[Faits & Documents N° 307 – 15 décembre 2010]

Rarement évoquée dans les médias, la complexe fratrie Sarközy ne manque pas d’intérêt. On y trouve en effet deux frères, Guillaume et François, mais aussi un demi-frère, Pierre-Olivier (dit Olivier) Sarközy, et une demi-soeur, Caroline Sarközy, épouse Fournier. Ils occupent, en général, des positions éminentes, voire d’exception. Voici l’étonnante saga d’une famille très cosmopolite.

À l’origine, il y a Pal Sarközy de Nagy-Bocsa (cf, avec plus de précisions, nos portraits de Nicolas Sarközy dans F&D et dans l’Encyclopédie politique française, tome II). Né le 5 mai 1928 à Budapest et déclaré comme protestant (mais sa mère était catholique), ce hobereau, issu d’une famille de petite noblesse (anoblissement le 10 septembre 1628) devait s’enfuir de Hongrie dans des circonstances mal connues. En 1948, il s’engagea dans la Légion étrangère à Baden-Baden, pour venir en France, et devait réussir à se faire rapidement exempter pour de fausses raisons médicales (grâce à un médecin hongrois, ami de son père).

Il épousa, en premières noces, Andrée (dite Dadu) Mallah, avocate au barreau de Nanterre, née à Paris, le 12 octobre 1925, civilement à Paris XVIIe, le 8 février 1950. Elle est la fille du chirurgien urologue Benedict Mallah, juif de Salonique converti au catholicisme peu avant son mariage, le 19 octobre 1917, avec Adèle Bouvier, infirmière catholique (mariée en premières noces avec un infirmier militaire, René Prost, mort pour la France le 2 mars 1916). Le mariage de Pal Sarközy et d’Andrée Mallah aurait été suivi d’un mariage religieux à St-François-de-Salles, mais il n’en a pas été retrouvé trace semble-t-il.

Pal Sarközy quitte le domicile conjugal en 1959 et le couple divorcera rapidement. Il se remariera, à une date non définie, avec Mélinda d’Eliassy, née à Budapest le 16 avril 1942 (semble-t-il), fille d’Ivan Eliassy et de Véronique Mallet (descendante des barons Mallet de Chalmassy), décédée le 15 décembre 2004. Le couple, qui n’aura pas d’enfant, divorcera également, et Pal Sarközy se remariera, en 1964 ou 1966 (les dates divergent) avec Christine de Ganay, fille de Philippe de Ganay et de Marie- Hélène Blanchy. Pal Sarközy divorcera à nouveau et se remariera une quatrième fois (il est maintenant marié avec la même femme depuis 40 ans). Après l’élection de son fils à l’Élysée, ce séducteur patenté a publié un ouvrage aussi graveleux que hâbleur sur son itinéraire, Tant de vie (Plon, 2010).

Pierre-Olivier Sarközy de Nagy-Bocsa, dit Olivier Sarközy (voire Oliver Sarközy, comme souvent écrit outre-Atlantique) est un demi-frère de Nicolas Sarközy. Né en 1969, il est le fils de Pal Sarközy de Nagy-Bocsa, le père de Nicolas Sarközy, et de sa troisième épouse, Christine de Ganay. Sept ans après la naissance de Pierre- Olivier, sa mère, qui avait rapidement divorcé de Pal Sarközy, se remariera, le 28 juin 1976, avec un important diplomate américain, Frank G. (George) Wisner, qui deviendra alors le beau-père de Pierre- Olivier Sarközy.

