[Emmanuel Ratier – Faits et Documents #302 – 30/09/2010]

Après notre dossier exclusif sur le lancement de succursales Quick exclusivement hallal, voici la suite de notre dossier consacré au marché du hallal en France, lequel s’élèvera à au moins 5,5 milliards d’euros cette année, en croissance de 10 % par rapport à l’année précédente (1). Déjà deux à trois fois le chiffre d’affaires des « produits bio ». (1. Etude de l’institut Solis, cabinet spécialisé dans les « études marketing ethniques » (Halal Infos, avril 2010).

4,5 milliards pour les achats privés. 1 milliard dans la restauration rapide.

L’équipe de France de football mange halal. L’armée parsème ses stocks de ration halal. Pour se simplifier la vie, de plus en plus d’abattoirs français ne préparent plus le poulet que de manière halal, tout comme les États-Unis où 92 % des produits alimentaires sont certifiés casher.

En 2007, 32 % des animaux, toutes espèces confondues, étaient abattus de manière rituelle, même si l’essentiel de cette viande n’est pas vendu dans le circuit halal. La nourriture halal envahit les présentoirs, non seulement des hypermarchés, mais des supérettes.

Comme l’indique Valeurs actuelles (L’Essor du business halal, 9 septembre 2010), « alors que ce secteur n’intéressait il y a quinze ans que des marques historiques (Dounia, Isla Delice, Médina Halal…), les profits attendus séduisent désormais de grands groupes agroalimentaires comme Fleury Michon, Charal, Duc ou encore Nestlé. Les hypermarchés aussi multiplient l’offre de produits halal : Casino a créé sa marque, Wassilia ; Carrefour (NDA : n°2 mondial de la grande distribution) propose la gamme Sabrina. »

À noter que Carrefour a été le premier à lancer des catalogues spéciaux pour le ramadan (dès 2003). Les marques ne cessent d’augmenter leur gamme : Nestlé a déjà trente références et en aura une cinquantaine d’ici 2012. Déjà, « 10 % des pizzas vendues sous la marque Nestlé sont halals » (Le Point, 12 août 2010).
Par ailleurs, la pratique musulmane est en augmentation. Selon l’agence Solis, la pratique du « jeûne » (en réalité, il ne s’agit pas d’un jeûne, mais d’une interdiction de manger et de boire entre le coucher et le lever de la lune) est « en forte hausse depuis 1989 » : 70 % des musulmans de France disaient le respecter en 2007, contre 60 % vingt ans auparavant. Et 62 % des musulmans assurent « consommer uniquement de la viande halal ».

Qu’est ce que le halal ?

Sans se plonger dans les caractéristiques complexes du halal, on s’intéressera exclusivement à la viande (mais aussi à ses dérivés, comme les bonbons qui contiennent souvent de la gélatine de porc). « Halal », qui veut dire « licite » ou « autorisé » repose sur le verset 3 de la sourate V du Coran qui interdit de « consommer la chair d’une bête morte, le sang et la viande de porc (et) la viande d’un animal sur lequel on aura invoqué le nom d’une divinité autre qu’Allah ».

La viande halal a deux caractéristiques :

1) Elle ne doit pas provenir d’un animal considéré comme proscrit (« haram »), ce qui est le cas, mais pas seulement, de la viande de porc.

2) Elle doit être abattue rituellement, c’est-à-dire de la main d’un musulman (un boucher non musulman est « haram », tout comme c’est le cas dans le rite israélite).

Ce dernier coupe la gorge de l’animal, de manière à le saigner à mort, en dirigeant sa tête vers la Mecque et en prononçant une prière sacrificielle précise.

Le sacrificateur a une certification délivrée par les trois grandes mosquées françaises (Paris, Evry et Lyon). Jusqu’en 1995, ces accréditations étaient délivrées par les préfets.

En 2010, Paris a délivré 220 cartes de sacrificateurs, Evry 140 à 150 et Lyon une trentaine. Les vérifications sont effectuées par la Société française de contrôle des viandes halal (Grande Mosquée de Paris), l’Association culturelle (sic) des musulmans d’Ile-de-France (qui dépend de la grande Mosquée d’Evry) et l’Association rituelle de la grande Mosquée de Lyon.

À remarquer que l’animal n’a pas été étourdi auparavant (certains abattoirs le pratiquent quand même), contrairement aux directives européennes, mais des dérogations ont été établies pour les viandes halal et cashères (ce qui, a, par exemple, entraîné une brouille entre Brigitte Bardot et Nicolas Sarközy).

