[Emmanuel Ratier – Faits et Documents n° 302 – 29/09/2010]

Sous l’influence des analyses de Patrick Buisson, ancien directeur de Minute, Nicolas Sarközy est convaincu que l’élection présidentielle de 2012 se jouera, non sur la question sociale (qui inclut les retraites), mais bien plutôt sur les questions sociétales, comme la sécurité ou l’immigration.

Il entend donc placer au coeur du débat politique, non seulement français mais aussi mondial, la question de l’immigration. Assurant, à partir du 1er janvier 2011, la présidence du G8 (les huit pays les plus développés du monde), le président de la République interpellera ses homologues sur la question des flux migratoires.

Les premières études d’opinion montrent effectivement que cette stratégie est payante. Les Français sont très sensibles à ses nouvelles positions, en particulier ceux du Front national : 51 % d’entre eux soutiennent l’action du gouvernement contre 32 % au début de l’été.

Mais, cette politique a son revers : elle banalise le FN, ce qui pourrait faire le jeu du successeur de Jean- Marie Le Pen s’il arrive à obtenir les 500 signatures indispensables pour se présenter à l’élection de 2012. 57 % des Français considèrent désormais que l’Élysée et le gouvernement se sont rapprochés des positions défendues par le Front national (33 % le pensent à droite, 58 % le pensent dans la droite nationale et 88 % le pensent à gauche).

Surtout, 42 % des Français (un pourcentage jamais atteint) pensent désormais que le FN est désormais « un parti comme les autres » (56 % le pensent dans la droite parlementaire). 81 % s’opposent quand même à la présence de ministres FN dans un gouvernement UMP (et 76 % dans la droite parlementaire).

Jean-François Copé a parfaitement compris que cette hypothèse était risquée, voire très risquée si l’électorat, en 2012, finissait par préférer, selon l’expression de Jean-Marie Le Pen, « l’original (le FN) à la copie (l’UMP) ».

Après la parution d’une tribune commune avec Bruno Le Maire, François Baroin et Christian Jacob (F&D 301), il a donc surfé sur le mécontentement de nombre d’élus UMP, lors des journées parlementaires de l’UMP, les 22 et 23 septembre, pour demander à remplacer Xavier Bertrand comme secrétaire général de l’UMP. Or l’UMP ne jouera, en 2012, comme cela avait été le cas, en 2007, qu’un rôle d’instrument dans la campagne présidentielle, (tout avait été décidé par la cellule rapprochée de Nicolas Sarközy).

Pour plusieurs observateurs, l’actuel président du groupe parlementaire UMP joue donc secrètement l’échec de Nicolas Sarközy en 2012, pour apparaître comme le seul candidat crédible en 2017.

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Repositoire de certain des anciens numéros de F&D:

https://www.humyo.com/FSgXWzm/BIBLIOTHEQUE/FAITS%20ET%20DOCUMENTS/?a=QjY4QrpLq6w