(NdL&I: sur les relations intéressantes liant le jeune Sarkozy, souvent en vacances chez son demi-frère et sa belle-mère Christine, dans la maison d’un ponte de la CIA, il est intéressant de lire l’analyse qu’en a fait Thierry Meyssan dans « OPÉRATION SARKOZY : LES RELATIONS ANCIENNES ET INTIMES DE NICOLAS SARKOZY AVEC LA CIA… ET AVEC LA MAFIA CORSE« )

Né en 1938, Wisner fut plusieurs fois ambassadeur (Inde de 1994 à 1997, aux Philippines en 1991-1992, en Égypte de 1986 à 1991, en Zambie de 1979 à 1982), sous-secrétaire d’État à la Défense (1993-1994), membre du conseil d’administration d’Enron, du Council on Foreign Relations, de la Rand Corporation. Il était encore en poste durant les années 2000 puisqu’il fut alors le représentant spécial des États-Unis au Kosovo. Son père, Franck Wisner, fut l’un des fondateurs de l’OSS puis un haut responsable de la CIA en Europe durant la Guerre froide, qui participa notamment à la création des fameux réseaux « Stay Behind » (dont le Gladio italien fonctionna jusque dans les années 1980). (NdL&I: sa belle fille, Christine de Ganay, est d’ailleurs l’ancienne secrétaire d’Achille de Peretti, garde du corps de De-Gaulle, fondateur du SAC, homme de confiance du réseau Stay-Behind… et parrain de la mafia corse)
Olivier Sarközy passera donc le reste de sa jeunesse et de son adolescence hors de France, notamment en Zambie, en Égypte ou au Royaume-Uni. Il étudiera à l’université de St Andrews (Écosse), dont il sortira muni d’un M.A. (with honors) en histoire médiévale. Parfaitement bilingue, il rejoindra la banque américaine d’investissement Dillon, Read & Co, avant de passer, trois ans plus tard, à la First Boston Corporation, puis au Crédit suisse, où il touche le plus gros bonus (4 millions de dollars, plus un salaire de 3,5 millions de dollars). Il y supervisera quelques-unes des plus grosses fusions acquisitions de banque, notamment avec l’achat de MNBA par Bank of America pour 35 milliards de dollars.

En 2002, il est débauché par l’Union des banques suisses, où il devient le principal conseiller en fusions acquisitions (à la tête du « Financial Institutions Group »). Il s’est imposé comme l’un des plus importants noueurs de « deal » de Wall Street, ayant réalisé, en 2007, selon le classement Dealogic, des opérations pour un montant de 514 milliards de dollars.

Il a participé au financement de la campagne sénatoriale de Kathleen Mac Farland, candidate républicaine, pour l’État de New York, face à la démocrate Hillary Clinton. À noter que c’est lui qui organisera la première rencontre entre le président George W. Bush et Nicolas Sarközy lorsque celui-ci n’était encore que ministre de l’Intérieur. Il fête la victoire de son frère à Paris en mai 2007.

Après la victoire électorale de son demi-frère, il connaît une nouvelle promotion, étant embauché comme codirecteur des services financiers du premier fonds d’investissement mondial, le groupe Carlyle. Certains assurent que le milliardaire canadien Paul Desmarais, protecteur de Nicolas Sarközy, a sans doute joué un rôle dans cette embauche, en tant qu’administrateur de Carlyle, mais Pierre-Olivier Sarközy n’en avait sans doute pas besoin. Lors de son embauche, l’agence Reuters citait le cofondateur de Carlyle David Rubinstein : « (Olivier) a une carrière et un réseau incroyables, qui aideront Carlyle à capitaliser sur les bouleversements dans le secteur des services financiers et d’étendre notre présence sur cette partie importante et croissante de l’économie mondiale. » Sa spécialité est d’investir dans des sociétés non cotées en espérant de gros rendements et de grosses plus-values lors de la revente ou de l’entrée en bourse.

Le groupe Carlyle est souvent considéré comme un « faux nez » de la CIA, en raison de la présence, aux postes de commande, de nombreux anciens espions (ou militaires de haut rang). On trouve (ou on a trouvé) à son conseil d’administration ou parmi ses dirigeants des personnalités aussi importantes que l’ancien premier ministre britannique John Major, l’ancien président américain George Bush (père), qui fut également directeur de la CIA, l’ancien secrétaire d’État James Baker, l’ancien directeur de la CIA Frank Carlucci, l’ancien président de la Bundesbank Karl Otto Pöhl, la famille Ben Laden, George Soros, l’oligarque russe Mikhaïl Khodorkovsky, etc. Le fonds s’est spécialisé dans la prise de contrôle de sociétés d’armement et de médias (comme, un temps, en France, Le Figaro).

