C’est MON ordi, MON entreprise, MON salarié… alors c’est MON droit de surveiller tout ce qu’il fait quand il travaille pour MOI…  moi je veux bien qu’on m’interdise d’aller lire mes mails perso pendant les heures de boulot, mais dans ce cas là il faut aussi que la boite respecte mes heures de non-boulot et n’attende pas de moi que je fasse des semaines de 55 heures, payées 40 heures – c’est à dire que je fasse cadeau chaque semaine de l’équivalent de deux jours de travail à mon patron… c’est donnant donnant, si je dois donner ma vie à mon entreprise, il faut que l’entreprise accepte que ma vie privée rentre dans mon temps de présence dans l’entreprise.

Malheureusement, une entreprise « qui ne peut plus faire confiance à ses salariés » est une entreprise foutue d’avance. Si la base de la relation avec ses cadres est la méfiance et le flicage, les cadres innovants iront voir ailleurs, dans des boites où on ne les traite pas comme des gamins turbulents… il ne vous restera plus que les tire-au-flanc et les frileux, qui mèneront votre boite à l’obsolescence..

«L’employé qui n’a rien à se reprocher ne sera pas gêné par la présence de Surveillermonsalarié. »

[Astrid Girardeau – OWNI – 03/10/2010]

Surveillermonsalarie.com vend aux gérants d’entreprise une solution à 994,84 euros TTC par poste pour surveiller l’activité de leurs salariés : enregistrer les touches du clavier dont les mots de passe, faire des captures d’écran toutes les secondes, envoyer des alertes en cas d’utilisation de mots-clé “interdits”, etc.

Interrogé par 01net, David Damour, son co-fondateur, explique “qu’on ne peut plus faire confiance à ses salariés”. Selon ce dernier : “De toute façon, l’employé qui n’a rien à se reprocher ne sera pas gêné par la présence de Surveillermonsalarié“.

Cela n’est pas sans rappeler la sortie d’Eric Schmidt, patron de Google : “Si vous faites quelque chose et que vous ne voulez que personne ne le sache, peut-être devriez-vous déjà commencer par ne pas le faire.

Si Surveillermonsalarie.com concerne l’usage d’un poste de travail dans le cadre d’une entreprise, cela ne veut pas pour autant dire que l’employeur est libre de surveiller toute l’activité de ses salariés. Pour la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) l’utilisation d’un PC à des fins autres que professionnelles y “est généralement tolérée” tant qu’elle reste “raisonnable”. L’employeur peut fixer des conditions et limites de l’utilisation d’Internet à partir du moment où il en informe les salariés, et dans le principe du respect du secret des correspondances privées. 

En 2001, dans un arrêt dit “Nikon”, la Cour de cassation a affirmé qu’un employeur ne peut pas “prendre connaissance” de messages personnels d’un employé sans porter atteinte à sa vie privée et au secret des correspondances, et “ceci même au cas où l’employeur aurait interdit une utilisation non professionnelle de l’ordinateur”.

Depuis la jurisprudence a évolué, et la Cnil de souligner que le principe du secret des correspondances “connaît des limites dans la sphère professionnelle”, et qu’il peut au être levé dans le cadre d’une instruction pénale ou par décision de justice. Citant l’arrêt de la Cour de Cassation du 30 mai 2007, la Commission explique que tout mail envoyé ou reçu depuis un poste de travail mis à disposition par l’employeur revêt un caractère professionnel sauf s’il est identifié comme étant «personnel». Il en est de même pour les fichiers, sauf en présence du salarié ou “en cas de risque ou d’un événement particulier”. Sauf rares exceptions, un employeur ne peut donc pas ouvrir ou prendre connaissance d’un message ou fichier clairement identifié par le salarié (dans le nom de l’objet, du répertoire, etc.)  comme revêtant un caractère personnel..

Un ensemble de règles que Surveillermonsalarie.com rappelle lui-même sur son site.

Pourtant on voit difficilement comment le logiciel tel qu’il est décrit — “une capture d’écran toutes les secondes”, etc. — peut faire la distinction entre les contenus professionnels et les contenus personnels. Et donc empêcher l’employeur de “prendre connaissance” de contenus pourtant clairement identifiés comme privés.

http://ownilive.com/2010/10/03/%C2%ABl%E2%80%99employe-qui-n%E2%80%99a-rien-a-se-reprocher-ne-sera-pas-gene-par-la-presence-de-surveillermonsalarie-%C2%BB/