Farenheit 2010 ou les censeurs à l’oeuvre sur ebay

[Emmanuel Ratier – Faits et Documents n° 302 – 29/09/2010]

(…) Certains de nos lecteurs, s’ils disposent d’internet, ont du remarquer, par exemple sur ebay, que nombre d’ouvrages (et d’autres objets comme des photos ou des cartes postales) historiques sont retirés de la vente ou disparaissent sans explication, alors même que ces ouvrages ne font l’objet d’aucune interdiction et qu’ils sont disponibles a fortiori dans les plus grandes librairies françaises ou chez les libraires d’occasion.

Il en est ainsi des livres de Léon Daudet, de Louis-Ferdinand Céline, d’Henry Coston, de Léon de Poncins, d’Alphonse Toussenel, etc. Mais aussi d’auteurs, sans doute plus sulfureux, mais dont la lecture de leurs ouvrages est indispensable pour comprendre l’histoire et les replacer dans le contexte de leur époque. (…)  Mais, alors même que les lois françaises sont parmi les plus répressives au monde en matière de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme ou de révisionnisme, et que des appels à la vigilance sont régulièrement lancés par les ministres français de la Justice et de l’Intérieur, certains trouvent que la répression n’est pas encore assez sévère.

Il s’est donc créé un groupe étonnant sur le réseau social Facebook, intitulé Contre la vente d’articles appelant à la haine raciale sur ebay.

Ce groupe, qui regroupe environ 1850 membres, a pour administrateurs deux personnes qui n’autorisent même pas l’accès à leur profil (Corine et Yael), et un certain Denis, qui se révèle être Denis Kassel, un ingénieur en informatique qui se présente comme un « professionnel indépendant de l’internet », domicilié, non en France, mais en Israël. Passé par l’université Pierre et Marie Curie (Paris VI), il est notamment détenteur du domaine francophones.org.il qui entend regrouper les « internautes francophones d’Israël ».

Une rapide recherche sur quelques profils fait apparaître que nombre des adhérents de ce groupe habitent en Israël. À titre d’exemple, on y trouve Bernard Kahn, qui se trouve être responsable de la loge Maïmonide du B’naï B’rith France, ou un certain Dov Manix, qui explique sur les forums qu’ « Israël est la meilleure armée du monde »…

Le groupe est extrêmement structuré : chacun est chargé de traquer sur les sites de ventes sur internet (et pas seulement ebay, même si ebay est la principale cible) tout ouvrage « suspect » mais aussi n’importe quel objet litigieux (photos, cartes postales, affiches, etc.). Dès qu’il découvre l’un de ces ouvrages, il l’indique aux autres membres qui doivent intervenir en masse auprès d’ebay pour obtenir le retrait, et donc l’arrêt de la mise en vente.

La technique est expliquée en détail. Une mise à jour quotidienne est effectuée. Il est demandé aux membres d’intervenir deux fois par semaine. De cette manière, les interventions sont multiples et les responsables des sites de vente peuvent croire à une action spontanée…

Le site s’en vante, « depuis que ce groupe existe, les enchères d’objets litigieux sont souvent annulées avant leur terme ».

Effectivement articles éventuellement « litigieux » mais nullement susceptibles d’être poursuivis car il s’agit d’ouvrages anciens ou de livres régulièrement vendus dans les librairies du grand commerce ou sur amazon par exemple.

Ont été ainsi visés dernièrement Réponse à Jean-Claude Pressac de Robert Faurisson (ouvrage non poursuivi en justice), des rééditions d’ouvrages de Drumont (La France juive) ou des Juifs, rois de l’époque, du socialiste Alphonse Toussenel, voire L’Avantguerre de Léon Daudet, sous-titré Études et documents sur l’espionnage juif allemand en France depuis l’affaire Dreyfus.

La censure est particulièrement vicieuse puisque ce n’est pas la réalité qui est visée mais l’intention. En quelque sorte, le « crime d’idée ». À titre d’exemple, le groupe a poursuivi une annonce qui proposait un livre écrit par Louis-Ferdinand Céline « écrit en 1937 et édité par Denoël ». Ne figurait ni le titre de l’ouvrage, ni photo ni page intérieure. Estimant qu’il s’agissait de Bagatelles pour un massacre, effectivement publié en 1937, les censeurs ont donc demandé la suppression de l’annonce.

Pis, la censure ne s’arrête pas à l’interdiction mais va jusqu’à la dénonciation ad hominem, les nom, prénom, adresse, courriel et téléphone des vendeurs étant mis en ligne pour certains d’entre eux (par exemple La Guerre juive de Paul Ferdonnet mis en vente par B. C. et placé sur le site des censeurs depuis le 3 mars 2009).

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