On remarquera, remarquable hasard, que c’est Frank Wisner, le beau-père de Pierre-Olivier Sarközy, qui embauchera Frank Carlucci aux « opérations spéciales » de la CIA.

Pierre-Olivier Sarközy a épousé Charlotte Bernard, agrégée d’histoire et auteur de livres pour enfants (dont il a eu deux enfants). Elle est la fille d’Alain Bernard, important producteur de films publicitaires (notice au Who’s Who), descendant lui-même de Michel Bernard, industriel de la métallurgie, et de Suzanne Achillas Achillopullo. Par son père, elle est la nièce du célèbre professeur de médecine Jean Bernard, membre de l’Académie française.

Le couple est actuellement en instance de divorce. Leur seul appartement (650 m2) newyorkais de l’Upper East Side, à deux pas du Lycée français, qui a servi de studio au photographe Richard Avedon, vient d’être mis en vente pour 10,5 millions de dollars. Mais le couple a bien d’autres biens, en particulier une importante collection d’objets d’art et de tableaux d’artistes contemporains.

La suite du divorce ne manquera pas d’intérêt : le couple s’est marié officiellement à Nantucket (Massachusetts) en octobre 1997, puis en décembre 1997, en France, très exactement à Neuilly, sous les auspices de Nicolas Sarközy. Si la justice américaine considère que le mariage qui prime est celui des États-Unis, il devra verser la moitié de sa fortune à son épouse. Si le mariage français est retenu, il n’aura rien à lui verser, hormis sans doute une pension alimentaire, le mariage en France ayant été doublé par un contrat de séparation de biens.

Extrêmement discrète, Caroline Sarközy est certainement la moins connue de la fratrie des Sarközy. Elle n’en dispose pas moins d’un grand entregent. Élevée comme son frère à l’étranger, particulièrement aux États-Unis, en Asie et au Proche-Orient, elle s’est spécialisée dans l’aménagement intérieur et la décoration, ayant hérité ses talents de sa grand-mère, une proche de Christian Dior et du créateur Jean Schlumberger. Son arrière-grand-père américain fut gouverneur de la Caroline du Nord.

Partageant son temps, notamment entre New York, Paris et Trouville, elle a épousé, le 23 décembre 2000, François Fournier, divorcé (un enfant), né le 11 avril 1950 à Neuilly (Hauts-de-Seine). Diplômé de Sciences Po Paris, cet énarque (promotion Pierre Mendès France, 1976-1978) a été notamment directeur puis directeur exécutif de Lehman Brothers Londres (1983-1987), directeur général de Lehman Brothers Paris (1987-1991), associé gérant de Lazard Frères (1994-1997), gérant de Rothschild Ingénierie financière de marché (1997-1999), administrateur-délégué de HSBC France depuis 2000, etc.

Né le 3 (d’autres généalogistes évoquent le 6) juin 1959 à Paris XVIIe, François Sarközy de Nagy-Bocsa est le frère cadet de Nicolas Sarközy. Il est, comme lui, le fils de Pal Sarközy et d’Andrée Mallah. Passé par le Cours Saint-Louis et au Cours Hattemer de Paris, il est médecin-pédiatre et titulaire d’un MBA de l’Insead (Fontainebleau). Les liens sont étroits entre les deux frères : Nicolas choisira François comme médiateur lors d’un conflit entre la mairie et l’hôpital américain ; c’est chez lui que Nicolas recevra ses amis le soir de son discours « fondateur » du 14 janvier ; c’est toujours dans la propriété des Alpilles de François que Nicolas se réfugiera plusieurs week-ends pour se reposer ou travailler tranquillement durant la campagne électorale de 2007.

