Note de Tim Carr: Tout comme l’Encyclopédie politique d’Emmanuel Ratier, la première édition de « Au Coeur du Pouvoir » figure dans la bibliothèque de référence de toute personne s’intéressant un tant soit peu à la vie politique en France… cette nouvelle édition augmentée est donc un outil indispensable pour comprendre les ramifications et coteries des coulisses de la « démocratie » française, « les alliances de caste et de classe entre personnalités censées être de gauche ou de droite, banquiers, journalistes, etc. Tous unis en réalité dans l’intimité des cénacles d’influence… »

Comme le soulignait si bien Howard Zinn dans ses cours: « La principale erreur des « synarchistes » c’est de croire que le fonctionnement des « clubs » soit un dysfonctionnement de la démocratie réelle.  »

Au même titre qu’il n’existe pas de société socialiste « pure », il n’y a pas de société démocratique véritable. Sauf à quelques brefs moments « révolutionnaires », le pouvoir sera toujours accaparé par une oligarchie, un groupe de personnes qui – pour des raisons historiques, économiques ou d’opportunité – disposent à un moment précis du contrôle d’un certain nombre de leviers qui lui permettent d’agir.

Ceci est d’autant plus vrai en France, où la république est issue d’une prise de pouvoir par la bourgeoisie (s’appuyant sur un « peuple » chair à canon) qui n’a eu de cesse de reproduire le système monarchique.

En 2011, avec un « hyperprésident » monarque, la chose se confirme chaque jour…

Il n’est donc pas étonnnant que – dans une démocratie bourgeoise –  le « véritable » pouvoir se situe dans des petits groupes « d’influents » plutôt que dans l’instabilité congénitale de la « masse » démocratique qui court toujours le risque de prendre les « mauvaises » décisions… « mauvaises » pour les intérêts des possédants, bien sûr.

NOUVELLE EDITION: AU COEUR DU POUVOIR – une enquête au sein du club « Le Siècle »
[Editions FACTA – http://www.lesiecle.info – Mars 2011]

Le 27 octobre 2010 aura été une date historique. Celle où, pour la première fois de son histoire, Le Siècle aura été dévoilé au grand public, notamment via internet, sur l’idée d’une soixantaine de militants de gauche antimondialistes et antilibéraux, emmenés par Jean-Luc Mélenchon et le journaliste Pierre Carles. Hilare, venus troubler l’arrivée de la coterie la plus puissante de France à son dîner mensuel dans les locaux de « l’Auto », comprendre l’Automobile Club de France. Le peuple prenait à partie les nantis, dévoilant au grand jour les alliances de caste et de classe entre personnalités censées être de gauche ou de droite, banquiers, journalistes, etc. Tous unis en réalité dans l’intimité des cénacles d’influence.

L’ancien PDG de Renault et ancien président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, la tristement célèbre Halde, Louis Schweitzer, grande figure de cette gauche morale protestante, bredouillait qu’il s’appelait « Éric Fottorino, du Monde ». Arlette Chabot fuyait par les escaliers du métro. Emmanuel Chain en venait aux mains avec Pierre Carles. Pour un peu on aurait rejoué la nuit du 4 août. Denis Olivennes, patron du Nouvel observateur, parlait aussitôt de « dérive populiste et démagogique.

L’ancien trotskyste Michel Field, devenu une des grandes figures du PAF (Paysage audivosiuel français), éructait que cela faisait « longtemps qu’on nous avait pas fait le coup des 200 familles » et Alain-Gérard Slama, éditorialiste au Figaro, y voyait un « délire » comparable à ceux qui avaient pu croire, dans les années 40 à la Synarchie.

(…) afin de ne pas apparaître comme une nouvelle émanation des « deux cents familles », le conseil d’administration propulsait à la présidence Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, dont le modeste poids relationnel et financier actuel n’aurait jamais dû lui permettre d’accéder à cette haute fonction (il suffit de comparer avec l’importance réelle de ses prédécesseurs)…

Ce livre n’est pas fait pour juger sommairement du Siècle, de ses membres et de son fonctionnement. Il se trouve simplement qu’il s’agit tout simplement du réseau le plus puissant de France, un réseau qui fontionne depuis plus de soixante ans et qui a toujours compris parmi ses membres les personnalités françaises les plus impor-tantes. Savoir s’il s’agit d’un complot ou non ne présente qu’un intérêt strictement secondaire.

En revanche, il est d’une grande utilité pour mieux comprendre le sens de tel ou telle nomination, le rachat d’une entreprise par une autre, la montée en puissance d’hommes politiques recrutés très jeunes, le silence des médias sur cer-tains sujets, la solidarité évidente dont bénéficie ses membres, le réseau relationnel et les alliances inhabituelles, etc.

