[Patrick Mendelewitsch – Bakchich – 16/10/2010]

La véritable menace terroriste ne vient pas d’Al Qaïda au Maghreb Islamique, mais — selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants — des substances pharmaceutiques détournées de leur objectif thérapeutique.

Rien n’y fait. Les expulsions massives de hordes de romanichels déguisés en infirmes guettant les automobilistes distraits aux carrefours pour faire exploser les statistiques de vols à la portière – pour ne pas dire à la roulotte – n’ont pas éloigné la menace terroriste.  A en juger par la surenchère médiatique, le risque est toujours présent ; diffus, oppressant, effrayant, basé sur « des indications sérieuses émanant de renseignements fiables » selon la formule anxiogène l’autre semaine du patron de la DGPN…

Et puis Sevil Atasoy -c’est une dame-, est venue à notre secours. La Présidente de l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) des Nations-Unies nous a enfin livré la clef de l’énigme dans son rapport 2009 : l’effrayante menace est multiforme ; génériquement qualifiée de « benzodiazépine », elles se décline sous divers noms d’emprunt : alprazolam, clonazépam, diazépam, flunitrazépam, GHB, lorazépam, méprobamate, midazolam, phencyclidine, sécobarbital, témazépam, triazolam et autre zolpidem pour parler de ses formes recensées depuis 1971. Les plus récentes, qui ne font encore l’objet d’aucun contrôle international se nomment 1-4 butanédiol, gamma-butyrolactone (GBL) ou encore hydrate de chloral, mais aussi voire surtout kétamine et scopolamine…

Bref, vous l’avez deviné, la véritable menace terroriste ne vient pas d’ « AQMI » mais réside selon l’OICS, dans les substances pharmaceutiques détournées de leur objectif thérapeutique, pour faciliter les agressions sexuelles et toutes sortes d’autres infractions ! (paragraphe 260 page 51).

Désinhibition

La panique envahit le lecteur mais plus encore, la lectrice, dès les premières lignes de l’insupportable révélation : « …L’utilisation abusive de substances, qu’elles aient été fabriquées illicitement ou détournées des circuits légitimes, pour commettre une agression sexuelle ou d’autres types d’infractions n’est pas nouvelle…. Elles ont été utilisées avec une intention délictueuse pour affaiblir la résistance d’individus, par exemple pour en exploiter les biens ou le corps avec leur consentement apparent, sans qu’ils aient par la suite le moindre souvenir ce qui leur est arrivé… » ; puis le rapporteur poursuit son insoutenable énumération : « Parmi les actes ou comportements involontaires induits par la consommation non soupçonnée de benzodiazépines, on citera la communication d’informations liées à des cartes de crédit, des achats dans divers magasins et la signature de chèques ou le débit de cartes bancaires, le don d’un véhicule automobile (avec les clefs et les papiers d’immatriculation) et le fait de ressentir le viol comme une expérience agréable… ».

Souffle coupé, mains moites et booster pump à 190 pulsations, on découvre le mode opératoire utilisé par les malfaisants ayant opté pour ces spécialités criminelles : « Les doses de drogue utilisées pour favoriser ce type d’activité délictueuses sont plus élevées que celles administrées à des fins thérapeutiques, et de la nourriture ou des boissons servent à masquer les drogues, qui sont souvent consommées avec de l’alcool. ».

Avant que ne tombe l’information capitale : « Ces infractions peuvent être commises non seulement dans des lieux comme les bars, restaurants, discothèques et aéroports, mais aussi dans un cadre privé, par exemple chez un ami » ( !)…

L’OICS lance donc un cri d’alarme : « L’organe prie instamment tous les gouvernements de donner suite dès que possible à la résolution 52/8 de la Commission des Stupéfiants (de l’ONU) pour faire face à l’usage de plus en plus répandu de diverses substances facilitant la commission d’infractions pénales. Surtout il engage les gouvernements à sensibiliser le public (et, le cas échéant, les groupes sociaux vulnérables vivant sur leurs territoires) au fait que des aliments ou des boissons laissés sans surveillance peuvent être contaminés par certaines substances destinées à faciliter la perpétration d’autres infractions, comme les agressions sexuelles ».

Une couleur, bleu

Conscient du rôle de l’OICS contre cette nouvelle forme de terrorisme, son rapporteur ne manque pas de rappeler l’influence décisive de l’Office dans l’adoption de la Résolution 52/8 de l’organisation Onusienne.

Il faut reconnaître que les mesures radicales prises par l’industrie pharmaceutique à la suite de ladite résolution allaient toutes dans le bon sens : l’arrêt de la fabrication et de la distribution au niveau mondial de comprimés fortement dosés de flunitrazépam remplacés par un nouveau comprimé faiblement dosé avait rendu l’espoir aux populations exposées.

Mieux, l’ajout à l’intérieur et dans l’enrobage de ce nouveau comprimé, d’un colorant bleu lagon pour le rendre facilement détectable et en prolonger le temps de dissolution, ou encore d’aromatisants signalant aux victimes potentielles que leur boisson a été altérée, semblait l’arme absolue pour protéger les populations innocentes.

Hélas le terrorisme international a su s’adapter. Notamment en misant sur la kétamine. Un anesthésique d’action rapide non barbiturique à usage humain et vétérinaire qui sévissait jusqu’à présent dans les rave parties ; c’est vrai que la « Ket » « Spécial K », la « Kit Kat » et autre « Vitamine K » habituellement sniffée, injectée ou administrée par voie orale et confiée aux mains expertes de terroristes d’un nouveau genre, recèle un large spectre d’utilisations : ses effets désinhibiteurs pour ne pas dire aphrodisiaques, et anxiolytiques, vaguement hallucinogènes et favorisant les perceptions extrasensorielles trouvent évidemment de nombreuses applications. Se concluant parfois, il est vrai, par des cas d’obnubilation tenaces pouvant aller jusqu’à des psychoses paranoïdes en cas d’usages fréquents…

En clair, pas le genre d’arme à laisser entre les mains du violeur lambda. D’où l’appel de l’OICS (paragraphe 266 page 52) : « …Les gouvernements devraient envisager de la contrôler en l’inscrivant sur la liste des substances placées sous contrôle en vertu de leur législation nationale, si la situation sur leur territoire l’exige. ».

http://www.bakchich.info/La-menace-terroriste-qu-on-nous,12048.html