Titulaire d’un DEA en physiologie respiratoire, François Sarközy de Nagy-Bocsa fut major de l’internat des hôpitaux de Rouen (1983), interne des hôpitaux de Paris (1983- 1985 et 1987-1989), puis assistant au laboratoire de physiologie respiratoire à l’hôpital Trousseau (1989-1990), avant d’entrer chez le géant Roussel-Uclaf. Il y sera chef de projet international pour les antibiotiques (1990- 1993), directeur du développement clinique international (1994-1995), responsable du développement international (1995). Il passe, en 1996, chez Hoechst Marion Roussel (qui donnera naissance à Aventis) comme vice-président, directeur de la gestion du portefeuille et des projets en développement international à Bridgewater (États-Unis). De 1998 à 1999, il sera directeur médical et financier du groupe pour la France. Par la suite, il sera PDG du Centre international de toxicologie (1998- 1999), directeur médical pour la France d’Aventis (1999-2000).

Ayant opté de se spécialiser en gériatrie (ce qui tombe bien puisque son frère Nicolas a lancé un plan anti-Alzheimer), il passe alors au cabinet de conseil en stratégie médicale AEC Partners, dont il est associé (2001) et président depuis 2008 (et d’AEC Partners Inc., implanté aux États-Unis). AEC Partners est notamment conseil de fonds d’investissments financiers. Son principal client en France est le syndicat français de l’industrie pharmaceutique, le LEEM.

Il a également été vice-président (et demeure membre du conseil de surveillance) de BioAlliance Pharma et appartient au conseil de surveillance de Vesalius. Le Nouvel observateur (29 novembre 2007) et le Réseau Voltaire (Arche de Zoé : que faisaient Nicolas, Cécilia et François dans cette galère ?) révéleront les liens prétendus ou supposés entre Paris Biotech, où il siège au comité d’évaluation, et l’association L’Arche de Zoé, impliquée dans le rapt d’enfants à adopter au Tchad.

Avec le publicitaire François de La Brosse, président de Z-Groupe, ancien responsable de la stratégie internet de Nicolas Sarközy durant la campagne présidentielle puis à la présidence de la République, ami personnel de Cécilia Ciganer-Albéniz (ex-Sarközy), il a lancé, en 2008, la web télé longevitv.com, consacrée au « bien vieillir » (largement financée par Sanofi, HSBC, Lancôme, Nestlé, etc.), puis, en 2009, toujours avec La Brosse, achetezmieux. tv, une web télé dédiée aux promotions et aux réductions.

Après un premier mariage, dont il a eu une fille, Katinka (née en 1991), François Sarközy de Nagy-Bocsa se remaria, en secondes noces, le 4 juillet 2001, avec Sophie Garaudet, également connue sous le nom de Sophie Douzal-Sarközy, directrice du bureau de presse Douzal-Sauvage (Douzal Communication ou Douzal Sauvage Communication), membre du Comité Colbert.

Le couple, qui a divorcé depuis lors, a eu deux enfants, Arpad (né en 2002) et Anastasia (née en 2003). Il s’est par la suite beaucoup rapproché de Rachida Dati, l’emmenant même réveillonner le 31 décembre 2008 à l’Élysée, au grand déplaisir de Carla Bruni-Sarközy (cf Belle-Amie, Michaël Darmon et Yves Derai, Éditions du Moment, 2009).

Le nom de Sophie Douzal est à nouveau apparu, étroitement associé à celui de Rachida Dati, dans le cadre d’une campagne de déstabilisation de l’épouse du président de la République si l’on en croit Michaël Darmon et Yves Derai dans Carla et les ambitieux (Éditions du Moment, 2010).

