Frenchelon: la DGSE est en “1ère division”

[Jean-Marc Manach – BugBrother – 02/10/2010]

Invité par l’Association des Réservistes du Chiffre et de la Sécurité de l’Information (Arcsi), Bernard Barbier, le “directeur technique” de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), a levé une partie du voile sur le fonctionnement des “grandes oreilles” de la “grande muette“.

Où l’on apprend que le “renseignement technique” (interception des télécommunications, géolocalisation, lutte informatique offensive) réprésente “80% à 90% du renseignement“, que les réseaux grand public sont la “cible” principale de la DGSE parce que, pour les terroristes, “l’internet est un moyen de se cacher“, qu’elle stocke “tous les mots de passe“, qu’elle s’est faite “engueulée” par les services de renseignement américain à cause de l’Hadopi, et que “l’internet, c’est le bordel“…

Nous ne somme pas des “barbouzes”

Lorsque, à la fin des années 1990, le Parlement européen commença à s’inquiéter de la toute-puissance du système anglo-saxon Echelon d’espionnage mondial des communications, les anglo-saxons répliquèrent en expliquant que la France disposait elle aussi d’untel système, qu’ils surnommèrent “Frenchelon” (voir Frenchelon: la carte des stations espion du renseignement français).

Les autorités françaises n’ont jamais nié l’existence de ce système (dont on ne connaît pas le nom officiel -s’il en a un), mais elles ne s’étaient jamais non plus particulièrement étendu à son sujet, à l’exception de quelques pages web sur l’ancienne version de defense.gouv.fr (elles ont depuis disparu).

Inaugurant la nouvelle académie du renseignement, chargée de former les cadres des six services de renseignement français, François Fillon déclarait, la semaine passée, qu’il fallait “faire en sorte que les Français connaissent mieux les services de renseignements, sachent mieux quelle est leur contribution à leur sécurité quotidienne, et soient plus nombreux à vouloir servir dans leurs rangs” :

“Vous le savez, nos services de renseignement ne jouissent pas encore d’une image aussi flatteuse que certains de leurs homologues étrangers. Je pense notamment aux Britanniques. Mais c’est en train de changer.

Et pour accélérer ce changement, il faut communiquer davantage (…). Les journalistes, les chercheurs, les historiens doivent pouvoir, plus que cela n’a été le cas, travailler sur le monde du renseignement. C’est utile pour la société française, c’est utile pour les services eux-mêmes.”

DGSEPour la seconde fois, en 6 mois, le directeur technique de la DGSE, le service de renseignement militaire extérieur français, est ainsi venu expliquer, devant un public composé de professionnels de la sécurité informatique, l’état de l’art de son métier : “je ne vais pas dévoiler de secret d’etat, mais je vais presenter ce que l’on fait, avec des infos grand public“.

Scientifique de haut niveau issu du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Bernard Barbier est le directeur technique de la DGSE. Sa nomination, soulignait IntelligenceOnline, marquait la volonté de la DGSE “d’investir dans les nouvelles technologies“.

Son rôle : “rechercher et exploiter les renseignements d’origine technique“, et donc écouter les télécommunications, mais également mettre en oeuvre les satellites d’observation. Dit autrement, c’est le patron des “grandes oreilles“, et des “grands yeux“, de la “grande muette” :

“J’avais beaucoup hésité à m’exprimer publiquement, mais nous ne sommes pas des “barbouzes”, la DGSE a envie de s’ouvrir, notre directeur souhaite que l’on communique, et il est important que les citoyens français connaissent ce que l’on fait”. (…)

[La suite sur l’excellent site de JMM:]
http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/10/02/frenchelon-la-dgse-est-en-1ere-division/#xtor=RSS-32280322