Un seul exemple : qui savait, avant la première édition de notre ouvrage, que Nicole Notat, patronne de la CFDT, dînait chaque mois avec les plus grands patrons du CAC 40. Ou encore, comme vous le découvrirez dans cette nouvelle édition que le responsable du secteur revendicatif de la CGT fait de même…

Autant d’éléments que la plupart d’entre eux n’ont jamais souhaité voir exposés au grand public. Et sur lesquels Le Siècle avait jusqu’alors ici réssi à conser-ver la confidentialité la plus totale. En 1996, paraissait Au Coeur du pouvoir, un gros volume de près de 600 pages, consacré au club d’influence Le Siècle, le cercle le plus influent en France. Un véritable concentré de pouvoir. À ce jour, il demeure l’unique ouvrage qui lui ait jamais été consacré. Il est sans cesse pillé, jamais pratiquement cité. Nous avons personnellement rencontré à de nombreuses reprises des journalistes des plus grands médias et télévisions. Nous leur avons ouvert nos archives. Pratiquement aucun n’a jamais osé nous citer.

Mieux, la première édition de cet ouvrage n’a fait l’objet d’aucune recension dans la grande presse, hormis la presse nationaliste amie, tant son contenu dérangeait et tant il était gênant pour les directeurs des dites publications.

Nous en avons eu un exemple très précis, en 2010, avec les visites d’une journaliste chevronnée de M6 à qui un sujet de 30 minutes avait été commandé sur Le Siècle et qui ne vit jamais le jour : le patron de M6, Nicolas de Tavernost, appartenait évidemment au Siècle (je l’avais aussitôt prévenu où elle mettait les pieds…)

Cette réédition très enrichie et entièrement remise à jour n’aurait toutefois pas vu le jour si Le Siècle n’avait changé ses statuts, le 7 juillet 1999, la durée de l’association ayant, selon ses statuts d’origine, été « limitée au présent siècle ». Les nouveaux statuts précisent : « Initialement limitée au 20e siècle, la durée de l’asso-ciation est étendue au 21e siècle. » Nous publions donc aujourd’hui sa mise à jour, avec les biographies des nouveaux membres et invités depuis lors, et la mise à jour des biographies parues à l’époque. Un très gros travail qui fait que ce nouvel ouvrage s’apparente aux deux énormes volumes de l’Encyclopédie de la politique française.

Sur le fond, rien à retirer dans les divers textes d’introduction et d’explications qui précédaient les notices biographiques. Ils sont toujours d’actualité, le Siècle ayant conservé toute son influence. Comme par le passé, la moitié, voire plus, des membres des gouvernements, de gauche comme de droite, qui se sont succé-dés depuis de douze ans, appartenaient au Siècle (9).

À titre indicatif, Ghislaine Ottenheimer précise que plus de 80 inspecteurs des Finances appartiennent au Siècle, alors qu’ils ne représentent que 0, 000005 % de la population (7).Comme devait l’expliquer (1) Gérard Worms, président du Siècle, ce cercle plus qu’élitiste a, avant tout, un rôle de régulateur et de modérateur des idées, en par-ticulier économiques et financières, évitant les opinions tranchées.

Son action a largement été à l’origine du retournement du Parti socialiste, dont les élites ont basculé peu à peu vers le libéralisme et l’économie de marché ainsi que vers l’inté-gration européenne capitalistique. « La dernière fois qu’elle a pleinement joué son rôle d’origine, c’était en 1981 : les nouveaux gouvernants ou leurs parlementaires, partant d’une illusion très doctrinale sur ce qu’était le monde des affaires, se sont retrouvés à une table avec des présidents de sociétés privées et les conversations ont montré aux uns et autres que le dialogue était possible.

L’interpénétration du monde politique, des affaires et de la fonction publique, qui était le souci des fondateurs, est maintenant assurée par de multiples biais, les ministres ont bien des occasions de rencontrer les présidents de Lafarge ou d’Alcatel. » Le Monde (4) indique : « C’était, effectivement l’époque où les socialistes Pierre Joxe, Charles Hernu, Jacques Delors, Louis Mermaz, tous membres du Siècle et fraîchement nommés ministres, se trouvèrent aux tables des banquiers que la gauche s’apprê-tait à nationaliser. »

Cela sert à beaucoup, également, pour disposer du « pouls » des forces de pouvoir. Alain Minc, l’un des principaux lobbyistes français écrit ainsi dans ses carnets : « Dîner rituel du Siècle. C’est un coup de sonde dans le fonctionnement des élites françaises (…) L’association réunit une fois par mois la quintessence de l’establishment politique et économique. » Interrogé pour savoir si Le Siècle fait « avancer les dossiers » ou permet de « conclure une affaire », le sénateur UMP Hubert Haenel répond (5) : « Si ! Pendant l’apéritif qui dure une heure. Être membre du Siècle permet de se constituer un carnet d’adresses impor-tant et utile. »

http://www.lesiecle.info