Selon ces derniers, Sophie Douzal et Rachida Dati estimaient que Carla Bruni constituait le maillon faible de la présidence. Aussi farfelue qu’elle puisse apparaître, leur idée est de ramener Cécilia Albéniz-Ciganer à l’Élysée dans la perspective de la campagne présidentielle de 2012. Elles se seraient alors employées à tenter de déstabiliser les deux couples recomposés après le divorce présidentiel de fin 2007, multipliant les rumeurs invérifiables. Rumeurs qui auraient fini par alerter l’Élysée, entraînant une enquête du contre-espionnage français.

Selon les auteurs, Carla Bruni, s’appuyant sur un rapport de police résumant les investigations, aurait même appelé Sophie Douzal, lui déclarant : « Je ne discute pas avec toi, je te dis que j’ai un dossier sous les yeux. Tu t’entends respirer ? Sache que tu mens comme tu respires ! ». Elle aurait ensuite appelé Cécilia Attias (ex-Sarközy), lui disant : « Madame, je dois vous dire que deux personnes avec lesquelles vous êtes en contact ont un comportement inqualifiable à notre égard. Il s’agit de votre ex-belle-soeur Sophie et de Rachida Dati. » Un vrai vaudeville…

Dernier frère, Guillaume Sarközy de Nagy-Bocsa, frère aîné de Nicolas, est sans doute le plus connu, ayant envisagé de s’emparer de la présidence du Medef. Né le 18 juin 1951 à Paris XVIIe, il est passé par le Cours Saint-Louis et Janson-de-Sailly. Ingénieur de l’École supérieure des travaux publics, il débuta sa carrière, en 1974, au ministère de l’Intérieur, comme chargé de mission à la direction de la sécurité civile, envisageant de faire une carrière chez les pompiers. Déçu, il passe ensuite chez IBM, où il sera ingénieur commercial (1976-1979).

À la suite de son mariage avec une riche héritière, fille d’amis de sa mère et surtout fille d’un industriel picard du textile, il réoriente alors sa carrière, rejoignant, en 1979, l’entreprise de son beau-père (décédé peu après son mariage), la société Tissage de Picardie, spécialisée dans les tissus de grand luxe, comme directeur général. Il en sera PDG de 1981 à 2006. Entre-temps, il a divorcé (le couple a trois enfants, dont l’un vote LCR) en 1989, s’endettant pour racheter l’entreprise à son ancienne épouse.

En parallèle, il jouera un rôle important dans les organisations patronales : il sera notamment président de la commission sociale de l’Union des industries textiles (1992-1994), président du Syndicat général de l’industrie cotonnière (1994-1997), président de l’UIT (2000-2006), président du Comité de liaison des industries de main-d’oeuvre (2005-2006), membre du bureau exécutif du Medef (2000-2005), président du groupe de propositions et d’actions protection sociale du Medef (2002-2005), vice-président du Medef à partir de 2004, président du Groupe des fédérations industrielles (2004- 2006), vice-président du conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés et de l’Union nationale des caisses d’assurance-maladie (2004-2005), etc.

Tous les espoirs paraissaient permis à celui qui était devenu le négociateur du patronat en matière de protection sociale (et en particulier pour la réforme des retraites) pour envisager la présidence du Medef en 2005, mais Nicolas Sarközy lui demandera de tempérer ses ardeurs, afin de ne pas risquer d’obérer ses chances d’élection comme éventuel Premier ministre, et surtout comme candidat à la présidence de la République.

Bien qu’ayant fait équipe avec Francis Mer, cette proximité politique lui coûtera cher et il devra laisser la tête du Medef à la bien pâlichonne Laurence Parisot, alors qu’il avait de bonnes chances de succéder à Ernest-Antoine Seillière de Laborde (en particulier avec la base du Medef), même si son entreprise était sur le point de poser son bilan (elle se déclarera en cessation de paiements le 20 septembre 2005, à la suite de la chute de ses deux principaux clients, Boussac et Laura Ashley).

En 2006, il réoriente encore une fois, contraint et forcé, sa carrière, devenant président du directoire du groupe Résalliance conseil, société spécialisée dans les ressources humaines et l’outplacement (la conduite de licenciement en français) et, la même année, délégué général de Médéric, acteur majeur de la protection sociale complémentaire, devenu le groupe Malakoff Médéric en 2008 (18 % environ de parts de marché pour la retraite Arrco et 23 % pour la retraite Agirc).