Combien ça coûte ?

Cette certification, comme la casherout, a un coût. Comme l’écrivent Jeanne-Hélène Kaltenbach et Michèle Tribalat, dans La République et l’islam : « Il y a des intérêts financiers énormes derrière cette question de la viande halal. Qui dit “viande halal” dit, en effet, fournisseurs religieux bénéficiant d’agréments par des autorités ou des instances religieuses. Et qui “agrément” dit pourcentage financier versé aux autorités, aux instances et aux sacrificateurs mandatés.

À ce sujet, le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane déclarait (Le Parisien, 12 août 2010) : « par kilo de viande, la certification halal coûte entre 10 à 15 centimes le kilo. » Soit environ 40 à 50 millions d’euros par an.

Mais la certification ne s’arrête nullement à la viande. Ainsi, de plus en plus de laboratoires pharmaceutiques demandent aux mosquées la certification de leurs produits, qu’ils s’agissent de médicaments ou de cosmétiques, qui ne doivent, pour être certifiés, contenir ni alcool (ce qui laisse rêveur, tous les parfums contenant de l’alcool…), ni gélatine ou graisse de porc. Ce qui laisse supposer des profits colossaux.

Mais le « business halal » ne s’arrête pas là car la certification (comme avec la casherout) n’est jamais définitive. Le bulletin Halal infos (avril 2010) précise : « Elle n’est donnée au candidat qui en fait la demande que pour une période limitée sur la base de contrôles effectués régulièrement par nos contrôleurs. Par ailleurs, conformément aux objectifs fixés, le champ des activités s’est élargi à plusieurs secteurs (pizzeria, restauration, boulangerie, pâtisserie, glacier, confiseurs, chocolatiers… »

On y ajoutera les petits pots pour bébés, les sauces, les soupes, les plats cuisinés, etc.

Il est également indiqué : « pour réaliser ces objectifs et mener à bien ses missions, celui-ci (le GIE Halal) doit faire face en permanence à ses charges de fonctionnement (rémunération de ses contrôleurs, salariés, frais de gestion, communication…). Ces charges sont en partie couvertes par des redevances versées par les entreprises bénéficiaires de la marque et en partie par la générosité de donateurs. »

La certification halal ne s’obtient donc qu’au terme d’un circuit complexe, présenté ici pour La Réunion.

Et pour ceux qui ne paieraient pas, la sanction est immédiate : les entreprises sont nommément désignées à la vindicte publique, comme ici :

Aucun organisme central de certification n’existant, c’est toujours le flou qui entoure le « business du halal ». Comme l’indiquait Fateh Kimouche, directeur du site Al-Kanz (L’Express, 11 août 2010), « les professionnels du secteur estiment que 90 % de la viande dite halal ne l’est pas. »

Un catholique peut-il en consommer ?

Cette question passionne actuellement les milieux de la tradition.

La viande halal, provenant d’un animal tué de manière rituelle par un sacrificateur musulman récitant une invocation à Allah, « peut être assimilée aux viandes offertes aux idoles que consommaient les païens de l’Antiquité » écrit l’abbé Ludovic Girod, rappelant la parole de Saint Paul : «Ce que les païens immolent, ils l’immolent aux démons, et non àDieu. Or je ne veux pas que vous soyez en société avec les démons. Vous ne pouvez pas boire le calice du Seigneur et le calice du démon. »

Ce principe interdit donc toute participation à un repas lié au culte musulman, comme le serait un repas de rupture de jeûne dans une mosquée.

Toutefois, le principe général, selon le même prêtre, est que « l’offrande aux idoles ne change rien pour la viande car les idoles n’existent pas et ne sauraient avoir d’influence sur elle […] L’invocation d’Allah ne change rien à la viande, ni l’orientation vers La Mecque. aussi les chrétiens peuvent en manger. »

On remarquera toutefois que le halal est directement lié à la pratique religieuse. Comme le précise la revue Halal infos (avril 2010), « il est fondamental de rappeler que pour tout musulman, le terme “halal” porte avant tout un sens spirituel et de relation au Créateur. “ Ô vous qui croyez, mangez ce qui est licite et bon sur la terre” – sourate Al Baqara/aayat 168 […] Adorer Allah repose sur cette exigence individuelle qui se traduit par une conscience de la responsabilité. Lorsque nous faisons référence au halal, nous nous inscrivons dans le champ des actions permises ou recommandées par le commandement Divin. »

De toute manière, pas besoin d’être catholique pour savoir qu’acheter des produits halal, c’est verser une taxe à l’islam.

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