’Agence France Presse, dont la première dépêche tombe à 9h34, évoquant d’emblée la piste du suicide comme étant la plus vraisemblable. Dans l’après-midi, l’AFP avance comme plausible la prise de barbituriques… pour expliquer la mort du ministre. Alors même que le corps est encore entre les mains des légistes de l’Institut médico-légal (IML) de Paris.

Trente ans plus tard, que sait-on de l’affaire Boulin ? Depuis 1992, la justice a prononcé un non-lieu dans l’information judiciaire ouverte pour “homicide”. L’enquête a duré huit ans. A partir des années 2000, la presse qui -à de rares exceptions près- est restée très timorée mène de longues contre-enquêtes très fructueuses.

Deux ministres du gouvernement en savent beaucoup

Les journalistes parviennent à démontrer que le « suicide était un crime » pour reprendre le titre d’un documentaire de Canal+. Non seulement ils livrent des incohérences majeures dans l’enquête conduite par les policiers du SRPJ de Versailles, mais ils démontrent aussi que les plus hautes autorités de l’État étaient au courant de la mort de Robert Boulin bien avant que celui-ci ne soit retrouvé dans les eaux de l’étang Rompu (voir l’extrait de notre enquête).

OWNI apporte aujourd’hui sa pierre à l’édifice en racontant comment deux actuels ministres du gouvernement sont liés à cette affaire. Le premier (Claude Guéant, alors en poste au cabinet du ministre de l’Intérieur comme conseiller pour les affaires de sécurité) a très vite su que la version officielle n’était pas la véritable histoire racontée par les autorités. Le second (Patrick Ollier, alors conseiller du ministre de la Justice) a participé à l’opération d’intoxication montée après la mort de Boulin.

Dans ce récit, Francis Christophe (l’un des journalistes qui suit l’affaire depuis ses débuts) relate point par point les failles de la “légende” Boulin ou comment la classe politique, aidée par l’appareil judiciaire, est parvenue à étouffer le plus gros scandale de la Ve République : la liquidation d’un ministre en exercice. Pour lire la suite de ces bonnes feuilles, rendez-vous sur l’OWNI shop.

Extrait

Début 2007, le journaliste Benoît Collombat publie Un homme à abattre, contre-enquête sur la mort de Robert Boulin (édition Fayard), où il révèle un fait majeur, un véritable scoop.

Alors qu’il était gravé dans le marbre depuis 1979 que le corps du ministre avait été découvert par une patrouille de gendarmes motocyclistes à 8 h 40, l’enquête du journaliste révèle que le cadavre de Boulin a été découvert une première fois vers une heure du matin. Il établit que le Premier ministre, Raymond Barre, son directeur de cabinet Philippe Mestre, le ministre de l’Intérieur Christian Bonnet, son directeur de cabinet Jean Paolini, le permanencier chargé de la sécurité et le procureur général de Versailles, Louis-Bruno Chalret, en ont été avertis dans l’heure. Entre 1 heure et 2 heures du matin, toute la tête de l’État apprend la nouvelle de la mort de Robert Boulin.

En février 2007 paraissent les mémoires de Raymond Barre, où l’ancien Premier ministre confirme ce qu’il avait confié à Benoît Collombat :

Dans la nuit du 29 au 30 octobre, vers 3 heures du matin, un coup de téléphone m’apprend qu’on vient de trouver le corps de Robert Boulin, qui s’est suicidé.

Le 25 août 2007, Raymond Barre meurt à Paris.  Le 16 octobre 2007, le procureur général de Paris, Laurent Le Mesle refuse la réouverture de l’instruction pour homicide. Pour se justifier, ce haut magistrat réfute l’heure de la découverte du corps de Boulin. Pour cela, il recourt à une méthode éprouvée : considérer les témoignages des morts comme faux et/ou relevant du gâtisme tout en s’abstenant d’entendre les vivants qui les confirment.

M. Le Mesle a été saisi de la requête de Fabienne Boulin en avril 2007, mais – hasard ou coïncidence ? – il attend la mort de Raymond Barre pour rendre sa décision.

Le décalage d’au moins cinq heures entre la première découverte du corps, dont est informé le Premier ministre, et l’heure de la découverte officielle, est capital. Il prouve que les plus hautes autorités de l’état connaissaient la mort de Robert Boulin avant que les gendarmes ne retrouvent le corps. Une préscience qui justifie à elle seule l’ouverture d’une nouvelle enquête. Mais Laurent Le Mesle s’y oppose avec un argument incroyable : Barre se trompe, il aurait confondu l’heure du lancement des recherches et l’heure de la découverte du corps. Ce qui est une contre-vérité grossière, car l’alerte aux services de gendarmerie est fixée (sur procès-verbal) à 6h30.

Cette grossière tentative de réécriture de l’histoire s’appuie sur le choix très particulier des témoins. Le magistrat du parquet a décidé de ne tenir compte que du seul témoignage de Philippe Mestre, alors directeur de cabinet de Raymond Barre et candidat au poste de directeur du SDECE, les services secrets extérieurs. Ce farouche gardien de la raison d’État a depuis le premier jour milité avec acharnement pour que jamais la version officielle du suicide ne soit remise en cause, n’hésitant pas à qualifier de mensonge le témoignage du propre directeur de cabinet de Boulin, Yann Gaillard, qui, lui aussi, affirme avoir appris la découverte du corps du ministre… de Mestre en personne, vers 2 heures dans la nuit du 29 au 30 octobre. Le procureur général s’est abstenu aussi d’interroger Christian Bonnet, alors ministre de l’Intérieur, qui, lui aussi, affirme avoir été réveillé entre 2 heures et 3 heures dans la nuit du 30 octobre 1979, pour le même motif que Raymond

Barre : “on” avait découvert le cadavre de Boulin. Qui est ce “on” ? Un mystère de plus, jamais élucidé par l’enquête.

http://owni.fr/2011/06/24/affaire-boulin-chirac-sarkozy-ollier-gueant-encombrant-cadavre/

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