Aujourd’hui, Malakoff-Médéric est devenu, en quelques années seulement, le n°1 des groupes paritaires de protection sociale, le n°2 de la retraite complémentaire et le n°3 de la santé collective (selon le classement de l’Argus de l’assurance). Le groupe a notamment profité de la création de Pôle Emploi (fusion de l’ANPE et des Assedic) décidée par Nicolas Sarközy : ses 50 000 salariés ont adhéré, comme ceux de la Sécurité sociale (120 000 salariés), étant contraint de résilier leurs contrats avec leurs mutuelles santé (à la suite d’une réforme entrée en pratique le 1er janvier 2009), les deux marchés ayant été rempotés par Médéric-Malakoff. Le même groupe a également remporté le nouveau marché très prometteur des 800 00 salariés CHR (café-hôtellerie-restauration) qui démarrera en janvier 2011.

À ce titre, Guillaume Sarközy est administrateur du Groupe MMA, de la Scor, du groupe espagnol Adeslas, appartient au conseil de surveillance du Monde (il préside d’ailleurs Le Monde prévoyance) et de Korian, premier groupe privé dans le secteur de la prise en charge globale de la dépendance temporaire ou permanente). Il est également membre du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie depuis 2004.

Cette double casquette, frère de Nicolas Sarközy qui a réformé le système de retraites français et d’acteur majeur de la protection sociale complémentaire, a suscité nombre de réactions, certains (tel le député PCF André Gérin) évoquant même un « conflit d’intérêt ».

Plus sérieusement, de multiples facteurs (la démographie, l’allongement de la vie, la crise financière et économique, l’immigration non maîtrisée, les nouvelles mesures d’âge de départ à la retraite, etc.) vont entraîner le démantèlement inéluctable et l’asphyxie du système des retraites par répartition, la baisse du niveau des pensions publiques, et donc le besoin pour les futurs retraités de recourir à des assureurs privés. Ce, alors même que Nicolas Sarközy assurait encore le 25 janvier 2010 sur TF1 : « Je garantirai la pérennité du régime de retraite… Je ne changerais pas le régime par répartition […] par un régime où chacun épargnerait de son côté. »

Or, en janvier 2011, Guillaume Sarközy deviendra le président du conseil de surveillance de Sevriena (le nom de la société est provisoire), un fonds de pension à l’américaine, typique d’un système de retraites par capitalisation. Autrement dit, un fonds d’investissement réservé à l’épargne salariale et à l’assurance retraite « supplémentaire », qui aspire à devenir le géant de l’assurance complémentaire en France.

Sevriena a d’ailleurs tout pour y arriver, puisqu’il s’agit d’un « joint venture » entre Malakoff-Médéric, la Caisse des dépôts et consignations et la Caisse nationale de prévoyance, premier assureur de personnes privées en France. Or, la CNP est elle-même, depuis 1991, une filiale (à 40 %) de la Caisse des dépôts et consignations, un groupe public qui doit être « au service de l’intérêt général et du développement économique ». Ce qui ne paraît guère être le cas en l’occurrence, puisque, par le biais de Sevriena, la CDC va développer la retraite par capitalisation… tout en gérant plusieurs caisses de retraite par répartition, comme le très important Fonds de réserve des retraites. On peut donc s’attendre, dans les années à venir, à une explosion du chiffre d’affaires tant du groupe Malakoff-Médéric que de la société Sevriena.

Divorcé depuis 1989, Guillaume Sarközy s’est remarié, le 20 mars 2004, à Neuilly-sur-Seine, avec Christine Mulot, cadre de société, sa compagne depuis plusieurs années. En charge du marketing chez Boussac, Christine Mulot était devenue responsable du marketing de Tissage de Picardie.

http://www.faitsetdocuments.com

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